L’histoire du pays Groenland ressemble à une longue saga polaire, où se succèdent cultures oubliées, colonies vikings, missions religieuses, guerres mondiales, luttes politiques et revendications d’autonomie. Ce vaste territoire arctique, aujourd’hui autonome au sein du Royaume de Danemark, a vu passer des peuples venus d’Amérique du Nord, des marins scandinaves, des missionnaires moraves, des soldats américains et des juristes onusiens. Retracer cette histoire, c’est suivre un fil qui va des premières tentes de peaux dressées sur la banquise jusqu’aux débats contemporains sur l’indépendance et l’exploitation des ressources minières.
Des premières cultures arctiques à l’arrivée des Inuit
Bien avant les Vikings et les Danois, le Groenland a été le théâtre d’une succession de cultures venues par vagues depuis l’Amérique du Nord. Les données archéologiques et climatiques permettent aujourd’hui de reconstituer un récit beaucoup plus riche et nuancé qu’on ne l’imaginait il y a encore quelques décennies.
Saqqaq, Independence et Dorset : les pionniers du froid
Les plus anciennes traces humaines connues remontent à environ 2500 avant notre ère, avec la culture Saqqaq installée dans une grande partie de l’ouest du Groenland. Au nord, une autre population, dite Independence I, occupe la région d’Independence Fjord à partir d’environ 2400 avant notre ère. Les chercheurs s’accordent pour dire que ces deux cultures proviennent de groupes distincts ayant migré depuis l’Amérique du Nord, via le Canada arctique.
Les premiers habitants du Groenland ont connu un climat très changeant, avec une période initiale douce suivie d’un refroidissement brutal et de nouvelles fluctuations. Autour de 800 avant notre ère, la culture Independence II a remplacé Independence I dans le Grand Nord, tandis que la culture Dorset, une tradition paléoesquimaude, s’est implantée dans l’ouest du Groenland.
Les archéologues distinguent un Dorset ancien (vers 700 avant notre ère – début de notre ère) puis un Dorset récent, présent jusqu’au XIIIe siècle de notre ère. Des objets typiques de ce Dorset « groenlandais » ont été retrouvés très loin au nord, jusque dans l’Inglefield Land sur la côte ouest et dans la région de Dove Bay à l’est. Pourtant, autour de l’an 1 de notre ère, les traces de ces populations disparaissent : le Groenland semble alors vide d’habitants pendant plusieurs siècles.
Vers 700 de notre ère, une nouvelle vague Dorset s’installe, cette fois surtout au nord-ouest et dans la zone du détroit de Nares. Elle perdure jusqu’aux environs de 1300, alors même qu’une autre culture venue de l’ouest commence à gagner du terrain : la culture Thulé, ancêtre directe des Inuit du Groenland.
La révolution Thulé : kayaks, umiaks et chiens de traîneau
Autour de 1100–1200 de notre ère, des groupes Thulé quittent l’Alaska et le Canada arctique et se répandent à grande vitesse vers l’est, via l’archipel arctique canadien puis le détroit de Nares. Ils atteignent le Groenland et finissent par occuper l’ensemble des côtes habitables. Les études génétiques indiquent que cette colonisation se fait en un seul grand mouvement, sans véritable mélange avec les populations Dorset locales, qui finissent par disparaître.
Les Thulé ont développé un arsenal technologique sophistiqué pour exploiter les ressources de l’Arctique, incluant des kayaks, des umiaks (grands bateaux en peaux), des traîneaux à chiens, des harpons à bascule et des flotteurs pour la chasse. Leur économie de subsistance était basée sur la chasse à la baleine, au narval, au morse, au phoque, au caribou, aux oiseaux marins et sur la pêche. Leur habitat variait selon les saisons, avec des campements d’hiver semi-souterrains et des tentes estivales en peau. Cette flexibilité d’adaptation au milieu marin et à la banquise a constitué un contraste majeur avec les colons vikings établis dans le sud-ouest du Groenland à la même époque.
D’un point de vue temporel, la séquence des premières occupations peut être résumée ainsi :
| Période approximative | Culture principale | Zone dominante |
|---|---|---|
| 2500–800 av. n. è. | Saqqaq | Ouest et sud-ouest |
| 2400–1300 av. n. è. | Independence I | Nord (Independence Fjord) |
| 800 av. – 1er s. av. | Independence II | Nord |
| 700 av. – 1er s. de n. è. | Dorset ancien / « Dorset groenlandais » | Ouest et nord |
| 700–1300 de n. è. | Dorset récent | Nord-ouest / détroit de Nares |
| 1100–1300 de n. è. | Arrivée et expansion Thulé | Côtes groenlandaises |
Lorsque les premiers Scandinaves aperçoivent le Groenland depuis leurs bateaux, le décor humain est donc déjà très ancien, même si les espaces qu’ils vont occuper dans le sud‑ouest semblent alors peu densément peuplés, voire temporairement vides.
L’aventure viking : cinq siècles de présence nordique
L’épisode viking au Groenland est sans doute la partie la plus connue de son histoire ancienne, en grande partie grâce aux sagas islandaises. Mais la recherche moderne, en croisant textes, datations au radiocarbone et fouilles, a profondément réévalué ce récit, montrant à la fois l’ingéniosité et la fragilité de cette colonie européenne de l’extrême.
Erik le Rouge et la fondation des établissements norrois
À la fin du IXe siècle de notre ère, un navigateur nommé Gunnbjörn Ulfsson, dévié de sa route entre la Norvège et l’Islande, aperçoit au loin des îles au large d’une grande terre inconnue : c’est la première mention européenne du Groenland. Il faut cependant attendre la fin du Xe siècle pour qu’un véritable projet de colonisation voit le jour.
Vers 982, l’Islandais Erik le Rouge, banni pour meurtre, met le cap vers l’ouest. Pendant trois années, il explore la côte sud‑ouest, identifie des fjords propices au pâturage et décide de s’y établir. De retour en Islande, il fait campagne pour attirer des colons, allant jusqu’à baptiser le territoire « Groenland » (Grœnland, « terre verte ») pour en vanter les mérites.
Nombre de personnes transportées par les 14 navires ayant atteint le Groenland pour y fonder les premières colonies vikings.
Les fouilles ont permis d’identifier environ 620 fermes norroises sur l’ensemble de ces zones, dont près de 500 pour l’Établissement de l’Est et 95 pour celui de l’Ouest. La ferme de Brattahlíð, résidence d’Erik le Rouge dans le fjord d’Eiríksfjörð (aujourd’hui Tunulliarfik), a livré des datations proches de l’an mille. À leur apogée, ces colonies comptent probablement entre 2000 et 3000 habitants, même si certains auteurs ont jadis avancé des chiffres allant jusqu’à 10 000.
Une économie de frontières : élevage, chasse et ivoire de morse
Les colons norrois apportent avec eux un « package » agricole complet : bovins, moutons, chèvres, porcs, chevaux, chiens, chats, et tentent même la culture de l’orge et du lin. Leur société, hiérarchisée, repose sur un réseau de fermes centrées autour de grandes exploitations dominées par des chefs et des clercs.
Dans un climat certes plus doux qu’aujourd’hui (période souvent appelée Anomalie climatique médiévale), mais néanmoins exigeant, ils associent pâturage et chasse. Les troupeaux fournissent lait, beurre, viande et peaux, tandis que les chasses complètent cette base : caribous, oiseaux, œufs et surtout phoques, dont la part dans l’alimentation augmente nettement au fil des siècles. Les analyses isotopiques montrent qu’en quelques générations, la proportion de protéines marines dans le régime alimentaire passe d’environ 40 % à près de 80 %.
La prospérité des établissements norrois au Groenland repose sur une économie de niche axée sur l’exportation de produits de l’Arctique (défenses de morse, dents de narval, peaux d’ours) depuis les territoires de chasse septentrionaux (Norðrsetur), en échange de biens essentiels et de luxe européens. Cette viabilité dépend de la demande médiévale en ivoire et de la maintenance des liaisons maritimes avec la Norvège.
Christianisation et intégration à la couronne de Norvège
Sur le plan religieux et politique, la colonie suit le mouvement du reste de l’Atlantique nord scandinave. Autour de l’an mille, Leif Erikson, fils d’Erik le Rouge, se convertit au christianisme en Norvège et l’introduit au Groenland. Des églises de pierre sont construites dans les principaux domaines, et en 1126 la papauté érige le siège épiscopal de Garðar, dans l’Établissement de l’Est (aujourd’hui Igaliku). Le diocèse est rattaché à la métropole de Nidaros (Trondheim).
À partir de 1261, les colons reconnaissent formellement l’autorité du roi de Norvège, intégrant le Groenland au système de la monarchie norvégienne. À la fin du Moyen Âge, les jeux dynastiques en Scandinavie et l’union de différents royaumes sous la couronne dano‑norvégienne finiront par absorber ce lointain territoire dans un ensemble politique beaucoup plus vaste.
Le déclin silencieux des colonies norroises
À partir du XIVe siècle, les signaux de fragilisation se multiplient. Le climat se rafraîchit sensiblement, amorçant ce que les climatologues appellent le Petit Âge glaciaire : hivers plus longs, saisons de croissance plus courtes, banquise plus épaisse, tempêtes accrues. L’agriculture devient plus précaire. En parallèle, l’économie européenne se détourne progressivement de l’ivoire de morse au profit de l’ivoire africain et russe, plus accessible ou moins coûteux.
La peste noire, qui atteint la Norvège vers 1349, désorganise gravement les réseaux commerciaux essentiels au Groenland. L’arrivée des navires se raréfie puis cesse quasi totalement, isolant les colonies nordiques. Cette population se retrouve avec une base de ressources considérablement réduite, tout en étant exposée à des hivers rigoureux et à des sécheresses locales, dont les preuves sont conservées dans les sédiments lacustres.
Les hypothèses avancées pour expliquer la disparition progressive de ces colonies combinent ainsi facteurs climatiques, économiques, environnementaux (érosion des sols, surexploitation des pâturages), démographiques (accidents de chasse, mortalité élevée), sociaux (société très hiérarchisée, faible marge de manœuvre) et culturels (adaptation incomplète aux techniques inuit, notamment pour la chasse au phoque en mer et l’usage du kayak).
Les sagas et chroniques se taisent peu à peu. La dernière mention écrite sûre de la présence norroise est un mariage célébré en 1408 à l’église de Hvalsey, dans l’Établissement de l’Est. L’Établissement de l’Ouest, lui, semble abandonné déjà vers 1350. Au milieu du XVe siècle, les fermes sont désertes. Un navire européen qui accoste dans les années 1540 découvre le cadavre d’un homme norrois, ultime écho d’une communauté disparue.
Les Inuit, eux, restent. Des traces de contacts — échanges d’objets norrois retrouvés dans des sites thuléens et inversement — attestent d’un certain degré d’interaction entre les deux populations avant que les Scandinaves ne quittent la scène groenlandaise pour plusieurs siècles.
De la revendication royale à la recolonisation danoise
Après la disparition des colonies norroises, le Groenland ne disparaît pas pour autant de l’imaginaire politique européen. Le royaume de Danemark‑Norvège maintient une revendication de souveraineté sur cette terre, même si aucun contrôle effectif n’est exercé pendant longtemps.
Expéditions royales et chasse à la baleine
Au début du XVIIe siècle, le roi Christian IV de Danemark‑Norvège finance plusieurs expéditions (1605–1607) pour retrouver les descendants des colons et réaffirmer ses droits. Ces tentatives échouent, en partie à cause des glaces et d’une géographie mal connue. Dans le même temps, les mers du Groenland deviennent un terrain de chasse pour baleiniers hollandais, allemands, français, basques et dano‑norvégiens, attirés par les grands cétacés de la mer du Groenland et les richesses des eaux arctiques.
Symbole fort de cette revendication, un ours polaire est ajouté aux armoiries de la monarchie dano‑norvégienne dans les années 1660, manière d’afficher la prétention royale sur ces terres glacées.
Hans Egede et la fondation de Godthåb
L’acte fondateur de la colonisation moderne intervient en 1721. Le missionnaire luthérien Hans Egede obtient du roi Frédéric IV une charte pour se rendre au Groenland, officiellement afin de ramener les « anciens Norvégiens » dans le giron de l’Église. En réalité, il ne trouvera que des Inuit et les ruines des établissements vikings.
Il installe sa première base, la « Colonie de l’Espoir », dans le fjord de Nuup Kangerlua. Son mouvement associe mission religieuse et commerce. La Bergen Greenland Company obtient un monopole d’échanges, mais fait faillite dès 1727. La couronne danoise reprend ensuite directement la main, via d’autres compagnies puis un organisme étatique.
Hans Egede, missionnaire et colonisateur
En 1728, le militaire Claus Paarss fonde sur le site d’un ancien village inuit un nouveau poste, Godthåb (« Bonne Espérance »), qui deviendra la capitale coloniale du Groenland occidental. Les débuts sont difficiles : soldats indisciplinés, condamnés envoyés de force, manque de nourriture, scorbut. Une terrible épidémie de variole importée en 1733–1734 décime une grande partie de la population inuit locale et emporte également Gertrud Egede, l’épouse du missionnaire.
À partir de 1733, les Frères moraves établissent un réseau de missions sur la côte sud-ouest du Groenland, exerçant une influence spirituelle et éducative durable jusqu’en 1900.
En 1733, les Frères moraves obtiennent le droit d’établir leurs propres missions et fondent leur premier poste, Neu‑Herrnhut, près de Godthåb (Nuuk).
Après la première implantation, les Moraves étendent leurs activités en établissant un réseau de stations missionnaires le long de la côte sud‑ouest du Groenland.
Leur influence spirituelle et éducative fut profonde et durable. Les missions moraves ont persisté jusqu’à leur départ définitif en 1900.
Le monopole commercial et l’isolement organisé
À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’État danois renforce son contrôle. En 1776, la Couronne instaure une fermeture officielle du Groenland à tout commerce étranger : seul le département royal du commerce groenlandais (Kongelige Grønlandske Handel, KGH), hérité de la General Trade Company, est habilité à approvisionner les colonies et à en extraire les ressources. Une instruction royale de 1782 encadre strictement les échanges et vise, par une forme de « protectionnisme paternaliste », à limiter les contacts des Inuit avec les autres Européens.
Le Groenland occidental est divisé en deux grandes inspections (nord et sud), chacune dirigée par un inspecteur danois. Le système privilégie la stabilité et la rentabilité modérée du commerce (principalement fourrures, graisse de phoque, poisson), plutôt que le développement rapide. Dans ce cadre très encadré, la population groenlandaise se christianise massivement au fil des générations ; au début du XXe siècle, elle est quasiment entièrement luthérienne.
Des débuts du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale : modernisation lente et enjeux géopolitiques
Le XIXe siècle ouvre une nouvelle phase : le Groenland reste un territoire colonial, mais les débuts timides d’une participation locale à la gestion apparaissent, et l’île commence à attirer explorateurs et scientifiques.
Du traité de Kiel aux premiers journaux en groenlandais
Les guerres napoléoniennes et le blocus britannique fragilisent l’empire danois. En 1814, le traité de Kiel met fin à l’union de la Norvège avec le Danemark : la Norvège passe dans l’orbite suédoise, tandis que le Groenland, l’Islande et les Féroé demeurent sous souveraineté danoise. L’île reste administrée directement depuis Copenhague, via le KGH.
Peu à peu, l’administration introduit des structures consultatives. À partir du milieu du XIXe siècle, des assemblées locales élues — les « forstanderskaber » — participent à la gestion des affaires sociales et à l’ordre public. En 1911, deux conseils provinciaux (Landstings), l’un pour le nord, l’autre pour le sud, sont créés. Ils peuvent discuter des questions communes et transmettre des propositions aux autorités danoises, même si le pouvoir réel demeure à Copenhague.
La vie intellectuelle, elle aussi, s’ancre davantage sur place. L’inspecteur Hinrich Rink installe une imprimerie à Nuuk en 1857 et lance, en 1861, Atuagagdliutit, premier journal en langue groenlandaise. L’usage écrit du groenlandais, mis au point au XIXe siècle par des missionnaires comme Samuel Kleinschmidt, favorise l’émergence d’une identité littéraire et politique locale.
Dans le même temps, l’économie se diversifie légèrement : exploitation de la cryolite à Ivittuut (dès 1854), charbon dans certaines régions, développement de la pêche commerciale au tournant du XXe siècle, introduction de l’élevage ovin dans le sud en 1906.
Course à l’Arctique et arbitrage international
Le Groenland devient aussi un point de départ ou un objet stratégique pour de grandes expéditions polaires. Au XIXe siècle et au début du XXe, explorateurs britanniques, norvégiens, allemands, danois ou français sillonnent ses côtes. Fridtjof Nansen réalise, en 1888, la première traversée à skis de la calotte glaciaire d’est en ouest, de la baie d’Umivik à l’Ameralik fjord, avant d’hiverner à Godthaab. D’autres expéditions cartographient les fjords de la côte est, installent des stations scientifiques et repèrent la faune arctique.
Année où la Cour permanente de Justice internationale confirme la souveraineté du Danemark sur l’ensemble du Groenland.
Guerre mondiale et basculement vers les États‑Unis
La Seconde Guerre mondiale bouleverse profondément l’équilibre politique autour du Groenland. Le 9 avril 1940, l’Allemagne nazie envahit le Danemark. Le Groenland se retrouve dans une situation inédite : colonie d’un État occupé, livrée à elle‑même dans l’Atlantique nord. Les hauts fonctionnaires groenlandais, Eske Brun et Aksel Svane, invoquent alors une clause d’urgence d’une loi de 1925 pour déclarer que, de fait, le territoire s’administre lui‑même et cherche une protection extérieure.
Avec l’appui de l’ambassadeur danois à Washington, Henrik Kauffmann — qui choisit d’agir contre les instructions du gouvernement occupé —, le Groenland se tourne vers les États‑Unis. En avril 1941, un accord signé avec le secrétaire d’État américain Cordell Hull autorise l’installation de bases militaires américaines sur l’île. Dans les faits, le Groenland devient un protectorat militaire des États‑Unis, intégré à la « zone de neutralité » occidentale avant même l’entrée officielle de Washington en guerre.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Américains établissent un réseau de bases militaires au Groenland, telles que Bluie West One (Narsarsuaq) et Bluie West Eight (Kangerlussuaq), comprenant des aérodromes, des ports et des dépôts. Parallèlement, l’Allemagne tente d’y installer des stations météo clandestines pour ses prévisions. Pour contrer cette menace, la patrouille à chiens Sirius, composée de Danois, de Norvégiens et d’Inuit, mène de longs raids le long de la côte est pour traquer et détruire ces installations ennemies.
Sur le plan économique, la mine de cryolite d’Ivittuut prend une importance stratégique majeure. Ce minéral, indispensable à la production d’aluminium, est crucial pour l’industrie aéronautique alliée. Les exportations vers les États‑Unis financent l’approvisionnement du Groenland et reconfigurent durablement ses flux commerciaux.
À la fin du conflit, alors que le Danemark est libéré, le Parlement danois ratifie finalement l’accord Kauffmann–Hull, légitimant a posteriori ce qui avait été un acte de rébellion diplomatique. Les bases américaines restent en place au titre d’un nouvel accord de défense signé en 1951, qui fera de Thulé, dans le nord‑ouest, un pivot de la stratégie de guerre froide.
De colonie à comté danois : intégration forcée et modernisation brutale
Le retour à la paix ne signifie pas un simple retour au statu quo ante. La guerre a renforcé l’importance stratégique et économique du Groenland, mais aussi accéléré une prise de conscience identitaire chez une partie de la population. Les décennies d’après‑guerre vont être marquées par une modernisation rapide, mais aussi par des traumatismes sociaux profonds.
La fin formelle du statut colonial
Au lendemain de la guerre, le Danemark crée une commission — souvent appelée commission G‑50 — chargée de réfléchir à l’avenir du Groenland et à son développement. L’idée dominante à Copenhague est de transformer le territoire en un « État‑providence moderne », sur le modèle danois, en misant sur l’éducation, la santé, l’urbanisation et la rationalisation économique.
En 1953, une révision constitutionnelle danoise transforme le Groenland, ancienne colonie, en un comté (amt) intégré au Royaume, lui accordant deux sièges au Parlement danois. Bien que l’ONU retire le territoire de sa liste des territoires non autonomes en 1954, le pouvoir décisionnel des Groenlandais reste limité et l’asymétrie avec Copenhague demeure forte.
Danisation et expériences imposées
La modernisation passe par des politiques d’« assimilation » culturelle, que beaucoup d’historiens et d’acteurs locaux décriront par la suite comme une « danisation » forcée. Le danois devient, de facto, la langue dominante de l’administration et de l’école. De grands immeubles standardisés, comme le tristement célèbre bloc P à Nuuk, sont construits pour regrouper les habitants dispersés dans des petits villages, au nom de l’efficacité économique et de l’accès aux services.
En 1951, 22 enfants groenlandais ont été envoyés au Danemark pour être « modernisés » et former une élite. Seize sont revenus en 1953, mais ont été placés en orphelinat à Nuuk au lieu de retrouver leurs familles, subissant une rupture culturelle profonde. Cette expérience a causé des séquelles psychologiques durables et a conduit, des décennies plus tard, à des demandes d’excuses officielles et de réparations.
Dans les années 1960 et 1970, une campagne de contrôle des naissances conduit à la pose massive de dispositifs intra‑utérins (stérilets) chez des milliers de filles et de femmes groenlandaises, parfois très jeunes, souvent sans consentement éclairé. Là encore, les enquêtes ultérieures y verront une violation grave des droits humains.
Ces politiques s’inscrivent dans un contexte plus large de rapports de pouvoir inégaux, symbolisé notamment par un « critère de naissance » qui, selon les témoignages, accordait de meilleurs salaires et conditions aux Danois de naissance qu’aux Groenlandais, à poste équivalent. Cet apartheid social latent alimentera le ressentiment et nourrira l’émergence de revendications autonomistes.
Bases militaires et conflits d’intérêts
Parallèlement, le Groenland reste un pion de la géopolitique de la guerre froide. L’accord de défense de 1951 avec les États‑Unis entérine la présence de bases, dont celle de Thulé, dans l’extrême nord‑ouest. Pour agrandir cette base stratégique, destinée à accueillir bombardiers et radars d’alerte avancée (BMEWS), les autorités danoises déplacent en 1953 une partie de la population locale inughuit vers un nouveau village, Qaanaaq, plus au nord. Ce déplacement forcé, justifié à l’époque par des considérations militaires, deviendra l’un des symboles des sacrifices imposés aux Groenlandais au nom d’intérêts extérieurs.
Dans les années 1950-1960, des armes nucléaires américaines sont secrètement présentes sur la base de Thulé, en contradiction avec les conventions signées. Des bombes y sont installées temporairement en 1958. L’accident d’un B-52 porteur d’armes nucléaires près de Thulé en 1968 révèle cette réalité, déclenchant un débat au Danemark. Un échange de notes en mai 1968 acte officiellement l’absence de stockage nucléaire permanent au Groenland.
De la contestation à l’autonomie : Home Rule puis Self‑Government
Les années 1960–1970 voient monter une nouvelle génération de Groenlandais, éduqués, souvent bilingues, de plus en plus critiques envers le paternalisme danois. Deux éléments en particulier servent de catalyseurs : la politique discriminatoire de fait dans l’emploi, et la question européenne.
Le choc du Marché commun et l’émergence du mouvement autonomiste
En 1972, le Danemark organise un référendum sur l’adhésion aux Communautés européennes. Au niveau national, les électeurs approuvent l’entrée ; au Groenland, près de 70 % des votants s’y opposent. Malgré ce rejet massif, l’île est intégrée d’office à la Communauté européenne en 1973 en tant que partie du Danemark.
Le ressentiment est profond. Pour beaucoup, il illustre l’absence de voix réelle des Groenlandais sur les grandes décisions qui touchent directement leurs ressources, en particulier la pêche. C’est l’un des moteurs de la structuration de partis politiques locaux, comme Siumut (social‑démocrate), Inuit Ataqatigiit (gauche indépendantiste) ou Atassut (libéral unioniste), et du renforcement des revendications d’autonomie.
Pourcentage de voix favorables lors du référendum de 1979 sur l’autonomie interne du Groenland.
Le Home Rule : un premier transfert de pouvoirs
La mise en place du Home Rule crée un parlement groenlandais, l’Inatsisartut (alors souvent appelé Landsting), et un gouvernement local (Landsstyre, puis Naalakkersuisut). Le gouverneur danois est remplacé par un Commissaire du Royaume (rigsombudsmand), qui représente Copenhague mais perd la gestion directe des affaires internes.
Au fil des années, le Groenland reprend la main sur de nombreux domaines : administration interne, fiscalité, éducation, culture, santé, logement, pêche et chasse, agriculture, protection de l’environnement, affaires sociales, marché du travail. L’une des premières lois adoptées par le nouveau parlement concerne l’impôt sur le revenu, signe de la volonté d’affirmer un pouvoir fiscal propre.
Année d’adoption du drapeau groenlandais distinctif, un symbole majeur de l’autonomie.
Le départ de la Communauté européenne
Une fois le Home Rule en place, le Groenland souhaite revenir sur sa participation à la Communauté européenne, devenue un sujet hautement sensible, notamment en raison des politiques halieutiques et des réglementations sur le commerce des peaux de phoque. Un référendum est organisé en 1982 : 52 % des votants se prononcent pour la sortie, à une majorité modeste mais significative.
La négociation avec Bruxelles aboutit à un traité spécifique, qui acte le retrait du Groenland en 1985. Le territoire obtient le statut de Pays et territoire d’outre‑mer (PTOM ou OCT) associée à la Communauté, ce qui lui donne un cadre particulier pour la coopération et l’accès au marché européen, tout en reprenant le contrôle de ses eaux de pêche. Des accords de pêche et de partenariat seront régulièrement renégociés, généralement par périodes de six ans, avec ajustement annuel des quotas.
L’épisode renforce l’idée d’un peuple groenlandais capable de faire des choix stratégiques distincts de ceux du Danemark, et de les faire respecter sur la scène européenne.
Vers l’autogouvernement : reconnaissance d’un peuple et droit à l’autodétermination
Après deux décennies de Home Rule, la plupart des compétences transférables ont été reprises par les autorités locales. Reste une question : comment redéfinir le statut constitutionnel du Groenland à l’intérieur du Royaume, tout en ouvrant clairement une voie vers une possible indépendance future ?
La Commission conjointe et le référendum de 2008
À la charnière des années 1999–2000, le gouvernement groenlandais crée une Commission de l’Home Rule chargée d’évaluer la situation politique et de proposer une évolution. Son rapport en 2003 suggère de passer à une forme d’autogouvernement renforcé. En 2004, un mandat conjoint est signé entre le Premier ministre danois et le Premier ministre groenlandais pour mettre en place une Commission de l’Autogouvernement, composée de représentants des deux parties, coprésidée par des figures comme Jonathan Motzfeldt.
Cette Commission remet en 2008 un rapport et un projet de loi sur l’autogouvernement du Groenland, publié comme Livre blanc danois n°1497. Un référendum consultatif est organisé au Groenland en novembre 2008 : la participation atteint près de 72 %, et 75,54 % des votants approuvent la proposition.
Année de l’adoption de la Loi sur l’autogouvernement du Groenland par le Parlement danois, marquant une étape décisive dans son autonomie.
Contenu et portée de la Loi sur l’autogouvernement
Le texte de 2009 marque un tournant majeur. Son préambule reconnaît explicitement que le peuple groenlandais constitue un peuple au sens du droit international, doté du droit à l’autodétermination. La loi abroge formellement le régime de Home Rule de 1978 (qui subsiste seulement par des dispositions transitoires) et instaure un cadre fondé sur la répartition des pouvoirs entre Copenhague et Nuuk.
Pour les domaines déjà assumés par le Groenland ou qui peuvent l’être, le schéma est celui d’une séparation nette des pouvoirs : le législatif revient à l’Inatsisartut, l’exécutif à Naalakkersuisut, et le judiciaire aux tribunaux du Groenland (district courts, Greenlandic Court, Country Court). La Cour suprême danoise demeure l’ultime instance de recours.
Le transfert de compétences du Danemark au Groenland s’opère via deux listes. La liste I (ex : accidents du travail, circulation routière) peut être reprise par le Groenland à la date de son choix. La liste II (ex : police, justice, droit pénal), concernant des domaines plus sensibles, nécessite quant à elle une négociation préalable avec le gouvernement danois.
Dans le même temps, la loi consacre le groenlandais (kalaallisut) comme langue officielle de l’île. Le danois reste largement utilisé dans l’administration et l’éducation, mais perd son statut officiel. Depuis 2011, toute la législation groenlandaise est accessible en ligne en groenlandais et en danois.
Financement, ressources et perspective d’indépendance
Sur le plan financier, l’autogouvernement repose sur un compromis : le Danemark garantit au Groenland une subvention annuelle fixe de 3 439,6 millions de couronnes (montant de base 2009, indexé sur l’inflation). En contrepartie, les revenus issus des ressources minérales (hydrocarbures, minerais, terres rares, etc.) reviennent à la partie groenlandaise, mais au‑delà d’un seuil de 75 millions de couronnes par an, la subvention danoise est réduite de moitié de ce surplus. Si la subvention tombait à zéro, un nouveau cadre de relations financières devrait être négocié.
Les domaines de la défense, de la politique étrangère, de la sécurité et de la monnaie relèvent du Danemark. Cependant, le gouvernement groenlandais peut conclure des accords internationaux spécifiques au territoire dans ses secteurs de compétence. Des représentants groenlandais peuvent intégrer des missions diplomatiques danoises. Le Danemark doit informer et consulter le Groenland sur les négociations d’accords l’impactant significativement.
Enfin, la loi de 2009 consacre un principe capital : toute décision relative à une éventuelle indépendance du Groenland appartient au peuple groenlandais. En cas de projet d’indépendance, un référendum devrait être organisé, et l’accord final devrait être approuvé à la fois par l’Inatsisartut et par le Folketing danois, conformément à l’article 19 de la Constitution sur la modification des frontières du Royaume.
Le Groenland contemporain : entre autonomie, dépendance économique et enjeux mondiaux
Aujourd’hui, le pays fonctionne avec ses propres institutions — Parlement de 31 membres, gouvernement local, tribunaux —, tout en restant intégré à la communauté politique et juridique du Royaume de Danemark, et, via celui‑ci, à l’OTAN et au système européen au sens large. Sa trajectoire récente est marquée par plusieurs tensions : désir d’autonomie accrue, dépendance au bloc‑grant danois, ouverture aux investissements dans les ressources, et intérêts croisés des grandes puissances dans l’Arctique.
Une économie encore sous perfusion danoise
L’économie du Groenland repose principalement sur la pêche (crevette, flétan, morue) qui représente l’essentiel des exportations, complétée par des activités publiques, quelques mines (cryolite jusqu’en 1987, projets récents de zinc, fer ou terres rares), un secteur touristique en croissance et des expérimentations en énergie (hydroélectricité notamment). Malgré un revenu par habitant relativement élevé, la structure reste fragile : la subvention danoise représente près de la moitié des recettes publiques.
Le mécanisme de partage des recettes minières prévu par la loi de 2009 alimente un débat permanent : comment développer les ressources sans compromettre l’environnement, ni créer une dépendance à de nouveaux acteurs extérieurs (compagnies étrangères, puissances tierces) qui remplacerait la dépendance financière à Copenhague ?
Droits des peuples autochtones et reconnaissance internationale
Sur le plan du droit international, le Groenland est au cœur des débats sur les droits des peuples autochtones. Le Danemark a ratifié en 1996 la Convention n°169 de l’Organisation internationale du Travail sur les peuples indigènes et tribaux. Dans l’affaire dite de la base de Thulé, la Cour suprême danoise et l’organe de contrôle de l’OIT ont qualifié les Groenlandais d’« un seul peuple » au sens du droit international, avec des droits collectifs sur terres et ressources. En 2007, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones vient renforcer ce cadre. La reconnaissance du droit à l’autodétermination dans le préambule de la loi de 2009 s’inscrit clairement dans cette évolution.
Des politiques passées envers les populations autochtones, telles que les stérilisations forcées et les placements d’enfants, font l’objet d’enquêtes et de demandes de réparations. En 2023, des femmes victimes d’une campagne de pose de stérilets dans les années 1960-1970 ont réclamé des compensations au Danemark. De plus, en 2025, Copenhague et Nuuk se sont accordés pour abandonner un outil psychologique standardisé, jugé culturellement biaisé, utilisé pour évaluer les compétences parentales.
L’Arctique, nouvelle frontière stratégique
Au XXIe siècle, la fonte accélérée de la banquise arctique, la perspective de nouvelles routes maritimes et l’appétit pour les ressources minières et énergétiques font du Groenland un espace très convoité. Les États‑Unis, qui maintiennent leur présence militaire via la base spatiale de Pituffik (anciennement Thule Air Base), manifestent périodiquement leur intérêt pour le contrôle de l’île, jusqu’à l’idée, relancée au plus haut niveau politique américain en 2019, d’en proposer l’achat — proposition rejetée fermement par le Danemark et le Groenland.
Initiatives du Danemark et du Groenland pour affirmer leur présence et leur souveraineté face aux enjeux géopolitiques régionaux.
Déploiement de drones, remise en service de radars aux Féroé, utilisation de satellites et coordination avec les alliés de l’OTAN pour surveiller l’Arctique.
Ouverture de représentations à Copenhague, Bruxelles, Washington, Reykjavik et Pékin pour porter la voix du Groenland sur la scène internationale.
Stratégie proactive du Groenland pour accroître son influence dans les affaires mondiales et défendre ses intérêts propres.
Dans ce contexte, la relation entre Nuuk et Copenhague oscille entre coopération et crispation. Le comité conjoint Danemark–Féroé–Groenland sur la politique étrangère et de sécurité, créé en 2021, illustre la reconnaissance croissante du rôle des territoires autonomes dans les choix stratégiques du Royaume. Mais les débats restent vifs sur la place du Groenland dans les alliances, sur le partage d’information en matière de défense, et sur l’équilibre entre sécurité collective et souveraineté locale.
Une trajectoire singulière au cœur de l’Atlantique nord
L’histoire du pays Groenland n’est ni linéaire ni uniforme. Elle se compose de longues périodes d’isolement relatif, de brusques irruptions de l’extérieur — colonisation norroise, missions danoises, bases américaines —, de traumatismes silencieux et d’affirmations progressives d’un droit à décider pour soi‑même. Elle met en lumière les capacités d’adaptation extraordinaires de populations vivant dans un des environnements les plus rudes de la planète, mais aussi la vulnérabilité de sociétés insérées à la marge des grands systèmes économiques et politiques.
Des Saqqaq aux Inuit d’aujourd’hui, des fermes vikings de Brattahlíð aux immeubles modernes de Nuuk, des premiers missionnaires luthériens aux juristes qui ont rédigé la loi de 2009, le fil conducteur reste une question : qui décide de l’avenir de cette immense île blanche ? La réponse, désormais inscrite dans le droit, est claire : c’est le peuple groenlandais lui‑même, au terme d’un long cheminement historique qui, pour autant, n’a pas encore livré son chapitre final.
Histoire et souveraineté du Groenland
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale en Groenland pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Groenland, Islande, Norvège, Canada arctique), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark, pour sa fiscalité personnelle compétitive, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de la vie variable selon les localités et un environnement politico‑juridique stable. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du permis de résidence, organisation matérielle sur place (logement, couverture santé locale, articulation CNAS/CPAM), transfert des relations bancaires, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire).
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