Tisser son réseau professionnel au Groenland quand on est expatrié

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’implanter au Groenland ne ressemble à aucune autre expérience d’expatriation. Île la plus vaste du monde, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark, pays de l’Inuit et des fjords glacés, le Groenland fonctionne à la fois comme une grande famille et comme une petite économie ouverte sur le monde. Pour un expatrié, développer un réseau professionnel solide sur place est à la fois indispensable… et très particulier.

Bon à savoir :

Pour réussir, il est essentiel de comprendre le rythme de vie communautaire, marqué par les aléas climatiques et les transports, ainsi que l’importance des rassemblements sociaux comme le *kaffemik*. Il faut adapter ses codes de communication, utiliser judicieusement les outils numériques globaux (ex: LinkedIn) et prioriser les connexions avec les acteurs locaux.

Cet article propose une feuille de route concrète pour développer son réseau professionnel au Groenland en tant qu’expatrié, avec un focus particulier sur Nuuk, cœur administratif, économique, culturel et politique du pays.

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Comprendre le terrain de jeu : une petite société, de grands enjeux

Le Groenland compte environ 56 699 habitants, dont plus d’un tiers vit à Nuuk. La capitale reste l’une des plus petites du monde en population, mais concentre le Parlement (Inatsisartut), les ministères, les grandes entreprises publiques, l’unique université, les principaux hôpitaux et la majorité des emplois du secteur public.

Le tissu social et professionnel est marqué par une double influence : les traditions inuit et l’héritage danois. Cela crée un environnement de travail où la proximité, la communauté et la confiance pèsent aussi lourd que les titres sur une carte de visite.

Attention :

L’économie du pays repose sur un vaste secteur public et des piliers clés comme la pêche, la logistique maritime, l’énergie hydraulique et un tourisme fragile. Dans ce contexte, chaque relation professionnelle est importante et la réputation se propage rapidement à travers le territoire.

Une économie petite, mais sophistiquée

L’économie groenlandaise est qualifiée de petite, mixte et vulnérable. Elle s’appuie sur un large secteur public et un commerce extérieur très concentré : entre 90 et 95 % des exportations de biens proviennent des produits de la pêche, en particulier la crevette d’eau froide et le flétan du Groenland. Le gouvernement danois finance environ la moitié des recettes du gouvernement autonome.

Astuce :

Malgré un PIB par habitant proche de la moyenne européenne, le Groenland présente un revenu disponible inférieur à celui d’autres régions arctiques comme l’Alaska. Pour un expatrié, cela se traduit par un marché du travail où les ressources humaines qualifiées sont rares, les projets s’étalent sur des années plutôt que des mois, et où l’on attend des partenaires un engagement à long terme.

Un marché du travail restreint… et très relationnel

En 2019, la main-d’œuvre moyenne comptait un peu plus de 27 000 personnes, dont environ 25 700 en emploi et 1 387 au chômage, soit un taux comparable aux autres pays nordiques. Près de 12 % de la population active est née à l’étranger, une proportion significative dans un pays aussi peu peuplé.

Le secteur public et para-public domine très largement : plus de 40 % des emplois se situent dans l’administration, l’éducation, la santé, les services techniques et les entreprises publiques. Le reste se répartit entre la pêche, le commerce, le transport, la logistique, l’énergie, la construction et un tissu de PME locales.

Dans un tel écosystème, les postes ne s’affichent pas toujours sur les jobboards internationaux. Ils se débloquent souvent grâce à une combinaison de présence locale, de recommandations, d’initiatives ciblées… et de patience.

Codes culturels : la confiance avant le business

Pour construire un réseau au Groenland, il faut d’abord comprendre comment on y communique et comment on y négocie. Le pays combine une certaine franchise nordique avec une forte priorité donnée à l’harmonie du groupe et à l’absence de conflit ouvert.

La société est marquée par un sens aigu de la communauté et une valorisation du « nous » plutôt que du « je ». Les succès se célèbrent collectivement, les émotions se partagent avec retenue et surtout en cercle intime, et l’on apprécie les personnes qui se montrent fiables, stables et respectueuses.

Un style de communication où le non-dit compte autant que les mots

Les Groenlandais pratiquent une communication qui alterne clarté et prudence. La franchise est appréciée, mais toujours formulée sans agressivité. Lorsqu’un sujet devient délicat, il n’est pas rare qu’on préfère le détour, le silence, ou une formule atténuée, plutôt que la confrontation frontale.

Exemple :

À Nuuk, la communication repose fortement sur des signaux non verbaux, comme un haussement de sourcils pour signifier « oui » ou un froncement du nez pour exprimer un « non » ou un désaccord. Le rythme de la conversation y est particulier : on y parle plutôt doucement, les pauses peuvent être longues, et monopoliser la parole comme dans certaines cultures méditerranéennes ou anglo-saxonnes serait considéré comme impoli.

Pour un expatrié, cela implique de ralentir, d’observer davantage, d’accepter les silences comme des moments de réflexion plutôt que comme un malaise, et de bannir l’argot ou les idiomes trop culturels en anglais ou en danois. Parler clairement, simplement, et vérifier la compréhension sans insister est une bonne pratique.

Le temps long de la négociation

Les discussions d’affaires au Groenland mettent la relation au même niveau que les clauses du contrat. L’établissement de la confiance passe par plusieurs rencontres, des échanges informels, des visites sur place, voire des repas partagés ou une participation à un événement communautaire.

Bon à savoir :

Dans les organisations publiques ou semi-publiques, les décisions sont généralement prises par consultation et recherche de consensus. Une réponse comme « nous allons réfléchir » ne doit pas être interprétée comme un refus, mais il est également risqué d’exiger une réponse immédiate. Les tactiques agressives ou la pression permanente sont considérées comme contre-productives.

Les qualités attendues d’un partenaire étranger sont la transparence, l’honnêteté, la fiabilité dans l’exécution et une réelle attention portée aux retombées locales : emploi, formation, environnement, respect des modes de vie traditionnels.

Nuuk, porte d’entrée du réseau professionnel groenlandais

Pour la plupart des expatriés, Nuuk représente le point de chute naturel. La capitale concentre le Parlement, les ministères, les sièges des grandes entreprises publiques (énergie, télécoms, logistique, pêche), la banque principale, de nombreuses PME de services, les associations professionnelles et les acteurs culturels. Elle attire également la moitié des immigrés du pays.

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Les Philippins sont la deuxième nationalité la plus représentée à Nuuk, après les Danois.

Cette diversité crée un environnement où l’expatrié peut s’intégrer plus facilement qu’ailleurs, mais où les réseaux restent moins formalisés que dans les grandes métropoles.

Un écosystème à connaître pour bien réseauter

Nuuk abrite les principales institutions où un expatrié peut tisser des liens :

Lieux de rencontre et de culture à Nuuk

Principaux espaces culturels et informels de la capitale groenlandaise, favorisant les échanges professionnels, académiques et sociaux.

Katuaq – Centre culturel

Accueille concerts, expositions, projections et conférences. Lieu de rencontre privilégié entre les mondes culturel, économique et politique.

Musées nationaux et d’art

Servent régulièrement de lieux de réception et de networking lors d’événements, notamment le Musée national et le musée d’art de Nuuk.

Cafés et brasseries

Points de rendez-vous informels pour habitants, étudiants et professionnels. Exemples : Kaffivik, Pascucci, Café Esmeralda, Godthaab Bryghus.

Université et écoles techniques

Ilisimatusarfik et les écoles techniques rassemblent jeunes talents, chercheurs et experts internationaux. Lieu idéal pour identifier des interlocuteurs et projets.

La ville accueille également de grands événements comme le Nuuk Nordisk Kulturfestival ou le Nuuk Snow Festival. Même si ces manifestations sont culturelles, elles attirent de nombreux décideurs, entrepreneurs et représentants institutionnels, et offrent donc des opportunités de rencontres moins formelles mais précieuses.

S’appuyer sur les acteurs-clés : associations, clusters, incubateurs

Dans un pays aussi peu peuplé, les grandes organisations professionnelles jouent un rôle disproportionné dans la structuration des relations d’affaires. Pour un expatrié, il est stratégique de s’y connecter rapidement.

La Greenland Business Association : le hub patronal

La Greenland Business Association (GBA) est l’organisation patronale dominante du pays. Avec environ 350 entreprises membres employant près de 7 000 personnes, elle représente environ 80 % du chiffre d’affaires du secteur privé groenlandais. Elle couvre tous les secteurs : pêche, énergie, distribution, tourisme, construction, services, etc.

La GBA ne se contente pas de défendre les intérêts de ses membres auprès du gouvernement et des autorités. Elle agit aussi comme centre de ressources, offrant :

Conseil juridique et financier,

Statistiques sectorielles,

Information sur les réglementations,

Formations, conférences, voyages d’étude,

Mise en relation et structuration de réseaux sectoriels.

Pour un expatrié entrepreneur ou cadre dirigeant, adhérer à la GBA ou entretenir une relation de travail étroite avec son secrétariat est un raccourci pour accéder à un large réseau de dirigeants locaux, comprendre les priorités politiques et saisir les projets à venir.

Bon à savoir :

La GBA (Greenland Business Association) est un acteur influent auprès du gouvernement groenlandais, siégeant dans une vingtaine de comités et conseils. Elle est régulièrement consultée lors de l’élaboration des lois. Pour un expatrié travaillant dans des secteurs régulés (mines, pêche, énergie, tourisme), aligner ses positions et informations sur celles de la GBA facilite l’obtention de crédibilité.

CSR Greenland : le réseau de la durabilité

Le Groenland place de plus en plus la durabilité au cœur de son développement. CSR Greenland, fondée en 2010, est devenue un pivot de ce mouvement. L’organisation réunit plus de 60 membres, principalement des entreprises, mais aussi des acteurs non marchands, autour des thèmes suivants : environnement et climat, santé et bien-être, éducation et compétences, inclusion et diversité, enjeux sociaux (en particulier jeunesse), lutte contre la corruption et transparence.

CSR Greenland est le point de contact groenlandais du réseau nordique du Pacte mondial des Nations unies. Parmi les signataires groenlandais de ce pacte figurent la Bank of Greenland, Air Greenland, TUSASS (anciennement TELE Greenland), Nukissiorfiit (l’entreprise publique d’énergie), Brugseni (coopératives de distribution), la compagnie de pêche Royal Greenland, etc. Autrement dit, le cœur des grands employeurs du pays.

L’organisation organise des séminaires, des programmes d’accélération autour des ODD, des projets éducatifs, des campagnes environnementales (comme la journée de nettoyage « Saligaatsoq », maintenant étendue à tout le pays). Elle travaille main dans la main avec la GBA, les municipalités et le gouvernement.

Bon à savoir :

Pour les expatriés spécialisés en RSE, climat, développement durable, éducation, santé ou inclusion, participer aux activités de CSR Greenland permet de rencontrer des dirigeants, responsables RSE, hauts fonctionnaires et ONG locales, dans un cadre socialement valorisé.

Clusters, incubateurs et programmes de soutien

Plusieurs initiatives ciblent directement l’entrepreneuriat et le développement économique. Le U.S.-Greenland Enterprise Driven Growth Initiative (EDGI), par exemple, a mis en place un incubateur inclusif, l’Inclusive Business Incubator (IBI), géré par un partenaire local, INUVA. Ce programme soutient des entrepreneurs dans certaines municipalités en leur offrant mentorat, ressources et accompagnement.

On y retrouve des exemples d’entreprises du tourisme ou du marketing digital, ce qui illustre le type d’activités qui émergent aujourd’hui et la place potentielle pour des expatriés pouvant apporter expertise, réseau international et savoir-faire technique. Pour un professionnel étranger, contribuer à ces programmes comme mentor, formateur ou partenaire peut être un levier fort de légitimité et de réseau.

Dans les secteurs à forte dimension technique ou industrielle (énergie verte, mines responsables), des acteurs comme NunaGreen jouent le rôle d’intermédiaires locaux, en apportant une expertise arctique et une capacité à structurer des partenariats publics-privés. Se rapprocher de tels organismes permet de mieux comprendre les attentes locales et de connecter avec les bons interlocuteurs dans les communautés et les administrations.

Tableau – Quelques acteurs structurants pour réseauter au Groenland

Acteur / OrganisationRôle principalIntérêt pour un expatrié
Greenland Business Association (GBA)Organisation patronale nationaleAccès aux dirigeants, info réglementaire, événements
CSR GreenlandRéseau RSE et développement durableConnexion avec grandes entreprises et projets ODD
NunaGreenProjet public centré sur l’énergie vertePartenaire local pour projets énergétiques
Inclusive Business Incubator (IBI)Incubateur d’entrepreneurs locauxOpportunités de mentorat, co-création, collaborations
Visit GreenlandAgence publique de promotion du tourismeContact avec opérateurs touristiques et salons B2B
Nuuk Maritime NetworkRéseau des acteurs maritimes de NuukConnexions dans la logistique, la mer, les services portuaires

Utiliser LinkedIn intelligemment dans un contexte très local

Même dans une société où le bouche-à-oreille reste central, LinkedIn est devenu un outil difficile à ignorer. Avec plus de 900 millions de membres dans le monde et une utilisation massive par les recruteurs (environ 75 % y cherchent des candidats), la plateforme est un formidable amplificateur pour un expatrié qui veut se rendre visible, avant même d’arriver au Groenland puis une fois sur place.

Soigner son profil pour l’écosystème groenlandais

Les données montrent que les utilisateurs qui tiennent leur profil à jour et interagissent régulièrement gagnent environ 30 % de visibilité en plus. Pour un expatrié visant le Groenland, l’idée n’est pas de « tout faire », mais de parler le langage de l’écosystème local.

Concrètement, il est utile de :

Astuce :

Pour se démarquer dans le contexte économique et professionnel du Groenland, il est essentiel d’intégrer des mots-clés spécifiques en anglais et en danois dans son titre et son résumé, tels que ‘énergie arctique’ (arktisk energi), ‘pêche’ (fiskeri), ‘logistique nordique’ (nordisk logistik), ‘hydropower’ (vandkraft), ‘Arctic tourism’ (arktisk turisme) ou ‘remote infrastructure’ (fjerninfrastruktur). Il faut également mentionner explicitement un intérêt pour le Groenland, Nuuk ou l’Arctique, et idéalement, faire référence à des lectures, formations ou projets déjà réalisés en lien avec la région. Enfin, il est important de mettre en avant ses expériences de travail dans des environnements isolés ou multiculturels, ainsi que dans des secteurs correspondant aux quatre piliers de l’économie locale : la pêche, l’élevage/la chasse, les ressources minérales, et le tourisme/les industries terrestres.

Un profil avec photo professionnelle, résumé narratif clair, compétences attestées et recommandations ciblées renforce d’autant plus la crédibilité, surtout dans un pays où la confiance se construit lentement.

Prospecter et entretenir les liens via LinkedIn

La plateforme permet d’envoyer entre 80 et 100 invitations par semaine. Il ne s’agit pas de saturer les professionnels groenlandais d’invitations, mais de cibler finement :

Acteurs Clés du Groenland

Principaux décideurs, institutions et professionnels influents dans le développement économique et social du Groenland.

Entreprises et Sociétés d’État

Dirigeants et cadres des principales entreprises comme la GBA, CSR Greenland, Royal Greenland, KNI, Royal Arctic Line, Nukissiorfiit et TUSASS.

Autorités Municipales

Responsables municipaux ou de projets dans les principales villes : Nuuk, Sisimiut, Ilulissat et Qaqortoq.

Monde Académique

Chercheurs et enseignants de l’Université du Groenland, publiant sur le climat, la société ou l’économie arctiques.

Secteurs Économiques Stratégiques

Acteurs du tourisme, de l’énergie, des mines ou des infrastructures présents dans l’actualité locale et internationale.

Les statistiques d’outreach montrent que les invitations personnalisées, qui mentionnent un travail précis (« J’ai lu votre intervention lors de la conférence Future Greenland » ou « Je suis vos projets sur l’hydroélectricité ») obtiennent des taux d’acceptation et de réponse nettement supérieurs aux messages génériques.

Une fois la connexion acceptée, la relation se construit sur la durée, en ligne avec les habitudes groenlandaises : interactions régulières, partage d’articles pertinents, félicitations pour une promotion, proposition de conversation informelle en visio avant un éventuel déplacement sur place.

Tableau – Bonnes pratiques LinkedIn adaptées au Groenland

ObjectifAction concrètePourquoi c’est adapté au Groenland
Gagner en visibilité localeUtiliser des mots-clés liés à l’Arctique et aux secteurs clésAlignement avec l’économie réelle et les acteurs dominants
Construire la confiancePublier des contenus de fond, pas uniquement promotionnelsLa fiabilité et la compétence priment sur le marketing
Approcher des décideursInvitations personnalisées en référence à leurs projetsLe respect et l’intérêt sincère facilitent l’ouverture
Entretenir les relationsInteractions espacées mais régulièresCorrespond au temps long des relations locales

Le terrain : événements, conférences et vie communautaire

Une fois sur place, ou même en amont, certains événements constituent de véritables accélérateurs de réseau.

Grandes conférences économiques

Plusieurs rendez-vous business structurent les échanges entre le Groenland et le reste du monde. Dans les années à venir, des conférences comme Future Greenland, organisées par la GBA, réunissent plusieurs centaines de décideurs locaux et internationaux autour de thématiques comme le développement durable, l’économie arctique ou l’investissement.

Bon à savoir :

Des événements B2B, comme des salons régionaux dédiés au tourisme nord-atlantique, permettent de rencontrer en un même lieu les principaux opérateurs touristiques d’Islande, des Îles Féroé et du Groenland. Bien que ces rencontres ne soient pas organisées chaque année au Groenland, elles constituent une excellente opportunité pour établir des contacts avec les acteurs clés de la chaîne touristique groenlandaise.

Le pays accueille également de nombreuses conférences spécialisées (énergie, climat, sciences, gestion, santé, IA, etc.) qui font venir chercheurs, ingénieurs, dirigeants et étudiants. Y participer comme intervenant, exposant ou simple auditeur permet d’augmenter fortement sa légitimité.

Vie sociale et tradition du kaffemik

Au-delà des conférences, la vie sociale locale joue un rôle déterminant dans la construction du réseau. La tradition du kaffemik – ces grandes réunions familiales ou communautaires où l’on invite largement autour de café, gâteaux et plats traditionnels – illustre l’importance de l’hospitalité et du collectif. Être convié à un kaffemik est un signe de confiance ; s’y présenter avec un petit cadeau évoquant sa culture ou son entreprise peut renforcer le lien.

Dans les rues de Nuuk, il est courant de saluer d’un simple « Aluu », parfois accompagné d’un léger sourire et d’un haussement de sourcils. Cette politesse discrète participe au tissage du lien social. Sur les réseaux sociaux, Facebook reste un outil central pour annoncer événements, soirées, compétitions sportives ou réunions associatives, en particulier à Nuuk.

Pour un expatrié, suivre et rejoindre ces groupes locaux est un bon moyen de ne pas rester cantonné à une bulle internationale et de rencontrer collègues, clients ou partenaires dans un cadre plus détendu.

Naviguer entre langues et barrières culturelles

La langue officielle du Groenland est le kalaallisut (dialecte ouest), mais le danois est omniprésent dans l’administration, l’éducation supérieure et de nombreuses entreprises. L’anglais est largement compris dans les grandes villes, surtout chez les jeunes générations, mais il ne faut pas en partir comme d’un acquis.

Les défis liés aux barrières linguistiques dans les environnements de travail multiculturels sont bien documentés : malentendus, baisse de productivité, risques de sécurité. Des études évoquent jusqu’à un quart des accidents du travail attribuables à des problèmes de langue. Dans un contexte arctique, où la logistique et la sécurité sont critiques, ces enjeux prennent une dimension supplémentaire.

Astuce :

Pour un expatrié, quelques stratégies simples facilitent l’intégration : apprendre la langue locale, participer à des activités communautaires, s’ouvrir aux coutumes et traditions, et se constituer un réseau de contacts sur place.

Investir dans l’apprentissage de base du danois et de quelques expressions en groenlandais, ne serait-ce que pour saluer et remercier.

– Parler un anglais simple, sans idiomes, et vérifier régulièrement que le message est compris.

– Utiliser davantage les supports visuels (schémas, plans, photos) pour expliquer un processus ou un projet.

– Observer la communication non verbale, poser des questions ouvertes (« Qu’en pensez-vous ? », « Est-ce réaliste pour votre équipe ? ») plutôt que supposer.

Les employeurs locaux qui souhaitent tirer parti de talents étrangers ont aussi intérêt à proposer des formations linguistiques, à simplifier les documents de sécurité et à offrir des canaux de feed-back accessibles à tous, y compris aux salariés peu à l’aise à l’écrit.

S’intégrer dans les secteurs porteurs : où réseauter selon son domaine

Le Groenland étant très spécialisé, les stratégies de réseautage gagnent à être adaptées à chaque secteur.

Pêche et transformation de produits de la mer

La pêche est le pilier historique de l’économie : environ 4 400 personnes y travaillent, soit 16 % de l’emploi total, et elle génère près d’un cinquième de la valeur ajoutée. Les grandes entreprises comme Royal Greenland ou Polar Seafood animent la filière, aux côtés de milliers de petits pêcheurs indépendants.

Pour un expatrié dans ce domaine, le réseau passera par :

Les directions de ces grands groupes, leurs départements R&D, durabilité, qualité ou supply chain.

Les associations professionnelles sectorielles pilotées ou coordonnées par la GBA.

– Les communautés de pêcheurs dans les villes-clés comme Nuuk, Sisimiut, Maniitsoq, Aasiaat ou Ilulissat, souvent via des rencontres organisées par les municipalités ou lors de salons halieutiques.

Proposer des compétences en traçabilité, certification, transformation à plus forte valeur ajoutée, ou en logistique froide adaptée à l’export peut être apprécié, à condition de respecter les savoir-faire locaux et les contraintes environnementales.

Tourisme et expériences arctiques

Le tourisme a connu une croissance rapide avant la pandémie, avec quelque 105 000 visiteurs annuels (dont environ 87 000 arrivant par avion, moitié tourisme moitié affaires, et environ 46 000 croisiéristes). Il reste toutefois limité par les coûts, la saison courte et l’accessibilité.

Bon à savoir :

Les principaux pôles touristiques sont Ilulissat, réputé pour ses icebergs et son fjord classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ainsi que le district d’Ammassalik à l’est du pays. Les villes de Nuuk et Sisimiut élargissent également l’offre avec des activités plus diversifiées, alliant culture, nature et sports.

Pour réseauter dans ce secteur, un expatrié gagnera à :

Entrer en contact avec Visit Greenland, qui coordonne la promotion, accompagne les opérateurs et participe à de nombreux salons internationaux.

– Rejoindre, sur LinkedIn ou physiquement, les réseaux d’opérateurs comme Qummut Tours ou d’autres agences locales spécialisées en nature, culture ou aventure.

– Participer aux principaux salons B2B du nord de l’Atlantique, où l’offre groenlandaise est présentée.

Les compétences recherchées vont du marketing digital ciblé aux produits touristiques quatre saisons, en passant par la gestion de flux croisiéristes ou le développement de séjours à faible empreinte environnementale.

Énergie, mines et infrastructures

Le Groenland dispose d’un potentiel minéral important (terres rares, zinc, fer, anorthosite, etc.), mais son développement reste freiné par les coûts, l’isolement et une forte sensibilité environnementale. Quelques projets miniers fonctionnent ou sont en exploration, avec une présence significative d’investisseurs étrangers, tandis que certaines initiatives, notamment liées à l’uranium, suscitent de fortes oppositions.

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C’est le pourcentage d’électricité du pays produit par l’hydroélectricité, faisant de lui un champion mondial des énergies renouvelables.

Pour un expatrié dans l’ingénierie, l’énergie ou les infrastructures, les axes de réseautage incluent :

Les équipes techniques et de direction de Nukissiorfiit et des entreprises de construction spécialisées.

Les autorités de régulation des ressources minières et énergétiques.

– Les clusters comme NunaGreen.

– Les événements scientifiques et techniques organisés localement ou dans les pays partenaires (Danemark, Islande, Canada).

Là encore, la crédibilité se gagne par une écoute attentive des préoccupations locales (impact sur la chasse, les écosystèmes, l’identité culturelle) et par une proposition de valeur alignée avec l’objectif national de durabilité.

Tableau – Où réseauter selon son secteur au Groenland

SecteurLieux & acteurs à ciblerFormes de réseautage possibles
Pêche & transformationRoyal Greenland, Polar Seafood, GBA, ports, municipalitésVisites de sites, salons, groupes LinkedIn sectoriels
TourismeVisit Greenland, opérateurs locaux, salons nordiquesWorkshops B2B, voyages d’étude, co-création de produits
Énergie & infrastructuresNukissiorfiit, NunaGreen, autorités, bureaux d’ingénierieConférences, comités de projet, missions techniques
Administration & servicesMinistères, municipalités, grandes entreprises publiquesRéunions officielles, séminaires, groupes de travail
Recherche & éducationUniversité du Groenland, centres de recherche, partenariats internationauxColloques, échanges académiques, programmes conjoints

Construire la confiance : de la compétence à la bienveillance

Les études sur la confiance dans les relations professionnelles mettent en avant trois piliers : la compétence (savoir-faire), l’intégrité (cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait) et la bienveillance (prendre réellement en compte l’intérêt de l’autre). Ces dimensions sont particulièrement visibles dans un pays de petite taille où tout le monde, ou presque, finit par se croiser.

Pour un expatrié, cette réalité se traduit par quelques exigences concrètes :

Attention :

Pour établir une relation de confiance dans le contexte groenlandais, il est crucial d’éviter les promesses démesurées et de privilégier la fiabilité. Privilégiez les rencontres en face-à-face lors de vos déplacements à Nuuk ou dans d’autres villes-clés. Mettez en avant des références et témoignages pertinents, notamment dans des environnements similaires (climat difficile, région isolée). Enfin, montrez un intérêt concret pour la communauté locale en participant à des actions bénévoles ou des projets soutenus par CSR Greenland.

Stratégie personnelle : du virtuel au terrain, et retour

Développer un réseau au Groenland, surtout en arrivant de l’extérieur, implique de combiner trois niveaux : le réseau global (LinkedIn, conférences internationales), le réseau institutionnel (GBA, CSR Greenland, ministères, université) et le réseau communautaire (ville, associations, clubs, voisins).

Une stratégie réaliste peut ressembler à un parcours en plusieurs étapes.

Avant le départ : préparation en ligne et premiers contacts

Dans cette phase, l’expatrié ajuste son profil LinkedIn, se familiarise avec l’économie et la culture groenlandaises, identifie les acteurs-clés de son secteur et envoie des demandes de connexion ciblées. Il peut aussi :

Ressources en ligne pour s’informer sur le Groenland

Stratégies pour suivre l’actualité, les événements et les communautés liés au Groenland depuis l’étranger.

Suivre les organisations officielles

Suivez les comptes LinkedIn et Facebook de la GBA, de CSR Greenland, de Visit Greenland et des grandes entreprises publiques groenlandaises.

Participer à des événements virtuels

Participez virtuellement à des webinaires, conférences en ligne ou événements audio sur l’Arctique, le climat, les ressources naturelles ou le tourisme.

Intégrer des communautés d’expérience

Rejoignez les rares communautés en ligne d’expatriés ou de professionnels ayant une expérience au Groenland pour recueillir des conseils pratiques.

L’objectif est de ne pas arriver complètement inconnu, mais déjà repéré par quelques personnes qui auront vu son nom ou son visage.

À l’arrivée : immersion locale et présence dans les événements

Une fois installé, même temporairement, il devient essentiel de sortir de son logement et de son écran :

– Fréquenter régulièrement les lieux de vie (cafés, Katuaq, événements sportifs, expositions) en adoptant cette politesse discrète qui caractérise Nuuk.

– S’informer via les médias locaux (Sermitsiaq.AG, KNR) pour savoir où et quand se déroulent manifestations, débats publics, festivals.

– Proposer des rencontres en personne aux contacts LinkedIn déjà établis, sous la forme d’un café ou d’un déjeuner de travail, en respectant la disponibilité souvent chargée des interlocuteurs.

L’idée est de progresser progressivement, sans forcer, en laissant le temps jouer en faveur de la confiance.

Dans la durée : entretenir, contribuer, ancrer

À mesure que les relations se tissent, l’enjeu se déplace vers la consolidation. Il ne suffit pas d’avoir accumulé les cartes de visite lors d’une conférence ou les connexions LinkedIn ; il faut nourrir le lien.

Cela peut passer par :

Un partage régulier d’informations utiles pour ses interlocuteurs (opportunités de financement, études sectorielles, solutions techniques).

Une participation constante, même modeste, aux initiatives collectives (projets RSE, événements communautaires, programmes éducatifs).

– Une capacité à mettre en relation des Groenlandais entre eux ou avec des partenaires internationaux, ce qui montre que l’expatrié ne se contente pas de « prendre » du réseau, mais en crée.

Dans la mesure où les missions d’expatriation échouent fréquemment (certaines études évoquent des taux d’échec avoisinant 40 %, avec retour anticipé ou objectifs non atteints), cette approche patiente et structurée du réseau contribue à sécuriser l’expérience, tant pour l’individu que pour son employeur.

Conclusion : un réseau au rythme du territoire

Développer son réseau professionnel au Groenland, et particulièrement à Nuuk, demande d’accepter plusieurs réalités : la lenteur parfois frustrante des processus, l’importance des relations personnelles, le poids de l’histoire entre le Groenland et le Danemark, la vigilance vis-à-vis des enjeux environnementaux, et une sensibilité forte à la durabilité et à la communauté.

Ce n’est pas un environnement où l’on enchaîne les « cocktails networking » chaque soir, mais plutôt un pays où l’on construit progressivement une réputation de sérieux, de respect et d’engagement, où un kaffemik, une partie de football sur un terrain synthétique ou une journée de nettoyage des fjords peuvent valoir autant qu’un grand salon professionnel.

Conseil pour l’intégration professionnelle au Danemark

En combinant usage intelligent des outils globaux comme LinkedIn, ancrage dans les grands réseaux économiques et sociétaux (Greenland Business Association, CSR Greenland, université, clusters sectoriels) et immersion sincère dans la vie quotidienne des villes et communautés, l’expatrié peut non seulement bâtir un réseau solide, mais surtout s’inscrire comme un partenaire de confiance dans un territoire qui, malgré sa petite taille, joue un rôle grandissant dans les enjeux arctiques et mondiaux.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Groenland, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland, territoire autonome associé au Danemark, pour bénéficier d’une pression fiscale globalement plus modérée, d’un coût de vie inférieur à certaines capitales nordiques et d’un cadre de vie stable, rattaché à un État de droit européen. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du droit de résidence via les procédures dano-groenlandaises, coordination couverture santé (France / régime danois), transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, fiscaliste, intermédiaires bilingues) et intégration patrimoniale. Ce dispositif vise à capter les gains fiscaux potentiels tout en limitant les risques de double imposition et de contrôle fiscal français.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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