S’installer en Allemagne, c’est aussi apprendre un nouveau langage… celui de l’assiette. Entre la jungle des supermarchés, les rituels de table très codifiés, les milliers de pains différents et les festivals entièrement dédiés à l’asperge ou à la saucisse, la gastronomie fait partie intégrante de l’intégration. Ce guide propose une plongée pratique et culturelle dans la cuisine de l’Allemagne, pensé pour les expatriés qui veulent à la fois bien manger, comprendre ce qu’ils ont dans l’assiette et garder un œil sur leur budget.
Comprendre le paysage alimentaire : du supermarché au marché de quartier
Découvrir la gastronomie locale commence souvent… sous les néons des supermarchés. En Allemagne, faire ses courses plusieurs fois par semaine est la norme, surtout parce que les frigos et congélateurs sont souvent plus petits que dans d’autres pays, et aussi parce que l’offre fraîche est abondante.
Les supermarchés sont au cœur du quotidien, mais ils cohabitent avec de nombreux formats de magasins plus spécialisés.
Supermarchés, discounters, magasins bio : qui fait quoi ?
Le paysage de la distribution est très segmenté. On distingue globalement trois familles de supermarchés : les enseignes « classiques » à service complet, les discounters et les chaînes bio.
| Type d’enseigne | Exemples principaux | Positionnement gastronomique et budgetaire |
|---|---|---|
| Supermarchés « complets » | Edeka, Rewe, Kaufland | Large choix, y compris produits régionaux, bonne offre de frais et de vins |
| Discounters | Aldi Nord/Süd, Lidl, Netto, Penny, Norma | Moins de références, prix très bas, marques de distributeur dominantes |
| Supermarchés bio | Denn’s Biomarkt, Alnatura, Bio Company | Focalisation bio, souvent plus cher, forte mise en avant du local |
| Hypermarchés | Kaufland, Real, Globus | Alimentaire + non alimentaire, idéal pour gros achats |
Environ 42 % du chiffre d’affaires alimentaire passe par les discounters. Pour un expatrié, cela veut dire que gérer son budget sans renoncer à la découverte culinaire est tout à fait possible, à condition d’accepter des rayons plus réduits que dans certains pays comme les États‑Unis.
Les grandes chaînes comme Edeka et Rewe proposent leurs propres marques à bas prix (ex: « Gut & Günstig », « ja! »). Parallèlement, les enseignes bio et les rayons « régional » mettent en avant des produits locaux, tels que des saucisses de boucheries artisanales, des bières de microbrasseries, ou des fromages et confitures de la région.
Budget alimentation : combien prévoir pour bien manger local ?
Les chiffres globaux du coût de la vie donnent des repères utiles pour calibrer votre découverte gastronomique.
| Profil | Budget alimentaire indicatif | Commentaires culinaires |
|---|---|---|
| Personne seule – courses | 50 à 100 € / semaine | En achetant malin (discounters + marchés), on peut bien manger local |
| Famille de 4 – courses | 150 à 300 € / semaine | Cuisine maison + quelques sorties restaurant selon le niveau de vie |
| Minimum pour la nourriture | ≈ 10,80 € / jour par personne (≈ 335 € / mois) | Montant « plancher » pour couvrir les besoins alimentaires |
| Repas restaurant bon marché | ≈ 15 € | Plat unique (schnitzel, currywurst, kebab…) |
| Dîner à deux, restaurant moyen | ≈ 65 € (3 plats, hors boissons) | Permet de tester une vraie « Gasthaus » traditionnelle |
| Bière pression (25–50 cl) | ≈ 4–4,50 € | Plus cher en bar que dans le commerce (≈ 0,93 € la bouteille) |
| Café cappuccino | ≈ 3,50 € | Idéal pour le rituel « Kaffee und Kuchen » |
Les expatriés venant des États‑Unis trouvent souvent que l’alimentation est relativement abordable : le coût de la vie hors loyer y est en moyenne plus bas qu’aux USA, même si les prix restent nettement supérieurs à ceux de pays comme l’Inde.
Horaires, dimanche fermé et codes du supermarché
La première surprise pour beaucoup : presque tout est fermé le dimanche. La loi de fermeture des magasins (Ladenschlussgesetz) impose aux supermarchés de fermer ce jour‑là. Quelques kiosques et boutiques de gare (« Späti », kiosks, magasins de station) restent ouverts, mais avec une offre limitée et plus chère.
La plupart des supermarchés ouvrent entre 7 h et 8 h et ferment vers 20 h. Cela demande un peu de planification, notamment pour ceux qui travaillaient dans des pays aux horaires beaucoup plus étendus.
Les courses suivent aussi des rituels bien précis :
Lors de vos courses, préparez une pièce (souvent 0,50 ou 1 €) pour libérer votre caddie, que vous récupérez en le replaçant. Pensez à apporter vos sacs réutilisables, car ils sont facturés sinon. Au rayon fruits et légumes, pesez vous-même vos produits et collez l’étiquette prix avant de passer en caisse. À la caisse, les articles défilent rapidement : emballez vos achats vous-même, éventuellement directement dans le chariot pour gagner du temps et finir de faire vos sacs sur une étagère dédiée. N’oubliez pas de poser un séparateur sur le tapis pour indiquer la fin de vos articles.
L’obsession allemande du recyclage est aussi très visible : le système de consigne (Pfand) sur les bouteilles et canettes vous permet de récupérer entre 0,15 et 0,25 € par contenant. On les insère dans une machine au supermarché, qui imprime un bon d’achat à déduire de la facture.
Lire les étiquettes et les mots‑clés alimentaires
Pour explorer la gastronomie allemande sans mauvaises surprises, comprendre les étiquettes est crucial. Les labels et l’information nutritionnelle, très réglementés, offrent un bon niveau de transparence.
Quelques termes essentiels :
| Terme sur les emballages | Signification culinaire et pratique |
|---|---|
| Zutaten | Liste des ingrédients, par ordre décroissant de poids |
| Nährwerte | Tableau nutritionnel (kcal, Fett, Kohlenhydrate, Eiweiß, Salz) |
| Mindesthaltbarkeitsdatum (MHD) | « À consommer de préférence avant » (qualité optimale, pas poison) |
| Bio / Öko | Produit certifié biologique |
| Vegan / Vegetarisch | Convenant aux véganes / végétariens |
| Ohne Zuckerzusatz | Sans sucres ajoutés |
| Salz | Quantité de sel (en g) – plus élevé qu’en étiquetage « sodium » US |
Les applications de liste de courses comme Bring! ou les outils anti-gaspillage type Too Good To Go complètent bien la panoplie de l’expatrié : elles aident à organiser ses menus, repérer les promos et récupérer des paniers d’invendus à prix réduit… souvent remplis de pain, pâtisseries ou plats cuisinés locaux.
Les saveurs de base : ce que mange réellement l’Allemagne
L’image d’Épinal d’une Allemagne qui ne vivrait que de pommes de terre, de choucroute et de bière est très incomplète. La cuisine allemande est d’abord une mosaïque régionale, fortement marquée par son histoire fédérale et par des influences voisines.
Viandes et saucisses : l’empire de la Wurst
Avec près de 60 kg de viande par personne et par an en moyenne, la viande reste centrale dans l’alimentation. Le porc domine, suivi de la volaille et du bœuf. Mais ce qui fascine le plus, ce sont les saucisses : plus de 1 500 variétés, avec des recettes réglementées depuis le Moyen Âge.
Sur un marché ou à la boucherie, on croise : les clients en quête de produits frais, les vendeurs présentant leurs marchandises et l’animation propre aux lieux où les conversations et les échanges se font en toute convivialité.
– les Bratwürste grillées, petites à Nuremberg, plus longues et fumées en Thuringe ;
– la Weißwurst bavaroise, blanche, mangée avant midi avec bretzel et moutarde douce ;
– la Currywurst, star de Berlin, saucisse coupée noyée de sauce tomate‑curry (on en mange des centaines de millions chaque année ) ;
– les saucisses de foie (Leberwurst), de sang (Blutwurst), les saucissons fumés (Mettwurst), etc.
Cette profusion se décline aussi en charcuteries pour le petit‑déjeuner et le fameux Abendbrot (repas du soir à base de pain et garnitures).
Pommes de terre, pâtes et boulettes : les grands accompagnements
Les pommes de terre, introduites au XVIIᵉ siècle, sont omniprésentes : bouillies (Salzkartoffeln), en purée, sautées (Bratkartoffeln), en salade, en galettes croustillantes (Kartoffelpuffer ou Reibekuchen, souvent avec compote de pommes). Elles cohabitent avec une vaste famille d’accompagnements :
La cuisine du sud de l’Allemagne est réputée pour ses variétés de pâtes et de quenilles, notamment les nouilles Spätzle, petites pâtes épaisses aux œufs souvent gratinées au fromage (Käsespätzle) ; les grandes ravioles souabes Maultaschen, farcies à la viande et aux épinards, dont la création est attribuée à des moines cherchant à contourner les restrictions du carême ; les Knödel ou Klöße, des boulettes de pain ou de pomme de terre traditionnellement servies avec des rôtis et des sauces ; et les Schupfnudeln, des quenilles de pomme de terre similaires à des gnocchis.
Les plats principaux, souvent braisés (comme le Sauerbraten, rôti mariné dans le vinaigre ou le vin) ou panés (les nombreux schnitzels), reposent sur ces garnitures roboratives.
Légumes, herbes et peu de piment
La cuisine allemande traditionnelle n’est pas portée sur le piquant. On trouve surtout : sauerkraut, saucisses, choucroute, et pain noir.
– carottes, choux sous toutes leurs formes, épinards, haricots, pois, brocolis, navets ;
– oignons frits abundants sur les plats de viande ;
– fines herbes comme persil, ciboulette, aneth, marjolaine, carvi ;
– condiments puissants : moutarde – particulièrement forte à Düsseldorf – et raifort (utilisé depuis le XVIᵉ siècle).
La choucroute et le chou rouge braisé sont des accompagnements traditionnels, mais l’essor du végétarisme et du véganisme a diversifié l’offre, particulièrement dans les grandes villes.
Asperge blanche, pain, gâteaux : les obsessions nationales
Trois passions structurent l’année des gourmands : l’asperge blanche, le pain et la pâtisserie.
L’asperge blanche (Spargel), très prisée, se consomme en saison, généralement de mi‑avril à fin juin. L’Allemagne lui consacre même des fêtes et routes touristiques. On la sert souvent avec des pommes de terre, du jambon et une sauce hollandaise.
Le pain est une véritable religion : environ 3 000 types de pains et 1 200 variétés de petits pains et pâtisseries. On passe du pain de seigle dense aux pains complets aux graines de lin ou de tournesol, jusqu’au pumpernickel noir et légèrement sucré. La plupart sont à base de levain, avec une grande diversité de céréales (blé, seigle, épeautre, avoine, orge…).
Les Brötchen (petits pains) occupent chaque petit-déjeuner. Ils changent de nom selon la région (Semmel, Schrippe, Weck…), marqueur identitaire que vous entendrez rapidement dans les discussions.
Côté sucré, l’éventail est tout aussi large : tartes aux fruits de saison, gâteaux au fromage à base de quark, Schwarzwälder Kirschtorte (forêt‑noire), beignets (Berliner, Krapfen, Pfannkuchen selon l’endroit), crêpes épaisses, entremets de fruits rouges du nord (Rote Grütze), sans oublier les pâtisseries de Noël (stollen, lebkuchen, spéculoos, vanillekipferl, etc.).
Manger comme un·e local·e : petit‑déjeuner, déjeuner, Abendbrot
Comprendre les rythmes des repas allemands aide à choisir les bons lieux et les bons moments pour goûter la cuisine locale.
Le petit‑déjeuner (Frühstück), moment clé
Le petit‑déjeuner traditionnel est copieux. Sur la table :
Un assortiment copieux et varié de produits frais et locaux, reflétant la tradition du petit-déjeuner continental en Allemagne.
Une sélection de Brötchen (petits pains) fraîchement achetés à la boulangerie, souvent ouverte dès 6 h du matin.
Beurre, confitures, miel et pâte à tartiner chocolatée pour accompagner les pains.
Plusieurs Aufschnitt : jambon, salamis, saucisses à tartiner comme la Leberwurst, parfois du jambon de Forêt-Noire.
Gouda, Brie, fromages frais type Frischkäse et d’autres spécialités locales.
Œufs à la coque, brouillés ou au plat, ainsi que muesli et céréales avec yaourt, lait ou quark.
Crudités simples (tomates cerises, concombres, radis) accompagnées de café filtre, espresso, thé ou jus de fruits.
Le week‑end, le petit‑déjeuner peut se transformer en brunch très élaboré, surtout dans les villes. Pour un expatrié, c’est l’occasion idéale de tester plusieurs pains, charcuteries et fromages d’un coup.
Mittagessen et Kaffee und Kuchen
Historiquement, le Mittagessen (déjeuner) était le repas chaud principal, vers midi, et le soir était plus léger. Avec la vie professionnelle moderne, beaucoup de gens mangent désormais un repas plus rapide le midi (cantine, snack) et un dîner plus conséquent en famille.
Le prix en euros d’une part de gâteau accompagnée de café dans un café traditionnel pour le rituel du Kaffee und Kuchen.
L’Abendbrot : le dîner au pain
Le soir, surtout dans les familles, on sert souvent un Abendbrot : littéralement « pain du soir ». La table se couvre :
– de tranches de pains variés,
– de plateaux de charcuteries et fromages,
– de crudités et salades de pommes de terre ou de concombre,
– de beurres aromatisés et tartinades (pâtés, rillettes, fromages frais aux herbes).
Pour un expatrié, c’est un modèle très pratique et économique : en variant les pains et les garnitures, on découvre beaucoup de produits locaux sans cuisiner de grands plats.
Régions et spécialités : voyager par l’assiette sans quitter le pays
L’un des plaisirs d’habiter en Allemagne est de voyager de Land en Land pour explorer les cuisines régionales. Chaque région cultive ses spécialités, parfois au point de créer de véritables lignes imaginaires, comme le « Weißwurstäquator » séparant la culture de la saucisse blanche bavaroise du reste du pays.
Bavière et Baden‑Württemberg : montagnes, bière et plats rustiques
Dans le sud, les cuisines de Bavière et de Bade‑Wurtemberg sont emblématiques. La Bavière partage beaucoup avec l’Autriche et la Tchéquie : schnitzels, knödels, goulashs… Au menu :
– Weißwurst avec bretzel et moutarde douce ;
– Schweinshaxe (jarret de porc rôti), souvent servi avec choucroute ou knödel ;
– Brotzeit : casse‑croûte salé accompagné de bière ;
– grande variété de bières, surtout le Weißbier (bière de blé).
En Bade‑Wurtemberg, la région de la Forêt‑Noire est réputée pour sa pâtisserie (forêt‑noire) et, surtout, la petite ville de Baiersbronn, concentrant plusieurs restaurants étoilés au Michelin. La cuisine souabe propose :
– Maultaschen (grosses ravioles),
– Spätzle et Käsespätzle,
– rôtis de porc et de bœuf en sauce, servis avec knödel ou spätzle.
Berlin, Hambourg et le nord : influences portuaires et street food
À Berlin, la gastronomie raconte l’histoire d’une ville cosmopolite. On y croise :
– la Currywurst et le Döner kebab (popularisé dans le Berlin-Ouest des années 1970, désormais l’un des fast‑foods favoris du pays) ;
– le Berliner Pfannkuchen (beignet fourré) ;
– une offre pléthorique en cuisines turque, vietnamienne, arabe, etc.
La scène culinaire berlinoise est décrite comme décontractée, internationale et expérimentale, avec un rapport assez pragmatique à la nourriture : on veut manger bien, sans chichis.
Vers Hambourg et la côte nord, la mer s’invite systématiquement :
– Fischbrötchen (sandwichs de poisson, souvent hareng mariné ou petits crabes),
– plats de poissons fumés, marinés, en croquettes ou en soupe,
– desserts comme la Rote Grütze.
Hambourg est également un haut lieu de la haute gastronomie : une dizaine de restaurants y ont déjà décroché au moins une étoile Michelin.
Hesse, Palatinat, Thuringe, Saxe : l’Allemagne des terroirs
Les régions de l’intérieur cultivent des spécialités très marquées :
Chaque région d’Allemagne possède ses spécialités culinaires emblématiques. En Hesse, autour de Francfort, on trouve l’Apfelwein (cidre) et la Grüne Sauce (sauce verte aux herbes), dont la saison débute traditionnellement le Jeudi saint. En Palatinat, le Pfälzer Saumagen (estomac de porc farci) est un plat typique. La Thuringe est réputée pour ses Thüringer Rostbratwürste et ses knödel de pomme de terre. En Saxe, on déguste le Sächsischer Sauerbraten, des rôtis du dimanche dans le Vogtland, ainsi que des desserts de Noël comme le Dresdner Stollen ou les Lebkuchen de Pulsnitz.
Pour un expatrié, voyager d’une région à l’autre sans quitter le pays, c’est multiplier les découvertes gastronomiques : le même plat (par exemple un rôti de porc) change de garniture, de sauce, de nom – et parfois même de statut (plat de tous les jours vs. spécialité de fête).
Restaurants, étiquette et codes à connaître
Aller au restaurant en Allemagne demande d’apprendre autant les règles de la table que l’orthographe des plats sur la carte.
S’installer, commander, payer : comment ça marche
Dans de nombreux restaurants, on s’assoit directement sans attendre qu’on vous place, sauf dans les établissements très gastronomiques ou lorsqu’un panneau « Bitte warten » est affiché. Partager une table avec des inconnus est courant dans les brasseries, Biergärten ou cafés bondés. On demande simplement : « Ist hier noch frei ? ».
L’eau n’arrive pas spontanément : il faut la commander, généralement en bouteille. On vous demandera presque toujours « mit oder ohne Kohlensäure ? » (gazeuse ou plate). Le simple fait de réclamer de l’eau du robinet (Leitungswasser) n’est pas ancré dans les habitudes, certains établissements refusent, d’autres acceptent parfois, mais ce n’est pas un droit implicite.
Quelques codes utiles :
Aux États-Unis, les sodas ne contiennent généralement pas de glaçons par défaut ; il faut les demander explicitement. De plus, le pain ou les bretzels déposés sur la table en début de repas peuvent être facturés à la pièce. Enfin, les portions sont souvent très généreuses : il est donc courant et judicieux de ne commander qu’un ou deux plats, plutôt qu’un menu complet avec entrée, plat et dessert.
La note n’est pas apportée automatiquement. Pour partir, il faut appeler le service d’un regard ou d’un discret « Entschuldigung » et dire « Zahlen, bitte ». Le serveur vous demandera ensuite si vous payez ensemble (zusammen) ou séparément (getrennt), le paiement séparé étant parfaitement normal.
Pour le pourboire, on se situe généralement entre 5 et 10 % : on annonce directement le montant total à payer, pour intégrer le tip (« Fünfundzwanzig, bitte » pour une addition de 22,80 € par exemple). Dépasser 15 % peut mettre mal à l’aise.
Manières de table : plus codées qu’il n’y paraît
La « Esskultur » allemande, héritée du XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, reste très codifiée :
En Allemagne, il est d’usage de tenir la fourchette dans la main gauche et le couteau dans la droite sans les échanger pendant le repas. Les deux mains doivent rester visibles au-dessus de la table, poignets posés et coudes légèrement levés. Il convient d’attendre que l’hôte souhaite ‘Guten Appetit’ avant de commencer à manger. Pour indiquer une pause, croisez le couteau et la fourchette dans votre assiette ; pour signifier que vous avez terminé, placez-les parallèlement.
Les toasts sont tout un art : on trinque en disant « Prost ! » ou « Zum Wohl ! », en maintenant un contact visuel direct jusqu’à reposer son verre, sous peine – dit la plaisanterie – de s’attirer sept ans de malchance.
Demander un « doggy bag » n’est plus tabou, même si cela reste moins systématique que dans le monde anglo‑saxon. Il vaut mieux le formuler simplement : « Könnte ich den Rest mitnehmen? ».
Quelques phrases à garder en poche
Intégrer quelques phrases clé change radicalement l’expérience :
– « Die Speisekarte, bitte » – le menu, s’il vous plaît ;
– « Ich hätte gern… » – je voudrais… ;
– « Was empfehlen Sie? » – que recommandez‑vous ? ;
– « Ich bin Vegetarier(in) / Veganer(in) » – je suis végétarien·ne / végane ;
– « Ohne …, bitte » – sans …, s’il vous plaît (pratique pour les allergènes) ;
– « Das war sehr lecker ! » – c’était très bon ! ;
– « Zahlen, bitte » – l’addition, s’il vous plaît ;
– « Stimmt so » – garde(z) la monnaie (pour inclure le pourboire).
Faire ses courses comme un·e Allemand·e : marchés, boulangeries, appli de livraison
Au‑delà du supermarché, la gastronomie se vit dans un réseau de petits commerces et de marchés spécialisés.
Boulangeries, boucheries, marchés hebdomadaires
La boulangerie (Bäckerei) est un passage quasi quotidien pour beaucoup d’Allemands. On y achète pains, petits pains, bretzels, pâtisseries. Le personnel accueille souvent par un « Guten Tag! » (ou « Grüß Gott! » en Bavière). On pointe du doigt en précisant la quantité, en ponctuant de « bitte » et « danke ».
Certains produits à ne pas manquer :
– Brötchen nature ou aux graines ;
– Brezeln (simples ou beurrées, Butterbrezel) ;
– Pumpernickel ou pains complets très denses ;
– spécialités sucrées comme le Franzbrötchen (viennoiserie à la cannelle originaire de Hambourg) ou les beignets Berliner.
Les boucheries-charcuteries (Metzgerei) proposent des saucisses et viandes préparées introuvables en supermarché. Les marchés hebdomadaires (Wochenmärkte) sont idéaux pour acheter des fruits et légumes de saison à prix raisonnable, ainsi que des fromages, poissons et plats prêts à consommer.
Quelques marchés mentionnés comme emblématiques :
| Marché | Ville | Particularité gastronomique |
|---|---|---|
| Viktualienmarkt | Munich | Grand marché central, produits frais, stands de spécialités |
| Markthalle Neun | Berlin | Halle couverte, street food, soirées thématiques |
| Maybachufer Wochenmarkt | Berlin | Marché en plein air, forte présence de produits turcs et moyen‑orientaux |
| Schillermarkt | Hambourg | Marché de quartier, produits du nord |
Livraison de courses et kits repas : quand la technologie rencontre la tradition
Pour les expatriés en ville, les services en ligne peuvent être un précieux complément, surtout quand on travaille beaucoup ou qu’on ne maîtrise pas encore bien la langue.
Plusieurs grandes familles de services existent :
| Type de service | Exemples en Allemagne | Intérêt gastronomique pour expatriés |
|---|---|---|
| Livraison de supermarché | REWE Online, Edeka, Amazon Fresh, myTime.de, Picnic, Knuspr, Flaschenpost, Bringmeister | Accès à l’offre complète, y compris produits régionaux et bio |
| Livraison express « quick commerce » | Flink, Getir, Gorillas | Courses de dernière minute (bière, pain, produits frais) |
| Kits repas prêts à cuisiner | HelloFresh, Marley Spoon, Little Lunch | Découvrir des recettes (y compris allemandes) avec ingrédients pré‑dosés |
| Livraison de restaurants | Lieferando, Uber Eats, Wolt, Foodpanda | Explorer l’offre de restaurants et snacks locaux depuis chez soi |
Ces entreprises répondent à une forte demande : le segment de la livraison de courses en Allemagne représentait déjà plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaires et devrait toucher plus de 28 millions d’utilisateurs dans les prochaines années.
Pour un expatrié, les avantages sont multiples : premières commandes souvent remisées ou sans frais, programmes de fidélité, interface en anglais chez plusieurs opérateurs, possibilité de filtrer par produits bio, véganes ou « internationaux » (indien, asiatique, etc.).
Festivals gastronomiques : manger au rythme des saisons
Une autre façon de découvrir la gastronomie allemande est de suivre le calendrier des fêtes alimentaires. Le pays compte des milliers de festivals chaque année, dont plus d’un millier autour du vin et de la bière.
Bières et vins : Oktoberfest, Wurstmarkt et autres
L’Oktoberfest de Munich est le plus célèbre : seize jours de bières, d’énormes bretzels, d’ox rôti, de jarrets de porc et de schnitzels sous les tentes à bière. Une Maß (choppe d’un litre) peut y coûter jusqu’à 15 €, ce qui donne une idée de l’ampleur économique de l’événement. Plus de 6 millions de visiteurs y boivent près de 7 millions de litres de bière.
S’autoproclame plus grand festival de vin du monde, avec plus de 150 crus proposés, au pied d’un gigantesque tonneau de 1,7 million de litres.
Wurstmarkt de Bad Dürkheim
Tout au long de l’année, plus de 1 200 festivals du vin se déroulent dans les régions viticoles (Rhin, Moselle, Palatinat, Rheingau…), offrant l’occasion de goûter Riesling, Silvaner, Spätburgunder, Dornfelder et autres crus locaux, souvent accompagnés de Zwiebelkuchen (tarte aux oignons) ou de flammekueches.
Asperges, citrouilles, bretzels, oignons : quand un produit devient star
Plusieurs produits fétiches ont leurs propres fêtes :
L’Allemagne célèbre ses produits régionaux à travers divers festivals gastronomiques. Parmi eux, les festivals de l’asperge à Schwetzingen ou Beelitz, avec dégustations et élection d’une « reine de l’asperge ». La Fête du Bretzel à Speyer met à l’honneur cette pâtisserie avec une élection de reine et des dégustations. Le festival de la citrouille de Ludwigsburg, présenté comme le plus grand du monde, transforme le parc du château en exposition de sculptures et propose des spécialités comme des soupes et des gaufres. Enfin, le Zwiebelmarkt de Weimar est un marché aux oignons historique fondé au XVIIᵉ siècle.
Assister à ces fêtes est une immersion directe dans les obsessions culinaires régionales, avec souvent des prix plus doux que dans les grandes attractions touristiques internationales.
Marchés de Noël, glühwein et douceurs hivernales
Les marchés de Noël sont un chapitre à part entière : dans presque toutes les villes, pendant l’Avent, les stands s’alignent pour servir Glühwein (vin chaud, environ 4,50 €), Lebkuchen (pain d’épices, autour de 3 €), Kartoffelpuffer, saucisses grillées, chocolats, Stollen et autres confiseries. C’est un terrain d’exploration idéal pour les expatriés, d’autant que ces marchés fonctionnent souvent comme un grand laboratoire annuel des spécialités locales.
Boire comme un·e local·e : bière, vin, cidre, café et eau pétillante
L’Allemagne est mondialement connue pour sa culture de la bière, mais cette dernière n’est pas seule à la table.
Bières régionales et mélanges étonnants
Le pays compte environ 1 300 brasseries et une quantité considérable de styles :
– Pilsner légère, dominante dans de nombreuses régions ;
– Weißbier / Weizen, bière de blé très appréciée en Bavière ;
– Altbier autour de Düsseldorf, Kölsch à Cologne, Berliner Weiße à Berlin ;
– Schwarzbier, bière noire autrefois concentrée à l’Est et désormais populaire partout.
Les mélanges comme le Radler (bière + limonade), l’Alsterwasser ou la bière au cola (Cola-Bier) sont largement acceptés. Depuis 1993, un changement de loi permet aux brasseries de les commercialiser directement en bouteilles.
Vins, cidres et schnaps
Les treize régions viticoles produisent surtout des blancs, notamment le Riesling, mais aussi des rouges comme le Spätburgunder. Curieusement, les vins allemands très sucrés, exportés en masse autrefois, sont désormais rares dans les caves locales.
En Hesse, le cidre (Apfelwein ou Ebbelwoi) est traditionnellement servi dans une cruche en grès appelée Bembel et bu dans des verres gravés. Dans tout le pays, on trouve des eaux-de-vie de fruits (Obstler) et des eaux-de-vie de grains (Korn), souvent regroupées sous le terme générique de Schnaps.
Café, softs et eau minérale
L’Allemagne figure parmi les plus gros consommateurs de café au monde. Le duo Kaffee und Kuchen reste un pilier social. Le thé domine davantage dans le nord‑ouest, notamment en Frise orientale, avec son rituel de thé noir, sucre candi et crème.
Côté boissons non alcoolisées, deux mélanges dominent :
– la Schorle (jus + eau pétillante), très rafraîchissante ;
– la Spezi, association cola + boisson à l’orange.
Les Allemands montrent une nette préférence pour l’eau minérale gazeuse en bouteille, bien que l’eau du robinet soit de très bonne qualité et potable partout.
Quand le monde s’invite dans l’assiette : influences et options pour expatriés
Si la cuisine traditionnelle reste très présente, l’Allemagne contemporaine est aussi un pays de cuisine fusion et de diversité. L’immigration italienne a popularisé la pizza et les pâtes au point qu’elles sont devenues des plats du quotidien. En 2008, on recensait environ 9 000 pizzerias et 7 000 restaurants italiens.
Nombre estimé de stands de kebab en Allemagne il y a quelques années, dont environ 1500 à Berlin.
Pour un expatrié, cela signifie que l’adaptation culinaire n’est pas une question de survie : on trouve facilement des saveurs familières, tout en ayant accès à un réservoir exceptionnel de spécialités locales.
Gérer son budget tout en explorant la gastronomie
Bien manger local ne suppose pas de multiplier les additions salées. Quelques stratégies simples permettent d’explorer la gastronomie allemande sans exploser son budget.
Exploiter les discounters et les marchés
En combinant discounters pour les produits de base (lait, œufs, farine, pâtes, riz, conserves) et marchés ou petits commerces pour les produits identitaires (pain, fromages, charcuteries, fruits de saison), on profite des deux mondes : prix bas et qualité/marqueurs régionaux.
Des repères de prix moyens :
| Produit (courses) | Prix moyen approximatif |
|---|---|
| Lait (1 L) | ≈ 1,12 € |
| Pain blanc (≈ 450 g) | ≈ 1,73 € |
| Œufs (12) | ≈ 3,31 € |
| Poulet (450 g) | ≈ 4,99 € |
| Bœuf (450 g) | ≈ 8,08 € |
| Pommes de terre (450 g) | ≈ 0,61 € |
| Bière locale (0,5 L, supermarché) | ≈ 0,93 € |
| Bouteille de vin moyen de gamme | ≈ 5,99 € |
Les programmes de fidélité, applications de supermarchés, achats en grand conditionnement et offres de bienvenue des services de livraison en ligne permettent encore de réduire la note.
Manger dehors comme un local
Pour limiter les coûts en restaurant :
Pour réduire vos dépenses alimentaires en Allemagne, privilégiez les menus de midi (Mittagsmenü), souvent moins chers pour une portion équivalente. Éloignez-vous des zones touristiques et préférez les quartiers résidentiels où les Gasthäuser, fréquentées par les locaux, servent des plats authentiques à des prix plus doux. Utilisez des applications d’avis comme Yelp, TripAdvisor ou Google pour identifier les adresses plébiscitées par les habitants plutôt que les attrapes-touristes. Enfin, ne sous-estimez pas les stands de street food (saucisses, friteries, kebabs), souvent très bon marché.
Enfin, cuisiner soi‑même reste la meilleure garantie pour à la fois contrôler sa dépense et expérimenter la cuisine allemande de l’intérieur : réaliser ses premières Käsespätzle, un Sauerbraten longuement mariné ou des Kartoffelpuffer maison fait partie intégrante de l’expérience d’expatriation.
Se sentir chez soi dans la gastronomie allemande
Découvrir la gastronomie de l’Allemagne, ce n’est pas cocher une liste de plats typiques, mais apprendre à vivre avec un nouveau rythme alimentaire, à s’orienter dans des supermarchés aux règles strictes, à décrypter des cartes truffées de mots composés, à trinquer en regardant dans les yeux et à apprécier la lenteur d’un repas partagé.
Pour un expatrié, quelques axes rendent l’intégration culinaire plus fluide :
Pour s’adapter à la vie en Allemagne, adoptez les rituels quotidiens comme le Frühstück, le Kaffee und Kuchen et l’Abendbrot. Explorez la diversité culinaire à travers les régions et leurs festivals saisonniers. Établissez progressivement une relation de confiance avec des commerces de proximité comme une boulangerie, une boucherie ou un marché local. Utilisez les services en ligne pour gagner du temps ou en cas de mobilité réduite, sans pour autant renoncer à acheter local lorsque c’est possible. Enfin, familiarisez-vous avec les codes sociaux à table et au restaurant, notamment la consigne des bouteilles et un pourboire mesuré.
Entre pain noir au levain, asperges blanches de printemps, bière artisanale, gâteaux de l’Avent et currywurst de nuit, la gastronomie de l’Allemagne offre un terrain de jeu immense. À vous de la transformer en langage quotidien, jusqu’à ce que votre premier réflexe après le travail soit peut‑être, vous aussi, de filer à la Bäckerei choisir vos Brötchen du lendemain.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Allemagne, Grèce, Chypre, Portugal), la stratégie retenue a consisté à cibler l’Allemagne pour son environnement économique puissant, la stabilité de son système fiscal, l’accès direct au marché européen et un système de santé de haut niveau. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), choix du Land le plus adapté (fiscalité locale, coût de la vie, accès transports), obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, coordination avec les caisses d’assurance maladie (CNAS/CPAM – Krankenkasse), transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques), et intégration patrimoniale (analyse, éventuelle restructuration et gestion du risque de double imposition via la convention FR‑DE).
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