Géographie du pays Groenland

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Coincé entre l’océan Arctique et l’Atlantique Nord, le Groenland fascine autant par sa taille démesurée que par l’extrême simplicité apparente de sa carte : une immense masse blanche au milieu des mers froides. Derrière cette image se cache pourtant une géographie d’une complexité rare, où se mêlent une calotte glaciaire gigantesque, des fjords parmi les plus spectaculaires du monde, des mers aux courants contrastés, un socle rocheux parmi les plus anciens de la planète et des marges côtières qui abritent pratiquement toute la vie du pays.

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Un géant arctique : cadre général et dimensions

Le Groenland est le plus grand îlot du globe, avec une superficie totale d’environ 2,16 millions de kilomètres carrés. Il s’étire sur près de 2 670 kilomètres du nord au sud et plus de 650 kilomètres d’est en ouest à son point le plus large. Plus des deux tiers de son territoire se trouvent au‑delà du cercle polaire arctique, ce qui en fait le pays le plus septentrional de la planète. Sa pointe nord, autour de l’île de Kaffeklubben, figure parmi les terres permanentes les plus proches du pôle Nord.

44000

La ligne de côte du Groenland, découpée par de nombreux fjords et baies, atteint plus de 44 000 kilomètres.

Une surface presque entièrement sous la glace

La caractéristique géographique dominante du pays est la calotte glaciaire du Groenland, la deuxième plus volumineuse de la planète après celle de l’Antarctique. Elle recouvre environ 1,71 million de kilomètres carrés, soit près de 79 à 84 % du territoire selon les estimations. Concrètement, seuls quelque 410 000 kilomètres carrés de terres sont aujourd’hui libres de glace, l’équivalent approximatif de la superficie de la Suède.

Bon à savoir :

Cette calotte a une épaisseur moyenne de 1,5 à 1,7 km, pouvant dépasser 3 km. Son volume est estimé entre 2,85 et 2,9 millions de km³ de glace, représentant environ 7 à 10 % des réserves d’eau douce gelée de la planète. Son poids est tel qu’il enfonce le socle rocheux sous le niveau de la mer ; si elle fondait entièrement, une grande partie de l’intérieur deviendrait un bassin marin ou un immense lac.

Le tableau ci‑dessous résume quelques ordres de grandeur essentiels de la calotte glaciaire du pays.

IndicateurValeur approximative
Surface de la calotte glaciaire1,71 million km²
Part du territoire recouvert de glace79–84 %
Épaisseur moyenne1,5–1,7 km
Épaisseur maximale> 3 km
Volume de glace~2,85–2,9 millions km³
Part de l’eau douce gelée mondiale~7–10 %
Hausse du niveau marin si fonte totale~7,2–7,4 m (≈ 24 pieds)

Relief, extrêmes et structure du territoire

Sous cette coquille de glace, le Groenland n’est pas un plateau uniforme, mais un puzzle de montagnes, de canyons et de bassins. Le relief libre de glace se concentre en une étroite frange côtière, surtout montagneuse et très découpée, tandis que l’intérieur est dominé par le dôme glacé.

Montagnes, canyons et extrémités

Le point culminant du pays est le Gunnbjørn Fjeld, dans la chaîne de Watkins à l’est, qui atteint 3 694 à 3 700 mètres d’altitude, le sommet le plus élevé de tout l’Arctique. La surface de la calotte elle‑même monte jusqu’à environ 3 200 mètres dans l’est‑centre de l’île, avant de retomber vers les marges côtières où la glace s’échappe par de puissants glaciers de sortie.

Autour du manteau blanc, les côtes présentent un profil typiquement glaciaire : montagnes abruptes au‑dessus des fjords, versants rocheux nus ou peu végétalisés, vallées profondes envahies par la mer. Sous la glace, des recherches géophysiques ont révélé l’existence d’un canyon géant, parfois appelé le « Grand Canyon du Groenland », qui pourrait avoir guidé autrefois un grand fleuve coulant vers l’ouest, avant la dernière glaciation.

Description géographique du Groenland

Les points extrêmes du pays dessinent l’étendue de ce territoire arctique :

Point extrêmeLocalisation / Coordonnées approximatives
Point le plus septentrional (terre)Île Kaffeklubben (~83°40’ N)
Point nord du continentCap Morris Jesup (~83°39’ N)
Point le plus méridional (îlot)Islet au sud du cap Farewell (~59°44’ N)
Point le plus occidentalNordvestø, îles Carey (~73°10’ O)
Point le plus orientalNordostrundingen (~11°19’ O)

Une croûte parmi les plus vieilles du monde

Le socle géologique du pays appartient au craton nord‑américain et renferme certains des rochers les plus anciens connus sur Terre. Dans la ceinture de roches vertes d’Isua, au sud‑ouest, les géologues ont identifié des roches vieilles de 3,7 à 3,8 milliards d’années. Autour de Nuuk et Qeqertarsuatsiaat, les gneiss cristallins – comme l’Amitsoq gneiss ou le Nuuk gneiss – datent d’environ 3,6 milliards d’années.

Exemple :

Plus au sud, la ceinture orogénique ketilidienne témoigne d’anciennes collisions de plaques tectoniques. Sur la côte est, l’intrusion stratifiée de Skaergaard, formée il y a environ 55 millions d’années, illustre les grands épisodes de volcanisme liés à l’ouverture de l’Atlantique Nord. Le pays porte aussi la trace du passage d’un panache mantellique, aujourd’hui situé sous l’Islande, qui a contribué à surélever le plancher océanique au niveau du détroit du Danemark.

Cette architecture profonde, combinée à un long passé de glaciations, a façonné un relief côtier complexe et des bassins propices au stockage de sédiments, de minéraux et potentiellement d’hydrocarbures.

Climat : du désert glaciaire aux fjords adoucis par le Gulf Stream

Malgré son image de bloc glacé uniforme, le Groenland présente une palette climatique qui va du climat de calotte polaire au climat de toundra côtière, avec de fortes différences entre le nord hyper‑arctique et le sud‑ouest plus tempéré par l’influence atlantique.

Un climat arctique à nuances multiples

Sur l’ensemble de l’île, le climat reste classé arctique à subarctique, avec des étés courts et frais et des hivers longs et froids. L’intérieur recouvert de glace connaît un climat de calotte, où les températures restent quasiment en permanence inférieures à zéro. Sur la côte, on retrouve un climat de toundra : les températures hivernales sont moins extrêmes, mais restent nettement négatives, et l’été ne permet qu’un réchauffement modéré.

-9

Température moyenne hivernale à Nuuk, la capitale du Groenland, adoucie par l’influence du Gulf Stream.

Les extrêmes relevés sur le territoire donnent une idée des contrastes :

Enregistrement thermiqueValeur et lieu
Température la plus basse (NH)–69,6 °C à la station Klinck (1991)
Record de chaleur national30,1 °C à Ivittuut (juin 1915)
Record de chaleur à Summit (calotte)2,2 °C au sommet de la calotte

Plus au nord et à l’est, notamment dans le Peary Land et la mer de Lincoln, la sécheresse est telle que l’on parle de « déserts arctiques » : les précipitations annuelles chutent à quelques dizaines de millimètres, essentiellement sous forme de neige, tandis que les températures restent largement négatives la majeure partie de l’année.

Une expression concrète du réchauffement arctique

L’Arctique se réchauffe plus vite que le reste du globe, et le Groenland en offre un laboratoire à ciel ouvert. Dans le nord, le réchauffement depuis le milieu du XXe siècle atteint déjà 2,7 à 3,6 °F, et sur certaines périodes de mesure, les températures hivernales ont gagné près de 5,6 °C à des stations comme Swiss Camp sur la calotte.

Attention :

Les effets les plus visibles du changement climatique en Arctique concernent la neige, la glace et les mers. La période de couverture par la banquise s’est raccourcie, la glace de mer estivale a quasiment disparu dans le sud-est depuis les années 2000, et la saison de fonte de la calotte glaciaire s’étend désormais d’avril à novembre. Des événements de fonte extrême sont observés, comme en 2012 où 97 % de la surface de la calotte montrait des signes de dégel en été.

En 2021, un jalon symbolique a été franchi : de la pluie a été observée pour la première fois à Summit Station, au cœur de la calotte, un lieu jusque‑là dominé par des précipitations solides. De tels épisodes illustrent le basculement progressif de la géographie climatique du pays.

La calotte glaciaire : cœur physique et enjeu planétaire

Imposante au regard de la carte, la calotte glaciaire du Groenland l’est davantage encore par son rôle dans le système climatique mondial. Sa géographie, ses flux de masse et ses interactions avec l’océan redessinent à la fois le territoire et les littoraux bien au‑delà de l’Arctique.

Dimensions, dynamique et histoire glaciaire

La calotte s’étend sur près de 2 900 kilomètres du nord au sud pour une largeur maximale d’environ 1 100 kilomètres à la hauteur du 77e parallèle. Son cycle annuel de masse est souvent analysé de septembre à fin août : elle gagne de la masse principalement en hiver par les chutes de neige, et en perd au printemps et en été par la fonte de surface et le vêlage d’icebergs.

Astuce :

Les reconstructions géologiques indiquent que le Groenland est recouvert de grands glaciers depuis au moins 18 millions d’années, avec une calotte glaciaire cohérente couvrant la majeure partie de l’île depuis environ 2,6 millions d’années. Son histoire récente est marquée par des fluctuations importantes. Durant l’Eémien (il y a 130 000 à 115 000 ans), la calotte était réduite aux plus hauts sommets du sud. Des carottages, comme ceux de Camp Century ou du dôme de Prudhoe, révèlent que des secteurs entiers de glace ont disparu au moins une fois au cours du dernier 1,4 million d’années.

Pendant l’Holocène précoce, il y a environ 7 000 ans, les températures étaient de 3 à 5 °C plus élevées qu’aujourd’hui, et certaines glaces périphériques comme le dôme de Prudhoe ont totalement fondu avant de se reformer. À l’inverse, durant le Petit Âge glaciaire, à l’époque historique, la calotte a gagné de la masse et avancé parfois de plus de 100 kilomètres au‑delà de son front actuel.

Vêlage, fonte et contribution au niveau des mers

Depuis la fin des années 1990, le bilan de masse de la calotte est nettement négatif. La dernière année de gain net remonterait à 1996. Sur la période 2003‑2024, les satellites GRACE et GRACE‑FO estiment la perte annuelle moyenne à environ 219 gigatonnes, avec des années de forte perte comme 2012 (464 Gt) ou 2019 (586 Gt). Sur la longue durée, on estime que le Groenland a déjà contribué à environ 13,5 millimètres d’élévation du niveau marin depuis 1972 et 10 millimètres entre 1992 et 2015.

Bon à savoir :

La fonte de surface est principalement contrôlée par la météo, l’ensoleillement et l’état de la neige. La transformation de la neige en « glace sombre » (due à des poussières ou cendres) réduit l’albédo, augmentant l’absorption d’énergie solaire. Cela entraîne la formation de lacs de fonte, dont l’eau peut s’infiltrer via des « moulins » jusqu’à la base des glaciers, les lubrifiant ou fragilisant les plateaux glaciaires par hydrofracturation.

D’autre part, le vêlage et la fonte à la base des fronts glaciaires marins, alimentés par des eaux océaniques plus chaudes. Des glaciers majeurs comme Jakobshavn Isbræ (Sermeq Kujalleq) sur la côte ouest, Helheim et Kangerdlugssuaq à l’est, ou encore Petermann au nord, déversent des pans entiers de glace dans les fjords. Des épisodes spectaculaires ont été documentés : en 2008, un bloc de glace massif s’est détaché de Jakobshavn en 75 minutes ; en 2010, un iceberg de 260 km² s’est séparé du glacier Petermann, suivi en 2012 par un autre de 120 km².

Le tableau suivant résume quelques chiffres sur la perte de glace récente et son impact marin.

Période / AnnéePerte nette estimée de glaceContribution annuelle au niveau marin
1992–2001Référence (faible perte)
2000–2008~1 500 Gt cumulés
2003–2024 (moyenne)–219 ± 16 Gt/an~0,6–0,7 mm/an
2012464 Gt~1,3 mm
2019586 Gt~1,6 mm
2012–2017 (moyenne annuelle)0,68 mm/an
1972–aujourd’hui (cumul)~13,7 mm

Un système proche d’un seuil

Les projections climatiques suggèrent que même si l’objectif de l’Accord de Paris – contenir le réchauffement bien en‑dessous de 2 °C – était respecté, la fonte du Groenland ajouterait encore environ 6 centimètres au niveau marin d’ici la fin du siècle. sans réduction d’émissions, cette contribution grimperait autour de 13 centimètres, avec des scénarios extrêmes à plus de 30 centimètres.

3,3

Pourcentage de la calotte glaciaire déjà engagé à disparaître en raison du climat observé entre 2000 et 2019, ce qui équivaut à environ 27 centimètres d’élévation future du niveau de la mer.

La fonte ne se limite pas à élever les océans. Le Groenland redistribue de l’eau douce et des nutriments dans l’Atlantique Nord, modifie la circulation océanique profonde – le fameux AMOC – en diluant la salinité des eaux de surface, et entraîne un rebond isostatique du socle, qui remonte peu à peu à mesure que le poids de la glace se réduit. Ces ajustements modifient aussi le champ de gravité terrestre et la répartition régionale du niveau marin.

Mers, courants et fjords : la géographie maritime du Groenland

Autour du continent de glace, les mers jouent un rôle central dans la géographie physique, écologique et humaine. Les marges du Groenland constituent un laboratoire où se rencontrent eaux polaires, eaux atlantiques plus chaudes, banquise dérivante, glaces de fjord et gigantesques icebergs.

Des mers contrastées et stratégiques

Au nord, la mer de Lincoln jouxte directement la banquise arctique, longtemps couverte de glace pérenne. À l’est, la mer du Groenland s’étend sur plus d’1,2 million de kilomètres carrés, reliant le bassin arctique à l’Atlantique via le détroit de Fram. C’est là, en hiver, que des eaux atlantiques refroidies plongent en profondeur, participant à la machinerie mondiale de circulation thermohaline.

800000

Plus de 800 000 kilomètres carrés de glace de mer sont transportés chaque année par un vaste courant de dérive depuis le détroit de Fram le long de la côte orientale du Groenland.

Au large, plusieurs courants se croisent : le courant de l’Est‑Groenland, qui achemine des eaux polaires froides et fraîches vers le sud sur le plateau continental oriental ; le courant côtier de l’Est‑Groenland, pressé le long du littoral ; et sur la façade ouest, le courant du Groenland occidental qui pousse au nord des eaux d’origine atlantique, plus chaudes et salées, le long du plateau. Cette configuration explique en partie pourquoi le sud‑ouest bénéficie d’un climat maritime plus doux et pourquoi nombre de grands fjords y restent libres de glace de mer en hiver.

Fjords : des canyons noyés à haute productivité

La ligne de côte du Groenland est lacérée par des centaines de fjords, parfois plus d’un kilomètre de profondeur, longs de dizaines voire de centaines de kilomètres, mais ne faisant que quelques kilomètres de large à certains endroits. Des systèmes majeurs comme Nuup Kangerlua (Godthåbsfjord), long d’environ 190 kilomètres, ou le gigantesque Kangertittivaq (Scoresby Sund) à l’est, qui s’étend sur 350 kilomètres et couvre près de 10 000 km², comptent parmi les plus vastes fjords du monde.

Systèmes de fjords du sud-est du Groenland

Présentation des caractéristiques distinctes des fjords dans la région située entre 60° et 70°N, incluant leur topographie et leurs liens avec les glaciers.

Nombre et diversité

La région compte au moins 52 systèmes de fjords, chacun possédant une topographie et des seuils sous-marins (sills) qui lui sont propres.

Fjords à glaciers marins

Certains fjords, comme le Nuup Kangerlua, sont directement alimentés par des glaciers dont la terminaison se trouve en mer.

Fjords à glaciers terrestres

D’autres, comme l’Ameralik au sud de Nuuk, reçoivent leurs apports uniquement de glaciers terrestres.

Cette distinction a des conséquences écologiques très marquées. Là où des glaciers aboutissent dans l’eau, les écoulements sous‑glaciaires injectent de l’eau douce à la base de la colonne d’eau, forçant une remontée d’eaux profondes riches en nutriments vers la surface. Cette « pompe » naturelle prolonge la saison de croissance du phytoplancton et améliore l’efficacité de la fixation du carbone. À l’inverse, dans les fjords uniquement alimentés par des glaciers terrestres, dépourvus de ce forçage sous‑marin, la production primaire est plus faible et dominée par des micro‑organismes plus petits.

Une étude comparative a quantifié ces contrastes :

Type de fjordGlaciers terminant en merGlaciers terrestres seulement
Production primaire annuelle~90 g C/m²/an~30 g C/m²/an
Uptake de CO₂~42 g C/m²~24 g C/m²
Dominance biologique (surface)Diatomées & gros mésozooplanctonBactéries, picophytoplancton, petits zooplancton

Ces fjords abritent des écosystèmes d’une richesse remarquable et concentrent une grande partie de l’activité humaine : villages inuit, zones de pêche, routes maritimes et sites de recherche scientifique.

Glace de mer, polynies et glace côtière

La banquise autour du Groenland obéit à un cycle saisonnier marqué. Dans la baie de Baffin, la glace se forme d’abord au nord et à l’ouest vers décembre, puis s’étend progressivement vers le sud, atteignant son extension maximale vers mars. Sur la côte est, la combinaison du courant de l’Est‑Groenland et des vents pousse la glace dérivante vers le sud.

Bon à savoir :

Le long des rivages et à l’intérieur des fjords, une glace dite « côtière » ou « land-fast ice » se forme. Elle reste attachée au littoral et pratiquement immobile, sauf lorsqu’elle est brisée par les tempêtes ou la fonte saisonnière. Entre cette glace fixe et la banquise dérivante plus au large, une zone de cisaillement très dynamique apparaît souvent, caractérisée par des fractures et des chenaux d’eau libre appelés « leads ».

Certaines régions conservent cependant des zones d’eau libre même en plein hiver : les polynies. La polynie des eaux du Nord, entre le Groenland et le Canada, est l’une des plus productives au monde ; d’autres, comme Northeast Water au large de la côte nord‑est ou la polynie au large de Scoresby Sund, jouent un rôle capital pour les oiseaux, les mammifères marins et les communautés humaines qui en dépendent pour la chasse.

Des côtes très vivantes : écosystèmes, ressources et communautés

Si l’intériorité glacée du Groenland est presque déserte, ses marges maritimes, elles, sont foisonnantes. Toute la géographie humaine du pays est adossée à ces bandes côtières étroites où se concentrent ressources biologiques, infrastructures et villages.

Une population littorale clairsemée

Avec environ 56 000 à 58 000 habitants pour plus de 2,16 millions de kilomètres carrés, le Groenland affiche la plus faible densité de population au monde, de l’ordre de 0,03 habitant par kilomètre carré. L’immense intérieur glacé est dépourvu d’habitations permanentes ; toutes les villes et localités se situent le long de la côte, principalement sur la façade ouest et dans le sud plus clément. Le nord et l’est n’hébergent qu’environ 10 % de la population.

La capitale Nuuk concentre près d’un quart des habitants, autour de 18 à 19 000 personnes, sur les rives d’un fjord profond de quelque 190 kilomètres. D’autres agglomérations majeures, comme Sisimiut, Ilulissat, Qaqortoq ou Aasiaat, restent de taille modeste, rarement au‑delà de 5 000 habitants. Au total, on recense 17 villes de plus de 500 habitants et une cinquantaine de plus petits villages.

Exemple :

L’absence de réseau routier continental au Groenland rend les déplacements entre villes entièrement dépendants des voies aériennes ou maritimes, parfois du traîneau à chiens en hiver. Par exemple, pour se rendre de Nuuk à Ilulissat, distantes d’environ 300 km à vol d’oiseau, il faut emprunter un avion ou un bateau qui suit le tracé sinueux des fjords, car la route carrossable la plus longue du pays ne dépasse pas une trentaine de kilomètres.

Des mers qui nourrissent le pays

L’économie groenlandaise est intimement liée à la mer. Les eaux entourant l’île abritent environ 250 espèces de poissons, ainsi qu’une multitude d’invertébrés, de mammifères marins et d’oiseaux marins. La pêche constitue de loin la principale activité économique et représente plus de 90 % des exportations. Les crevettes nordiques (Pandalus borealis) ont longtemps été la ressource la plus rentable, tandis que le flétan du Groenland – présent en eaux profondes à l’est comme à l’ouest – est aujourd’hui l’un des piliers des exportations.

500000

Les captures de morue atlantique atteignaient un demi-million de tonnes par an à la fin des années 1960 avant l’effondrement des stocks.

Ce bouleversement biogéographique est l’une des manifestations les plus visibles du changement climatique sur la géographie écologique du pays : des espèces arctiques comme la morue polaire ou certains cétacés dépendants de la glace voient leur habitat se réduire, tandis que des baleines à bosse, rorquals communs, orques et dauphins étendent leurs aires vers le nord et fréquentent davantage, par exemple, les fjords du sud‑est.

Toundra, vallées boisées et unique forêt

À terre, la végétation est généralement clairsemée, dominée par la toundra de graminées, de carex, de mousses, de lichens et de quelques arbustes nains. Plus de 500 espèces de plantes vasculaires ont été recensées, contre environ 310 au début du XXe siècle, signe que la flore s’enrichit à mesure que le climat se réchauffe. La diversité est la plus grande dans le sud‑ouest, où des fjords protégés bénéficient d’un microclimat relativement doux.

La vallée de Qinngua, près de Nanortalik, fait figure d’exception géographique : sur 15 kilomètres de long, cette vallée encaissée et abritée par des montagnes de plus de 1 500 mètres accueille la seule véritable forêt naturelle du pays. Bouleaux pubescents, saules, sorbiers, genévriers y forment un couvert arboré qui tranche nettement avec les paysages rases alentour. Ailleurs dans le sud, quelques bosquets de bouleaux, d’aulnes ou de saules forment des taches de verdure sporadiques, notamment dans les fjords de Kujataa, classés au patrimoine mondial pour leur paysage agro‑pastoral mêlant héritages inuit et norrois.

Dans ces mêmes régions, la géographie est suffisamment clévme pour permettre une agriculture limitée : élevage ovin, production de fourrage, expérimentation de cultures de légumes (choux, carottes, pommes de terre) et même de fruits comme les pommes ou les fraises, réservées aux poches les plus douces.

La côte comme frontière mouvante : changement climatique et recomposition spatiale

Au‑delà des bilans de masse de la calotte, le réchauffement modifie en profondeur la géographie des marges côtières, là où se déploient les activités humaines et les écosystèmes les plus riches.

Atlantification et stratification des eaux

Le long de la côte nord‑est, les océanographes observent depuis une vingtaine d’années un phénomène qualifié d’« atlantification » : des eaux atlantiques plus chaudes et plus salées pénètrent plus profondément dans les fjords et sur le plateau continental. Cette intrusion a réchauffé de plus d’un degré les températures marines locales ces dernières décennies, parfois plus de 2 °C dans certaines portions du courant de l’Est‑Groenland au sud de 73,5°N depuis 1980.

Bon à savoir :

Le réchauffement des eaux océaniques accélère la fonte des langues glaciaires par en dessous, provoquant leur amincissement et le recul de leurs fronts. Parallèlement, l’apport excessif d’eau douce provenant de la fonte de surface et du vêlage modifie la stratification de l’eau. Cela peut renforcer la couche de surface, limiter les mélanges verticaux et ainsi réduire la remontée des nutriments essentiels au phytoplancton, affectant la base de la chaîne alimentaire marine.

Les projections indiquent que, jusqu’à la fin du siècle, les températures de surface des mers entourant le Groenland pourraient augmenter en moyenne de 0,3 °C par décennie, avec une poursuite du déclin de la banquise, particulièrement marqué dans la mer du Groenland (–9 % d’aire de glace par décennie) et dans la baie de Baffin (–4 % par décennie depuis 1979).

Recul glaciaire, nouveaux paysages et perturbations écologiques

Le recul des glaciers dégage progressivement de nouvelles surfaces, tant terrestres que marines. Là où une langue glaciaire terminait autrefois dans l’eau, des baies et des fjords s’ouvrent désormais, révélant parfois des îles jusqu’ici soudées à la terre par la glace. L’île Uunartoq Qeqertaq (« île chaude » ou « île du réchauffement »), dévoilée au milieu des années 2000 sur la côte orientale, est l’un des exemples les plus médiatisés de ces découvertes géographiques induites par la fonte.

Attention :

La fonte du pergélisol et l’érosion côtière accrue fragilisent les infrastructures, modifient les habitats naturels et forcent les communautés à s’adapter à des risques accrus d’inondation et à une redistribution des activités de subsistance comme la pêche et la chasse.

Sur le plan écologique, les projections indiquent une baisse de la production primaire dans les mers du sud, où la stratification plus forte pourrait limiter les apports de nutriments vers la surface. À l’inverse, dans la baie de Baffin ou la partie orientale de la mer du Groenland, la réduction de la glace de mer pourrait prolonger la saison de croissance et stimuler la production de phytoplancton. La biomasse de zooplancton, elle, devrait décroître à l’ouest et au sud, tandis que celle de certains poissons pourrait augmenter en direction du nord, particulièrement dans la baie de Baffin.

Une géographie humaine sous pression

Pour les habitants, dont une large part dépend encore de la mer pour la subsistance et l’emploi, ces changements se traduisent par une reconfiguration des « cartes mentales » du territoire. Les routes traditionnelles de chasse sur la glace de mer disparaissent plus tôt en saison ou ne se forment plus à certains endroits, obligeant à ajuster les périodes de chasse et les techniques. Des espèces jusqu’alors abondantes – comme le narval ou certaines populations de morue polaire – reculent, tandis que de nouveaux acteurs écologiques, tels que les grandes baleines boréales, divers cétacés et poissons plus tempérés, font irruption dans les fjords du sud‑est et de l’ouest.

Bon à savoir :

Le réchauffement climatique réduit drastiquement les habitats estivaux des espèces dépendantes de la glace (béluga, narval, baleine boréale). Cette transformation du littoral oblige les communautés locales et la géographie du territoire à s’adapter simultanément.

Ressources, sous‑sol et énergie : la géographie des richesses

Sous la glace et les roches de surface, le Groenland recèle un éventail impressionnant de ressources minérales et énergétiques. Leur répartition géographique, souvent dans des régions reculées, influence les débats sur le développement économique et l’occupation du territoire.

Minéraux, métaux critiques et hydrocarbures potentiels

Le sous‑sol groenlandais abrite des gisements de zinc, plomb, fer, charbon, molybdène, or, platine, uranium, niobium, tantale, ainsi que de vastes ressources en éléments de terres rares (REE). Des projets comme Kvanefjeld (Kuannersuit) dans le sud ou Kringlerne suscitent l’intérêt pour leur potentiel en terres rares et uranium, même si la question environnementale et sociale y est très sensible.

25

Nombre de matières premières critiques sur 34 identifiées par l’UE dont la présence est suggérée dans le pays, avec des réserves en terres rares comparables à celles des États-Unis.

Ces ressources restent toutefois difficiles d’accès : l’éloignement, le climat extrême, l’absence d’infrastructures routières et portuaires, ainsi que la mobilisation d’une société civile attentive aux impacts climatiques limitent pour l’instant leur exploitation. Le territoire compte à peine une poignée de mines en activité et plusieurs dizaines de permis d’exploration ou d’exploitation.

L’eau en mouvement : hydrologie, hydroélectricité et potentiel futur

Sur un territoire aussi dominé par la glace, l’hydrologie suit des lignes très particulières. De grands fleuves classiques ne s’écoulent pas en surface à travers l’intérieur ; au contraire, l’eau de fonte se fraye des chemins sous la glace ou surgit à l’exutoire des glaciers, se jetant directement dans des fjords profonds. Des modèles suggèrent que, sans la calotte, l’intérieur du Groenland pourrait abriter un grand réseau de rivières convergeant vers l’ouest, voire un immense lac ou un bassin marin interne connecté à la mer via des passages comme l’Ilulissat Icefjord ou Nordostrundingen.

70

C’est la part, en pourcentage, de l’électricité d’origine renouvelable, principalement hydraulique, déjà produite au Groenland.

Une géographie façonnée par la recherche et l’exploration

Si le Groenland occupe une place si centrale dans les débats contemporains, c’est aussi parce qu’il est au cœur de programmes scientifiques internationaux qui scrutent ses glaciers, son socle et ses mers.

Bon à savoir :

Des forages dans des stations polaires (Summit Camp, Camp Century, etc.) permettent de reconstituer le climat passé sur des centaines de milliers d’années. Des satellites (GRACE‑FO, ICESat‑2) mesurent en détail les variations d’épaisseur de la glace et les mouvements du sol. Par ailleurs, les réseaux de stations GNSS révèlent que le manteau terrestre conserve une mémoire longue des charges glaciaires et qu’il est encore en train de s’ajuster à la disparition de l’ancienne calotte laurentidienne qui couvrait l’Amérique du Nord.

Sur les côtes, des projets comme PROMICE, opérés par le Service géologique du Groenland et du Danemark, ou des initiatives interdisciplinaires sur les fjords de Tasiilaq (Ammassalik) et Qaanaaq documentent l’évolution des glaces, des écosystèmes et des sociétés. Le Groenland est ainsi autant un objet géographique qu’un laboratoire planétaire, où s’invente, en temps réel, la géographie d’un monde plus chaud.

Conclusion : un pays de glace en mouvement

La géographie du pays Groenland ne se résume ni à une immensité blanche sur un planisphère ni à l’image figée d’un territoire inhospitalier. C’est au contraire un ensemble d’espaces profondément contrastés : calotte massive et sensible aux degrés de plus, fjords profonds où les nutriments remontent du fond, mers enchevêtrées où se croisent eaux polaires et atlantiques, marges de toundra où persistent quelques silhouettes d’arbres, et étroites bandes côtières où se concentrent villes, villages et infrastructures.

Bon à savoir :

La géographie du Groenland, façonnée par les courants, les glaciers, les polynies, les plateaux et les vallées, est en pleine transformation. La calotte glaciaire perd des centaines de milliards de tonnes par an, la banquise recule et les eaux atlantiques pénètrent dans les fjords. Ce n’est plus une donnée fixe mais un processus dynamique que scientifiques, habitants et décideurs tentent de comprendre et d’accompagner.

Dans les décennies à venir, les contours physiques du pays – ses littoraux, ses mers, ses glaciers – continueront d’évoluer. Mais c’est bien la permanence de certaines structures – le socle archaïque d’Isua, les fjords géants de Scoresby ou de Disko, la silhouette du Gunnbjørn Fjeld – qui rappellera que, sous la glace en mouvement, le Groenland reste d’abord un territoire, avec sa propre logique, ses extrêmes et sa profonde cohérence géographique.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements tout en conservant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Groenland, Islande, Portugal, Canada nordique), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland pour sa faible pression fiscale globale, son faible niveau de taxation sur les revenus du capital, l’absence d’impôt sur la fortune et un coût de la vie hors logement encore compétitif par rapport aux grandes métropoles européennes. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du permis de résidence avec location puis éventuel achat d’un logement adapté au climat, détachement CNAS/CPAM, ouverture et transfert de comptes bancaires locaux, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, conseiller immobilier) et intégration patrimoniale (analyse des portefeuilles, éventuelle restructuration via enveloppes nordiques).

Ce type d’accompagnement permet à ce futur retraité de réduire significativement sa fiscalité sur ses revenus et placements, de diversifier géographiquement son patrimoine (notamment via l’immobilier ou des projets liés aux ressources naturelles et aux énergies renouvelables) et d’optimiser sa transmission, tout en maîtrisant les risques (contrôles fiscaux français, double imposition au regard des conventions internationales, contraintes climatiques et culturelles) grâce à une stratégie patrimoniale globale et cohérente avec ses objectifs de long terme.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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