Le marché du travail à Cuba est souvent décrit comme un paradoxe. D’un côté, le pays dispose d’une main-d’œuvre très qualifiée, d’un système éducatif performant et de secteurs de pointe comme la biotechnologie ou la médecine. De l’autre, les salaires locaux sont extrêmement bas, l’économie reste largement planifiée, et les contraintes politiques, juridiques et financières sont nombreuses. Pour un expatrié, comprendre ce paysage est indispensable avant d’envisager de travailler sur l’île.
Le marché du travail cubain pour les étrangers est analysé en détail, en s’appuyant sur les données disponibles, le cadre légal et la situation économique. L’article vise à identifier les véritables opportunités professionnelles, tout en précisant leurs limites actuelles.
Un contexte économique singulier mais en mutation
L’économie cubaine reste officiellement socialiste, centralisée et dominée par les entreprises d’État. Jusqu’à 90 % de l’activité a longtemps été contrôlée par le secteur public, et encore en 2012 plus de 80 % de la population active travaillait pour l’État. Depuis une dizaine d’années toutefois, des réformes successives transforment progressivement le paysage.
Le nombre de travailleurs indépendants à Cuba a explosé, passant d’environ 150 000 à 500 000 en quelques années suite aux réformes économiques.
Le pays compte plus de 11 millions d’habitants, une espérance de vie d’environ 78 ans et un taux d’alphabétisation proche de 100 %. Le PIB par habitant est évalué entre 6 630 et 9 600 USD selon les sources, mais ces chiffres masquent une crise profonde : inflation massive depuis la réforme monétaire de 2021, pénuries chroniques de produits de base, monnaie locale (CUP) très dévaluée et quasi sans valeur en dehors de l’île, et exode massif de la population active, notamment jeune et qualifiée.
Le pays présente plusieurs avantages compétitifs pour l’externalisation de services et le travail à distance : un fuseau horaire compatible avec les Amériques, une main-d’œuvre très qualifiée, des coûts salariaux très compétitifs et des infrastructures de télécommunications en amélioration constante, notamment avec le déploiement de la 4G et une pénétration accrue d’internet.
Monnaie, salaires et pouvoir d’achat : le grand décalage
Pour un expatrié, la première réalité à appréhender est l’écart gigantesque entre les salaires locaux et le coût de la vie ressenti par un étranger.
Monnaie et systèmes de paiement
Depuis 2021, la monnaie officielle unique est le peso cubain (CUP). L’ancienne monnaie convertible (CUC), utilisée massivement dans le tourisme, a été supprimée. Officiellement, le taux de change tourne autour de 120 CUP pour 1 USD, mais sur le marché informel les cours sont beaucoup plus favorables pour ceux qui disposent de devises fortes, ce qui crée une dualité de fait.
Le CUP reste une monnaie fermée, sans valeur réelle hors de l’île. De nombreux professionnels, notamment les freelances, préfèrent donc être payés en devises : USD, euros, ou parfois via crypto-monnaies. Les transferts se font par virement international, plateformes type PayPal ou Payoneer (avec des restrictions liées aux sanctions américaines), ou encore espèces apportées physiquement dans le pays.
Niveaux de salaire : données clés
Les données disponibles sur les salaires à Cuba varient fortement selon les sources, les dates et les méthodes de calcul. Quelques ordres de grandeur permettent néanmoins de se repérer.
| Indicateur | Valeur approximative |
|---|---|
| Salaire mensuel moyen officiel (CUP) | 4 648 CUP |
| Plage fréquemment citée (CUP) | 4 200–6 500 CUP |
| Équivalent courant (USD / mois) | ~175–270 USD (taux officiel) |
| Salaire mensuel net moyen (USD, source basse) | 30–40 USD |
| Salaire net moyen (autres sources) | 299–488 USD |
| Salaire mensuel moyen gouvernemental (témoignages) | ~30 USD |
| Salaire minimum national (CUP) | 2 100–6 310 CUP (40 h/sem.) |
Ce flou statistique reflète à la fois la volatilité monétaire et l’écart entre taux officiels et réalités du marché. Dans la pratique, une large majorité de Cubains vit avec des revenus mensuels de l’ordre de 20 à 60 USD, ce qui, compte tenu de la flambée des prix, plonge une grande partie de la population dans une forme de pauvreté extrême.
Les étrangers n’ont pas accès aux subventions, aux livrets de rationnement et aux circuits de distribution réservés aux résidents. Ils doivent payer la plupart de leurs dépenses en devises étrangères ou à des tarifs « touristes », souvent bien supérieurs aux prix locaux.
Coût de la vie pour un expatrié
Les comparaisons internationales montrent qu’Havana est nettement moins chère que des métropoles occidentales si l’on raisonne en niveau de prix brut : environ 61 % moins chère que New York (hors loyer), avec des loyers en moyenne 89 % inférieurs. Mais ces chiffres sont trompeurs si l’on raisonne en rapport salaire/cout de la vie.
Budget mensuel minimum estimé en USD pour un expatrié vivant décemment à Cuba, couvrant les besoins essentiels.
Le tableau ci-dessous donne un aperçu des principaux postes de dépenses à Havana pour un étranger.
| Poste de dépense | Coût moyen estimatif (USD / mois) |
|---|---|
| Loyer appart. 1 chambre centre-ville | ~250 USD |
| Loyer 1 chambre hors centre (logement expat) | 250–350 USD (voire plus selon standing) |
| Appartement 3 chambres centre | ~1 020 USD |
| Services (élec, eau, gaz) | ~34 USD |
| Internet fixe (60 Mbps+) | ~75 USD |
| Forfait mobile (10 Go+) | ~40 USD |
| Courses alimentaires (1 personne) | 150–300 USD |
| Repas restaurant bon marché | ~3,8 USD (mais bien plus en zone touristique) |
| Abonnement salle de sport | ~38 USD |
Dans ce contexte, un expatrié payé au salaire local ne peut tout simplement pas couvrir ses besoins s’il ne bénéficie pas de ressources extérieures (revenus en devises, épargne, soutien familial, mission courte prise en charge par un employeur étranger, etc.).
Structure du marché du travail : État, privé, informel
Le marché du travail cubain repose sur une combinaison de trois piliers : le secteur public, le secteur privé émergent (incluant travail indépendant et MPME), et une économie informelle omniprésente.
Poids dominant du secteur d’État
L’État reste le premier employeur. Salaires uniformes, grilles nationales rigides, peu ou pas de prise en compte du niveau de formation dans la rémunération, notamment dans l’administration et dans certains services publics : un médecin, un ingénieur ou un enseignant perçoivent souvent des rémunérations à peine supérieures à celles d’un employé peu qualifié.
Dans la fonction publique, les salaires sont fixés par échelon et sont identiques pour tous les travailleurs du même niveau, indépendamment du poste spécifique. Les négociations individuelles sur la rémunération y sont pratiquement impossibles. Contrairement à d’autres pays, les syndicats n’y exercent pas un rôle de contre-pouvoir permettant de négocier des hausses de salaires.
Montée du privé et du travail indépendant
En parallèle, un secteur privé en pleine croissance s’est développé : restaurants privés (paladares), maisons d’hôtes (casas particulares), petites boutiques, services de transport, ateliers d’artisans, mais aussi, plus récemment, entreprises technologiques, agences marketing, services informatiques, etc. Les travailleurs indépendants (trabajadores por cuenta propia) et les nouvelles MPME constituent aujourd’hui un moteur essentiel de l’emploi urbain.
Dans le secteur privé cubain, les salaires sont très variables, souvent plus élevés mais aussi plus précaires que dans le secteur public. Par exemple, dans le tourisme, un employé d’hôtel peut percevoir un salaire en CUP (peso cubain) complété par des pourboires en devises étrangères, ce qui transforme radicalement sa situation économique. De même, dans le secteur des technologies de l’information, des développeurs indépendants travaillant pour des clients étrangers peuvent gagner plusieurs centaines de dollars par mois, voire plus.
Économie informelle et transferts
Étant donné les pénuries et la faiblesse des rémunérations officielles, une large partie de l’activité économique se déroule dans une zone grise : revente de produits, petits services, change de devises au marché noir, activités touristiques non déclarées, etc. Les envois de fonds de la diaspora (estimés entre 800 millions et plus de 3 milliards de dollars par an) jouent aussi un rôle clé dans la survie quotidienne des ménages.
Pour un expatrié, cette dimension informelle est incontournable au quotidien (trouver certains produits, faire réparer un appareil, acheter de la nourriture), mais elle ne constitue pas une base de revenus légale. En revanche, elle influence fortement le pouvoir d’achat local, la dynamique des prix et les pratiques d’emploi dans des secteurs comme le tourisme.
Portrait des salaires par secteur, qualification et genre
Bien que les chiffres varient, les tendances relatives à la structure des salaires sont assez claires.
Facteurs qui influencent le salaire
Plusieurs variables déterminent les niveaux de rémunération :
Principaux éléments qui déterminent le niveau de rémunération dans le secteur privé et au-delà, selon les données disponibles.
Un salarié avec 2 à 5 ans d’expérience gagne environ 35 % de plus qu’un débutant. La hausse est de 20 % après 10 ans, puis de 15 % au-delà de 15 ans.
Les diplômés du supérieur gagnent nettement plus : +17 % pour un diplôme/certificat, +25 % pour une licence, +30 % pour un master et +22 % pour un doctorat par rapport au niveau inférieur.
La Havane concentre les meilleures rémunérations, tandis que des villes comme Santiago de Cuba se situent en bas de l’échelle salariale.
Les secteurs de l’électricité, du gaz, de l’eau, de la construction et certains services financiers offrent des salaires plus élevés que l’agriculture ou l’administration classique.
Un écart d’environ 9 % est observé, les hommes gagnant en moyenne près de 273 300 CUC contre 251 500 CUC pour les femmes, ces dernières étant sous-représentées dans les postes de direction.
Exemples de salaires par profession
Pour donner quelques repères, on peut citer (en équivalents mensuels ou annuels, selon les données d’origine) :
| Profession (secteur / statut) | Salaire indicatif |
|---|---|
| Médecin généraliste (secteur public) | 50–80 USD / mois |
| Enseignant primaire | 50–75 USD / mois |
| Professeur d’université | 100–200 USD / mois |
| Développeur logiciel freelance | 300–800 USD / mois |
| Assistant virtuel bilingue (freelance) | 250–400 USD / mois |
| Employé d’hôtel | 70–200 USD / mois (+ pourboires) |
| Guide touristique | 200–500 USD / mois |
| Directeur informatique (IT Director) | ~672 756 CUP / an |
| Directeur financier | ~557 413 CUP / an |
| PDG | ~737 439 CUP / an |
On voit immédiatement le contraste entre les professions tournées vers l’international ou exposées aux devises (IT freelance, tourisme, services pour clients étrangers) et les fonctions purement nationales (éducation, santé publique).
Pour un expatrié, il est essentiel de comparer le salaire local (en CUP) au coût de la vie. Dans la plupart des cas, il n’est pas réaliste de vivre uniquement avec un revenu en CUP, sauf si celui-ci est complété par d’autres ressources en devises étrangères.
Comparaison internationale : un niveau de rémunération très bas
Les comparaisons globales situent très clairement Cuba parmi les pays aux salaires moyens les plus bas, même par rapport à de nombreux pays en développement.
| Pays | Salaire mensuel moyen estimé (USD) | Écart par rapport à Cuba |
|---|---|---|
| Cuba | 30–40 USD (sources basses) | Base |
| Mexique | 500–600 USD | + >1 000 % |
| Brésil | 700–800 USD | + >1 500 % |
| Chine | 900–1 000 USD | + >2 000 % |
| Allemagne | 3 800–4 000 USD | + >9 000 % |
| États-Unis | 4 000–4 500 USD | + >10 000 % |
D’autres comparaisons expriment ces écarts en pourcentage : en moyenne, les salaires cubains seraient environ 940 % inférieurs à ceux du Japon, 1 140 % à ceux du Royaume-Uni, et jusqu’à 1 700 % à ceux de l’Allemagne.
Pour une entreprise étrangère, recruter un développeur cubain représente une économie potentielle allant jusqu’à 80 % par rapport à l’embauche dans un pays riche.
Cadre juridique de l’emploi et de l’investissement
Pour comprendre les opportunités d’emploi pour les expatriés, il faut intégrer un élément fondamental : à Cuba, le marché du travail n’est pas seulement économique, il est avant tout politique et juridique.
Le rôle central de l’État employeur
La grande majorité des recrutements formels, en particulier lorsqu’ils impliquent des entités étrangères, passe obligatoirement par des agences d’emploi d’État (entidades empleadoras). Une entreprise étrangère ne peut généralement pas embaucher directement un salarié cubain : elle signe un contrat avec l’agence, paie les salaires en devises ou en monnaie convertible à cette entité publique, qui, elle, verse ensuite un salaire en CUP au travailleur, souvent à un niveau très inférieur à la valeur initiale.
Derrière ce dispositif, on trouve une volonté de conserver le contrôle politique et économique sur la main-d’œuvre, tout en captant une partie des devises générées par les projets d’investissement étranger.
Les relations de travail sont régies par le Code du travail cubain et par des contrats formels appelés Contrato de Servicio de Fuerza de Trabajo (contrat de service de force de travail), qui peuvent être d’abord verbaux (valides 90 jours) puis obligatoirement écrits.
La loi 118 sur l’investissement étranger
La loi 118, qui encadre l’investissement étranger, est au cœur du dispositif légal pour les entreprises étrangères souhaitant opérer dans le pays, y compris celles qui emploient des expatriés. Elle prévoit trois grandes formes d’investissement :
L’investissement étranger en Chine peut prendre plusieurs formes, notamment : l’entreprise mixte (joint-venture) entre un investisseur national, souvent une entité d’État, et un investisseur étranger ; l’association économique internationale, qui regroupe des contrats de gestion hôtelière, de production ou des accords de services professionnels ; et l’entreprise à capital totalement étranger, sous forme de société ou de succursale appartenant exclusivement à des investisseurs étrangers, dans les secteurs d’activité autorisés par la réglementation.
La loi offre en théorie des garanties importantes : protection contre l’expropriation (sauf intérêt public, avec compensation), libre transfert des bénéfices à l’étranger, régime fiscal avantageux (exonérations de plusieurs années sur l’impôt sur les bénéfices, réductions de taxes sur les ventes et services, exemptions de droits de douane sur certains équipements).
La loi cubaine exclut strictement l’investissement étranger dans les services de santé publique, l’éducation nationale et les activités militaires. De plus, tout projet d’investissement, quel que soit son domaine, doit obtenir une autorisation préalable du Conseil des ministres ou des autorités déléguées, soumis à une étude technique et économique.
Pour un expatrié, ce cadre n’est pas neutre : une grande partie des postes « intéressants » pour étrangers se trouvent au sein de ces structures d’investissement (joint-ventures hôtelières, projets miniers, entreprises de biotechnologie, logistique, etc.), soumises à l’arbitrage politique et aux contraintes étatiques.
Relations de travail, durée et rupture
Le droit du travail cubain prévoit un ensemble de garanties :
– semaine légale de 40 à 44 heures selon les secteurs ;
– limite d’heures supplémentaires (16 h par semaine, 160 h par an), avec majoration de 100 % les jours fériés ou de repos ;
– au moins 30 jours calendaires de congés payés après un an de service ;
– avis de rupture de contrat variable selon la catégorie : de 15 jours pour les postes les plus bas jusqu’à 4 mois pour les fonctions de haut niveau ;
– contribution employeur à la sécurité sociale d’environ 14 % de la masse salariale.
La rupture de contrat est réglementée et, en théorie, plutôt protectrice pour le salarié, même si, dans le cas des étrangers, la question se double toujours de la dimension migratoire (perte du permis de travail, nécessité de quitter le pays, etc.).
Visas et permis de travail pour les expatriés
Pour travailler légalement à Cuba, un étranger doit obligatoirement disposer d’un visa approprié et d’un permis de travail. Le principal interlocuteur côté cubain est le ministère du Travail et de la Sécurité sociale (MTSS), en lien avec le ministère de l’Intérieur (immigration) et celui des Affaires étrangères (visas).
Principaux types de visas liés au travail
Plusieurs catégories de visas concernent l’activité professionnelle :
– Visa D-1 : destiné notamment aux techniciens, scientifiques ou experts disposant d’un contrat avec une entité cubaine ;
– Visa D-2 (Visa de Trabajo) : principal visa de travail pour un emploi contractuel de longue durée ;
– Visa D-7 : pour des activités d’affaires ou commerciales de court terme (jusqu’à 90 jours) ;
– Visa D-8 : pour des missions de collaboration technique ou scientifique.
Outre les visas standards, il existe un visa ’emploi long terme’ valable jusqu’à trois ans et des visas courts de trois mois renouvelables une fois. Actuellement, aucun visa spécifique n’est prévu pour les ‘digital nomads’. Travailler à distance pour une entreprise étrangère avec un simple visa touristique reste donc dans une zone grise, à la limite de la légalité.
Processus d’obtention du permis de travail
Le processus suit en général les étapes suivantes :
L’employeur cubain ou étranger autorisé doit d’abord obtenir un permis de travail du MTSS en justifiant le besoin spécifique. Après approbation, le travailleur dépose une demande de visa auprès d’une représentation cubaine à l’étranger, en fournissant des documents tels que passeport, contrat de travail et extrait de casier judiciaire. Le visa obtenu permet ensuite l’entrée sur le territoire et le début de l’activité professionnelle.
Les délais cumulés (permis + visa) se situent généralement entre 6 et 10 semaines, parfois davantage selon la complexité du dossier et la conjoncture administrative. Le permis est en principe valable un an, renouvelable sur demande, et certains visas peuvent aller jusqu’à trois ans.
Les membres de la famille (conjoint, enfants mineurs) peuvent, dans certains cas, obtenir un visa de « familiaire », mais sans droit automatique au travail.
Où se trouvent réellement les opportunités pour les expatriés ?
Face à une économie fermée, à des salaires locaux très faibles et à un cadre juridique strict, on peut se demander s’il existe vraiment des opportunités professionnelles pour des étrangers à Cuba. La réponse est nuancée : certaines niches existent, mais elles s’adressent surtout à des profils précis et s’accompagnent de nombreuses contraintes.
Travailler pour une entreprise internationale implantée à Cuba
L’une des pistes les plus réalistes consiste à être employé par une entreprise étrangère opérant sur l’île, souvent via des coentreprises ou des accords de gestion.
C’est en particulier le cas dans le tourisme : chaînes hôtelières espagnoles ou internationales, agences de voyage, croisiéristes, etc. Des postes de direction, de management hôtelier, de marketing, de finances ou de relations publiques peuvent être occupés par des expatriés détachés par leur groupe, ou recrutés à l’international.
On retrouve ce schéma dans d’autres secteurs : exploitation minière (nickel, en particulier), énergie, télécommunications, projets de construction, logistique liée au port de Mariel, biotechnologie, etc. Dans le biopharmaceutique, par exemple, le pays a développé des atouts scientifiques (vaccin contre le cancer du poumon avancé, vaccin contre la méningite B) qui intéressent des partenaires étrangers.
Dans ce type de configuration, l’expatrié est généralement rémunéré par la maison-mère en devises, voire sous contrat de droit étranger, ce qui lui permet d’échapper au piège des salaires en CUP tout en bénéficiant d’une prise en charge partielle de son logement, de ses déplacements et de sa couverture santé internationale.
Opportunités dans le secteur du tourisme
Le tourisme représente près de 60 % du PIB via les services, et reste l’un des principaux employeurs. Avant les crises récentes, le pays accueillait environ 3 millions de visiteurs par an, chiffre amené à remonter avec la reprise post-pandémie.
Pour les expatriés, les postes possibles concernent principalement :
– la gestion hôtelière au sein de chaînes étrangères ;
– les fonctions de représentant de tour-opérateur, coordinateur de destination, directeur commercial dans des bureaux régionaux ;
– certaines fonctions spécialisées (marketing numérique à l’international, gestion de réseaux de distribution, développement de nouveaux produits touristiques).
En revanche, la plupart des emplois opérationnels – réception, bar, animation, ménage – sont réservés aux Cubains, en cohérence avec la volonté de l’État de prioriser l’emploi national.
Journalisme, médias et production de contenus
Un certain nombre d’étrangers travaillent à Cuba comme journalistes, photographes, réalisateurs de documentaires ou auteurs. Ils opèrent généralement sous un visa de presse ou de travail spécifique, parfois limité dans le temps (2–3 mois renouvelables), avec l’obligation de respecter le cadre politique local (contrôle de l’information, restrictions sur la critique du gouvernement, etc.).
D’autres exercent en freelance depuis l’île, en vendant leurs reportages et contenus à des médias étrangers. Ce type d’activité peut offrir une rémunération en devises et une grande autonomie, mais suppose une excellente connaissance du terrain, une forte capacité d’adaptation aux contraintes locales (accès à internet, censure, surveillance) et une prise de risque politique non négligeable.
Enseignement et éducation
Le système éducatif cubain est largement public et gratuit, très performant selon l’UNESCO, et investi à hauteur d’environ 13 % du PIB. Pour autant, les salaires y sont extrêmement faibles, et les possibilités d’embauche locale d’enseignants étrangers sont limitées par la priorité donnée aux Cubains et par les contraintes budgétaires.
Les opportunités existent plutôt dans :
– les écoles internationales basées à Havana (école internationale, école française, etc.), qui recrutent parfois des enseignants étrangers mais avec des frais de scolarité très élevés pour les familles ;
– des organismes internationaux d’enseignement de l’anglais ou d’autres langues qui salarient des professeurs étrangers pour des cours en ligne ou en présentiel financés en devises.
Un enseignant expatrié qui voudrait être rémunéré en CUP par une école publique se retrouverait confronté à un niveau de revenu incompatible avec le coût de la vie en tant qu’étranger.
IT, services numériques et externalisation
C’est sans doute l’une des voies les plus prometteuses à moyen terme, à condition de contourner les limitations imposées par l’embargo et les infrastructures.
Cuba dispose d’un vivier d’ingénieurs, de développeurs, de techniciens en informatique et en télécommunications bien formés. L’État soutient le secteur IT via des programmes de formation et des investissements dans les télécoms. Des entreprises étrangères commencent à sous-traiter du développement logiciel, du support technique ou des tâches de back-office à des freelances ou équipes cubaines.
Le salaire mensuel local pour certains profils numériques en Afrique peut atteindre une centaine de dollars.
Pour un expatrié, deux scénarios existent :
– travailler sur place pour une entreprise étrangère qui opère à Cuba et dirige une équipe IT locale ;
– vivre à Cuba tout en travaillant 100 % à distance pour un employeur basé à l’étranger, payé en devises (statut de digital nomad de fait).
Le second scénario est attractif sur le plan économique, mais il faut accepter une connexion internet parfois instable, chère, et un environnement administratif qui n’a pas de cadre officiel pour ce type de travail.
Ce que les expatriés ne peuvent (presque jamais) faire
Le cadre cubain contient plusieurs interdictions ou obstacles majeurs pour les étrangers :
– impossibilité, pour un non-Cubain, de posséder une entreprise privée classique : seules les entités d’investissement étranger agréées (joint-ventures, sociétés à capital totalement étranger dans des secteurs précis) sont admises, avec un processus d’autorisation long et très politique ;
– priorité stricte accordée aux citoyens cubains pour les recrutements locaux : un employeur qui demande un permis pour un travailleur étranger doit justifier qu’aucun Cubain ne peut occuper ce poste ;
– accès limité ou inexistant aux systèmes de protection sociale, aux subventions et à la santé gratuite : un étranger doit obligatoirement avoir une assurance santé et payer les soins dans des cliniques internationales en devises, souvent avec une nécessité de disposer de cash ;
– impossibilité, en pratique, de vivre durablement dans le pays uniquement avec des revenus en CUP : les modèles viables reposent sur des revenus extérieurs, des contrats avec des entités étrangères ou un statut particulier (diplomatique, mission internationale, conjoints de Cubains avec ressources externes, etc.).
Vivre à Cuba en tant qu’expatrié : réalités quotidiennes
Au-delà des questions de salaires et de visas, travailler à Cuba implique d’accepter un environnement très spécifique.
Les services publics (eau, électricité) sont sujets à des coupures, l’offre de biens de consommation est très limitée, les médicaments et équipements médicaux manquent dans les pharmacies, et l’on doit souvent voyager à l’étranger (Mexique, par exemple) pour acheter certains traitements. Les cartes bancaires américaines ne fonctionnent pas, et même les cartes internationales d’autres pays ne sont acceptées que dans certains magasins en monnaie librement convertible (MLC).
Seuls les citoyens cubains et les résidents permanents sont autorisés à acheter ou vendre des biens immobiliers à Cuba. Les étrangers doivent se tourner vers la location, généralement à des tarifs plus élevés que ceux pratiqués pour les locaux. Les plateformes comme Airbnb, Homestay ou le site local Revolico (dans la rubrique « alquiler a extranjeros ») sont des options courantes pour trouver un logement.
Internet, fourni par le monopole étatique ETECSA, reste cher et parfois capricieux : données mobiles à acheter via des forfaits, besoin fréquent de VPN pour contourner certaines restrictions, coupures ponctuelles pour des raisons techniques ou politiques.
Sur le plan social et culturel, la vie cubaine est riche : musique, danse, mélange d’influences espagnoles et africaines, religions afro-cubaines comme la Santeria, espaces publics très vivants (Malecón, parcs, places). Mais la distance entre l’expérience d’un expatrié et celle des Cubains, confrontés aux pénuries et sans possibilité de voyager facilement, peut rendre les relations profondes plus lentes à se construire.
Faut-il envisager Cuba pour une carrière d’expatrié ?
Pour un étranger, les opportunités professionnelles à Cuba ne ressemblent en rien à celles offertes par d’autres pays émergents plus libéralisés. Il serait illusoire de chercher à « faire carrière » à Cuba comme on le ferait au Mexique, au Brésil ou en Asie du Sud-Est.
En revanche, certains profils peuvent trouver un intérêt réel à travailler sur l’île, pour une période limitée ou dans un cadre précis :
Cette catégorie comprend plusieurs types de professionnels : les cadres détachés par des groupes internationaux dans des secteurs comme l’hôtellerie, l’énergie, le portuaire ou la biotechnologie ; les consultants spécialisés qui accompagnent des projets d’investissement étranger ou d’externalisation ; les freelances (journalistes, créateurs de contenu, développeurs, traducteurs, assistants virtuels) cherchant une expérience de vie unique tout en étant rémunérés en devises étrangères ; et enfin les enseignants ou formateurs intervenant dans des structures internationales ou des projets spécifiques.
Pour tous, quelques conditions apparaissent comme des prérequis :
Pour vivre à Cuba, il est nécessaire de disposer de revenus stables en devises étrangères, indépendants du marché local. Il faut également accepter une bureaucratie lourde et un cadre politique restrictif, gérer sa propre protection sociale via des assurances internationales, et faire preuve d’une grande capacité d’adaptation face aux pénuries et à l’imprévisibilité des services.
Dans cette perspective, Cuba ressemble moins à un « pays d’expatriation » classique qu’à un poste d’observation unique sur l’histoire et les tensions d’une économie socialiste en mutation, où chaque opportunité de travail est indissociable d’un contexte politique, social et humain très particulier.
Pour ceux qui sont attirés par cette complexité, prêts à accepter les contraintes et disposant d’un projet professionnel arrimé à l’international (et rémunéré en devises), le marché du travail à Cuba peut offrir une expérience rare, mais certainement pas un eldorado salarial.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer à Cuba, réduire sa charge imposable et diversifier hors UE, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités de résidence à Cuba, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Cuba, Portugal, Grèce, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler Cuba pour son coût de vie nettement inférieur à la France, ses opportunités d’investissement immobilier ou touristique en devises fortes via des structures adaptées, et une diversification géopolitique marquée. La mission a inclus : audit pré‑expatriation (exit tax, conventions fiscales applicables, risques de double résidence), obtention d’un permis de résidence à Cuba avec achat ou location de résidence principale, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire vers une juridiction tierce, plan de rupture des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, comptable bilingue) et intégration patrimoniale (restructuration si nécessaire).
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