La sécurité à Cuba : réussir son expatriation en toute sérénité

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer à Cuba fait rêver : climat tropical, architecture coloniale, culture musicale omniprésente, population chaleureuse. Mais derrière les clichés de vieilles voitures américaines et de mojitos au coucher du soleil, la réalité quotidienne est plus complexe. Insécurité économique, coupures d’électricité, pénuries, système politique très encadré, connexion internet limitée : une expatriation réussie suppose de bien connaître le terrain, ses risques… et la manière de les gérer.

Bon à savoir :

Cet article couvre tous les aspects essentiels de la sécurité pour un futur expatrié : la criminalité réelle et perçue, les arnaques courantes, le cadre légal et politique, la santé, les infrastructures, la gestion de l’argent, la vie quotidienne et les réflexes à adopter pour vivre sereinement et de manière responsable sur l’île.

Un pays globalement sûr, mais en crise profonde

Cuba est souvent présentée comme l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine. Les comparaisons internationales confirment en partie cette réputation, tout en révélant des fragilités croissantes.

La place du pays dans les classements de paix et les avis des chancelleries étrangères est éclairante.

Indicateur / SourceNiveau ou rang
Avis du Département d’État américainNiveau 2 : « faire preuve de vigilance accrue » (crime, pannes électriques)
Indicateur de criminalité US (« C »)Présence de criminalité violente / organisée et réponse policière limitée
Classement Global Peace Index98e sur 163 pays
Position dans la régionPlus sûr que plusieurs voisins latino-américains et caribéens

La sécurité tient beaucoup au contrôle très étroit exercé par l’État : parti unique, forte présence policière et militaire, réseau de surveillance de quartier (Comités de Défense de la Révolution), justice sévère. Le port d’armes par les civils est rarissime, et les grandes organisations criminelles de type cartels ou gangs, qui ravagent d’autres pays de la région, n’existent pas dans le même degré.

500 à 1000

Le peso cubain aurait perdu entre 500 % et 1000 % de sa valeur depuis 2019 selon certaines estimations, illustrant l’hyperinflation qui frappe le pays.

Pour un expatrié, cela signifie que la violence reste globalement contenue, mais que la vulnérabilité au vol et aux escroqueries est réelle. La tranquillité vient moins de l’absence totale de risque que de la capacité à anticiper, s’adapter et s’entourer.

Criminalité : risques réels et géographie des incidents

Sur le papier, les homicides et les crimes violents sont beaucoup moins fréquents qu’ailleurs dans la région. Des données de l’ONU situent le taux d’homicide autour de 4 à 5 pour 100 000 habitants, parmi les plus bas des Caraïbes et de l’Amérique du Sud. Mais les statistiques officielles cubaines restent rares et la presse d’État ne relaie pas les faits divers, ce qui pousse les observateurs à s’appuyer sur des sources indépendantes.

Celles-ci signalent une aggravation nette :

Année / périodeIncidents criminels confirmés par sources indépendantes
2023649
20241 317
1er semestre 20251 319

Les zones les plus touchées sont récurrentes : La Havane, Santiago de Cuba, Matanzas et Holguín, avec des pics pendant les fêtes et lors des longues coupures de courant. La plupart des faits concernent des vols opportunistes : pickpockets, arrachage de sacs, effractions domiciliaires ou de véhicules, vol dans les bagages à l’aéroport ou dans le coffre d’un taxi.

Attention :

Si les agressions violentes avec armes sont moins fréquentes et ciblent rarement les étrangers, des risques sérieux persistent, comme les drogues dans les boissons, les agressions sexuelles ou les braquages, signalés par plusieurs ambassades occidentales.

Les quartiers touristiques de La Havane – Habana Vieja, Vedado, Malecón – concentrent pickpockets et jineteros (racoleurs et arnaqueurs), sans pour autant être des « no go zones ». Vedado et les quartiers résidentiels de Miramar et Playa sont généralement perçus comme plus calmes et familiaux. Ailleurs sur l’île, des villes comme Trinidad, Cienfuegos, Santa Clara ou Baracoa sont décrites comme relativement paisibles, tout comme les grands pôles balnéaires (Varadero, Cayo Coco, Guardalavaca), où la présence policière et de sécurité privée est très visible.

Astuce :

Pour un expatrié, l’enjeu n’est pas d’éviter systématiquement les secteurs à risque, ce qui serait impossible, mais d’aborder toute situation avec des réflexes adaptés aux grandes villes. Cela inclut : ne pas afficher d’objets de valeur ostentatoires, garder les sacs fermés, répartir son argent et ses documents importants sur soi, et redoubler de prudence la nuit dans les rues mal éclairées.

Arnaques et « petites combines » : apprendre le terrain

À côté de la délinquance de droit commun, le quotidien d’un étranger à Cuba est rythmé par une multitude de petites arnaques et de stratégies de débrouille parfois agressives, en particulier dans les zones touristiques et près des gares routières ou de l’aéroport José Martí.

Les escroqueries les plus fréquentes

Les techniques sont souvent basées sur l’émotion, la confusion ou l’exploitation du différentiel d’information entre locaux et étrangers.

On retrouve notamment :

Les histoires larmoyantes : anniversaire « aujourd’hui », décès d’un proche, besoin urgent de lait en poudre pour un bébé. La fameuse « arnaque du lait » consiste à emmener l’étranger dans une boutique complice où le prix du produit est outrageusement gonflé, avant que commerçant et rabatteur ne se partagent le bénéfice.

Les fausses invitations amicales : un « ami » propose d’aller boire un verre ou manger « dans un bar typique » ; plus tard arrive une addition astronomique, parfois avec une commission pour la personne qui vous y a entraîné. C’est la logique du « Mojito scam » ou « arnaque au bar ».

Exemple :

Un expatrié perdu se voit aborder par un inconnu qui insiste pour l’aider, en précisant qu’il « n’est pas comme les autres Cubains ». Après avoir gagné sa confiance, il l’oriente systématiquement vers un commerce ou un taxi complice, en percevant ensuite une commission sur la transaction, exploitant ainsi la situation de vulnérabilité du touriste.

– Les fausses informations pratiques : on vient vous prévenir que votre casa particular est fermée, que le propriétaire est mort, que le musée ou le restaurant visé est « fermé pour travaux », et l’on vous redirige vers une alternative beaucoup plus chère, là encore avec commission à la clé. À la sortie des gares routières, certains chauffeurs de taxi jurent que les bus sont complets ou supprimés afin de vous vendre une course surtarifée.

Les faux produits : la vente de cigares contrefaits est massive dans la rue. Les vrais cigares ne s’achètent que dans les magasins d’État, hôtels ou fabriques officielles, avec sceaux holographiques et certificats. Des bouteilles de rhum peuvent être frelatées, et de fausses eaux minérales être simplement remplies au robinet. Dans la vallée de Viñales, des fermes proposent parfois des « cigares peso » de piètre qualité, du café imbuvable et du rhum bas de gamme vendu pour « bio » ou « sans nicotine ».

Escroqueries financières courantes à Cuba

Soyez vigilant face à ces arnaques financières fréquentes pour protéger vos devises et éviter les mauvaises surprises.

Change de devises au noir

Risque de recevoir de faux billets ou des billets obsolètes lors d’échanges informels. Évitez les changeurs non officiels.

Rendu de monnaie frauduleux

On vous rend parfois des pesos cubains (CUP) au lieu de la devise forte convenue, ou l’on prétend ne pas avoir de monnaie pour garder vos gros billets.

Additions truquées

Dans les restaurants, vérifiez toujours l’addition. Des lignes peuvent être ajoutées ou une « taxe touriste » injustifiée vous être facturée.

Les faux événements : prétendus « festivals nationaux du cigare », soirées salsa « officielles », ou jours fériés imaginaires servent parfois de prétexte pour vendre des billets hors de prix ou attirer dans des boutiques partenaires.

Les performances de rue piégées : musiciens qui vous encerclent, vous mettent un instrument dans les mains puis exigent un paiement. Le même mécanisme existe avec des photos d’animaux ou de personnages costumés.

S’ajoutent à cela des escroqueries plus modernes, en ligne : fausses agences de voyage vendant des séjours inexistants pour plusieurs milliers de dollars, romances virtuelles via messageries et réseaux sociaux qui finissent en demandes d’argent, profils bidons de conseillers financiers étrangers invitant à investir, ou faux appels à recharger des comptes Netflix ou téléphoniques.

Où et comment ces arnaques opèrent

Les jineteros et autres arnaqueurs se concentrent là où circulent argent et visiteurs : Habana Vieja, Vedado, zones hôtelières, plages fréquentées, gares routières, sortie de l’aéroport, mais aussi autour de certains sites de province. Ils travaillent souvent en réseau, avec rabatteurs, complices dans les commerces, chauffeurs de taxi partenaires.

Un cas particulier souvent évoqué concerne un certain Lazaro Alberto Hernat, décrit par plusieurs voyageurs comme un escroc notoire, reconnaissable à une dent en or – preuve que certains individus vivent de ces combines à plein temps.

Lazaro Alberto Hernat, escroc notoire

Pour un expatrié, la clé est de comprendre que derrière une convivialité réelle, une partie de la population est poussée par la situation économique à tester systématiquement ce qu’un étranger est prêt à payer ou à « laisser passer ». Ce n’est ni une fatalité ni un motif de paranoïa, mais un paramètre à intégrer au quotidien.

Réflexes pour limiter les risques

La plupart de ces situations s’évitent par quelques habitudes simples : refuser poliment mais fermement les propositions non sollicitées, vérifier soi-même les informations (par exemple en appelant directement sa casa particular ou le lieu que l’on veut visiter), utiliser uniquement les maisons de change officielles (CADECAs) ou les banques, payer en petites coupures, vérifier minutieusement chaque addition avant de signer ou payer, et n’acheter cigares et rhum que dans le réseau officiel.

Dans les transports, il est prudent de privilégier les stations de taxis reconnues, de se mettre d’accord à l’avance sur le prix, et d’éviter de charger le coffre de bagages de grande valeur sans surveillance – certains vols de valises dans les coffres de taxi ont été rapportés.

Système politique, droit et libertés : un cadre à bien mesurer

S’expatrier à Cuba, ce n’est pas seulement changer de paysage, c’est aussi vivre dans un système politique radicalement différent de la plupart des pays occidentaux. Le pays est une république socialiste à parti unique, où le Parti communiste est constitutionnellement désigné comme « force dirigeante de la société et de l’État ». La Constitution de 2019 réaffirme le caractère irréversible du socialisme.

Bon à savoir :

Le droit s’inspire des systèmes romano-germaniques et suit une logique de « légalité socialiste », où la loi est un instrument de transformation sociale. Les principaux domaines sont codifiés (civil, pénal, travail, famille). Une avancée notable est le nouveau Code de la famille, qui légalise le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe, renforçant ainsi les droits LGBT+.

En théorie, la Constitution garantit éducation, santé, égalité et interdit les discriminations. Elle rétablit aussi la présomption d’innocence. Dans la pratique, plusieurs organisations internationales comme Amnesty International ou Human Rights Watch dénoncent des violations systématiques des droits humains : arrestations arbitraires, détentions de courte ou longue durée pour empêcher des manifestations, procès inéquitables, restrictions sévères à la liberté d’expression, de réunion et d’association, surveillance étroite de la population.

Attention :

La loi autorise la détention préventive jusqu’à quatre ans pour des personnes jugées ‘dangereuses’ sur la base d’un comportement antisocial, sans qu’un délit ait été commis. Des ONG rapportent que ce mécanisme est parfois utilisé pour faire taire des opposants pacifiques.

Les manifestations non autorisées sont illégales et systématiquement dispersées ; les grandes protestations de 2021, puis celles de 2024 à Santiago de Cuba, ont donné lieu à des centaines d’arrestations et à des peines lourdes pour certains participants. L’État est connu pour ralentir ou couper l’accès à internet afin d’entraver l’organisation de rassemblements.

Pour un expatrié, la règle d’or est claire : se tenir à l’écart de toute activité politique locale, éviter de critiquer ouvertement le gouvernement en public, ne pas photographier installations militaires, policiers, ports, gares ou aéroports – des clichés de ce type peuvent être assimilés à de l’espionnage. Il est conseillé également de ne pas s’impliquer dans des actions d’opposition, même symboliques, au risque de se retrouver embarqué dans une procédure pénale lourde dans un système judiciaire très différent et peu transparent.

Santé, système médical et assurances : bien se préparer pour éviter les mauvaises surprises

Officiellement, Cuba dispose d’un système de santé public universel, gratuit pour les citoyens, avec un maillage très dense : dans chaque agglomération de plus de 100 habitants, on trouve un médecin et un infirmier de famille. Le pays est reconnu pour la qualité de la formation de ses médecins et son approche préventive, et se targue d’indicateurs de santé (espérance de vie, mortalité infantile) honorables par rapport à la région.

Mais pour un expatrié, cette image doit être nuancée. Les pénuries de médicaments, de consommables médicaux, de matériel moderne et même d’éléments de base (gants, seringues, antibiotiques) sont fréquentes dans les structures publiques, à cause notamment des sanctions internationales, d’un sous-investissement chronique et de la crise monétaire. Les conditions d’hygiène sont inégales.

Les étrangers n’ont pas accès gratuitement au système ordinaire : ils passent par un réseau spécifique, Servimed, qui regroupe une quarantaine de cliniques destinées aux non-Cubains. À La Havane, l’établissement de référence est la Clínica Central Cira García, dans le quartier de Miramar, reconnue par plusieurs ambassades pour son offre de soins aux étrangers et la présence de personnel anglophone. D’autres hôpitaux de bon niveau existent dans la capitale (Hermanos Ameijeiras, CIMEQ, Camilo Cienfuegos) et des cliniques internationales sont implantées dans les grandes stations touristiques comme Varadero ou Santa Lucía.

L’accès y est néanmoins payant, et les cartes bancaires américaines y sont généralement inutilisables. Le règlement se fait en espèces (euros, dollars canadiens, parfois dollars américains) ou par carte Visa/Mastercard non liée à une banque US, lorsque les terminaux fonctionnent.

Plusieurs réalités incontournables pour un expatrié :

Bon à savoir :

L’assurance santé est légalement obligatoire pour tout étranger entrant dans le pays. Une couverture limitée peut être incluse dans certains billets d’avion, mais pour un séjour de longue durée, il faut prouver aux autorités migratoires la validité continue d’une assurance.

– Les polices d’assurance recommandées devraient inclure soins d’urgence, hospitalisation, médecine dentaire d’urgence, et surtout évacuation médicale internationale (medevac) et rapatriement. Un transfert sanitaire vers un autre pays peut coûter plus de 50 000 dollars, sans compter les frais d’hospitalisation dans le pays d’accueil.

De nombreuses assurances classiques ne couvrent pas Cuba ou excluent certains actes (maternité, psychiatrie, maladies chroniques, affections préexistantes). Des prestataires spécialisés en évacuation médicale comme Global Rescue ou Medjet sont fréquemment cités comme références pour compléter la couverture.

– Les pharmacies sont souvent sous-approvisionnées ; la plupart des expatriés expérimentés recommandent d’arriver avec un stock de médicaments personnels (ordonnances et médicaments en emballage d’origine, accompagnés d’un courrier du médecin) : traitements chroniques, antibiotiques de base, antidiarrhéiques, antalgiques, anti-allergiques, répulsifs anti-moustiques, crème solaire, produits d’hygiène intime.

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Trois maladies principales transmises par les moustiques menacent le pays : la dengue, le Zika et le chikungunya.

À cela s’ajoutent les pathologies digestives liées à l’eau non potable et à l’hygiène alimentaire : boire l’eau du robinet est déconseillé, y compris pour se brosser les dents, et la diarrhée du voyageur est fréquente. La rareté de l’eau embouteillée en période de pénurie complique la situation : un filtrage par pastilles ou par gourdes purifiantes est un investissement judicieux.

Les urgences préhospitalières (ambulances) existent mais restent limitées, avec des temps de réponse longs hors des zones touristiques. Dans les cas gravissimes, l’évacuation vers un autre pays reste souvent la meilleure garantie.

Infrastructures au ralenti : électricité, eau, internet, transports

Le volet « sécurité » d’une expatriation ne se limite pas à la criminalité. La fiabilité des infrastructures essentielles – courant, eau, télécommunications, transports – pèse directement sur la qualité de vie, le stress quotidien, et en cas de crise, sur la capacité à se protéger.

Cuba souffre de coupures d’électricité récurrentes, dues à un réseau vieillissant, au manque de pièces de rechange et de carburant, ainsi qu’aux dégâts cumulés des ouragans. Depuis la fin 2024, de longues pannes nationales ont été documentées, et La Havane connaît des coupures planifiées ou impromptues pouvant atteindre douze heures par jour, avec des durées encore plus importantes dans les provinces.

Astuce :

Malgré les calendriers officiels, les coupures d’électricité à Cuba sont fréquentes et imprévisibles. Bien que certains établissements comme les hôtels ou les cliniques possèdent des groupes électrogènes, leur utilisation est limitée par les pénuries de carburant. Pour un expatrié, il est essentiel d’adopter une véritable « culture du kit de survie » : prévoir des lampes frontales, des batteries externes, des réserves d’eau, des ventilateurs sur batterie et, pour les installations plus permanentes, envisager l’usage de panneaux solaires domestiques.

L’accès à internet et au réseau mobile, contrôlé par l’opérateur étatique ETECSA, est notoirement instable, lent et coûteux. La connexion peut être coupée ou bridée pour des raisons politiques (prévention de manifestations) ou techniques (pannes de courant, saturation du réseau). Le Wi-Fi est souvent disponible dans les hôtels, certains parcs et domiciles équipés, mais la qualité varie grandement. De plus en plus d’habitants et d’expatriés utilisent des cartes SIM locales avec forfaits data, mais là encore, le service reste en dessous des standards occidentaux, et l’usage d’un VPN est quasi indispensable pour contourner certaines restrictions et sécuriser ses communications.

Attention :

Le réseau routier présente de nombreux dangers : chaussées dégradées, éclairage et signalisation insuffisants, mélange de véhicules vétustes, d’animaux et d’usagers vulnérables, et conduite parfois irrespectueuse. Les accidents sont une cause majeure de mortalité. De plus, la plupart des voitures ne sont pas assurées pour les passagers, et en cas d’accident grave, le conducteur est présumé responsable, risquant de lourdes peines de prison.

Les bus publics sont surchargés, rares, en mauvais état, et éprouvés par la crise du carburant. Les vieux taxis collectifs, notamment les voitures américaines des années 1950, séduisent les voyageurs, mais l’absence fréquente de ceintures, de freins performants ou de pièces originales en font des options de transport plus folkloriques que sécuritaires, surtout sur longues distances.

Pour ces raisons, beaucoup de résidents étrangers privilégient soit des taxis officiels (avec prix négocié à l’avance), soit des services de chauffeur privé préarrangés, parfois via des applications locales de type La Nave. La location de voiture reste possible, mais particulièrement déconseillée aux Américains, qui doivent composer avec l’absence de cartes bancaires utilisables, les pénuries de carburant et la complexité des procédures en cas d’accident.

Argent, change et économie de guerre : un quotidien à gérer au comptant

La dimension financière a un impact direct sur la sécurité d’un expatrié à Cuba, à la fois parce que l’économie est massivement informelle et parce que les erreurs de gestion de devises peuvent coûter cher.

Le pays fonctionne largement au comptant. Les cartes liées à une banque américaine ne marchent pratiquement jamais, en raison des sanctions. Les autres cartes Visa ou Mastercard peuvent parfois être acceptées dans certains hôtels d’État ou magasins en monnaie forte, mais les pannes de terminaux et les coupures de courant sont fréquentes.

Bon à savoir :

Les expatriés doivent arriver avec suffisamment d’euros ou de dollars canadiens, mieux acceptés que le dollar américain qui peut être soumis à une surtaxe. La monnaie locale, le peso cubain (CUP), est instable. Il existe un double système de change : un taux officiel très défavorable et un taux parallèle (‘de rue’) bien plus avantageux, source de confusion et de risque.

Typiquement, un taux officiel peut tourner autour de 110 CUP pour 1 USD, alors que le marché parallèle propose parfois 300 CUP pour 1 USD ou davantage. Changer à la banque revient dans les faits à payer son coût de vie au triple, tandis que le change dans la rue expose à des arnaques (faux billets, billets obsolètes, vol pur et simple). Certains propriétaires de casas particulares ou contacts de confiance proposent des taux intermédiaires plus intéressants, sans les dangers les plus criants de la rue, mais juridiquement, le change hors circuits autorisés (CADECAs, banques, guichets d’aéroports, hôtels d’État) est illégal et théoriquement passible d’amende voire de poursuites.

Bon à savoir :

Face aux pénuries dans les supermarchés ordinaires, de nombreux résidents et expatriés doivent recourir à des circuits parallèles. Cela implique notamment l’utilisation de la MLC (Moneda Libremente Convertible), une monnaie scripturale adossée aux devises fortes, acceptée dans certains magasins d’État qui ne prennent que les cartes bancaires étrangères. La gestion quotidienne nécessite de jongler en permanence entre les pesos cubains, les devises, les soldes des cartes, l’accès aux boutiques MLC et les marchés informels, tout en essayant de rester dans le cadre légal.

Cette tension financière contribue aussi aux micro-escroqueries quotidiennes autour de la monnaie : absence de monnaie rendue, tentatives de faire payer en devise plutôt qu’en CUP, facturation à « prix touriste », pression pour que vous laissiez un billet sans vérifier.

Statut légal, visas et résidence : s’installer sans se mettre en porte-à-faux

La sécurité juridique est un volet souvent sous-estimé de l’expatriation. À Cuba, l’accès au statut de résident permanent ou de citoyen reste très encadré. Seuls les Cubains et les étrangers bénéficiant de procédures spécifiques (mariage, liens familiaux, autorisations particulières) peuvent prétendre à un ancrage durable.

Bon à savoir :

La plupart des étrangers résident avec des visas temporaires (touristique, familial, étudiant, travail pour journalistes/professionnels, ou séjour pour retraités saisonniers). Chaque type implique des obligations et des démarches spécifiques à effectuer auprès de la Direction de l’Immigration et des Étrangers.

Pour les ressortissants américains, s’ajoute le carcan de la réglementation de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), qui interdit purement et simplement le tourisme « classique » à Cuba. Pour entrer légalement, ils doivent déclarer appartenir à l’une des douze catégories autorisées (visites familiales, activités journalistiques ou professionnelles, projets éducatifs, religieux, soutien au peuple cubain, etc.). Toute infraction à ces règles peut théoriquement entraîner des sanctions financières et pénales de la part des autorités américaines, indépendamment de ce que fait Cuba.

Bon à savoir :

Certains titres de résidence spécifiques, comme l’E-1 pour les proches de citoyens cubains ou l’E-2 pour des personnes bénéficiant d’une autorisation spéciale, exigent le dépôt d’une somme importante sur un compte bancaire cubain, un examen médical, la preuve de moyens de subsistance et une vérification approfondie des antécédents.

Pour un expatrié, une bonne partie de la « sécurité » consiste donc à ne pas jouer avec ces lignes rouges : respecter scrupuleusement les durées de séjour autorisées, renouveler ou changer de visa dans les règles, éviter les activités économiques non déclarées ou contraires aux lois locales, et garder en tête que la défense consulaire (quel que soit son pays d’origine) a des marges de manœuvre limitées si l’on viole la loi cubaine.

Vivre sereinement : codes culturels, réseaux de soutien et bonnes pratiques

Au-delà des aspects techniques, le sentiment de sécurité d’un expatrié dépend beaucoup de sa capacité à comprendre et respecter les codes sociaux locaux. Les Cubains sont décrits comme très chaleureux, expansifs, démonstratifs, avec une communication directe et souvent bruyante, une proximité physique qui peut surprendre les Européens du Nord ou les Nord-Américains, et un humour omniprésent même dans les situations difficiles.

Attention :

À Cuba, il est important d’utiliser le « usted » et les titres (Señor, Docteur, etc.) pour marquer le respect, surtout lors d’un premier contact ou avec des personnes âgées ou en autorité. Évitez absolument de critiquer Fidel Castro, la Révolution ou le gouvernement en public, car cela est très mal vu et peut entraîner des situations délicates, même avec vos voisins.

Dans la rue et les interactions commerciales, la frontière entre sociabilité sincère et démarche intéressée peut parfois être floue. Avec le temps, les expatriés apprennent à distinguer l’invitation vraiment désintéressée de la tentative de racolage, sans se fermer totalement aux liens avec les habitants.

Astuce :

Dès votre arrivée à l’étranger, inscrivez-vous auprès de votre ambassade ou consulat, par exemple via le programme Smart Traveler Enrollment Program (STEP) pour les citoyens américains. Cette démarche améliore considérablement la réactivité des autorités en cas de crise (ouragan, troubles politiques, accident grave). Parallèlement, il est essentiel de connaître et de noter les numéros d’urgence locaux spécifiques à votre destination.

Service d’urgenceNuméro à composer
Police nationale106
Ambulance / Urgences médicales104
Pompiers105

Les expatriés gagnent également à se constituer un réseau local : médecins de confiance, avocat au sein d’un bufete colectivo (cabinet collectif autorisé par l’État), chauffeur privé fiable, propriétaire de casa sérieux, voisins bienveillants. Ce tissu relationnel compte souvent plus que les infrastructures formelles pour affronter les imprévus.

Enfin, la prudence numérique s’impose : les communications (téléphone, internet, Wi-Fi d’hôtel) peuvent être surveillées, les appareils électroniques inspectés, et certaines technologies (drones, téléphones satellitaires, équipements radio) sont strictement contrôlées et parfois confisquées. Mieux vaut chiffrer ses appareils, limiter les données sensibles stockées localement et enrayer tout sentiment d’impunité technologique.

Catastrophes naturelles : une bonne préparation institutionnelle, mais des contraintes réelles

Cuba se trouve sur la trajectoire de nombreux ouragans de l’Atlantique. La saison cyclonique s’étend habituellement de juin à novembre, avec une intensification entre août et octobre. L’île est pourtant régulièrement citée en exemple par les Nations unies et la Croix-Rouge pour son dispositif de préparation : évacuations préventives, centres d’hébergement, campagnes d’information, coordination des secours. Lors de cyclones majeurs comme Ivan ou Irma, le nombre de victimes est resté étonnamment bas au regard de la violence des phénomènes.

Bon à savoir :

Les résidents subissent des perturbations profondes et durables de leur quotidien, incluant des coupures prolongées d’eau et d’électricité, des routes coupées et une tension accrue sur les stocks alimentaires. De plus, les dommages aux infrastructures déjà fragiles aggravent la vulnérabilité du réseau électrique et des bâtiments.

Le risque sismique est faible pour la majeure partie du territoire, concentré surtout dans l’extrême sud-est (région de Santiago et Guantánamo), et la probabilité de tsunami reste très limitée, bien que surveillée.

Pour l’expatrié, se familiariser avec les procédures locales de gestion des catastrophes, identifier les bâtiments solides et les zones à l’abri des inondations, stocker eau, aliments non périssables, médicaments et moyens d’éclairage permettent de traverser ces épisodes avec un stress moindre.

Vers une expatriation sereine : lucidité, préparation, adaptation

La sécurité à Cuba n’a rien d’un conte de fées tropical, mais elle n’est pas non plus un scénario de film noir. Le pays conjugue un niveau de violence criminelle relativement bas pour la région, un encadrement étatique massif – parfois rassurant, parfois oppressant – et une crise économique telle que les pressions du quotidien se traduisent par une foule de petites atteintes possibles à votre portefeuille, vos données, voire vos droits.

Une expatriation sereine exige donc plusieurs choses à la fois :

Une préparation matérielle solide : assurance santé incluant évacuation, réserve de médicaments, plan B en cas de coupures d’électricité prolongées, stocks financiers en devises et stratégie de change réfléchie.

Bon à savoir :

Une bonne compréhension du cadre légal et politique est essentielle. Cela implique d’avoir ses visas en règle, de maintenir une distance assumée par rapport à la contestation politique locale, et de respecter strictement les interdits, notamment concernant les drogues, le change illégal et les photographies de sujets sensibles.

– Une vigilance tranquille face aux risques de criminalité et d’arnaques : accepter que l’on soit une cible économique, sans paranoïa, mais avec des habitudes de base (négocier les taxis, vérifier les notes, refuser les invitations douteuses, protéger documents et appareils).

Une vraie curiosité pour la culture locale : apprendre un minimum d’espagnol, saisir les codes de politesse, comprendre les contraintes que subissent les Cubains pour ne pas s’étonner de certaines stratégies de survie, et construire des relations de confiance durables.

Bon à savoir :

Pour une expatriation réussie, il est crucial de s’ancrer dans un réseau formel et informel. Cela inclut un contact régulier avec son ambassade, la connaissance des numéros d’urgence locaux, ainsi que l’identification préalable d’un médecin, d’un avocat et d’un transporteur de confiance. Participer à des cercles d’expatriés ou à des groupes d’échanges interculturels facilite également l’intégration et apporte un soutien précieux.

Cuba, avec ses contradictions, reste pour beaucoup un lieu de vie attachant, où l’on peut se sentir plus en sécurité physiquement que dans bien d’autres capitales du continent, tout en acceptant une insécurité économique et infrastructurelle permanente. Ceux qui y réussissent leur expatriation ne sont ni ceux qui idéalisent l’île, ni ceux qui la diabolisent, mais ceux qui la regardent en face, avec lucidité, patience et respect, et qui ajustent leurs projets à cette réalité singulière.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités migratoires, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Cuba, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler Cuba pour la combinaison suivante : coût de vie sensiblement plus bas que la France, fiscalité personnelle optimisable via un statut de résident étranger, environnement dollar/euro intéressant pour la diversification monétaire, et opportunités immobilières et touristiques en développement (La Havane, Varadero). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions fiscales), obtention d’un permis de résidence avec achat d’un bien résidentiel, organisation de la protection sociale privée, transfert de relations bancaires adaptées (France, Europe, offshore), plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, notaire) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire) afin de réduire durablement la charge fiscale tout en maîtrisant les risques juridiques et culturels.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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