S’installer au Kenya pour y travailler, investir ou acheter un bien immobilier implique de se confronter à un système fiscal à la fois structuré et en pleine modernisation. Entre impôt sur le revenu, fiscalité des loyers, capital gains tax et taxes locales de type « taxe foncière », les expatriés découvrent souvent que la réalité est plus nuancée qu’un simple « oui » ou « non » à la question des impôts. Le Kenya Revenue Authority (KRA) a en outre nettement renforcé ses contrôles, en particulier sur les non‑résidents et les propriétaires de biens locatifs.
Cet article détaille les deux principaux axes de la fiscalité pour les expatriés au Kenya : l’impôt sur le revenu des personnes physiques et la fiscalité immobilière (taxe foncière, imposition des loyers, plus-values et droits d’enregistrement). Il fournit des repères clairs et chiffrés pour anticiper ses obligations fiscales et éviter les mauvaises surprises.
Cadre général de la fiscalité kényane pour les expatriés
Le système fiscal kényan repose principalement sur l’Income Tax Act (Cap 470), complété par une série de Finance Acts successifs et par le Tax Procedures Act de 2015. Le Kenya Revenue Authority administre l’ensemble du dispositif via sa plateforme en ligne iTax, devenue le passage obligé pour presque toutes les démarches : enregistrement, dépôt des déclarations, paiement, demandes de remboursement.
Le Kenya applique principalement une logique territoriale, imposant les revenus acquis ou provenant du pays. Cependant, pour les personnes devenues résidentes fiscales, l’impôt s’applique à leurs revenus d’emploi mondiaux, avec possibilité de crédits d’impôt pour éviter une double imposition dans certains cas.
Pour l’immobilier, le panorama est plus fragmenté. À l’échelle nationale, il n’existe pas de « real property tax » uniforme comme dans certains pays anglophones, ni d’impôt sur la fortune immobilière. Mais les comtés perçoivent des land rates assimilables à une taxe foncière locale, tandis que l’État prélève de la capital gains tax sur la cession de biens, de la stamp duty lors des transferts et un impôt sur les loyers.
Résidence fiscale : la clé de voûte pour les expatriés
Avant de parler de taux, de déclarations ou de loyers, tout expatrié doit se poser une question simple : suis‑je résident fiscal au Kenya ou non ? La réponse se trouve dans trois tests fixés par l’Income Tax Act.
Un individu est résident fiscal s’il remplit au moins l’un des critères suivants :
1. Il dispose d’un « permanent home » au Kenya et est présent dans le pays à un moment quelconque de l’année. 2. Il est physiquement présent au Kenya 183 jours ou plus au cours de l’année. 3. Il est présent au Kenya durant l’année en cours et les deux années précédentes pour une moyenne de plus de 122 jours par an.
La réforme fiscale kényane de 2022 a précisé la notion de ‘permanent home’ (foyer permanent). Il s’agit d’un lieu de résidence disponible au Kenya, sous le contrôle de la personne, qui est utilisé comme résidence principale lors de ses séjours dans le pays. Pour l’administration fiscale, ce foyer doit également être le lieu où se concentrent les intérêts personnels ou économiques les plus significatifs de l’individu.
Cette distinction est cruciale. Un expatrié résident est imposé sur son revenu mondial d’emploi, alors qu’un non‑résident n’est imposé que sur ses revenus de source kényane. La KRA ne se contente pas des déclarations spontanées : elle croise les tampons d’entrée/sortie, les contrats, la paie, voire les relevés bancaires, pour déterminer la résidence.
Impôt sur le revenu des personnes physiques : barème et PAYE
Le Kenya applique un barème progressif à cinq tranches pour les personnes physiques. Depuis l’entrée en vigueur des réformes les plus récentes, le barème annuel se présente ainsi :
| Tranche de revenu annuel (KES) | Taux d’imposition |
|---|---|
| Jusqu’à 288 000 | 10 % |
| De 288 001 à 388 000 | 25 % |
| De 388 001 à 6 000 000 | 30 % |
| De 6 000 001 à 9 600 000 | 32,5 % |
| Au‑delà de 9 600 000 | 35 % |
Le taux marginal supérieur atteint donc 35 %, niveau maintenu sur les exercices récents et annoncé comme stable à court terme.
Date limite du mois suivant pour que l’employeur reverse à la KRA l’impôt prélevé à la source sur les salaires.
La KRA considère l’employeur comme premier responsable : en cas d’erreur ou de sous‑prélèvement, la jurisprudence a confirmé que l’administration peut exiger le paiement des arriérés auprès de l’employeur, même si l’expatrié a quitté le pays. Pour un salarié étranger, cela signifie que la qualité du conseil fiscal de l’entreprise et la bonne configuration de la paie sont essentielles.
Ce qui entre dans le revenu imposable d’un expatrié
L’impôt sur le revenu ne se limite pas au salaire de base. La définition kényane de la rémunération est large et inclut la plupart des avantages qui accompagnent souvent un package d’expatriation.
Sont imposables en tant que revenu d’emploi :
– Les salaires, traitements, primes, commissions, indemnités de congés, de maladie, overtime, bonus, gratifications de service.
– Les honoraires de dirigeants et jetons de présence des administrateurs.
– La plupart des avantages en nature dès lors que leur valeur excède 5 000 KES par mois.
Parmi les avantages typiques d’un contrat d’expatrié :
Présentation des principaux avantages en nature fournis par l’employeur qui sont soumis à imposition selon la réglementation fiscale.
Le logement mis à disposition par l’employeur est généralement valorisé à partir d’un pourcentage du salaire global ou du loyer de marché.
Le véhicule de fonction est évalué selon un pourcentage de la valeur du véhicule pour déterminer son avantage imposable.
Pour ces prêts, la différence entre le taux pratiqué et le taux de marché sert de base au calcul d’un fringe benefit tax supporté par l’employeur.
Les cotisations à certains clubs privés, lorsqu’elles sont prises en charge par l’employeur, constituent un avantage en nature imposable.
Les allocations de coût de la vie (cost of living allowances) sont imposables, sauf si elles constituent un remboursement à coût réel dûment justifié.
Les indemnités de réinstallation sont également concernées, à moins qu’elles ne soient des remboursements strictement à coût réel et justifiés.
Des exonérations existent cependant. Ne sont pas imposés, dans la limite de plafonds et sous conditions :
Plusieurs avantages en nature fournis par l’employeur sont exonérés d’impôt sur le revenu au Kenya. Cela inclut : les repas jusqu’à 5 000 KES par mois, les indemnités de déplacement journalier dans les limites fixées et révisées par la KRA (Kenya Revenue Authority), la couverture médicale entièrement prise en charge, les billets d’avion aller-retour pour les employés non-citoyens recrutés à l’étranger, ainsi que certains remboursements de frais officiels lorsque la loi les exempte explicitement.
Dans la pratique, la frontière entre ce qui est imposable ou non peut être fine, notamment pour les remboursements de frais, les « per diem » et les allocations mixtes. C’est d’autant plus sensible pour un expatrié dont le package est souvent complexe (indemnité logement, scolarité des enfants, voyages annuels, etc.).
Allègements, déductions et crédits d’impôt
Pour les expatriés résidents fiscaux, le système kényan offre une série de déductions et de crédits qui viennent minorer l’impôt dû, dès lors que certaines conditions sont remplies.
La première pierre est le personal relief, un crédit d’impôt réservé aux résidents. Son montant est fixé à 2 400 KES par mois, soit 28 800 KES par an, qui viennent directement en déduction de l’impôt calculé. Les non‑résidents n’y ont pas droit.
D’autres dispositifs ciblent des postes précis :
| Type de déduction / crédit | Limite fiscale annuelle (KES) |
|---|---|
| Intérêts d’emprunt immobilier pour résidence occupée par le propriétaire | 300 000 à 360 000 selon réforme (par an) |
| Cotisations à des fonds de pension/providence ou retraites individuelles enregistrés | 240 000 à 360 000 (ou 30 % du revenu pensionnable) |
| Assurances vie/santé/éducation (relief de 15 %) | Plafond de 60 000 |
| Cotisations à un fonds médical post‑retraite | Jusqu’à 15 000 par mois, soit 180 000 par an |
| Contribution Affordable Housing Levy (crédit) | Relief de 15 %, plafonné à 108 000 |
| Personal relief pour contribuables handicapés | Exonération jusqu’à 150 000 par mois |
À cela s’ajoutent les contributions obligatoires aux régimes sociaux (NSSF pour la retraite, SHIF pour la santé), qui sont déductibles de l’assiette de l’impôt sur le revenu dans une certaine mesure. Les expatriés couverts par un régime de sécurité sociale reconnu dans leur pays d’origine et présents au Kenya pour moins de trois ans peuvent, dans certains cas, être exemptés de NSSF.
Pour les résidents qui perçoivent aussi des revenus imposés à l’étranger, le Kenya prévoit enfin des mécanismes de crédit d’impôt, soit au titre d’une convention de non‑double imposition, soit de manière unilatérale. Les expatriés doivent alors prouver le montant de l’impôt étranger acquitté pour pouvoir l’imputer sur leur impôt kényan.
Double imposition et conventions fiscales
Les expatriés venant de pays liés au Kenya par une convention fiscale disposent d’une protection supplémentaire contre la double imposition. Le pays a signé plus de vingt accords de ce type avec, entre autres, le Royaume‑Uni, la France, l’Allemagne, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Canada, les Émirats arabes unis ou encore la Norvège et la Suède.
Ces conventions répartissent le droit d’imposer entre les États signataires. Elles jouent surtout sur : la prévention de la double imposition, l’élimination des obstacles au commerce international, et la protection des investisseurs.
– les revenus d’emploi pour les missions de courte durée (souvent jusqu’à 183 jours) ;
– les dividendes, intérêts et redevances, en plafonnant les retenues à la source ;
– les bénéfices des entreprises disposant ou non d’un établissement stable ;
– certains revenus immobiliers ou gains en capital.
Pour invoquer une convention fiscale au Kenya, un expatrié doit prouver sa résidence fiscale dans l’autre État signataire et fournir un certificat de résidence à la KRA. De plus, le Kenya applique des règles anti-abus : l’accès aux avantages du traité peut être refusé si plus de 50 % du capital d’une entité est détenu par des personnes non-résidentes du pays partenaire.
Un cas particulier concerne les ressortissants américains : il n’existe ni convention fiscale, ni accord de totalisation des retraites entre les États‑Unis et le Kenya. Les citoyens US restent donc soumis à une double obligation de déclaration, et doivent s’en remettre aux mécanismes internes de crédit d’impôt de chaque pays.
Immobilier : entre taxe foncière locale et fiscalité nationale
Pour un expatrié qui achète une maison à Nairobi ou un appartement à Mombasa, la notion de « taxe foncière » recouvre en réalité plusieurs couches d’imposition. Le niveau national gère notamment la capital gains tax, la stamp duty et l’impôt sur les loyers, tandis que les comtés gèrent les land rates assimilables à une taxe foncière, ainsi que parfois certaines redevances annexes.
Land rates : la taxe foncière locale de fait
Les land rates sont des taxes annuelles perçues par les comtés pour financer les services locaux et les infrastructures. Elles sont encadrées juridiquement par le Rating Act et le Valuation for Rating Act.
En pratique, chaque comté fixe son barème. À Nairobi, par exemple, le Finance Act du comté prévoit une taxe d’environ 0,115 % de la valeur de la propriété pour les biens résidentiels, avec des taux plus élevés pour les usages commerciaux. Dans l’ensemble, les taux oscillent entre environ 0,115 % et 1 % de la valeur foncière.
La date limite de paiement varie par comté ; à Nairobi, la scadenza est fixée au 31 mars. Un défaut de paiement peut entraîner des pénalités pouvant atteindre 25 %, des intérêts, voire, à terme, des actions en justice ou des procédures de vente aux enchères. Les arriérés de land rates bloquent fréquemment l’obtention de permis de construire ou l’enregistrement de cessions, ce qui constitue un point de vigilance important pour les expatriés acheteurs.
Certains projets de réforme envisagent la création d’une taxe foncière nationale, qui pourrait être fixée à 0,3 % de la valeur de marché du bien. Ces propositions doivent encore être examinées en détail par le législateur avant toute mise en œuvre.
Stamp Duty : le coût fiscal de l’acquisition
Au moment d’acheter un bien, l’expatrié est confronté à la stamp duty, un droit d’enregistrement payé à la KRA sur la base du prix du bien ou de sa valeur de marché (la plus élevée des deux), telle qu’attestée par un évaluateur gouvernemental.
Les taux standards peuvent se résumer ainsi :
| Type de transaction / zone | Taux de stamp duty |
|---|---|
| Transfert de propriété en zone municipale/urbaine | 4 % de la valeur |
| Transfert de propriété hors municipalité | 2 % de la valeur |
| Bail de moins ou égal à 3 ans | 1 % du loyer total |
| Bail de plus de 3 ans | 2 % du loyer total |
Pour les biens commerciaux, certaines sources mentionnent un taux de 6 % ; pour les zones urbaines, le taux a été relevé de 2 % à 4 %, ce qui a renchéri le coût d’acquisition en ville. Des exemptions ou allègements existent néanmoins, par exemple pour certains transferts entre époux, au profit de trusts familiaux ou dans le cadre de programmes de logement abordable.
Capital Gains Tax : la fiscalité de la revente
Contrairement à une idée reçue ancienne, les plus‑values immobilières sont désormais imposées au Kenya. La capital gains tax (CGT) s’applique au vendeur et porte sur le gain net tiré de la cession d’un bien situé dans le pays, qu’il s’agisse de terrain, de bâtiment ou de certaines actions liées à des actifs immobiliers.
Le taux de CGT s’élève à 15 % du gain net depuis l’augmentation entrée en vigueur en 2023. Le gain se calcule en retranchant du prix de vente un coût ajusté comprenant :
Les éléments constitutifs du prix de revient d’un bien immobilier incluent : le prix d’acquisition ou de construction ; les droits de timbre, honoraires d’avocat, frais de valuation à l’achat ; les dépenses significatives d’amélioration (travaux, clôtures, extensions) ; et les frais de cession (commission d’agent, honoraires juridiques de vente, publicité).
Fiscalité immobilière
L’impôt doit être déclaré et payé via iTax, généralement dans les 30 jours suivant la transaction, et un reçu de CGT est exigé pour finaliser le transfert de titre.
Un nombrе conséquent d’exemptions existent cependant, qui intéressent particulièrement les expatriés :
| Situation de cession | Régime CGT |
|---|---|
| Résidence principale occupée en continu 3 ans | Exonérée |
| Terre agricole < 50 acres en zone non urbaine | Exonérée |
| Transfert entre époux ou ex‑époux (divorce) | Exonéré |
| Transfert à un membre de la famille proche ou à une société 100 % familiale | Exonéré |
| Valeur totale de la cession ≤ 3 millions KES | Exonérée |
| Restructuration interne de groupe (sous conditions) | Exonérée |
| Transfert de biens vers un family trust enregistré | Exonéré (CGT + parfois stamp duty) |
Pour les expatriés qui héritent ou cèdent des parts de sociétés adossées à des biens immobiliers kényans, la CGT s’applique aussi, notamment lorsque plus de 20 % de la valeur de la société provient de biens immobiliers au Kenya, ou lorsqu’un non‑résident cède une participation significative dans une société kényane.
Impôt sur les loyers : régime simplifié et régime au réel
Un expatrié propriétaire qui met son bien en location doit également anticiper l’impôt sur les loyers. Le Kenya distingue deux grands régimes : un régime simplifié, le Monthly Residential Rental Income (MRI), et un régime au réel, l’Annual Rental Income (ARI).
Le Monthly Rental Income (MRI) est un impôt forfaitaire de 7,5 % sur les loyers bruts. Il concerne uniquement les résidents fiscaux du Kenya dont les revenus locatifs résidentiels annuels sont compris entre 288 000 et 15 millions de KES. Le paiement s’effectue mensuellement via iTax avant le 20 du mois suivant, et aucune autre imposition ne s’applique sur ces revenus, les charges n’étant pas déductibles.
Le tableau ci‑dessous illustre le fonctionnement de ce régime :
| Paramètre | MRI – Régime simplifié (résidents) |
|---|---|
| Type de biens couverts | Biens résidentiels situés au Kenya |
| Seuils de revenus annuels | Entre 288 000 et 15 000 000 KES |
| Taux d’imposition | 7,5 % sur le loyer brut |
| Déductibilité des charges | Aucune |
| Fréquence de déclaration/paiement | Mensuelle, via iTax |
| Nature de l’impôt | Impôt final |
| Éligibilité des non‑résidents | Non |
Les non‑résidents ne peuvent pas utiliser ce régime simplifié. Ils relèvent du régime au réel (ARI), qui s’applique également :
– aux résidents dont les loyers sont en‑dessous du seuil de 288 000 KES ou au‑dessus de 15 millions KES ;
– et, plus largement, à tous les loyers commerciaux.
Sous ARI, l’impôt est calculé sur le revenu net : loyers perçus moins les charges admissibles (land rates, intérêts d’emprunt, frais d’agence, assurance, entretien, salaires du gardien, etc.). Les résidents appliquent le barème progressif déjà présenté, en intégrant le bénéfice net locatif à leurs autres revenus. Les sociétés appliquent le taux d’impôt sur les sociétés (30 % pour les résidentes, 37,5 % pour les succursales de sociétés étrangères).
Pour les non‑résidents individuels qui louent un bien au Kenya, le mécanisme est souvent celui de la retenue à la source : le locataire ou l’agent immobilier désigné comme agent de retenue doit prélever 30 % sur le loyer brut et le reverser à la KRA. Ce taux de 30 % constitue en principe un impôt final pour le non‑résident sur ce revenu, sans droit à déduction de charges.
Retenues à la source sur les loyers et rôle des agents
Le Kenya a progressivement étendu le rôle des retenues à la source sur les loyers, afin de sécuriser la collecte. On distingue deux configurations principales.
Pour les loyers payés à des non‑résidents sans établissement stable, la loi impose au payeur (locataire ou agent de gestion) de retenir 30 % sur le loyer brut et de le reverser dans un délai de cinq jours ouvrables après le paiement. Le non‑résident n’est alors pas redevable d’un complément d’impôt sur ces loyers, sauf cas particulier.
Pour les propriétaires résidents, le fisc kenyan (KRA) peut désigner des agents retenant à la source, comme de grands locataires ou des agences. Ces agents sont chargés de prélever 10 % sur les loyers bruts versés. Cette retenue constitue un acompte d’impôt, qui sera déduit de la facture fiscale annuelle ou mensuelle du propriétaire. Il est important de noter que cette mesure ne dispense pas le propriétaire de déclarer l’intégralité de ses revenus locatifs et de calculer l’impôt finalement dû, que ce soit sous le régime forfaitaire (MRI) ou le régime réel (ARI).
Un manquement de l’agent de retenue (non‑déduction ou non‑versement) peut entraîner des pénalités importantes, pouvant atteindre 10 % de l’impôt non retenu, plafonnées à un million de shillings, plus 1 % d’intérêt mensuel.
Autres taxes autour de l’immobilier pour les expatriés
Au‑delà de la taxe foncière locale et de l’impôt sur les loyers, d’autres prélèvements gravitent autour de la détention ou de l’exploitation d’un bien immobilier au Kenya.
Sur le plan local, outre les land rates, certains comtés appliquent des redevances spécifiques : permis de construire, frais de raccordement, taxes d’affichage, voire tourism levy pour les établissements d’hébergement touristique (2 % du chiffre d’affaires pour les hôtels, restaurants et meublés de tourisme, à reverser au Tourism Fund).
Les locations de bâtiments non résidentiels (commerciaux) sont soumises à la TVA au taux standard de 16 %, à condition que le propriétaire soit enregistré à la TVA et dépasse le seuil de chiffre d’affaires. En revanche, les locations de biens résidentiels sont généralement exclues du champ d’application de la TVA sur les loyers.
Enfin, la fiscalité des plus‑values sur actions peut aussi concerner l’immobilier « par transparence », notamment lorsque des parts de sociétés détenant des immeubles kényans sont cédées. Les actions de sociétés non cotées peuvent alors être assimilées à une cession de propriété immobilière.
Obligations déclaratives et sanctions
Tout expatrié qui perçoit un revenu de source kényane doit, en pratique, obtenir un numéro d’identification fiscale (KRA PIN). Ce sésame est nécessaire pour :
– déposer des déclarations d’impôt sur le revenu ;
– enregistrer un bien immobilier et payer la stamp duty ;
– ouvrir certains comptes bancaires ;
– accomplir de nombreuses démarches administratives.
Les personnes avec un PIN doivent déposer leur déclaration annuelle avant le 30 juin, même avec un prélèvement à la source intégral. Tout solde d’impôt dû doit être réglé avant le 30 avril.
Les retards de dépôt ou de paiement sont coûteux. Pour un particulier, le dépôt tardif entraîne une pénalité égale au plus élevé de 5 % de l’impôt dû ou 2 000 KES, assortie d’intérêts de 1 % par mois de retard. Les entreprises encourent une pénalité minimale plus élevée (20 000 KES). S’agissant du PAYE, les sanctions sont encore plus lourdes, avec une pénalité fixe de 5 % de l’impôt non versé, majorée d’intérêts journaliers.
En matière immobilière, un défaut de déclaration de la CGT ou de paiement de la stamp duty peut bloquer purement et simplement la cession d’un bien. Par ailleurs, le non-paiement des land rates entraîne des majorations et peut, à terme, freiner l’obtention des autorisations d’urbanisme ou l’enregistrement des titres de propriété.
La KRA a renforcé ses moyens d’enquête, utilisant notamment le partage automatique de données avec les services d’immigration, les banques et même certaines plateformes numériques. Les propriétaires expatriés qui louent via des plateformes de type Airbnb ou Booking peuvent ainsi être repérés, de même que les non‑résidents qui encaissent des loyers sur des comptes étrangers déclarés dans le cadre des échanges automatiques.
Points sensibles pour les expatriés : erreurs fréquentes et contrôles
Pour les expatriés, plusieurs zones de risque se dégagent des dernières tendances d’audit de la KRA.
La première concerne la mauvaise qualification du statut de résidence fiscale. Certains étrangers présents plus de 183 jours ou disposant d’un permanent home au Kenya continuent de se considérer comme non‑résidents, en ne déclarant que leurs salaires locaux ou en omettant leurs revenus étrangers. Une telle approche ne résiste pas à un contrôle approfondi basé sur les mouvements de passeport ou les contrats.
L’administration fiscale kényane (KRA) requalifie les déclarations des propriétaires non-résidents de biens locatifs qui ont utilisé par erreur le régime fiscal réservé aux résidents (MRI). Elle réclame le paiement de la différence d’impôt, calculée entre le taux forfaitaire sur le brut et l’impôt réellement dû (retenue à 30% ou régime ARI au réel), majorée de pénalités et d’intérêts, ce qui peut représenter des montants significatifs sur plusieurs années.
Une troisième zone de vigilance concerne les expatriés bénéficiant de packages complexes : avantages logement, voiture, prise en charge de frais scolaires, allocations diverses. La KRA examine de près la valorisation de ces bénéfices, leur traitement dans la paie et la conformité avec les plafonds d’exonération (repas, indemnités journalières, etc.). En cas de sous‑évaluation, le fisc peut recalculer l’impôt sur plusieurs années.
Les cessions de biens immobiliers ou de parts de sociétés immobilières font l’objet d’un examen attentif sur la valorisation, le respect des délais de paiement de la plus-value (CGT) et l’application des exonérations. Pour les opérations spécifiques comme les ventes intrafamiliales, les restructurations de groupe ou les transferts vers des family trusts, il est essentiel de constituer une documentation solide pour justifier le bénéfice d’une exonération.
Conclusion : anticiper, documenter, déclarer
La fiscalité au Kenya, qu’il s’agisse de l’impôt sur le revenu ou de la taxe foncière au sens large, est loin d’être improvisée. L’arsenal juridique est dense, les taux sont clairement définis et la KRA dispose désormais de puissants outils numériques pour croiser les informations et cibler ses contrôles, en particulier sur les expatriés et les propriétaires étrangers.
Pour un expatrié au Kenya, trois réflexes fiscaux sont essentiels. Premièrement, il faut déterminer rigoureusement sa résidence fiscale en fonction des critères légaux, et non sur la base d’impressions. Deuxièmement, il est nécessaire de recenser tous ses revenus de source kényane (salaires, loyers, plus-values immobilières) pour les déclarer correctement via la plateforme iTax. Troisièmement, il convient de bien comprendre les taxes locales sur la propriété, comme les ‘land rates’ (équivalent d’une taxe foncière), les droits de mutation (‘stamp duty’) et l’impôt sur les plus-values (‘CGT’), afin d’intégrer ces coûts dans tout projet d’achat, de location ou de revente d’un bien immobilier.
Ce cadre peut sembler complexe, mais il est suffisamment stable et lisible pour qu’un expatrié bien informé, appuyé si besoin par un conseil fiscal, puisse s’y conformer sans difficulté majeure. À l’heure où le Kenya intensifie sa lutte contre l’évasion et mise sur l’immobilier et les services pour soutenir sa croissance, la conformité fiscale n’est plus une option pour les étrangers qui souhaitent s’y installer durablement ou y investir.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Kenya, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Kenya pour sa fiscalité attractive sur certains revenus étrangers structurés correctement, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie nettement inférieur à la France (Nairobi pouvant être 30 à 40 % moins chère que Paris à niveau de vie comparable) et l’accès facilité à l’Afrique de l’Est. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence de long séjour avec achat ou location de résidence principale, organisation de la couverture santé internationale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local (avocat, spécialiste immigration, conseiller bilingue) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire) afin de sécuriser les économies fiscales et la transmission.
Vous souhaitez vous expatrier à l'étranger : contactez-nous pour des offres sur mesure.
Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.
Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.