S’installer à long terme sur “la Perle des Caraïbes” ne se résume pas à acheter un billet d’avion et louer un appartement à La Havane. Vivre à Cuba suppose de naviguer entre plusieurs couches de règles : immigration, visas, résidence, logement, fiscalité, banque, douanes, santé… Un écosystème très spécifique, fortement contrôlé par l’État, et compliqué en plus par les sanctions américaines pour certains ressortissants.
Cet article fournit un guide pratique et documenté des principales démarches à effectuer, depuis la préparation du projet dans votre pays d’origine jusqu’à l’installation durable sur l’île.
Comprendre le cadre général avant de se lancer
Avant même de parler de formulaires, de files d’attente devant la Dirección de Identificación, Inmigración y Extranjería (DIIE) ou de certificats traduits en espagnol, il faut intégrer quelques réalités de base.
Cuba est un pays hispanophone de près de 11 millions d’habitants.
Pour un étranger qui veut y vivre, trois paramètres structurent tout le parcours administratif : le type de visa, le statut de résidence (temporaire ou permanent) et la capacité à prouver des ressources financières stables, un logement, une assurance santé et un casier judiciaire vierge.
Les ressortissants américains doivent, en plus, composer avec la réglementation de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) qui encadre strictement les voyages et les transactions avec Cuba. Cela ne concerne pas seulement la venue touristique : cela a des conséquences sur la façon de payer, d’envoyer de l’argent, d’ouvrir un compte, ou même de rentrer ensuite aux États‑Unis.
Entrer légalement à Cuba : visas, carte touristique et e‑visa
La première marche consiste à entrer légalement sur le territoire. En matière d’immigration, Cuba distingue clairement les séjours courts de tourisme ou d’études et les séjours longs avec projet de résidence.
Séjour de courte durée : carte touristique et e‑visa
Pour la majorité des étrangers, l’entrée se fait avec un visa touristique (souvent sous forme de “carte touristique”) ou, pour de plus en plus de nationalités, via un e‑visa.
La carte touristique classique permet un séjour d’environ 30 jours (jusqu’à 90 jours pour certains, comme les Canadiens), généralement prolongeable une fois auprès des autorités migratoires locales. Avant l’introduction de l’e‑visa, cette carte existait en deux couleurs : une version rose pour les passagers partant directement des États‑Unis, et une version verte pour ceux transitant par un autre pays.
Depuis 2024, Cuba a instauré un e‑visa pour de nombreux pays. Il est valable 90 jours et peut être prolongé une fois pour 90 jours supplémentaires. Pour les voyageurs américains arrivant directement des États‑Unis, il s’agit d’un visa électronique à entrée unique, directement lié à leur passeport.
Quelle que soit la forme, les exigences de base restent les mêmes : passeport valable au moins six mois après l’entrée, preuve d’assurance médicale valide à Cuba, billet de retour et, pour les non‑résidents cubains, capacité financière minimale (les autorités peuvent exiger de démontrer environ 50 USD par jour de séjour).
Pays dispensés de visa et cas particuliers
Cuba prévoit des exemptions de visa pour certaines nationalités sur des durées limitées. Cela ne dispense pas de l’obligation de passeport valide, d’assurance et, le cas échéant, de formulaire d’entrée.
Par exemple, certains pays d’Afrique, d’Asie ou des Caraïbes bénéficient de séjours sans visa de 28 à 90 jours selon les accords bilatéraux, tandis que les détenteurs de passeports diplomatiques ou de service disposent parfois de régimes spécifiques. Mais la logique reste identique : au‑delà de la période autorisée, un changement de statut ou une demande de résidence devient incontournable.
D’Viajeros : le formulaire numérique obligatoire
Quelle que soit la nationalité, tout voyageur doit aujourd’hui remplir le formulaire électronique D’Viajeros dans les 48 heures précédant l’arrivée. Ce document regroupe les informations d’immigration, de santé et de douane, sous forme de déclaration sur l’honneur. À la fin, le système génère un QR code, à présenter à l’arrivée.
En cas d’impossibilité technique, une version papier peut encore être remplie à l’aéroport, mais les autorités poussent clairement vers la dématérialisation.
| Élément requis à l’entrée | Détail principal |
|---|---|
| Passeport | Validité ≥ 6 mois après l’arrivée |
| Visa / carte touristique | 30 à 90 jours, selon statut et nationalité |
| Formulaire D’Viajeros | À remplir en ligne, QR code à présenter |
| Assurance santé | Obligatoire, souvent incluse au billet, sinon achat à l’aéroport |
| Preuve de ressources | En pratique, capacité d’environ 50 USD/jour peut être vérifiée |
Choisir la bonne voie de résidence : temporaire ou permanente
Entrer comme touriste ne donne pas le droit de s’installer. Vivre à Cuba suppose d’obtenir un statut de résident, temporaire ou permanent, géré par la DIIE (Dirección de Identificación, Inmigración y Extranjería), organe du ministère de l’Intérieur.
Résidence temporaire : travailler, étudier, investir, se soigner
La résidence temporaire est accordée pour une finalité précise (emploi, études, activité religieuse, recherche, soins, etc.) et pour une durée limitée, renouvelable.
Les principales catégories de visas temporaires sont désignées par des codes “D” :
| Catégorie de visa temporaire | Public visé |
|---|---|
| D1 | Salariés à compétence technique ou scientifique particulière |
| D2 | Étudiants et scientifiques |
| D3 | Artistes |
| D4 | Sportifs |
| D5 | Demandeurs d’asile et réfugiés |
| D6 | Journalistes |
| D7 | Commerçants et hommes/femmes d’affaires |
| D8 | Religieux |
| D10 | Patients en tourisme médical |
À ces catégories s’ajoutent des permis de séjour temporaires pour investisseurs, personnes financièrement indépendantes, chercheurs ou participants à des programmes culturels ou sanitaires.
Un salarié étranger doit généralement être recruté par une entité cubaine et disposer d’un contrat de travail enregistré. Un étudiant doit présenter une lettre d’admission dans une université ou école reconnue. Les travailleurs temporaires sont en principe logés dans des hôtels, des casas particulares licenciées pour les étrangers ou des logements institutionnels.
Résidence permanente : surtout pour la famille et quelques profils spécifiques
La résidence permanente est réservée à des cas plus restreints. L’axe central reste la famille : être conjoint, enfant ou parent d’un citoyen cubain. On parle souvent, dans ce contexte, de visa E‑1 pour les proches d’un Cubain, et de visa E‑2 pour des étrangers ayant reçu une autorisation spéciale de la DIIE.
Historiquement, les autorités exigeaient un dépôt d’environ 5 000 CUC (ou équivalent en MLC ou USD) sur un compte bancaire cubain pour garantir une certaine autonomie financière. Aujourd’hui, la pratique tend à se recentrer sur la preuve de solvabilité : justificatifs de revenus, de pension, d’épargne ou d’actifs étrangers, mais l’esprit reste le même : démontrer que l’on ne deviendra pas une charge pour l’État cubain.
Un demandeur de résidence permanente doit, en plus du lien familial ou du projet précis, prouver :
– une bonne santé (examens sérologiques, radiographie thoracique, test VIH) ;
– un casier judiciaire vierge récent dans les pays où il a résidé ;
– un logement en Cuba, attesté par un acte notarié d’une personne de référence qui s’engage à l’héberger et à subvenir à ses besoins ;
– des ressources financières stables.
Le statut donne accès, comme pour les Cubains, à l’éducation et aux soins dans le système public, à la possibilité de se domicilier, d’acheter un bien immobilier sous certaines conditions et de payer nombre de services en monnaie nationale, souvent à des tarifs plus faibles que les touristes.
| Type de résidence | Durée de validité | Public principal | Renouvellement |
|---|---|---|---|
| Temporaire | 1 à 2 ans selon la catégorie | Étudiants, salariés, religieux, investisseurs, etc. | Oui, sur dossier |
| Permanente | Carte valable 10 ans | Conjoint / parent / enfant de Cubain, cas exceptionnels | Oui, formalité tous les 10 ans |
Les cartes de résidence permanente ont vu leur validité passer de 5 à 10 ans. Il reste indispensable de respecter la règle de séjour : ne pas rester plus d’un an hors de Cuba sans autorisation, sous peine de perdre le statut, sauf prorogation accordée via un consulat cubain.
Monter un dossier de résidence : documents, traductions, délais
Le nerf de la guerre, à Cuba comme ailleurs, c’est le dossier. Les refus viennent souvent moins du projet que d’un papier manquant, d’une traduction non légalisée ou d’un certificat expiré.
La liste de base pour une résidence temporaire
Pour la plupart des demandes de résidence temporaire, le socle documentaire se ressemble :
– passeport en cours de validité (au moins six mois au‑delà de la durée de séjour souhaitée) ;
– formulaire officiel dûment rempli, sans ratures ;
– lettre exposant les motifs de la demande ;
– curriculum vitae ou résumé de parcours ;
– certificat de résidence ou équivalent dans le pays d’origine ;
– acte de naissance officiel ;
– certificat de casier judiciaire récent (souvent moins de trois mois), valable un an une fois délivré à Cuba ;
– certificat médical incluant au minimum les tests sérologiques et VIH ;
– preuve de qualifications pour les profils techniques ou scientifiques ;
– deux photos d’identité ;
– quittance du paiement des droits de visa ou de séjour ;
– preuve de couverture santé et d’hébergement.
Pour être valables à Cuba, la plupart des documents étrangers doivent suivre un processus de traduction officielle et de légalisation consulaire, une démarche souvent coûteuse et longue.
Les documents doivent être traduits en espagnol par un traducteur agréé. Les tarifs peuvent atteindre plusieurs dizaines de dollars (ou équivalent) par page.
Les documents traduits doivent ensuite être légalisés par un consulat cubain. Le Ministère cubain des Affaires étrangères (Minrex) facture cette démarche en CUP ou en devises.
Conditions spécifiques pour la résidence permanente
Pour la résidence permanente, surtout via le mariage ou les liens familiaux, viennent s’ajouter :
– un acte de mariage conforme au droit cubain, ou transcrit dans les registres cubains ;
– une copie de la carte d’identité du conjoint cubain ;
– les actes de naissance des enfants cubains ou déjà résidents permanents ;
– la lettre d’un “référent” en Cuba (souvent le conjoint ou un proche) s’engageant à héberger et à prendre en charge le demandeur, établie devant notaire ;
– la preuve de moyens financiers fiables (relevés bancaires, attestations de pension, titres de propriété, etc.) ;
– parfois la preuve de dépôt d’une somme dans une banque locale.
Le traitement d’un dossier de résidence (temporaire ou permanente) prend généralement entre 3 et 6 mois. En cas de refus, il est souvent nécessaire d’attendre un an avant de pouvoir déposer une nouvelle demande.
Où déposer : consulat, DIIE, conseils juridiques
Selon le cas, la procédure s’amorce :
– soit dans le pays d’origine, auprès d’une ambassade ou d’un consulat cubain (qui transmet à La Havane) ;
– soit en Cuba, via un proche qui dépose un dossier à la DIIE ;
– soit en combinant les deux, notamment pour les procédures de regroupement familial.
Il existe aussi des structures comme la Consultoría Jurídica Internacional ou d’autres bureaux de services juridiques (BES, TRANSCONSUL S.A.) qui accompagnent les demandes, en particulier pour les dossiers complexes (professionnels de santé, investissements, etc.).
Les honoraires s’ajoutent aux droits payés en timbres fiscaux cubains, dont le montant figure dans les textes officiels. Par exemple, la demande de résidence permanente pour un étranger est assortie d’un paiement de 40 CUC en timbres, auxquels se greffent les coûts médicaux, les traductions et les taxes sur les certifications.
Vivre à Cuba : obligations de santé et système de soins
Depuis 2010, Cuba impose une obligation d’assurance maladie à tout visiteur et à tout résident étranger. À l’arrivée, les autorités peuvent réclamer une preuve d’assurance couvrant l’intégralité du séjour. Si le voyageur n’en dispose pas, il doit obligatoirement souscrire une police locale, souvent gérée par la compagnie Asistur.
Cette assurance standard, parfois intégrée au prix du billet d’avion au départ des États‑Unis, couvre en principe les 30 premiers jours. Pour prolonger un visa ou un titre de séjour, il faut prouver l’extension de la couverture.
Le système de santé cubain est réputé pour sa densité médicale et ses indicateurs de santé (faible mortalité infantile, forte prévention). Il repose sur deux circuits parallèles :
L’Algérie propose deux principaux circuits de soins distincts, adaptés aux différents profils de patients.
Un réseau de santé gratuit ou à coût très réduit, accessible aux citoyens algériens et aux résidents permanents.
Des établissements destinés aux étrangers, fonctionnant en devises avec un système de paiement à l’acte pour chaque consultation ou soin.
À La Havane, des établissements comme la Clínica Central Cira García, CIMEQ ou l’hôpital Hermanos Ameijeiras accueillent en priorité les étrangers, souvent avec du personnel anglophone. Une consultation simple peut coûter une vingtaine à une soixantaine de dollars, tandis qu’une hospitalisation ou un bloc opératoire se facture en centaines de dollars la journée.
Les résidents étrangers doivent anticiper les évacuations sanitaires : en cas de pathologie grave nécessitant un rapatriement, les coûts démarrent aux alentours de 15 000 USD et peuvent facilement dépasser 50 000 USD. Une assurance internationale incluant rapatriement, hospitalisation et frais d’urgence constitue donc un prérequis sérieux avant de s’installer.
Logement et location : réglementation des “casas particulares” et baux
Se loger à Cuba n’est pas uniquement une affaire de recherche d’appartement : c’est un domaine très encadré par la “Ley General de la Vivienda” et toute une série de décrets et règlements.
Propriétés et achats : un marché très restreint pour les étrangers
Le marché immobilier cubain a connu une ouverture progressive depuis 2011, lorsque les Cubains et les étrangers résidents légaux ont été autorisés à acheter et vendre des logements. Les non‑résidents, eux, ne peuvent généralement pas acheter en direct, sauf en passant par des structures d’investissement spécifiques (coentreprises, sociétés étrangères autorisées, projets touristiques).
Un étranger légalement résident peut, dans certaines conditions, acquérir un bien à titre de résidence principale ou de maison de vacances, moyennant un acte notarié, un enregistrement au registre foncier municipal et le paiement d’une taxe de transfert d’environ 4 % pour l’acheteur et autant pour le vendeur.
Location : licences de “arrendador” et contrats
Pour un étranger qui s’installe, la solution la plus fréquente reste la location, souvent sous forme de “casa particular” (chambres ou logements chez l’habitant) ou d’appartement indépendant.
Les propriétaires qui souhaitent louer un logement doivent impérativement obtenir une licence d’« arrendador » auprès de la Direction municipale du logement. Le processus d’obtention de cette licence comprend plusieurs étapes à suivre.
– présentation d’un titre de propriété ;
– dépôt d’une déclaration sur l’honneur ;
– paiement d’un droit d’enregistrement (en CUP ou en ancienne CUC, selon la devise de location) ;
– inscription auprès de l’office national des impôts (ONAT).
Une fois la licence accordée, le bailleur reçoit un “Livre de registre des locataires” et doit apposer un autocollant officiel à l’entrée de la propriété. Il lui incombe également de déclarer à l’immigration les détails des étrangers hébergés.
Les baux écrits sont la norme pour les locations supérieures à 30 jours. Ils doivent mentionner : les identités et numéros de documents des occupants, l’adresse, le montant et la devise du loyer, la durée, la date de conclusion, et les clauses essentielles (dépôt de garantie, répartition des charges, obligations d’entretien, conditions de résiliation, etc.).
Le loyer mensuel maximum pour un appartement confortable destiné aux étrangers dans les quartiers prisés de La Havane.
Restrictions, responsabilités et fiscalité locative
La législation encadre étroitement les usages : la sous‑location et la cession de bail sont interdites, tout comme la location de logements publics ou de domiciles de fonction. La location pour des activités commerciales est, en principe, exclue du cadre résidentiel.
Les propriétaires ont l’obligation de maintenir le logement en bon état, de respecter les plafonds de capacité et de s’acquitter de leurs impôts : un impôt spécifique sur l’activité de location, assorti d’un impôt sur le revenu, prélevés selon des barèmes modulés par zone et par type de location (en CUP ou en devises).
Un système de taxe mensuelle fixe (cuota fija mensual) s’applique, avec des taux plus élevés pour les activités en devise. En contrepartie, l’impôt payé sur l’activité locative est déductible de l’impôt général sur le revenu.
Les contrôles sont assurés par des inspecteurs du logement, du fisc et de l’immigration. Les infractions (location non déclarée, hébergement d’étrangers sans enregistrement) peuvent entraîner des amendes significatives, la suspension de la licence, voire, en cas de récidive, la confiscation du bien.
Banques, argent et fiscalité : un écosystème à bien anticiper
Vivre à Cuba, c’est aussi accepter une réalité financière très particulière : dualité monétaire, absence de grands réseaux bancaires occidentaux, omniprésence du cash et règles fiscales propres.
Ouvrir un compte bancaire : mission souvent réservée aux résidents
L’ouverture d’un compte bancaire par un étranger est réputée difficile. En pratique, les banques cubaines privilégient les résidents permanents ou les Cubains de la diaspora. Pour un non‑résident, il est possible d’ouvrir un compte en MLC (monnaie librement convertible) dans certains cas, notamment pour les Cubains vivant à l’étranger, sur la base d’une résolution spécifique de la Banque centrale.
Pour un expatrié non cubain, la règle officieuse reste : pas de résidence, pas de compte. Ceux qui parviennent à ouvrir un compte doivent généralement prouver une adresse permanente à Cuba, présenter leur permis de résidence, un casier judiciaire propre et, parfois, effectuer un dépôt minimum substantiel. Le processus est peu transparent, et il ne faut pas s’étonner d’un refus sans explications détaillées.
En pratique, beaucoup d’étrangers résidents utilisent donc :
Différentes méthodes pour accéder à vos fonds et convertir des devises en toute sécurité
Utilisez vos cartes bancaires compatibles pour retirer de l’argent directement depuis vos comptes à l’étranger.
Convertissez vos espèces en devises fortes (euros, dollars canadiens, etc.) dans des bureaux de change officiels ou des banques.
Recevez des fonds envoyés par vos proches via les canaux de transfert d’argent autorisés et sécurisés.
Les détenteurs de cartes Visa ou Mastercard émises hors des États‑Unis peuvent généralement retirer dans les distributeurs cubains (avec commissions cumulées de la banque locale et de la banque d’origine). Les cartes américaines et les cartes d’établissements contrôlés par des groupes américains restent bloquées par l’embargo.
Coût de la vie et gestion du budget
Le coût de la vie pour un expatrié varie énormément selon le style de vie. Une estimation typique à La Havane pourrait être :
– loyer : 500 à 1 000 USD par mois pour un appartement d’une chambre en centre‑ville en standard expatrié ;
– alimentation de base au marché et dans les magasins : 150 à 300 USD par mois ;
– téléphone et internet mobile : 30 à 50 USD par mois ;
– transports publics : quelques dollars par mois pour un usage local, ou davantage si l’on recourt aux taxis officiels.
Les biens importés (électronique, cosmétiques, certains aliments) sont nettement plus chers qu’en Europe ou en Amérique du Nord et souvent difficiles à trouver. Il est fortement recommandé de voyager avec ses propres médicaments et produits de base, les pharmacies locales subissant des pénuries fréquentes, même pour les médicaments courants.
Fiscalité locale des personnes physiques
Cuba applique un système fiscal à dominante territoriale : dans la plupart des cas, ce qui est taxé pour une personne physique, ce sont les revenus de source cubaine (activité professionnelle, location, etc.). Les revenus exclusivement étrangers peuvent cependant entrer dans l’assiette pour certains profils de résidents, en particulier les Cubains qui conservent un statut de résident permanent en vivant à l’étranger.
Les taux d’impôt sur le revenu sont progressifs et peuvent, pour certains segments, atteindre des niveaux élevés. Pour les travailleurs étrangers salariés à Cuba, un taux particulier d’environ 15 % est appliqué sur le salaire et les primes, retenu à la source par l’employeur et reversé à l’office national des impôts (ONAT).
Un étranger qui s’installe durablement doit également compter avec : les lois et règlements du pays d’accueil, l’intégration dans la société, la langue locale, les systèmes de santé et d’éducation, les possibilités d’emploi, et les aspects culturels.
Principaux impôts et taxes pouvant s’appliquer aux résidents, selon leur situation patrimoniale et professionnelle.
Prélèvement annuel représentant quelques pourcents de la valeur du bien immobilier possédé.
Taxe applicable lors de la vente ou de l’achat d’un bien immobilier.
Taxes pouvant s’appliquer sur les importations personnelles importantes.
Prélèvements obligatoires si l’activité professionnelle le requiert.
La qualité de résident fiscal se détermine notamment par la présence de plus de 183 jours dans l’année civile sur le territoire, l’existence d’un foyer permanent ou le centre des intérêts économiques à Cuba.
Double casquette : obligations vis‑à‑vis du pays d’origine
Pour les Américains, la complexité augmente. Qu’ils vivent à La Havane ou à Varadero, ils doivent continuer à déclarer leurs revenus mondiaux au fisc américain (Form 1040) s’ils atteignent les seuils de revenu. Ils peuvent utiliser des outils comme l’exclusion de revenus étrangers ou le crédit d’impôt pour limiter la double imposition, mais ils restent soumis à la législation fédérale, y compris l’obligation de déclarer leurs comptes bancaires étrangers (FBAR) au‑delà de certains montants.
Par ailleurs, en raison de l’embargo, le versement des pensions de sécurité sociale américaines à une personne installée à Cuba est généralement suspendu, pour n’être éventuellement libéré qu’après un déménagement vers un pays autorisé.
Douanes, importations et bagages : ce que l’on peut emporter quand on s’installe
Préparer un départ pour vivre à Cuba, c’est aussi se confronter aux règles de la Aduana General de la República, l’autorité douanière qui fixe chaque année les quotas et les taxes applicables.
Effets personnels, franchises et canaux vert/rouge
Tout voyageur bénéficie d’un certain nombre de kilos d’effets personnels exempts de droits. En principe, 25 kg de bagages personnels (vêtements, chaussures, produits d’hygiène, petit matériel électronique portable, etc.) sont admis sans taxation, auxquels peuvent s’ajouter des quantités définies de tabac et d’alcool pour la consommation personnelle.
Au-delà de la franchise, le passager doit emprunter le canal rouge pour déclarer ses marchandises. Le paiement des droits s’effectue en CUP (peso cubain) et est soumis à un plafond de valeur globale. La douane évalue les biens selon plusieurs méthodes : sur base des factures, via des barèmes standards, ou en utilisant un système valeur-poids pour des catégories spécifiques comme l’habillement, l’alimentation et les produits d’hygiène.
Il existe des exemptions temporaires sur des catégories comme l’alimentation, les produits de nettoyage ou certains médicaments, afin de faciliter l’approvisionnement des familles, avec des limites de poids (par exemple, 50 kg pour ne pas être taxé).
| Type d’articles importés | Régime douanier principal |
|---|---|
| Effets personnels (25 kg) | Franchise totale |
| Nourriture, hygiène, médicaments (jusqu’à un certain poids) | Franchise temporaire |
| Autres biens non commerciaux | Taxation jusqu’à un plafond de valeur |
| Équipements énergétiques renouvelables | Exonération de droits |
Les voyageurs portant plus de 5 000 USD en liquide (ou équivalent) doivent effectuer une déclaration de devises à leur arrivée. L’import de certains appareils électriques à forte consommation (climatiseurs, gros congélateurs, fours, plaques électriques, etc.) est restreint ou interdit.
Exporter depuis Cuba : œuvres d’art, cigares et autres limites
À la sortie du territoire, les contrôles se concentrent sur trois types de produits : les biens culturels (peintures, sculptures, livres anciens), les produits de la mer (notamment la langouste) et les devises ou produits soumis aux règles américaines (cigares et rhum pour les personnes retournant aux États‑Unis).
Pour exporter des objets d’art de Cuba, un certificat délivré par le Fonds cubain des biens culturels ou le registre compétent est obligatoire. Concernant les cigares cubains, leur nombre est limité ; au-delà d’un certain seuil, il faut présenter des factures officielles et respecter des conditionnements spécifiques. De plus, les voyageurs ne peuvent pas quitter le pays librement avec des sommes élevées en pesos cubains (CUP) ou en devises convertibles (CUC/MLC).
Démarches complémentaires : état civil, cartes d’identité, obligations diverses
S’installer à Cuba implique fréquemment de manipuler des documents d’état civil cubains, que ce soit pour officialiser un mariage, reconnaître la filiation d’un enfant, prouver une naissance ou un divorce.
Les certificats (naissance, mariage, décès, etc.) sont délivrés par les registres de l’état civil du ministère de la Justice, un par municipalité (168 au total). Bien que de plus en plus numériques, une version imprimée avec signature manuscrite et tampon est nécessaire pour un usage à l’étranger, parfois accompagnée d’un code de vérification alphanumérique.
Les résidents permanents se voient délivrer une carte d’identité (carnet de identidad) à partir de 16 ans, et une carte de mineur pour les plus jeunes. Ces documents sont indispensables pour presque toutes les démarches internes (santé, scolarité, logement, travail).
L’obtention d’un passeport cubain, pour ceux qui ont ou acquièrent la nationalité, se fait auprès des services d’identification du ministère de l’Intérieur, avec des frais variables selon que la demande est faite à Cuba (en CUP) ou à l’étranger (en dollars). La validité a été portée à 10 ans pour les plus de 16 ans et à 5 ans pour les mineurs.
Spécificités pour les Cubains de l’étranger et leurs familles
Les Cubains vivant à l’étranger relèvent eux aussi de catégories migratoires distinctes, avec des conséquences concrètes sur le droit de résidence, la propriété et les prestations sociales.
Un Cubain qui part à l’étranger sans régulariser son statut et ne revient pas dans les délais est considéré comme émigrant. Il conserve sa citoyenneté mais perd des droits à Cuba (propriété, vote, santé et éducation gratuites, exercice d’une activité privée). En revanche, le titulaire d’un permis de résidence à l’étranger (RE) conserve ses droits politiques, peut revenir longuement, posséder des biens, hériter et exercer une activité de travail indépendant.
Ces statuts ont des effets directs sur la possibilité, pour un conjoint étranger, d’obtenir un visa familial (A‑2) ou, à terme, une résidence. Les conjoints non cubains obtiennent en général un visa de 60 à 90 jours renouvelable, puis peuvent, sous conditions, basculer vers une demande de résidence permanente appuyée par le conjoint cubain ou résident.
Sécurité juridique, risques et bonnes pratiques
Au‑delà des textes, vivre à Cuba suppose de se situer sur une ligne de crête : respecter scrupuleusement les règles locales, tout en gardant en tête que certains comportements anodins ailleurs peuvent être interprétés différemment par les autorités.
L’État cubain dispose d’une large marge d’appréciation pour qualifier les activités contraires à ses intérêts nationaux. Les étrangers sont soumis au droit local et s’exposent, en cas de violation des lois, à des risques d’arrestation, d’expulsion ou d’interdiction de retour sur le territoire. Ces violations peuvent inclure l’aide à l’émigration irrégulière, l’exercice d’une activité professionnelle non autorisée ou la participation à des actions politiques jugées sensibles.
Pour limiter les risques administratifs et pénaux, quelques principes se dégagent :
– toujours disposer d’un titre de séjour en règle et renouvelé à temps ;
– ne pas travailler sans autorisation dans un emploi soumis à permis ;
– utiliser les circuits officiels pour tout ce qui touche aux biens (logement, art, véhicules) ;
– conserver des copies de tous les documents, contrats et reçus, en version papier et numérique ;
– tenir compte des obligations éventuelles vis‑à‑vis du pays d’origine (fiscalité, restrictions de voyage, sanctions).
Conclusion : un projet réalisable, mais qui se prépare dans le détail
Vivre à Cuba est possible, légalement et durablement, pour peu que l’on accepte deux réalités : la lenteur administrative et la densité de la réglementation. Visa, résidence temporaire ou permanente, logement, banque, impôts, douanes, santé : chaque volet exige des documents précis, souvent traduits et légalisés, et une stratégie adaptée à son profil (étudiant, retraité, conjoint de Cubain, investisseur, salarié, etc.).
En contrepartie d’un parcours administratif parfois long, les résidents permanents bénéficient de droits proches de ceux des citoyens. Cela inclut l’accès à l’éducation et aux soins de santé publics, la possibilité de se domicilier légalement, de louer ou d’acheter un logement, et de s’insérer dans un tissu social structuré par la médecine de proximité, les polycliniques et les réseaux de quartier.
Préparer son installation ne consiste donc pas uniquement à rêver de rues de La Havane ou de plages de Varadero, mais à bâtir un dossier solide, anticiper les délais, vérifier les contraintes éventuelles de son propre pays (notamment pour les Américains) et s’entourer, si besoin, de conseils juridiques locaux ou d’agences spécialisées dans les démarches cubaines. Dans un environnement où l’écrit officiel et le tampon ont une importance décisive, c’est souvent la rigueur administrative qui fait, au final, la différence entre un séjour toléré et une véritable vie à Cuba.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer à Cuba, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités migratoires, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, République dominicaine, Panama, Cuba), la stratégie retenue a consisté à cibler Cuba pour son coût de vie nettement inférieur à la France, la possibilité de structurer des revenus en devises fortes hors France, et une fiscalité locale adaptée aux revenus perçus depuis l’étranger, sous couvert de la convention fiscale franco-cubaine. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du statut de résident de longue durée, organisation de la couverture santé internationale, transfert de résidence bancaire hors France, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, immobilier) et intégration patrimoniale internationale.
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