S’installer en Tanzanie pour y travailler, investir ou passer sa retraite implique de comprendre un système fiscal qui n’a rien d’anecdotique. Impôt sur le revenu prélevé à la source, retenues sur loyers, taxation des plus-values immobilières, taxe foncière au forfait sur les bâtiments… Pour un expatrié, une bonne lecture des règles locales permet d’éviter les mauvaises surprises, de limiter les risques de double imposition et d’optimiser la structuration de ses revenus.
Cet article détaille les obligations fiscales sur le revenu (pour salariés et indépendants) et la taxe foncière en Tanzanie, spécifiquement pour les expatriés résidents et les propriétaires immobiliers.
Résidence fiscale : le point de départ pour un expatrié
Avant de parler de taux et de formulaires, tout commence par une question simple en apparence : êtes-vous résident fiscal ou non-résident en Tanzanie ? La réponse conditionne l’étendue de votre assujettissement à l’impôt.
Nombre de jours de séjour en Tanzanie pour être considéré comme résident fiscal au cours d’une année.
En pratique, un expatrié qui vit et travaille en Tanzanie à temps plein devient très vite résident fiscal. Le texte prévoit aussi la notion de « short-term resident » : il s’agit d’une personne qui a été résidente en Tanzanie au total moins de deux ans dans toute sa vie. Ce statut intermédiaire est important pour les expatriés fraîchement arrivés, car il limite la portée de l’imposition de certains revenus étrangers.
Pour résumer, le champ d’imposition est structuré ainsi :
| Statut fiscal de l’individu | Portée de l’imposition sur le revenu |
|---|---|
| Résident « normal » (plus de 2 ans au total) | Imposition sur le revenu mondial (où qu’il soit perçu) |
| Short-term resident (≤ 2 ans au total) | Imposition uniquement sur les revenus de source tanzanienne |
| Non-résident | Imposition uniquement sur les revenus de source tanzanienne |
Pour un expatrié, cette distinction est cruciale. Un cadre étranger qui vient pour un projet de 18 mois, par exemple, sera probablement traité comme short-term resident : ses revenus professionnels perçus en Tanzanie seront imposables localement, mais ses salaires ou revenus financiers provenant de l’étranger peuvent rester hors du champ de l’impôt tanzanien.
Impôt sur le revenu : fonctionnement général et barème des résidents
La Tanzanie applique un impôt progressif sur le revenu des personnes physiques, avec un barème mensuel. L’année fiscale coïncide avec l’année civile, du 1er janvier au 31 décembre.
Pour les résidents, y compris la plupart des expatriés installés durablement, le barème mensuel est structuré en cinq tranches. Les montants sont exprimés en shillings tanzaniens (TZS) :
| Revenu mensuel imposable (TZS) | Impôt mensuel correspondant |
|---|---|
| Jusqu’à 270 000 | 0 TZS (taux 0 %) |
| 270 001 – 520 000 | 8 % de la fraction au‑dessus de 270 000 |
| 520 001 – 760 000 | 20 000 + 20 % de la fraction au‑dessus de 520 000 |
| 760 001 – 1 000 000 | 68 000 + 25 % de la fraction au‑dessus de 760 000 |
| Au‑delà de 1 000 000 | 128 000 + 30 % de la fraction au‑dessus de 1 000 000 |
Rapporté à l’année, cela équivaut à un seuil annuel d’exonération d’environ 3,24 millions de TZS pour un résident. Il n’existe pas d’abattements familiaux ou de réductions pour personnes à charge : la progressivité s’obtient uniquement par la première tranche à taux zéro.
Le revenu imposable d’emploi comprend le salaire de base, les primes, commissions, heures supplémentaires, les indemnités (logement, transport, etc.) et la plupart des avantages en nature. Avant l’imposition, la seule déduction obligatoire autorisée est la contribution du salarié à un fonds de sécurité sociale agréé (ex. : NSSF, PSSSF). Aucune autre déduction n’est admise, notamment pour les intérêts d’emprunt immobilier personnel, les enfants à charge ou les frais médicaux privés.
Tout employeur tanzanien a l’obligation de retenir l’impôt à la source via le système PAYE (Pay-As-You-Earn) et de reverser les montants et la déclaration afférente à l’administration fiscale, la Tanzania Revenue Authority (TRA), dans les sept premiers jours du mois suivant le versement du salaire.
Pour un expatrié salarié, cela signifie que l’impôt est généralement prélevé directement par l’employeur local, sans que l’intéressé ait à verser des acomptes lui-même, sauf en cas de revenus complémentaires non soumis à retenue à la source.
Non-résidents et expatriés de court séjour : taux spécifiques
Un expatrié qui ne remplit pas les critères de résidence – ou qui vient pour une mission très courte – est traité comme non-résident. La logique change alors nettement : la législation vise la source du revenu, et non l’ensemble des ressources mondiales.
Pour les revenus d’emploi de source tanzanienne perçus par un non-résident, deux mécanismes coexistent dans les textes :
L’emploi d’un non-résident est soumis à une retenue à la source de 15 %, qui constitue l’impôt final sur ce revenu. Par ailleurs, le revenu total de source tanzanienne d’un non-résident est généralement imposé à un taux uniforme de 30 %, applicable notamment aux revenus d’activités indépendantes et à certains revenus d’investissement.
Ce double niveau (15 % spécifique à l’emploi, 30 % sur le reste) s’explique par la volonté du législateur d’offrir un traitement particulier à la rémunération salariale de non‑résidents, tout en appliquant un taux standard de 30 % sur les autres revenus de source tanzanienne.
Pour les short-term residents (moins de deux ans de résidence cumulée), la règle clé pour un expatrié est que les revenus de source étrangère sont exclus de l’assiette. Autrement dit, un expatrié récemment arrivé qui continue par exemple de percevoir un loyer d’un appartement en Europe pourrait ne pas être imposé en Tanzanie sur ce revenu, tant qu’il reste dans la limite des deux années de résidence cumulée.
Les avantages en nature : logement, véhicule et autres bénéfices
Pour beaucoup d’expatriés, la rémunération ne se limite pas au salaire. Les packages incluent souvent un logement pris en charge, un véhicule de fonction, des indemnités scolaires pour les enfants, des billets d’avion annuels, etc. Or, la plupart de ces éléments sont assimilés à des revenus imposables.
Concernant le logement fourni par l’employeur, le fisc tanzanien a instauré une formule précise pour déterminer la valeur de l’avantage. On retient le plus faible des deux montants suivants : la valeur locative de marché du logement ; ou le plus élevé entre 15 % du revenu annuel total de l’employé et la dépense effectivement prise en charge par l’employeur pour ce logement. De cette valeur, on déduit le loyer éventuellement payé par le salarié.
Pour les véhicules de société en Tanzanie, l’avantage imposable est calculé forfaitairement selon la cylindrée et l’âge. Par exemple, un véhicule de 2 000 à 3 000 cm³ de moins de cinq ans génère un avantage annuel d’environ 1 000 000 TZS, contre 500 000 TZS s’il a plus de cinq ans. Pour une cylindrée supérieure à 3 000 cm³, l’avantage est de 1 500 000 TZS (véhicule récent) ou 750 000 TZS (véhicule ancien). Aucun avantage n’est retenu si l’employeur ne déduit pas fiscalement les coûts du véhicule.
Les prêts à taux préférentiels accordés par l’employeur donnent également lieu à un avantage imposable, calculé comme la différence entre un taux d’intérêt de marché déterminé par la loi et le taux effectivement payé par l’employé.
Certains avantages en nature sont exonérés d’impôt sous conditions : les services de cafétéria sur le lieu de travail (attribués de manière non discriminatoire), certaines indemnités de déplacement et de subsistance (à usage exclusivement professionnel), les contributions de retraite exonérées par des textes spécifiques, et les frais de voyage pour l’employé, son conjoint et jusqu’à quatre enfants si le domicile est à plus de 20 miles du travail. Les repas, l’assurance santé et les prestations médicales offerts uniformément dans l’entreprise peuvent également être exclus.
Un point important pour les expatriés dotés de contrats « net fisc » : une décision de justice emblématique, l’affaire Pan African Energy (T) Ltd contre TRA, a confirmé que lorsque l’employeur « brute » le salaire afin de prendre en charge l’impôt PAYE à la place du salarié, le montant d’impôt payé par l’employeur constitue lui‑même un avantage imposable. Autrement dit, un contrat « impôt payé par l’entreprise » ne fait pas disparaître l’impôt pour l’expatrié ; il augmente en réalité son revenu imposable.
Déductions, charges et régimes simplifiés pour les petits business
Pour un salarié expatrié, la marge de manœuvre en matière de déductions est réduite : seule la cotisation sociale obligatoire est déductible du revenu d’emploi. En revanche, pour les revenus d’activité indépendante ou d’investissement, la loi permet de déduire toutes les dépenses engagées exclusivement pour générer ce revenu, à condition de disposer de factures conformes (notamment émises via un système fiscal électronique, sauf exceptions).
Ce montant en shillings tanzaniens (TZS) est le seuil maximal de chiffre d’affaires annuel pour bénéficier du régime fiscal présomptif pour les petits commerces en Tanzanie.
Un extrait simplifié du barème donne une idée du fonctionnement :
| Tranche de chiffre d’affaires annuel (TZS) | Avec registres incomplets | Avec registres complets |
|---|---|---|
| 0 – 4 000 000 | 0 TZS | 0 TZS |
| 4 000 001 – 7 000 000 | 100 000 TZS | 3 % de la part au‑dessus de 4 000 000 |
| 7 000 001 – 11 000 000 | 250 000 TZS | 90 000 + 3 % de la part au‑dessus de 7 000 000 |
| 11 000 001 – 100 000 000 | 3,5 % du chiffre d’affaires | 3,5 % du chiffre d’affaires |
Les personnes dépassant 11 millions de TZS de chiffre d’affaires sont tenues de maintenir une comptabilité plus complète et d’utiliser un Electronic Fiscal Device (EFD). Au‑delà de 100 millions de TZS de chiffre d’affaires, on bascule sur le régime de droit commun, avec obligation de produire des états financiers plus formalisés, voire certifiés au‑delà de certains seuils.
Pour un expatrié entrepreneur qui exerce uniquement en Tanzanie, ce régime présomptif peut offrir une certaine simplification, notamment l’absence d’obligation de déposer une déclaration annuelle détaillée si l’impôt présomptif est dûment acquitté.
Revenus d’investissement : dividendes, intérêts, loyers
Les expatriés ne se contentent pas toujours de leur salaire ; beaucoup détiennent des actions, obligations ou biens immobiliers. En Tanzanie, ces revenus sont fréquemment soumis à retenue à la source, souvent à titre d’imposition finale.
Les dividendes versés à des personnes physiques résidentes sont assujettis à une retenue finale de 10 %, ramenée à 5 % pour les dividendes provenant de sociétés cotées à la Dar es Salaam Stock Exchange (DSE) ou, dans certains cas, lorsqu’un actionnaire contrôle au moins 25 % du capital. Pour les non‑résidents, la retenue sur dividendes est en principe de 10 %, avec la possibilité de réduire ce taux via une convention fiscale.
Les intérêts perçus par un particulier (hors activité d’entreprise) sont soumis à une retenue à la source de 10 %, qui constitue l’impôt final pour un résident. Les loyers versés à un particulier pour la location de terrains ou de bâtiments sont également soumis à une retenue de 10 %. Cette retenue peut être un impôt final ou un acompte, selon la nature de l’activité du bailleur. Pour les non-résidents, les loyers de biens immobiliers situés en Tanzanie sont au minimum soumis à cette retenue de 10 %.
Ces systèmes de retenue simplifient la vie du contribuable, y compris expatrié : lorsque le revenu a été correctement soumis à une retenue finale, il n’est plus à reprendre dans une déclaration annuelle, sauf si la personne souhaite éventuellement imputer un crédit d’impôt étranger ou contester le calcul.
Plus‑values immobilières et « single instalment tax »
Les expatriés attirés par l’immobilier tanzanien doivent être particulièrement attentifs à la fiscalité des plus‑values. La cession de biens immobiliers ou d’autres « investissements » (comme des actions de sociétés tanzaniennes) constitue un fait générateur d’impôt.
Pour une personne physique résidente, la plus‑value issue de la cession d’un actif d’investissement de source tanzanienne est en principe taxée à 10 %. Pour un non‑résident, cette imposition grimpe à 20 % sur les actions et à 20 ou 30 % selon la nature des actifs dans certaines dispositions ; plus généralement, les textes rappellent un taux de 30 % pour la cession d’investissements de source tanzanienne par une personne non résidente.
Mécanisme fiscal particulier pour la vente de biens immobiliers, avec un paiement anticipé de l’impôt sur la plus-value.
Impôt sur la plus-value payé en un seul versement anticipé, calculé sur la base de la plus-value réalisée.
À défaut de justificatifs de coût historique, l’impôt est calculé sur un pourcentage du prix de vente ou de la valeur agréée par l’administration.
Quand le vendeur est ancien propriétaire mais ne dispose pas de documents prouvant son coût d’acquisition pour un terrain ou un bâtiment, l’impôt peut ainsi être calculé à 3 % du montant le plus élevé entre le prix de cession et la valeur officielle du bien. Dans tous les cas, la définition de plus‑value tient compte du prix de vente, du coût d’acquisition, des dépenses d’amélioration et des frais de réalisation (frais de notaire, droits d’enregistrement, commissions d’agence…).
Pour les expatriés, certaines plus-values sont exonérées d’impôt : la vente d’une résidence principale occupée au moins 3 ans, si le gain ne dépasse pas 15 millions de TZS ; la vente d’un terrain agricole d’une valeur inférieure à 10 millions de TZS, utilisé pour l’agriculture au moins 2 des 3 années précédentes ; et la vente de certaines actions cotées à la DSE par des résidents détenant moins de 25 % du capital.
Point procédural important : le Registraire des titres fonciers n’enregistre pas le transfert de propriété tant qu’un certificat de la TRA attestant le paiement ou la non‑exigibilité de la single instalment tax n’a pas été délivré. Le vendeur doit en principe déclarer la cession via un formulaire spécifique et régler l’impôt dans les 30 jours suivant la réalisation, tout en notifiant l’administration dans un délai maximal de 14 jours.
Taxe foncière : une taxe locale sur les bâtiments
En Tanzanie, la taxe foncière ne fonctionne pas exactement comme dans certains pays européens où elle porte à la fois sur le sol et le bâti. Juridiquement, la propriété du sol reste entre les mains de l’État, et ce sont les bâtiments et structures qui constituent l’assiette de la taxe levée par les autorités locales.
Le système combine plusieurs modèles selon les zones, la valeur du bien et la modernité des relevés cadastraux. Dans les villes où une évaluation a été réalisée, la taxe peut être proportionnelle à la valeur du bien, avec des taux qui varient selon l’usage (résidentiel, commercial, industriel) et la localisation géographique. Dans d’autres secteurs, notamment lorsque les propriétés ne sont pas officiellement évaluées, on applique des forfaits par bâtiment.
Les textes prévoient ainsi, pour certains cas de biens non évalués :
| Type de bâtiment non évalué | Montant forfaitaire annuel (TZS) |
|---|---|
| Maison ou bâtiment « normal » (plain-pied) | 18 000 TZS |
| Immeuble à étages (par niveau) | 90 000 TZS par étage |
Il existe d’autres variantes dans la législation et les circulaires, avec par exemple des forfaits de 10 000 TZS pour un bâtiment simple en zone urbaine ou des montants plus élevés par étage dans les villes côtières, ce qui reflète des ajustements successifs et parfois des différences entre types de communes (villes, municipalités, districts). L’administration locale reste compétente pour fixer des barèmes plus fins, sur base de textes comme le Local Government Finance Act et l’Urban Authorities (Rating) Act.
De nombreuses catégories de biens sont exonérées de taxe foncière, notamment les bâtiments gouvernementaux, les lieux de culte, les bibliothèques publiques, certains équipements sportifs ou éducatifs, les infrastructures ferroviaires et les immeubles des autorités locales ou d’organisations religieuses non exploités à des fins commerciales.
En pratique, la taxe foncière est due annuellement et collectée par les autorités locales ou, dans certaines périodes, par la TRA selon des réformes de centralisation/décentralisation. Des pénalités de retard croissantes sont appliquées en cas de non‑paiement, pouvant atteindre des taux cumulatifs supérieurs à 15 % si le contribuable tarde plusieurs mois à s’acquitter de la somme due. En ultime recours, la loi autorise la vente forcée de l’immeuble pour recouvrer les arriérés de taxe.
Pour un expatrié propriétaire d’un appartement ou d’une maison en Tanzanie, il est donc essentiel d’identifier précisément quelle autorité gère la taxe foncière sur sa parcelle, quel barème s’applique dans sa commune, et de vérifier chaque année l’avis de taxation.
Autres prélèvements liés à la propriété : droits de timbre et loyer foncier
En plus de la taxe foncière, plusieurs autres coûts fiscaux touchent l’immobilier.
D’abord, les documents juridiques liés à un bail (lease agreement) sont soumis à un droit de timbre d’environ 1 % du loyer total annualisé. Cela concerne aussi bien les expatriés locataires que ceux qui mettent un bien en location : le contrat doit être dûment timbré et l’impôt acquitté dans les 30 jours suivant la signature.
Le droit de timbre sur les ventes immobilières est généralement de 1 % du prix de vente brut.
Par ailleurs, le sol en Tanzanie étant la propriété ultime de l’État, le détenteur d’un droit d’occupation (Granted Right of Occupancy) doit s’acquitter d’un loyer de la terre, souvent appelé « land rent », distinct de la taxe foncière sur le bâti. Ce loyer foncier est un prélèvement séparé, qui dépend de divers paramètres comme l’usage du terrain, la localisation et des barèmes définis par la réglementation foncière.
Revenus locatifs et expatriés propriétaires en Tanzanie
Un expatrié qui achète un appartement à Dar es Salaam et le met en location entre-t-il dans le champ de l’impôt tanzanien ? La réponse est clairement oui dès lors que le bien est situé en Tanzanie : le revenu locatif obtenu sur ce territoire constitue un revenu de source tanzanienne, qu’il soit perçu par un résident ou par un non‑résident vivant à l’étranger.
Le locataire doit retenir 10% du loyer et le reverser au fisc. Pour un propriétaire résident (si l’activité n’est pas une entreprise), cette retenue peut être l’impôt final. Pour un propriétaire non-résident, elle constitue un acompte sur l’impôt global dû sur les revenus tanzaniens, dont le taux peut atteindre 20% ou 30%.
Dans les faits, de nombreux expatriés se reposent sur une agence de gestion locative qui applique les retenues et procède aux déclarations mensuelles. La TRA exige que les retenues soient déclarées et payées dans les sept jours suivant le mois de la retenue.
Pour les expatriés qui vivent dans un pays appliquant une imposition sur le revenu mondial, le loyer tanzanien sera également imposable dans l’État de résidence. Pour éviter la double imposition, plusieurs mécanismes entrent en jeu : d’une part, les législations nationales (crédits d’impôt unilatéraux) ; d’autre part, les conventions fiscales signées par la Tanzanie.
Conventions de non‑double imposition : un filet de sécurité partiel
La Tanzanie a conclu des conventions fiscales bilatérales avec un nombre limité de pays, parmi lesquels le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Inde, l’Italie, la Norvège, l’Afrique du Sud, la Suède et la Zambie. Un accord de l’East African Community a été signé mais n’est pas encore ratifié au moment où les recherches citées ont été menées. Des négociations sont en cours ou ont été menées avec d’autres États comme les Pays‑Bas, l’île Maurice, le Royaume‑Uni, les Émirats arabes unis, le Koweït, l’Iran ou la Chine.
Ces conventions ont pour objectif principal de répartir le droit d’imposer entre la Tanzanie et un autre État, évitant ainsi la double imposition d’un même revenu. Elles établissent des plafonds pour les taux de retenue à la source applicables aux dividendes, intérêts et redevances. De plus, elles prévoient l’octroi d’un crédit d’impôt dans l’État de résidence du contribuable pour l’impôt déjà payé dans l’autre État signataire.
Pour un expatrié résident fiscal en Tanzanie qui perçoit un revenu étranger sur lequel un impôt a déjà été prélevé à l’étranger, la loi interne tanzanienne prévoit d’ailleurs un mécanisme de crédit d’impôt étranger plafonné au montant de l’impôt tanzanien dû sur ce même revenu. L’excédent de crédit éventuellement non utilisé peut être reporté sur les années suivantes ou, sur option, traité comme une dépense déductible plutôt que comme un crédit.
Un expatrié résident fiscal de son pays d’origine mais percevant des revenus de source tanzanienne (salaires, loyers, plus‑values immobilières) peut généralement bénéficier d’un crédit d’impôt dans son pays de résidence pour l’impôt payé en Tanzanie, selon les dispositions de la convention bilatérale applicable.
Il reste que les études réalisées sur les conventions tanzaniennes soulignent qu’elles peuvent parfois limiter la capacité de la Tanzanie à taxer certains flux au profit de pays partenaires plus riches, et que leur effet positif sur les investissements directs étrangers n’est pas si évident. Pour un individu expatrié, elles constituent néanmoins un outil crucial pour sécuriser sa situation fiscale transfrontalière.
Obligations déclaratives et sanctions : ce qu’un expatrié doit savoir
Pour un expatrié salarié dont les seuls revenus de source tanzanienne sont soumis au PAYE par un employeur local, la législation prévoit qu’il n’est pas tenu de déposer une déclaration annuelle d’impôt, tant que ses autres revenus sont soit inexistants, soit déjà soumis à des retenues finales (certaines plus‑values, dividendes, intérêts, etc.).
En revanche, dès qu’un individu perçoit en Tanzanie d’autres revenus que ceux strictement couverts par une retenue finale – par exemple un revenu d’activité indépendante, des loyers traités comme revenus d’entreprise, ou certaines plus‑values d’investissement – il doit :
– déposer une déclaration estimative (Statement of Estimated Tax Payable) dans les trois premiers mois de l’année fiscale ;
– verser l’impôt estimé en quatre acomptes trimestriels ;
– déposer une déclaration finale et régler le solde éventuel dans les six mois suivant la fin de l’année (généralement avant le 30 juin).
Si les acomptes versés représentent moins de 80 % de l’impôt dû, des intérêts de retard, calculés sur la base du taux d’escompte de la Bank of Tanzania et capitalisés mensuellement, sont appliqués. Un dépôt tardif de déclaration ou un non-paiement entraîne des pénalités proportionnelles à l’impôt impayé, avec un minimum fixe. La non-tenue de documents ou des déclarations inexactes peuvent aussi conduire à des pénalités spécifiques, pouvant atteindre 100 % de l’impôt éludé en cas de manquement délibéré.
Tout contribuable – expatrié compris – doit obtenir un Taxpayer Identification Number (TIN) s’il exerce une activité professionnelle, détient une entreprise ou engage des transactions soumises à immatriculation fiscale. Exercer une activité commerciale sans TIN peut conduire à une lourde amende, pouvant atteindre plus d’un million de TZS, voire à une peine d’emprisonnement.
Au‑delà de l’impôt sur le revenu, un expatrié salarié doit intégrer dans sa réflexion les charges sociales et contributions apparentées.
Le National Social Security Fund (NSSF), principal régime de sécurité sociale du secteur privé, fonctionne sur la base d’une contribution totale de 20 % de la rémunération brute, dont une partie peut être retenue sur le salaire de l’employé, généralement jusqu’à 10 %, l’employeur prenant le solde à sa charge. Sont intégrés dans cette base non seulement le salaire fixe, mais aussi les primes, commissions, heures supplémentaires et certains avantages en nature.
Taux de la Skills and Development Levy (SDL) applicable à la masse salariale brute pour les employeurs de Tanzanie continentale dont l’effectif dépasse le seuil.
Enfin, la contribution au Workers Compensation Fund (WCF), au taux d’environ 0,5 % de la masse salariale, doit être payée mensuellement. Elle finance l’indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles.
Pour un expatrié, ces prélèvements impactent la structure de rémunération et le coût total du travail, souvent pris en compte dans la négociation du package, surtout lorsque l’employeur s’engage à prendre en charge certaines contributions de manière volontaire.
Cas pratiques et points de vigilance pour les expatriés
Pour illustrer concrètement l’impact de ces règles, on peut se projeter dans quelques situations typiques rencontrées par les expatriés en Tanzanie.
Un cadre expatrié avec un contrat local de trois ans devient rapidement résident fiscal. Son package (salaire, primes, logement, véhicule) est soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu (jusqu’à 30%). Un contrat « net d’impôt » augmente le revenu imposable, compliquant la modélisation du coût. De plus, les dividendes d’actions cotées à la DSE sont soumis à une retenue à la source de 5% ou 10%, généralement sans déclaration annuelle supplémentaire.
Un entrepreneur expatrié qui lance un petit business de restauration avec un chiffre d’affaires de 80 millions de TZS peut opter pour le régime présomptif, avec une imposition d’environ 3,5 % du chiffre d’affaires, à condition que son activité soit éligible et que ses recettes soient exclusivement de source tanzanienne. Dès qu’il franchit la barre des 100 millions de TZS de chiffre d’affaires, il bascule dans le régime de droit commun, avec obligation de comptabilité, déclarations estimatives, acomptes et bain complet dans l’architecture fiscale tanzanienne.
Un investisseur non-résident acquérant un immeuble de rapport à Dar es Salaam est soumis à plusieurs obligations fiscales : une retenue à la source de 10% sur les loyers, gérée par le locataire ou l’agence. À la revente, il doit déclarer la cession à la TRA (Tanzania Revenue Authority), payer une single instalment tax (3% du prix de vente sans preuve d’acquisition, ou impôt sur la plus-value sinon) et obtenir un certificat de non-objection pour le transfert de propriété. Il doit également s’acquitter annuellement de la taxe foncière et des droits de timbre sur le contrat de bail.
Dans tous ces scénarios, un enjeu demeure pour l’expatrié : coordonner la fiscalité tanzanienne avec celle de son pays d’origine. Les États appliquant une imposition mondiale, comme de nombreux pays européens, utiliseront soit un crédit d’impôt, soit une exonération avec progressivité, soit une combinaison des deux, en fonction des règles internes et de la convention fiscale éventuellement signée avec la Tanzanie.
Conclusion : anticiper, documenter et se faire accompagner
La fiscalité tanzanienne n’est ni la plus lourde ni la plus légère de la région, mais elle présente de nombreuses spécificités qu’un expatrié ne peut ignorer : définition fine de la résidence fiscale, barème progressif sans abattements familiaux, poids des avantages en nature dans l’assiette, retenues à la source multiples sur les revenus d’investissement, taxation ciblée des plus‑values immobilières via une single instalment tax, et taxe foncière reposant souvent sur des forfaits par bâtiment plutôt que sur des valeurs cadastrales sophistiquées.
Pour un expatrié, la clé de la gestion fiscale réside dans l’**anticipation** et la **traçabilité**. Il est essentiel de conserver tous les documents justificatifs : contrats, baux, preuves de coût d’acquisition des biens immobiliers, attestations de retenues à la source et certificats fiscaux étrangers. Le respect scrupuleux des délais de déclaration et de paiement est impératif. Parmi les prérequis fondamentaux figurent l’obtention et l’usage correct du **TIN** (Tax Identification Number), la compréhension précise de son statut (résident ou non‑résident) et la maîtrise des règles fiscales applicables aux avantages en nature.
Enfin, bien que le cadre légal et réglementaire soit clairement posé, son application pratique peut se révéler technique. Pour les expatriés aux situations financières complexes – revenus dans plusieurs pays, structure de holding, portefeuille immobilier international – recourir à un conseil fiscal spécialisé connaissant à la fois la Tanzanie et le pays d’origine reste souvent la meilleure garantie de ne pas transformer un projet de vie à l’étranger en casse‑tête fiscal.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour réduire sa fiscalité, diversifier ses investissements et garder un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tanzanie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a été de cibler la Tanzanie, combinant fiscalité plus clémente pour les non‑résidents, coût de vie nettement inférieur à la France (Dar es Salaam ou Arusha bien moins chers que Paris), qualité de vie (climat, littoral, safaris) et diversification géographique hors UE. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions de non‑double imposition FR‑TZ), obtention du titre de séjour, choix d’une résidence principale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, fiscaliste, immigration, agents immobiliers) et restructuration patrimoniale internationale pour profiter de nouvelles opportunités (immobilier locatif, transmission optimisée) tout en maîtrisant les risques (contrôles français, change, adaptation culturelle).
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