S’installer en Syrie en tant qu’expatrié : guide pratique et sans fard

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer en Syrie aujourd’hui ne ressemble à aucun autre projet d’expatriation. Le pays sort de plus d’une décennie de guerre, reste politiquement fragile, lourdement sanctionné ou en transition selon les acteurs, avec une économie sinistrée mais des signes de reprise, surtout dans les grandes villes comme Damas et Alep. Les loyers et la vie quotidienne sont peu chers vus d’Europe, mais les salaires locaux sont dérisoires, les infrastructures abîmées et la sécurité jamais totalement garantie.

Bon à savoir :

Ce guide a pour objectif de fournir un panorama réaliste de la vie en Syrie, sans en promouvoir le départ. Il s’adresse aux personnes envisageant de s’y installer pour le travail, une mission humanitaire, rejoindre un conjoint ou un retour après l’exil. Il se concentre sur des aspects factuels : cadre légal, coût de la vie, marché du travail, logement, santé, éducation, culture et risques potentiels.

Comprendre le contexte syrien avant de partir

Avant même de parler de logement ou de salaire, il faut situer le pays. La Syrie — officiellement République arabe syrienne — se trouve au Moyen-Orient, entourée du Liban, de la Turquie, de l’Irak, de la Jordanie et d’Israël. Sa population tourne autour de 22 à 24 millions d’habitants selon les sources et les années, avec d’importants déplacements internes et une diaspora massive.

Un État autoritaire fragilisé par la guerre

Le pays est décrit comme une république à parti dominant, au fonctionnement autoritaire, avec une absence de véritable démocratie et de liberté d’expression. L’appareil d’État reste fortement sécuritaire, la parole politique est très encadrée, et la loi interdit toute activité considérée comme hostile au régime ou aux autorités de fait.

Attention :

Le conflit déclenché en 2011 a fragmenté le territoire syrien entre l’autorité centrale, des groupes armés, des forces kurdes, des factions islamistes et des zones d’influence étrangères. La situation institutionnelle reste fluide et les règles peuvent changer rapidement, certains évoquant des scénarios de transition politique récents ou hypothétiques.

La conséquence pour un expatrié est claire : on ne peut pas considérer la Syrie comme une destination « normale ». Les gouvernements occidentaux, le Canada, l’Australie ou encore la Nouvelle‑Zélande déconseillent formellement tout voyage, en raison du risque de terrorisme, de kidnapping, de bombardements, mais aussi de détentions arbitraires.

Un pays ancien, une société conservatrice

Damas et Alep sont parmi les plus anciennes villes habitées en continu au monde. La culture syrienne est un mélange impressionnant d’héritages sumérien, grec, romain, byzantin ou ottoman. La majorité de la population est arabe sunnite, mais la mosaïque comprend aussi Kurdes, Arméniens, Assyriens, Circassiens, chrétiens de diverses Églises, Druzes, Alaouites, et quelques communautés juives résiduelles.

Astuce :

La société est nettement conservatrice et patriarcale, où la famille élargie, dirigée par la figure masculine la plus âgée, prime sur l’individu. La religion structure fortement les rythmes de vie, avec le vendredi comme jour sacré, le Ramadan et les fêtes musulmanes, même si le droit n’est pas officiellement une théocratie intégrale. Les comportements publics sont codifiés, mettant l’accent sur la pudeur, le respect des aînés et des autorités, ainsi que l’importance de l’honneur familial.

Pour un expatrié, ce contexte signifie deux choses : la vie quotidienne peut être chaleureuse, marquée par une hospitalité remarquable, mais les libertés individuelles sont réduites. La Syrie n’est pas un environnement sûr pour les personnes LGBTQ+, les femmes seules sont exposées à des risques de harcèlement ou pire, et les comportements occidentaux jugés « libéraux » peuvent choquer.

Sécurité, visas et cadre légal : le socle à maîtriser

S’installer en Syrie sans une compréhension fine du risque sécuritaire et des règles de séjour serait irresponsable. Même dans les villes qualifiées de « plutôt sûres » comme Damas, Alep, Lattaquié ou Tartous, il reste une menace résiduelle d’attentats, de frappes, d’armes non explosées ou de criminalité.

Risques principaux sur le terrain

Les rapports convergent sur plusieurs points :

aucune zone n’est considérée comme totalement épargnée par la violence ;

le kidnapping d’étrangers, en particulier occidentaux, par des groupes jihadistes ou criminels est une menace documentée ;

– des bombardements et frappes aériennes surviennent encore sur des cibles militaires ou des infrastructures ;

– des mines et restes explosifs de guerre jonchent l’arrière‑pays, les anciennes lignes de front et les zones détruites.

Bon à savoir :

Même dans les capitales régionales, la conduite peut être agressive et la signalisation absente, avec des checkpoints imprévisibles. Pour un expatrié, il est crucial d’avoir un plan de sécurité : surveiller l’actualité locale, s’enregistrer auprès de son ambassade ou d’une organisation internationale, établir des consignes claires en cas d’incident et limiter les déplacements non essentiels.

Un cadre juridique contraignant

Les lois syriennes encadrent fortement certains comportements qui peuvent sembler anodins ailleurs :

la consommation et le trafic de drogue sont lourdement réprimés, jusqu’à la perpétuité et la peine de mort pour les cas les plus graves ;

la marijuana y est illégale, sans nuance ;

– des restrictions existent sur la photographie d’installations militaires ou gouvernementales ;

– la possession d’appareils spécifiques comme des radios ou GPS dédiés peut être considérée comme suspecte.

Les relations homosexuelles consenties sont pénalisées. Les étrangers impliqués peuvent risquer prison et expulsion, voire pire s’ils sont perçus comme militants. Critiquer publiquement les autorités, publier certains contenus en ligne ou s’exprimer sur la guerre et la politique sont tout aussi dangereux.

Visas et permis de séjour : une mosaïque de règles

Le régime des visas a beaucoup évolué depuis 2011.

Pour l’essentiel :

Attention :

Presque tous les étrangers nécessitent un visa pour entrer en Syrie. Quelques nationalités arabes ou musulmanes bénéficient d’exemptions partielles, mais cela ne s’applique pas aux ressortissants européens, nord-américains ou asiatiques hors région. Les ressortissants israéliens ne sont pas admis, et toute trace d’un passage en Israël (tampon, vignette ou même un tampon frontalier jordanien/égyptien lié à Israël) entraîne un refus automatique à la frontière.

L’une des spécificités syriennes est la combinaison de plusieurs canaux : visa sur place à certains postes terrestres, e‑visa, autorisation préalable (souvent via une agence ou un tour opérateur), démarches en ambassade. En pratique, nombre de voyageurs qui entrent par la route depuis le Liban ou la Jordanie obtiennent un visa à l’arrivée, payé en dollars américains en liquide. Les tarifs varient selon la nationalité : par exemple, un visa simple entrée pour un citoyen de l’UE coûte environ 75 USD, contre 150 USD pour un Australien, 100 USD pour un Canadien. Les visas multiples ou de plus longue durée sont plus chers.

Bon à savoir :

Pour un projet d’expatriation, un simple visa touristique n’est pas suffisant. Il est nécessaire d’obtenir un permis de résidence et, selon la situation, un permis de travail. L’obtention de ces documents implique généralement de remplir certaines conditions spécifiques.

un passeport valable au moins six mois après l’entrée ;

des formulaires en arabe ;

une adresse déclarée en Syrie ;

souvent, un contrat de travail ou une lettre d’une organisation locale.

Les règles changent parfois sans préavis, au gré de la conjoncture politique : il est donc impératif de se renseigner auprès de l’ambassade syrienne compétente et, idéalement, via l’employeur ou l’organisation qui vous accueille.

Double nationalité et service militaire

La Syrie reconnaît la double nationalité. Toutefois, les hommes de plus de 18 ans ayant la nationalité syrienne, même s’ils sont nés et ont grandi à l’étranger, peuvent être considérés comme mobilisables pour le service militaire. Cela peut bloquer la sortie du territoire ou entraîner des complications administratives. Un binationaux qui revient pour « s’installer » doit donc absolument éclaircir son statut militaire avant de franchir la frontière.

Le coût de la vie : des prix bas, une économie sinistrée

Vue depuis l’Europe ou le Golfe, la Syrie apparaît très bon marché : les loyers sont faibles, les restaurants abordables, les services peu coûteux. Cette image masque un paradoxe brutal : les salaires locaux sont parmi les plus bas du monde, et la vie reste chère pour la population.

Indicateurs généraux

Au niveau national, le pays se classe vers le bas de presque tous les classements : autour de la 177ᵉ place sur 197 pour le coût de la vie, et 180ᵉ en qualité de vie. Le PIB par habitant oscille autour de 800 à 1 200 USD par an selon les estimations, avec un indice de liberté humaine autour de 3 sur 10.

En pratique, le coût moyen de la vie, logement inclus, serait autour de 544 USD par mois pour une personne seule, 1 270 USD pour une famille de quatre personnes. Ces moyennes cachent de fortes disparités entre locaux, expatriés et nomades travaillant à distance.

Dans la capitale, plusieurs estimations donnent un ordre de grandeur :

Profil à DamasCoût mensuel estimé (USD)
Local≈ 258
Expatrié « classique »≈ 503
Famille d’expat≈ 902
Nomade numérique « confort »≈ 3 021

Plus frappant encore, les études montrent que les dépenses mensuelles représentent environ 8,9 fois le salaire moyen au niveau national, et plus de 14 fois à Damas. Autrement dit, seuls les ménages recevant des revenus extérieurs (remises, salaires d’ONG, revenus en devises) peuvent vivre confortablement.

Salaires locaux

Les salaires nets moyens après impôts tournent dans une fourchette de 45 à 60 USD par mois, tant au niveau national qu’à Damas. Dans la capitale, la médiane se situe à moins de 50 USD. Des grilles salariales donnent par exemple :

Poste (privé local)Salaire mensuel moyen (SYP)Équiv. en USD (approx.)
Comptable109 000≈ 43
Analyste financier194 000≈ 77
Office manager138 000≈ 55
Secrétaire67 600≈ 27
Service client102 000≈ 41

Ce niveau de revenus explique pourquoi la population peine à suivre l’inflation, alors que l’expatrié payé en dollars ou en euros a une impression de « bon marché ».

Logement à Damas : loyers et achat

La capitale concentre l’essentiel de l’activité économique encore organisée. Le marché immobilier y est particulièrement paradoxal : d’un côté, des loyers relativement abordables par rapport à l’Occident ; de l’autre, des prix d’achat très élevés au regard des salaires locaux, un marché figé par la crise de la monnaie et un fort recours au cash.

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Pour un expatrié locataire, les ordres de grandeur sont les suivants.

Type de logement (Damas)Fourchette mensuelle (USD)Moyenne (USD)
1 chambre centre-ville169 – 600≈ 220–250
1 chambre hors centre80 – 300≈ 140–176
3 chambres centre-ville300 – 1 000≈ 400–615
3 chambres hors centre150 – 500≈ 295–331
Studio 1 chambre (médiane centre)≈ 246
Nuitée d’hôtel (médiane, gamme moyenne)≈ 35 / nuit

Certains expatriés trouvent des studios modestes autour de 160 USD, quand un appartement familial dans un quartier correct avoisine plutôt les 300 à 500 USD. Les zones aisées comme Abu Rummaneh ou Al‑Maliki, plus proches des ambassades et des sièges d’organisations, affichent des prix nettement supérieurs.

Bon à savoir :

Pour l’achat, les prix sont généralement exprimés au mètre carré. Ils sont souvent indiqués en dollars, malgré les restrictions officielles concernant l’utilisation de cette devise.

Achat à DamasPrix moyen
m² en centre-ville≈ 1 865 – 1 873 USD
m² en périphérie / banlieue≈ 645 USD (certaines estimations plus basses)
Maison type à Dummar/Qudsaya≈ 110 000 – 170 000 USD
Appartement ~100 m² à Alep (Salah al-Din)≈ 16 000 – 19 000 USD

À cela s’ajoutent des éléments de conjoncture : marché décrit comme en « stagnation inflationniste » (prix nominaux élevés, mais très peu de transactions), retard administratif pour les enregistrements, incertitude sur la valeur réelle de la livre syrienne. Un acheteur étranger doit impérativement travailler avec un avocat local pour vérifier titres de propriété, absence de litige, et conformité avec la législation spécifique aux non‑nationaux.

Propriété immobilière pour les étrangers

La Syrie a assoupli ses règles au fil du temps : là où les non-Syriens ne pouvaient pratiquement rien posséder, une loi de 2008 puis la loi n° 11 de 2011 ont ouvert l’accès à certaines formes de propriété. Des amendements en 2021 ont encore allégé ces conditions.

En résumé :

Bon à savoir :

Un étranger peut posséder un bien résidentiel ou commercial en zone urbaine, sous réserve d’une autorisation du ministère de l’Intérieur. La contrainte de superficie minimale (140 m²) a été supprimée et la condition d’avoir une famille pour acquérir un bien a été levée. Cependant, la revente est interdite pendant les deux premières années sans autorisation spécifique. Enfin, la propriété de terres agricoles ou de biens situés dans des zones sensibles (comme les frontières ou les zones militaires) reste interdite ou très encadrée.

En cas de succession, un étranger qui hérite peut perdre ses droits s’il n’y a pas de réciprocité de traitement pour les Syriens dans son pays : il doit alors transférer le bien à un citoyen syrien dans un délai défini, prolongé à trois ans par la réforme de 2021, sous peine de voir le bien revenir à l’État.

La prudence s’impose : il existe d’autres lois, comme la loi n° 10 de 2018 sur les zones de réaménagement, qui peuvent avoir un impact sur des quartiers entiers et fragiliser certains droits de propriété.

Vie quotidienne : logement, factures, transports, alimentation

Au‑delà du loyer, il faut calculer les autres dépenses mensuelles pour avoir une idée réaliste du budget d’un expatrié.

Charges et services à domicile

Les infrastructures énergétiques syriennes ont été très endommagées. Couper l’électricité fait partie du quotidien. Dans les grandes villes, les immeubles s’appuient sur des générateurs privés, facturés en supplément. Avant de signer un bail, il est crucial de demander combien d’heures de courant sont garanties par jour et à quel coût.

Quelques repères pour Damas :

Poste (85 m² pour une famille)Fourchette mensuelle (USD)Moyenne (USD)
Électricité, chauffage, eau, ordures85 – 180≈ 145
Internet fixe (≈ 50–60 Mbps annoncé)30 – 100≈ 55
Abonnement mobile avec appels + ≥10 Go de données5 – 10≈ 7

En réalité, le débit est souvent très inférieur aux chiffres commerciaux. Damas est parfois créditée d’une moyenne autour de 0,5 à 1 Mbps, légèrement meilleure à Alep. Pour contourner la censure de certains sites ou réseaux sociaux, l’usage d’un VPN est courant, voire indispensable pour travailler à distance.

Bon à savoir :

L’eau du robinet n’étant pas potable, il est nécessaire d’acheter systématiquement de l’eau en bouteille ou de s’équiper de systèmes de filtration. Cela représente un poste de dépenses supplémentaire et une contrainte logistique à anticiper.

Se nourrir à Damas

La cuisine syrienne est l’un des grands plaisirs de la région : mezze, kebbé, shawarma, falafels, mahshi, pâtisseries au sirop… Les prix restent extrêmement doux pour un étranger.

Quelques exemples de tarifs dans la capitale :

Produit / service alimentairePrix moyen (USD)
Repas simple au restaurant « bon marché »≈ 8,00
Menu déjeuner type≈ 5,0 – 8,0
Dîner pour deux dans un restaurant de milieu de gamme≈ 20 – 30
Menu fast‑food / combo type McDonald’s≈ 4 – 6
Bière locale (0,5 L) au café≈ 1,3 – 1,6
Bouteille de vin de gamme moyenne≈ 5 – 6
Cappuccino≈ 1,3 – 2
Bouteille d’eau petite (≈ 0,33 L)≈ 0,8

Pour les courses de base :

Produit (en magasin à Damas)Prix moyen approximatif (USD)
Lait (1 L)0,9 – 1,1
Pain blanc (≈ 0,5–1 kg)0,45 – 0,63
Riz (1 kg)≈ 1,8 – 2,0
Œufs (12)≈ 1,8 – 1,9
Fromage local (1 kg)≈ 3,4 – 3,6
Blanc de poulet (1 kg)≈ 6,5 – 6,6
Bœuf (pièce de type rumsteck, 1 kg)≈ 10 – 13,6

Si l’on vit « à la syrienne », en cuisinant maison et en fréquentant les commerces de quartier, le budget alimentaire reste raisonnable. Les expatriés travaillant pour des institutions internationales ou des ONG importent souvent certains produits introuvables ou chers localement, ce qui renchérit la facture.

Se déplacer en ville

Le réseau de transport public repose sur des bus et surtout des minibus partagés, très bon marché mais peu confortables et irréguliers. À Damas, un ticket simple coûte en moyenne autour de 0,10 USD, un abonnement mensuel entre 9 et 17 USD selon les estimations.

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Le coût moyen d’une course de taxi de 3 km en dollars américains, selon certains relevés.

L’essence est un sujet sensible. Les prix officiels peuvent sembler modérés (≈ 1 USD/litre), mais des estimations font état de tarifs beaucoup plus élevés selon les circuits d’approvisionnement, jusqu’à plus de 3 USD le litre sur certains relevés. Les pénuries ponctuelles ne sont pas rares.

La conduite locale est réputée agressive, les routes parfois dangereuses, notamment de nuit ou hors des grandes agglomérations. Un expatrié prudent privilégiera les chauffeurs locaux convoyés par son employeur, en particulier pour des trajets entre villes.

Santé, loisirs et services

Les soins médicaux de première ligne et certains services restent peu coûteux en apparence :

consultation chez un généraliste : autour de 3 à 4 USD dans le secteur public ou les cabinets modestes ;

consultation privée spécialisée : proche de 20 USD selon certaines sources ;

médicaments courants : quelques dollars la boîte de traitement pour un rhume.

Attention :

Malgré une apparente accessibilité, le système de santé syrien est sévèrement endommagé. La moitié des établissements ont connu des dysfonctionnements, et l’exode du personnel médical a créé une pénurie de soignants. Les services spécialisés (oncologie, chirurgie lourde, rééducation) sont concentrés dans quelques hôpitaux universitaires (Damas, Alep, Lattaquié) et souffrent souvent d’équipements obsolètes.

Pour un expatrié, la règle de base est d’arriver avec une assurance santé internationale très solide, incluant l’évacuation médicale vers un pays voisin (Liban, Jordanie, Turquie, voire plus loin). Les frais sont généralement à régler d’avance, même en cas d’urgence.

Côté loisirs, la vie nocturne reste limitée, surtout dans un contexte religieux plus strict dans certaines zones. On trouve cependant des cafés, des restaurants en terrasse, des salles de sport abordables (une quinzaine de dollars par mois dans de nombreux clubs), et des cinémas où un billet coûte environ 3 USD. Les vêtements de marque, en revanche, sont chers au vu des salaires locaux : un jean de marque dépasse souvent 40 USD, des baskets de sport 50 à 70 USD.

Marché du travail : ONG, Nations unies, entreprises locales

Chercher un emploi localement en Syrie n’a rien d’évident. La guerre, les sanctions, les coupures d’électricité et l’effondrement de la monnaie ont fortement réduit les opportunités dans le secteur privé classique. Pour un expatrié, deux grands canaux dominent : les organisations internationales/humanitaires et les postes détachés par des entreprises étrangères.

Organisations internationales présentes

Une longue liste d’agences des Nations unies et d’ONG internationales travaillent en Syrie :

UNHCR, WFP, UNDP, FAO, UNICEF, UN‑Women, UNFPA, UNESCO, OCHA, UNRWA, UN‑Habitat, IOM, etc. du côté onusien ;

Médecins Sans Frontières, International Medical Corps, Danish Refugee Council, Norwegian Refugee Council, Oxfam, Action contre la Faim, Save the Children, Solidarités International, IRC, Croix‑Rouge / Croissant‑Rouge et de nombreuses autres ONG.

Modes de recrutement et profils recherchés par les ONG en Syrie

Les organisations humanitaires en Syrie utilisent divers canaux pour recruter des professionnels dans des domaines essentiels à leurs opérations.

Canaux de recrutement

Recrutement via des plateformes spécialisées, les sites officiels des ONG ou des job boards régionaux comme SyriaJOB et Bayt.com.

Logistique & Opérations

Profils en supply chain, gestion d’entrepôts et gestion de flottes de véhicules.

Gestion & Support

Recherche de compétences en suivi de projet, finance, ressources humaines (RH) et support informatique (IT).

Services essentiels

Recrutement dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la sécurité et du juridique.

Les postes internationaux, en particulier au sein des Nations unies, offrent des rémunérations sans commune mesure avec les salaires syriens : de l’ordre de 30 000 à plus de 100 000 USD annuels selon le grade et les indemnités de hardship. Ils s’accompagnent généralement d’un package incluant assurances, congés, frais de voyage et parfois logement.

Emploi privé local

L’économie se réorganise autour de quelques pôles : agriculture (environ 20 % du PIB), énergie, petite industrie, commerce, services. Des banques privées, souvent issues de partenariats avec des établissements libanais, jordaniens ou du Golfe, opèrent dans le pays. Mais la plupart des entreprises souffrent du manque de financement, des problèmes de change, de la faiblesse du pouvoir d’achat et de la bureaucratie.

Les contrats de travail sont régis par le droit syrien (Code du travail et loi n° 17/2010) :

contrat écrit en arabe obligatoire ;

– période d’essai maximale de trois mois ;

– salaire minimum privé fixé à un niveau très bas en livres syriennes ;

– journée de travail longue, avec heures supplémentaires majorées (37,5 % en semaine, 100 % les jours de repos) ;

– contributions sociales à la charge de l’employeur (environ 17 %) et du salarié (7 %).

Un permis de travail est obligatoire pour tout salarié étranger. Sa délivrance suppose généralement un employeur enregistré, un contrat, des justificatifs de qualification et le paiement de divers frais. Les procédures sont longues, s’étalant parfois sur plusieurs mois.

Pour beaucoup d’expatriés, la solution réaliste consiste à être employé par une structure étrangère (ONG, entreprise internationale) payant le salaire sur un compte hors de Syrie, ou à travailler à distance pour un employeur à l’étranger. Dans ce dernier cas, on se heurte toutefois aux difficultés d’accès au système bancaire international et au très faible débit internet.

Banque, change et gestion de l’argent

Gérer son argent en Syrie est l’un des tout premiers défis pratiques pour un expatrié.

Un système bancaire fragile et contrôlé

Le secteur bancaire combine des banques publiques et des établissements privés. La Banque centrale de Syrie pilote la politique monétaire, contrôle les changes et supervise l’ensemble. Les réformes entamées dans les années 2000 ont permis l’ouverture de banques privées et l’entrée de partenaires étrangers, souvent du Liban, du Qatar, de Jordanie ou des pays du Golfe.

Pour le résident étranger, plusieurs points sont déterminants :

Exemple :

Depuis 2011, la livre syrienne s’est effondrée, créant un écart considérable entre les taux de change officiels et parallèles. L’État a historiquement maintenu un système de taux multiples, incluant un taux pour le budget, un taux commercial géré par la Banque centrale, et un marché noir où le dollar atteint une valeur bien supérieure. Parallèlement, toutes les opérations en devises (transferts à l’étranger, importations, remboursements de prêts étrangers) sont strictement encadrées par les autorités.

Ouvrir un compte bancaire en tant qu’expatrié est possible, surtout dans les banques privées, mais suppose de fournir un dossier complet : passeport, permis de résidence, justificatifs d’adresse, parfois contrat de travail, dépôts minimums en livres syriennes et/ou en dollars ou euros. Les cartes de paiement internationales sont peu utilisables à l’intérieur du pays, et de nombreux services en ligne bloquent les transactions en provenance de Syrie.

Cash, marché noir et risques

En pratique, une large part de la vie quotidienne repose sur le cash :

– il est quasi impossible de retirer de l’argent avec une carte étrangère dans les distributeurs syriens ;

– les achats importants (loyers, voiture, mobilier) se règlent en billets ;

– le dollar américain reste la référence, même là où les autorités promeuvent l’usage exclusif de la livre.

Attention :

Bien que le recours au marché noir pour le change de devises soit courant en Syrie, il expose à des risques d’arrestation, de faux billets et d’arnaques. Seuls les bureaux agréés, certaines banques et institutions financières sont habilités légalement. En pratique, les réseaux informels ou les bureaux frontaliers au Liban ou en Turquie restent utilisés pour les transferts de fonds.

Un expatrié doit donc : respecter les lois et règlements du pays d’accueil, adopter une attitude ouverte envers les différences culturelles, s’informer sur le marché du travail local et entretenir un réseau professionnel adapté.

venir avec une réserve de cash suffisante en USD ou en euros, de préférence en grosses coupures récentes (les billets de 100 USD à bande bleue sont les mieux acceptés) ;

planifier des passages réguliers en dehors du pays pour renouveler cette réserve, si son employeur ne lui verse pas directement en billets ;

– tenir une comptabilité serrée pour limiter les pertes de change ;

– éviter les transferts bancaires non indispensables, coûteux, lents et soumis à l’examen des autorités.

Culture, usages et intégration

La réussite d’une expatriation en Syrie se joue presque autant sur la compréhension des codes sociaux que sur le salaire ou le confort matériel.

Rapports humains : hospitalité et hiérarchie

Les Syriens sont généralement décrits comme chaleureux, bavards, expressifs et très hospitaliers. L’invitation à boire un café ou un thé, puis à partager un repas, survient rapidement une fois un début de relation établi. Refuser systématiquement serait perçu comme une marque de distance ou de méfiance.

Bon à savoir :

En contexte, les questions sur la famille (enfants, parents, statut matrimonial) sont courantes et servent à faire connaissance, contrairement aux normes occidentales où elles sont jugées personnelles. Il est d’usage d’y répondre avec tact, même si l’on peut esquiver certains détails.

La société est fortement hiérarchisée : on respecte les aînés, les titulaires de fonctions élevées, les figures religieuses. Dans le monde professionnel, les décisions viennent d’en haut, les contrats oraux jouent un rôle important, et l’on préfère faire affaire avec quelqu’un que l’on connaîtra personnellement, même de peu, plutôt qu’avec un inconnu.

Gestes, vêtements, vie sociale

Le code vestimentaire repose sur la modestie : jambes et bras couverts pour les deux sexes, évitement des tenues moulantes, décolletés ou shorts en ville. Un homme expatrié en pantalon long et chemise passe partout, une femme en pantalon ample ou jupe longue et haut couvrant les épaules et la poitrine aussi. Le voile n’est pas obligatoire pour les étrangères, sauf pour entrer dans un lieu de culte musulman ou dans certaines régions extrêmement conservatrices, où un foulard peut apaiser les regards.

Bon à savoir :

Les contacts physiques entre hommes et femmes non apparentés sont limités en public. En revanche, entre personnes du même sexe, les embrassades, accolades, mains posées sur l’épaule, voire mains tenues en marchant sont fréquentes et n’ont pas de connotation romantique.

Les sujets de conversation sensibles sont nombreux :

la politique et les opinions sur le régime ou les groupes armés ;

les détails de la guerre, le rôle des services de sécurité ;

– la religion sur un ton polémique ;

– l’argent et le succès perçu comme liés aux autorités.

Il est conseillé d’éviter ces thèmes tant qu’une confiance solide n’est pas installée. À l’inverse, parler cuisine, culture, enfants, études à l’étranger ou fierté pour une ville natale ouvre presque toujours des portes.

Famille, éducation et vie avec des enfants

S’installer en Syrie avec des enfants augmente encore la complexité du projet. Le pays est décrit comme peu « family‑friendly » pour des expatriés, malgré une affection intense des Syriens pour les enfants.

Écoles publiques et internationales

Le système éducatif national repose sur un schéma 6‑3‑3 (primaire, collège, lycée), majoritairement public, gratuit et dispensé en arabe. Dans les faits, les disparités sont fortes entre villes et campagnes, et les années de guerre ont fermé ou endommagé de nombreuses écoles. Si beaucoup ont rouvert, l’UNICEF et d’autres organismes considèrent que la qualité globale reste faible.

Pour les familles d’expatriés, la solution habituelle consiste à recourir à des écoles internationales ou bilingues, quand elles existent encore :

4000

Les frais de scolarité annuels dans certaines écoles internationales à Damas peuvent dépasser 4 000 USD.

L’enseignement est en général dispensé en anglais ou en français, avec un volet arabe plus ou moins poussé. Les classes sont plus petites que dans le public, les infrastructures (bibliothèques, terrains de sport, laboratoires) souvent meilleures. Mais les tarifs sont élevés pour les standards locaux, et le choix reste limité.

Santé des enfants et vie familiale

Du point de vue sanitaire, la Syrie fait face à la réémergence de maladies infectieuses comme la rougeole, le choléra, la poliomyélite, la leishmaniose. La couverture vaccinale a souffert de la guerre. Un enfant expatrié doit arriver avec un carnet de vaccination à jour et poursuivre son suivi dans la mesure du possible. Les parents sont invités à conserver précieusement les carnets, nécessaires pour les inscriptions scolaires et les consultations.

Exemple :

Le quotidien des familles en ville est contrasté : il est marqué par des difficultés d’accès aux services essentiels comme l’eau et l’électricité, ainsi que par des pénuries de médicaments pour enfants et un manque d’espaces verts dans les zones denses. Cependant, dans certains quartiers mieux lotis, des infrastructures comme des parcs, des cafés adaptés aux familles et des clubs sportifs offrent des espaces de vie et de loisirs.

Faut‑il s’installer en Syrie ? À quelles conditions ?

À la lumière de ces éléments, la Syrie apparaît comme une destination d’expatriation très atypique, adaptée à un profil restreint :

personnels d’ONG et d’agences internationales déployés spécifiquement sur place, avec un cadre sécuritaire et logistique solide ;

professionnels hautement qualifiés détachés par des entreprises ou des institutions, bénéficiant d’un salaire en devise, d’un logement sécurisé et d’un accompagnement administratif ;

– membres de la diaspora syrienne revenant au pays, dotés de réseaux familiaux et de ressources extérieures ;

– travailleurs à distance très expérimentés, conscients des risques et capables de supporter des infrastructures fragiles (internet lent, électricité instable).

Pour tous, plusieurs conditions non négociables se dégagent :

1. Accepter le risque résiduel : même en ville, la possibilité d’un attentat, d’un bombardement ciblé ou d’un incident sécuritaire existe. 2. Arriver couvert par une assurance internationale robuste, incluant évacuation médicale et rapatriement en cas de crise. 3. Disposer de revenus en devise suffisants pour vivre confortablement sans dépendre des salaires locaux. 4. Préparer la question de la documentation : visas, permis de séjour, éventuelle double nationalité, statut militaire, documents d’état civil pour les familles. 5. S’outiller culturellement : langue arabe (au moins quelques bases), codes sociaux, modestie vestimentaire, prudence dans les propos publics.

Bon à savoir :

S’installer en Syrie est un choix qui nécessite de bien évaluer ses motivations (solidarité, attache familiale, opportunité précise), car il implique de composer avec une hospitalité locale forte, mais aussi une instabilité politique, des services essentiels fragiles et une précarité économique.

Pour ceux qui, en pleine connaissance de cause, décident de franchir le pas, la préparation minutieuse est la meilleure alliée : information actualisée, contrats clairs, réseau local de confiance, plan B pour chaque aspect vital (santé, finances, sécurité). La Syrie reste un pays d’une richesse humaine et culturelle exceptionnelle, mais qui exige plus que partout ailleurs de ne pas s’y installer les yeux fermés.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Émirats, Maroc), la stratégie retenue a consisté à cibler la Syrie, en s’appuyant sur un schéma sécurisé combinant résidence locale, convention fiscale internationale pertinente et coût de vie très faible par rapport à la France, tout en organisant un ancrage européen (banques, structures patrimoniales). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, reports d’imposition), obtention de la résidence locale et de titres de séjour adaptés, sécurisation sociale et médicale (complémentaire internationale), transfert ou maintien ciblé des comptes bancaires, plan de rupture maîtrisée des liens fiscaux français (moins de 183 jours/an en France, centre d’intérêts économiques déplacé), coordination avec un réseau local (avocat, conseil fiscal, interlocuteurs francophones) et restructuration patrimoniale internationale pour limiter les risques de double imposition et de contrôles fiscaux.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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