S’expatrier à Cuba, ce n’est pas seulement changer d’adresse ou de climat. C’est entrer dans une société façonnée par la révolution de 1959, des décennies de socialisme, un embargo économique durable et une culture populaire incroyablement vivante. Entre musique, débrouille, bureaucratie, chaleur humaine et contrôle politique, le choc culturel peut être intense pour un expatrié, surtout venant d’un pays occidental libéral.
Avant de partir, il est essentiel de comprendre les différences culturelles du pays de destination. Cela permet d’éviter les faux pas, de relativiser certains dysfonctionnements éventuels, et ainsi de profiter pleinement de ce que le pays a à offrir, tant dans la vie quotidienne que dans le cadre professionnel.
Avant de parler de gestes du quotidien, il faut saisir le cadre dans lequel vivent les Cubains. La République de Cuba est un État socialiste à parti unique, dominé par le Parti communiste, avec une économie planifiée où l’État contrôle encore la majorité des secteurs.
Depuis la révolution, l’idéologie socialiste structure les institutions, la santé et l’éducation. Malgré une crise économique profonde (pénuries, inflation, pouvoir d’achat très bas) et des sanctions américaines persistantes depuis les années 1960 qui entravent les importations et l’accès à la technologie, la fierté nationale reste forte.
Pour un expatrié, cela se ressent partout : dans les files d’attente, la difficulté à trouver certains produits de base, la vitesse des démarches administratives, mais aussi dans le niveau de politisation de la vie publique, ou dans la prudence avec laquelle les Cubains abordent les sujets sensibles.
Les Cubains vivent depuis longtemps avec des pénuries régulières de nourriture, de médicaments, de carburant, d’eau potable ou même de courant électrique. Les coupures de courant programmées ou non peuvent durer jusqu’à 12 heures à La Havane, encore plus en province. Le manque de pièces détachées et les restrictions d’importations touchent l’ensemble de l’économie.
L’état d’esprit cubain est souvent résumé par les verbes ‘inventar’ et ‘resolver’, illustrant une culture de l’improvisation et de la solution avec les moyens du bord. Cela se traduit par des actions quotidiennes comme réparer une voiture ancienne avec des pièces soviétiques, bricoler un appareil, adapter une recette malgré le manque d’ingrédients, ou négocier un achat via un réseau de contacts. Cette débrouillardise surprend fréquemment les nouveaux arrivants.
L’expatrié qui s’attend à un environnement « fluide » et prévisible peut être dérouté. À Cuba, avoir un réseau — de voisins, de collègues, de membres de la famille — compte parfois plus que l’argent. C’est d’autant plus vrai que les salaires publics restent très bas, souvent autour de quelques dizaines de dollars par mois au taux officiel.
Langue, communication et codes relationnels
La langue dominante est l’espagnol, et parler espagnol (ou au moins en maîtriser les bases) est une condition quasi indispensable pour s’intégrer, particulièrement pour travailler à long terme. L’anglais est présent dans les zones touristiques et certains milieux professionnels, mais il reste minoritaire dans la vie de tous les jours.
Un espagnol… très cubain
Le castillan parlé à Cuba a ses particularités : débit rapide, accent caribéen, nombreuses expressions locales (cubanismos) et langage familier omniprésent. Des salutations comme « ¿Qué bolá? » ou « ¿Qué vuelta? » — l’équivalent de « Ça va ? / Quoi de neuf ? » — sont très courantes dans les échanges informels, mais ne s’emploient pas dans tous les contextes.
Dans le milieu professionnel, on préfère au départ les formes de politesse standard : usted pour vouvoyer, señor / señora suivi du nom de famille, ou les titres professionnels comme Doctor, Ingeniero, Licenciado, Director. Le passage au tutoiement et au prénom se fait sur invitation, rarement d’emblée.
Directs… mais pas toujours frontaux
Sur le plan du style communicatif, les Cubains peuvent paraître très expressifs : voix forte, gestes abondants, visage mobile. Pour un Européen du Nord ou un Asiatique, une conversation animée peut sembler être une dispute alors qu’il ne s’agit que d’une discussion passionnée. L’intonation et la gestuelle sont autant d’outils pour donner du relief au discours.
Dans les relations d’égal à égal à Cuba, la parole peut être directe. Cependant, pour aborder un sujet sensible, critiquer un supérieur ou évoquer des thèmes politiques, il est courant de contourner la confrontation ouverte. Les désaccords s’expriment alors à demi-mots, par allusions ou avec humour. Cette approche vise à préserver l’harmonie de la relation et est souvent motivée par une prudence liée au contexte politique.
Face à un expatrié, on pourra parfois éviter de dire non frontalement, surtout si l’interlocuteur est perçu comme ayant du pouvoir ou un statut élevé. Un « vamos a ver » (« on verra ») peut en réalité signifier « non » ou « pas maintenant ».
Importance du non-verbal et de la proximité
Le contact physique et la proximité sont des éléments centraux de la communication cubaine. Les gens se tiennent plus près les uns des autres qu’en Europe du Nord, en Amérique du Nord ou en Asie de l’Est. Les bises, accolades et tapes dans le dos entre proches sont fréquentes.
Pour un expatrié, il est important de distinguer la familiarité amicale de ce qui est déplacé. Les Cubains n’apprécient généralement pas qu’un étranger qu’ils connaissent à peine les touche de manière familière (tapes dans le dos, embrassades précipitées). Au premier contact, limitez-vous à une poignée de main ferme, un sourire et un regard direct. La distance physique se réduit ensuite progressivement avec le développement de la relation.
Petits sujets, grande importance
La conversation informelle est un ingrédient incontournable des interactions. On commence rarement un entretien, même professionnel, sans quelques mots sur la famille, la santé, la météo, la musique ou le quartier. Parler du quotidien, des difficultés pour trouver certains produits, de la dernière coupure d’électricité ou de la fête locale est un moyen de créer du lien.
En revanche, certains thèmes restent à manier avec précaution, en particulier pour un expatrié :
– La politique intérieure, le système en place, le rôle de l’État
– L’armée, la police, les forces de sécurité
– Les critiques directes des pénuries ou de la gestion gouvernementale
Non seulement ces sujets peuvent mettre mal à l’aise vos interlocuteurs, mais la critique publique du gouvernement est illégale pour les Cubains eux-mêmes. Un étranger qui se montre trop engagé politiquement peut attirer l’attention des autorités.
Travail, hiérarchie et négociation : un cadre très structuré
S’intégrer dans le monde professionnel à Cuba suppose de comprendre la logique des organisations et la culture hiérarchique. L’économie reste largement dominée par les entreprises publiques, même si le secteur privé (cuentapropistas, petites entreprises et auto‑entrepreneurs) tend à se développer.
Une hiérarchie claire, même dans un discours égalitaire
Officiellement, le socialisme met en avant l’égalité et la coopération. Dans les faits, la culture organisationnelle est très hiérarchisée, surtout dans les entreprises d’État. Les décisions remontent aux échelons supérieurs, parfois sous forte influence ministérielle. Les supérieurs hiérarchiques bénéficient d’un respect marqué, souvent matérialisé par l’usage des titres et du vouvoiement.
Les expatriés doivent se préparer à des circuits d’approbation multiples et à des délais de validation longs, particulièrement lorsqu’un projet implique une entité publique. Donner son avis en réunion est possible, mais contredire directement un dirigeant devant tout le monde est mal vu. On privilégie souvent les démarches plus discrètes : discussion en aparté, suggestion nuancée, recherche de compromis.
Ouvrir des portes grâce aux relations personnelles
À Cuba, la frontière entre vie professionnelle et vie privée est poreuse. Les collègues se voient en dehors du travail, partagent des repas, fêtes, concerts, matchs de baseball. Les liens tissés dans ces contextes jouent un rôle clé pour faciliter le quotidien professionnel : obtenir une signature plus rapidement, débloquer un dossier coincé dans un service, accéder à une ressource rare.
Le phénomène appelé sociolismo illustre cette importance des réseaux : utiliser ses relations, ses cousins, ses anciens camarades d’université ou de service militaire, pour « faire avancer les choses ». L’expatrié qui reste trop distant, qui n’investit pas ces moments informels (cafés, déjeuners, fêtes d’entreprise) se prive d’un levier essentiel.
Sociolismo
La négociation : lente, relationnelle, patiente
Dans le travail avec des partenaires cubains, la négociation peut être longue et exigeante. Les premières rencontres servent souvent à « se connaître », tester la confiance, mesurer la fiabilité de l’interlocuteur, plutôt qu’à signer immédiatement un contrat. La courtoisie, la patience et une certaine flexibilité sont indispensables.
Les Cubains pratiquent souvent un marchandage tenace, qui peut sembler viser à épuiser l’interlocuteur. Cette attitude n’est pas hostile ; elle permet de tester les limites et de maximiser les gains dans un contexte économique difficile. Il est conseillé de rester ferme sur ses objectifs tout en maintenant un ton cordial et honnête, approche généralement appréciée.
Bureaucratie, lenteur et résilience
Les démarches administratives — visas de travail, permis, enregistrement de contrats — sont souvent lentes et formalisées. Plusieurs ministères et organismes peuvent être impliqués, les procédures évoluent périodiquement, et les interprétations locales varient. Pour les employeurs comme pour les salariés étrangers, le respect strict des règles d’immigration et de travail est incontournable : les contrôles existent, et les sanctions (amendes, expulsion, problèmes pour l’employeur local) peuvent être lourdes.
Dans ce contexte, l’appui d’un partenaire local fiable, d’un avocat ou d’un intermédiaire expérimenté est souvent déterminant. L’expatrié doit apprendre à composer avec ce temps bureaucratique, en intégrant les délais et les contretemps dans sa planification.
Temps, ponctualité et rythme de vie
L’un des chocs culturels fréquents concerne la gestion du temps. Dans beaucoup de milieux, on retrouve un décalage entre la ponctualité attendue des étrangers et la flexibilité pratiquée localement.
Dans le milieu des affaires à Cuba, il est attendu de l’expatrié qu’il arrive à l’heure, voire en avance, comme marque de sérieux et de respect. Cependant, il est fréquent que l’hôte cubain soit en retard, que les réunions commencent avec un décalage d’une demi-heure ou plus, ou soient annulées au dernier moment. Ces retards ou reports sont souvent justifiés par des problèmes de transport, des files d’attente pour le carburant, des coupures de courant ou des obligations familiales imprévues.
Dans la sphère sociale, l’horaire devient encore plus relatif. Arriver en retard à un dîner chez des amis n’est pas considéré comme un affront majeur, et les soirées peuvent se prolonger bien au-delà de ce qui était annoncé. La patience est une vertu à cultiver ; l’agacement ouvert ou les remontrances directes sur la ponctualité risquent de passer pour de l’arrogance.
La chaleur humaine des Cubains se manifeste dès les premières minutes d’une rencontre. Les salutations sont un moment important, presque rituel, dans la vie sociale comme au travail.
Comment on se salue
Au premier contact, surtout dans un contexte formel, on se serre la main en regardant l’autre dans les yeux, avec un « Buenos días » ou « Mucho gusto ». La poignée de main peut durer un peu plus longtemps qu’en Europe du Nord, sans que cela soit étrange sur place.
Entre connaissances, la bise sur une seule joue est courante, aussi bien entre femmes qu’entre hommes et femmes. Les hommes entre eux s’embrassent moins souvent, mais se font volontiers des accolades, parfois accompagnées d’une tape dans le dos. En famille ou entre amis proches, les embrassades sont généralement plus chaleureuses et franches.
Dans un environnement professionnel, mieux vaut rester au départ sur la poignée de main formelle et laisser les collègues cubains initier les gestes plus familiers si la relation se rapproche.
Termes affectueux et langage familier
Même avec des personnes qu’ils connaissent peu, les Cubains peuvent employer des termes très affectueux : mi corazón, mi vida, mi amor, cariño. Pour un expatrié, cela peut sembler étonnant, voire ambigu. Il s’agit pourtant d’une façon habituelle de parler, qui ne renvoie pas nécessairement à une relation intime.
À Cuba, il est important d’adapter son langage selon l’interlocuteur. Avec des personnes âgées, des figures d’autorité ou des inconnus, il convient d’utiliser un ton plus respectueux et un vocabulaire plus formel. La capacité à passer d’un registre informel à un registre formel en fonction du contexte social est une caractéristique marquée de la communication sur l’île.
Visites impromptues et hospitalité
Le lien de voisinage et de quartier joue un rôle majeur dans la vie sociale. Il est courant que des amis, voisins ou membres de la famille passent à l’improviste pour prendre un café (cafecito), discuter, demander un service, regarder un match ou partager un moment de musique. Pour un expatrié habitué à planifier toutes ses rencontres par message, l’irruption spontanée d’un visiteur peut surprendre, voire déranger.
Refuser systématiquement ces invitations, ou fermer sa porte à ce type de convivialité informelle, donne vite une image froide et distante. À l’inverse, accepter de s’asseoir quelques minutes, de partager un café ou une discussion, est souvent la meilleure façon de gagner la confiance de son entourage.
Religion, croyances et diversité
La société cubaine est religieusement plurielle. Une majorité de la population se déclare plus ou moins catholique, mais la pratique est très variable. Beaucoup se tournent vers des religions afro‑cubaines comme la Santería, le Palo ou le Vodú, mélangeant cultes yoruba et catholicisme.
Dans la rue, des éléments comme des colliers de perles colorées, des vêtements blancs portés par des initiés, de petites offrandes ou des tambours rituels sont des manifestations de croyances spirituelles. Ces pratiques, loin d’être marginales, font partie intégrante du tissu culturel local.
En parallèle, la Constitution garantit la liberté de religion et interdit la discrimination fondée sur la croyance. L’État se définit comme laïc depuis les années 1990. D’autres minorités — juive, musulmane et diverses confessions chrétiennes — sont présentes, surtout dans les grandes villes.
Pour l’expatrié, il est conseillé d’aborder ces sujets avec curiosité respectueuse plutôt qu’avec scepticisme moqueur. Prendre des photos d’un rituel sans autorisation ou commenter négativement ces croyances peut être très mal perçu.
Vie quotidienne : logement, alimentation, santé
S’installer à Cuba, ce n’est pas seulement adopter de nouveaux codes sociaux ; c’est aussi composer avec un environnement matériel très spécifique.
Se loger : la culture des casas particulares
Dans de nombreux cas, les étrangers logent dans des casas particulares — des chambres ou appartements chez l’habitant, affichant un symbole officiel à l’entrée. Ces hébergements, gérés par des familles cubaines, sont une des vitrines du secteur privé autorisé par l’État et un pilier pour de nombreux expatriés et visiteurs de long séjour.
Cette formule impose un autre rapport à l’hospitalité : on vit dans une maison habitée, on interagit avec les propriétaires, on partage parfois la cuisine ou la terrasse. Les hôtes peuvent jouer un rôle clé dans l’insertion culturelle de l’expatrié : conseils pratiques, présentation aux voisins, aide pour comprendre les réalités locales.
Pour un étranger, c’est aussi l’occasion de toucher du doigt la vie réelle des Cubains, loin des hôtels d’État plus impersonnels.
Manger à Cuba : entre rationnement, créativité et convivialité
La cuisine cubaine traditionnelle (criolla) mélange influences espagnoles, africaines et caribéennes : riz, haricots noirs, porc, poulet, manioc, bananes plantain, soupes et ragoûts. Des plats comme moros y cristianos, ropa vieja ou lechón asado sont incontournables lors des fêtes et grandes occasions.
Malgré les théories, la réalité cubaine est marquée par la pénurie. Une partie de la population dépend de la libreta (carnet de rationnement) pour des produits de base en quantités insuffisantes. Le reste des denrées est accessible via les marchés libres, les coopératives, les magasins en devises ou le marché noir, à des prix souvent prohibitifs par rapport aux salaires locaux.
Pour l’expatrié, la principale différence culturelle tient à l’imprévisibilité : on ne peut pas toujours acheter ce qu’on veut quand on veut. Un produit présent une semaine peut disparaître le mois suivant. Il faut apprendre à composer avec l’offre, à adapter menus et habitudes, et à ne pas gaspiller.
Les repas partagés occupent une place centrale dans les relations. Être invité chez quelqu’un représente un vrai geste, compte tenu du coût relatif de la nourriture. Il est donc poli d’apporter un petit cadeau : café, chocolat, fleurs ou produit introuvable localement. Complimenter le repas et savourer ce qui est servi fait partie des codes de base.
Santé : un système performant mais inégal pour les étrangers
Cuba est mondialement connue pour la qualité de sa médecine préventive et sa densité médicale : l’un des plus forts ratios médecins‑habitants au monde, une espérance de vie élevée et un faible taux de mortalité infantile pour un pays à revenu limité. Le système de santé public est gratuit pour les citoyens et largement orienté vers la prévention.
Pour les expatriés, l’accès aux soins se fait principalement via un réseau privé de cliniques et hôpitaux internationaux, situés dans les grandes villes comme La Havane (ex: Clínica Central Cira García). Ces établissements offrent des services de meilleur standard que les infrastructures publiques, mais fonctionnent sur un modèle payant en devises étrangères. Le paiement se fait souvent en espèces, et les cartes bancaires étrangères ne sont pas systématiquement acceptées.
Les pénuries de médicaments et de matériel touchent l’ensemble du pays. Un expatrié bien préparé doit donc :
– Arriver avec une réserve de médicaments personnels et de base,
– Disposer d’une assurance santé incluant Cuba et l’évacuation médicale,
– Savoir que, en cas de facture impayée, les autorités peuvent bloquer sa sortie du territoire.
Ce contraste entre excellence médicale théorique et manque de ressources sur le terrain est un autre aspect déroutant de la vie cubaine.
Tableau récapitulatif : quelques contrastes clés pour le quotidien
| Domaine | Pour les Cubains (tendance générale) | Pour l’expatrié |
|---|---|---|
| Logement | Logé par l’État, peu ou pas de loyer, habitat parfois dégradé | Casas particulares ou locations privées plus confortables |
| Accès aux devises | Limité, dépend souvent de remises de l’étranger | Doit apporter du cash en devises et gérer un système complexe |
| Alimentation | Rationnement + marché noir + créativité | Choix plus large, mais imprévisibilité et prix parfois élevés |
| Santé | Gratuité mais pénuries | Cliniques internationales payantes en devises |
| Internet | Coût très élevé vs salaire, contrôle politique | Connexion possible, mais lente, chère et surveillée |
Sécurité, contrôle et libertés : un cadre particulier
L’une des grandes surprises pour beaucoup de nouveaux arrivants est le sentiment paradoxal de sécurité personnelle dans un pays politiquement très contrôlé.
Criminalité et sécurité quotidienne
Le taux de criminalité violente reste relativement bas, et la possession d’armes à feu par les civils est extrêmement rare. Les enlèvements, extorsions et homicides sont peu fréquents comparés à d’autres pays de la région. Cela explique que Cuba soit régulièrement décrite comme l’un des pays les plus sûrs du continent pour se déplacer, y compris la nuit dans de nombreuses zones urbaines.
Avec l’aggravation de la crise économique, les petits délits comme les vols à l’arraché, les pickpockets, les arnaques aux touristes et les effractions de véhicules se sont multipliés. Ces incidents surviennent principalement dans les zones touristiques, les marchés, les bus bondés et certains bars.
Les expatriés, souvent perçus comme riches ou naïfs, peuvent devenir des cibles privilégiées pour :
– Les jineteros (racoleurs, intermédiaires improvisés),
– Les escroqueries affectives (romances intéressées, demandes d’aide financière),
– Les arnaques à la monnaie ou aux taxis.
Tableau : criminalité et perception de la sécurité
| Aspect | Situation à Cuba |
|---|---|
| Crimes violents | Rares, mais en légère hausse récente |
| Armes à feu civiles | Presque inexistantes, possession très contrôlée |
| Crimes opportunistes | Fréquents (pickpockets, vols de sacs, arnaques) |
| Sécurité subjective | Forte dans de nombreuses zones urbaines et stations balnéaires |
| Police et forces de l’ordre | Présence visible, forte capacité de contrôle social |
Contrôle politique, censure et prudence
En parallèle, la liberté d’expression, de manifestation et d’association des citoyens est strictement limitée. Les partis d’opposition sont interdits, les médias sont majoritairement publics, et l’internet est étroitement surveillé.
Pour un expatrié, cela implique plusieurs précautions culturelles et pratiques.
– Éviter de participer à des manifestations ou de s’exprimer publiquement contre le gouvernement,
– Comprendre que les Cubains eux-mêmes s’autocensurent souvent par prudence,
– Ne pas photographier installations militaires, forces de sécurité, ports ou aéroports de manière ostentatoire,
– Savoir que téléphones et connexions internet peuvent être surveillés.
Ce contexte influence la manière dont les Cubains abordent les sujets sensibles, y compris en milieu professionnel. Des critiques franches que l’on pourrait juger normales dans une démocratie libérale peuvent ici être perçues comme dangereuses, voire inconscientes.
Internet, télécommunications et vie numérique
Pour beaucoup d’expatriés, la relation à l’internet est un choc culturel à part entière. Après des années de restrictions, l’accès s’est ouvert, mais dans des conditions très spéciales.
Monopole d’État et accès inégal
Tout ce qui touche aux télécoms relève d’une seule entreprise : ETECSA, détenue par l’État. L’accès à l’internet mondial demeure partiel, cher et lent. Plusieurs réalités structurent ce paysage :
Il existe une seule offre d’abonnement internet à domicile à Cuba, principalement via Nauta Hogar.
Les Cubains paient leurs forfaits en pesos, mais les tarifs restent proportionnellement exorbitants par rapport à leurs salaires. Beaucoup dépendent des recharges envoyées par la diaspora à l’étranger.
Surveillance et restrictions
Certains sites sont bloqués, des applications de contournement (VPN) sont difficilement accessibles, et des textes de loi répriment la « diffusion de contenus subversifs » en ligne. L’autocensure digitale est donc très réelle.
L’expatrié peut généralement utiliser VPN et outils de sécurité, à condition de les installer avant l’arrivée, car les téléchargements de certains services sont restreints depuis le territoire. Il devra aussi accepter des coupures de réseau imprévues, des ralentissements massifs, voire des blocages ponctuels lors de périodes de tension politique.
Tableau : internet et culture numérique
| Élément | Particularités à Cuba |
|---|---|
| Fournisseur unique | ETECSA (monopole d’État) |
| Qualité de connexion | Lente, instable, sensible aux coupures d’électricité |
| Coût relatif | Très élevé par rapport aux salaires locaux |
| Censure / surveillance | Sites bloqués, surveillance des contenus, autocensure fréquente |
| Usage quotidien | Priorité aux messageries (WhatsApp, Telegram), faible streaming |
Diversité, genre et LGBTQ+ : un pays en mutation
Cuba est une société multiethnique, où se croisent héritages espagnols, africains, chinois et amérindiens. Officiellement, toute discrimination fondée sur la race, le genre, la religion ou l’orientation sexuelle est illégale. Dans la pratique, des formes de racisme et de sexisme persistent, souvent liées aux écarts socio‑économiques.
Questions de genre : entre lois progressistes et machisme
Depuis la révolution, des lois ont encouragé la participation des femmes au travail, l’égalité juridique et l’accès à l’éducation. Pourtant, les modèles machistes restent présents dans les comportements : compliments insistants dans la rue, stéréotypes sur les rôles féminins, charge domestique encore largement assumée par les femmes.
Une expatriée peut rencontrer des attitudes paternalistes ou des avances insistantes, notamment dans les zones touristiques ou festives. Il est important d’apprendre à poser des limites claires tout en restant polie. Par ailleurs, il faut noter que la compréhension des questions de genre non conformes (personnes trans, non binaires) reste limitée dans la société en général, malgré l’existence de certains dispositifs médicaux et juridiques avancés mis en place par l’État.
Droits LGBTQ+ en évolution
Un tournant symbolique s’est produit avec la légalisation du mariage homosexuel, de la parentalité conjointe et de la gestation pour autrui dans un nouveau Code de la famille, adopté par référendum. Parallèlement, un centre national d’éducation sexuelle (CENESEX) défend activement les droits des personnes LGBTQ+.
L’acceptation des personnes LGBTQ+ à Cuba varie selon les générations et les régions, avec des attitudes parfois hostiles hors des grands centres urbains. Bien que des espaces communautaires existent, notamment à La Havane, une vigilance est recommandée, particulièrement la nuit et dans les zones moins fréquentées.
Se déplacer, consommer, gérer son argent : d’autres décalages culturels
Au-delà des normes sociales, le quotidien cubain est façonné par une économie fragmentée, des services publics limités et des règles financières spécifiques.
Mobilité : vieux taxis, bus bondés et routes imprévisibles
Le paysage routier cubain mêle autoroutes incomplètes, routes secondaires trouées, ponts fragiles et absence de signalisation claire. Les transports publics (bus, trains) sont souvent bondés, en mauvais état et peu ponctuels.
Les expatriés recourent généralement :
– Aux taxis officiels ou privés (y compris les fameuses voitures américaines des années 1950),
– Aux taxis collectifs (même trajet partagé entre plusieurs passagers),
– À la location de voiture, avec prudence.
Rouler la nuit est déconseillé : routes mal éclairées, véhicules sans phares, animaux errants, charrettes à cheval. Les accidents de la route représentent l’une des principales causes de mortalité dans le pays, souvent impliquant piétons et cyclistes.
Argent, paiements et système bancaire
Cuba fonctionne largement en espèces. Les cartes bancaires internationales sont partiellement utilisables, à condition qu’elles ne soient pas émises par des banques américaines ou liées à des groupes soumis à l’embargo. Les cartes Visa ont plus de chances de passer que certaines MasterCard, et les terminaux de paiement sont essentiellement présents dans les hôtels, magasins d’État ou établissements haut de gamme.
Un étranger doit donc :
– Arriver avec suffisamment de devises (souvent euros, dollars canadiens ou dollars américains),
– Changer de l’argent dans les bureaux de change officiels (CADECA) ou les banques, en sachant que le taux officiel est peu avantageux,
– Se tenir à l’écart du marché noir, qui propose des taux beaucoup plus favorables mais comporte des risques légaux et sécuritaires.
À Cuba, la population utilise un système monétaire complexe mêlant pesos, devises étrangères et cartes en monnaies librement convertibles (MLC). Ces dernières sont nécessaires pour acheter certains produits dans des magasins spécifiques. Ce système crée et accentue de fortes inégalités sociales, favorisant les personnes ayant accès à des devises via les envois de la diaspora ou les revenus du tourisme, au détriment des autres.
Consommation, services et attentes
Pour un expatrié habitué à Amazon, à la livraison rapide, aux magasins bien approvisionnés et au service client formalisé, la culture de la consommation cubaine est un changement radical. On ne s’attend pas à trouver tout, tout de suite, ni à pouvoir retourner facilement un produit défectueux.
Les services sont souvent plus informels, et la qualité dépend autant de la personne en face de vous que de l’organisation elle‑même. Le pourboire occupe une place importante dans les revenus du personnel de service, et il est de bon ton de laisser un pourcentage significatif dans les restaurants, pour les chauffeurs ou les guides, surtout dans les circuits touristiques.
Intégration : ce que l’expatrié doit surtout retenir
S’expatrier à Cuba, c’est accepter de jouer avec plusieurs couches de réalités : un État très présent, une économie fragile, mais aussi une population chaleureuse, créative, tenace. Les différences culturelles ne se limitent pas à quelques gestes ou formules, elles touchent à la façon même de concevoir le temps, la sécurité, la parole et la solidarité.
En résumé, l’expatrié qui réussit son intégration est généralement celui qui :
Pour tisser des liens authentiques à Cuba, il est conseillé d’apprendre au moins un espagnol fonctionnel en acceptant les particularités du parler local. Montrez un intérêt sincère pour la vie quotidienne des Cubains, sans condescendance. Comprenez le poids des pénuries et de la débrouille (la « résolution ») au lieu de porter des jugements hâtifs. Respectez le cadre politique en évitant les discussions trop frontales qui pourraient mettre vos interlocuteurs en danger. Investissez dans des relations personnelles en acceptant les cafés improvisés, les longues conversations et les repas partagés. Enfin, développez une grande tolérance face à l’imprévu et aux retards, souvent expliqués par un simple « ça s’est compliqué ».
Cuba peut être un pays difficile à vivre si l’on s’accroche à des attentes de confort et de rationalité « à l’occidentale ». Mais pour qui accepte de se laisser déplacer par une autre manière de vivre, de parler et de se soutenir mutuellement, l’expérience d’expatriation peut être d’une richesse culturelle et humaine exceptionnelle.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, République dominicaine, Panama, Cuba), la stratégie retenue a consisté à cibler Cuba, combinant coût de vie nettement inférieur à la France, fiscalité locale avantageuse pour certains revenus étrangers via des structures adaptées, et exposition en devise forte (EUR/USD) via ses placements en Europe. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention d’un statut de résidence à Cuba via un projet d’investissement local, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, comptable) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire), permettant économies fiscales significatives et diversification géographique maîtrisée.
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