S’installer au Groenland : atouts, limites et réalités d’une expatriation extrême

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’expatrier au Groenland, ce n’est pas simplement changer de pays : c’est basculer dans un autre monde. Entre paysages spectaculaires, mode de vie communautaire, marché de l’emploi très spécifique et climat arctique sans concession, cette destination attire un profil bien particulier d’expatriés. Mais derrière le rêve de grands espaces et d’aurores boréales, la réalité quotidienne est exigeante, parfois rude, et demande une préparation minutieuse.

Bon à savoir :

Cet article détaille les aspects clés à connaître avant de s’expatrier au Groenland, en abordant la société, l’économie, le coût de la vie, la santé, le logement, les formalités de séjour et le contexte culturel.

Un territoire unique au monde, entre glace et autonomie politique

Le Groenland, officiellement Kalaallit Nunaat, « la terre du peuple groenlandais », est la plus grande île du monde. Son territoire couvre environ 2,17 millions de km², dont près de 94 à 98 % sont recouverts par une calotte glaciaire plurimillénaire. En pratique, la vie se concentre sur une fine bande côtière, surtout au sud-ouest, où se trouvent les villes et les villages.

La population est très réduite, autour de 56 000 à 57 000 habitants, ce qui en fait le pays le moins densément peuplé au monde. La capitale, Nuuk, rassemble environ 18 000 résidents. Le reste de la population est dispersé dans une trentaine de villes et une soixantaine de petits établissements côtiers, certains extrêmement isolés, comme Ittoqqortoormiit sur la côte est, accessible la majeure partie de l’année uniquement par hélicoptère.

Attention :

Le Groenland est un territoire autonome du Danemark, bénéficiant d’un gouvernement autonome depuis 1979 et d’un régime de Self-Government renforcé depuis 2009. Bien que son parlement gère les affaires intérieures, la politique étrangère et la défense relèvent de Copenhague. Tous les grands partis groenlandais visent l’indépendance, mais son calendrier est compliqué par une forte dépendance économique aux subventions danoises.

Pour un expatrié, cela signifie vivre dans un territoire politiquement stable, doté d’institutions fonctionnelles et d’un haut niveau de services publics, mais qui reste en transition, avec des débats intenses sur la décolonisation, la justice sociale et l’exploitation des ressources.

Nature spectaculaire, isolement extrême : atout ou handicap ?

Le premier argument en faveur du Groenland est évident : la nature. Fjords profonds, glaciers actifs, icebergs géants, calotte glaciaire, montagnes, banquise, aurores boréales en hiver et soleil de minuit en été composent un décor que peu de lieux au monde peuvent offrir.

Les possibilités d’activités de plein air sont immenses : randonnée, kayak, pêche, chasse sportive (dans un cadre très réglementé), motoneige, ski, escalade sur glace, chiens de traîneau, observation des baleines, des phoques ou des oiseaux, exploration de fjords comme celui d’Ilulissat, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La plus grande aire protégée du monde, le parc national du nord-est du Groenland, couvre plus de 970 000 km².

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Température hivernale moyenne dans certaines régions du Groenland, en degrés Celsius.

L’isolement est un autre élément structurant : il n’existe quasiment aucune route reliant les villes entre elles. Les déplacements interurbains reposent sur l’avion, l’hélicoptère et le bateau. Les liaisons sont chères, soumises aux aléas météorologiques, et les pannes de logistique ne sont pas rares. Dans certains villages, un navire de ravitaillement ne passe que deux fois par an. Les voyages internationaux se font principalement via le Danemark ou l’Islande, ce qui renchérit les déplacements vers l’Europe ou ailleurs.

Exemple :

Pour certains, vivre dans un lieu isolé offre des avantages comme un environnement préservé, une faible criminalité, un rythme de vie lent, des relations sociales de proximité et un air extrêmement pur. Pour d’autres, cela devient un fardeau, entraînant un sentiment d’enfermement, des difficultés à voyager spontanément, un choix limité de biens de consommation et l’éloignement géographique de la famille restée à l’étranger.

Une société chaleureuse… mais marquée par des fragilités sociales

La société groenlandaise est majoritairement inuit : environ 89 à 90 % de la population se définit comme Kalaallit (Inuits groenlandais), le reste étant principalement danois. La culture met en avant la communauté, le partage, la coopération et une forte connexion à la nature et à la mer. Les pratiques traditionnelles – chasse, pêche, kayak, tambours, récits oraux, kaffemik (réceptions ouvertes avec café, gâteaux et parfois plats locaux) – restent centrales, même si la modernité danoise et occidentale est très présente dans les grandes villes.

Astuce :

Pour un expatrié, l’intégration dans la communauté groenlandaise passe par un intérêt sincère pour la culture locale. Il est important de respecter les normes sociales, comme une communication peu conflictuelle, une certaine pudeur dans l’expression des émotions, et la valorisation de la patience et de l’harmonie. Apprendre quelques bases de groenlandais ou de danois est également très apprécié. De nombreux expatriés rapportent ainsi se sentir rapidement intégrés dans leur équipe de travail ou leur quartier, particulièrement dans les petites localités où les liens communautaires sont forts.

Cependant, derrière cette image de communauté soudée se cachent des fragilités importantes. Le pays affiche l’un des taux de suicide les plus élevés au monde, touchant surtout les jeunes hommes de 15 à 24 ans. Les études de santé publique montrent une prévalence très élevée d’expériences traumatiques dans l’enfance (violence, alcoolisme dans le foyer, abus sexuels), une consommation d’alcool problématique, des violences domestiques et des inégalités sociales grandissantes selon le lieu de résidence, le niveau d’éducation et l’emploi. Plus d’un tiers des jeunes déclarent avoir grandi dans un environnement marqué par l’alcool, la violence ou les abus, ce qui augmente nettement leur risque de détresse psychique.

Défis sociaux au Groenland

Au-delà des paysages, le Groenland présente des réalités sociales complexes qui impactent le quotidien et représentent un défi pour les professionnels expatriés.

Services sociaux sous tension

Les services sociaux sont soumis à une forte pression, nécessitant des ressources et une adaptation constante.

Santé mentale prioritaire

Les besoins en soutien et en soins de santé mentale sont importants au sein des communautés.

Dynamiques familiales complexes

Certaines communautés font face à des situations familiales délicates nécessitant un accompagnement spécifique.

Impact professionnel concret

Pour les professionnels de la santé, du social ou de l’éducation, c’est un défi exigeant mais où l’impact est significatif.

Langues et intégration : le poids du groenlandais et du danois

L’un des principaux filtres à l’intégration reste la langue. Le groenlandais (Kalaallisut) est la langue officielle et majoritaire, avec plusieurs variantes régionales. Il s’agit d’une langue inuit, très éloignée des langues indo-européennes, avec une structure morphologique complexe et un vocabulaire extrêmement riche, notamment pour décrire la glace, la neige, la mer et la météo.

Le danois est la seconde grande langue de la vie publique : administration, médias, enseignement secondaire et supérieur, monde des affaires. Historiquement, les politiques d’assimilation ont privilégié le danois au détriment du groenlandais, avant qu’un mouvement de revitalisation linguistique vienne inverser cette tendance après l’instauration de l’autonomie. Aujourd’hui, l’objectif officiel est un système principalement groenlandophone, mais le bilinguisme est un fait quotidien, surtout à Nuuk.

Pour un expatrié, la situation est ambivalente. Dans certains secteurs – notamment le tourisme, une partie de la recherche arctique ou des entreprises à dimension internationale – l’anglais peut suffire au travail, au moins au début. Toutefois, la vie administrative, les services publics, l’école des enfants, les interactions avec nombre de collègues ou de voisins passent par le groenlandais et/ou le danois. Sans l’une de ces langues, la sensation de rester à la marge est fréquente.

Expatrié au Groenland

L’apprentissage du groenlandais est exigeant mais valorisé localement. Faire l’effort d’apprendre quelques mots, de comprendre la prononciation et quelques expressions du quotidien est souvent perçu comme un signe de respect. Le danois, de son côté, est plus accessible pour beaucoup d’Européens, et reste un sésame important pour qui vise une carrière longue dans le pays, ou des études supérieures sur place ou au Danemark.

Marché du travail : petites opportunités, besoins ciblés

Avec environ 56 000 habitants et une économie très concentrée, le Groenland n’offre pas un marché de l’emploi diversifié comme une grande métropole européenne. En revanche, il existe de véritables niches pour des profils précis, et certains expatriés peuvent y trouver un emploi stable et bien rémunéré.

Les piliers économiques sont la pêche et la transformation de produits de la mer (plus de 90 % des exportations), la fonction publique, la construction, la santé, l’éducation, et un tourisme en développement. S’y ajoutent des secteurs émergents : mines (terres rares, uranium, minéraux divers), énergie (hydroélectricité, projets éoliens), recherche scientifique sur le climat, l’Arctique et les écosystèmes polaires.

Des entreprises comme Royal Greenland recrutent régulièrement des travailleurs étrangers pour les usines de transformation de poisson, notamment en provenance d’Asie (Chine, Philippines). Des écarts de salaire importants par rapport aux pays d’origine (parfois de 1 à 10 pour des Philippins) expliquent cet attrait. Dans d’autres secteurs – santé, BTP, ingénierie, tourisme/accueil, enseignement – la demande en professionnels qualifiés est chronique, d’autant que le système de santé et les écoles manquent souvent de personnel permanent.

Bon à savoir :

Pour un expatrié, il est réaliste d’obtenir une offre d’emploi avant d’arriver. Les permis de travail et de résidence sont généralement liés à un contrat et un employeur spécifiques, valables jusqu’à deux ans et renouvelables. Changer d’emploi nécessite souvent une nouvelle demande de permis. Les ressortissants des pays nordiques (Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Islande) bénéficient d’une libre circulation et peuvent vivre et travailler sans permis, contrairement aux autres pour qui le cadre est strict.

Le rythme de travail est généralement d’au moins 40 heures hebdomadaires, parfois plus selon les secteurs, avec une forte saisonnalité dans la construction et le tourisme. Les conditions sont encadrées par des conventions collectives groenlandaises, et la sécurité au travail (notamment zéro tolérance pour l’alcool et les drogues sur le lieu de travail) est prise au sérieux, ce qui rassure certains expatriés.

Cadre légal de l’expatriation : visas, permis et résidence

Le Groenland ne fait pas partie de l’Union européenne ni de l’espace Schengen, même si la plupart des vols passent par le Danemark ou l’Islande. Cela signifie qu’un visa Schengen ne donne ni droit de séjour, ni droit au travail au Groenland. Le territoire dispose de son propre régime migratoire, appliqué par le Danemark pour le compte des autorités groenlandaises.

Les grandes lignes sont les suivantes :

Bon à savoir :

Les citoyens des pays nordiques bénéficient d’une liberté totale d’installation et de travail. Pour tous les autres, y compris les ressortissants de l’UE/EEE, un permis de séjour (et souvent de travail) est requis. Certains peuvent entrer sans visa pour un court séjour (90 jours max), mais cela n’autorise pas le travail. Pour un séjour long (emploi, études, regroupement familial, retraite), une demande de permis est obligatoire.

Quelques catégories de permis sont particulièrement pertinentes pour les expatriés :

permis de travail et de résidence standard, lié à une offre d’emploi à temps plein respectant un niveau salarial local ;

permis d’études, pour les étudiants admis dans un programme à temps plein (Université du Groenland, formations supérieures locales, ou séjours d’échange) ;

regroupement familial, pour rejoindre un conjoint, un partenaire ou un parent déjà établi ;

permis spécifique pour les professionnels de santé, avec procédure facilitée dans le cadre de conventions de coopération ;

permis de retraite, pour des personnes de plus de 60 ans pouvant prouver leur autonomie financière (cas assez rare en pratique).

Bon à savoir :

La demande de permis s’effectue via l’Agence danoise pour le recrutement et l’intégration internationales (SIRI) ou le Service danois de l’immigration, en coordination avec le gouvernement groenlandais (Naalakkersuisut). Les délais sont d’environ trois mois pour un premier permis et peuvent être plus longs pour une demande de résidence permanente. Il n’existe pas de visa spécifique pour les nomades numériques.

Un élément important à garder en tête : la propriété immobilière ne donne aucun droit particulier en matière de séjour. Le régime foncier groenlandais, où la terre appartient collectivement et est gérée par les communes, interdit l’appropriation privée du sol ; on ne peut posséder que les bâtiments, sur la base d’une concession d’usage du terrain. Ce point freine d’ailleurs la spéculation étrangère, qui est surveillée par les autorités, avec depuis 2025 des règles limitant l’achat aux citoyens danois ou aux personnes ayant payé des impôts au Groenland pendant au moins deux ans, sauf dérogation.

Logement : rareté, coût élevé et forte dépendance à l’employeur

Pour la quasi-totalité des nouveaux arrivants, la question du logement est le problème pratique numéro un. L’offre est limitée, particulièrement dans les grandes villes comme Nuuk ou Ilulissat, où la pression démographique (exode rural interne, attractivité des emplois publics, croissance du tourisme) se combine à des coûts de construction très élevés et à une courte saison de chantier.

Attention :

Le système de logement au Groenland combine un parc public et la propriété privée des bâtiments (les terrains restant publics). Une grande partie des logements est gérée par l’État, les communes ou des entreprises publiques pour leur personnel, via des sociétés comme INI A/S ou Iserit. Cette dépendance et la rareté entraînent des listes d’attente très longues, dépassant dix ans pour un appartement municipal à Nuuk.

Pour les expatriés, quelques configurations reviennent souvent :

Types de logement au Danemark

Panorama des principales options de logement disponibles, de l’arrivée temporaire à l’installation permanente.

Logement fourni par l’employeur

Très fréquent dans les secteurs de la santé, la construction, l’enseignement ou certaines industries (pêche, usines, tourisme). Peut être une chambre privée en colocation ou un appartement dédié.

Logement public temporaire (vakantbolig)

Logements meublés pour nouveaux arrivants en attente d’une solution permanente. Aucun loyer n’est dû, mais l’avantage en nature est soumis à imposition.

Location privée classique

Option possible mais rare et coûteuse, particulièrement pour les petites surfaces dans les centres-villes.

Achat d’un bien immobilier

Généralement réservé aux résidents de longue durée, en raison du coût, des restrictions pour les non-résidents et d’un marché peu liquide (revente souvent longue).

Quelques ordres de grandeur (en couronnes danoises, DKK) permettent de mesurer la contrainte :

Type de logement (Nuuk)Loyer mensuel moyen (DKK)
Appartement 1 chambre centre-ville~ 6 700 (fourchette 4 000–10 000)
Appartement 1 chambre hors centre~ 6 000 (fourchette 2 360–8 260)
Appartement 3 chambres centre-ville~ 10 500 (fourchette 6 000–16 300)
Appartement 3 chambres hors centre~ 10 200 (fourchette 6 000–16 300)

À ces loyers, il faut ajouter des charges importantes : chauffage, électricité, eau, déchets, parfois internet. Le climat arctique impose des bâtiments fortement isolés, mais ne supprime pas les coûts énergétiques. Dans les faits, l’accès à un logement stable est tellement difficile qu’il est vivement déconseillé de s’expatrier sans solution d’hébergement négociée à l’avance.

Coût de la vie : un quotidien cher, dominé par les importations

Le Groenland est réputé très cher, et les données disponibles confirment cette perception. L’isolement, l’absence de production agricole significative (moins de 1 % de la surface terrestre est propice aux pâturages), les coûts logistiques et le faible volume de marché renchérissent la quasi-totalité des biens de consommation.

Des estimations donnent les budgets suivants :

ProfilCoût mensuel moyen (hors loyer)
Personne seule~ 15 700 DKK
Couple~ 26 000 DKK
Famille avec enfants~ 30 000–38 000 DKK
Étudiant~ 13 000 DKK
Salaire net moyen mensuel~ 27 000–28 800 DKK

On estime que les résidents consacrent en moyenne plus de 80 % de leur revenu aux dépenses courantes. La structure du budget type est instructive :

Poste de dépensePart moyenne du budgetDépense moyenne mensuelle
Logement~ 28 %~ 6 100 DKK
Alimentation~ 26 %~ 5 000 DKK
Transport~ 9 %~ 2 000 DKK
Services publics~ 6 %~ 1 000 DKK
Santé~ 8 %~ 1 400 DKK
Éducation~ 6 %~ 1 200 DKK
Autres (loisirs, etc.)~ 11 %~ 2 600 DKK

Les comparaisons internationales montrent par exemple qu’à Nuuk, le coût de la vie est plus élevé qu’à Copenhague, Londres ou Hong Kong sur un panier comparable, surtout en ce qui concerne l’alimentation. Les denrées de base comme le lait, le pain, la viande, les fruits et légumes sont nettement plus chers qu’en Europe continentale ou en Amérique du Nord. Certains produits sont deux à trois fois plus coûteux qu’aux États-Unis ; le fromage local ou la bière peuvent afficher des surcoûts de plus de 200 % par rapport à certains marchés.

Bon à savoir :

Les produits frais sont particulièrement chers et parfois difficiles à trouver, car leur approvisionnement dépend des livraisons par avion ou bateau. Le régime alimentaire traditionnel, basé sur les ressources locales comme le poisson, le phoque, le renne, le bœuf musqué, la baleine et le gibier, joue un rôle crucial. Il est particulièrement important dans les petites communautés, où la chasse et la pêche permettent de réduire les dépenses alimentaires grâce à l’autoproduction.

À ce panorama coûteux s’ajoutent un internet cher et parfois lent, des options de shopping limitées (quasiment aucune grande enseigne internationale), et des frais de transport internes élevés, particulièrement si l’on doit fréquemment se déplacer entre villes pour des raisons professionnelles ou familiales.

Santé : système public, bonnes intentions, lourdes contraintes

Le Groenland dispose de son propre système de santé public, financé par l’impôt sur le revenu, distinct de celui du Danemark. Il couvre les résidents enregistrés, qui bénéficient en principe de soins gratuits au point de service : consultations de médecine générale, hospitalisation dans le secteur public, médicaments sur ordonnance, soins dentaires publics, visites de spécialistes et services d’infirmiers à domicile.

La structure sanitaire est organisée autour : la prévention, le soin et la réhabilitation.

Système de santé au Groenland

Le système de santé groenlandais est structuré en plusieurs niveaux pour couvrir un vaste territoire. Il s’appuie sur un hôpital national, des hôpitaux régionaux, un réseau de centres locaux et le recours à la télémédecine.

Hôpital National Queen Ingrid

Situé à Nuuk, il dispose d’environ 130 lits, d’un scanner, d’une IRM et traite les principales pathologies non spécialisées (cardio-respiratoires, diabète, cancers, etc.).

Hôpitaux Régionaux

Cinq hôpitaux (Aasiaat, Ilulissat, Sisimiut, Qaqortoq, Tasiilaq) offrant soins de base, radiographies simples et analyses de laboratoire, sans capacités lourdes comme le CT-scan.

Centres de Santé Locaux

Centres dans les grandes localités et postes de soins dans les villages, souvent tenus par des infirmiers ou agents de santé communautaires.

Télémédecine

Utilisation intensive pour relier les professionnels de santé isolés aux spécialistes de Nuuk ou à l’étranger.

Pour un expatrié résident, l’accès aux soins est en principe similaire à celui d’un Groenlandais natif, à condition d’être correctement enregistré. En revanche, les visiteurs de courte durée (touristes, contrats temporaires sans enregistrement) doivent payer leurs soins et leurs médicaments, et ne sont pas couverts par la carte européenne d’assurance maladie, celle-ci n’étant pas valable au Groenland. Les évacuations médicales par avion ou hélicoptère, parfois vers le Danemark ou l’Islande pour des traitements impossibles à délivrer localement, peuvent coûter extrêmement cher aux non-résidents.

Le système présente des atouts – couverture universelle, volonté de proximité, usage innovant de la télémédecine – mais souffre de plusieurs limites structurelles :

difficultés chroniques à recruter et fidéliser le personnel médical et infirmier, d’où un recours massif aux intérimaires étrangers ;

inégalités importantes entre Nuuk et les régions isolées en termes d’offre de soins et de délais ;

– mortalité plus élevée, espérance de vie plus basse et mortalité infantile plus importante que dans les autres pays nordiques, en partie en raison des conditions de vie et des facteurs sociaux ;

– services de santé mentale insuffisants face à l’ampleur des problèmes de suicide, d’addictions et de traumatismes.

Pour un expatrié, ces contraintes se traduisent par la nécessité presque systématique de souscrire une assurance santé internationale couvrant l’évacuation et les soins à l’extérieur du pays, surtout si l’on souffre de pathologies nécessitant des suivis spécialisés réguliers.

Éducation : gratuité, bilinguisme et départs vers le Danemark

L’enseignement de base est gratuit et obligatoire pendant dix ans, de 6 à 16 ans. Les écoles primaires et collèges sont répartis entre écoles de ville, écoles de village et quelques internats pour les élèves agissant comme pensionnaires lorsque leur famille vit trop loin. Le système est placé sous l’autorité du ministère groenlandais de l’Éducation, avec le groenlandais comme langue d’enseignement principale, et le danois enseigné comme seconde langue dès le début de la scolarité.

50

Environ la moitié des étudiants abandonnent leurs études avant l’obtention de leur diplôme dans l’enseignement supérieur.

Le Groenland dispose d’une université, Ilisimatusarfik, située à Nuuk, qui propose des licences et quelques masters, surtout en langues, culture et société groenlandaises, administration, ainsi que des cursus en coopération avec des universités nordiques ou canadiennes, notamment en études arctiques et en technologies polaires. L’offre de cours en anglais progresse, mais une large part reste en groenlandais ou en danois. Les Groenlandais peuvent aussi étudier gratuitement au Danemark, où environ 30 % des étudiants groenlandais partent se former.

Bon à savoir :

Pour les familles expatriées avec enfants, il n’existe pas d’écoles internationales classiques, à l’exception d’une petite école privée à Nuuk (Nuuk Internationale Friskole). Le système public dispense un enseignement en groenlandais et en danois, avec parfois l’anglais comme matière supplémentaire. Cette immersion peut être une opportunité linguistique, mais représente un défi pour les familles ne maîtrisant pas ces langues et peut poser la question d’un éventuel décalage scolaire en cas de retour au pays d’origine.

Fiscalité et protection sociale : forte pression, large couverture

Le Groenland applique son propre système fiscal, distinct de celui du Danemark. La fiscalité sur le revenu est progressive, avec des taux globalement élevés, typiquement entre 36 % et plus de 40 %, auxquels s’ajoutent des impôts communaux. En contrepartie, les services publics – santé, éducation, certaines prestations sociales – sont largement financés par l’impôt.

Bon à savoir :

Les résidents séjournant plus de six mois au Groenland et y ayant leur centre d’intérêt économique sont imposables sur leurs revenus mondiaux. Ceux séjournant moins de six mois ne sont taxés que sur leurs revenus de source groenlandaise. Des conventions de non-double imposition avec plusieurs pays permettent d’éviter d’être imposé deux fois sur les mêmes revenus.

Quelques éléments sont toutefois attractifs :

absence de TVA sur les biens et services ;

pas de cotisations sociales à la charge de l’employé (les employeurs cotisent environ 0,9 % de la masse salariale à un régime collectif) ;

– régime de congés et de temps de travail relativement protecteur : cinq semaines de congés payés, 17 semaines de congé maternité, semaine standard de 40 heures, 13 jours fériés.

600

Montant de la subvention annuelle danoise, représentant plus de 50 % des recettes publiques et un cinquième du PIB du territoire.

Pour les expatriés, la combinaison d’un coût de la vie élevé, d’un impôt sur le revenu important et de salaires parfois compétitifs dans des secteurs ciblés rend l’équation financière très variable. Selon la situation (logement fourni ou non, composition familiale, dettes dans le pays d’origine, projets d’épargne), une expatriation peut être intéressante ou au contraire très tendue financièrement.

Santé mentale, lumière et obscurité : une dimension souvent sous-estimée

Vivre au Groenland, c’est aussi vivre avec des cycles de lumière extrêmes et un environnement émotionnel particulier. L’hiver long, la nuit polaire au nord, le froid, l’isolement, les transports bouleversés par la météo constituent un terrain propice aux épisodes dépressifs pour certains profils. Beaucoup d’expatriés décrivent un temps d’adaptation nécessaire pour apprivoiser la pénombre et l’enfermement relatif de certains mois, et insistent sur l’importance de routines de bien-être : sorties quotidiennes, lumière artificielle adaptée, activité physique, contacts sociaux.

Attention :

Les données locales révèlent une prévalence élevée de dépression, de stress et d’idées suicidaires, surtout chez les jeunes adultes. Le suicide, très présent socialement, peut déclencher des phénomènes de contagion dans les petites communautés. Les services de santé mentale, bien que renforcés par des lignes d’écoute 24/7, des programmes communautaires et des formations, restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.

Pour l’expatrié, cette dimension peut se traduire par :

Attention :

Il est nécessaire de surveiller sa santé mentale, particulièrement en cas d’antécédents dépressifs ou anxieux. Cette vigilance est d’autant plus importante dans un contexte professionnel ou de voisinage confrontant à des récits de vie difficiles (éducation, santé, social). Par ailleurs, l’abord de certains sujets sensibles comme le suicide, les traumatismes, la colonisation ou les discriminations exige tact et humilité.

En retour, de nombreux témoignages évoquent aussi le caractère profondément ressourçant du lien à la nature, des sorties sur la mer ou sur la glace, de la chasse ou de la pêche pratiquées avec des habitants, de la participation à des kaffemiks ou à des fêtes nationales. Pour certains, cette immersion dans un cadre naturel extrême et dans une culture centrée sur la communauté est au contraire un facteur de bien-être.

Avantages majeurs de l’expatriation au Groenland

En regroupant les éléments précédents, on peut résumer les principaux atouts pour un projet d’expatriation bien préparé :

Pourquoi s’installer au Groenland ?

Découvrez les principaux atouts de la vie au Groenland, une destination unique qui combine aventure, sécurité et qualité de vie.

Nature Exceptionnelle

Découvrez des paysages polaires uniques, une biodiversité arctique et la possibilité de pratiquer des activités outdoor intenses.

Sécurité et Faible Criminalité

La principale source de danger provient du climat et du terrain, bien plus que des actes criminels.

Communauté et Simplicité

Vivez à un rythme plus lent, profitez d’une forte solidarité locale et de contacts humains directs et authentiques.

Opportunités Professionnelles

Des besoins structurels existent dans des secteurs ciblés : santé, construction, services publics, tourisme, pêche et recherche.

Services Publics Accessibles

Bénéficiez de la santé et de l’éducation gratuites, d’un système scolaire structuré et de passerelles vers l’enseignement supérieur au Danemark.

Aventure de Vie Unique

Vivez une expérience biographique forte en participant à la vie d’un territoire en mutation et en découvrant une culture inuit vivante.

Inconvénients structurants et profils pour lesquels le Groenland n’est pas adapté

Inversement, plusieurs contraintes sont suffisamment lourdes pour constituer de véritables freins voire rendre l’expatriation peu souhaitable pour certains :

Attention :

S’installer au Groenland présente des défis importants : isolement géographique avec des transports limités et coûteux, climat polaire extrême exigeant une préparation matérielle et psychologique, et un coût de la vie très élevé. L’intégration nécessite la maîtrise du danois ou du groenlandais, le marché du travail est étroit et lié au permis de résidence. Les services de santé, notamment spécialisés, sont limités, avec des évacuations fréquentes. La société fait face à des enjeux sociaux lourds (traumatismes, alcoolisme). Enfin, les démarches administratives sont complexes et spécifiques.

On peut dire que le Groenland convient mieux à des profils qui :

recherchent une vie centrée sur la nature, loin des grands centres urbains ;

acceptent l’isolement géographique, y compris la difficulté de revenir fréquemment dans leur pays d’origine ;

– sont prêts à apprendre une nouvelle langue (idéalement le danois, voire le groenlandais) ;

– se sentent à l’aise dans des environnements professionnels où l’on « fait de tout », avec peu de spécialisation et des responsabilités étendues ;

– sont financièrement préparés au coût élevé du quotidien et à l’incertitude sur le logement ;

– ont une bonne capacité à gérer la solitude relative, la pénombre hivernale et la frustration logistique.

En conclusion : un choix de vie plus qu’une simple destination professionnelle

L’expatriation au Groenland n’est pas une simple mutation à l’étranger. C’est un changement de paradigme. On y gagne une proximité rare avec la nature arctique, une immersion dans une culture inuit forte, une vie communautaire intense et parfois la satisfaction d’exercer un métier où l’on sent son utilité immédiatement. On y laisse une bonne partie des conforts de la mondialisation : variété de consommation, voyages fréquents, anonymat des grandes villes, services spécialisés à portée de main.

Bon à savoir :

Pour une expérience inoubliable et un ancrage durable au Groenland, il est essentiel d’avoir un projet clair, une préparation mentale et matérielle solide, et une réelle volonté de s’intégrer à la société locale. En revanche, le territoire n’est pas adapté à ceux qui recherchent principalement une carrière internationale rapide dans un environnement cosmopolite et bien connecté.

Avant de se lancer, il est donc essentiel de :

Astuce :

Pour une installation réussie au Groenland, il est crucial de : bien comprendre le cadre juridique des permis de séjour et de travail ; négocier en amont son logement et ses conditions d’installation ; évaluer sérieusement le coût de la vie au regard de son salaire ; s’informer sur la réalité sociale et la santé mentale, y compris pour soi et sa famille ; anticiper l’apprentissage linguistique (danois, groenlandais) et l’école des enfants le cas échéant ; et se projeter honnêtement dans un mode de vie très différent, où la météo, la logistique et la communauté ont plus de poids que dans la plupart des pays.

Le Groenland n’est ni un paradis blanc, ni un enfer glacé : c’est un territoire complexe, magnifique et fragile, où l’expatriation, pour peu qu’elle soit réfléchie, peut se transformer en aventure profondément transformatrice.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, doté d’un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale en s’installant au Groenland pour optimiser sa charge imposable, diversifier ses investissements et conserver un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après étude de plusieurs options (Portugal, Islande, Canada arctique, pays nordiques), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland pour sa fiscalité modérée, son régime autonome lié au Danemark et son coût de vie généralement inférieur aux grandes capitales européennes, tout en profitant d’un environnement stable et d’une faible pression foncière. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, report d’imposition), obtention du permis de séjour et organisation des liens sociaux et économiques hors de France (plus de 183 jours/an au Groenland), structuration des comptes bancaires, coordination avec les autorités fiscales danoises, mise en relation avec un réseau local (avocat, spécialiste immigration, interlocuteurs bilingues), et intégration patrimoniale internationale (analyse et éventuelle restructuration des placements).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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