S’installer en Allemagne, c’est entrer dans un pays à la fois très sécularisé et profondément marqué par des siècles d’histoire religieuse. Le paysage est déroutant pour beaucoup d’expatriés : les églises dominent les centres-villes, les clochers rythment encore le dimanche, mais une large partie de la population ne se dit plus croyante ni pratiquante. Dans le même temps, l’Islam, le bouddhisme, l’hindouisme ou le sikhisme sont très présents dans l’espace urbain, et les débats publics sur la religion sont fréquents, qu’il s’agisse du voile, de la construction de mosquées ou du fameux impôt d’Église.
Ce guide a pour objectif d’aider les nouveaux arrivants à comprendre les codes locaux, anticiper les situations sensibles (bureaucratie, travail, école, voisinage) et profiter de la richesse culturelle et religieuse du pays, sans parti pris.
Un pays chrétien… où près de la moitié de la population n’a plus de religion
Pour se repérer, il faut d’abord regarder les chiffres. L’Allemagne compte près de 85 à 86 millions d’habitants. Historiquement, le pays est majoritairement chrétien, et le christianisme reste de loin la première religion, mais il ne structure plus la vie quotidienne comme il y a quelques décennies.
Plusieurs études récentes dressent un tableau convergent. On peut résumer la situation actuelle dans le tableau suivant.
| Groupe religieux / conviction | Part approximative de la population (2024) |
|---|---|
| Chrétiens (toutes Églises confondues) | ~48 % |
| – dont catholiques | ~23–24 % (≈ 19,8–23 millions) |
| – dont protestants (EKD) | ~21–22 % (≈ 18–21 millions) |
| – autres Églises chrétiennes | 1–2 % |
| Musulmans | ~4–7 % (≈ 5–6 millions) |
| Autres religions (judaïsme, bouddhisme, hindouisme, etc.) | ~2–3 % |
| Sans religion / non-affiliés | ~45–47 % (≈ 37–39 millions) |
Ces données cachent des évolutions spectaculaires. Dans les années 1950, les protestants représentaient environ 59 % de la population, les catholiques 37 %. L’athéisme et l’agnosticisme étaient marginaux. Aujourd’hui, les personnes sans affiliation religieuse sont proches de la majorité absolue et, selon les projections, dépasseront les 50 % très rapidement.
Seulement 5 % de la population assiste à un service religieux au moins une fois par mois, selon les enquêtes.
On peut visualiser ce décalage entre appartenance et pratique dans un second tableau.
| Indicateur (2024) | Valeur estimée |
|---|---|
| Population se déclarant chrétienne | ≈ 48 % |
| Population sans religion | ≈ 47 % |
| Pratique religieuse mensuelle (toutes religions) | ≈ 5 % |
| Pratique mensuelle – catholiques | ≈ 6,5–7 % |
| Pratique mensuelle – protestants EKD | ≈ 2–3 % |
| Pratique régulière – musulmans | ≈ 25 % |
Pour un expatrié croyant, ce contexte signifie que vous trouverez facilement des lieux de culte et des communautés actives, tout en vivant dans une société largement sécularisée, où la religion est souvent considérée comme une affaire privée.
Une géographie religieuse très contrastée
L’une des spécificités de l’Allemagne est la forte variation régionale des appartenances religieuses. Vivre à Munich, Dresde ou Hambourg n’offre pas du tout la même expérience dans la vie quotidienne.
On peut simplifier cette carte mentale de la manière suivante.
| Région / Länder principaux | Profil religieux dominant (2016) |
|---|---|
| Sud catholique (Bavière, Saarland) | Catholiques majoritaires (jusqu’à 68 % en Saarland) |
| Ouest mixte (Rhénanie-du-Nord–Westphalie, Rhénanie-Palatinat, Bade-Wurtemberg) | Forte présence catholique et protestante |
| Nord protestant (Schleswig-Holstein, Basse-Saxe, Hesse, Brême) | Protestants majoritaires (50–60 %) |
| Est (Brandebourg, Saxe, Thuringe, Saxe-Anhalt, Mecklembourg-Poméranie) | Majorité non religieuse (≈ 60–75 %) |
| Grandes métropoles (Berlin, Hambourg, Brême, Munich, Cologne) | Forte proportion de sans religion + grande diversité |
Pour un expatrié, ces différences ont des effets très concrets. Dans un village bavarois, la vie associative tourne encore souvent autour de la paroisse catholique, les processions et fêtes religieuses structurent le calendrier, et les jours fériés catholiques sont plus nombreux. Dans une ville de l’ex-RDA, vous pouvez au contraire vivre des années sans croiser une pratique religieuse visible, hormis quelques grandes fêtes chrétiennes ou des manifestations de minorités religieuses.
L’immigration a profondément transformé le paysage religieux, notamment dans les villes de l’ouest et du sud de l’Allemagne, où vivent la majorité des musulmans, bouddhistes, hindous et sikhs. Dans des quartiers de villes comme Berlin, Cologne, Francfort ou Hambourg, les mosquées, temples hindous et gurdwaras font désormais partie intégrante du décor quotidien.
Racines historiques : pourquoi la religion compte encore dans un pays sécularisé
Comprendre les réflexes allemands vis‑à‑vis de la religion suppose un minimum de contexte historique. Trois grands moments pèsent encore sur les mentalités.
D’abord, la christianisation ancienne, déjà largement accomplie à l’époque de Charlemagne, a façonné le territoire, l’urbanisme et les fêtes. D’innombrables cathédrales – Cologne, Aix-la-Chapelle, Trèves ou encore la Frauenkirche de Munich – témoignent de ce passé. L’architecture, les toponymes, les calendriers scolaires restent étroitement liés à ce socle chrétien.
La Réforme, initiée par Martin Luther à Wittenberg en 1517, a divisé l’espace allemand entre territoires catholiques et protestants, engendrant des conflits comme la guerre de Trente Ans. Après des tentatives de compromis (Paix d’Augsbourg) et un effort d’unification des Églises au XIXe siècle, son héritage perdure : le 31 octobre, fête de la Réformation, est toujours un jour férié dans de nombreux Länder du nord de l’Allemagne.
Enfin, le XXe siècle a laissé des traces lourdes. Le régime nazi a cherché à instrumentaliser les Églises, a exterminé une grande partie de la population juive et persécuté d’autres minorités. Après 1945, l’ex-RFA a réaffirmé la liberté religieuse dans la Loi fondamentale, tandis que l’ex-RDA imposait un athéisme d’État, expliquant en partie le niveau très élevé de non‑croyants à l’est. Ce passé explique aussi pourquoi la question de la laïcité, des symboles religieux ou de l’antisémite est abordée avec une sensibilité particulière.
Pour un expatrié, il est important de comprendre que la religion, bien que n’étant plus dominante dans la vie quotidienne des Français, conserve une empreinte historique profonde. Cette influence se manifeste dans plusieurs aspects de la société : le droit, le calendrier (avec ses jours fériés d’origine chrétienne), l’urbanisme (à travers le patrimoine architectural) et une partie des débats publics. La France est un pays laïc où la sphère publique est séparée des cultes, mais leur héritage culturel et historique reste perceptible.
Religion et État : séparation, coopération… et impôt d’Église
Contrairement à la France, l’Allemagne ne connaît pas de laïcité stricte à la française. Le principe constitutionnel est la liberté de religion et une séparation sans hostilité, parfois qualifiée de « neutralité positive ». L’État ne se mêle pas du contenu de la doctrine religieuse, mais coopère étroitement avec les communautés reconnues.
Le statut de « corporation de droit public »
Les communautés religieuses peuvent demander le statut de Körperschaft des öffentlichen Rechts (corporation de droit public). Ce statut ouvre des droits spécifiques : offrir un enseignement religieux dans les écoles publiques, bénéficier d’avantages fiscaux et, surtout, lever le fameux Kirchensteuer, l’impôt d’Église, collecté par l’administration fiscale.
Les grandes Églises chrétiennes (catholique, protestante EKD) et les communautés juives bénéficient du statut de droit public, ainsi que certaines petites Églises comme les vieux-catholiques ou les mennonites. En revanche, la plupart des communautés musulmanes, hindoues ou bouddhistes ne l’ont pas, bien que des exceptions existent, comme la communauté Ahmadiyya en Hesse pour l’enseignement religieux.
Pour un expatrié, ce statut est loin d’être théorique : il conditionne directement la question de l’impôt d’Église et de l’enseignement religieux de vos enfants.
Le Kirchensteuer : ce qu’un expatrié doit absolument savoir
Le Kirchensteuer est l’un des points qui surprennent le plus les nouveaux arrivants. Il ne s’agit pas d’une cotisation volontaire, mais d’un prélèvement légal obligatoire pour les membres de certaines communautés religieuses reconnues. Le mécanisme est assez simple : l’État collecte, contre frais de gestion, un pourcentage de l’impôt sur le revenu et le reverse aux Églises.
La logique générale est la suivante.
| Élément clé du Kirchensteuer | Détail pratique pour expatriés |
|---|---|
| Qui paie ? | Toute personne enregistrée comme membre d’une Église habilitée (catholique, protestante, juive, etc.) |
| Base de calcul | Pourcentage de l’impôt sur le revenu (pas du revenu brut) |
| Taux | 8 % de l’impôt dans certains Länder (Bavière, Bade-Wurtemberg) ; 9 % ailleurs |
| Collecte | Automatique via la fiche de paie ou la déclaration d’impôts, par le Finanzamt |
| Mention sur la fiche de paie | Ligne Kirchensteuer, KS ou KiSt |
| Utilisation | Salaires du clergé, entretien des bâtiments, œuvres sociales (écoles, hôpitaux, aide sociale) |
Concrètement, si votre impôt sur le revenu annuel s’élève à 10 000 €, le prélèvement d’Église sera de 800 € dans un Land à 8 % et de 900 € dans un Land à 9 %. Ce supplément n’est dû que si vous êtes officiellement membre d’une communauté qui prélève cet impôt.
Lors de la déclaration d’adresse (Anmeldung) en Allemagne, indiquer ‘rk’ (catholique) ou ‘ev’ (protestant) dans la rubrique ‘religion’ déclenche automatiquement l’affiliation à l’Église et entraîne une retenue fiscale supplémentaire sur le salaire. Il ne s’agit pas d’une simple information culturelle.
Il existe aussi quelques cas complexes où les Églises allemandes échangent des informations avec leurs homologues d’autres pays : une personne baptisée en Italie ou en Espagne peut, dans certaines circonstances, être rattrapée par le système, même si elle a indiqué « sans religion » lors de son inscription, ce qui peut mener à des redressements rétroactifs.
Si vous êtes membre d’une communauté religieuse qui ne prélève pas la Kirchensteuer (comme la plupart des mosquées, de nombreuses Églises libres, et beaucoup de communautés bouddhistes ou hindoues), vous n’êtes pas soumis à cet impôt ecclésiastique.
Quitter l’Église pour ne plus payer
Il est parfaitement légal de sortir de son Église pour échapper à cet impôt, mais la démarche doit se faire auprès de l’État, non auprès du prêtre ou du pasteur. Le processus, appelé Kirchenaustritt, se déroule généralement au tribunal d’instance (Amtsgericht) ou à l’office d’état civil (Standesamt), selon le Land.
Il faut se présenter avec une pièce d’identité et parfois un certificat d’enregistrement (Meldebescheinigung), s’acquitter de frais administratifs (souvent autour de 30 €, avec des variations régionales), signer le formulaire, puis conserver précieusement l’attestation de sortie. Le fisc est ensuite informé et arrête la retenue dans les mois suivants.
Il faut toutefois mesurer les conséquences religieuses : quitter officiellement l’Église catholique ou protestante peut vous fermer l’accès à certains sacrements ou services (mariage religieux, baptême d’enfants, obsèques religieuses dans cette Église). Cela n’a en revanche aucun impact sur votre droit au séjour, à la naturalisation ou à votre carrière professionnelle.
Religion à l’école : entre catéchèse, éthique et pluralisme
Pour les familles expatriées avec enfants, la question de l’enseignement religieux arrive très vite sur la table. La Loi fondamentale allemande fait de l’enseignement religieux une matière « ordinaire » dans les écoles publiques, en coopération avec les communautés religieuses. Cela signifie que, par principe, chaque élève devrait avoir la possibilité de suivre un cours religieux correspondant à sa confession.
Les cours de religion catholique et protestante en Belgique sont confessionnels, dispensés par des enseignants officiellement mandatés par leur Église. Ils présentent le point de vue spécifique de chaque confession, bien que les approches pédagogiques modernes incluent souvent des dimensions comparatives et éthiques.
Face à la baisse de la pratique religieuse et à la montée du pluralisme, la plupart des Länder ont cependant introduit des alternatives non confessionnelles, comme les cours d’« éthique », de « philosophie pratique » ou de « valeurs et normes ». Les réformes menées entre les années 1970 et 2000 ont progressivement remplacé l’obligation stricte de suivre un cours religieux par une obligation de choisir entre religion et éthique.
On peut résumer la situation moyenne de la manière suivante.
| Type d’enseignement (années 1 à 10, estimation) | Part des élèves concernés dans l’ouest du pays |
|---|---|
| Enseignement religieux catholique | ≈ 25 % |
| Enseignement religieux protestant | ≈ 25 % |
| Autres enseignements religieux (islam, judaïsme, etc.) | Minoritaire mais en progression |
| Cours d’éthique / équivalent laïque | ≈ 20–25 % |
Dans certains Länder, notamment à l’est (Brandebourg, Berlin), on trouve des modèles plus nettement laïcs ou interreligieux, avec des matières comme LER (Lebensgestaltung-Ethik-Religionskunde), qui combinent l’étude des religions, la réflexion éthique et des compétences de vie.
En Allemagne, l’intégration de l’Islam dans le système scolaire public est en cours. Les autorités visent à proposer des cours en allemand pour limiter l’influence de contenus étrangers et promouvoir une interprétation compatible avec la démocratie. Certains Länder proposent déjà, souvent à titre expérimental, des cours d’Islam (parfois alévis). Selon la région, un parent musulman expatrié peut donc inscrire son enfant à un cours d’Islam, à un cours d’éthique, ou même à un cours chrétien s’il le souhaite.
Point important pour les expatriés qui se définissent comme non religieux : il n’est pas obligatoire de mettre ses enfants en catéchèse. Les parents ont le droit de choisir un cours d’éthique, et les adolescents gagnent eux-mêmes ce droit de décider à partir d’un certain âge, variable selon les Länder.
Pratiques dans les lieux de culte : codes vestimentaires et comportement
Au-delà des institutions, la réalité du terrain se joue aussi dans les visites de cathédrales, la participation à un office de Noël, la découverte d’une mosquée de quartier ou d’un temple hindou. L’Allemagne n’est pas un pays particulièrement strict en matière de codes vestimentaires religieux, mais certaines règles implicites méritent d’être connues.
Dans les églises et cathédrales
Que vous visitiez le Dom de Cologne, la cathédrale de Berlin ou une petite église de campagne, la ligne de conduite peut se résumer à un mot : sobriété. Il n’existe pas de code uniforme gravé dans le marbre, mais quelques principes sont largement partagés.
Pour visiter une église en Allemagne, il est recommandé de couvrir les épaules et les genoux, particulièrement pendant un office. Les T-shirts à manches courtes et les jeans non excessivement moulants ou déchirés sont acceptés. En revanche, les débardeurs très échancrés, les mini-shorts et les hauts au décolleté très plongeant sont à éviter. Durant les périodes de canicule, les églises allemandes font preuve d’une plus grande tolérance que certaines basiliques d’Italie ou d’Espagne, mais il convient de rappeler qu’il s’agit toujours d’un lieu de culte actif.
Pour les hommes, retirer sa casquette ou son chapeau à l’entrée est attendu, sauf raison de santé ou obligation religieuse (kippa, turban). Pour les femmes, aucune obligation de couvrir les cheveux en contexte catholique ou protestant. Dans certaines églises orthodoxes, plus nombreuses depuis l’arrivée de migrants venus de Grèce, de Russie, de Serbie, de Roumanie ou d’Ukraine, il peut être d’usage de se couvrir la tête ; des foulards sont parfois mis à disposition, mais cela reste variable.
Le comportement à l’intérieur est lui aussi codifié : on évite de parler fort, de téléphoner, de manger ou de boire. La plupart des cathédrales touristiques autorisent la photo sans flash, mais certaines zones – chœur, chapelles, crypte – peuvent être interdites à la prise de vue. Photographier les fidèles en prière ou les célébrants sans demander est très mal vu.
Même très touristiques, ces édifices sont d’abord des lieux de culte. Pendant un office, évitez de déambuler bruyamment, de prendre des selfies ou de vous approcher de l’autel. Si vous n’assistez pas à la cérémonie, restez discret en retrait ou attendez à l’extérieur.
Dans les mosquées
Les mosquées allemandes, en particulier dans les grandes villes, sont souvent organisées comme de véritables centres culturels : prière, classes de langue, entraide juridique ou sociale, activités pour les jeunes. Beaucoup accueillent volontiers les non‑musulmans lors de journées « portes ouvertes » ou sur rendez‑vous.
Les codes, eux, ressemblent à ceux en vigueur ailleurs dans le monde musulman. Hommes et femmes doivent se vêtir de manière couvrante : épaules, poitrine et genoux dissimulés. Les femmes sont généralement invitées à se couvrir les cheveux, et les chaussures se retirent systématiquement à l’entrée de la salle de prière. Les mosquées de tendance sunnite sont majoritaires, mais l’on trouve aussi des lieux chiites, alévis, ahmadis ou soufis. La plupart des salles de prière sont non mixtes ou disposent d’espaces séparés.
L’Allemagne compte plusieurs mosquées emblématiques, comme la grande mosquée centrale de Cologne, à l’architecture moderne et aux fonctions culturelles étendues, ou la mosquée Imam Ali à Hambourg. À Berlin, des lieux comme la mosquée Sehitlik ou l’Ibn Rushd‑Goethe Moschee, cette dernière se revendiquant inclusive et réformatrice, illustrent la diversité interne de l’Islam allemand.
Synagogues et sécurité renforcée
L’Allemagne abrite aujourd’hui l’une des plus importantes communautés juives d’Europe, derrière la France et le Royaume‑Uni, même si ses effectifs restent modestes par rapport à l’avant‑guerre. Les synagogues sont beaucoup plus protégées que les églises ou mosquées, en raison de la persistance de l’antisémitisme et de la hausse des actes hostiles signalée ces dernières années.
Pour un visiteur, cela se traduit par des contrôles à l’entrée : fouille de sacs, questions sur la raison de la visite, parfois obligation de présenter une pièce d’identité. Les hommes doivent se couvrir la tête (kippa fournie sur place le plus souvent). Les photos sont en général restreintes, et il est conseillé de se renseigner en amont auprès de la communauté (heures d’ouverture, possibilité d’assister à un office, langue utilisée).
Vivre son culte en anglais, arabe, hindi ou autre : communautés internationales
L’un des atouts majeurs pour les expatriés est la densité des communautés religieuses internationales, surtout dans les grandes villes. Il existe un réseau très développé d’Églises anglophones – anglicanes, baptistes, méthodistes, non confessionnelles – à Berlin, Munich, Francfort, Hambourg, Düsseldorf, Stuttgart, Bonn, Wiesbaden, Kaiserslautern, Ramstein, Gießen, Würzburg et ailleurs.
Des communautés chrétiennes internationales proposant des services en anglais et rassemblant des fidèles du monde entier.
Propose une liturgie de tradition anglicane en anglais et une chorale internationale.
Attire des fidèles d’une trentaine de nationalités, avec des services traduits en allemand, portugais ou autres.
Comme la Munich International Community Church ou des communautés baptistes anglophones, rassemblant des expatriés de plus de cinquante pays.
Pour les musulmans, plusieurs organisations nationales – notamment DITIB et l’Islamische Gemeinschaft Millî Görüş – structurent la vie de nombreuses mosquées. Les prêches et les activités sont souvent proposés en turc, arabe, bosnien, persan, urdu et, de plus en plus, en allemand et en anglais. Des applications comme Muslim Pro ou IslamFinder, et tout simplement Google Maps, aident à repérer les mosquées les plus proches et les points de restauration halal.
Les communautés hindoues, souvent composées de Tamouls sri-lankais ou d’Indiens, sont présentes dans plusieurs villes allemandes. Leurs temples varient de modestes lieux de culte en sous-sol ou d’anciens espaces industriels à des édifices monumentaux, comme le temple sri Kamadchi Ampal de Hamm, en Rhénanie‑du‑Nord–Westphalie, qui attire chaque année des milliers de fidèles lors de festivals.
Communautés hindoues en Allemagne
Les sikhs, les bouddhistes (notamment vietnamiens et sri‑lankais) ou les baha’is disposent également de lieux de culte dans les grandes métropoles, de même qu’une petite communauté de Quakers, très active sur les questions de paix et de justice sociale.
Pour un expatrié, ces communautés religieuses ne sont pas seulement des lieux de prière : elles servent souvent de réseau d’entraide pour trouver un logement, décrypter la bureaucratie, repérer des écoles pour les enfants, ou simplement se constituer un cercle social au‑delà du milieu professionnel.
Jours fériés religieux et « jours calmes » : impacts sur la vie quotidienne
Même si tout le monde ne va plus à l’église, le calendrier allemand reste profondément marqué par les fêtes chrétiennes. Il faut savoir que, mis à part le Jour de l’Unité allemande, tous les jours fériés sont décidés au niveau des Länder. Le résultat, pour un expatrié, est parfois déroutant : un jour peut être chômé dans un Land et pas dans le Land voisin.
Les jours fériés nationaux incluent le Nouvel An, le Vendredi saint, le lundi de Pâques, l’Ascension, le lundi de Pentecôte, le 1er mai, Noël (25 décembre) et le 26 décembre. Des jours fériés régionaux à caractère religieux s’ajoutent, variant selon les Länder : Épiphanie (sud), Fête-Dieu (Länder catholiques de l’ouest et du sud), Toussaint (plusieurs Länder de l’ouest), jour de la Réformation (nombre de Länder protestants du nord et de l’est) et Assomption (zones très catholiques).
Au-delà des jours fériés officiels, la plupart des Länder prévoient des « jours calmes » (stille Tage), en particulier le Vendredi saint, le Dimanche des morts protestant (Totensonntag), ou encore la veille de Noël. Ces journées peuvent s’accompagner de restrictions : interdiction de danser dans les clubs, limitations pour les événements sportifs bruyants, obligations de discrétion pour les bars et salles de concert. Ces règles sont parfois perçues comme anachroniques par les jeunes générations, mais elles restent appliquées, avec des variations de sévérité selon les régions.
Pour les expatriés, les jours fériés religieux ont un impact concret sur la vie quotidienne : fermeture des magasins, indisponibilité des salles municipales pour événements et horaires de transports aménagés. Ces jours offrent aussi l’opportunité de découvrir des traditions locales populaires comme les marchés de Noël, les processions, les concerts d’orgue ou les offices religieux, même pour les non-pratiquants.
Religion, travail et espace public : codes implicites et débats sensibles
Travailler en Allemagne implique de composer avec une conception assez stricte de la neutralité de l’État, mais plus souple dans le secteur privé. Le pays ne connaît pas d’interdiction horizontale générale comme le modèle français : les règles varient selon les Länder et les corps de métier.
Plusieurs Länder allemands ont adopté des lois régissant le port de signes religieux par les enseignants et certains fonctionnaires. À Berlin, par exemple, une loi de neutralité interdit le port visible de symboles (crucifix, kippa, voile) pour les professeurs, policiers, juges et surveillants pénitentiaires. D’autres régions ciblent principalement les enseignants, avec parfois des exceptions (comme pour les religieuses en habit). Les jurisprudences évoluent fréquemment, avec une tendance générale à une appréciation au cas par cas, surtout en l’absence de trouble concret constaté.
Dans le secteur privé, la situation est généralement plus souple, même si certaines entreprises peuvent fixer des règles internes sur la tenue vestimentaire dans le cadre de politiques de marque ou de sécurité. Les grandes entreprises internationales sont souvent très habituées à la diversité religieuse et prévoient des accommodements : salles de prière informelles, adaptation des horaires pendant le Ramadan, autorisation de porter le voile ou le turban dans la plupart des fonctions.
Pour un expatrié croyant, quelques points pratiques se dégagent :
Il est généralement légal de porter des symboles religieux dans les lieux publics et les emplois privés, sauf si cela contrevient aux règles de sécurité. Les restrictions les plus strictes s’appliquent à certains emplois publics (enseignement, police, justice) dans quelques Länder allemands. Pour les grandes fêtes religieuses (Aïd, Diwali, Pessah, Vesak), une demande de congé peut être faite auprès de l’employeur, mais ces jours ne sont pas légalement fériés, sauf dans de rares cas où certains Länder les reconnaissent dans leur droit du travail ou scolaire.
Par ailleurs, il faut garder en tête que, même si la liberté de religion est garantie, les discriminations existent. Des études européennes montrent que des minorités comme les musulmans ou les juifs sont particulièrement exposées aux propos haineux ou aux agressions, en ligne comme dans la rue. L’État tient des statistiques spécifiques sur les crimes à caractère religieux, et la plupart des grandes villes disposent d’initiatives interreligieuses et de programmes de sensibilisation pour contrer ces phénomènes.
Dynamique interreligieuse : un terrain fertile pour les rencontres
Une facette souvent méconnue de l’Allemagne est la densité de ses initiatives interreligieuses. Dans plusieurs grandes villes, des conseils des religions, des maisons de dialogue ou des événements comme la « Nuit longue des religions » rassemblent chaque année Églises, synagogues, mosquées et temples autour de visites guidées, de concerts ou de discussions publiques.
À Berlin, la « House of One » est un bâtiment emblématique conçu pour abriter une église, une mosquée et une synagogue, incarnant une volonté de dialogue. Depuis 2003, l’« Interreligiöses Friedensgebet » (prière interreligieuse pour la paix) a lieu chaque mois sur la Gendarmenmarkt, rassemblant des représentants de diverses croyances. D’autres activités comme des semaines interculturelles, des petits-déjeuners interreligieux, des jardins des religions et des tables rondes régulières complètent ces initiatives de rapprochement.
Pour un expatrié, ces espaces peuvent être des lieux privilégiés pour rencontrer des personnes de différentes confessions, découvrir d’autres traditions, mais aussi comprendre comment les Allemands traitent des sujets sensibles (Israël‑Palestine, laïcité, extrême droite, migration) dans un cadre religieux.
Quelques repères pour s’intégrer sans faux pas
Dans la pratique, la plupart des expatriés ne rencontreront pas de grandes difficultés religieuses au quotidien, mais quelques réflexes peuvent faciliter l’intégration.
D’une part, ne pas surévaluer le niveau de pratique : beaucoup d’Allemands se disent chrétiens sans aller à l’église, ou se disent « sans religion » tout en respectant certaines traditions (sapin de Noël, Pâques en famille). Il est donc prudent, dans les conversations, d’éviter les clichés sur « les Allemands très croyants » ou, à l’inverse, sur « un pays complètement athée ».
Les sujets liés au judaïsme, à l’Holocauste, à l’antisémitisme, à l’islamophobie ou au racisme sont très chargés. Les blagues ou comparaisons déplacées sur ces thèmes peuvent être mal reçues, même dans des contextes informels.
Enfin, prendre le temps de se renseigner sur les règles locales de son Land : jours fériés spécifiques, éventuelles restrictions sur les symboles religieux au travail, modalités de l’enseignement religieux à l’école, fonctionnement du Kirchensteuer. Une simple consultation du site de l’administration fiscale locale, du ministère régional de l’Éducation ou des pages d’information pour expatriés permet souvent d’éviter des surprises coûteuses ou des malentendus.
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En somme, la vie religieuse en Allemagne se caractérise par un paradoxe fascinant pour les expatriés : un socle chrétien très visible dans le patrimoine, les lois et le calendrier, une pratique en chute libre, une diversité religieuse croissante portée par l’immigration, et un État qui coopère de façon pragmatique avec les communautés sans pour autant leur laisser occuper la sphère publique sans limites.
Pour celui ou celle qui vient y vivre, le pays offre ainsi un double terrain d’exploration : d’un côté, des racines historiques profondes, des cathédrales et monastères, des fêtes et des rituels; de l’autre, une mosaïque très contemporaine de mosquées, temples, synagogues, Églises internationales et initiatives de dialogue. Comprendre ces différents niveaux permet non seulement d’éviter les faux pas, mais aussi de faire de son séjour en Allemagne une occasion unique de découvrir, sur un même territoire, presque tout le spectre religieux du monde contemporain.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Allemagne, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler l’Allemagne pour son environnement économique stable, sa fiscalité prévisible, l’accès direct à l’un des marchés les plus puissants de l’UE et une protection sociale robuste. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, affiliation au système de santé allemand et coordination avec la CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, fiscaliste, conseiller immobilier) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire).
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