Les soins de santé pour les expatriés au Groenland : guide pratique pour vivre et se faire soigner dans l’Arctique

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer comme expatrié au Groenland, c’est choisir l’un des environnements les plus extrêmes et les plus isolés de la planète. Derrière les images de fjords gelés, de nuits polaires et d’aurores boréales, se cache une réalité très concrète : comment se faire soigner sur une île immense, sans routes entre les villes, avec des hôpitaux rares et des évacuations médicales qui se comptent parfois en jours plutôt qu’en heures.

Bon à savoir :

Cet article fournit un panorama détaillé et pragmatique du système de santé groenlandais pour les expatriés, basé sur les données disponibles. Il vise à aider les futurs résidents à préparer leur projet en connaissance de cause et à guider les résidents actuels dans un système performant mais soumis à des contraintes géographiques et climatiques extrêmes.

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Comprendre la structure du système de santé groenlandais

Le Groenland dispose d’un système de santé entièrement public, financé par l’impôt et géré par les autorités groenlandaises. Depuis 1992, la responsabilité de la santé a été transférée du Danemark au gouvernement local, qui organise et finance les services via l’Agence de la Santé et de la Prévention.

Attention :

Malgré le principe de soins gratuits et égaux pour tous les résidents enregistrés, l’accès est inégal en pratique. L’immensité du territoire, la dispersion de la population (56 000 habitants le long des côtes) et le manque chronique de personnel rendent cet idéal difficile à atteindre, particulièrement en dehors de la capitale Nuuk.

Le territoire est aujourd’hui découpé en cinq grandes régions de santé. On y trouve un hôpital national à Nuuk, quelques hôpitaux régionaux, des centres de santé dans les villes et de petites stations de santé dans les villages. Les cliniques privées sont quasi inexistantes, à l’exception de quelques services (dentaire, kinésithérapie, psychothérapie, addictions) essentiellement concentrés à Nuuk.

Pour un expatrié, cela signifie que la quasi-totalité des soins possibles passera par le système public, avec des règles et des limites très différentes de celles des pays européens plus densément peuplés.

Résident permanent ou visiteur : ce qui change pour l’accès aux soins

La clé d’accès aux soins gratuits au Groenland est le statut de résident. Les citoyens et résidents enregistrés bénéficient de la gratuité des consultations de médecine générale, des soins hospitaliers, de la plupart des soins dentaires publics, des médicaments sur ordonnance et parfois des transports médicaux nécessaires.

Les expatriés entrent dans trois grandes catégories, qui n’ont pas du tout les mêmes droits.

Expatrié installé et enregistré comme résident

Un étranger qui s’installe durablement et obtient un permis de séjour, puis une inscription comme résident au Groenland, est intégré au système de santé public. Concrètement, une fois les démarches administratives effectuées (inscription locale, équivalent groenlandais de l’enregistrement civil danois), il accède aux soins publics dans les mêmes conditions que les citoyens : pas de ticket modérateur, pas d’assurance maladie nationale payante, mais un financement par l’impôt sur le revenu.

Bon à savoir :

Les services couverts incluent les consultations de médecine générale et spécialisée, les soins et séjours en hôpital public, les visites à domicile d’infirmiers, la dentisterie publique, une partie des transports médicaux indispensables et les médicaments prescrits. Si un traitement nécessaire n’est pas disponible localement, le patient a droit à un transfert gratuit vers un établissement adéquat, sur prescription médicale.

En revanche, ce statut ne donne pas le droit automatique à des soins à l’étranger : les évacuations vers le Danemark ou l’Islande sont accordées uniquement pour des raisons médicales, et dans le cadre de la planification des soins par les autorités de santé.

Travailleur ou résident couvert par des accords nordiques

Les ressortissants du Danemark et des Îles Féroé travaillant au Groenland, ainsi que certaines personnes couvertes par la Convention nordique de sécurité sociale (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède), peuvent avoir droit à une prise en charge en cas d’urgence médicale, même s’ils ne sont pas encore pleinement intégrés comme résidents. Là encore, c’est le statut administratif précis qui compte, et il est essentiel pour un expatrié nordique de vérifier avant le départ la portée de cette couverture et ses limites, notamment en matière de transports sanitaires et de traitement à l’étranger.

Touristes, consultants de court séjour, étudiants de passage

Pour tous ceux qui ne sont pas enregistrés comme résidents – touristes, visiteurs de courte durée, expatriés en mission de quelques semaines ou mois sans enregistrement local –, le principe est simple : tous les soins sont payants.

Astuce :

Les étrangers peuvent bénéficier d’une prise en charge médicale par le système public, avec un niveau de soins équivalent à celui des résidents. Cependant, certaines conditions ou restrictions spécifiques peuvent s’appliquer.

il n’est pas possible de réclamer des examens ou traitements “supplémentaires” au-delà de ce qui est jugé médicalement indiqué pour un citoyen ;

le plan de soins est décidé exclusivement par les médecins du système groenlandais, indépendamment des souhaits du patient ou des consignes de l’assurance privée ;

– chaque acte, consultation, examen et médicament est facturé au patient ou à son assureur.

Point important pour les Européens : la Carte Européenne d’Assurance Maladie (CEAM / EHIC) n’est pas valable au Groenland. La couverture européenne tombe ici, même si le territoire fait partie du Royaume du Danemark. Sans assurance privée de voyage ou d’expatrié, une hospitalisation ou, pire, une évacuation aérienne peut devenir financièrement catastrophique.

La carte des hôpitaux et centres de santé : où peut-on réellement se faire soigner ?

Sur une île de plus de 2,2 millions de km², les infrastructures médicales sont rares et très inégalement réparties. Pour un expatrié, connaître la géographie hospitalière est essentiel, que ce soit pour choisir sa ville d’installation ou pour organiser ses déplacements professionnels.

Le pivot du système : l’hôpital national de Nuuk

Le cœur du dispositif est l’hôpital Dronning Ingrids (Queen Ingrid’s Hospital), situé à Nuuk. C’est l’unique hôpital doté d’équipements lourds et de services hautement spécialisés.

Cet établissement dispose de services de médecine et de chirurgie, d’une maternité, d’unités de soins intensifs et de soins intermédiaires, ainsi que de blocs opératoires capables de gérer des urgences. Il est équipé d’un scanner (CT) et d’une IRM, uniques sur le territoire. Les actes d’imagerie lourde comme les scanners et IRM ne sont réalisés que sur indication médicale, sans possibilité d’en “acheter” un à la demande via une assurance privée.

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L’hôpital de Nuuk est le seul établissement du pays à assurer les traitements complexes et à accueillir la majorité des patients nécessitant une prise en charge spécialisée.

À proximité, un centre de santé, le Queen Ingrid Health Center, prend en charge la médecine de premier recours classique pour les résidents de la capitale.

Les hôpitaux régionaux : une offre intermédiaire sans plateau technique complet

Cinq hôpitaux régionaux complètent le dispositif, à :

Aasiaat

Ilulissat

Sisimiut

Qaqortoq

Tasiilaq (pour la côte est)

Ils proposent une palette de soins de base et intermédiaires : consultations, hospitalisation “simple”, radiographies osseuses et thoraciques, et certains examens de laboratoire. En revanche, ils ne disposent ni de scanner, ni de la garantie d’une équipe chirurgicale disponible en permanence. Lorsqu’un patient nécessite des soins lourds, il est transféré vers Nuuk.

Bon à savoir :

Les expatriés basés dans certaines villes bénéficient d’un accès direct à un médecin et à des services de base. Cependant, il est essentiel de savoir que tout problème de santé grave, traumatisme complexe ou pathologie nécessitant un diagnostic avancé impliquera un transfert médical par avion ou par bateau.

Centres et stations de santé : la réalité quotidienne hors des grandes villes

Dans les autres villes – Qaanaaq, Upernavik, Uummannaq, Qeqertarsuaq, Qasigiannguit, Maniitsoq, Paamiut, Narsaq, Nanortalik et d’autres – on trouve des centres de santé offrant des soins primaires. Un médecin y est souvent présent, mais pas toujours, et une grande partie des actes sont assurés par des infirmiers ou des paramédicaux.

Dans les petits villages et hameaux, la situation est plus spartiate. On y trouve des stations de santé tenues par des travailleurs de santé communautaires, parfois sans formation longue. Il peut n’y avoir ni médecin ni infirmier en permanence. La plupart des contacts avec le système de santé passent alors par la télémédecine, via téléphone (et de plus en plus, vidéo), avec supervision à distance depuis un hôpital ou un centre plus important.

Attention :

Pour les expatriés et visiteurs au Groenland, il est impossible d’être hospitalisé dans les petits centres de ville ou de village. Toute hospitalisation nécessite un transfert vers un hôpital régional ou vers la capitale Nuuk. En cas de maladie grave dans une petite localité, le patient doit d’abord être acheminé vers la ville la plus proche, puis potentiellement vers Nuuk, et éventuellement vers l’étranger pour des soins spécialisés.

Soins à l’étranger : quand et comment quitte-t-on le territoire pour se faire soigner ?

Lorsque le traitement nécessaire dépasse les capacités locales, le Groenland recourt à ses partenaires, principalement le Danemark et, plus rarement, l’Islande. Les dossiers sont triés selon la gravité et la nature du problème : chirurgie très spécialisée, pathologies complexes, prématurité extrême, soins hautement techniques qui ne peuvent être assurés ni à Nuuk ni dans les hôpitaux régionaux.

Ces évacuations médicales sont décidées par les médecins du système groenlandais, sur des critères strictement médicaux. Ni le patient ni son assurance ne peuvent imposer un transfert “de confort” vers un hôpital étranger. Pour un résident, ces transferts sont financés par le système public. Pour un non-résident, l’assurance privée – si elle existe – règle la note, qui peut atteindre des dizaines de milliers de dollars par cas.

Le quotidien d’un patient au Groenland : téléconsultations, distances et inégalités régionales

Pour saisir ce que signifie être soigné au Groenland, il faut intégrer trois réalités : les distances, la dépendance au climat, et la sous-dotation en personnel.

Un pays immense, peu peuplé, sans routes entre les villes

Le Groenland est la plus grande île du monde, avec une superficie d’environ 2,2 millions de km². Pourtant, sa population ne dépasse pas 56 000 habitants, dont près de 20 000 à Nuuk. Environ 60 % vivent dans les cinq plus grandes villes (Nuuk, Sisimiut, Ilulissat, Aasiaat, Qaqortoq), le reste se répartissant en petites communautés côtières, sans routes terrestres pour les relier.

Les déplacements entre localités se font par avion, hélicoptère, bateau, motoneige ou traîneau à chiens selon la saison. Pour les soins de santé, cela implique que chaque transfert médical exige une logistique lourde, soumise à la météo, à la disponibilité des avions ou hélicos, aux heures de jour, et à la capacité des infrastructures.

Les études menées sur les évacuations médicales montrent que les temps de transport se comptent souvent en heures, mais que dans la pratique, en raison des aléas climatiques et organisationnels, le délai global entre la décision d’évacuer et l’arrivée dans un hôpital spécialisé se compte fréquemment en jours.

Télémédecine : un pilier de la prise en charge

Pour compenser cette dispersion, le système de santé groenlandais a massivement investi dans la télémédecine. Depuis 2008, toutes les unités de santé des localités de plus de 50 habitants sont équipées pour communiquer à distance avec des médecins, soit à Nuuk, soit hors du pays. Ces outils servent à la fois à :

des consultations locales supervisées à distance ;

des échanges entre spécialistes groenlandais et étrangers ;

de la formation et de la supervision du personnel local.

Exemple :

À Nuuk, la consultation téléphonique est devenue le mode de contact le plus fréquent avec la médecine de premier recours, devant les consultations en présence. Cette situation a été renforcée par la généralisation des dossiers médicaux électroniques et, plus récemment, par la mise en place d’un nouveau système national de télémédecine.

Pour un expatrié vivant dans une petite communauté, il faut intégrer que beaucoup de soins se dérouleront via téléphone ou visioconférence, parfois avec des professionnels ne parlant ni français ni anglais couramment, d’où la nécessité de préparation (traduction de termes médicaux, fiches en anglais, etc.).

Des ressources humaines sous pression permanente

Les chiffres de ressources humaines sont parlants : environ 120 postes médicaux existent pour tout le pays, mais seuls la moitié environ sont pourvus de manière permanente ; le reste est assuré par des contrats de courte durée. Sur environ 300 postes infirmiers, 200 sont occupés en permanence. La même tendance se retrouve chez les dentistes : une trentaine, dont une quinzaine en postes stables.

1000

Nombre de contrats de travail de santé signés chaque année au Groenland, représentant environ 1600 employés.

Pour les expatriés, cette réalité a deux implications pratiques. D’une part, la qualité de la communication médicale peut varier fortement selon le lieu et la personne rencontrée. D’autre part, les délais et la continuité des soins peuvent être impactés par les pénuries de personnel et la rotation des équipes.

Le tableau ci-dessous résume quelques chiffres clés du système de santé :

IndicateurValeur approximative
Population totale55 500 – 56 000 habitants
Part de la population dans les 5 plus grandes villes~60 %
Budget santé (exemple 2006)938 millions DKK (~2 219 € par personne)
Part du budget de l’État consacrée à la santé> 18 %
Part du budget santé pour l’hôpital de Nuuk~28 %
Part du budget pour traitements hors Groenland~12 %
Part du budget pour transports de patients~6 – 6,4 %
Incidence évacuations médicales (2018)7,7 pour 1 000 hab./an
Nombre de contrats de travail/an dans la santé~1 000

Urgences et évacuations : ce qu’il faut savoir avant d’en avoir besoin

La notion d’urgence médicale prend un sens particulier au Groenland. Les distances, la météo, l’absence de routes et la limite des moyens aériens rendent chaque situation critique plus complexe à gérer que dans la plupart des pays.

Numéros d’urgence et premiers réflexes

Le numéro d’appel d’urgence est le 112, comme dans le reste du Royaume du Danemark, pour police, pompiers et ambulances. Dans les grandes villes, il existe des lignes directes pour les centres de santé locaux, mais pour un expatrié, le 112 reste le point d’entrée principal.

À Nuuk, l’hôpital dispose d’une ligne de garde médicale, le +299 55 99 55, utilisée notamment dans le cadre des évacuations et des conseils spécialisés, en particulier pour les navires et croisières.

En mer, les procédures sont très codifiées : le médecin du bord contacte Radio Medical Denmark (+45 75 45 67 66), qui prend l’avis du médecin de garde à l’hôpital de Nuuk, organise la conduite à tenir et, si nécessaire, déclenche un dispositif de recherche et sauvetage (SAR) via le Commandement Arctique.

Les moyens de transport disponibles

Pour les transferts de patients, le système de santé groenlandais dispose : d’un réseau de services d’urgence, de moyens de transport adaptés et d’une coordination entre les établissements de santé.

Moyens d’évacuation sanitaire

Le Groenland dispose de plusieurs moyens de transport médicalisés pour assurer les évacuations sanitaires, adaptés à la géographie et aux conditions climatiques particulières du territoire.

Avion-ambulance

Un Beechcraft King Air spécialement équipé pour deux civières, dédié aux transports urgents à l’échelle nationale.

Avions de ligne régionaux

Des appareils comme le Dash 8 d’Air Greenland peuvent être affrétés pour les évacuations lorsque l’avion-ambulance n’est pas disponible.

Hélicoptères

Utilisés pour atteindre les localités sans aéroport ou pour mener des missions de sauvetage spécifiques.

Navires et bateaux

Employés principalement pour les transferts côtiers lorsque les conditions météorologiques empêchent tout vol.

Ce parc est limité, et l’avion-ambulance, en particulier, est réservé aux besoins du système public : les assurances privées n’ont pas le droit de le réserver directement. Les évacuations sont donc systématiquement priorisées selon la gravité médicale, pas selon la capacité de paiement.

Aéroports et évacuations internationales

Trois aéroports peuvent accueillir des jets-ambulances pour les évacuations hors du pays :

Nuuk (BGGH)

Kangerlussuaq (Søndre Strømfjord, SFJ)

Narsarsuaq

Bon à savoir :

Seul Nuuk dispose d’un hôpital. Les localités de Kangerlussuaq et Narsarsuaq n’ont ni service hospitalier ni soins disponibles 24h/24. En cas d’évacuation médicale vers l’étranger, le patient est d’abord transféré à Nuuk, puis acheminé vers l’un de ces aéroports pour un vol médicalisé vers Copenhague ou, plus rarement, Reykjavik.

Les données de 2018 illustrent l’ampleur du phénomène : sur 481 patients identifiés comme ayant fait l’objet d’une évacuation médicale, 432 cas ont été analysés. Les évacuations à l’intérieur du pays représentaient environ deux tiers du total, et l’hôpital de Nuuk recevait plus de 60 % de ces patients. Cinquante-cinq patients ont été transférés vers d’autres pays, dont 47 depuis Nuuk vers le Danemark ou l’Islande.

Les diagnostics les plus souvent à l’origine d’une évacuation étaient les maladies digestives, les pathologies cardiovasculaires et les complications de grossesse ou de l’accouchement. Chez les femmes évacuées, près d’un tiers des cas étaient liés à la grossesse ou au post-partum ; chez les hommes, les affections cardiovasculaires et digestives dominaient.

Coût des évacuations et implications pour l’assurance

Le coût des évacuations est considérable. L’étude de 2018 rapporte un éventail allant de moins de 4 800 dollars US à plus de 50 000 dollars, avec un coût médian autour de 4 700 dollars par patient. Les opérations réalisées en dehors des heures ouvrables – soirs, nuits, week-ends, jours fériés – étaient notablement plus chères. La mutualisation de plusieurs patients dans un même vol permettait, lorsqu’elle était possible, de réduire la facture.

Astuce :

Les frais de transport médical, notamment pour l’évacuation sanitaire, représentent environ 6 à 6,4 % du budget de santé du Groenland. Pour les non-résidents, ces coûts sont à la charge du patient ou de son assurance. Par conséquent, les autorités locales et plusieurs pays, dont les États-Unis, recommandent fortement de souscrire une assurance voyage couvrant explicitement l’évacuation médicale avant tout séjour au Groenland, même pour une courte durée.

Le tableau ci-dessous synthétise quelques données sur les évacuations médicales :

Indicateur (évacuations 2018)Valeur estimée
Nombre total de patients évacués identifiés481
Cas analysés432
Incidence annuelle7,7 / 1 000 habitants
Part des évacuations internes (dans le Groenland)~ 66 %
Part des évacuations vers l’étranger~ 34 %
Proportion d’évacuations internes vers l’hôpital de Nuuk~ 62,5 % (270 patients)
Nombre de patients évacués vers l’étranger55 (dont 47 depuis Nuuk)
Coût médian par évacuation~ 4 700 USD
Fourchette de coût 50 000 USD
Part du budget santé consacrée aux transports de patients~ 6 – 6,4 %

Pour un expatrié, cette réalité se traduit par une règle simple : ne jamais considérer l’évacuation comme un scénario “exceptionnel” facultatif. Dans un pays où une pathologie cardiaque aiguë ou un accouchement compliqué nécessite parfois un vol de plusieurs milliers de kilomètres, l’évacuation est un élément central de la gestion du risque.

Spécialités clés : ce qu’un expatrié doit anticiper

Certaines dimensions du système de santé sont particulièrement importantes pour les expatriés : la disponibilité des médicaments, les soins dentaires, la maternité, et la prise en charge des maladies chroniques.

Médicaments : une offre réduite, des ruptures possibles

Contrairement aux grandes capitales européennes, les pharmacies ne sont pas légion au Groenland. La pharmacie centrale se trouve à l’hôpital de Nuuk, et la distribution se fait principalement via les hôpitaux et centres de santé régionaux. Quelques pharmacies indépendantes existent dans la capitale, mais l’offre globale est restreinte.

Les médicaments sur ordonnance ne peuvent être obtenus qu’auprès d’un hôpital régional ou de l’hôpital de Nuuk. La liste des produits disponibles est limitée et certains traitements peuvent être en rupture. Quelques analgésiques et produits simples en vente libre sont vendus dans les supermarchés, mais là encore, le choix est réduit.

Il est donc fortement recommandé aux expatriés :

Bon à savoir :

Pour voyager sereinement avec vos traitements, prévoyez une réserve suffisante dans le respect des règles d’importation (généralement trois mois pour les médicaments ordinaires, moins pour les stupéfiants). Ayez des ordonnances détaillées, idéalement en anglais, avec la DCI (nom international). Vérifiez toujours la légalité de vos médicaments à destination, car certains, comme le cannabis médical, peuvent y être strictement interdits.

Les études sur les intoxications médicamenteuses montrent que le paracétamol est le médicament le plus souvent mis en cause, suivi de l’ibuprofène et de la quétiapine, et que les intoxications au Groenland tendent à être plus graves qu’au Danemark. Là encore, la distance et le climat compliquent la prise en charge d’urgences toxiques.

Soins dentaires : bien suivre ses contrôles

Les soins dentaires publics sont gratuits ou subventionnés pour les résidents, mais l’accès varie énormément selon la localisation. On trouve des cliniques dentaires de district et des équipes mobiles qui se déplacent dans les localités éloignées pour assurer des soins de base. Les traitements spécialisés – orthodontie complexe, chirurgie maxillo-faciale, prothèses élaborées – sont rares et peuvent nécessiter un transfert au Danemark.

Pour les urgences dentaires, le Service National de Dentisterie peut intervenir lorsqu’un dentiste est disponible. Le numéro d’administration pour les urgences en semaine est le +299 34 40 16. Dans le cas d’un touriste ou expatrié non résident, le patient doit organiser et financer son transport jusqu’au lieu de traitement, ainsi que le coût des soins d’urgence.

Les expatriés à long terme ont tout intérêt à :

– planifier leurs contrôles et traitements dentaires majeurs lors de séjours dans leur pays d’origine ou au Danemark ;

– se constituer une trousse d’urgence (antalgiques, produits pour soins temporaires) ;

– connaître les coordonnées de la clinique dentaire la plus proche.

Grossesse et maternité : une organisation très centralisée

La maternité est un domaine où la géographie du Groenland se répercute fortement sur l’organisation des soins. Les femmes enceintes ont accès à des examens standards (analyses sanguines et urinaires, dépistage de maladies héréditaires et infections sexuellement transmissibles, échographies), mais la fréquence des consultations et l’accès à une sage-femme varient selon le lieu de résidence.

Exemple :

À Nuuk, les femmes enceintes contactent le Dronning Ingrid Health Centre, qui leur attribue une sage-femme. Dans les villes côtières dotées d’un hôpital régional, la prise en charge se fait localement. Dans les villages sans hôpital, c’est souvent une infirmière de station de santé qui assure le suivi de base, en coordination avec un hôpital où la future mère effectue quelques visites pendant la grossesse.

Les grossesses à risque sont référées à l’hôpital de Nuuk, qui est le seul établissement du pays capable de gérer les naissances prématurées et les accouchements très compliqués. Dans ces cas, les femmes sont transférées à Nuuk environ trois semaines avant la date prévue et logées dans un hôtel de patients, aux frais du gouvernement. Les partenaires doivent financer eux-mêmes leur déplacement, sauf en cas de grossesse gémellaire où les coûts sont en partie pris en charge pour les deux parents.

Bon à savoir :

Pour un couple expatrié, une grossesse au Groenland nécessite une planification minutieuse. Cela inclut le choix du lieu de résidence, l’anticipation d’un séjour prolongé à Nuuk pour l’accouchement, ainsi qu’une discussion préalable avec l’employeur et l’assurance concernant les éventuels transferts vers le Danemark en cas de pathologie maternelle ou fœtale complexe.

Maladies chroniques et population vieillissante

Le Groenland connaît une transition épidémiologique rapide : vieillissement de la population, forte prévalence de maladies chroniques, notamment chez les plus de 55 ans, dont près de 77 % sont considérés comme souffrant de pathologies chroniques. Le diabète, l’hypertension, les troubles cardiovasculaires, les maladies ostéo-articulaires y sont fréquents.

Pour un expatrié souffrant déjà d’une maladie chronique (cardiopathie, diabète, BPCO, trouble psychiatrique stabilisé, etc.), la question centrale est la continuité des soins. Il est impératif de :

– disposer d’un dossier médical complet résumé en anglais (ou danois), avec dernières explorations, bilans, traitements, et protocoles d’urgence ;

– identifier un médecin référent au Groenland, idéalement à Nuuk ou dans une grande ville, sachant que beaucoup de généralistes exercent dans les hôpitaux ou centres de santé ;

– clarifier avec l’assurance la prise en charge d’éventuels traitements à l’étranger (examens sophistiqués, interventions spécialisées).

Les distances, les ruptures d’approvisionnement en médicaments et le manque de spécialistes imposent une grande autonomie au patient expatrié, qui doit être acteur de sa propre prise en charge et ne pas hésiter à utiliser la télémédecine pour consulter des spécialistes basés au Danemark ou ailleurs, via son assurance privée.

Santé mentale et environnement extrême : un enjeu souvent sous-estimé

Au-delà des aspects somatiques, le Groenland est confronté à une crise profonde de santé mentale, avec un taux de suicide parmi les plus élevés au monde, notamment chez les jeunes hommes. Pour les expatriés, cet environnement particulier pose aussi des défis psychologiques : isolement, nuit polaire, conditions climatiques difficiles, éloignement des réseaux familiaux.

Les données disponibles indiquent que : les tendances actuelles en matière de consommation énergétique sont en forte évolution.

la population groenlandaise présente des taux très élevés de détresse psychologique et de comportements suicidaires, en particulier chez les adolescents ;

la consommation d’alcool et d’autres substances est un problème majeur de santé publique ;

– l’accès aux services de psychiatrie et de psychothérapie est limité en dehors de Nuuk.

Bon à savoir :

Le service national Allorfik offre un traitement gratuit pour les addictions (alcool, cannabis, jeu) via des centres dans cinq grandes villes, avec suivi à distance et un programme d’aftercare de six mois. Parallèlement, le service en ligne mindhelper.gl propose des ressources en groenlandais sur l’anxiété et la gestion du stress, basées sur les thérapies d’acceptation et d’engagement.

Les expatriés, eux, peuvent recourir à des psychologues locaux (principalement à Nuuk) ou à la téléthérapie internationale via des plateformes en ligne, à condition de disposer d’une assurance incluant les soins psychologiques. Les barrières linguistiques et culturelles rendent néanmoins l’accès inégal, d’où l’importance de prévoir avant le départ des solutions de soutien (thérapeute à distance, groupes en ligne pour expatriés, etc.).

Assurances privées et stratégies de protection pour les expatriés

Même lorsqu’on est résident et théoriquement couvert par le système public, l’assurance privée internationale reste un outil majeur de sécurité pour un expatrié au Groenland. Elle permet notamment :

Bon à savoir :

Une assurance santé privée permet aux résidents ou expatriés au Groenland de se faire soigner à l’étranger (Danemark, Islande, pays d’origine) sans dépendre uniquement du système local, de réduire les délais d’accès aux spécialistes et traitements, de couvrir des soins non disponibles localement (santé mentale, dentaire avancé) et d’assurer la prise en charge complète des évacuations médicales et rapatriements, souvent non couverts par le système public.

Plusieurs grands assureurs internationaux proposent des contrats adaptés aux expatriés vivant au Groenland, comme Allianz, AXA, Cigna, NOW Health ou William Russell, avec des plafonds annuels de couverture s’élevant souvent à plusieurs millions de dollars. Les garanties typiques incluent :

Domaines de couverture santé

Les garanties d’une assurance santé internationale peuvent inclure les services médicaux essentiels suivants :

Hospitalisation et soins de jour

Prise en charge des actes de chirurgie et des traitements médicaux lourds nécessitant une hospitalisation.

Soins ambulatoires

Couvre les consultations médicales, les examens biologiques, l’imagerie médicale et les médicaments délivrés en pharmacie.

Traitements à long terme

Prise en charge spécifique pour les maladies comme le cancer et les traitements thérapeutiques prolongés.

Santé mentale

Prise en charge des séances de psychothérapie et des consultations en psychiatrie.

Urgences médicales

Organisation et financement de l’évacuation médicale d’urgence et du rapatriement sanitaire.

Options complémentaires

Peut inclure, selon les contrats, des garanties pour la maternité et les soins dentaires.

Le choix d’un contrat passe par l’analyse de plusieurs paramètres : budget, franchises, plafonds, exclusions (notamment sur les maladies préexistantes), réseau de soins, possibilité de tiers payant dans les hôpitaux étrangers, et, surtout, niveau de couverture des évacuations depuis une zone aussi isolée que le Groenland.

Les courts séjours, eux, sont à couvrir par une assurance voyage incluant clairement l’évacuation médicale et le rapatriement, mais aussi les frais imprévus liés à des retards de transport, fréquents en raison des conditions météorologiques.

Conseils pratiques pour bien gérer sa santé en tant qu’expatrié au Groenland

Vivre au Groenland n’est pas incompatible avec une bonne qualité de soins, mais cela exige une préparation minutieuse. Quelques axes pratiques s’imposent pour tout projet d’expatriation.

Anticiper ses besoins médicaux est le premier réflexe : bilan de santé complet avant le départ, mise à jour des vaccinations recommandées pour l’Arctique (hépatite A et B, grippe, pneumocoque, rappel diphtérie-tétanos-coqueluche, éventuellement rage selon l’exposition à la faune), planification des traitements dentaires et des interventions non urgentes dans le pays d’origine.

Astuce :

Constituez un dossier médical portable regroupant tous vos documents importants (comptes rendus, images, bilans, schémas thérapeutiques). Ces documents doivent être rédigés ou traduits en anglais ou en danois et conservés dans un format numérique sécurisé pour un accès rapide en cas de besoin.

Sur le plan du quotidien, il est utile d’identifier rapidement le centre de santé, l’hôpital régional ou national de référence, les contacts d’urgence, ainsi que les procédures d’accès aux soins dans sa région de résidence. À Nuuk, l’accès à des professionnels anglophones est plus probable ; dans les autres villes, l’aide d’un collègue danophone ou groenlandophone peut être précieuse pour naviguer dans le système.

Attention :

La vie en Arctique présente des défis psychologiques majeurs : nuit polaire, froid intense, isolement et éloignement des proches. Il est essentiel de prévoir des espaces de soutien, comme la thérapie en ligne, les groupes d’expatriés et des activités physiques adaptées au climat, pour se protéger, au même titre qu’une bonne couverture d’assurance.

En résumé, les soins de santé pour les expatriés au Groenland reposent sur un système public globalement solide mais contraint par la géographie, la météo et les ressources humaines. Pour en tirer le meilleur parti, il faut accepter que l’accès aux soins ne ressemblera pas à celui d’une grande métropole européenne, et compenser ces limites par une préparation rigoureuse, une assurance robuste et une forte autonomie dans la gestion de sa santé.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier de plus d’un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale en s’installant au Groenland pour optimiser sa charge imposable, diversifier ses investissements et rester connecté à la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, logistique de délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Groenland, Islande, Norvège, Canada), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland pour sa fiscalité globalement modérée, la faible pression patrimoniale, le coût de la vie inférieur à de nombreuses capitales européennes et un environnement politique stable. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence via installation durable, coordination avec les systèmes de sécurité sociale danois et français, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local (avocat, expert comptable, intermédiaires bilingues) et intégration patrimoniale. Cet accompagnement permet de capter les économies fiscales et opportunités d’investissement international, tout en maîtrisant les risques (contrôles fiscaux français, double imposition, adaptation à un environnement arctique).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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