S’installer au Cambodge attire de plus en plus d’expatriés : coût de la vie modéré, climat chaud, patrimoine fascinant, plages de Sihanoukville et temples d’Angkor à portée de week-end. Mais derrière l’image de “pays du sourire” se cache une réalité plus rude : criminalité organisée très présente, infrastructures incomplètes, système de santé fragile, corruption endémique. Tout cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à un projet d’expatriation, mais qu’il doit être préparé avec une vigilance particulière.
Pour vivre au Cambodge avec contrôle et sans naïveté, il est essentiel de comprendre le niveau de risque du pays, d’adapter son mode de vie aux réalités locales et de se doter de solides marges de sécurité sur les plans juridique, financier, médical et numérique.
Comprendre le contexte sécuritaire réel
Le Cambodge combine un niveau élevé de petite délinquance, une criminalité organisée très puissante et des institutions encore faibles. Pour un expatrié, cela se traduit par un environnement “gérable” au quotidien, à condition d’éviter certaines situations et de ne pas compter aveuglément sur l’État en cas de problème.
Indices de criminalité et perception du risque
Plusieurs indicateurs mettent en lumière la fragilité du pays en matière de sécurité. Le Cambodge est classé comme le pays au plus fort taux de criminalité de l’ASEAN avec un score de 51,3/100, loin derrière Singapour, considéré comme le plus sûr de la région avec 22,6/100. Sur un indice mondial de criminalité organisée, il arrive au 17ᵉ rang sur 193 pays, cinquième en Asie et deuxième en Asie du Sud-Est. Sa capacité de résistance à cette criminalité est, elle, très faible, avec un rang de 149ᵉ mondial.
Plus de 6,7 millions de visiteurs se sont rendus dans le pays en 2024, démontrant son attractivité malgré un contexte sécuritaire paradoxal.
Les conseils officiels des pays occidentaux reflètent cette situation intermédiaire : les États-Unis ou l’Australie demeurent sur un niveau de vigilance global bas à moyen, tandis que le Canada recommande une prudence accrue. Le Royaume-Uni va plus loin en déconseillant formellement certains secteurs du territoire. Tous, cependant, pointent Phnom Penh et certaines zones frontalières comme plus sensibles.
Criminalité du quotidien : ce qui touche concrètement les expatriés
Dans les grandes villes, la petite délinquance constitue la première source de désagrément. Les vols à l’arraché de sacs ou de téléphones depuis des motos sont fréquents, notamment sur les berges du Mékong, dans les quartiers BKK de Phnom Penh ou sur les plages de Sihanoukville. Pickpockets dans les marchés bondés, vols dans les chambres d’hôtel non verrouillées, arrachages de sacs depuis des tuk-tuks : ce sont les incidents les plus courants rapportés par les voyageurs et résidents étrangers.
Les agressions armées, qui touchent aussi des étrangers, sont favorisées par la circulation illégale d’armes à feu, provenant parfois de détournements d’arsenaux policiers ou militaires. Des cambriolages violents et des braquages de commerces peuvent survenir, particulièrement la nuit et en périphérie des villes.
Les arnaques sont omniprésentes : taxis et tuk-tuks sans compteur qui surfacturent, fausse monnaie en dollars donnée comme rendu, jeux de cartes truqués, “bonnes affaires” immobilières bidon, fausses œuvres caritatives, sans oublier tout l’écosystème de la cyberfraude (romance scams, crypto, plateformes d’investissement fictives). Le surnom “Scambodia” reflète cette réalité : pour un expatrié, le principal danger n’est pas forcément physique, mais financier et psychologique.
Criminalité organisée, corruption et zones à éviter
Le pays joue un rôle clé dans plusieurs marchés criminels : traite d’êtres humains, trafic de drogues de synthèse (méthamphétamine, kétamine), exploitation forestière illégale, extraction d’or ou de sable sauvage, contrebande de cigarettes ou d’alcool. Des groupes liés à la diaspora chinoise dominent de nombreuses activités, notamment les centres d’arnaques en ligne, où des milliers de personnes — y compris des étrangers — sont exploitées de force.
Sihanoukville, certains quartiers de Phnom Penh, Poipet, Bavet ou Takeo sont régulièrement cités comme des points chauds pour les activités criminelles. Ces complexes fermés abritent des jeux clandestins, des cyberescroqueries et de la traite des êtres humains. Selon les ONG et plusieurs enquêtes, des acteurs étatiques, dont certains policiers ou militaires, assurent la protection de ces sites. Amnesty International a recensé une cinquantaine de ces complexes, où se pratiquent tortures, séquestrations et trafics. En 2025, une vaste opération a conduit à l’arrestation de plus de 2 000 personnes.
Pour un expatrié, l’enjeu n’est pas de croiser ces réseaux par hasard, mais d’éviter d’y être aspiré par le biais d’offres d’emploi trop belles pour être vraies, notamment dans des “centres d’appels” frontaliers. Les arnaques à l’emploi promettant salaires élevés, logement et visa inclus sont l’une des portes d’entrée vers ces structures.
Préparer son expatriation : visa, cadre légal et premiers reflexes
Une expatriation sereine commence par une situation administrative irréprochable. Au Cambodge, être en règle n’est pas qu’une formalité : c’est aussi une protection face à un système judiciaire opaque, où la corruption et l’arbitraire peuvent peser lourd sur les étrangers mal conseillés.
Visas, enregistrement et travail
Tous les étrangers ont besoin d’un visa. Les séjours courts se font généralement avec un visa touristique d’un mois, souvent obtenu en ligne. Pour travailler, il faut impérativement un visa d’affaires et un permis de travail délivré par le ministère du Travail. Les expatriés qui accumulent les années sans permis s’exposent à des amendes rétroactives.
Le Cambodge a instauré le système FPCS (Foreigners Present in Cambodia System) pour la déclaration numérique des étrangers. Cette application requiert l’enregistrement de documents tels que photos, copies de passeport et baux. Les propriétaires et hôtels sont tenus de déclarer les personnes hébergées dans un délai de 24 heures. L’absence d’enregistrement dans ce système peut entraîner des complications pour le renouvellement d’un visa et servir de prétexte lors d’un contrôle des autorités.
Il est prudent de conserver des copies papier et numériques de tous les documents (passeport, visas, permis, contrats de travail, bail). Les originaux doivent être gardés au coffre et non dans le sac du quotidien, où un simple vol de moto pourrait se transformer en cauchemar administratif.
Système judiciaire : pourquoi il vaut mieux ne jamais le tester
La Constitution garantit en théorie des droits importants (interdiction de la torture, droit à un procès équitable…), et le pays a ratifié les principaux traités internationaux. Mais dans la pratique, la justice souffre d’un manque d’indépendance, d’une corruption très répandue et d’une forte influence politique.
Synthèse des principaux problèmes relatifs à la détention avant jugement et aux conditions de vie en prison, basée sur des rapports internationaux.
Peuvent atteindre 18 mois pour les crimes, y compris pour les ressortissants étrangers.
Surpopulation carcérale, problèmes d’hygiène, d’alimentation et d’accès aux soins médicaux.
Rapports faisant état de violences en garde à vue ou en prison, avec une insuffisance de poursuites pour ces abus.
Pour un expatrié, la règle d’or est donc simple : éviter autant que possible tout conflit avec la police et la justice, même pour des affaires qui paraissent mineures. Conduite sans permis, accident de la route avec blessé, consommation de stupéfiants, bagarre en sortie de bar, insultes sur les réseaux sociaux visant le roi : tous ces comportements peuvent rapidement dégénérer. La loi de lèse-majesté, en particulier, est appliquée et peut mener à de la prison pour des critiques du monarque, y compris en ligne.
En cas d’arrestation, il est essentiel de contacter immédiatement son ambassade, de rester calme et poli, de ne pas signer de documents incompris, et de demander un interprète et un avocat. Les consulats peuvent fournir des listes d’avocats anglophones ou francophones, mais n’interviennent pas dans la procédure judiciaire elle-même.
Santé, assurance et accès aux soins : un enjeu vital
Un des points les plus sensibles pour les expatriés au Cambodge reste la santé. Le pays a réalisé des progrès, mais le système public demeure très limité en qualité, en ressources et en accessibilité, surtout hors de Phnom Penh.
Un système public fragile et très inégal
Le Cambodge consacre une part relativement modeste de son PIB à la santé, avec des dépenses annuelles par habitant d’environ 120 dollars américains. Plus de 60 % des dépenses de santé sont supportées directement par les ménages. En pratique, beaucoup de Cambodgiens hésitent à se rendre à l’hôpital public, perçu comme surchargé, sous-équipé et parfois corrompu, notamment en zone rurale.
La concentration des médecins dans la capitale renforce ces déséquilibres, avec environ trois quarts des médecins et spécialistes basés à Phnom Penh. Pour les expatriés installés dans des provinces éloignées, cela signifie bien souvent plusieurs heures de route pour accéder à un plateau technique un peu sérieux.
Les pathologies infectieuses restent nombreuses : tuberculose, maladies hydriques (dysenterie, choléra, hépatites), dengue, voire malaria dans certaines zones. La prévention (vaccins, hygiène alimentaire, moustiquaires, répulsifs) est donc un volet central de la sécurité personnelle.
Le recours quasi obligé au privé… et à l’étranger
La plupart des expatriés s’orientent vers le secteur privé, plus cher mais mieux équipé, avec un personnel souvent anglophone. À Phnom Penh, des cliniques et hôpitaux internationaux comme Royal Phnom Penh Hospital, Raffles Medical ou certains grands établissements privés proposent une qualité de soins satisfaisante pour la médecine courante, la petite chirurgie et les urgences simples.
Le coût d’une couronne en céramique peut dépasser ce montant en dollars dans les cliniques dentaires les plus réputées.
Dès qu’il s’agit de chirurgie lourde, de problèmes cardiaques sérieux, de traumatologie complexe ou d’accouchements à risque, nombre d’expatriés préfèrent être évacués vers Bangkok, Singapour, voire le Vietnam ou la Chine. Or un simple transfert médicalisé vers Bangkok ou Singapour peut coûter plus de 20 000 dollars, et des cas de factures supérieures à 60 000 dollars ont été rapportés. Sans assurance, ces montants sont rédhibitoires.
L’assurance santé, non obligatoire mais indispensable
Le Cambodge n’exige plus légalement d’assurance santé pour entrer sur son territoire, exigence qui avait été ajoutée pendant la pandémie. Cette absence d’obligation ne doit pas être interprétée comme une invitation à faire l’impasse.
Pour une expatriation, il est recommandé de souscrire une assurance internationale dédiée, plus protectrice qu’une simple assurance voyage. L’idéal est une couverture offrant :
– soins hospitaliers et ambulatoires au Cambodge
– évacuation médicale d’urgence vers un pays voisin
– rapatriement sanitaire vers le pays d’origine
– couverture des médicaments et, si besoin, dentaire et maternité
Les primes varient selon l’âge, les antécédents et le niveau de franchise choisi, mais économiser quelques dizaines d’euros par mois en rognant sur l’assurance dans un pays où un accident de moto peut ruiner une famille est un mauvais calcul.
Avant de s’installer, il est également prudent d’actualiser ses vaccins (MMR, DTP, polio, grippe, varicelle) et d’envisager des vaccins complémentaires comme l’hépatite A et B, la typhoïde, la rage ou l’encéphalite japonaise selon le type de vie prévu (ville ou campagne, contact avec les animaux, activités de plein air).
Se déplacer en sécurité : route, transports et mines
Le risque routier est l’une des principales menaces pour les expatriés au Cambodge, bien avant les agressions physiques ou le terrorisme. S’ajoutent, dans certaines zones, les dangers persistants liés aux mines et munitions non explosées.
Conduire ou pas ? Une décision à ne pas prendre à la légère
Le pays possède l’un des taux de mortalité routière les plus élevés d’Asie du Sud-Est. Plusieurs estimations situent la mortalité entre 18 et 20 décès pour 100 000 habitants, soit plusieurs milliers de morts par an. Le trafic est chaotique, les règles de priorité largement ignorées, et beaucoup de véhicules, notamment les deux-roues, circulent sans éclairage, sans casque, parfois à contresens.
Conduire reste toutefois possible pour un expatrié, à condition de respecter scrupuleusement les règles et de comprendre la culture routière locale. La loi impose une conduite à droite, des limitations de vitesse relativement basses (40 km/h en agglomération, 90-100 km/h sur les grands axes), le port de la ceinture et du casque. L’usage du téléphone sans kit mains libres est prohibé, ainsi que l’alcool au volant au-delà d’un taux de 0,05 g/l.
Les étrangers doivent posséder un permis local ou un permis international accompagné de leur permis national. Pour un séjour à long terme, l’obtention d’un permis cambodgien, nécessitant un examen théorique et pratique, est recommandée. Les démarches se font dans les bureaux du ministère des Travaux publics et des Transports ou dans certains centres commerciaux.
Risques spécifiques : nuit, province, contrôle de police
La nuit concentre une part importante des accidents graves, en raison du manque d’éclairage, de la présence de véhicules non éclairés, d’animaux sur la chaussée et de conducteurs ivres. Beaucoup d’expatriés choisissent de ne pas conduire après la tombée du jour en dehors des trajets urbains très courts.
En province, les routes peuvent être défoncées, non asphaltées, régulièrement inondées pendant la saison des pluies. Les trajets interurbains en bus ou minivan avec des compagnies réputées restent souvent plus sûrs qu’un trajet en voiture ou moto personnelle, surtout pour les nouveaux arrivants.
Les postes de contrôle sont fréquents et des officiers peuvent réclamer des amendes en liquide, parfois de manière opportuniste. Pour limiter les risques, soyez irréprochable (casque, papiers, lumières) et évitez de rouler sans permis valide. En cas d’amende, restez calme et poli ; vous pouvez proposer de payer au poste, bien que beaucoup préfèrent régler de petits montants sur place pour éviter des complications.
Taxis, tuk-tuks, applications et précautions
À Phnom Penh, Siem Reap ou Sihanoukville, la combinaison tuk-tuk + application de type Grab ou PassApp est devenue le standard pour se déplacer sans conduire soi-même. L’avantage est double : tarif connu à l’avance, traçabilité du trajet et du conducteur. Les tuk-tuks “à la volée” peuvent aussi être pratiques, mais il faut systématiquement négocier le prix avant le départ, en gardant à l’esprit que les tarifs proposés aux étrangers sont souvent supérieurs aux prix locaux.
Pour réduire les risques lors de vos trajets, adoptez ces pratiques de base : asseyez-vous à l’arrière, au centre du véhicule ; gardez vos sacs et téléphones du côté intérieur, loin de la portière côté rue ; limitez l’utilisation de votre smartphone pendant le trajet ; évitez les trajets nocturnes isolés ; et privilégiez toujours les véhicules et les chauffeurs bien notés sur l’application.
Mines et munitions non explosées : un danger encore réel
Héritage des conflits des décennies passées, le Cambodge reste l’un des pays les plus contaminés par les mines antipersonnel et obus non explosés. Les provinces de Battambang, Banteay Meanchey, Pursat, Siem Reap, Pailin ou Kampong Thom sont particulièrement concernées, notamment dans les zones rurales isolées, les forêts, les rizières sèches.
Pour la majorité des expatriés urbains, cette menace est abstraite. Elle devient concrète dès que l’on s’aventure hors des sentiers battus : randonnées, routes secondaires, villages reculés. Ne jamais quitter les chemins balisés, ne pas marcher dans les rizières asséchées, éviter les forêts non accompagnées par un guide local expérimenté sont des règles non négociables. En cas de découverte d’un objet suspect, la conduite à tenir est claire : ne rien toucher et contacter le centre national de déminage (Cambodia Mine Action Center), qui dispose de numéros dédiés.
Sécurité au quotidien : logement, quartiers, vie nocturne
Une expatriation sereine ne repose pas seulement sur des démarches administratives ou des chiffres de criminalité, mais aussi sur un art de vivre adapté à la ville et au quartier où l’on réside.
Bien choisir son quartier à Phnom Penh
La capitale concentre une grande partie des expatriés du pays. Elle est loin de n’être qu’une ville dangereuse : certains quartiers sont très agréables à vivre, d’autres nettement plus rugueux. Comprendre la géographie sociale de Phnom Penh permet de réduire fortement son exposition aux risques.
Le quartier de BKK1 (Boeung Keng Kang 1) est considéré comme le plus prisé des expatriés. Ambassades, ONG, cafés branchés, restaurants internationaux, condos modernes, trottoirs relativement praticables : l’environnement y est relativement sûr, propre et confortable, mais très cher. C’est une sorte de bulle cosmopolite, parfois critiquée pour son manque d’authenticité, où les loyers peuvent facilement dépasser les 700 dollars pour un appartement d’une chambre.
Les alentours immédiats, BKK2 et BKK3, offrent un compromis plus local et plus abordable, avec de nombreuses petites rues, restaurants khmers, logements rénovés à des prix souvent compris entre 350 et 600 dollars. Beaucoup d’expatriés y voient un bon équilibre entre confort et immersion.
Le quartier historique de Riverside, à Daun Penh, est le cœur touristique de Phnom Penh, animé par le Palais royal, la promenade du Mékong, les marchés et de nombreux bars. L’ambiance y est vibrante mais bruyante et chaotique, avec une présence notable de bars à hôtesses. Il faut être vigilant face à la petite criminalité (pickpockets, rabatteurs insistants, arnaques). Les loyers y sont souvent attractifs, mais la qualité des logements est variable et les nuisances sonores, surtout nocturnes, sont importantes.
Le secteur de Toul Tompoung, autour du marché russe, attire une communauté expatriée plus “bohème”, avec un réseau très vivant de cafés, bars intimistes, petites boutiques, logements corrects à prix modérés. D’autres zones comme Toul Kork, Chroy Changvar ou Tonle Bassac présentent leurs propres avantages : plus calmes, plus familiales ou plus vertes, mais parfois éloignées des centres d’activité.
Dans toutes ces zones, la sécurité tient autant au voisinage et à la rue précise qu’au district global. Avant de signer un bail, il est recommandé de visiter le quartier à plusieurs moments (jour, soir, week-end), de discuter avec les voisins ou d’autres expatriés, et de se renseigner dans les groupes en ligne sur les retours récents.
Logement : serrures, gardiens et bon sens
La plupart des incidents touchant les expatriés concernent des vols opportunistes : porte d’appartement mal verrouillée, fenêtres ouvertes au rez-de-chaussée, sac laissé en évidence sur un balcon accessible, etc. Des réflexes simples améliorent nettement la sécurité d’un logement :
Avant de louer, vérifiez la solidité des portes et serrures. Assurez-vous que les fenêtres sont protégées (barreaux, verrous) si l’appartement est de plain-pied ou facilement accessible. Dans les grands immeubles, renseignez-vous sur la présence d’un gardien ou d’une réception 24h/24. Une fois installé, utilisez systématiquement le coffre-fort pour les objets de valeur (passeport, argent liquide, bijoux, appareils électroniques), même à votre domicile.
Beaucoup d’immeubles modernes disposent de caméras et de cartes magnétiques d’accès. Ces dispositifs sont utiles, mais ne remplacent pas la prudence individuelle. En cas de vol, le dépôt de plainte reste une démarche compliquée : peu de policiers parlent anglais, les postes peuvent être fermés, des “frais” informels peuvent être exigés pour rédiger un rapport. Pour des besoins d’assurance, certains consulats recommandent de signaler malgré tout les faits, quitte à se faire assister d’un interprète local.
Sorties, alcool, drogues : là où la vigilance fait la différence
Les grandes villes cambodgiennes ont une vie nocturne très développée, entre bars à cocktails, clubs branchés, rooftops, “girly bars” et fêtes sur les îles. La consommation d’alcool est culturellement bien acceptée, et les prix souvent bas, ce qui incite à la surconsommation.
Les risques classiques (vols, bagarres, agressions, arrestations pour ivresse) sont amplifiés. S’ajoutent des dangers spécifiques comme les intoxications aux alcools frelatés au méthanol et les verres drogués, signalés notamment dans des zones touristiques comme Pub Street à Siem Reap ou certains bars de Sihanoukville.
Quelques règles réduisent considérablement ces dangers : surveiller son verre, sortir en groupe, éviter de laisser un ami ivre seul, préférer les retours en taxi ou tuk-tuk réservé par application plutôt qu’à pied, ne pas accepter d’invitations à des “soirées privées” ou parties de cartes avec des inconnus rencontrés juste avant.
Concernant les drogues, la loi cambodgienne est extrêmement stricte. Détention, usage, production ou trafic sont lourdement sanctionnés, avec de longs emprisonnements possibles. Le cannabis reste illégal même si certains restaurants le vendent à ciel ouvert. Un expatrié qui se laisse entraîner dans ces consommations prend non seulement un risque sanitaire, mais aussi judiciaire majeur.
L’environnement numérique : entre connectivité et cyber-risques
Le Cambodge est très connecté : plus des deux tiers de la population utilisent Internet, et les réseaux sociaux, en particulier Facebook et Telegram, structurent une grande partie de la vie sociale, y compris pour les expatriés. Cet écosystème numérique, très dynamique, est aussi le terrain de nombreuses arnaques.
Téléphonie, eSIM et connexion sécurisée
Trois grands opérateurs mobiles dominent le marché : Cellcard, Smart Axiata et Metfone. Tous proposent des cartes SIM prépayées avec des volumes de données importants pour des prix bas. Un forfait avec 30 Go de données peut ne pas dépasser 5 à 6 dollars pour plusieurs semaines. Pour acheter une SIM, il faut présenter son passeport, en application des règles de vérification d’identité.
De nombreux expatriés achètent une eSIM internationale avant leur arrivée pour être joignables dès l’atterrissage, bien qu’elle ne fournisse pas toujours de numéro local. Pour un séjour durable, il est recommandé de souscrire une offre locale, éventuellement complétée par une eSIM internationale de secours.
L’usage de Wi-Fi publics dans les cafés ou hôtels implique de recourir à un VPN fiable pour chiffrer ses échanges, surtout pour la banque en ligne, le mail ou l’accès à des données sensibles. Des solutions comme NordVPN, Proton VPN ou Surfshark sont fréquentes parmi les nomades numériques.
Tableau : principaux opérateurs mobiles et profils d’usage
| Opérateur | Points forts pour expatriés | Limites principales |
|---|---|---|
| Smart Axiata | Excellente couverture urbaine, offres data généreuses | Moins performant dans certaines zones rurales |
| Cellcard | Bon équilibre villes/province, service client bilingue | Offres parfois moins agressives en prix |
| Metfone | Couverture étendue en zone rurale, tarifs bas | Expérience data moins homogène en ville |
Arnaques en ligne, phishing et protection de ses comptes
L’essor du numérique s’accompagne d’une explosion des escroqueries en ligne. Messages SMS annonçant un gain de loterie, faux agents bancaires demandant de “vérifier” ses identifiants, comptes Facebook ou Telegram usurpés, liens malveillants envoyés dans des groupes d’expatriés : le spectre est large.
Pour réduire considérablement l’efficacité des attaques en ligne, adoptez ces mesures essentielles : activez l’authentification à double facteur sur tous vos comptes, utilisez des mots de passe longs et uniques à l’aide d’un gestionnaire de mots de passe, vérifiez toujours l’URL d’un site avant d’y saisir des informations personnelles, méfiez-vous de tout message demandant de l’argent de manière urgente, et conservez une copie chiffrée de vos documents importants sur un cloud sécurisé.
Des applications locales comme CoolApp ou Snapkyu, alternatives khmères à WhatsApp ou aux réseaux sociaux internationaux, se développent. Elles promettent parfois chiffrement de bout en bout et stockage local des données. Faute d’audits indépendants publics, il est prudent de n’y partager que des informations non sensibles et de rester conscient du contexte politique : la surveillance en ligne fait partie des risques pour les activistes ou les journalistes. Pour un expatrié “apolitique”, la principale menace reste néanmoins l’escroquerie plutôt que la répression.
Familles, éducation et cadre de vie : sécurité au long cours
Pour les expatriés qui viennent avec des enfants, la question de la sécurité dépasse les seuls aspects police-santé pour englober la scolarisation, le cadre de vie, l’exposition à la pollution ou aux risques sanitaires.
International schools : un élément clé de la tranquillité d’esprit
Le système public cambodgien, encore en reconstruction après des décennies de guerre et de régime khmer rouge, ne convient pas aux familles expatriées. L’enseignement n’est ni gratuit ni obligatoire, et la qualité reste très variable. C’est pourquoi un large secteur d’écoles internationales s’est développé, surtout à Phnom Penh et Siem Reap.
Les frais de scolarité annuels dans certaines écoles internationales peuvent dépasser 20 000 dollars.
Un point important pour la sécurité globale de la famille est la distance entre le domicile et l’école. Un trajet quotidien court, effectué en tuk-tuk identifié ou en bus scolaire d’établissement, limite l’exposition aux risques routiers et aux zones plus douteuses de la ville.
Tableau : facteurs de sécurité à examiner dans le choix d’une école
| Aspect | Points de vigilance pour les parents |
|---|---|
| Accès et transports | Rue sécurisée, bus scolaire fiable, parking clair |
| Infrastructure | Clôture, présence de gardiens, caméras, procédures d’entrée |
| Santé à l’école | Infirmier(e) sur place, protocole en cas de maladie ou accident |
| Protection de l’enfance | Vérification des antécédents du personnel, formation à la sauvegarde |
| Communication avec parents | Informations claires en cas de crise, canaux officiels définis |
Au-delà des aspects matériels, la capacité des enfants et des adultes à s’adapter à une société très hiérarchisée, marquée par la notion de “face” et la non-confrontation, participe aussi à la sérénité de l’expatriation. Comprendre que l’on ne hausse pas la voix en public, que l’on respecte les moines et l’institution religieuse, que l’on ne touche pas la tête des gens, que l’on évite les démonstrations d’affection dans la rue, réduit les risques de malentendus ou de tensions.
Les relations entre personnes de même sexe sont autorisées, mais le mariage ne l’est pas. Les violences ciblées contre les étrangers sont rares. Cependant, la société restant conservatrice, il est recommandé de faire preuve de discrétion en public pour éviter les regards insistants ou les propos déplacés.
Argent, arnaques et corruption : se protéger sans se bloquer
La corruption et les escroqueries ne sont pas des anecdotes marginales, mais une donnée structurelle de la vie au Cambodge. Les intégrer dans sa manière de gérer l’argent, de choisir ses prestataires et de résoudre les petits conflits permet d’éviter bien des déconvenues.
Gérer cash, devises et banques
Le pays fonctionne en bimonnaie : riel cambodgien et dollar américain coexistent, les prix importants étant fréquemment indiqués en dollars. Le risque de faux billets concerne surtout le dollar ; certains commerçants peuvent aussi refuser les coupures trop abîmées.
Privilégiez les distributeurs dans des lieux sécurisés (banques, centres commerciaux, halls d’hôtels) et vérifiez l’absence de dispositifs suspects. Évitez les retraits nocturnes isolés. Conservez plusieurs moyens de paiement (cartes, espèces, portefeuille numérique local). Le paiement par QR code via les banques locales peut réduire le besoin de manipuler du liquide, mais nécessite de s’adapter au système bancaire local.
Les arnaques au change ou à la monnaie se multiplient à petite échelle : rendu en billets presque faux, confusion entretenue entre riels et dollars, erreurs “volontaires” de conversion. Utiliser de petites coupures et connaître approximativement le taux de change (en général autour de 4 000 riels pour 1 dollar) permet de limiter ces pertes.
Petites corruptions et arbitrages du quotidien
De nombreux témoignages évoquent des demandes de “petits extras” pour l’établissement d’un rapport de police, l’accélération d’un dossier administratif, la résolution d’un litige mineur. Les policiers sont parmi les fonctionnaires les plus mal payés, ce qui alimente cette pratique.
Face à des demandes de pots-de-vin, les expatriés ont des approches différentes. D’un point de vue pragmatique, il est souvent conseillé de réserver les refus catégoriques aux situations les plus graves. Pour les cas moins sérieux, privilégiez la médiation ou le recours à votre ambassade plutôt que d’affronter seul un système judiciaire ou administratif que vous ne maîtrisez pas.
Conclusion : vers une expatriation lucide et maîtrisée
La sécurité au Cambodge ne se résume ni à un discours alarmiste ni à un slogan rassurant. Le pays cumule une criminalité organisée puissante, des institutions fragiles, un système de santé limité et un réseau routier dangereux. Pourtant, pour des millions de touristes et des dizaines de milliers d’expatriés, la vie quotidienne reste possible, parfois même très agréable, à condition de l’aborder avec lucidité.
Pour une expatriation réussie, il est essentiel de régulariser son statut légal, de souscrire une assurance santé incluant l’évacuation, de choisir avec soin son quartier et son logement, d’adopter des habitudes de transport prudentes, de maintenir une hygiène numérique rigoureuse, de gérer ses finances avec vigilance et de comprendre les codes culturels et politiques locaux.
Avec ces garde-fous, le Cambodge peut offrir ce que beaucoup viennent y chercher : un certain sens de la liberté, une vie moins formatée, une immersion dans une culture bouddhiste marquée par la résilience, et un terrain riche pour qui souhaite entreprendre, enseigner, voyager ou simplement vivre autrement. La sérénité ne vient pas de l’absence de risques, mais de la capacité à les connaître, les anticiper et les limiter. C’est dans cet équilibre que se joue, pour les expatriés, l’expérience cambodgienne.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Cambodge, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Cambodge pour sa fiscalité modérée sur les revenus de source étrangère, son coût de vie très bas (Phnom Penh nettement moins chère que Paris), et un cadre favorable aux retraités recherchant un mode de vie tropical tout en restant à proximité de grands hubs asiatiques. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du visa retraite et de la résidence fiscale locale, organisation de la couverture santé internationale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, interlocuteurs francophones) et intégration patrimoniale. Ce type d’accompagnement permet de réduire fortement la pression fiscale tout en maîtrisant les risques (contrôles français, double imposition, adaptation culturelle).
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