Créer son Entreprise à l’Étranger : le pari entrepreneurial des expatriés au Groenland

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer comme entrepreneur au Groenland n’a rien d’un projet standard. Entre climat arctique, cadre juridique inspiré du droit danois, dépendance forte à la pêche et volonté affichée de diversifier l’économie, le territoire offre un mélange rare d’opportunités et de contraintes. Pour un expatrié, réussir son implantation suppose de maîtriser à la fois les règles de création d’entreprise, la fiscalité, la culture locale… et les réalités très concrètes de la vie dans l’Arctique.

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Comprendre le cadre général avant de se lancer

Le Groenland, officiellement Kalaallit Nunaat, est un pays autonome au sein du Royaume de Danemark, doté d’un parlement et d’un gouvernement propres. La capitale, Nuuk, concentre près d’un tiers des quelque 56 000 habitants du territoire. Les langues officielles sont le groenlandais (Kalaallisut) et le danois, mais l’anglais est assez répandu dans les milieux d’affaires.

Bon à savoir :

La monnaie officielle est la couronne danoise (DKK). Le Groenland ne fait pas partie de l’Union européenne : il n’est donc pas soumis au marché intérieur ni à la TVA européenne. Cette situation crée des barrières (douanes, procédures d’importation, visas) mais peut aussi offrir des niches pour des activités spécialisées tournées vers l’export.

Économie de petite taille mais à revenu par habitant élevé, le Groenland repose encore très largement sur la pêche et les subventions de Copenhague. Plus de 90 % des exportations proviennent des produits de la mer (crevettes, flétan du Groenland notamment) et près de la moitié des recettes publiques vient d’un transfert financier danois. Les autorités locales ont fait de la diversification économique un axe prioritaire : mines, tourisme, hydropouvoir, eau et glace, services aux entreprises. C’est dans ce mouvement que s’inscrit l’opportunité pour des expatriés d’apporter compétences, capitaux et nouvelles idées.

Un environnement physique et social atypique

Sur le plan géographique, tout est extrême : île la plus vaste du monde, plus de 80 % recouverts de glace, aucune route entre les villes, un réseau de 13 aéroports civils, 43 héliports et une économie logistique largement structurée autour du transport maritime et aérien. Royal Arctic Line gère la majorité du fret maritime, Air Greenland l’essentiel du trafic intérieur et international.

Astuce :

La société groenlandaise est caractérisée par des communautés de petite taille, un secteur public très prépondérant et une culture mixte, inuit et nordique. Pour un entrepreneur étranger, la taille limitée du marché local nécessite souvent de prévoir une stratégie d’exportation ou de services B2B dès le départ. De plus, l’approche relationnelle et la construction d’une confiance sur le long terme sont des éléments essentiels pour une implantation durable.

Où sont les vraies opportunités pour un expatrié au Groenland ?

Malgré la concentration sur la pêche, plusieurs secteurs sont clairement identifiés par les autorités comme porteurs, tant pour l’économie locale que pour des investisseurs ou créateurs d’entreprise étrangers.

Ressources naturelles et industries de transformation

Le sous-sol groenlandais renferme une série de ressources minérales : or, nickel, cuivre, zinc, plomb, éléments de terres rares, uranium, titane, graphite, feldspath, olivine, pierres précieuses (rubis, saphirs roses). Des mines fonctionnent déjà (par exemple rubis/saphirs, anorthosite), et plusieurs projets d’extraction de métaux stratégiques sont à l’étude, notamment dans le sud du pays.

Pour un entrepreneur expatrié, il n’est pas réaliste de se lancer seul dans l’exploitation minière lourde. En revanche, tout l’écosystème de services autour de ces projets se développe : ingénierie, logistique spécialisée, maintenance, formation des équipes locales, services de sécurité, restauration industrielle, solutions numériques pour le suivi des opérations, etc. La législation minière prévoit, en outre, une fiscalité spécifique (redevances variables selon les minerais, règles de report illimité des pertes pour les titulaires de licence), qui peut rendre certains modèles économiques attrayants si l’on anticipe bien le cadre réglementaire.

Attention :

Les licences d’exploitation de ressources (eau, glace, hydroélectricité) peuvent inclure une exonération d’impôt sur les sociétés, compensée par le paiement de redevances spécifiques. Ce dispositif est particulièrement déterminant pour les projets de mise en bouteille d’eau, de valorisation de la glace ou de production d’énergie renouvelable destinée aux industries électro-intensives.

Pêche, aquaculture et valorisation des produits de la mer

La pêche reste le cœur économique du pays : environ 4 400 personnes y travaillent directement, avec une flotte allant de milliers de petites embarcations à une vingtaine de grands chalutiers. L’industrie de transformation est fortement concentrée autour de Royal Greenland, un géant mondial de la crevette d’eau froide.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de place pour les nouveaux venus. Un créateur d’entreprise étranger peut se positionner sur plusieurs créneaux :

valorisation de sous-produits (farines de poisson, compléments alimentaires, huiles riches en oméga-3, collagène)

services de qualité, traçabilité, certification durable pour cibler des marchés premium

– solutions de logistique froide, d’optimisation des flux ou de numérisation de la chaîne d’approvisionnement

micro-transformation locale orientée vers le tourisme ou la gastronomie de niche

Bon à savoir :

Ce secteur d’activité est soumis à une régulation stricte, incluant des quotas et des exigences de traçabilité. Il est souvent nécessaire de s’associer à des partenaires locaux détenant déjà des licences de pêche pour s’insérer dans le système.

Tourisme arctique et services associés

Le tourisme groenlandais, encore limité en volume comparé à l’Islande, est en forte croissance. Les arrivées sont passées d’environ 77 000 visiteurs à plus de 100 000 en quelques années, avant le choc de la pandémie. La majorité arrive par avion (via l’Islande ou le Danemark), mais les croisières polaires jouent un rôle important.

Les axes de développement sont clairs : tourisme d’aventure, observation de la faune, croisières, randonnées sur la calotte glaciaire, découverte des cultures inuit, séjours urbains à Nuuk, et, à terme, développement de hubs de transport arctique si le passage du Nord-Ouest s’ouvre davantage au commerce.

Pour un entrepreneur expatrié, les enjeux sont multiples :

concevoir des produits touristiques durables, respectueux de l’environnement et des communautés locales

combler des manques en hébergement, restauration, services culturels, activités guidées spécialisées (photo, kayak, chiens de traîneau, expéditions scientifiques citoyennes, etc.)

– proposer des services B2B aux opérateurs existants (agences de voyage, compagnies de croisière, compagnies aériennes)

Nuuk vise une certification en tant que destination touristique durable ; les investisseurs qui intégreront réellement ces principes (gestion des flux, empreinte carbone, intégration culturelle) auront un avantage dans le dialogue avec les autorités et la population.

Énergie renouvelable et projets électro-intensifs

Avec environ 70 % de son électricité issue de barrages (cinq centrales hydrauliques opérationnelles), et des projets additionnels envisagés, le Groenland se positionne comme un territoire potentiellement attractif pour des industries à forte consommation électrique cherchant une énergie à faible empreinte carbone.

Exemple :

Dans le cadre des grands projets énergétiques, comme une fonderie d’aluminium, ce ne sont pas les méga-projets eux-mêmes qui sont directement accessibles aux petits entrepreneurs, mais plutôt toute une chaîne de services dérivés. Ces opportunités incluent le conseil énergétique, la maintenance, l’ingénierie, le monitoring numérique, les solutions de stockage, et potentiellement le co-développement de petites unités hybrides pour alimenter les communautés éloignées.

Numérique et infrastructures critiques

Le débat récent sur la « souveraineté numérique » du Groenland met en lumière une autre source d’opportunités. La quasi-totalité des services publics en ligne, des e-mails administratifs et d’une partie de l’économie numérique repose sur des infrastructures hébergées hors du territoire, principalement chez des géants américains (Microsoft, Google, Amazon, Cloudflare). Les analyses montrent par exemple que :

Indicateur (secteur public)Valeur approximative
Part des domaines web hébergés hors du Groenland~60 %
Part des MX (e-mails) appuyés sur des géants US~70 %
Part des domaines utilisant un hébergement local~26 %
Part des domaines gouvernementaux hébergés localement~90 %

Cette dépendance ouvre la voie à des projets de data centers locaux, de solutions de cloud souverain pour l’administration, de caches de contenus, d’outils de cybersécurité ou de monitoring de l’infrastructure. Des entreprises spécialisées peuvent aussi accompagner la mise en place d’un point d’échange internet local (IXP) ou de solutions de sauvegarde déconnectées pour des services critiques comme la santé (télémédecine Pipaluk), l’éducation ou la finance.

Choisir la bonne forme juridique au Groenland

Le cadre juridique groenlandais, largement inspiré du droit danois, offre plusieurs formes d’implantation aux expatriés. Le choix dépend de la taille du projet, du niveau de risque, des besoins de financement et de l’horizon temporel.

Les formes de sociétés principales

Les deux structures de capital dominantes sont :

FormeÉquivalentCapital minimumResponsabilitéPublic / privé
ApSSARL40 000 DKK (libéré intégralement)Limitée aux apportsNon coté, titres non offerts au public
A/SSA400 000 DKK (dont minimum 100 000 DKK libérés à la création)Limitée aux apportsPeut émettre des actions au public

Dans les deux cas, les fondateurs peuvent être des personnes physiques ou morales, locales ou étrangères. La gestion d’un ApS peut être assurée par un simple organe de direction (un ou plusieurs gérants), alors qu’un A/S doit disposer à la fois d’une direction exécutive et d’un conseil d’administration ou de surveillance d’au moins trois membres.

D’un point de vue pratique, beaucoup de petites et moyennes entreprises, notamment celles portées par des expatriés, choisissent l’ApS pour son capital plus accessible et ses exigences de gouvernance plus légères.

Il existe aussi des structures complémentaires :

3

Trois formes juridiques principales sont adaptées pour les expatriés en Suède : l’entreprise individuelle, la société de personnes et la succursale.

Succursale ou filiale : une décision stratégique pour l’expatrié

Pour un entrepreneur déjà à la tête d’une société à l’étranger, la question se pose entre ouvrir une succursale ou constituer une filiale locale (ApS ou A/S).

La succursale est moins coûteuse en capital, sans exigence minimale et sans double couche de gouvernance. Elle reste cependant fiscalement autonome au Groenland et doit déposer des états financiers (soit ceux de la maison mère, soit un reporting spécifique). Elle expose directement la société mère à toutes les responsabilités et litiges locaux. Particularité : le directeur de la succursale doit être résident au Groenland.

Bon à savoir :

Contrairement à une succursale, une filiale est une entité juridique distincte, ce qui limite la responsabilité financière de la maison mère. Cette structure facilite l’entrée d’investisseurs groenlandais ou nordiques au capital et renforce la crédibilité auprès des autorités et des grandes entreprises publiques. Pour un projet de long terme prévoyant d’employer du personnel local, la création d’une société anonyme (ApS) est généralement recommandée.

Démarches d’immatriculation

Toutes les entreprises doivent être inscrites dans le registre central danois des entreprises (CVR), via la plateforme en ligne virk.dk. La procédure est numérique, gratuite en termes de frais d’enregistrement, mais demande de réunir un ensemble d’informations :

dénomination sociale

adresse postale au Groenland

téléphone, forme juridique, objet social

capital social, principaux dirigeants

code d’activité (industrie)

Les sociétés qui embauchent doivent également s’enregistrer comme employeurs (registre Sulinal), notamment pour le prélèvement des impôts à la source et des contributions au marché du travail.

Les fondateurs résidant à l’étranger sans identifiant électronique danois (MitID) ne peuvent utiliser certains outils en ligne automatisés, ce qui rallonge la procédure (jusqu’à environ huit semaines). Dans ces cas, il est pratique de mandater un représentant local ou un conseil spécialisé, qui peut parfois jouer le rôle de fondateur technique le temps de la constitution.

Fiscalité des entreprises : un régime simple mais à bien anticiper

La fiscalité groenlandaise est autonome par rapport à celle du Danemark, même si certains principes d’inspiration nordique demeurent. Pour un entrepreneur expatrié, elle présente des spécificités à prendre en compte dès la phase de business plan.

Impôt sur les sociétés

L’impôt sur les sociétés repose sur un taux de base uniforme de 25 %, auquel s’ajoute une surtaxe de 6 % calculée sur le montant même de l’impôt. Le taux effectif ressort donc à 26,5 % environ. Il n’existe ni impôt communal sur les bénéfices, ni TVA (au sens d’un système généralisé type UE).

Le principe de résidence fiscale est classique : une société est considérée comme résidente si elle est immatriculée au Groenland, y a son siège de direction effective ou son principal établissement. Dans ce cas, elle est imposable sur son revenu mondial, à l’exception des revenus immobiliers provenant d’immeubles situés hors du territoire.

Bon à savoir :

Les sociétés non résidentes ne sont imposées au Groenland que sur les bénéfices provenant d’un établissement stable dans le pays. Une particularité importante : elles sont également imposables sur les profits issus de l’exploration et de l’exploitation d’hydrocarbures ou de ressources minérales, dès lors qu’il existe un lien territorial suffisant, et ce, même en l’absence d’un établissement stable formel.

Les bénéfices imposables partent du résultat comptable, ajusté selon les règles fiscales (amortissements, provisions, déductibilité des intérêts, etc.). Quelques repères utiles :

Actif / élémentMéthode d’amortissement maximale
BâtimentsLinéaire, jusqu’à 5 % par an
Navires, avionsLinéaire, jusqu’à 10 % par an
Équipement d’exploitationDégressif, jusqu’à 30 % par an
Licence minière acquiseLinéaire, 25 % par an sur 4 ans

Les pertes fiscales sont en principe reportables indéfiniment pour les titulaires de licence minière, sous réserve de règles anti-abus en cas de changement de contrôle. Aucun report en arrière n’est possible.

Retenue à la source sur dividendes et flux internationaux

Sur les dividendes versés par une société groenlandaise, la retenue à la source varie généralement entre 36 % et 44 % selon la commune où se situe le domicile fiscal de l’actionnaire. Néanmoins, cette retenue est déductible pour l’impôt sur les sociétés, de sorte que la charge totale sur un bénéfice distribué coïncide avec la retenue.

Astuce :

Le Groenland dispose d’un réseau de conventions fiscales très restreint, principalement avec le Danemark, les Îles Féroé, l’Islande et la Norvège. Pour les bénéficiaires résidents de ces États nordiques, la retenue à la source sur les dividendes est souvent réduite à 35 %. En revanche, pour les résidents d’autres pays, l’absence d’un réseau conventionnel étendu nécessite une planification fiscale internationale particulièrement prudente et adaptée.

Les redevances perçues par des non-résidents sont soumises à imposition au Groenland, et le payeur doit opérer une retenue à la source ; là encore, la doctrine fiscale locale et les textes doivent être analysés projet par projet.

Fiscalité sectorielle : mines, pétrole, eau, énergie

Pour les licences pétrolières et gazières, la combinaison de l’impôt sur les sociétés et de redevances progressives crée un régime à la fois potentiellement lucratif pour l’État et complexe pour les opérateurs. Les anciens permis comportent des redevances de surplus déclenchées à certains taux de rentabilité interne, tandis que les nouveaux prévoient une redevance de 2,5 % du chiffre d’affaires, à laquelle s’ajoutent des paliers supplémentaires lorsque la marge dépasse certains seuils.

Pour les mines métalliques, un barème distinct s’applique, par exemple :

RessourceRedevance standard sur le chiffre d’affaires
Gemmes5,5 % (avec redevance de surplus supplémentaire)
Uranium & ETR5 %
Autres minerais (hors pétrole & gaz)2,5 %

Dans certaines configurations, l’impôt sur les sociétés et l’éventuelle retenue sur dividendes sont pris en compte pour le calcul des redevances, ce qui évite une surimposition excessive. Toutefois, ce n’est pas le cas pour toutes les licences (urtanium, gemmes notamment). Un accompagnement fiscal spécialisé est donc quasi indispensable pour un projet minier ou énergétique d’envergure.

Travailler et résider au Groenland en tant qu’entrepreneur

Créer une entreprise n’est utile que si l’on peut vivre et travailler sur place. Or, le Groenland n’appartient pas à l’espace Schengen, même s’il est lié au Danemark. Les règles de résidence et de travail sont distinctes et parfois déroutantes pour un Européen habitué à la libre circulation.

Permis de travail et de résidence

La plupart des étrangers doivent obtenir un permis de travail et un permis de séjour avant de démarrer une activité professionnelle. Les citoyens des pays nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède) constituent l’exception : ils peuvent résider et travailler librement au Groenland.

Attention :

Pour les citoyens de l’UE/EEE et de la Suisse, la liberté de circulation ne s’applique pas au Groenland. Un permis combiné de travail et de résidence est obligatoire, même en l’absence de besoin de visa. Les demandes sont instruites par l’agence danoise SIRI, sur avis du gouvernement groenlandais (Naalakkersuisut).

Le schéma standard repose sur trois piliers :

1. Offre d’emploi concrète auprès d’un employeur immatriculé au Groenland 2. Respect des conditions locales en matière de salaire, temps de travail, congés, convention collective éventuelle 3. Capacité à subvenir à ses besoins sans recourir à l’aide sociale groenlandaise

Les permis sont habituellement délivrés pour une durée pouvant aller jusqu’à deux ans, alignée sur le contrat ou sur les autorisations municipales d’embauche de main-d’œuvre étrangère. Ils sont liés à un employeur et à un poste ; un changement d’emploi impose une nouvelle demande.

Bon à savoir :

Il n’existe pas de visa start-up spécifique au Groenland. L’entrepreneur doit généralement se faire embaucher par sa propre société locale, occuper un poste qualifié avec une rémunération conforme au marché, et consulter au préalable l’agence SIRI ou un conseil spécialisé pour sécuriser sa stratégie d’immigration.

Des régimes spécifiques existent pour certains secteurs : un accord de santé permet par exemple un traitement plus rapide des demandes de personnel médical couvert par des conventions collectives groenlandaises, et l’industrie minière bénéficie de règles allégées pour les interventions de courte durée (jusqu’à 90 jours).

Vers la résidence permanente

Pour les entrepreneurs qui envisagent une installation durable, l’accès à la résidence permanente suppose, en règle générale :

une présence légale continue de plusieurs années (en pratique autour de 5 ans)

une situation financière stable, sans dépendance aux prestations sociales

un niveau de maîtrise linguistique (danois ou groenlandais) et une intégration démontrée

un casier judiciaire vierge

Là encore, l’approche doit être anticipée : type de permis initial, renouvellements, interruptions de séjour à l’étranger, composition familiale, tout cela joue sur l’accès à un statut plus stable.

Gérer l’emploi local : droit du travail, coûts et attentes

Même lorsque l’on démarre seul, le développement d’une activité au Groenland passe très vite par le recrutement de salariés locaux. Or, le marché du travail est à la fois restreint (petite population, pénuries de compétences dans certains domaines) et structuré par des conventions collectives d’inspiration danoise.

Temps de travail, congés, rémunérations

Le temps de travail hebdomadaire se situe généralement entre 37 et 40 heures, réparties sur cinq jours. La loi impose un repos quotidien d’au moins 11 heures consécutives et un jour de repos par semaine, en principe le dimanche. L’amplitude maximale, heures supplémentaires comprises, ne doit pas excéder une moyenne de 48 heures sur une période de référence d’environ quatre mois.

Les heures supplémentaires doivent être compensées, soit en temps, soit en rémunération majorée, la pratique courante (via les accords collectifs) étant de 150 % du taux horaire pour les premières heures au-delà de l’horaire normal, puis 200 % pour les heures très tardives, les week-ends et jours fériés.

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Les salariés ont droit à un minimum de 25 jours ouvrables de congés payés par an, accumulés au rythme d’environ 2,08 jours par mois de travail.

En matière de salaires, il n’existe pas de SMIC légal unique ; les montants sont définis par négociation collective et par secteur. Les données disponibles évoquent toutefois des niveaux indicatifs : autour de 100 DKK de l’heure pour des postes non qualifiés, 20 % de plus pour les travailleurs qualifiés. Des profils techniques ou de cadre (médecins, managers, ingénieurs, développeurs) évoluent sur des fourchettes allant de 400 000 à plus de 1,2 million DKK brut par an.

Coût du travail et contributions sociales

Le système social groenlandais repose principalement sur l’impôt sur le revenu des personnes physiques (taux entre environ 36 % et 44 % selon la commune). Les employeurs, eux, versent une contribution au marché du travail (AMA), de l’ordre de 1,1 % de la rémunération brute dans les chiffres les plus récents. Ils doivent également assurer leurs salariés contre les accidents du travail, le coût variant selon le secteur d’activité.

Bon à savoir :

Pour les employés groenlandais, le système diffère de la plupart des pays européens : il n’y a pas de cotisations sociales équivalentes. Le financement principal des protections sociales repose sur l’impôt sur le revenu, qui est prélevé directement à la source.

Pour certains travailleurs étrangers affectés à des projets miniers ou d’infrastructures, un régime spécifique de taxation brute à 35 % peut s’appliquer, sans déductions. Ce régime vise à simplifier le traitement fiscal de missions ponctuelles à haute rémunération, mais il est crucial de vérifier au cas par cas dans la structuration des contrats.

Relations de travail et culture d’entreprise

Au-delà des chiffres, l’expatrié doit intégrer la culture du travail locale. Celle-ci combine :

un certain respect de la hiérarchie et de l’expérience, surtout dans les grandes organisations publiques

une forte attente de collaboration et de consultation dans les équipes

– un rythme de décision parfois plus lent que dans les centres d’affaires internationaux, avec une recherche de consensus

– une grande importance accordée à la stabilité, à la fiabilité et au respect des engagements

Dans les échanges quotidiens, la communication peut paraître à la fois directe sur le fond et prudente dans la forme : les désaccords ouverts sont souvent évités, le silence et le langage non verbal jouent un rôle non négligeable, et l’on préfère parfois laisser le temps faire son œuvre plutôt que de forcer une décision.

Logistique, coûts de la vie et infrastructures : ce que l’entrepreneur doit intégrer

Développer une activité au Groenland, c’est aussi composer avec des coûts de fonctionnement élevés et des infrastructures contraignantes.

Immobilier, énergie, connectivité : une équation exigeante

Le marché immobilier, notamment à Nuuk, est tendu. L’offre limitée et la croissance de la population entraînent des loyers élevés et des prix d’achat à des niveaux comparables à certaines capitales européennes, alors que les coûts de construction sont eux-mêmes très élevés. Pour un entrepreneur, cela signifie souvent :

des bureaux chers et pas toujours faciles à trouver

la nécessité d’anticiper longtemps à l’avance l’installation de personnel clé

l’avantage potentiel d’opter pour des solutions flexibles (coworking, partage de locaux avec des partenaires)

Les charges énergétiques (chauffage, électricité, eau) restent significatives, même si une grande partie de l’électricité est d’origine hydraulique. Il n’est pas rare que les factures de services publics pèsent lourd pour une petite structure. Un exemple de budget mensuel pour un propriétaire à Nuuk laissait apparaître près de 2 000 à 4 000 DKK par mois pour les seules charges de base, auxquels s’ajoutent l’internet et les télécoms.

90

Plus de 90 % de la population du Groenland a accès à internet, grâce notamment au câble sous-marin Greenland Connect.

Transport des biens et des personnes

L’absence de routes entre les villes a un impact direct sur tout modèle d’affaires dépendant de la logistique physique. Les expéditions de marchandises reposent sur le transport maritime (Royal Arctic Line, partenariats avec Eimskip vers l’Islande, les Féroé, la Scandinavie) et sur le fret aérien, bien plus coûteux.

Pour l’importation, il faut composer avec un système de droits spécifiques sur certains produits (alcool, boissons sucrées, tabac, véhicules, parfums, etc.) et avec des procédures administratives gérées par l’administration fiscale groenlandaise. La majorité des cargaisons arrive via le Danemark, où les droits sont souvent acquittés avant le transit maritime.

Transport au Groenland

Panorama des moyens de transport des personnes, essentiels pour la mobilité et les activités économiques sur le territoire.

Liaisons aériennes

Dépendance aux vols d’Air Greenland, aux liaisons saisonnières via l’Islande et futures réorganisations autour des nouveaux aéroports internationaux de Nuuk et Ilulissat.

Transport vers les régions isolées

Accès assuré par hélicoptère, bateaux de cabotage, motoneiges ou traîneaux à chiens.

des coûts de voyage élevés pour les déplacements de personnel, de clients ou de partenaires

– la nécessité de caler le calendrier des projets sur des contraintes météo et de disponibilité des vols

– l’importance de solutions de travail à distance, malgré les limites de bande passante

Réglementation environnementale et respect des usages locaux

L’environnement groenlandais est à la fois un atout marketing puissant (Arctique, nature préservée) et un cadre réglementaire exigeant. La chasse, la pêche, l’exploitation des terres, les activités touristiques sont encadrées par des règles strictes, à la fois pour protéger les écosystèmes et pour préserver les modes de vie traditionnels.

Pour un entrepreneur étranger, il est crucial de : comprendre les lois locales, adapter son modèle économique, développer un réseau et maîtriser la langue du pays d’accueil.

se conformer aux législations relatives à la faune, à la flore, aux espaces protégés (par exemple CITES pour certains produits d’origine animale)

intégrer des pratiques responsables en matière de déchets, d’émissions, de respect des sites culturels

– consulter les communautés locales lorsqu’un projet touche à leurs ressources ou à leur territoire

Une approche perçue comme « extractive » ou déconnectée des réalités culturelles risque de se heurter à une forte résistance sociale, même si elle est techniquement conforme aux lois.

Stratégies pratiques pour les expatriés : limiter les risques, maximiser les chances

Face à la complexité apparente de l’environnement groenlandais, plusieurs stratégies permettent à un entrepreneur expatrié de progresser de façon pragmatique.

S’appuyer sur des partenaires et prestataires locaux

Dès les premières étapes (choix de la forme juridique, immatriculation, obtention des numéros CVR et GER, ouverture de comptes bancaires, enregistrement comme employeur), il est recommandé de travailler avec :

un cabinet juridique ou un conseil en création d’entreprise déjà familier des outils en ligne (virk.dk, businessingreenland.gl)

un expert-comptable maîtrisant à la fois les principes comptables nordiques et les particularités fiscales groenlandaises

– éventuellement, un prestataire de type « Employer of Record » pour embaucher rapidement du personnel local sans créer immédiatement une entité, même si ce modèle est plus fréquent dans d’autres pays que comme solution pérenne au Groenland

Les banques traditionnelles comme GrønlandsBANKEN ou BankNordik exigent des dossiers KYC/AML complets (statuts, attestations d’immatriculation, justificatifs d’adresse, identité des dirigeants, business plan, origine des fonds) et peuvent demander une présence physique pour l’ouverture de comptes.

Anticiper les enjeux fiscaux et de conformité

La simplicité relative de certains paramètres fiscaux (taux unique d’IS, absence de TVA) ne doit pas masquer la complexité de la pratique : retenues à la source sur dividendes et redevances, royalties spécifiques aux ressources naturelles, règles de prix de transfert, obligations de reporting financier au Tax Agency et au registre des entreprises.

Astuce :

Il est judicieux de planifier vos actions à l’avance pour optimiser votre temps et vos ressources, en anticipant les étapes nécessaires et en prévoyant les éventuels obstacles.

modéliser plusieurs scénarios de distribution de bénéfices, de réinvestissement et de remontée de cash vers la maison mère

documenter soigneusement toutes les transactions intra-groupe au regard des exigences de prix de transfert (documentation à conserver au moins cinq ans)

– choisir le référentiel comptable (normes locales ou IFRS) en fonction des besoins de financement et de transparence vis-à-vis d’investisseurs internationaux

Les délais de dépôt des déclarations (par exemple, retour d’IS au plus tard le 1er mai de l’année suivant l’exercice) et de paiement des impôts (surtaxe de 6 % sur l’impôt dû si l’acompte n’a pas été optimisé) doivent être intégrés dans le calendrier de trésorerie.

Gérer finement l’immigration et le recrutement

Pour les entrepreneurs comme pour leurs collaborateurs étrangers, la question du permis de séjour et de travail conditionne tout le reste. Quelques bonnes pratiques :

Bon à savoir :

Prévoir des délais de traitement de 3 à 5 mois pour les demandes standard, hors cas spécifiques comme les accords santé, le fast-track minier limité ou les missions courtes sous la « règle du monteur ». Avant le dépôt, vérifier que l’employeur local (filiale ou succursale) est immatriculé et autorisé à recruter. Les profils clés doivent être positionnés sur des postes à temps plein, avec des conditions comparables à celles des nationaux pour éviter les refus liés au dumping social ou à une qualification insuffisante. Enfin, les dossiers de regroupement familial (conjoint, enfants) doivent être traités séparément pour assurer la stabilité du noyau de direction.

Pour les recrutements locaux, la rareté de certains profils impose une démarche de long terme : partenariats avec des institutions de formation (université de Nuuk, Tech College à Sisimiut), programmes internes de montée en compétences, recours aux talents danois ou nordiques prêts à s’expatrier.

Se construire une légitimité culturelle et relationnelle

Au Groenland plus qu’ailleurs, la réussite entrepreneuriale ne repose pas seulement sur un bon modèle économique. Les expatriés qui s’intègrent durablement sont ceux qui :

respectent la langue et les codes locaux (apprendre quelques phrases en groenlandais, comprendre les fêtes traditionnelles comme le Kaffemik ou la Journée nationale)

participent à la vie communautaire (soutien à des événements culturels ou sportifs, engagement dans des projets locaux)

– instaurent une relation de confiance avec les partenaires publics (municipalités, agences de développement, grandes entreprises publiques) en privilégiant la transparence et la concertation

Les heures passées à écouter, à adapter des projets aux attentes des habitants, à expliquer les impacts à long terme d’une activité peuvent sembler « improductives » au début, mais elles constituent souvent le meilleur investissement pour éviter des blocages politiques ou sociaux ultérieurs.

En conclusion : un marché exigeant mais à fort potentiel pour les expatriés déterminés

Créer son entreprise au Groenland n’est pas une aventure pour qui cherche le chemin de moindre résistance. Entre climat extrême, coûts de vie élevés, système juridique hybride, infrastructures limitées et marché intérieur très restreint, les obstacles sont réels. Les erreurs classiques des étrangers – sous-estimer les délais administratifs, ignorer les règles d’immigration, mal appréhender la culture locale, négliger les obligations fiscales – peuvent coûter cher.

Mais pour des expatriés prêts à s’engager dans la durée, à bâtir des partenariats équilibrés et à concevoir des projets réellement adaptés à l’écosystème local, le Groenland offre une combinaison rare :

Avantages et opportunités en Islande

Un aperçu des principaux atouts et secteurs porteurs pour les investisseurs et les professionnels en Islande.

Environnement politique stable

Un État de droit d’inspiration nordique garantissant sécurité et prévisibilité pour les activités économiques.

Diversification économique

Stratégie ouverte à l’innovation dans les mines, le tourisme, l’énergie, l’eau et le numérique.

Besoins en compétences et investissements

Demande pressante dans des secteurs à forte valeur ajoutée, créant des opportunités ciblées.

Cadre fiscal lisible

Pas de TVA généralisée et un impôt sur les sociétés unique, simplifiant les démarches.

Dans ce contexte, l’expatrié qui prépare soigneusement son dossier, s’entoure de conseils locaux, respecte les contraintes environnementales et sociales, et construit une offre tournée vers l’export ou les services B2B essentiels, peut transformer la rudesse de l’Arctique en véritable avantage compétitif. Le Groenland n’est pas un eldorado facile, mais il peut devenir, pour quelques entrepreneurs bien informés et persévérants, un terrain de jeu stratégique à la croisée des enjeux arctiques, énergétiques et numériques du XXIᵉ siècle.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Groenland, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark, pour bénéficier d’une pression fiscale globalement plus modérée que la France, d’un marché immobilier encore accessible et d’un environnement géopolitique stable, tout en conservant un ancrage européen. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence via installation durable et adresse locale, coordination avec les systèmes de santé danois et français, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, intégration), et restructuration patrimoniale internationale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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