Le marché du travail au Groenland : un petit pays, de grandes opportunités pour les expatriés

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le Groenland attire de plus en plus l’attention des professionnels en quête d’expérience hors norme. Avec seulement environ 56 000 habitants répartis sur la plus grande île du monde, un climat arctique rude et une économie très spécialisée, le pays ne ressemble à aucun autre marché de l’emploi. Pourtant, derrière l’isolement géographique, les hivers interminables et le coût de la vie élevé, se cachent de vraies opportunités pour les expatriés prêts à s’engager sur le long terme.

Bon à savoir :

Cet article détaille les secteurs qui recrutent, les conditions de vie, les démarches pour les permis de travail, les niveaux de salaire, la culture professionnelle locale et les principaux pièges à éviter pour les travailleurs.

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Un marché de l’emploi minuscule… mais en tension

Le Groenland compte à peine 29 000 actifs pour l’ensemble du territoire. Dans un pays où la densité de population tourne autour de 0,03 habitant au km², la main-d’œuvre qualifiée est structurellement rare. De nombreux secteurs n’arrivent tout simplement pas à pourvoir leurs postes avec des résidents locaux, d’où un recours croissant à des travailleurs étrangers.

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Le PIB du Groenland s’élève à environ 1,3 milliard de dollars, une économie modeste.

L’effet combiné d’un petit vivier local, de l’isolement géographique, d’une rotation élevée dans certains métiers difficiles (santé, chantiers, usines de poisson) et de projets d’infrastructure ambitieux crée une situation paradoxale : un marché très étroit, mais où les compétences adéquates peuvent s’installer rapidement, avec parfois une progression de carrière plus rapide que dans des économies saturées.

Secteurs qui recrutent : où se trouvent les vraies opportunités ?

Les possibilités d’emploi pour les expatriés sont concentrées dans quelques domaines clés. La plupart ne correspondent pas à un “lifestyle digital nomad”, mais à de vrais postes opérationnels, souvent exigeants, parfois en régions très isolées.

Santé : le besoin numéro un

Le système de santé groenlandais souffre d’un manque chronique de personnel qualifié. Les autorités ont même mis en place une procédure accélérée spécifique pour les professionnels de santé étrangers employés sous convention collective locale.

Les profils particulièrement recherchés sont les médecins généralistes et spécialistes, les infirmier·e·s, les sages-femmes, les aides-soignant·e·s et autres personnels de soins. La demande est forte aussi bien dans la capitale Nuuk que dans les petites villes et villages, où l’isolement rend les postes difficiles à pourvoir à long terme.

Le besoin est tel qu’une réforme récente des règles de résidence prévoit que le temps passé dans un emploi de santé couvert par une convention collective n’interrompt plus le calcul des sept années requises pour obtenir la résidence permanente, même en cas de changement de secteur antérieur. Un signal clair envoyé aux professionnels médicaux étrangers : ils sont considérés comme stratégiques.

Construction et métiers techniques : chantiers à répétition

Entre le nouvel aéroport international de Nuuk, des projets hydroélectriques, la modernisation des ports, la construction de logements et diverses infrastructures, la construction est un autre gros pourvoyeur d’emplois.

Exemple :

Dans le secteur du BTP, les métiers les plus recherchés sont les électriciens, plombiers, charpentiers, maçons, soudeurs, opérateurs d’engins, techniciens de maintenance, ainsi que les chefs de chantier, conducteurs de travaux et ingénieurs civils. En raison de leur nature souvent saisonnière ou liée à un projet spécifique, ces chantiers débouchent fréquemment sur des contrats à durée déterminée ou des missions d’intérim bien encadrées.

Des agences spécialisées, comme Work in Greenland ApS (rattachée à une société danoise de recrutement technique), se sont positionnées spécifiquement sur ces profils. Elles proposent des placements directs ou du staffing de projet, avec parfois vol depuis Copenhague, logement en chambre individuelle et équipements de travail fournis.

Éducation et petite enfance : un besoin diffus

Dans un pays où une partie de la population quitte encore les petites communautés pour rejoindre les grandes villes, les écoles et structures d’accueil pour enfants cherchent régulièrement des enseignants, éducateurs spécialisés et personnels de crèche.

Attention :

Les postes d’enseignants du primaire, spécialisés ou d’assistants de garde d’enfants, bien que fréquents notamment dans les petites villes, exigent très souvent la maîtrise du danois ou du groenlandais, limitant ainsi les opportunités pour les expatriés anglophones.

Pêche et transformation des produits de la mer : l’industrie historique

La pêche représente près de la moitié du produit national brut. Les usines de transformation, opérées par des groupes comme Royal Greenland, manquent régulièrement de main-d’œuvre. Les emplois proposés vont de l’ouvrier de production à la qualité, en passant par les techniciens de maintenance et responsables logistiques.

Une partie de cette main-d’œuvre est recrutée à l’étranger, notamment en Asie. Dans certaines usines, des centaines de travailleurs chinois ou philippins bénéficient des mêmes conventions collectives que les salariés locaux. Le différentiel de salaire par rapport au pays d’origine peut être considérable, ce qui rend ces contrats attractifs malgré la dureté du travail et l’isolement.

Tourisme et hôtellerie : saisonnalité forte

Avec des sites emblématiques comme le fjord glacé d’Ilulissat (classé à l’UNESCO), les fjords de Nuuk, la baie de Disko ou les aurores boréales, le Groenland mise de plus en plus sur un tourisme haut de gamme, à taille humaine. Ce secteur génère une demande ponctuelle mais récurrente pour des guides, réceptionnistes, personnel de restaurant et d’hôtel, cuisiniers, responsables de lodge ou agents de réservation.

Astuce :

Les emplois disponibles sont souvent saisonniers, concentrés sur les périodes de navigation aisée et de météo favorable pour les activités extérieures. Pour un expatrié, ces postes offrent une immersion culturelle intense, mais sont généralement limités dans le temps et constituent rarement un tremplin vers une installation durable sur place.

Mining, énergie et grands projets

L’île dispose de ressources minérales importantes (terres rares, or, rubis, anorthosite, uranium, charbon). Pour l’instant, seules quelques mines opèrent à petite échelle, mais chaque nouveau projet d’exploration ou d’exploitation fait naître une vague de besoins spécialisés : géologues, ingénieurs, chefs de projet, techniciens de site, spécialistes HSE, consultants environnementaux.

S’y ajoutent les projets énergétiques, notamment hydroélectriques, qui requièrent des ingénieurs, électriciens de haut niveau, experts réseaux ou spécialistes en énergies renouvelables. Ces recrutements sont souvent temporaires et rattachés à un projet spécifique, mais peuvent être très bien rémunérés.

Numérique et technologies : un créneau émergent

Le secteur tech reste modeste en volume mais a gagné en importance dans le PIB (estimé à environ 4,9 % avec des projections nettement plus hautes). La numérisation de l’administration, l’introduction d’obligations de facturation électronique pour le secteur public et la modernisation d’infrastructures créent des besoins en développeurs, data analysts, spécialistes cybersécurité, architectes cloud ou experts en transformation digitale.

Dans ces fonctions, l’anglais est souvent la langue de travail et l’expertise prime sur l’implantation locale, ce qui ouvre une fenêtre intéressante pour les expatriés, même si l’écosystème tech et les espaces de coworking restent limités, notamment à Nuuk.

Où travailler : Nuuk, autres villes et petites communautés

Les perspectives ne sont pas les mêmes selon que l’on vise la capitale, une “grande” ville régionale ou un petit village côtier.

Nuuk : le cœur économique et administratif

Nuuk concentre environ un tiers de la population du pays (près de 20 000 habitants). C’est le centre politique, administratif et universitaire, mais aussi un hub économique pour la pêche, les services, la construction et les nouvelles technologies. Le port reste libre de glace toute l’année, ce qui facilite les opérations logistiques.

La ville connaît un boom de la construction, avec la création de nouveaux quartiers et un aéroport agrandi pour accueillir des vols internationaux directs. Les opportunités dans la fonction publique, les services de santé, la formation, le privé et la tech y sont les plus nombreuses. Les expatriés y trouvent plus de restaurants, de cafés, de commerces et d’infrastructures culturelles qu’ailleurs dans le pays.

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Les listes d’attente pour un logement public peuvent dépasser dix ans en raison de la pression maximale sur le marché.

Ilulissat, Sisimiut, Qaqortoq et autres villes moyennes

Des villes comme Ilulissat (environ 4 700 habitants), Sisimiut (deuxième plus grande ville) ou Qaqortoq proposent un autre équilibre. Chacune s’appuie sur un mélange de pêche, de tourisme, de services publics et parfois d’activités industrielles.

À Ilulissat, le tourisme lié au fjord glacé est le moteur principal, complété par une importante activité de pêche. À Sisimiut, la pêche, la réparation navale, la logistique et les activités industrielles occupent une place centrale, avec en bonus une vie culturelle plus active qu’ailleurs. Qaqortoq, plus au sud, combine pêche, chasse, transformation de peaux de phoque et une scène artistique étonnamment dynamique.

Ces villes offrent un bon compromis pour des expatriés souhaitant un environnement moins dense que Nuuk, mais avec davantage de services et de sociabilité que les villages isolés.

Petites communautés et villages de l’Est ou du Nord

Les localités de quelques centaines d’habitants, voire moins, incarnent l’image la plus radicale du Groenland : quasi absence d’infrastructures, dépendance aux bateaux de ravitaillement deux fois l’an, forte pratique de la chasse et de la pêche de subsistance, culture très marquée par la tradition inuit.

Dans ces endroits, les emplois disponibles concernent surtout les services de base : police, pompiers, santé, école, administration, parfois occupés par des Danois ou des expatriés. Pour un étranger, y travailler signifie accepter un rythme de vie très éloigné du consumérisme, une forte promiscuité sociale (tout le monde connaît tout le monde) et une quasi-impossibilité de se déplacer spontanément vers une autre ville (pas de route interurbaine, uniquement avions, hélicoptères ou bateaux).

L’intégration y est exigeante, mais ceux qui s’y adaptent décrivent souvent une communauté soudée et un rapport au travail intimement lié à la vie locale.

Salaires, coût de la vie et réalité financière

Pour un expatrié, la question clé n’est pas seulement le niveau de rémunération affiché, mais la réalité du pouvoir d’achat une fois le coût de la vie intégré.

Niveaux de salaire et structure des revenus

Les données disponibles indiquent un salaire net moyen d’environ 27 000 DKK par mois. Les minimums horaires varient selon les conventions collectives, mais les chiffres fréquemment cités tournent autour de 100 à 140 DKK de l’heure, avec un minimum légal mentionné de 126,92 DKK dans certaines sources.

Les rémunérations grimpent fortement pour les profils qualifiés :

Profil / secteurFourchette indicative annuelle (brut)Commentaire principal
Ouvrier non qualifiéSalaire proche des minimums horairesSouvent dans l’agroalimentaire ou le nettoyage
Pêche / usine de poisson1,7–2,3 k€ / mois (approximatif)Fort différentiel vs pays d’origine de certains expats
Hôtellerie / tourisme2,0–2,8 k€ / moisEmplois saisonniers fréquents
Construction / métiers qualifiés2,5–3,8 k€ / moisSouvent avec logement fourni
Profils tech expérimentés500 000–700 000 DKK / anEnviron 65 000–92 000 $
Santé (infirmiers, médecins)3,5–5 k€ / mois, et plusForte demande, packages attractifs
Cadres / managers6–8 k€ / mois, parfois davantagePostes rares, très qualifiés

Il faut garder à l’esprit que beaucoup d’expatriés bénéficient de packages comprenant logement, billet d’avion, parfois nourriture sur site ou voiture de fonction. Le salaire brut ne dit donc pas tout.

Coût de la vie : un choc pour les nouveaux arrivants

Le coût de la vie est élevé, en particulier à Nuuk et dans les zones touristiques. Certaines estimations avancent un budget mensuel d’environ 38 000 DKK pour une famille de quatre et 15 700 DKK pour une personne seule, hors loyer. D’autres données plus détaillées montrent toutefois que les dépenses moyennes tournent souvent autour de 18 000 DKK pour une personne seule, 26 000 DKK pour un couple et 30 000 DKK pour une famille, logement inclus.

Structure des Dépenses

Répartition moyenne des dépenses pour un foyer, illustrant les principales catégories de consommation.

Logement

Inclut le loyer ou le crédit immobilier, les charges, l’énergie et l’entretien. Représente généralement la part la plus importante du budget.

Alimentation

Comprend les courses alimentaires, les repas à domicile et les consommations hors foyer (restauration).

Transports

Couvre les frais liés aux véhicules (carburant, entretien, assurance), aux transports en commun et aux déplacements.

Loisirs & Culture

Regroupe les dépenses pour les sorties, les vacances, les abonnements numériques, les sports et les activités culturelles.

Santé & Bien-être

Inclut les frais médicaux non remboursés, les mutuelles, les produits d’hygiène et les soins personnels.

Équipement & Services

Comprend l’achat de biens durables (meubles, électroménager), l’habillement, la communication et les services financiers.

Poste de dépensePart du budget mensuel moyenMontant moyen (DKK)
Logement28 %~6 100
Alimentation26 %~5 000
Transports9 %~2 000
Énergie / services6 %~1 000
Santé8 %~1 400
Éducation6 %~1 200
Autres biens et services6 %~810

Les loyers constituent de loin la principale source de tension, surtout pour ceux qui ne bénéficient pas d’un logement de fonction. Les fourchettes recensées sont très larges : de 2 400 DKK à plus de 9 000 DKK pour un studio, jusqu’à 26 000 DKK pour un appartement de trois chambres, et jusqu’à 57 000 DKK par mois pour certaines villas très haut de gamme.

Quelques prix de référence illustrent le niveau général :

Produit / servicePrix moyen (DKK)
Menu déjeuner “business”~413
Menu fast-food~109
Pain pour deux personnes (par jour)~33
12 œufs~32
1 kg de pommes~60
0,5 L de bière locale en supermarché~23
Bouteille de vin rouge correct~213
Abonnement Internet (8 Mbps)~714 / mois
Pass transport en commun~520 / mois
Coupe de cheveux standard (quartier expat)~480

Les comparaisons internationales situent Nuuk dans la tranche haute des villes chères : au-dessus de Copenhague, plus chère que Hong Kong selon certains indices, et très au-dessus de villes moyennes européennes.

Logement : la vraie bataille

L’accès au logement est sans doute le défi le plus sous-estimé par les étrangers. Dans les grandes villes, la demande dépasse largement l’offre, et les projets de construction ne suffisent pas à rattraper le retard accumulé.

Bon à savoir :

Les principales formes d’hébergement sont la location simple, la coopérative d’habitation et le logement de fonction. Une grande partie du parc locatif est gérée par des sociétés publiques ou para-publiques. Un employeur peut parfois fournir un logement temporaire meublé (vakantbolig) : l’employé ne paie pas de loyer, mais cet avantage en nature est imposable.

Pour un nouvel arrivant, les options sont claires :

négocier le logement dans le package d’expatriation (fortement recommandé, voire indispensable à Nuuk) ;

– s’appuyer sur les contacts de l’employeur, les agences locales et les groupes Facebook pour trouver une location privée ;

– accepter, au moins au départ, une chambre avec cuisine et salle de bain communes, fréquente dans les missions de chantier ou d’usine.

Acheter un bien immobilier reste marginal pour un expatrié récemment arrivé, d’autant que l’usage du sol repose sur un système d’allocations de terrain et non de propriété foncière classique, ce qui complique la démarche.

Fiscalité et épargne

Le système fiscal groenlandais est distinct de celui du Danemark, bien que le royaume soit commun. Il repose sur un impôt sur le revenu prélevé à la source, avec un taux global autour de 36–44 % selon les revenus et la commune, mais sans TVA.

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Pour un expatrié, le régime fiscal dépend de la durée de séjour.

moins de six mois : imposition uniquement sur les revenus de source groenlandaise (responsabilité fiscale limitée) ;

plus de six mois ou installation durable : résidence fiscale pleine, obligation de demander une carte d’impôt, et dans bien des cas obligation d’épargne retraite (les personnes de plus de 18 ans pleinement imposables doivent alimenter un dispositif d’épargne).

Des conventions de non-double imposition existent avec plusieurs États, ce qui évite dans de nombreux cas de payer deux fois sur le même revenu. Mais la combinaison salaire élevé / coût de la vie élevé implique, en pratique, un ratio dépense/revenu d’environ 82 % en moyenne. La marge de manœuvre pour l’épargne varie donc fortement selon que l’on bénéficie ou non d’avantages en nature (logement, billet d’avion, etc.).

Permis de travail et cadre légal : ce qu’il faut absolument comprendre

L’un des écueils majeurs pour les candidats à l’expatriation est de sous-estimer la complexité des démarches administratives. Le Groenland n’est ni membre de l’Union européenne, ni de Schengen ; les règles de libre circulation ne s’y appliquent pas. Un permis pour le Danemark ne donne pas le droit de travailler au Groenland, et inversement.

Qui n’a pas besoin de permis ?

Seuls les citoyens des pays nordiques — Danemark, Islande, Norvège, Suède, Finlande et îles Féroé — peuvent vivre et travailler au Groenland sans visa ni permis. Ils doivent simplement enregistrer leur adresse après une certaine durée de résidence.

Tous les autres, y compris les citoyens de l’UE, sont soumis aux règles spécifiques groenlandaises. Les Européens n’ont généralement pas besoin de visa pour un court séjour, mais cela ne les dispense pas de demander un permis de travail s’ils souhaitent être employés.

Permis de travail standard : logique et étapes

La grande majorité des expatriés passent par un schéma classique :

Exemple :

Pour travailler au Groenland, un ressortissant étranger doit d’abord obtenir une offre d’emploi d’un employeur enregistré localement. Ensuite, une demande de permis de résidence et de travail est déposée auprès de l’Agence danoise pour le recrutement international (SIRI) via le formulaire GL1, dûment complété par les deux parties. SIRI et le gouvernement groenlandais (Naalakkersuisut) examinent le dossier pour s’assurer que le poste ne peut être comblé localement et que les conditions de travail (salaire, horaires, congés) sont conformes. Une fois approuvé, le permis est généralement valable deux ans, reste lié au contrat de travail spécifique et dépend du permis municipal accordé à l’employeur pour ce poste.

La procédure standard prend en moyenne environ 90 jours, mais peut dans certains cas aller jusqu’à cinq mois si des documents complémentaires sont demandés. Des dispositifs “fast track” existent pour certaines entreprises enregistrées et pour les professionnels de santé, avec des délais réduits autour d’un mois.

Le permis est toujours lié à un employeur et à une fonction précises. Changer d’employeur, cumuler un second emploi ou modifier substantiellement ses fonctions nécessite un nouveau permis ou une autorisation séparée pour une activité accessoire. En cas de perte d’emploi, le permis peut être révoqué.

Exemptions à court terme

Certaines catégories de professionnels peuvent travailler jusqu’à trois mois sans permis spécifique, à condition de rester dans le cadre étroit de la mission : chercheurs invités, conférenciers, artistes ou athlètes professionnels, installateurs ou consultants venant poser ou entretenir un équipement particulier (“fitter rule”), personnel accompagnant un visiteur étranger, représentants d’entreprises étrangères en visite d’affaires.

Bon à savoir :

Les employés de projets miniers relevant de la loi sur les ressources peuvent travailler jusqu’à 90 jours sur une période de 180 jours sans permis de travail, à condition de rester strictement dans le périmètre défini par la législation minière. Cependant, pour les ressortissants de pays soumis à l’obligation de visa, l’obtention préalable d’un visa d’entrée reste obligatoire.

Famille et résidence à long terme

Les titulaires d’un permis de travail peuvent, sous conditions, faire venir leur conjoint (marié, partenaire enregistré ou concubin), ainsi que leurs enfants de moins de 18 ans. Chaque membre de la famille doit cependant demander son propre permis de résidence au titre du regroupement familial, et le demandeur principal doit prouver qu’il dispose de ressources et d’un logement suffisants pour les accueillir.

La résidence permanente s’obtient après plusieurs années (en règle générale sept ans pour les résidents de longue durée), sous réserve d’une intégration satisfaisante, d’une autonomie financière et de la maîtrise du danois ou du groenlandais. La naturalisation, elle, suppose une résidence plus longue encore (souvent autour de neuf ans), assortie de tests sur la langue et la société.

Culture de travail et adaptation : réussir au-delà du contrat

Travailler au Groenland, ce n’est pas seulement changer d’employeur ; c’est entrer dans un univers culturel profondément marqué par la tradition inuit, les liens historiques avec le Danemark et la réalité arctique.

Un style de management à la nordique, teinté de culture inuit

Dans les entreprises et administrations, on retrouve des codes proches des pays nordiques : hiérarchies relativement plates dans les petites structures, recherche de consensus, importance du collectif. Mais la pratique reste très influencée par des communautés soudées où l’on se connaît souvent par le nom de famille et les liens de parenté.

Les décisions peuvent prendre du temps, car on consulte largement, y compris dans le secteur public. La fiabilité, le respect des engagements et la transparence pèsent lourd dans les négociations. Les tactiques agressives ou la pression à court terme sont mal vues. La ponctualité est jugée importante, surtout en milieu urbain ou dans les administrations, même si les aléas logistiques (météo, transports) apportent parfois de la souplesse.

La communication mélange une certaine franchise pour clarifier les choses, et une grande attention à l’harmonie sociale. Le non-dit, le silence ou des signaux non verbaux discrets sont fréquents, surtout pour exprimer un désaccord sans confrontation directe. Savoir “lire entre les lignes” et observer attentivement les réactions de ses interlocuteurs est donc crucial.

L’importance de la confiance et des relations personnelles

Dans un environnement où la population est faible et les cercles sociaux restreints, la réputation se construit vite… et peut se dégrader tout aussi rapidement. Pour un expatrié, investir du temps dans les relations informelles — cafés, repas, invitations à la maison, participation à des événements locaux comme les kaffemik (réunions conviviales autour du café) — n’est pas un luxe, mais un élément de réussite professionnelle.

De nombreuses recherches sur l’expatriation montrent l’impact direct de la capacité d’adaptation culturelle sur la performance au travail : les expatriés capables de comprendre et d’embrasser la culture locale gèrent mieux le stress, entretiennent une meilleure coopération avec leurs collègues et restent plus longtemps en poste.

Recherches sur l’expatriation

Langue : le vrai marqueur d’intégration

Le groenlandais (kalaallisut) est la langue officielle, le danois est largement utilisé dans l’administration et l’enseignement, et l’anglais gagne du terrain, surtout chez les jeunes et dans le tourisme. Cependant, on ne peut pas présumer que tout le monde parle anglais, en particulier dans les petites localités.

Pour de nombreux emplois publics ou en contact avec le public (éducation, santé, administration, travail social), la maîtrise du danois est fortement recommandée, voire exigée. Dans certains cas, une proposition politique vise même à rendre obligatoires des cours de langue groenlandaise pour les nouveaux fonctionnaires ne parlant pas la langue.

Astuce :

Pour les expatriés, ne pas parler couramment le groenlandais n’est pas un obstacle majeur. Cependant, apprendre quelques mots et expressions de base, comme ‘aluu’ pour dire bonjour, ‘qujanaq’ pour merci et ‘baaj’ pour au revoir, constitue un signe fort de respect envers la culture locale et sert d’excellent brise-glace dans les interactions quotidiennes.

Conditions de vie et équilibre personnel

Le climat, la nuit polaire, l’éloignement de la famille et des réseaux d’amis, la rareté de certaines distractions, l’alcoolisme présent dans certains milieux, sont autant de facteurs qui peuvent fragiliser le moral des expatriés.

Les études sur l’expatriation insistent sur quelques leviers cruciaux :

une préparation approfondie avant le départ, incluant non seulement le job, mais aussi le système scolaire, la santé, le coût de la vie et la réalité sociale pour le conjoint et les enfants ;

– une forte motivation pour découvrir et comprendre la culture locale, pas seulement pour “tenir” le temps du contrat ;

– le soutien à la famille accompagnante, souvent déterminant dans la réussite ou l’échec d’une mission à l’étranger ;

– la capacité à se construire un réseau de soutien (collègues, autres expatriés, voisins, associations, clubs sportifs).

Au Groenland, l’accès à la nature — randonnées, kayak, ski, observation des baleines ou des aurores boréales — offre à beaucoup un puissant antidote au stress professionnel, à condition d’être équipé et prudent dans un environnement potentiellement dangereux.

Comment chercher un emploi : canaux et stratégies

À l’échelle mondiale, le marché groenlandais est minuscule. Mais il est étonnamment bien structuré en matière d’annonces et d’intermédiation.

Portails d’emploi et agences spécialisées

Plusieurs plateformes s’adressent spécifiquement aux candidats intéressés par le pays :

Suli.gl : portail national où les employeurs doivent publier leurs offres au moins 14 jours avant de recruter un travailleur étranger pour certains postes. C’est un passage obligé pour nombres de fonctions.

– Jobindex.gl, HireMe.gl ou SJOB : sites qui centralisent les offres, proposent souvent un dépôt de CV et permettent aux entreprises de chercher directement des profils.

– Work in Greenland ApS, Remote People : agences de recrutement spécialisées dans le placement de profils techniques (construction, ingénierie, IT) ou cadres, souvent avec une dimension internationale.

– JOBISLAND, Indeed, LinkedIn : plateformes généralistes où apparaissent aussi des postes basés au Groenland, notamment ceux publiés par de grands groupes ou des organisations internationales.

75 à 100

Pourcentage du salaire annuel que peut représenter le coût d’un mauvais recrutement dans le pays.

Candidature et préparation du dossier

Pour maximiser ses chances, il est conseillé de rédiger son CV et sa lettre de motivation en anglais ou en danois, de manière claire et structurée. Mettre en avant toute expérience dans des environnements isolés, difficiles ou multiculturels (missions en régions reculées, plateformes off-shore, bases de recherche, ONG, expatriation précédente) peut faire la différence.

Les employeurs attachent aussi de l’importance à la capacité physique à exercer le métier (notamment sur les chantiers, dans les usines ou les missions terrain), au sérieux administratif (cohérence des pièces, validité du passeport, exactitude du nom sur le billet d’avion, etc.) et à la motivation à rester au moins la durée minimale du contrat, souvent autour de trois mois pour les missions courtes, mais davantage pour les emplois structurants.

Négocier son package : ne rien laisser au hasard

Avant d’accepter une offre, il est essentiel de clarifier :

Conditions de vie et de travail au Groenland

Principaux éléments contractuels et avantages à considérer pour un emploi au Groenland.

Rémunération et logement

Salaire brut et net, versé généralement deux fois par mois. Logement fourni (individuel ou partagé, meublé ou non) pour la durée du contrat.

Transport et compensations

Prise en charge du vol aller-retour, souvent depuis Copenhague. Compensations possibles en cas de vie en communauté (partage de cuisine, salle de bain, salon).

Congés et santé

Environ cinq semaines de congés payés par an, avec gestion des déplacements. Couverture santé par le système public une fois enregistré (soins de base).

Assurances et famille

Assurances pendant le temps libre souvent à la charge du salarié. Possibilités pour un conjoint de travailler ou de suivre des cours de langue.

Beaucoup d’échecs d’expatriation tiennent moins au contenu du travail qu’aux frustrations du quotidien (logement insatisfaisant, isolement du conjoint, scolarisation des enfants mal anticipée). Un dialogue très concret sur ces aspects avant la signature du contrat est donc indispensable.

Pour quel profil le Groenland est-il une bonne idée ?

Le Groenland n’est pas adapté à tous les projets d’expatriation. C’est un environnement exigeant, parfois rude, qui convient surtout aux personnes et familles réunissant plusieurs traits :

Bon à savoir :

Une installation réussie dans les communautés arctiques nécessite : une curiosité authentique pour les cultures et traditions inuites, au-delà du simple attrait exotique ; une résistance à l’isolement, au froid, à l’obscurité hivernale et aux aléas logistiques (retards, transports imprévisibles, pénurie de certains produits) ; une flexibilité pour s’adapter à des modes de communication différents, incluant le silence et une prise de décision collective ; et un engagement sur la durée, au moins le temps du contrat, voire plusieurs années dans des secteurs comme la santé ou l’enseignement.

Pour les profils techniques et médicaux en particulier, le Groenland offre toutefois des atouts rares : une progression de carrière souvent rapide, la possibilité de tenir des postes à responsabilité dans un laps de temps court, une forte reconnaissance de l’impact social du travail (soigner ou enseigner dans un village de 500 habitants change directement la vie de la communauté), et une expérience qui pèse lourd dans un CV international.

Conclusion : un marché étroit mais stratégique pour les bons candidats

Le marché du travail au Groenland force à sortir des repères habituels. On n’y “tente pas sa chance” à la légère, ni pour un simple caprice d’expat. L’accès est filtré par un cadre légal pointilleux, un coût de la vie élevé, une crise du logement persistante et des conditions climatiques qui découragent ceux qui n’y sont pas préparés.

Bon à savoir :

Le Groenland offre des perspectives singulières pour les professionnels qualifiés dans des secteurs spécifiques comme la santé, la construction, les techniques industrielles, l’enseignement, les mines, l’énergie, le numérique spécialisé, la pêche et le tourisme. Cette destination exige cependant une adaptation à ses conditions particulières : culture locale, environnement naturel, isolement et vie communautaire. Pour ceux prêts à relever ce défi, l’expérience peut être à la fois difficile et très enrichissante.

Dans un monde où beaucoup de marchés du travail sont saturés et standardisés, ce territoire arctique offre encore la possibilité de combiner responsabilités professionnelles, engagement communautaire et aventure personnelle. À condition de préparer son projet avec sérieux, de négocier minutieusement son package, et surtout d’arriver avec l’envie réelle de comprendre et de respecter la société qui vous accueille.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale en Groenland pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Groenland, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland, territoire autonome danois avec fiscalité avantageuse pour certains profils (pression fiscale modérée, absence d’ISF, possibilités de structuration via le Danemark), coût de vie globalement inférieur aux grandes capitales nord-européennes, et environnement stable. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence (titre de séjour, adresse locale), coordination couverture santé (détachement, assurance privée), transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques), intégration à un réseau local bilingue (avocat, immigration, installation) et optimisation patrimoniale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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