Créer son entreprise en Allemagne quand on est expatrié·e

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’Allemagne attire chaque année des milliers d’entrepreneurs étrangers. Économie solide, position centrale au cœur de l’Europe, accès direct au marché de l’UE, stabilité juridique : sur le papier, tout semble idéal. Mais dès que l’on se frotte à la réalité des visas, de la bureaucratie locale, du choix de la forme juridique et de la fiscalité, le parcours peut vite devenir déroutant.

Bon à savoir :

Ce guide est conçu pour les expatriés et futurs expatriés souhaitant créer une entreprise en Allemagne, couvrant tous les types de structures, du freelance à la filiale de groupe. Il se base exclusivement sur des données et analyses provenant de sources spécialisées et d’institutions allemandes, offrant ainsi une perspective concrète, chiffrée et pragmatique.

Sommaire de l'article masquer

Pourquoi l’Allemagne est une terre d’accueil pour les entrepreneurs

L’Allemagne est la première économie de l’Union européenne et la quatrième au monde. Son tissu économique repose largement sur les petites et moyennes entreprises, le fameux Mittelstand, qui forme l’ossature du pays. Plus de 2 millions de nouvelles entreprises y sont enregistrées chaque année, et l’État affiche une politique clairement favorable à l’investissement étranger et à l’entrepreneuriat.

Attention :

Au-delà de la croissance, l’Allemagne bénéficie d’atouts majeurs : un vaste marché intérieur, un accès direct à l’UE et à l’Europe centrale, une main-d’œuvre qualifiée, des infrastructures de premier plan et une forte diversification sectorielle. La stabilité de son cadre légal et fiscal, bien que complexe, offre une visibilité exceptionnelle pour les projets à long terme.

La scène start-up est particulièrement dynamique dans les grandes métropoles comme Berlin, Munich, Hambourg ou Francfort. Berlin, par exemple, a déjà signé plus d’un million de m² de baux de bureaux sur une seule année, un record national, et concentre une grande part des levées de fonds tech du pays. Munich est un pôle majeur pour les technologies et l’industrie, Francfort pour la finance, Hambourg pour la logistique et les médias.

Une culture business exigeante, mais prévisible

Pour un expatrié, comprendre la culture d’affaires allemande est aussi important que de maîtriser le droit des sociétés. Le monde professionnel se caractérise par une forte formalité, un goût pour la précision, la planification et la documentation. La ponctualité est non négociable, les décisions se fondent sur des faits et des chiffres, et les engagements sont pris au sérieux.

Astuce :

En Suisse, la rigueur administrative se traduit par l’usage fréquent de formulaires papier, de procédures en allemand et d’une préférence pour la communication écrite. Pour un entrepreneur étranger, il est crucial de prévoir du temps supplémentaire pour ces démarches et de s’entourer rapidement de professionnels locaux, tels qu’un avocat, un conseiller fiscal (Steuerberater) et un notaire.

Statut d’expatrié·e : ce que change votre nationalité

Avant même de parler business plan, la première question est celle de votre statut migratoire. Le droit allemand opère une distinction nette entre citoyens de l’UE/AELE et ressortissants de pays tiers.

Citoyens de l’UE, de l’EFTA et de la Suisse

Les citoyens de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de la Suisse bénéficient de la liberté d’établissement. Ils peuvent s’installer, travailler et créer une entreprise en Allemagne sans visa ni titre de séjour spécifique à l’activité. En pratique, ils doivent :

déclarer leur adresse auprès de l’Einwohnermeldeamt (bureau d’enregistrement des résidents) dans les deux semaines suivant l’installation ;

– ensuite, engager les démarches de création d’entreprise comme un résident allemand.

Pas de barrière de visa, donc, mais les mêmes obligations que tout entrepreneur local en matière d’immatriculation, de fiscalité et de droit du travail.

Ressortissants de pays tiers : visas et titres de séjour

Pour les non-EU/EFTA, la question du titre de séjour est centrale. Pour lancer une activité indépendante, un simple visa touristique ou un titre lié aux études ou au regroupement familial ne suffit pas. Il faut un titre de séjour autorisant expressément l’exercice d’une activité indépendante (selbständige Tätigkeit).

Dans la plupart des cas, la démarche se déroule en deux temps :

1. Demande de visa national de long séjour (type D) pour activité indépendante ou création d’entreprise auprès de l’ambassade ou du consulat d’Allemagne dans le pays de résidence. 2. Une fois en Allemagne, demande de Aufenthaltserlaubnis zur selbstständigen Tätigkeit (titre de séjour pour activité indépendante) auprès de l’Ausländerbehörde (office des étrangers).

Le visa national coûte 75 €, est généralement valable jusqu’à trois ans et permet des entrées multiples. À côté, un visa Schengen (environ 90 €, 90 jours sur 180) peut servir pour une phase exploratoire ou certains préparatifs, mais ne donne aucune garantie d’obtention future d’un titre de séjour entrepreneurial.

Deux grandes voies existent ensuite :

Exemple :

En Allemagne, il existe deux principaux titres pour les travailleurs indépendants. Le titre *gewerblich* (entrepreneur/commerçant) s’applique aux activités commerciales, artisanales ou industrielles, soumises à l’obtention d’une licence de commerce (*Gewerbeschein*). Le titre *Freiberufler* (profession libérale) est réservé à une liste limitée de métiers intellectuels, créatifs ou réglementés, tels que les médecins, avocats, consultants, architectes, artistes ou certains ingénieurs. Ces professions sont généralement exemptées de la licence de commerce et relèvent d’un régime fiscal spécifique.

Les autorités examinent surtout quatre éléments : l’intérêt économique ou le besoin régional du projet, son impact attendu sur l’économie locale, sa viabilité financière et l’existence de fonds propres ou de crédits suffisants. Au-delà de 45 ans, il faut en outre apporter la preuve de dispositions retraite adéquates.

Le traitement des dossiers est rarement instantané : 6 à 12 semaines côté ambassade, puis 2 à 4 semaines supplémentaires auprès de l’office des étrangers. Mieux vaut donc planifier sur 3 à 6 mois l’ensemble du processus.

Cas particuliers de pays à exemption de visa

Des ressortissants d’une soixantaine de pays, dont les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni ou Israël, peuvent entrer en Allemagne sans visa pour 90 jours, puis déposer directement leur demande de titre de séjour sur place. Ce régime évite l’étape du visa national, mais pas celle du titre de séjour pour activité indépendante.

Choisir la bonne forme juridique pour son projet

Le choix de la structure juridique conditionne votre responsabilité, votre besoin en capital, votre fiscalité et votre charge administrative. En Allemagne, ce choix a aussi des implications migratoires (par exemple, être ou non gérant d’une société).

Freelance ou activité libérale : le statut de Freiberufler

Les professions considérées comme « libérales » (Freie Berufe) – médecins, avocats, architectes, ingénieurs, journalistes, artistes, consultants, certaines professions scientifiques et techniques – peuvent exercer en tant que Freiberufler. Ce statut présente plusieurs avantages :

formalités réduites : inscription directe auprès du Finanzamt (bureau des impôts), sans passer par l’office du commerce ;

comptabilité simplifiée par rapport à une société commerciale ;

certains allégements fiscaux, notamment absence de taxe professionnelle (Gewerbesteuer) si les conditions sont remplies.

Si votre activité ne rentre pas dans cette catégorie, elle sera d’office considérée comme commerciale (gewerblich), avec obligation d’enregistrement au Gewerbeamt.

Entreprise individuelle (Einzelunternehmen)

C’est la forme la plus simple pour une activité commerciale.

inscription au Gewerbeamt de la commune, pour un coût souvent compris entre 20 et 50 € ;

absence de capital minimum, pas de notaire ;

responsabilité illimitée : le patrimoine personnel de l’entrepreneur est engagé sur les dettes professionnelles.

C’est une option populaire pour tester un concept à faible risque ou démarrer une petite structure de services.

Société de personnes : la GbR et autres

La Gesellschaft bürgerlichen Rechts (GbR) est une société de personnes de droit civil, adaptée à de petits projets portés par plusieurs associés. Tous sont personnellement responsables, de manière solidaire.

Bon à savoir :

Pour des projets plus structurés, la forme juridique de la Kommanditgesellschaft (KG) offre une structure hybride. Elle combine deux types d’associés : les associés commandités, qui ont une responsabilité indéfinie, et les associés commanditaires, dont la responsabilité est limitée à leur apport en capital.

Société à responsabilité limitée : la GmbH

La Gesellschaft mit beschränkter Haftung (GmbH) est la forme la plus prisée des investisseurs étrangers. Elle offre :

une responsabilité limitée au capital social ;

une image plus « sérieuse » vis-à-vis des partenaires et des banques ;

une structure claire pour accueillir des investisseurs ou des cofondateurs.

En contrepartie :

capital social minimum de 25 000 €, dont au moins 12 500 € doivent être libérés lors de l’immatriculation ;

– acte constitutif rédigé en allemand et passé devant notaire ;

– inscription obligatoire au registre du commerce (Handelsregister) ;

– comptabilité en partie double, comptes annuels et obligations de transparence (registre des bénéficiaires effectifs).

La procédure type pour créer une GmbH comprend la rédaction des statuts, la comparution chez le notaire (en présence ou via procuration notariée), l’ouverture d’un compte bancaire pour déposer le capital, puis la demande d’inscription au Handelsregister. Ce n’est qu’à partir de cette inscription que la GmbH acquiert la personnalité juridique.

Bon à savoir :

Pour certains cas standard, il est possible d’effectuer les procédures de création par visioconférence avec un notaire. Cette option peut simplifier la logistique, notamment pour les expatriés.

La UG (Unternehmergesellschaft), la « mini-GmbH »

Pour ceux qui n’ont pas immédiatement 25 000 € à immobiliser, l’Unternehmergesellschaft (haftungsbeschränkt) propose une alternative :

capital à partir de 1 € seulement ;

responsabilité limitée comme une GmbH ;

obligation de mettre en réserve 25 % du bénéfice annuel jusqu’à atteindre 25 000 € de capitaux propres, permettant ensuite une conversion en GmbH classique.

La UG reprend globalement les mêmes formalités qu’une GmbH (notaire, registre du commerce, comptabilité complète), mais permet de démarrer avec une mise initiale symbolique, à condition de disposer par ailleurs des fonds nécessaires pour faire vivre l’entreprise.

Autres options : AG et succursale

Les grandes structures peuvent opter pour une Aktiengesellschaft (AG), société par actions avec un capital minimum de 50 000 €, adaptée à la levée de fonds importante ou à une future cotation. Sa complexité en fait une forme rare pour un primo-entrepreneur expatrié.

Autre option : ouvrir une succursale (Zweigniederlassung) d’une société étrangère. On distingue la succursale autonome, qui dispose d’une certaine latitude commerciale, et la succursale dépendante, davantage centre de représentation et de support. Dans tous les cas, c’est la société mère qui reste pleinement responsable des activités menées en Allemagne.

Enregistrement et démarches administratives : le parcours type

Les étapes varient selon que vous êtes Freiberufler ou commerçant, et selon la forme juridique choisie, mais la logique générale est la suivante.

1. Obtenir une adresse et structurer le projet

Toute entreprise allemande doit avoir une adresse commerciale en Allemagne, mentionnée dans les registres fiscaux et, le cas échéant, au Handelsregister. Les bureaux virtuels sont admis dans certains cas, mais fortement encadrés. Attention : certains services de domiciliation « low cost » ne suffisent pas pour les banques ou les autorités.

En parallèle, il est indispensable de préparer un business plan solide. Ce document joue un rôle clé dans plusieurs domaines :

évaluation du dossier par les autorités d’immigration pour le titre de séjour ;

ouverture de compte bancaire ;

demandes de prêts, de garanties ou de subventions ;

discussion avec les investisseurs privés.

Le plan doit démontrer l’intérêt économique et/ou régional du projet, sa viabilité financière, la demande sur le marché, ainsi que présenter des prévisions chiffrées détaillées sur plusieurs années.

2. Ouvrir un compte bancaire professionnel

Pour une GmbH ou une UG, c’est un passage obligé : le dépôt du capital dans un compte bloqué au nom de la société en formation est une condition préalable à l’immatriculation. Pour un freelance ou un entrepreneur individuel, ce n’est pas toujours légalement obligatoire, mais les banques interdisent souvent l’usage d’un compte personnel à des fins professionnelles.

Attention :

L’ouverture d’un compte professionnel en Allemagne est réputée difficile pour les personnes non-résidentes dans le pays.

exigences KYC/AML élevées (vérification d’identité, de provenance des fonds, du but économique) ;

– réticence de certaines banques à accepter des gérants sans adresse en Allemagne ;

– nécessité fréquente de fournir les documents de constitution notariés, voire l’extrait du Handelsregister ;

– forte demande de pièces authentifiées (apostille, légalisation, traductions certifiées).

Les méthodes de vérification d’identité les plus courantes sont le PostIdent (en agence postale en Allemagne), le VideoIdent (visioconférence) ou, dans certains cas, la certification par un notaire ou une banque à l’étranger reconnue par le régulateur allemand.

Les banques traditionnelles (Deutsche Bank, Commerzbank, DZ Bank, Sparkasse, Volksbank…) coexistent avec une génération de banques en ligne et de fintechs (N26 Business, Qonto, Holvi, Wise Business, Revolut Business, amnis, etc.). Les premières offrent la plus grande acceptabilité par l’administration, les secondes parfois plus de flexibilité et de rapidité, notamment pour les non-résidents.

Les montants exacts varient selon les offres commerciales

Les coûts et exigences présentés sont des synthèses indicatives, les montants précis étant sujets à variation.

Type de structure / serviceExigences clésCoûts de base indicatifs
Compte business GmbH/UG (banque traditionnelle)Statuts notariés, pièce d’identité, justificatif d’adresse, parfois présence physiqueFrais mensuels souvent ≥ 10–20 €, virements SEPA inclus, frais internationaux en sus
Compte business fintech (IBAN allemand ou européen)KYC par vidéo, documents de la société, parfois justificatif de lien avec l’AllemagnePlans de 0 à 20 €/mois, marges de change et frais pour transferts non-SEPA
Frais de notaire pour la constitution d’une GmbHActe constitutif, déclaration des gérants, dépôt au registreEnviron 500–1 000 € selon le capital
Frais d’inscription au HandelsregisterDossier via le notaire150–400 €

3. Immatriculation auprès des autorités compétentes

Une fois l’adresse et le compte bancaire sécurisés, il faut procéder aux enregistrements légaux.

Pour une activité commerciale (gewerblich) :

déclaration de l’activité auprès du Gewerbeamt (office du commerce) de la commune, qui délivre un Gewerbeschein (licence de commerce) pour 15 à 55 € ;

– cette déclaration entraîne automatiquement votre affiliation obligatoire à la Chambre de commerce et d’industrie (IHK) ou, pour les métiers de l’artisanat, à la Chambre des métiers (Handwerkskammer).

Pour un Freiberufler :

– pas de Gewerbeanmeldung ; l’inscription se fait directement auprès du Finanzamt via un formulaire spécifique, avec description de l’activité.

Dans tous les cas, la création d’une société (GmbH, UG, AG, succursale) suppose :

dépôt du dossier via le notaire au Handelsregister ;

– après l’inscription, demande de numéro fiscal (Steuernummer) et, si nécessaire, d’identifiant TVA intracommunautaire (USt-IdNr.) auprès du Finanzamt ;

inscription au registre de transparence (Transparenzregister) pour déclarer les bénéficiaires effectifs.

Si vous embauchez des salariés, il faut aussi : s’assurer de respecter la législation du travail en vigueur, établir des contrats de travail clairs, mettre en place des processus d’intégration efficaces, offrir des formations adaptées, prévoir des mesures de santé et de sécurité au travail, et encourager un bon climat de travail.

obtenir un numéro d’employeur auprès de l’Agence fédérale pour l’emploi ;

s’enregistrer auprès des caisses de sécurité sociale (assurance maladie, retraite, chômage, accident).

Combien coûte la création d’entreprise en Allemagne ?

Le coût total dépend énormément de la forme juridique, du recours ou non à des prestataires (avocat, fiscaliste, service de création) et de la complexité du dossier (traductions, apostilles, etc.).

On peut néanmoins dégager un ordre de grandeur :

ÉlémentFourchette indicative
Enregistrement entreprise individuelle20–50 € (Gewerbeamt)
Enregistrement UG / GmbH (frais purs)Environ 400 € pour le registre + notaire, mais jusqu’à 2 000–3 000 € en incluant conseil juridique et accompagnement
Capital social minimum GmbH25 000 € (dont 12 500 € versés à l’immatriculation)
Capital social minimum UG1 €
Capital social minimum AG50 000 €
Visa national auto-entrepreneur75 €
Visa Schengen90 €
Frais de traductions / apostillesSouvent 500–1 500 € selon le volume et les pays d’origine
Comptabilité et obligations annuelles (GmbH)1 800–4 950 € et plus par an selon la taille

Là encore, l’anticipation est clé : beaucoup d’expatriés sous-estiment les coûts indirects (déplacements, accompagnement, délais).

Fiscalité des entreprises : comprendre l’essentiel

La fiscalité allemande est réputée lourde et complexe, mais elle est aussi très stable et encadrée, ce qui permet une planification à long terme.

L’impôt sur les sociétés et la taxe professionnelle

Une société résidente (GmbH, AG) est imposée sur son revenu mondial. Elle supporte principalement :

un impôt sur les sociétés (Körperschaftsteuer) de 15 % sur le bénéfice imposable, auquel s’ajoute une surtaxe de solidarité de 5,5 % sur cet impôt, soit un taux effectif d’environ 15,825 % ;

– une taxe professionnelle (Gewerbesteuer) dont le taux varie selon la commune. Il se calcule sur la base d’un taux fédéral de 3,5 %, multiplié par un coefficient local (Hebesatz), généralement entre 300 % et plus de 500 %. Au total, cela donne typiquement entre 14 et 17 % de taxe professionnelle.

30

Le taux global combiné d’imposition des entreprises en France, incluant impôt sur les sociétés, solidarité et taxe professionnelle, s’élève en moyenne à 30 %.

Ville (exemple)Multiplicateur de taxe professionnelle (approx.)Taux global effectif estimé
Berlin410 % (~14,35 % de taxe pro)Environ 30 %
Munich490 % (~17,15 % de taxe pro)Environ 33 %
Francfort460 % (~16,10 % de taxe pro)Environ 32 %

Les bénéfices peuvent en outre être affectés par :

des règles de limitation des intérêts déductibles (plafond à 30 % de l’EBITDA fiscal avec un seuil de 3 M€) ;

des règles sur le report des pertes (report en arrière sur un an, jusqu’à 10 M€ pour certaines années, et report en avant illimité mais plafonné au-delà de 1 M€ de bénéfice).

TVA, retenues à la source et conventions fiscales

La TVA allemande (Umsatzsteuer) est harmonisée avec celle de l’UE :

taux normal : 19 % ;

taux réduit : 7 % (alimentation, livres, certains transports, etc.) ;

certains flux (exportations, prestations internationales) bénéficient de taux 0 %.

22000

Seuil de chiffre d’affaires de l’année précédente pour bénéficier du régime de franchise en base TVA en Allemagne.

Les dividendes versés à des non-résidents sont en principe soumis à une retenue d’environ 26,375 %, réduite potentiellement à 15,825 % sous certaines conditions de substance, ou davantage via une convention de non double imposition ou la directive européenne mère-fille. Les redevances sont taxées à la source à 15 % (plus surtaxe), tandis que les intérêts sont en général exonérés de retenue, sauf cas particuliers.

L’Allemagne a signé des conventions fiscales avec plus de 90 pays, ce qui permet souvent d’éviter une double imposition, à condition de structurer correctement le montage et de respecter les règles anti-abus (anti treaty shopping).

Le marché des bureaux : où s’implanter et à quel prix ?

Choisir sa ville et son type de bureau est un enjeu stratégique, surtout pour les start-ups et les entreprises internationales qui recrutent localement.

Le marché allemand des bureaux est massif : évalué à plus de 110 milliards de dollars et attendu autour de 130 milliards à l’horizon 2030. Les cinq grandes métropoles (Berlin, Düsseldorf, Francfort, Hambourg, Munich) représentent un volume d’absorption de plus d’un million de m² par semestre.

Quelques repères sur les loyers de bureaux prime au m² et les taux de vacance récents :

VilleLoyer prime mensuel (m²)Taux de vacance (approx.)
Berlin45 €~9,6–9,7 %
Düsseldorf43,50 €~10–10,5 %
Francfort50 €~11 %
Hambourg35,50 €~5,8 %
Munich54 €~7,6–8,2 %

En parallèle, des espaces flexibles et de coworking (WeWork, opérateurs locaux, centres d’affaires) se multiplient, proposant des bureaux privatifs dès quelques centaines d’euros par mois, souvent avec engagement réduit et services inclus (wifi, salles de réunion, ménage, etc.). C’est une option très appréciée des expatriés pour tester le marché, limiter les engagements à long terme et disposer d’une adresse professionnelle reconnue.

Sur le marché global :

les contrats de location représentent près des trois quarts de la valeur des transactions ;

la demande est tirée en grande partie par l’IT et les services numériques (près de 27 % de la demande locative) ;

– les immeubles certifiés (ESG, énergie, environnement) prennent une part croissante, notamment à Munich et Francfort.

Pour une jeune entreprise, mixer coworking au démarrage puis bail classique lorsque l’équipe grandit est souvent une trajectoire rationnelle.

Droit du travail : embaucher en Allemagne quand on est expatrié·e

L’Allemagne n’a pas de code du travail unique, mais un empilement de lois fédérales, d’accords collectifs, de jurisprudence et de conventions d’entreprise. Pour un entrepreneur étranger, certaines particularités sont cruciales.

Contrats de travail et temps de travail

Les contrats à durée indéterminée dominent le paysage (environ 78 % des salariés). Les contrats à durée déterminée sont strictement encadrés : durée maximale de deux ans avec quelques renouvellements, sauf motif objectif (remplacement, projet spécifique). Dans les quatre premières années d’une entreprise, il est possible d’utiliser davantage les CDD sans motif, dans une certaine limite.

Le temps de travail est plafonné à 8 heures par jour en moyenne (avec possibilité de monter à 10 heures si la moyenne sur six mois reste à 8 heures) et 48 heures par semaine. Une pause de 11 heures consécutives de repos entre deux journées est obligatoire. Le travail dominical est en principe interdit, avec des exceptions sectorielles.

Bon à savoir :

Une heure supplémentaire ne donne pas automatiquement droit à une majoration de salaire. Son traitement dépend des dispositions du contrat de travail, des accords collectifs ou des accords d’entreprise. Des dispositifs alternatifs, comme la récupération des heures ou le forfait, sont fréquemment appliqués.

Salaire minimum, charges et avantages obligatoires

Depuis 2025, le salaire minimum légal se situe autour de 12,82 € brut de l’heure (à noter que des textes mentionnent aussi 13,20 €, suivant les projections et ajustements). Il s’applique à la quasi-totalité des salariés majeurs.

Les charges sociales représentent environ 25 à 30 % du salaire brut, partagées pour la plupart entre employeur et employé :

assurance retraite : 18,6 % (moitié à la charge de l’employeur) ;

– assurance maladie : autour de 14,6–15,6 % ;

– assurance chômage : 2,6 % ;

– assurance dépendance : 3,4–3,6 % ;

– assurance accident professionnel : à la charge exclusive de l’employeur, taux variable selon le secteur.

Le droit aux congés payés est d’au minimum 20 jours ouvrés par an pour une semaine de cinq jours, mais la norme contractuelle se situe plutôt entre 25 et 30 jours. S’ajoutent 9 à 13 jours fériés selon le Land, un maintien de salaire pendant six semaines en cas de maladie, un régime particulièrement protecteur en matière de maternité et de congé parental.

Protection contre le licenciement et représentation du personnel

La loi allemande sur la protection contre le licenciement (Kündigungsschutzgesetz) s’applique dans les entreprises de plus de 10 salariés permanents et après six mois d’ancienneté. Le licenciement doit reposer sur un motif sérieux : comportement fautif, inaptitude personnelle ou raisons économiques (suppression de poste). Les délais de préavis augmentent avec l’ancienneté.

0.5 à 1.5

Il s’agit du nombre de mois de salaire par année d’ancienneté généralement accordé dans les accords de licenciement, en l’absence de droit général à une indemnité légale.

Dans les entreprises d’une certaine taille, les salariés peuvent élire un comité d’entreprise (Betriebsrat), doté de droits de codétermination importants, notamment sur les horaires, les procédures de licenciement, la santé au travail. Certains grands groupes doivent en outre inclure des représentants du personnel au conseil de surveillance.

Pour un expatrié fondateur, ces règles signifient deux choses : il est risqué d’embaucher trop vite en CDI sans connaître le marché, et un accompagnement par un avocat spécialisé est indispensable pour structurer correctement les contrats et procédures RH.

Financer son projet : banques, subventions et capital-risque

L’écosystème allemand de financement des entreprises est dense, mais parfois difficile à appréhender pour un nouvel arrivant. Il mêle banques publiques (notamment KfW), aides nationales et régionales, fonds de capital-risque et dispositifs spécifiques pour start-ups technologiques.

Prêts et aides publiques

L’Allemagne déploie des milliards d’euros d’aides via différents instruments : prêts bonifiés, garanties, apports en quasi-fonds propres, subventions directes. Le portail fédéral Förderdatenbank recense l’ensemble de ces dispositifs.

Parmi les programmes structurants :

Financements publics pour entreprises en Allemagne

Découvrez les principaux dispositifs de prêts et garanties publics pour soutenir la création et le développement des entreprises en Allemagne.

ERP-Gründerkredit – StartGeld

Prêts jusqu’à 125 000 € pour les jeunes entreprises de moins de cinq ans, avec 80 % du risque couvert par la banque publique KfW.

Mikrokreditfonds Deutschland

Microcrédits de 1 000 à 25 000 €, souvent destinés aux entrepreneurs issus de l’immigration ou aux femmes.

Prêts pour PME et ETI

Financements de plusieurs millions d’euros avec des maturités longues, pouvant aller jusqu’à 20 ans.

Garanties publiques

Couverture pouvant atteindre 80 % d’un prêt pour faciliter l’accès au crédit bancaire.

Des programmes régionaux incitent également à s’implanter dans certaines zones, notamment dans l’Est du pays ou dans des régions en reconversion industrielle, avec des subventions couvrant 15 à 45 % des investissements, voire davantage pour les infrastructures.

Subventions et dispositifs pour start-ups innovantes

L’Allemagne mise beaucoup sur l’innovation technologique, avec une panoplie de programmes dédiés :

Financements et soutiens pour l’innovation en Allemagne

Principaux dispositifs publics et fonds d’investissement pour soutenir les projets innovants, deeptech et les start-ups en phase de création et de croissance.

R&D Steuerbonus

Crédit d’impôt recherche couvrant 25% des dépenses éligibles (salaires R&D, sous-traitance) avec une base éligible pouvant atteindre plusieurs millions d’euros.

Dispositifs EXIST

Programmes orientés vers les projets issus d’universités et centres de recherche : bourses de création, financement de transferts de technologie et soutien spécifique aux fondatrices via EXIST-Women.

High-Tech Gründerfonds (HTGF)

Investisseur early stage majeur, pouvant apporter jusqu’à 1 M€ en phase initiale et jusqu’à 4 M€ au total pour le développement.

Fonds spécialisés

DeepTech & Climate Fund pour les projets deeptech et cleantech, et Coparion pour le capital-risque de croissance.

Accélérateurs

Réseaux d’accélérateurs publics et privés, dont le German Accelerator spécialisé dans l’internationalisation des start-ups allemandes.

Pour un expatrié, il est possible de bénéficier de ces instruments, à condition de fonder une entité allemande, d’implanter substantiellement ses activités R&D en Allemagne et de respecter les critères d’innovation. Des bureaux comme Germany Trade & Invest, les chambres de commerce et de nombreux cabinets de conseil aident à identifier les programmes pertinents.

Capital-risque et investisseurs privés

Le capital-risque en Allemagne a nettement gagné en maturité. Les jeunes pousses allemandes ont levé plus de 4,4 milliards d’euros de capital-risque sur le seul premier semestre 2023. De gros fonds paneuropéens et des acteurs publics abondent l’écosystème via des mécanismes de fund of funds et de co-investissement.

Un dispositif particulier, INVEST – Zuschuss für Wagniskapital, encourage l’investissement de business angels en leur accordant une subvention équivalente à 15 % de leur ticket (et une aide à la sortie), dans certaines limites par investisseur et par entreprise. Cela améliore l’attractivité des start-ups allemandes auprès des investisseurs privés, y compris étrangers.

Naviguer dans la bureaucratie allemande en tant qu’expatrié

Au-delà des lois et des chiffres, il faut être lucide : la langue et la bureaucratie sont souvent les principaux obstacles pratiques pour un entrepreneur étranger.

Barrière linguistique et documents

Même si beaucoup de professionnels allemands parlent anglais, la quasi-totalité des formulaires officiels, lettres administratives, actes notariés et décisions sont en allemand. Par ailleurs, dans bien des contextes, seule une version allemande fait foi légalement.

Pour les documents étrangers (extraits de registres, pouvoirs, diplômes) :

des traductions certifiées par des traducteurs assermentés sont souvent exigées ;

une apostille (Convention de La Haye) ou une légalisation consulaire peut être nécessaire ;

– certains pays sont considérés comme à haut risque ou ne disposent pas de mécanismes d’authentification reconnus, ce qui complique lourdement la constitution des dossiers.

Il est donc recommandé :

Astuce :

Pour une création d’entreprise à l’étranger, il est crucial de prévoir un budget spécifique pour les traductions et les authentifications de documents officiels. Il est également recommandé de collaborer avec un notaire et/ou un avocat spécialisé dans l’accompagnement des fondateurs étrangers, car leur expertise permet de naviguer efficacement dans le système juridique local. Enfin, il ne faut jamais sous-estimer les délais supplémentaires générés par ces démarches administratives, qui peuvent impacter significativement le calendrier du projet.

Représentant local et direction

Pour la plupart des formes commerciales, il est indispensable de désigner un représentant local ou un gérant résidant en Allemagne ou dans l’UE, ne serait-ce que pour assurer la réception du courrier, la représentation auprès du Gewerbeamt et l’ouverture de comptes bancaires.

Dans une GmbH, les associés non dirigeants peuvent rester à l’étranger sans titre de séjour particulier, mais les gérants, assimilés à des salariés de la société, ont besoin d’un titre les autorisant à travailler et résider en Allemagne. Des exigences supplémentaires peuvent s’appliquer : compétences démontrées, parfois niveau de langue B1, ancrage local.

Tirer parti des réseaux, de la culture et des outils locaux

Créer en Allemagne, c’est aussi s’intégrer à un écosystème. Les grands centres urbains abritent une multitude de meetups, d’événements, d’incubateurs et de communautés d’expatriés.

Berlin : scène start-up extrêmement vive, nombreux meetups tech, marketing, product, communautés d’entrepreneurs internationaux ; nombreuses manifestations en anglais.

Munich : forte présence d’industries, de deeptech et de corporate innovation ; réseaux d’expats professionnels ; espaces de coworking avancés.

– Hambourg, Francfort, Düsseldorf, Stuttgart : écosystèmes thématiques (logistique, finance, industrie, mobilité…) avec des chambres de commerce très actives.

Bon à savoir :

Pour développer votre réseau professionnel en Allemagne, identifiez des partenaires, clients ou talents via les chambres de commerce et d’industrie (IHK), les chambres de métiers (HWK), les associations sectorielles, ainsi que les groupes d’expats sur LinkedIn ou XING et les plateformes dédiées au networking.

Côté outils, l’Allemagne et l’UE offrent de nombreuses ressources gratuites pour la recherche de marché, la conformité et la gestion : bases de données statistiques, portails d’information réglementaire, logiciels de comptabilité en ligne, plateformes d’aide à la déclaration fiscale (ELSTER), etc. Une part significative des entreprises étrangères ne les exploitent pas, alors qu’ils permettent de réduire significativement les coûts d’entrée et de fonctionnement.

Conseils pratiques pour expatriés avant de se lancer en Allemagne

En synthèse, plusieurs bonnes pratiques se dégagent des retours d’expérience et des données disponibles :

Attention :

Prévoir un horizon de 3 à 6 mois pour les démarches administratives et commerciales. Éviter la sous-capitalisation, avec un capital souvent attendu entre 50 000 et 100 000 € pour un projet sérieux. Soigner un business plan adapté aux standards allemands. Choisir la structure juridique (Freiberufler, UG/GmbH, succursale) en fonction du risque et des ambitions. Collaborer tôt avec un conseiller fiscal (Steuerberater). Anticiper la réglementation sociale stricte pour les embauches. Investir dans l’apprentissage de la langue et des codes culturels allemands pour réduire les frictions.

L’Allemagne, avec son économie robuste, son cadre juridique prévisible et ses importants dispositifs de financement, représente une plateforme stratégique pour les expatriés qui veulent bâtir des entreprises durables en Europe. Le revers de la médaille, c’est une entrée exigeante : bureaucratie dense, niveau de détail élevé, rigueur fiscale et sociale. Bien préparé, accompagné par des experts locaux et ancré dans l’écosystème, un entrepreneur expatrié peut pourtant transformer ces contraintes en atouts et s’installer durablement dans l’un des marchés les plus puissants et les plus stables du monde.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, disposant d’un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaite transférer sa résidence fiscale en Allemagne pour optimiser sa charge imposable, sécuriser sa retraite et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, relocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations (Grèce, Chypre, Maurice, Allemagne), la stratégie retenue consiste à cibler l’Allemagne pour son environnement fiscal stable, son réseau de conventions contre les doubles impositions (dont FR-DE), la sécurité juridique et la qualité de son système de santé. La mission comprend : audit fiscal pré-expatriation (exit tax, reports d’imposition), choix du Land le plus adapté, obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, rattachement au système de santé allemand, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocats, Steuerberater, accompagnement bilingue) et intégration patrimoniale globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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