Comment apprivoiser le mal du pays à Trinité et Tobago

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Vivre à l’étranger, même sous le soleil des Caraïbes, n’a rien d’un long fleuve tranquille. Beaucoup d’expatriés arrivent à Trinité et Tobago persuadés que les plages, la musique et la chaleur humaine suffiront à effacer les coups de blues. Puis, au bout de quelques semaines ou quelques mois, une réalité plus nuancée s’impose : le mal du pays s’invite, parfois brutalement.

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Jusqu’à 70 % des personnes qui s’installent à l’étranger sont confrontées au mal du pays, particulièrement la première année.

Dans ce tableau contrasté, apprendre à gérer le mal du pays devient presque une compétence de survie émotionnelle. Cet article propose un tour d’horizon concret, ancré dans la réalité locale, pour comprendre ce que vous ressentez, décoder le pays dans lequel vous vivez, et utiliser ce contexte à votre avantage pour recréer des repères, des liens et un sentiment d’appartenance.

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Comprendre le mal du pays : un deuil discret plutôt qu’une faiblesse

Les psychologues qui se sont penchés sur le mal du pays le décrivent comme une forme de détresse émotionnelle liée à l’éloignement de son environnement d’origine. Il ne s’agit pas d’une maladie mentale, mais d’un état affectif normal, proche d’un petit deuil : on perd la familiarité de son quartier, les odeurs de la maison, le son de sa langue dans la rue, les routines qui rythmaient les journées.

Ils distinguent deux grandes réactions dans le processus d’adaptation : la réaction de séparation, caractérisée par l’idéalisation du pays quitté et la rumination des pertes, et la réaction d’adaptation, marquée par le déplacement de l’énergie vers le nouvel environnement avec la création de nouvelles routines, de nouveaux liens et d’une nouvelle identité.

Chercheurs en psychologie (Stroebe, Schut et Nauta)

À Trinité et Tobago, ce balancier est particulièrement visible : on peut passer d’un émerveillement total dans une fête de Carnival à Maracas Bay à une profonde solitude devant son téléphone quelques heures plus tard, en scrollant les photos d’un repas de famille manqué à des milliers de kilomètres.

Un phénomène fréquent chez les expatriés

Les données disponibles sur les expatriés montrent que le mal du pays est presque la norme, et non l’exception. Entre 20 % et 90 % des personnes envoyées en mission à l’étranger disent en souffrir au cours de la première année. Beaucoup décrivent un « creux des six mois », parfois appelé « expat blues » : après l’euphorie des débuts, quand tout semble exotique et excitant, la fatigue logistique, la routine du travail et les différences culturelles s’installent, et le manque du pays d’origine se fait plus douloureux.

Bon à savoir :

Malgré une culture anglophone et accueillante, l’installation nécessite de s’adapter à des particularités locales : une langue créole très marquée, un humour et des codes sociaux spécifiques, une bureaucratie souvent lente, et des infrastructures parfois défaillantes (coupures d’eau, internet irrégulier, embouteillages chroniques).

Comprendre que ce malaise est attendu, répandu et documenté permet déjà d’alléger la culpabilité souvent associée au mal du pays : on peut tout à fait apprécier son expatriation à Trinité et Tobago… et se sentir profondément en manque de chez soi.

Trinité et Tobago : un décor idyllique, un terrain d’adaptation exigeant

Avant de proposer des pistes pour mieux vivre le mal du pays, il est utile de regarder concrètement à quoi ressemble la vie sur place, au-delà des cartes postales. Beaucoup d’éléments du quotidien influencent la façon dont le mal du pays va se manifester – ou, au contraire, être atténué.

Un pays chaleureux mais très orienté « famille »

Trinité et Tobago est souvent décrit comme un véritable melting-pot : influences africaines, indiennes, européennes, chinoises, syriennes, libanaises, autochtones… Le résultat est une société très métissée, connue pour sa tolérance religieuse (christianisme, hindouisme, islam coexistent), son goût pour la musique (soca, calypso, steelpan), la fête et le « liming », cet art de traîner ensemble, de discuter, de boire quelque chose sans objectif précis.

Pour un expatrié, cette chaleur peut être un formidable antidote à la solitude, mais elle a un revers : la vie sociale est profondément centrée sur la famille élargie. Les « Trinis » sortent, voyagent, fêtent… avec leurs cousins, leurs oncles, leurs grands-parents. S’intégrer demande du temps : on sera très bien accueilli en surface, mais accéder à l’intimité des cercles familiaux est plus lent. Cette dynamique peut renforcer, surtout au début, un sentiment d’isolement : on côtoie des gens très sociaux, sans forcément se sentir inclus.

Un coût de la vie plus bas… mais inégal

Sur le papier, la vie à Trinité et Tobago est nettement moins chère que dans nombre de pays occidentaux. Les comparaisons internationales situent le coût de la vie environ 55 % en dessous de celui des États‑Unis, avec des loyers en moyenne 64 % moins chers, et des prix de restauration autour de 30 % plus bas.

Exemple :

Pour un expatrié, le calcul de l’impôt se décompose ainsi : les revenus de source française (comme les salaires perçus pour un travail effectué en France) sont imposables en France. Les revenus de source étrangère (comme un salaire perçu pour une activité exercée à l’étranger) sont généralement exonérés d’impôt en France, sauf si l’expatrié est fiscalement domicilié en France. Dans ce cas, une imposition sur l’ensemble des revenus mondiaux peut s’appliquer, avec souvent un crédit d’impôt pour éviter la double imposition.

Poste de dépenseCoût moyen mensuel ou unitaire (TT$)Commentaire contextuel
Coût de la vie pour 1 personne (hors loyer)≈ 4 200 à 4 300Nourriture, transport, sorties simples
Loyer 1 chambre centre-ville (Port of Spain)≈ 3 500 à 6 000Forte variation selon quartier et standing
Loyer 3 chambres centre-ville≈ 6 900 à 10 000Souvent en résidence sécurisée
Abonnement internet fixe≈ 370 à 380Fibre disponible en zone urbaine
Cinéma (billet)≈ 60Sortie loisir accessible
Repas simple au restaurant peu cher≈ 60Street food encore moins chère
Pass transport mensuel≈ 500 à 685Réseau public peu fiable, beaucoup achètent une voiture

Là où le bât blesse souvent, c’est sur les produits importés (meubles, certains aliments, vêtements de marque) lourdement taxés, et sur l’écart entre salaires locaux et coût de la vie. Le salaire net moyen couvre à peine 0,8 mois de dépenses types, ce qui signifie que nombre de Trinis jonglent au centime près. Cette tension économique se traduit par des services parfois minimalistes, un service client jugé abrupt, et un recours massif au système D.

Pour un expatrié, cela peut être déstabilisant : d’un côté, la possibilité de vivre mieux que dans son pays d’origine pour le même budget ; de l’autre, le malaise de voir ses collègues ou voisins lutter pour joindre les deux bouts – et parfois la culpabilité de s’y sentir mieux que chez soi.

Infrastructures, sécurité, climat : frustrations et ressources

Plusieurs éléments du quotidien pèsent sur le moral et peuvent amplifier le mal du pays si l’on n’y est pas préparé.

Attention :

Les expatriés rapportent des procédures administratives lentes, des réparations interminables, des coupures d’eau et d’électricité, un réseau télécom inégal et des embouteillages chroniques, notamment autour de Port of Spain et San Fernando, qui consomment temps et énergie.

La sécurité, elle, est marquée par un taux de criminalité non négligeable dans certains quartiers (Laventille, Sea Lots, certaines zones de San Fernando ou Chaguanas). Les expatriés qui respectent des règles de prudence basiques (ne pas se balader la nuit dans des zones isolées, éviter de montrer ostensiblement des objets de valeur, privilégier des quartiers reconnus comme sûrs) sont rarement ciblés, mais la nécessité de « rester sur ses gardes » crée un fond de tension supplémentaire pour quelqu’un déjà fragilisé par le mal du pays.

À l’inverse, le climat tropical, la proximité permanente de la nature (forêts, chutes d’eau, plages, mangroves) et une culture des loisirs en extérieur constituent des ressources sous-estimées pour la santé mentale. Randonner dans la Northern Range, nager à Las Cuevas, observer les oiseaux au Caroni Swamp ne remplacent pas un repas du dimanche en famille, mais peuvent devenir des rituels qui ancrent, structurent et apaisent.

Reconnaître les signes du mal du pays… et les contextualiser

Pour ne pas laisser le mal du pays dériver vers une dépression, l’étape clé est de le repérer. Les études synthétisées dans les revues scientifiques parlent d’un tableau relativement stable d’une personne à l’autre.

Ce qui se passe dans la tête et dans le corps

Les symptômes fréquents incluent une tristesse persistante, de l’irritabilité, une fatigue inhabituelle, une tendance à se renfermer, une perte d’intérêt pour ce qui, au départ, enthousiasmait (les sorties, les découvertes, la plage), des difficultés de concentration, des pensées envahissantes tournées vers le pays d’origine, et une forme d’idéalisations : « chez moi, tout était plus simple ».

Astuce :

Physiquement, le stress chronique peut se manifester par des troubles du sommeil, une modification de l’appétit, des maux de tête ou de ventre sans cause médicale identifiée, des tensions musculaires et une sensation de « corps lourd ». Dans certains cas, il affaiblit également le système immunitaire, augmentant la vulnérabilité aux infections comme les virus tropicaux ou les allergies.

À Trinité et Tobago, ces signaux se colorent de spécificités locales : difficulté à supporter la chaleur et l’humidité au bout de quelques mois, exaspération croissante face aux retards systématiques (« island time »), agacement devant une langue qu’on croyait parfaitement maîtrisée (l’anglais), mais dont on peine à suivre l’accent et le créole, sentiment de décalage dans une société qui valorise fortement la fête quand on n’a qu’une envie : rester chez soi.

Le piège de la comparaison permanente

Les études montrent aussi que les réseaux sociaux peuvent amplifier le mal du pays : les photos de proches en train de rire à un anniversaire, de collègues restés au pays en pleine promotion, de paysages familiers en contrepoint d’un quotidien perçu comme chaotique font grimper la fameuse FOMO, la peur de passer à côté de sa propre vie.

Gestion de l’image en ligne pendant l’expatriation

Conseils pour équilibrer le partage de son expatriation sur les réseaux sociaux et préserver son bien-être émotionnel.

Éviter l’écueil de la carte postale

Publier uniquement des images idéalisées de son expatriation peut creuser un fossé entre la vie montrée et la vie ressentie, rendant plus difficile l’aveu des difficultés rencontrées.

Reconnaître la distorsion

Prendre conscience du décalage entre la réalité vécue et l’image projetée en ligne est une première étape essentielle pour apaiser la pression interne.

Ajuster sa consommation

Réguler son temps et son exposition aux réseaux sociaux permet de réduire les comparaisons négatives et de préserver son équilibre émotionnel.

Partager les moments difficiles

S’autoriser à parler des défis et des périodes moins faciles avec un cercle restreint de personnes de confiance contribue à un sentiment de soutien et d’authenticité.

S’appuyer sur le tissu social local : comment se créer un vrai réseau à Trinité et Tobago

S’il y a un levier majeur pour réduire le mal du pays, la recherche est très claire : ce sont les liens sociaux. Les études sur les étudiants internationaux ou les migrants montrent qu’intégrer un groupe local, fréquenter des personnes du pays d’accueil, rejoindre des communautés structurées accélère sensiblement l’adaptation et réduit la détresse.

À Trinité et Tobago, les possibilités sont nombreuses, mais rarement « clé en main ». Il faut les chercher, les tester, insister parfois. C’est là que l’expérience des structures locales devient précieuse.

Communautés d’expatriés et réseaux professionnels

Plusieurs réseaux sont déjà en place et constituent une première porte d’entrée pour se sentir moins isolé.

Réseau / OrganisationType de soutien proposéIntérêt pour le mal du pays
InterNations (communauté Trinité et Tobago)Événements, groupes thématiques, forum d’entraideRencontrer d’autres expats, partager ses difficultés
« Expats Locals Trinidad Tobago Community » (Facebook)Groupe en ligne pour questions pratiques et échangesAvoir des réponses rapides, se sentir « entouré » même à distance
American Women’s Association / associations de femmesActivités sociales, caritatives, rencontres régulièresCréer un cercle social stable, surtout pour les conjoints suiveurs
Rotary Club of Port of SpainRéseau de service et de bénévolatDonner du sens à son temps libre, sortir de sa bulle
Clubs sportifs et de loisirs (golf, voile, yoga…)Activités régulières en groupeStructurer la semaine, entretenir sa santé mentale

À ces réseaux formalisés s’ajoutent des clubs sportifs (rugby, course à pied, plongée), des groupes de randonnée comme Island Hikers ou Hike Seekers, des cours de yoga ou de danse, et des lieux de sociabilité évidents comme Ariapita Avenue ou Saint James à Port of Spain le week-end.

Bon à savoir :

L’essentiel est de maintenir une pratique régulière, comme une randonnée dominicale ou un cours de yoga hebdomadaire. Cela crée des repères sociaux et la certitude de retrouver des visages familiers à des moments fixes.

Construire aussi des liens numériques… mais ciblés

La vie sociale à Trinité et Tobago se joue aussi en ligne. Les données de 2025 montrent que le pays compte près de 793 000 utilisateurs de Facebook et 695 000 d’Instagram, pour une population d’environ 1,3 à 1,4 million de personnes. Facebook touche plus de la moitié de la population totale et près des deux tiers des adultes.

Même si ces chiffres intéressent surtout les marketeurs, ils indiquent une chose utile aux expatriés : une part énorme de la vie locale – événements, petites annonces, groupes de quartier, clubs de loisirs – s’organise via ces réseaux. Chercher des groupes Facebook de randonnée, des pages d’associations, des communautés professionnelles dans son secteur peut ouvrir des portes inattendues.

L’exemple du showman Daniel Loveless, créateur de « What Yuh Know » (plus de 30 millions de vues YouTube et des centaines de milliers d’abonnés sur Facebook et Instagram), illustre aussi la capacité des contenus locaux à rassembler. Suivre ce type de créateurs, regarder leurs vidéos tournées à Port of Spain, Chaguanas ou Scarborough, permet de se familiariser avec l’humour, le parler, les références partagées. C’est un moyen discret, mais efficace, de se sentir un peu plus « dedans » et un peu moins « touriste permanent ».

Ritualiser son quotidien : routines, lieux et nourritures qui réconfortent

Les spécialistes de l’adaptation culturelle insistent beaucoup sur un point : la routine est l’ennemie du chaos émotionnel. Quand tout change – pays, climat, langue, amis, travail – instaurer des gestes répétitifs rassurants est une des meilleures protections contre le mal du pays.

Fabriquer une « maison bis » dans un environnement nouveau

Personnaliser son logement, même meublé, est un premier levier. Quelques photos, un plaid connu, des petits objets ramenés de chez soi, voire une odeur familière (bougie, huile essentielle) peuvent transformer un appartement anonyme de Westmoorings ou Maraval en espace un minimum enraciné. Des témoignages évoquent l’effet étonnamment apaisant d’emporter une photo de soi à un moment de fierté (diplôme, voyage) plutôt que de saturer les murs d’images de proches restés au pays : cela rappelle ce dont on est capable, pourquoi on a fait ce choix de vie.

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Le coût mensuel moyen d’un abonnement en salle de sport à Port-d’Espagne.

S’approprier les lieux emblématiques

Trinité et Tobago offre un avantage majeur : il est facile de transformer des lieux touristiques en repères du quotidien. Maracas Bay ne doit pas rester un spot de week-end « carte postale », mais peut devenir votre plage de prédilection pour un bain tôt le matin en semaine. Las Cuevas, généralement plus tranquille, peut devenir votre refuge quand le bruit de Port of Spain vous pèse.

En ville, Queen’s Park Savannah est un terrain de jeu idéal : jogging, street food, rencontres fortuites. À Saint James ou Woodbrook, les cafés et petits restaurants (du Breakfast Shed à Dianne Tea Shop) peuvent devenir des points fixes, presque des « annexes » de chez vous. L’idée est d’ancrer dans le paysage des lieux qui rassurent parce qu’on y devient habitué – au même titre que la boulangerie du coin dans son pays d’origine.

Apprivoiser le pays par la nourriture : entre découverte et réconfort

La cuisine locale est sans doute un des meilleurs antidotes au mal du pays, pour peu qu’on l’aborde à la fois comme une exploration et comme une source de confort. Doubles, roti, pelau, callaloo, bake and shark de Maracas, macaroni pie du dimanche, corn soup tard le soir… Chaque plat raconte un pan de l’histoire du pays et offre, très concrètement, un moment de plaisir sensoriel intense.

Quelques points de repère utiles :

Plat / BoissonDescription brèveRôle possible contre le mal du pays
DoublesSandwich de deux pains frits avec pois chiches au currySnack bon marché, rituel du matin, prétexte à discuter au stand
Bake and sharkPain frit garni de filet de requin et de sauces locales« Rituel Maracas », instant 100 % trinidadien
PelauPlat unique de riz, pois, viande, lait de coco caraméliséPlat famille du dimanche, très nourrissant et convivial
CallalooRagoût de feuilles de dasheen, okra, lait de coco, parfois crabesSaveur douce et réconfortante, très associé au foyer
Corn soupSoupe de pois cassés, maïs, dumplingsSnack de fin de soirée, souvent partagé en groupe
Soursop ice cream, black cake, sorrelDesserts et boissons typiques des fêtesAncrage dans les saisons et festivités locales

Apprendre à cuisiner certains de ces plats à la maison peut d’ailleurs devenir un pont symbolique entre votre culture d’origine et celle de Trinité et Tobago : inviter des voisins ou collègues à goûter un plat de chez vous, tout en leur servant du pelau ou du callaloo, crée un espace où chacun se raconte.

À l’inverse, il est important de conserver quelques recettes ou aliments de son pays d’origine. Beaucoup d’expatriés à Trinité et Tobago racontent comment trouver un paquet de biscuits emblématiques, une épice ou un thé de chez eux dans un supermarché import coûteux, mais providentiellement réconfortant. L’équilibre se joue entre immersion et continuité.

Rester connecté à « chez soi »… sans se perdre dans la nostalgie

La technologie rend plus facile que jamais le maintien du lien avec le pays d’origine : appels vidéo, messageries instantanées, plateformes collaboratives, streaming. Utilisés avec discernement, ces outils réduisent le sentiment de rupture ; utilisés en excès, ils peuvent empêcher de réellement s’installer là où l’on vit.

Mettre en place des rituels de communication

Plutôt que de vivre dans une disponibilité perpétuelle, beaucoup de personnes s’adaptent mieux en réservant des créneaux précis de conversation. Avec le décalage horaire (Trinité et Tobago est souvent à quelques heures derrière ou devant l’Europe), cela peut ressembler à un appel hebdomadaire le dimanche matin avec la famille, ou une courte visio deux soirs par semaine.

Bon à savoir :

Des études indiquent que pour les expatriés, des contacts réguliers mais pas forcément quotidiens avec le pays d’origine sont bénéfiques. Des appels quotidiens peuvent paradoxalement augmenter la détresse en rendant plus visibles les frustrations de la vie sur place par une comparaison constante avec ‘là-bas’.

Les outils ne manquent pas : WhatsApp (quasi universel sur place), Skype, FaceTime, Zoom pour les visios ; Google Photos ou iCloud pour partager un album des « moments de la semaine » ; Teleparty ou équivalents pour regarder un film ensemble à distance.

Imaginer des projets communs à moyen terme

Une autre manière de garder le lien sans rester bloqué dans la nostalgie est de planifier des événements concrets : une visite de proches à Trinité et Tobago, un retour au pays pour une fête particulière, voire un voyage dans un troisième pays à mi-chemin. Savoir qu’une échéance de retrouvailles existe dans six ou neuf mois change la texture du temps : il ne s’agit plus d’un éloignement indéfini, mais d’une parenthèse.

Exemple :

Envoyer ou recevoir occasionnellement un colis de produits locaux (comme des épices ou des douceurs) ou un « care package » contenant des spécialités du pays d’origine permet de nourrir une dynamique de circulation et d’échange culturel, plutôt que de créer une rupture avec ses racines ou son nouveau milieu.

Utiliser l’offre locale de soutien psychologique

Même avec des stratégies personnelles bien rodées, le mal du pays peut prendre une ampleur qui dépasse ce qu’on peut gérer seul. Dans ces cas-là, l’accès à des ressources professionnelles fait une vraie différence. Sur ce plan, Trinité et Tobago dispose d’un maillage de services encore imparfait, mais réel.

Un réseau mental santé structuré depuis la pandémie

La création en 2020 du réseau de Santé mentale et soutien psychosocial (MHPSS Network) de Trinité et Tobago, co-piloté par le Ministère de la Santé et l’Organisation panaméricaine de la santé (PAHO/OMS), a renforcé la visibilité et la coordination des acteurs.

Le site findcarett.com recense ainsi une large palette de services : hôpitaux publics, centres de santé mentale de proximité, ONG, lignes d’écoute, services privés. On y trouve par exemple :

Ressources en santé mentale à Trinité-et-Tobago

Présentation des principaux services et structures offrant un soutien en santé mentale dans le pays, allant de l’hospitalisation aux soins communautaires et aux lignes d’écoute.

Hôpital psychiatrique de St. Ann’s

Le principal centre pour les prises en charge longues et les soins hospitaliers spécialisés en santé mentale.

Centres de santé mentale communautaires

Structures à Barataria, San Fernando, Sangre Grande et Scarborough (Tobago) proposant des suivis ambulatoires et des soins de proximité.

Trinidad and Tobago Red Cross Society

Gère une ligne d’écoute psychosociale offrant un premier soutien et une écoute confidentielle.

Associations et organisations

The Centre for Change (TCFC) et Mental Health Reality Wellness Trinidad and Tobago déploient des actions de prévention, de sensibilisation et de prise en charge.

Le Ministère de la Santé met aussi à disposition un annuaire des services d’urgence, et des unités spécifiques comme les Child Guidance Clinics pour les enfants et adolescents.

S’orienter vers un professionnel : quelques repères

Dans le système local, psychiatrie et psychologie ne sont pas organisées comme dans certains pays européens. Il n’existe pas encore de dispositif légal de « licence » pour les psychologues, ce qui implique qu’en théorie, n’importe qui peut s’en revendiquer. C’est pourquoi l’Association des psychologues de Trinité et Tobago (TTAP) joue un rôle important : son site permet de vérifier si un praticien est enregistré et de repérer des profils formés à l’étranger (Royaume-Uni, Canada, États‑Unis, Australie, etc.).

Astuce :

Les approches thérapeutiques recommandées pour les expatriés, telles que la thérapie cognitivo-comportementale, les stratégies d’activation comportementale ou les thérapies centrées sur les relations interpersonnelles, sont accessibles en présentiel ou en ligne. Des plateformes spécialisées comme Expathy proposent un accompagnement par des thérapeutes sensibilisés aux défis spécifiques de l’expatriation : le mal du pays, l’adaptation culturelle et les questions liées au bilinguisme.

Le recours à un professionnel se justifie particulièrement si :

La tristesse devient quasi permanente.

Les activités qui faisaient plaisir (sorties, sport, cuisine, rencontres) n’apportent plus rien.

Le sommeil et l’appétit sont fortement perturbés.

Des idées noires apparaissent (pensées de mort, de fuite radicale, d’autodévalorisation extrême).

Dans un contexte où les expatriés peuvent aussi être soumis à de fortes pressions organisationnelles (missions coûteuses qu’il « ne faut pas rater », isolement du reste de l’équipe), ce soutien externe, confidentiel, est souvent ce qui évite un décrochage professionnel ou un retour précipité.

Jouer avec les forces de Trinité et Tobago pour transformer l’épreuve

Si l’on met bout à bout les contraintes et les ressources, Trinité et Tobago apparaît comme un laboratoire particulièrement intéressant pour apprendre à réguler son mal du pays autrement que par la fuite.

On y trouve :

Bon à savoir :

La société guyanaise est expressive et chaleureuse, marquée par la musique et la convivialité. La nature y est exceptionnelle et facile d’accès (plages, randonnées). Une riche offre numérique locale permet de s’immerger dans la culture. Bien que touché par l’inflation, le coût de la vie permet généralement aux expatriés de dégager du temps et des ressources pour l’exploration personnelle.

En pratique, cela peut se traduire par des gestes concrets :

Bon à savoir :

Pour réduire le sentiment d’être ‘en dehors’, apprenez quelques expressions de créole trinidadien par semaine. Ancrez-vous dans la communauté via un engagement bénévole (Rotary, association culturelle, nettoyage de plages). Exprimez-vous avec honnêteté sur vos difficultés, car les locaux sont souvent sensibles à cette franchise. Enfin, abordez le mal du pays comme un sujet de conversation, partageant ainsi l’expérience commune de l’exil ou de la migration avec de nombreux résidents.

Quand le retour « au pays d’origine » crée un autre mal du pays

Un détail intéressant ressort d’un témoignage de journaliste trinidadienne ayant vécu plusieurs années à l’étranger : son retour à Trinité et Tobago après sept ans n’a pas été une simple « fin heureuse ». Voir son pays natal avec un regard nouveau, garder en tête la diversité culinaire d’une métropole étrangère, retrouver des dysfonctionnements qu’elle n’acceptait plus, tout cela a généré un sentiment de « développement arrêté » douloureux à observer.

Exemple :

Après plusieurs années passées à Trinité-et-Tobago, un expatrié peut ressentir qu’il n’est plus tout à fait ‘de son pays d’origine’ à son retour, sans pour autant être jamais complètement ‘du pays d’accueil’. Cet exemple illustre que le mal du pays dépasse la simple nostalgie d’un lieu ; il inclut aussi la nostalgie d’une version passée de soi. Accepter cette identité hybride, bien que parfois inconfortable, est essentiel pour éviter de rester prisonnier d’un idéal impossible à atteindre.

En guise de fil rouge : accepter que l’adaptation prend du temps

Toutes les données disponibles convergent : la majorité des personnes qui déménagent à l’étranger voient leur mal du pays décroître graduellement dans les deux premières années, à mesure que des amitiés, des habitudes et des attaches se créent. Le processus n’est pas linéaire : certains mois sont légers, d’autres sont plombés par l’anniversaire d’un proche manqué, une fête religieuse importante loin des siens, une crise politique ou sanitaire.

Bon à savoir :

À Trinité-et-Tobago, certains moments du calendrier culturel et climatique peuvent accentuer le mal du pays. Après le Carnival, le quotidien peut sembler terne. La saison des pluies peut accroître le sentiment d’enfermement. Lors des grandes fêtes (Divali, Noël, Eid-ul-Fitr), l’absence des rituels familiaux du pays d’origine peut être plus douloureuse. Reconnaître l’existence de ces vagues émotionnelles, anticiper ces périodes plus sensibles et s’autoriser à ralentir à ces moments fait partie d’une bonne hygiène émotionnelle.

En fin de compte, gérer le mal du pays à Trinité et Tobago, ce n’est ni se forcer à « adorer » le pays d’accueil, ni se condamner à vivre dans un entre-deux amer. C’est apprendre à habiter pleinement deux mondes à la fois : celui d’où l’on vient, qu’on continue de nourrir et de respecter, et celui où l’on vit, avec ses lenteurs, ses contradictions, mais aussi ses fêtes de rue, ses doubles brûlants au petit matin, ses randonnées vers Paria Bay, ses soirées à discuter sous les arbres du Queen’s Park Savannah.

Entre les deux, il y a de la place pour une vie riche, parfois difficile, mais souvent infiniment plus profonde que celle que l’on imaginait avant de partir.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers Trinité-et-Tobago pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, Maurice, Panama, Trinité-et-Tobago), la stratégie retenue a consisté à cibler Trinité-et-Tobago pour sa fiscalité territoriale (imposition principalement des revenus de source locale), l’absence d’impôt sur la fortune et un coût de vie inférieur à la France, combinés à une économie dollarisée et un environnement caribéen dynamique. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, coordination couverture santé internationale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, prestataires bilingues) et restructuration patrimoniale internationale pour limiter les risques de double imposition et sécuriser la transmission.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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