S’installer au Groenland, que ce soit pour un contrat de travail, un projet entrepreneurial ou une mission de quelques années, oblige à repenser complètement la façon de gérer son argent. Territoire immense, peu peuplé, avec un système bancaire très concentré et une digitalisation en pleine accélération, le Groenland ne ressemble à aucun autre marché. Pour un expatrié, la clé consiste à combiner intelligemment banques locales, solutions numériques internationales et une bonne compréhension du cadre fiscal et réglementaire.
Un système bancaire limité mais soutenu par le Danemark
Le point de départ, pour tout expatrié, reste le paysage bancaire local. Le Groenland est un territoire autonome du Royaume de Danemark, et sa monnaie officielle est la couronne danoise (DKK). Le système bancaire groenlandais est directement encadré par le dispositif danois, considéré comme solide, et dont les conditions d’exploitation devraient continuer à soutenir l’économie locale dans les années à venir.
L’infrastructure reste toutefois réduite : on parle d’un marché très concentré, avec seulement quelques institutions clés et une présence inégale sur le territoire. La population totale dépasse à peine 56 000 habitants, répartis dans des villes côtières et de nombreux petits villages isolés, ce qui complique forcément l’implantation de réseaux d’agences ou de distributeurs.
Les principaux acteurs : Bank of Greenland, BankNordik et Danske Bank
La colonne vertébrale du système bancaire est la Bank of Greenland (GrønlandsBANKEN), la plus ancienne banque du pays et la seule véritable banque commerciale nationale après plusieurs fusions. Elle est cotée à la Bourse de Copenhague (symbole GRLA, ISIN DK0010230630) et son siège est à Nuuk. Son activité couvre la banque de détail, l’assurance et la gestion d’investissements, avec environ 50 000 clients, plus de 7,4 milliards de DKK d’actifs en 2020 et un réseau d’agences dans les principales villes.
BankNordik, un groupe bancaire originaire des Îles Féroé, est un acteur majeur au Groenland. Il y est présent via une agence à Nuuk et une implantation à Paamiut (Frederikshåb). Le groupe, historiquement actif aux Féroé, en Islande et au Danemark, a renforcé sa présence groenlandaise dans les années 2010 en y acquérant des branches. Il y propose une gamme classique de services bancaires, de crédit et d’assurance.
S’y ajoute une présence de Danske Bank par une agence à Nuuk, qui offre une porte d’entrée intéressante pour les expatriés déjà clients du groupe au Danemark ou dans d’autres pays nordiques, notamment pour les questions de transferts et de crédit immobilier via le système danois.
Les deux principaux acteurs locaux dominent le marché.
| Banque | Siège principal | Actifs (année de référence) | Résultat avant impôts (année de réf.) | Employés (FTE env.) | Produits principaux |
|---|---|---|---|---|---|
| Bank of Greenland | Nuuk (Groenland) | 7,4 Mds DKK (2020) | 114,4 M DKK (jan-sept 2021) | 136 (2020) | Comptes, crédits, assurances, gestion d’investissement |
| BankNordik (groupe) | Tórshavn (Féroé) | 15,5 Mds DKK (2016) | 227 M DKK (2016) | ~415 (2009, groupe) | Comptes, crédits, assurances, services aux particuliers et PME |
Pour les expatriés, ces établissements constituent le socle bancaire “onshore” indispensable : salaires, paiements locaux en DKK, crédit à la consommation ou immobilier, accès aux guichets automatiques et, dans certains cas, conseils fiscaux et patrimoniaux adaptés au contexte groenlandais.
Cartes, espèces et réalités du terrain : comment payer au quotidien
Derrière ce paysage institutionnel relativement simple se cache une réalité beaucoup plus contrastée lorsqu’on descend au niveau des moyens de paiement. Au Groenland, la manière de payer dépend très fortement de l’endroit où l’on se trouve.
Informations sur l’acceptation des cartes bancaires dans les principales villes groenlandaises pour les expatriés et les visiteurs.
Dans la capitale Nuuk et les grands centres comme Sisimiut ou Ilulissat, les cartes de débit et de crédit (Visa, Mastercard, Dankort, etc.) sont largement acceptées dans les hôtels, restaurants, supermarchés et agences de voyages.
Les expatriés qui y résident peuvent vivre de manière assez proche d’un standard européen, avec terminaux de paiement omniprésents et distributeurs automatiques bien implantés.
Dès que l’on s’éloigne de ces pôles, l’image change rapidement. Beaucoup de petites localités n’ont ni banque, ni DAB, ni même parfois de connexion fiable. Dans ces régions, l’argent liquide, en couronnes danoises, reste le roi.
Pour l’illustrer, un panorama synthétique par ville permet de visualiser l’ampleur des écarts :
| Localité | Banque(s) présente(s) | DAB (ATMs) | Moyen de paiement dominant |
|---|---|---|---|
| Nuuk | Bank of Greenland, BankNordik, Danske Bank | Nombreux DAB | Cartes + espèces |
| Sisimiut | Bank of Greenland | Quelques DAB | Cartes fréquentes, espèces utiles |
| Ilulissat | Bank of Greenland | DAB disponibles | Cartes très utilisées |
| Aasiaat | Bank of Greenland | DAB, horaires et fonds parfois limités | Cartes + espèces |
| Qaqortoq | Une banque locale | DAB (cartes étrangères parfois refusées) | Espèces souvent préférées |
| Maniitsoq | Bank of Greenland | Aucun DAB | Carte selon commerce, espèces essentielles |
| Nanortalik | Bank of Greenland | DAB rares | Espèces très fréquentes |
| Kangerlussuaq | Services bancaires limités | Peu de DAB | Transactions surtout en cash |
| Tasiilaq | Bank of Greenland | DAB limités | Espèces largement utilisées |
| Uummannaq | Aucune banque | Aucun DAB | Cash obligatoire |
| Ittoqqortoormiit | Aucune banque | Aucun DAB | Cash quasi exclusivement |
| Kulusuk | Aucune banque | Aucun DAB | Cartes parfois acceptées, pas de retrait |
| Narsarsuaq | Aucune banque | Un petit DAB | Espèces recommandées |
Pour un expatrié, cette géographie du cash implique plusieurs réflexes concrets :
Pour un séjour sans imprévus financiers au Groenland, il est conseillé d’arriver avec une réserve raisonnable de couronnes danoises (DKK) en billets, particulièrement si vous prévoyez de vous déplacer rapidement hors des villes principales comme Nuuk ou Ilulissat. Avant le départ, vérifiez auprès de votre banque que votre carte bancaire (réseau Visa ou Mastercard) est bien acceptée sur place et que votre plafond de retrait est suffisant. Anticipez les week-ends et les périodes de forte affluence touristique, car certains distributeurs automatiques de billets (DAB) peuvent se retrouver vides ou temporairement hors service. Enfin, pour les régions les plus isolées, complètement dépourvues de distributeurs, il est essentiel de conserver une marge de sécurité en espèces.
Il faut aussi intégrer que certains commerçants appliquent un montant minimum pour les paiements par carte, ce qui renforce l’intérêt d’avoir toujours quelques billets sur soi.
Ouvrir un compte bancaire sur place : exigences et formalités
Pour les expatriés qui restent plus que quelques mois, ouvrir un compte local est fortement recommandé. Cela permet de :
– percevoir un salaire versé par un employeur groenlandais ;
– régler loyers, factures d’électricité, d’Internet ou d’assurance directement en DKK ;
– limiter les frais de change et de retrait liés à l’utilisation d’une carte étrangère ;
– constituer une base pour l’épargne retraite ou l’investissement local.
Les banques présentes au Groenland, en particulier BankNordik et la Bank of Greenland, appliquent des procédures d’entrée en relation alignées sur les normes internationales de lutte contre le blanchiment (AML). En pratique, cela signifie que l’ouverture de compte est loin d’être une simple formalité.
Les informations et documents typiquement demandés
Les formulaires d’ouverture de compte sont détaillés et couvrent plusieurs domaines :
Pour finaliser votre demande, vous devez fournir : votre identité complète (nom, adresse, coordonnées, profession, numéro de sécurité sociale) ; votre nationalité et lieu de naissance ; votre situation fiscale (pays de résidence et obligations fiscales, notamment aux États-Unis) ; la finalité du compte ; vos volumes financiers annuels et leur provenance ; la fréquence et les montants de vos opérations en espèces ; les détails de vos transferts internationaux ; et votre statut éventuel de Personne Politiquement Exposée (PEP).
En matière de justificatifs d’identité et de domicile, les exigences sont elles aussi strictes. Il faut présenter :
– un passeport ou permis de conduire valide (selon la nationalité et le pays de résidence) ;
– un document officiel attestant l’adresse et le numéro d’identification nationale (par exemple un avis d’imposition, une attestation des autorités fiscales ou un relevé officiel d’organisme public) ;
– pour certains résidents européens, une carte d’identité nationale d’un pays de l’espace Schengen peut être acceptée.
Les résidents étrangers doivent fournir un justificatif de leur numéro d’identification fiscale (TIN) dans leur pays de résidence. Le respect de l’accord FATCA pour les contribuables américains potentiels fait également l’objet d’une attention particulière.
Un processus encadré par la lutte contre le blanchiment
Toutes ces demandes s’expliquent par l’obligation faite aux banques d’appliquer la législation anti-blanchiment. Avant de nouer une relation, l’établissement doit connaître le volume global d’affaires qu’il aura avec le client, comprendre l’origine des fonds, et être en mesure d’identifier des mouvements atypiques (montants anormalement élevés, flux fréquents vers des pays à risque, etc.).
Pour l’expatrié, la meilleure stratégie consiste à préparer à l’avance un “dossier bancaire” complet, en anglais ou en danois, avec :
– copies de passeport, permis de séjour, contrat de travail ;
– derniers avis d’imposition du pays d’origine ;
– justificatifs de revenus (bulletins de salaire ou missions freelance) ;
– si possible, lettre de référence bancaire d’un établissement dans le pays d’origine.
Ce degré de préparation permet d’éviter des allers-retours fastidieux et réduit les délais d’ouverture de compte.
Banques locales versus solutions numériques internationales
La particularité du Groenland aujourd’hui, c’est la rencontre entre un système bancaire local relativement restreint et une montée en puissance rapide des solutions de banque digitale et des fintechs. Pour un expatrié, l’enjeu n’est pas de choisir entre l’un ou l’autre, mais d’assembler un écosystème cohérent.
Les points forts des banques locales
Les établissements comme la Bank of Greenland ou BankNordik présentent des atouts que les fintechs internationales ne peuvent pas totalement remplacer :
Une banque locale offre plusieurs avantages spécifiques : une expertise de la réglementation fiscale groenlandaise (retraites, investissement, double imposition) ; l’accès à des produits adaptés au contexte local comme le crédit immobilier (tenant compte du droit d’usage du terrain), le financement de bateaux ou le soutien aux projets entrepreneuriaux ; la présence de guichets physiques, essentiels dans les zones où la connexion numérique est peu fiable ; et un rôle central pour le versement des salaires ou des pensions lorsque l’employeur ou le fonds de retraite privilégie un partenaire local.
La Bank of Greenland a par exemple mis en place des initiatives comme Qassit.gl, un programme éducatif à destination des collégiens, et réserve des fonds pour soutenir les petits entrepreneurs locaux. Pour un expatrié souhaitant investir dans une activité sur place, ces dispositifs peuvent constituer des portes d’entrée.
Le rôle structurant de la banque en ligne pour les expatriés
En parallèle, la montée en puissance de la banque digitale change profondément la donne pour les personnes mobiles. Pour les expatriés en général, et ceux du Groenland en particulier, les plateformes internationales apportent :
Découvrez les fonctionnalités essentielles d’une solution bancaire moderne conçue pour faciliter la gestion de vos finances à l’international.
Jonglez simplement entre couronne danoise, euro, dollar et autres devises depuis un seul et même compte.
Effectuez des virements rapides et moins coûteux que ceux proposés par de nombreuses banques traditionnelles.
Suivez vos dépenses, budgets, objectifs d’épargne et investissements à l’échelle mondiale via une interface unique.
Accédez à vos comptes 24h/24 et 7j/7, une flexibilité précieuse avec les décalages horaires et les déplacements.
Des acteurs comme Wise, Revolut, HSBC Expat, Suisse Bank ou encore certaines néobanques européennes se positionnent clairement sur ce créneau. Ils permettent souvent d’obtenir des IBAN locaux dans plusieurs devises, d’alimenter des cartes de débit internationales et de centraliser revenus et dépenses en plusieurs monnaies.
Pour un expatrié installé au Groenland, les scénarios d’usage typiques sont nombreux : salaire reçu en DKK, crédits immobiliers ou investissements libellés en euros, famille à l’étranger à soutenir financièrement, etc. Dans ce contexte, un simple compte en DKK dans une banque locale ne suffit plus.
Les transferts internationaux : arbitrer entre banque locale et fintech
Le cas des transferts d’argent vers et depuis le Groenland illustre bien la complémentarité entre banques locales et solutions numériques.
La Bank of Greenland, par exemple, permet d’initier des virements internationaux via son interface de banque en ligne (mais pas via l’application mobile). On peut choisir une exécution “normale” (2 à 3 jours ouvrés) ou “express” (jour ouvré suivant si l’ordre est passé avant 10h45, heure du Groenland). Les frais sont de :
– 50 DKK pour un virement standard ;
– 0,1 % du montant (1 ‰), avec un minimum de 400 DKK, pour un virement express.
Le client choisit aussi qui prend en charge les frais totaux : émetteur, bénéficiaire ou partage entre les deux, en gardant à l’esprit que la banque du destinataire peut facturer sa propre commission.
À côté de cela, des plateformes comme Wise ou WorldRemit proposent des transferts souvent plus transparents et parfois moins coûteux, avec :
– un taux de change proche du taux médian du marché ;
– des frais ventilés clairement (par exemple un pourcentage du montant, typiquement quelques dixièmes de pour cent) ;
– une exécution souvent très rapide, avec une part importante des transferts arrivant en moins d’une journée.
Le tableau ci-dessous résume les grandes caractéristiques d’un virement international depuis le Groenland en passant par une banque locale ou une fintech :
| Critère | Banque locale (ex. Bank of Greenland) | Fintech (ex. Wise, WorldRemit) |
|---|---|---|
| Canal d’initiation | Banque en ligne (Web), conseiller | Application ou site Web, 100 % en ligne |
| Délai standard | 2–3 jours ouvrés | De quelques secondes à 1–2 jours selon pays |
| Délai express | 1 jour (ordre avant 10h45) | Offres rapides fréquentes, parfois “quasi instant” |
| Frais indicatifs | 50 DKK (standard) / min. 400 DKK (express) | Pourcentage faible, souvent 0,1–0,5 % du montant |
| Taux de change | Taux bancaire, marge parfois peu lisible | Taux de marché (mid-market) + frais séparés |
| Documents requis | IBAN/SWIFT, coordonnées complètes bénéficiaire | IBAN/SWIFT, coordonnées, parfois selfie/ID |
| Suivi du virement | Relevé bancaire, interface Web | Notifications temps réel, suivi dans l’appli |
En pratique, beaucoup d’expatriés adoptent une solution hybride : compte principal au Groenland pour les flux locaux, et compte multi-devises chez une fintech pour gérer les flux internationaux à moindre coût.
Infrastructures numériques et révolution bancaire en cours
On pourrait imaginer que, compte tenu de son isolement, le Groenland reste en marge de la révolution numérique. C’est l’inverse qui se produit : le territoire est engagé dans une démarche de modernisation intense de ses réseaux de télécommunication, avec le déploiement de fibre optique et de solutions satellitaires pilotées notamment par TELE Greenland.
L’amélioration de la connectivité permet une transformation accélérée des services financiers, comme en témoignent des initiatives locales telles que la « Sermersooq Digital Bank » ou des plateformes mobiles conçues pour fonctionner avec une faible bande passante. Les banques traditionnelles déploient également des applications de banque mobile, des chatbots basés sur l’IA, des systèmes d’authentification biométrique (empreinte digitale, reconnaissance faciale) et des infrastructures de sécurité sophistiquées, incluant le chiffrement AES-256, des pare-feux multicouches et des protocoles propriétaires comme « IceWall ».
Pour les expatriés, ces évolutions ont des impacts concrets :
La banque en ligne permet de gérer ses comptes à distance, évitant ainsi des déplacements longs et parfois dangereux vers les agences, surtout en hiver. Les connexions sont sécurisées par une authentification forte et un chiffrement, même sur des réseaux instables. Les interfaces sont disponibles en groenlandais, danois et anglais, facilitant leur utilisation.
Les autorités publiques, avec des programmes comme “Digital Greenland”, encouragent cette numérisation non seulement pour des raisons de commodité, mais aussi comme levier de diversification économique (soutien aux startups, nouveaux moyens de paiement pour l’e-commerce, solutions pour les pêcheries ou le tourisme, etc.).
Sécurité, cybersécurité et bonnes pratiques pour expatriés
Dès lors qu’on gère ses finances à distance, parfois depuis des réseaux Wi-Fi publics dans de petits aérodromes ou hôtels, la question de la sécurité devient centrale. Les banques et les fintechs multiplient les dispositifs : chiffrement bout en bout, authentification à deux facteurs (2FA), détection de fraude par apprentissage automatique, alertes en temps réel en cas d’activité suspecte.
Au Groenland, la géographie restreinte amplifie l’impact des fuites de données. Face à des incidents comme des tentatives de phishing ciblant la clientèle locale, les banques ont renforcé la formation de leurs équipes et de leurs clients, en diffusant des conseils et en organisant des simulations d’attaques par e-mail.
Pour les expatriés, quelques réflexes s’imposent :
– éviter d’effectuer des opérations sensibles (modification de mots de passe, ordres de virement importants) depuis des Wi-Fi publics non sécurisés ;
– activer systématiquement les moyens d’authentification forte proposés (application dédiée, SMS, token physique type lecteur MitID, etc.) ;
– surveiller de près les notifications en temps réel envoyées par la banque ou la fintech, pour réagir immédiatement en cas d’opération non reconnue ;
– mettre à jour régulièrement système d’exploitation et applications, y compris les apps bancaires, pour bénéficier des derniers correctifs de sécurité.
De nombreux établissements bancaires, notamment en Amérique du Nord et en Europe, bloquent l’accès à leurs services en ligne depuis des adresses IP étrangères pour des raisons de sécurité et de conformité. Cela peut affecter les expatriés, comme des Américains en Europe ou des résidents au Groenland, qui peuvent se voir refuser l’accès à leur compte bancaire d’origine.
Dans ces cas, l’usage d’un VPN de qualité, respectant la protection des données (politique de non-conservation des logs), peut constituer une solution technique pour maintenir l’accès à ses comptes d’origine, tout en restant dans un cadre légal et prudent.
Cadre fiscal, pensions et implications bancaires pour les expatriés
Gérer ses finances à l’international ne se résume pas aux moyens de paiement. Au Groenland, la fiscalité et le système de retraite ont des particularités qui impactent directement les choix bancaires des expatriés.
Résidence fiscale et taux d’imposition
Le statut fiscal dépend essentiellement de la durée et de la nature de la présence sur le territoire. Une personne devient pleinement imposable au Groenland (imposition mondiale des revenus) si elle y réside ou y séjourne au moins six mois (avec seulement de courtes interruptions). Ceux qui restent moins longtemps mais perçoivent certains types de revenus groenlandais relèvent d’une imposition limitée, concentrée sur ces revenus précis (salaires liés à un travail effectué sur place, revenus immobiliers, dividendes de sociétés groenlandaises, etc.).
Les taux d’imposition sur le revenu au Groenland oscillent entre 36 % et 44 %, selon les communes.
Pour un expatrié, il est important de :
– clarifier, avec l’aide d’un conseiller, à partir de quand il bascule dans la résidence fiscale groenlandaise ;
– comprendre l’impact sur la déclaration de revenus mondiale (salaires, loyers, dividendes perçus à l’étranger) ;
– vérifier l’existence d’une convention de non double imposition entre le Groenland (par le biais du Danemark) et son pays d’origine, et les règles applicables aux retraites, intérêts, dividendes, etc.
Régime obligatoire de retraite et choix de la banque
Le Groenland a instauré un régime de retraite obligatoire pour les personnes pleinement imposables, âgées de 18 ans et plus, au-delà d’un certain seuil de revenus annuels (125 000 DKK). Le taux de contribution, exprimé en pourcentage de la base annuelle d’épargne, augmente progressivement (10 %, puis 11 %…). Seuls certains organismes de retraite reconnus, dont la Bank of Greenland et BankNordik, sont habilités à recevoir ces contributions de façon à remplir l’obligation légale.
Pour les expatriés, les cotisations versées sur des plans de pension étrangers (dont les banques danoises, sauf exception) ne sont généralement pas déductibles fiscalement au Groenland et ne comptent pas pour l’obligation d’épargne retraite locale. Elles peuvent même, dans certains cas, être soumises à une ‘imposition anticipée’ (taxation des cotisations plutôt que de la rente), nécessitant un arbitrage minutieux.
Pour éviter les mauvaises surprises, il est recommandé de :
– se rapprocher d’un établissement local reconnu comme fournisseur de produits de retraite (par exemple une banque locale ou un fonds tel que SISA) ;
– centraliser les versements de retraite obligatoires dans un produit clairement identifié comme conforme à la loi groenlandaise ;
– conserver ses anciens plans de retraite étrangers pour la partie correspondant à la période pré-Groenland, en vérifiant auprès des autorités et de la banque la façon dont ils seront traités fiscalement.
Le choix de la banque locale est donc déterminant, non seulement pour les opérations courantes, mais aussi pour l’optimisation de la retraite et la bonne application de la réglementation.
Investissement, immobilier et rôle des banques pour les expatriés
Un autre volet de la gestion financière concerne les investissements : actions, immobilier, création d’entreprise, projets dans l’économie locale. Le Groenland présente à la fois des opportunités et des contraintes très fortes.
Côté opportunités, on trouve :
– la possibilité d’acquérir des parts de sociétés groenlandaises, comme la Bank of Greenland elle-même, cotée à Copenhague, ou des entreprises étrangères ayant des intérêts dans les mines, l’énergie ou la pêche au Groenland ;
– l’investissement dans l’immobilier résidentiel dans des villes en croissance comme Nuuk ou Ilulissat, où la demande en logement est importante, notamment avec l’ouverture de nouveaux aéroports internationaux ;
La propriété foncière en Thaïlande est régie par un cadre juridique spécifique : la terre appartient à l’État. L’achat porte donc sur les bâtiments et un droit d’usage (allotissement de site), et non sur le terrain lui-même. La procédure implique de nombreux permis et la législation s’est récemment durcie pour limiter la spéculation étrangère. Des conditions de résidence, de nationalité ou de durée de présence fiscale sont applicables à l’acquisition d’un bien.
Pour financer un achat immobilier, les banques locales restent incontournables. Elles connaissent :
– la structure des droits d’usage du sol ;
– les règles spécifiques sur les garanties possibles (on ne peut pas hypothéquer le terrain, seulement le bâtiment) ;
– les plafonds et durées de crédit adaptés à un marché étroit, où la revente peut prendre du temps.
Un expatrié intéressé par un investissement immobilier devra donc :
– discuter tôt avec sa banque (locale et éventuellement danoise) pour comprendre les conditions d’emprunt, notamment le niveau d’apport requis et les garanties exigées ;
– vérifier s’il remplit les critères légaux pour l’acquisition (pays de citoyenneté, durée de résidence et de paiement d’impôts au Groenland, etc.) ;
– apprécier la valeur symbolique et stratégique de l’investissement (foothold dans une zone arctique en mutation) plutôt que de tabler sur une liquidité ou une rentabilité comparables à un marché urbain classique.
Les banques peuvent aussi accompagner des projets entrepreneuriaux liés à la pêche, au tourisme, au numérique ou à des services locaux, souvent avec un soutien des autorités via des dispositifs de subvention ou de prêts bonifiés.
Comment construire une “boîte à outils” bancaire efficace en tant qu’expatrié
Face à cette complexité – géographique, technologique, réglementaire – la meilleure approche pour un expatrié au Groenland est de construire une véritable “boîte à outils” financière, combinant plusieurs couches.
Sur le plan pratique, cela signifie souvent : une application concrète des théories étudiées dans divers domaines, une adaptation aux réalités du terrain et une mise en œuvre efficace des solutions proposées.
Pour une expatriation sereine au Groenland, une organisation financière adaptée est essentielle. Voici les comptes et services clés à mettre en place.
Ouvrez un compte dans une banque groenlandaise (Bank of Greenland ou BankNordik) pour recevoir votre salaire, payer votre loyer, vos factures et la retraite obligatoire.
Demandez une ou deux cartes associées à votre compte local pour effectuer vos paiements quotidiens en ville et retirer des couronnes danoises (DKK) aux distributeurs.
Ouvrez un compte chez une fintech internationale (Wise, Revolut, HSBC Expat…) pour gérer vos transferts entre pays, convertir des sommes importantes à moindre coût et disposer d’IBAN en EUR, USD, etc.
Envisagez un compte chez un courtier international (ex: Interactive Brokers) pour les opérations de change sur gros montants et les investissements boursiers mondiaux, en lien avec votre compte multi-devises.
Souscrivez une assurance santé incluant le rapatriement sanitaire, indispensable compte tenu du coût très élevé des évacuations médicales depuis les régions isolées du Groenland.
Ce schéma permet : la visualisation claire des processus et des relations entre les différentes entités.
L’utilisation de comptes bancaires digitaux permet de répondre aux contraintes locales (comme l’adaptation au régime de retraite ou la gestion des versements de salaires), de réduire les frictions et les coûts associés aux transferts de fonds internationaux, et de conserver une flexibilité en cas de changement de pays de résidence, car ces comptes suivent généralement leur titulaire quel que soit le pays.
Dans un territoire aussi singulier que le Groenland, la gestion financière des expatriés ne se résume pas à “ouvrir un compte et prendre une carte”. Elle devient un exercice stratégique, qui doit intégrer l’infrastructure bancaire locale, la topographie du pays, la fiscalité, les exigences de la retraite obligatoire et les nouveaux outils digitaux. Ceux qui prennent le temps de structurer cet écosystème dès leur arrivée gagnent en sérénité, en sécurité et, souvent, en pouvoir d’achat à long terme.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Groenland, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark, pour bénéficier d’une fiscalité personnelle modérée, de l’absence d’impôt sur la fortune, d’un coût de vie inférieur aux grandes capitales européennes et d’un environnement économique de niche (énergies, logistique arctique, tourisme spécialisé). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du permis de résidence, organisation de la couverture santé via les régimes locaux et coordination avec la CPAM, transfert de la résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec réseau local (avocat, fiscaliste danois/ groenlandais, services d’immigration bilingues) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire pour réduire les risques de double imposition et sécuriser la transmission).
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