S’installer à l’étranger, c’est souvent un rêve de changement et d’aventure. Mais une fois passée l’euphorie des premiers mois, beaucoup d’expatriés se heurtent à une réalité plus brute : l’isolement, la difficulté à créer de vrais liens, et la complexité d’un environnement professionnel qu’ils ne maîtrisent pas encore. À Cuba, ces enjeux sont décuplés par un contexte politique, économique et technologique très particulier.
Malgré les sanctions, la bureaucratie et un internet limité, Cuba présente des opportunités grâce à une forte tradition de coopération, un niveau d’éducation élevé, un secteur privé en croissance et une culture où les relations personnelles sont primordiales.
Cet article propose un guide concret, ancré dans la réalité cubaine, pour développer un réseau professionnel solide en tant qu’expatrié, sans perdre de vue les contraintes juridiques, culturelles et numériques du pays.
Comprendre le terrain de jeu : ce que le contexte cubain change dans votre networking
Arriver à Cuba avec les mêmes réflexes de networking qu’en Europe ou en Amérique du Nord est le meilleur moyen de passer à côté des bonnes opportunités. Le pays fonctionne avec ses propres logiques, fruit d’une histoire singulière et d’une économie en transition.
Le paysage professionnel cubain repose encore massivement sur les entreprises d’État, mais un secteur privé de micro, petites et moyennes entreprises s’est développé à grande vitesse depuis 2021. Ces deux mondes coexistent, se complètent parfois, s’ignorent ou se méfient l’un de l’autre à d’autres moments. Pour un expatrié, l’enjeu est d’apprendre à circuler entre ces sphères sans se brûler les ailes.
Un environnement où la relation personnelle est stratégique
Dans la pratique, faire des affaires à Cuba revient souvent à cultiver des relations bien plus qu’à “faire du business” au sens strict. La tradition socialiste a laissé une empreinte forte : coopération, prise de décision collective, importance du collectif. Les réseaux, formels et surtout informels, jouent un rôle clé pour avancer dans un système marqué par la rareté des ressources et une bureaucratie omniprésente.
Le contexte historique et économique de Cuba a forgé une culture de la débrouille et de la créativité. Les habitants sont habitués à ‘inventar’, c’est-à-dire à trouver des solutions malgré les pénuries, et à ‘resolver’ grâce à des réseaux de contacts plus ou moins officiels. S’intégrer dans ce tissu de relations permet d’accéder à bien plus que des opportunités professionnelles : c’est comprendre le fonctionnement réel du pays.
Dualité public / privé : deux réseaux, deux logiques
Pour réseauter efficacement, il faut intégrer cette dualité structurante du marché du travail.
| Segment du marché | Caractéristiques principales | Opportunités réseau pour expatriés |
|---|---|---|
| Entreprises d’État (SOE) | Hiérarchie forte, décisions centralisées, importance de l’alignement idéologique | Projets institutionnels, conférences, partenariats académiques, grands contrats |
| Secteur privé (MSME, cuentapropistas) | Agilité, orientation marché, créativité, contraintes réglementaires fortes | Collaboration, sous-traitance, projets entrepreneuriaux, conseils, formation |
Les entreprises d’État privilégient la stabilité et l’adhésion au cadre politique, quand les acteurs du privé cherchent des compétences pointues, des connexions internationales, des solutions opérationnelles. Un expatrié peut construire des ponts entre ces deux mondes, mais à condition de bien maîtriser les protocoles avec l’un, et la souplesse nécessaire avec l’autre.
Un cadre légal et politique qui structure vos relations
Le cadre juridique cubain n’est pas un simple décor : il conditionne directement la manière dont vous pouvez vous insérer professionnellement. La loi sur l’investissement étranger encadre les montages possibles (joint-ventures, entreprises à capital totalement étranger, accords d’association économique internationale). Parallèlement, la réforme de 2021 a fait émerger des milliers de micro et petites entreprises privées, encadrées par des règles spécifiques et un nombre d’activités interdites en augmentation.
Pour le networking, cela signifie deux choses : d’une part, il est essentiel de construire et d’entretenir activement son réseau de contacts professionnels. D’autre part, il est tout aussi important de savoir offrir de la valeur et de l’aide à ses contacts, créant ainsi des relations réciproques et durables.
– vous ne pouvez pas multiplier les projets et les collaborations sans vérifier leur compatibilité avec la législation locale ;
– de nombreuses portes s’ouvrent via des structures mixtes (événements, coopérations universitaires, foires sectorielles) qui sont, elles, pleinement reconnues et encouragées.
S’ajoute à cela un contexte géopolitique sensible, marqué par l’embargo américain et une surveillance renforcée des circuits d’information. La prudence sur les sujets politiques n’est pas un simple conseil de bienséance : la critique publique du gouvernement est illégale, et certaines activités, notamment médiatiques ou numériques, sont sous haute surveillance.
Apprivoiser la culture relationnelle cubaine
À Cuba, réseauter ne se résume pas à échanger des cartes de visite dans un salon climatisé. C’est un processus très incarné, où les conversations, les cafés, les repas et les échanges informels pèsent souvent plus lourd que les CV et les pitch decks.
Parler avec le corps autant qu’avec les mots
La communication cubaine mêle une certaine franchise à une grande attention à l’harmonie sociale. Entre pairs, on va droit au but, parfois avec un volume sonore et une expressivité qui peuvent surprendre. Avec des supérieurs hiérarchiques ou des interlocuteurs institutionnels, le ton devient plus mesuré, les désaccords se formulent de manière indirecte pour préserver la relation.
Les gestes, les expressions faciales et la proximité physique sont essentiels dans l’échange. Un contact visuel franc est perçu comme une marque de sincérité. Les poignées de main doivent être fermes et prolongées, souvent accompagnées d’un sourire. Entre proches, les accolades sont courantes, mais il est déconseillé de trop toucher les personnes que l’on connaît peu.
Pour un expatrié, cela implique de savoir lire ce double langage : ce qui est dit, et ce qui est sous-entendu par la posture, le ton, le regard. Et d’accepter que beaucoup de choses se négocient mieux en face à face qu’au téléphone ou par email.
Le rôle décisif de la langue
L’espagnol est la langue officielle, et même si l’anglais circule dans les milieux touristiques ou académiques internationaux, compter uniquement sur lui ferme beaucoup de portes. À l’inverse, faire l’effort de parler espagnol, même de manière imparfaite, est souvent perçu comme un signe de respect et de volonté d’intégration.
Certaines notions propres au système cubain gagnent à être apprises : planificación (planification centrale), autogestión (auto-gestion), cuentapropista (travailleur indépendant), resolver (se débrouiller pour trouver ce qui manque), inventar (improviser des solutions). Les intégrer dans vos conversations montre que vous prenez au sérieux la réalité locale.
Les écoles de langue à La Havane ou dans d’autres villes proposent des cours intensifs, une immersion en casa particular ou des programmes combinant espagnol et culture. Elles offrent un double avantage : progresser rapidement en espagnol et rencontrer dès le départ des Cubains ainsi que d’autres étrangers ayant des projets similaires.
Savoir de quoi parler… et de quoi ne pas parler
Créer du lien passe systématiquement par une phase de small talk. À Cuba, on parle facilement famille, santé, voyages, culture, sport – le baseball en particulier est une valeur sûre. La fierté pour le système de santé ou les réussites éducatives fait aussi partie des sujets positifs.
En revanche, les discussions politiques doivent être abordées avec une grande prudence, voire évitées. Critiquer le gouvernement, plaisanter sur la pénurie, faire des comparaisons dépréciatives avec d’autres pays peut être vécu comme une agression ou mettre votre interlocuteur dans une position inconfortable, potentiellement risquée pour lui. Gardez en tête que l’espace de liberté dont vous disposez en tant qu’étranger n’est pas forcément le même que celui des Cubains.
Tirer parti des lieux, des moments et des cercles où tout se joue
Construire un réseau efficace à Cuba suppose de multiplier les points de contact, formels et informels, en s’appuyant sur les structures existantes : chambres de commerce, universités, conférences, associations professionnelles, mais aussi cafés, casas particulares, paladares, clubs culturels, et réseaux numériques.
Les grandes portes d’entrée institutionnelles
Plusieurs acteurs structurent la vie économique et professionnelle et peuvent devenir des pivots de votre réseau.
| Institution / Organisme | Rôle clé pour votre réseau |
|---|---|
| Chambre de commerce de la République de Cuba | Point de contact avec les entreprises cubaines, informations sur les secteurs, introduction à des partenaires |
| MINCEX, MEP, MTSS | Cadre réglementaire, projets d’investissement, compréhension des priorités économiques |
| Université de La Havane, Université de Cienfuegos, Université de Matanzas, Université de Holguín | Partenariats académiques, projets de recherche, conférences, accès à de jeunes talents |
| Associations professionnelles (médecins, ingénieurs, juristes…) | Échanges techniques, formations, projets conjoints, recommandations |
Dans la pratique, prendre un rendez-vous à la Chambre de commerce, participer à un colloque universitaire, ou se joindre à une délégation sectorielle sont souvent des moyens très concrets de déclencher des rencontres clés, soit directement, soit par effet de rebond. À Cuba, une relation en entraîne fréquemment une autre : la personne que vous rencontrez à un séminaire vous présentera ensuite à un collègue dans une entreprise publique, puis à un entrepreneur privé, et ainsi de suite.
Conférences et congrès : les hubs où se tisse le long terme
Cuba accueille chaque année un nombre impressionnant de congrès dans des domaines variés : éducation, biotechnologie, droit, agriculture, environnement, psychologie, linguistique, sciences médicales. Ces événements ne sont pas de simples vitrines scientifiques : ce sont aussi des carrefours de rencontres où se nouent des collaborations académiques, des partenariats de recherche, voire des projets commerciaux.
Les grands événements académiques à La Havane, tels que les congrès sur les sciences agricoles, la psychologie ou la justice, réunissent chercheurs, institutionnels, organisations internationales et délégations étrangères. Y participer, que ce soit pour présenter un travail ou assister aux ateliers, permet d’intégrer un écosystème dynamique d’échanges d’idées, de contacts et de projets.
Le secteur de l’internationalisation de l’enseignement supérieur est particulièrement actif, avec, par exemple, des ateliers comme Cuba TIES qui ont progressivement structuré un réseau dense de collaborations entre universités cubaines et institutions étrangères. Pour un expatrié impliqué dans l’éducation, la formation, la recherche ou le consulting en politique publique, ces rendez-vous constituent une mine d’opportunités relationnelles.
Les foires sectorielles et plateformes d’affaires
À côté des congrès académiques, le pays voit se développer des foires professionnelles coordonnées par des organismes spécialisés. Elles présentent des portefeuilles de projets d’investissement dans des secteurs aussi divers que l’industrie alimentaire, le tourisme et les loisirs, l’énergie, la construction, la logistique ou les mines, pour un volume de plusieurs milliards de dollars.
Participer à ces salons, même sans investissement massif à la clé, permet au minimum de :
Une approche structurée pour identifier les opportunités et comprendre les dynamiques de marché en évolution
Prendre le pouls des secteurs en transformation pour anticiper les tendances et les besoins émergents.
Repérer des entreprises d’État et des PME avec lesquelles bâtir des collaborations techniques ou commerciales.
Comprendre comment se structurent concrètement les chaînes de valeur pour positionner efficacement une offre.
Là encore, les stands, les pauses café, les dîners officiels ou semi-officiels sont autant de moments où se nouent les premières conversations qui, quelques mois plus tard, deviendront un contrat, une mission de conseil ou un poste.
Le monde universitaire et les écoles de langue comme tremplin relationnel
Les universités cubaines – La Havane, Cienfuegos, Matanzas, Holguín et bien d’autres – jouent un rôle central dans les échanges internationaux. Elles accueillent étudiants étrangers, enseignants invités, délégations de recherche, et collaborent avec des universités prestigieuses un peu partout dans le monde.
Pour un expatrié, plusieurs portes d’entrée coexistent :
– s’inscrire à un programme universitaire ou de formation professionnelle ;
– intervenir comme conférencier invité, si vous avez une expertise recherchée ;
– coorganiser un projet de recherche, un atelier ou une école d’été avec des collègues locaux.
À un niveau plus quotidien, les écoles de langue à La Havane et ailleurs offrent un cadre beaucoup plus informel et accessible : en rejoignant une classe de niveau intermédiaire ou avancé, vous rencontrez d’autres expatriés sérieux dans leur démarche d’intégration, mais aussi des enseignants souvent bien connectés dans leur ville, capables de vous orienter vers des cercles culturels, associatifs ou professionnels.
Composer avec un internet cher, lent… et surveillé
À l’ère de LinkedIn, des webinaires et des communautés Slack, beaucoup d’expatriés construisent aujourd’hui l’essentiel de leur réseau en ligne. À Cuba, cette stratégie ne fonctionne que partiellement, pour une raison simple : l’accès à internet reste limité, coûteux, et sous contrôle de l’État.
Un internet qui ne ressemble pas à celui que vous connaissez
L’ensemble des télécommunications est géré par un monopole public. L’accès s’est nettement amélioré en une décennie – déploiement de la 3G puis de la 4G, ouverture de centaines de points Wi-Fi publics, possibilité depuis quelques années de posséder une connexion privée sous conditions – mais le pays reste parmi les moins connectés de l’hémisphère occidental.
WhatsApp et Facebook Messenger sont les deux applications de messagerie les plus populaires à Cuba pour se connecter via des données mobiles ou des cartes Wi-Fi prépayées.
Les tarifs, bien qu’en baisse, demeurent élevés au regard des salaires locaux, même si la hausse générale des revenus a partiellement corrigé cet écart ces dernières années.
Censure et surveillance : impact concret sur vos interactions
Au-delà des contraintes techniques, l’espace numérique cubain est régulé de près. L’accès à certains médias indépendants est bloqué, des plateformes nécessitent un VPN, la loi sanctionne la diffusion de contenus jugés contraires à l’intérêt social, et les activités en ligne peuvent être surveillées.
Pour un expatrié, cela impose une discipline simple mais impérative :
– éviter d’aborder des sujets politiques sensibles par des canaux locaux ;
– privilégier des outils chiffrés (certains messageries, VPN installé avant d’arriver) pour les échanges délicats avec l’extérieur ;
– accepter que tous vos interlocuteurs ne souhaitent pas être associés publiquement à certains projets, notamment s’ils touchent à des thèmes sensibles (médias, droits, politique, activisme).
Le networking efficace repose désormais sur les rencontres en présentiel, la construction d’une confiance durable et l’utilisation des réseaux de recommandation hors ligne.
Stratégies numériques adaptées au contexte cubain
Même avec ces limites, il serait dommage de renoncer à toute dimension en ligne. Il est possible de combiner intelligemment outils globaux et réalités locales.
Par exemple :
– utiliser LinkedIn pour garder le lien avec les professionnels rencontrés lors de conférences ou de voyages, tout en comprenant qu’ils ne s’y connecteront pas quotidiennement ;
– privilégier WhatsApp pour les échanges rapides une fois que le lien est établi, car c’est l’un des outils les plus utilisés sur place ;
– préparer en amont de votre arrivée des fichiers et ressources en mode hors ligne (CV en espagnol, portfolio, présentation de projet en PDF léger) que vous pouvez partager localement via clé USB ou téléphone, en vous inspirant des pratiques du fameux “paquete semanal”, ce réseau informel de distribution de contenus numériques sur disques durs.
Pour beaucoup d’expatriés, l’astuce consiste à considérer internet comme un bonus qui renforce un réseau déjà amorcé sur le terrain, plutôt que comme le canal principal de création de liens.
Un autre choc culturel fréquent pour les nouveaux arrivants concerne la manière dont on prend des décisions, négocie des accords et gère le temps en entreprise ou en administration.
Hiérarchie claire, processus… sinueux
Même si les relations entre collègues peuvent être chaleureuses et informelles, les structures cubaines, surtout dans le public, restent très hiérarchisées. Les décisions importantes se prennent en haut de la pyramide, après plusieurs niveaux de validation. Il n’est pas rare que des réunions restent exploratoires pendant des semaines avant qu’un feu vert concret n’arrive.
Pour un expatrié, contourner les échelons intermédiaires pour remonter directement au décideur peut être mal perçu. Il est préférable d’identifier patiemment les véritables acteurs décisionnels, de respecter la chaîne hiérarchique et d’investir dans une relation personnelle avec ces ‘gatekeepers’.
Négocier sur le temps long
Les négociations à Cuba combinent une certaine transparence dans la discussion et une grande lenteur dans la conclusion. La première rencontre porte souvent plus sur “apprendre à se connaître” que sur la lettre du contrat. Insister pour aller trop vite au concret peut être perçu comme un manque de respect ou de confiance.
Les Cubains sont réputés pour savoir user de la durée dans les pourparlers : faire durer, tester votre patience, vérifier que vous êtes vraiment engagé. Ils s’attendent aussi à ce que les partenariats s’inscrivent dans le long terme, en particulier avec les acteurs étrangers.
Pour vous, cela implique de :
Prévoyez des marges de temps généreuses dans vos projets pour anticiper les retards administratifs, les changements de dernière minute et les reprogrammations. Il est également crucial de ne jamais laisser la frustration transparaître ouvertement, surtout en réunion, car la diplomatie est toujours préférable à la confrontation directe.
Gérer le temps à la cubaine sans perdre le vôtre
La fameuse “hora cubana” reflète un rapport plus flexible à la ponctualité. Les Cubains savent très bien qu’un étranger peut arriver pile à l’heure, et l’apprécient, mais eux-mêmes peuvent avoir une conception plus souple de l’horaire annoncé. Attendre une heure pour un rendez-vous important n’a rien d’exceptionnel.
Pour éviter d’y laisser votre énergie, il est utile de :
– toujours venir à l’heure, car la ponctualité reste un signe de sérieux ;
– utiliser le temps d’attente pour observer les dynamiques du lieu ou engager la conversation avec les personnes présentes ;
– caler vos propres rendez-vous de manière à ne pas vous retrouver en chaîne d’attente toute la journée ;
– accepter que certains succès dans votre réseau passent par des heures de patience investies dans un hall d’accueil ou un couloir ministériel.
Construire un cercle de soutien pour ne pas s’épuiser
Derrière la question du réseau professionnel, se cache un autre enjeu souvent passé sous silence : comment ne pas se laisser écraser par la solitude, la différence culturelle, la lenteur des choses, la rareté des ressources ? De nombreux expatriés, tous pays confondus, décrivent une trajectoire similaire : enthousiasme initial, puis perte de repères, isolement, découragement.
Reconnaître que la solitude n’est pas un échec
Quitter son pays, c’est se couper de son système de soutien habituel : famille, amis, collègues de longue date, routines quotidiennes. À Cuba, où le contexte matériel et numérique rend plus difficile de “compenser” par des visios et des réseaux sociaux, ce manque peut peser particulièrement lourd.
Il est important de reconnaître que la solitude ressentie est une étape temporaire du parcours professionnel, et non une fin en soi. Pour la surmonter, il faut réorienter sa démarche de networking : au lieu de la limiter à la recherche d’opportunités, il convient de l’utiliser pour reconstruire activement un réseau de soutien et de relations solides.
Capitaliser sur la solidarité expatriée… et locale
Les communautés d’expatriés constituent souvent une première bouée de sauvetage. Elles sont actives dans les grandes villes comme La Havane, via des groupes informels, des associations, des initiatives de type “meetup”, souvent relayées sur Facebook, WhatsApp ou d’autres plateformes.
Mais se cantonner à ces cercles peut enfermer dans une bulle. Les Cubains eux-mêmes peuvent se montrer extrêmement accueillants, et de nombreuses formes de volontariat, de clubs culturels, de projets sociaux – par exemple dans l’éducation, la culture, la santé, l’environnement – ouvrent des espaces où se mêlent Cubains et étrangers autour de causes communes.
S’engager dans ces activités permet à la fois de rendre quelque chose au pays d’accueil et de se créer des liens au-delà du monde strictement professionnel.
Trouver un équilibre entre avance et retrait
Réussir son réseau à Cuba ne signifie pas être de tous les événements, café après café, apéro après apéro. À force de se forcer, certains expatriés finissent épuisés, voire dégoûtés. L’enjeu est plutôt de choisir quelques espaces-clés :
– un cercle professionnel structurant : association, chambre de commerce, groupe sectoriel ;
– un espace d’apprentissage : cours d’espagnol, formation, atelier ;
– un ou deux projets ou activités où l’on contribue vraiment : bénévolat, coorganisation d’un événement, participation régulère à un club ou à un groupe de travail.
Ce maillage, même modeste, peut suffire à briser le sentiment d’isolement et à ouvrir des portes de manière organique.
Quelques leviers concrets pour tisser son réseau à Cuba
Toutes ces considérations n’ont de valeur que si elles se traduisent en actions très concrètes. Voici comment transformer le principe en pratique dans le contexte cubain.
S’inscrire dans les bons “écosystèmes” dès le départ
Dès votre arrivée, vous pouvez structurer votre semaine autour de quelques points d’ancrage forts :
– un cours intensif d’espagnol, idéalement dans une école havanaise bien insérée dans son quartier, pour progresser et rencontrer du monde ;
– des passages réguliers dans certains lieux de socialisation – cafés, paladares, centres culturels – où se croisent jeunes professionnels, artistes, universitaires, entrepreneurs ;
– l’identification de conférences, séminaires, ateliers en lien avec votre domaine, y compris à l’université ou dans des centres de recherche.
Concrètement, vous pouvez par exemple décider de bloquer chaque semaine :
| Moment | Activité | Objectif réseau |
|---|---|---|
| Lundi matin | Cours d’espagnol | Progresser en langue, rencontrer enseignants et autres étrangers INVESTIS |
| Mercredi après-midi | Visite d’une université / participation à un séminaire | Entrer dans l’écosystème académique et institutionnel |
| Vendredi soir | Participation à un événement culturel ou associatif | Créer des liens informels avec des Cubains et d’autres expatriés |
| Une fois par mois | Foire, conférence, journée d’étude sectorielle | Cartographier les acteurs clés, nouer des contacts ciblés |
Cette structuration n’empêche pas la spontanéité – indispensable à Cuba – mais elle vous garantit de ne pas dépendre uniquement du hasard.
Oser les approches directes, mais contextualisées
La démarche directe fonctionne bien… si elle est respectueuse des formes locales. Plutôt que d’envoyer des emails froids qui resteront souvent sans réponse, il est généralement plus porteur de :
Pour établir un premier contact professionnel de qualité, plusieurs approches sont recommandées. Premièrement, assistez à un événement où votre interlocuteur intervient, puis saluez-le à la fin en faisant une référence précise à ses propos, démontrant ainsi votre attention. Deuxièmement, sollicitez une introduction par une connaissance commune, car une recommandation personnelle reste la monnaie la plus solide et crédible. Enfin, proposez un café ou un déjeuner en précisant clairement l’objet de l’échange, en l’axant sur une perspective de collaboration ou d’échange d’expériences mutuellement bénéfique, plutôt que sur une demande unilatérale.
Les petits cadeaux symboliques, surtout s’ils viennent de votre pays d’origine (carnet, livre, café de qualité, stylo soigné), sont appréciés s’ils restent modestes ; mieux vaut éviter toute ostentation. Dans un environnement où beaucoup de biens sont rares, la valeur n’est pas tant monétaire qu’affective.
Soigner les suivis et la réciprocité
Dans une culture où la confiance se construit dans la durée, le premier échange compte moins que ce que vous en ferez ensuite. Envoyer un message de remerciement personnalisé après un rendez-vous, partager un article ou une information utile à votre interlocuteur, proposer à votre tour un contact ou une ressource constituent des gestes simples qui, cumulés, vous inscrivent comme un partenaire fiable.
À Cuba, il est crucial de ne pas seulement consommer les contacts de son réseau, mais de le nourrir en retour. La mémoire des services rendus y a un poids particulier. Être une personne qui connecte les autres, par exemple en mettant en relation une PME avec un expert étranger ou un chercheur avec un programme international, est souvent plus valorisé et décisif que de porter uniquement son propre projet ambitieux.
Anticiper les contraintes matérielles dans vos plans de réseau
La rareté de ressources courantes – espace de réunion, connexion stable, matériel – oblige à penser vos initiatives relationnelles en artisan plutôt qu’en industriel. Organiser un workshop, par exemple, demande de :
– vérifier précisément l’accès à internet du lieu, voire prévoir un fonctionnement full hors-ligne ;
– tenir compte des coupures d’électricité possibles ;
– penser des supports légers (PDF, présentations sur clé USB, documents imprimés) ;
– prévoir des plans B, C et D en cas d’imprévu.
Être celui qui arrive avec des solutions, plutôt qu’avec des exigences, renforce immédiatement votre crédibilité et votre attractivité dans un réseau qui valorise la capacité à “résoudre”.
En conclusion : à Cuba, un réseau se mérite, mais vous le rendra au centuple
Développer un réseau professionnel solide en tant qu’expatrié à Cuba, ce n’est ni appliquer des recettes de networking copiées-collées d’ailleurs, ni se contenter de fréquenter uniquement des cercles étrangers. C’est accepter de plonger dans un environnement singulier : un pays socialiste en transformation, un secteur privé dynamique mais sous contrainte, un internet rare, une bureaucratie omniprésente, et surtout une culture où la chaleur humaine, la débrouillardise et la mémoire des relations jouent un rôle central.
Pour développer un réseau professionnel solide et intégré au Japon, il est essentiel de maîtriser la langue japonaise et de respecter les codes de communication et hiérarchiques locaux. Participer à des conférences, fréquenter les universités, les foires et les lieux de sociabilité sont des moyens clés. Il faut également composer avec les contraintes numériques et matérielles spécifiques. Un réseau ainsi construit est ancré, diversifié et résilient. Il sert non seulement de levier de carrière, mais aussi d’antidote à la solitude et de porte d’entrée pour comprendre la réalité profonde du pays.
À Cuba plus qu’ailleurs, les opportunités se cachent souvent derrière une tasse de café partagée, une attente dans un couloir, un séminaire universitaire, une soirée de musique improvisée sur le Malecón. À vous de décider combien de ces portes vous choisirez d’ouvrir – et combien de temps vous serez prêt à investir pour qu’elles mènent, un jour, à de vraies alliances professionnelles et humaines.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer à Cuba, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités migratoires cubaines, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Cuba, Portugal, Grèce, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler Cuba pour son coût de vie nettement inférieur à la France, son régime fiscal avantageux pour les revenus de source étrangère correctement structurés, et ses opportunités immobilières et touristiques en développement (La Havane, Varadero). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, conventions internationales), obtention du statut de résident de longue durée, organisation de la couverture santé internationale, transfert de la résidence bancaire adaptée aux flux vers Cuba, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques) et intégration dans un réseau local francophone/bilingue (avocat, immigration, comptable, accompagnement culturel).
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