L’histoire du pays en Lettonie est celle d’un territoire longtemps disputé, situé au carrefour des routes commerciales entre Scandinavie, Russie et Europe centrale. Pendant des siècles, des puissances étrangères – ordres religieux, royaumes scandinaves, union polono‑lituanienne, empire russe, puis Union soviétique – ont dominé cet espace. Pourtant, derrière ces dominations successives, on voit se dessiner une trajectoire assez constante : l’affirmation progressive d’un peuple, d’une langue et d’une culture qui finissent par donner naissance à un État national durable.
Des premiers peuples aux tribus baltes et finno‑ougriques
Bien avant l’apparition du nom « Lettonie », ce territoire est marqué par la fin de la dernière glaciation, il y a environ 11 000 à 12 000 ans. Les premières communautés humaines recensées appartiennent à la culture swidérienne : chasseurs suivant les rennes, établissant des camps le long des rivières et de l’ancien lac glaciaire baltique. Des outils datés d’environ 12 000 ans ont été retrouvés près de Salaspils.
Au Mésolithique, à partir de 9000 av. J.-C., des groupes de chasseurs‑cueilleurs s’installent de façon plus permanente. Près du lac Lubāns, au moins 25 sites de la culture de Kunda ont été identifiés : ces populations maîtrisent le travail du silex, de l’os, du bois, et vivent de la pêche, de la chasse et de la cueillette.
Le territoire est d’abord dominé au Néolithique par la culture de Narva, liée à des populations finno-ougriennes (ancêtres des Livoniens). À partir de 2900 av. J.-C., des groupes baltes de la culture des vases à cordons s’installent et deviennent les ancêtres directs des Lettons. Cette période voit aussi se diffuser la poterie, l’élevage et une agriculture rudimentaire.
Avec l’Âge du fer, autour de 500 av. J.-C., l’introduction d’outils de fer améliore nettement l’agriculture. Entre le IVe et le VIIIe siècle, des identités tribales se structurent : Curoniens sur la côte ouest, Semigalliens au sud‑centre, Latgaliens à l’est, Selonien au sud‑est, auxquels s’ajoutent les Livoniens, peuple finno‑ougrique de la côte du golfe de Riga.
Entre le VIIe et le VIIIe siècle, le territoire de l’actuelle Lettonie s’est imposé comme un nœud stratégique sur la « route des Varègues aux Grecs », reliant la Scandinavie à Kiev et Constantinople via la Daugavia. Cette position a favorisé le commerce de l’ambre de la « Dzintarzeme » (terre de l’ambre) jusqu’aux grands centres de l’Antiquité comme Rome et Athènes. Parallèlement, un établissement scandinave, fondé par des colons de Gotland, s’est implanté près de Grobiņa, tandis que les tribus baltes locales développaient un réseau dense de forteresses en bois sur les hauteurs.
Les Latgaliens, parmi ces tribus, sont les plus structurés politiquement. Leur principauté de Jersika, gouvernée par des princes orthodoxes issus d’une branche locale de la dynastie de Rurik, illustre un début de formation d’entité politique balte. C’est dans la sphère d’influence de ces principautés que l’on voit apparaître au début du XIIIe siècle l’un des premiers noms dérivés de « Letton » : « Lettia ».
Croisades baltes et hégémonie germano‑chrétienne
À la fin du XIIe siècle, l’arrivée de marchands d’Europe occidentale, notamment allemands, par la Daugava, s’accompagne d’une offensive missionnaire vers les populations encore païennes. Le prélat Augustinien Meinhard commence à prêcher auprès des Livoniens des bords de la Daugava au début des années 1180, mais les conversions restent rares.
Face à ces résistances, la papauté transforme la mission religieuse en croisade. En 1195, le pape Célestin III approuve l’idée d’une expédition armée – ce sera la croisade livonienne – visant à imposer la christianisation. Meinhard est suivi par Berthold de Hanovre, tué près de l’actuelle Riga en 1198. Son successeur, Albert de Buxhövden, futur Albert de Riga, adopte une stratégie plus militaire : il arrive avec des croisés, fonde la ville de Riga en 1201 au débouché de la Daugava, et s’en sert comme base d’expansion.
Année de la défaite des Livoniens et de la création de la Terra Mariana, future Confédération de Livonie, sous autorité pontificale.
Pour les populations autochtones, la domination qui s’installe est avant tout féodale et germanophone. Au début, les paysans conservent certains droits personnels, mais doivent payer la dîme à l’Église, fournir des jours de corvée (quatre par an au XIVe siècle), se soumettre à la justice des seigneurs et accepter le service militaire. Au fil des siècles, ce système se durcit. Au XVe‑XVIe siècle, les corvées atteignent quatre à six jours par semaine et les prélèvements peuvent grimper à un quart de la production. Une loi de 1494 interdit aux paysans de quitter leurs terres, les fixant au sol et préparant un véritable état de servage.
Riga, la Hanse et l’ouverture au commerce européen
La fondation de Riga par les croisés n’a pas seulement une dimension militaire. La ville devient rapidement un pivot commercial. En 1282, elle rejoint la Ligue hanséatique, réseau de plus de 300 villes du nord de l’Europe qui organise le commerce maritime et fluvial de la Baltique à la mer du Nord. D’autres localités du territoire actuel de la Lettonie rejoignent également cette alliance : Cēsis, Kuldīga, Koknese, Limbaži, Straupe, Valmiera ou Ventspils tirent profit de la position stratégique des fleuves Daugava, Gauja et Venta.
L’insertion dans les réseaux commerciaux de la Hanse accélère l’urbanisation, le développement artisanal et l’enrichissement des élites urbaines germaniques. Cependant, elle approfondit simultanément une fracture sociale et ethnique entre une bourgeoisie et une noblesse majoritairement allemandes et les masses paysannes baltes.
Réformation, guerres livoniennes et partage du territoire
Au XVIe siècle, la Réforme venue d’Allemagne bouleverse l’ordre religieux. En 1521, le luthérien Andreas Knöpken prêche à Riga. En 1524, de violentes émeutes visent les églises catholiques. Dès 1525, la liberté de culte est tolérée, et peu à peu la majorité de la population adopte le luthéranisme. Des paroisses et des offices en langue lettone se créent, donnant pour la première fois un statut religieux à cette langue.
Dans le même temps, l’équilibre politique de la Confédération de Livonie vacille. Entourée par la Suède, la Pologne‑Lituanie et la Moscovie, affaiblie par les luttes entre l’archevêque de Riga et le maître de l’ordre, la Livonie devient la proie de ses voisins. Ivan IV, dit le Terrible, utilise comme prétexte une querelle sur des tributs impayés pour lancer une vaste attaque en 1558. C’est le début de la guerre de Livonie, qui dure jusqu’en 1583.
Contexte historique de la guerre de Livonie
Face aux défaites, l’ordre livonien s’effondre. En 1561, par le traité de Vilnius, il est dissous. Ses possessions sont laïcisées : au sud‑ouest naît le duché de Courlande et Sémigalie, confié à Gotthard Kettler, dernier maître de l’ordre, converti au luthéranisme ; au nord‑est se forme un duché de Livonie, vassal du grand‑duché de Lituanie. Riga obtient pour un temps le statut de ville libre d’Empire. Mais très vite, ces nouvelles entités deviennent l’enjeu d’une rivalité entre Suède et Pologne‑Lituanie.
Après des décennies de conflits, le territoire letton s’est trouvé durablement fragmenté entre plusieurs souverainetés : la Livonie septentrionale fut conquise par la Suède, la Latgale fut intégrée directement au royaume de Pologne en tant que voïvodie d’Inflanty, et le duché de Courlande devint un vassal de Varsovie tout en bénéficiant d’une large autonomie. Cette division politique a entraîné des conséquences culturelles durables : la Latgale est restée majoritairement catholique sous influence polonaise, tandis que le reste du pays est demeuré luthérien, marqué par la culture allemande et, plus tard, par les influences suédoise puis russe.
Courlande prospère, « bons temps suédois » et expansion russe
Au XVIIe siècle, le duché de Courlande et Sémigalie connaît une surprenante prospérité. Sous le règne du duc Jacob Kettler, influencé par les idées mercantilistes, le duché se dote d’une flotte marchande, tisse des liens commerciaux avec l’Angleterre, la France, les Pays‑Bas et le Portugal, et tente même l’aventure coloniale : des comptoirs sont établis dans l’estuaire de la Gambie et sur l’île de Tobago, dans les Caraïbes. À l’échelle européenne, cette petite puissance balte fait figure de curiosité, sans cesser pour autant d’être insérée dans le système féodal dominé par la noblesse allemande.
Au XVIIe siècle, la partie de la Livonie sous domination suédoise connaît d’importantes réformes politiques, économiques et culturelles.
Réduction de l’emprise des barons germano-baltes, abolition du servage sur les domaines de la couronne et essor de Riga, deuxième ville de l’Empire suédois.
Fondation de l’université de Dorpat (Tartu) en 1632 par Gustave Adolphe, devenue un centre intellectuel majeur pour toute la Livonie.
Traduction intégrale de la Bible en letton par Johann Ernst Glück (1685) et création d’écoles rurales pour les paysans lettonophones, soutenues par le gouvernement suédois.
Ce moment relativement favorable prend fin avec la grande guerre du Nord (1700‑1721). Soucieux d’obtenir un accès durable à la Baltique, Pierre le Grand attaque la Suède. Riga tombe en 1710, tout comme le reste de la Livonie suédoise. Une épidémie de peste décime la population dans la foulée des combats. Le traité de Nystad de 1721 entérine la victoire russe : la Livonie et l’Estonie passent officiellement dans l’Empire.
Latgale, jusque‑là partie intégrante de la Pologne‑Lituanie, est annexée par la Russie en 1772 lors du premier partage de la Pologne ; la Courlande suit en 1795, lors du troisième partage. À la fin du XVIIIe siècle, l’ensemble du territoire habité par les Lettons est donc réuni au sein de l’Empire russe.
Une domination russe qui laisse de l’espace aux notables germano‑baltes
L’intégration à l’Empire ne signifie pas une uniformisation immédiate. Dans les gouvernorats baltes (Livonie, Courlande, puis Estonie), Saint‑Pétersbourg maintient en place les privilèges de la noblesse germano‑balte : langue allemande dans l’administration et la justice, autonomie du Landtag, contrôle des finances locales, respect du luthéranisme. Ces garanties, confirmées de Pierre le Grand à Alexandre II, donnent à l’aristocratie de la région un statut quasi‑corporatif.
Pour la population lettonne majoritaire, la situation reste celle d’un paysannat soumis à des seigneurs essentiellement germaniques. Le servage n’est aboli dans les provinces baltes qu’entre 1816 et 1820, plus tôt que dans le reste de l’Empire, mais avec une nuance cruciale : l’émancipation octroie la liberté personnelle, pas la terre. Les anciens serfs doivent louer ou acheter les terres qu’ils cultivent.
Une loi agraire de 1849 ouvre plus largement la possibilité de location et d’achat. Au tournant du XXe siècle, ces réformes se traduisent par une transformation sociale profonde : presque toutes les fermes de Courlande et l’immense majorité de celles de Livonie appartiennent désormais à des paysans, très souvent lettons. On assiste à la naissance d’une paysannerie propriétaire, base du futur nationalisme.
Lumières baltes, presse en letton et réveil national au XIXe siècle
Parallèlement à ces mutations agraires, les idées des Lumières et du romantisme alimentent un lent travail de remise en cause de l’ordre social. Des intellectuels germano‑baltes comme Gotthard Friedrich Stender ou Garlieb Merkel jouent un rôle paradoxal mais décisif. Stender rédige au XVIIIe siècle les premiers grands dictionnaires letton‑allemand, une encyclopédie et un alphabet illustré, contribuant à codifier et valoriser la langue des paysans. Merkel, dans son ouvrage « Les Lettons » publié en 1796, décrit avec virulence les conditions de vie des serfs et dénonce les abus de la noblesse locale, ce qui aura un impact durable sur la conscience sociale et nationale.
Dans le même temps, un jeune théologien allemand, Johann Gottfried Herder, séjourne à Riga dans les années 1760. Ses réflexions sur le lien entre langue, culture populaire et esprit d’un peuple, ainsi que sa collecte de chants lettons et estoniens traduits en allemand, influenceront la manière dont les futurs intellectuels lettons penseront leur propre identité.
Dès 1822, avec le journal *Latviešu Avīzes*, une presse en langue lettone se développe. Des titres comme *Tas Latviešu Ļaužu Draugs* suivent. Ces publications, destinées principalement à un lectorat rural et utilisant un vocabulaire très religieux, contribuent à créer un premier espace public lettonophone.
La Première Renaissance nationale : les « Jeunes Lettons »
À partir des années 1850, une nouvelle génération d’intellectuels, formés dans les universités de l’Empire – en particulier à Tartu – impulse un mouvement que l’on appelle la Première Renaissance nationale. Ils sont une trentaine d’étudiants lettons dans les années 1850, un chiffre qui grimpe à plus de 500 à la fin du siècle, témoignant d’un accès croissant aux études supérieures.
Ces « Jeunes Lettons » – Jaunlatvieši – se donnent pour mission de défendre la langue, de collecter les traditions populaires et d’élever le niveau d’instruction du peuple. Parmi leurs figures majeures :
La Renaissance nationale lettone du XIXe siècle a été portée par plusieurs figures intellectuelles majeures. Krišjānis Valdemārs, considéré comme le père du journalisme letton, était également économiste et promoteur de l’éducation et de la navigation. Juris Alunāns a posé les bases de la poésie lettone moderne par ses traductions. Krišjānis Barons, surnommé le « père des dainas », a consacré sa vie à collecter les chants populaires, rassemblant un corpus unique en Europe de plus de 35 000 chants principaux avec 182 000 variantes. Atis Kronvalds a œuvré à moderniser la langue, milité pour l’éducation nationale et redécouvert la mention d’un drapeau rouge‑blanc‑rouge dans une chronique médiévale, futur drapeau national. Enfin, Ādolfs Alunāns est le créateur du premier théâtre letton et considéré comme le père de la scène nationale.
Autour d’eux se structurent des institutions : la Société lettone de Riga, fondée en 1868 comme organisation de bienfaisance, devient rapidement un foyer de vie culturelle ; on y crée la première troupe de théâtre en letton. La même année, l’enseignant Jānis Cimze développe un institut pour former les instituteurs de village, contribuant à l’élévation du niveau scolaire.
En 1873, Riga accueille le premier Festival de la chanson lettone. Cet événement choral gigantesque, inspiré des traditions voisines, deviendra un rituel identitaire majeur. Lors de cette première édition, un chant de Baumaņu Kārlis y est interprété ; il deviendra plus tard l’hymne national, malgré les censures russes qui imposent de le titrer « Dieu bénis les pays baltes » plutôt que « Dieu bénis la Lettonie ».
Ce moment voit aussi l’émergence d’une littérature nationale ambitieuse : Andrejs Pumpurs compose l’épopée Lāčplēsis, publiée en 1888, qui retravaille les légendes traditionnelles autour d’un héros ours‑déchireur, symbole de résistance.
Industrialisation et tensions avec l’Empire russe
Au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, Riga se transforme en ville industrielle majeure. Sa population passe d’environ 100 000 habitants dans les années 1860 à plus de 180 000 vers 1888, puis dépasse le demi‑million à la veille de la Première Guerre mondiale. Des Lettons quittent massivement la campagne pour travailler dans les usines, faisant progressivement des Lettons une part importante de la population urbaine, alors que les villes étaient longtemps dominées par les Allemands.
Dans ce contexte se développe aussi une presse politique plus structurée. Les Jeunes Lettons lancent des journaux comme Mājas Viesis ou Pēterburgas Avīzes. À partir de la fin des années 1880, une nouvelle génération, influencée par le marxisme et les débats sociaux européens, anime le courant dit du « Nouveau Courant » (Jaunā strāva). Son journal, Dienas Lapa, devient un bastion du socialisme letton. Des figures comme le poète Rainis (Jānis Plieksāns) et le juriste Pēteris Stučka y imposent une critique radicale de la domination germano‑balte et de l’autocratie russe.
Face à cette effervescence, le pouvoir impérial réagit. Sous Alexandre III, une politique de russification est mise en œuvre à partir des années 1880 : introduction du russe comme langue obligatoire dans l’administration, les tribunaux et l’enseignement, interdiction du letton dans l’école, pression en faveur de l’Orthodoxie. De manière paradoxale, cette offensive pousse une partie des élites lettones à considérer que leur salut passe par la création d’un État propre.
Le début du XXe siècle se caractérise par une modernisation rapide : haut niveau d’alphabétisation (plus de 90 % des habitants savent lire), industrialisation forte, urbanisation accélérée. Riga concentre un important prolétariat ouvrier sensible aux idées socialistes. Lorsque la révolution russe de 1905 éclate, la région devient l’un des foyers les plus radicaux de l’Empire.
Le 13 janvier 1905, une immense manifestation ouvrière rassemble environ 20 000 personnes à Riga. L’armée tsariste ouvre le feu : 73 morts et 200 blessés. L’indignation se propage. Au fil de l’année, grèves massives, comités de paroisses élus, réunions paysannes et actions de guérilla se multiplient. Dans les campagnes, la cible principale est la noblesse germano‑balte : près de 450 manoirs sont incendiés.
Nombre de personnes exécutées sans jugement par les expéditions punitives durant la guerre civile.
Cette explosion de violence ne débouche pas immédiatement sur l’indépendance, mais elle clarifie une chose : un noyau de militants et de penseurs lettons formule pour la première fois ouvertement la demande d’un État letton, et non plus seulement de réformes dans le cadre impérial.
Première Guerre mondiale, fusiliers lettons et naissance de la République
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, la Lettonie est toujours une partie de l’Empire russe. Dès 1915, l’offensive allemande atteint le territoire. Liepāja tombe en mai, Jelgava en août, la Courlande est rapidement occupée. L’armée russe en déroute ordonne l’évacuation de populations entières : environ un demi‑million d’habitants fuient vers l’intérieur de l’Empire, les usines de Riga sont démontées et transférées à l’Est.
Face à la menace, des voix lettones demandent la formation d’unités militaires distinctes. Le tsar accepte : les fusiliers lettons (latviešu strēlnieki) sont créés en 1915. Au départ composées de volontaires – réfugiés, ouvriers évacués, paysans –, ces unités sont progressivement alimentées par la conscription. Elles comptent jusqu’à huit régiments de combat et un de réserve, environ 40 000 hommes au total.
Intégrés à la 12e armée russe, les fusiliers tiennent le front de la Daugava pendant deux ans. Ils participent à des combats d’une violence extrême, notamment lors des « batailles de Noël » de l’hiver 1916‑1917. Les pertes sont terrifiantes : plusieurs milliers de morts et de blessés, notamment dans les secteurs surnommés « colline des mitrailleuses » ou « île de la mort ». Un cimetière militaire monumental, le cimetière des Frères à Riga, leur est dédié.
Après la chute du tsar en février 1917, le vide politique s’ouvre. Des conseils de terre (landesräte) sont élus en Vidzeme et Courlande, reconnus par le gouvernement provisoire russe. À l’automne, un Conseil national provisoire letton se réunit à Valka. Le 30 janvier 1918, il proclame qu’il veut voir naître une Lettonie unifiée, démocratique et indépendante.
Mais entre‑temps, la Révolution bolchévique et le traité de Brest‑Litovsk (3 mars 1918) bouleversent la donne. La Russie soviétique cède la Courlande et la Livonie à l’Allemagne. Sur le terrain, le territoire reste sous occupation allemande jusqu’à l’armistice de novembre 1918. Les élites germano‑baltes tentent un projet de « duché balte uni », jamais reconnu internationalement.
C’est dans ce contexte mouvant qu’est proclamée, à Riga, le 18 novembre 1918, la République de Lettonie. Un Conseil du peuple, présidé par Jānis Čakste, désigne Kārlis Ulmanis comme chef du premier gouvernement provisoire. L’indépendance, toutefois, reste théorique tant que la guerre n’est pas gagnée.
La guerre d’indépendance : trois fronts, trois adversaires
À peine l’indépendance déclarée, l’Armée rouge envahit la Lettonie. Dès décembre 1918, la quasi‑totalité du territoire est conquise, Riga tombe le 3 janvier 1919. Un gouvernement soviétique letton, dirigé par Pēteris Stučka, s’installe. Le gouvernement Ulmanis se replie sur Liepāja, sous protection de la flotte britannique.
Simultanément, à l’ouest, l’Allemagne maintient des troupes dans la région sous prétexte de combattre les bolcheviks. Ces forces – unités régulières, corps francs, Landeswehr baltique – poursuivent leurs propres objectifs : préserver l’influence germanique, voire instaurer un régime favorable aux barons.
En 1919, la Lettonie se trouve donc prise en étau entre trois forces : l’Armée rouge, les corps armés germano‑baltes et, dans le nord, des unités pro‑lettonnes soutenues par l’Estonie. La situation est d’autant plus complexe qu’une partie des anciens fusiliers lettons a choisi le camp bolchevique.
En mars 1919, une première offensive conjointe de troupes allemandes et lettones permet de reprendre Tukums, Jelgava et d’avancer vers Riga. Le commandant letton emblématique de cette phase, Oskars Kalpaks, est tué accidentellement par tir fratricide. Il est remplacé par Jānis Balodis, qui jouera un rôle militaire et politique central par la suite.
Le 16 avril, un coup d’État orchestré par des officiers germano‑baltes renverse le gouvernement Ulmanis à Liepāja et installe un cabinet fantoche dirigé par Andrievs Niedra. Le gouvernement légitime se réfugie sur un navire, le Saratov, toujours sous protection britannique. L’offensive contre les bolcheviks continue néanmoins, et Riga est reprise le 22 mai par les forces allemandes et la Landeswehr. Des centaines, voire plusieurs milliers de supposés sympathisants soviétiques sont exécutés dans les jours qui suivent.
Les ambitions allemandes, désormais trop visibles, provoquent une réaction estonienne. En juin, l’armée estonienne, appuyée par une brigade lettone formée dans le nord, affronte la Landeswehr lors de la bataille décisive de Cēsis (Wenden) et l’emporte. Un armistice est signé à Strazdumuiža début juillet ; l’influence politique directe des barons germano‑baltes recule.
À l’automne 1919, un dernier danger surgit : la formation, sous commandement allemand déguisé, d’une armée volontaire « ouest‑russe » conduite par Pavel Bermondt‑Avalov. Composée de corps francs allemands et de blancs russes, elle attaque Riga en octobre et occupe la rive gauche de la Daugava. Une contre‑offensive lettono‑estonienne, appuyée par des trains blindés et la flotte alliée, repousse Bermondt‑Avalov. Riga est entièrement libérée le 11 novembre 1919, date qui deviendra la Journée du Lāčplēsis, jour du combattant.
Le dernier front reste à l’est, en Latgale, tenue encore par des unités bolcheviques. En janvier 1920, une campagne conjointe des armées lettone et polonaise reprend Daugavpils et nettoie la région. Un cessez‑le‑feu est conclu avec la Russie soviétique le 1er février, suivi du traité de paix de Riga du 11 août 1920, dans lequel Moscou renonce officiellement à toute prétention sur le territoire letton.
Les dégâts humains et matériels sont immenses. Une enquête menée en 1920 estime que près de 57 % des paroisses ont subi des destructions directes. La population chute de 2,55 millions en 1914 à environ 1,59 million. Près de 88 000 bâtiments, 25 000 fermes, 70 000 chevaux et 170 000 têtes de bétail ont été perdus, et plus d’un quart des terres arables est laissé en friche.
La première République : constitution démocratique, réforme agraire et fragilité politique
Une Assemblée constituante élue se réunit en mai 1920. Elle élabore et adopte la Constitution (Satversme) le 15 février 1922 : un texte parlementaire, centrée sur une Saeima monocamérale et un président aux pouvoirs limités. Cette architecture reflète la volonté d’éviter la concentration du pouvoir après des décennies d’autocratie impériale.
Sur le plan international, la Lettonie est rapidement reconnue : la paix de Riga lui fournit une reconnaissance de jure par la Russie soviétique en 1920, les Alliés lui accordent un statut similaire le 26 janvier 1921, et elle rejoint la Société des Nations la même année.
La part des ruraux sans terre en Lettonie, après la réforme agraire des années 1930, tombant d’un niveau dépassant 60% à la fin du XIXe siècle.
Pourtant, la jeune république peine à assurer une stabilité politique. Le système proportionnel pur, sans barrière d’entrée, permet à une multitude de partis – sociaux‑démocrates, agrariens, minorités allemande, russe, juive, latgale – d’entrer au parlement. Les gouvernements se succèdent rapidement, parfois incapables de mener des politiques cohérentes à long terme. Cette instabilité nourrit le discours de ceux qui plaident pour un exécutif plus fort.
En mai 1934, il mène un coup d’État sans effusion de sang, suspend la Constitution, dissout la Saeima, interdit les partis politiques et instaure un régime autoritaire, corporatiste et nationaliste. Il cherche à renforcer l’économie nationale en créant de grandes entreprises d’État et en rachetant des firmes privées, processus présenté comme une « lettisation » de l’économie.
Kārlis Ulmanis, ancien leader agrarien, héros de la guerre d’indépendance et Premier ministre
La Lettonie reste officiellement indépendante, stable et relativement prospère, mais sans démocratie effective. Cette période se terminera brutalement avec la Seconde Guerre mondiale.
Accords secrets, occupations soviétique et nazie, et catastrophe démographique
En août 1939, la signature du pacte germano‑soviétique, assorti de protocoles secrets, place la Lettonie dans la sphère d’influence de Moscou. Quelques semaines plus tard, Riga est contrainte d’accepter un traité « d’assistance mutuelle » avec l’URSS : des bases militaires soviétiques s’installent à Liepāja, Ventspils et Pitrags, avec jusqu’à 30 000 soldats. En juin 1940, prétextant des violations imaginaires du traité, Moscou adresse un ultimatum exigeant la libre entrée de troupes supplémentaires et la formation d’un nouveau gouvernement. Le 17 juin, l’Armée rouge envahit le pays.
En 1940, un gouvernement pro-soviétique dirigé par Augusts Kirchenšteins est installé en Lettonie. Des élections truquées, avec une liste unique autorisée, conduisent à la proclamation de la République socialiste soviétique de Lettonie et à une demande d’adhésion à l’URSS. L’annexion est entérinée par le Soviet suprême le 5 août 1940. Cette procédure est contraire à la Constitution lettone, qui exigeait un référendum, et n’est pas reconnue par de nombreux États occidentaux, notamment les États-Unis, qui maintiennent le principe de non-reconnaissance en droit international.
La première occupation soviétique (1940‑1941), appelée en letton « Baigais gads » – l’Année terrible – se caractérise par des arrestations massives, des nationalisations, la fermeture des journaux indépendants, l’arrestation de nombreux officiers (plusieurs centaines à Litene) et une terreur ciblée contre les élites. Le 14 juin 1941, une vaste déportation frappe plus de 15 000 personnes – hommes, femmes, enfants –, envoyées dans des camps ou des villages reculés de Russie et de Sibérie. Le taux de mortalité y est très élevé. Au total, environ 35 000 personnes sont tuées ou déportées durant cette première phase.
L’invasion allemande de juin 1941 intègre la Lettonie au Reich. L’occupation se caractérise par la mise en œuvre de la Shoah : environ 70 000 Juifs lettons sont assassinés, souvent avec la participation de supplétifs locaux comme le commando Arajs. Des Juifs d’autres pays y sont également déportés et exécutés.
À partir de 1943, les autorités nazies organisent le recrutement forcé de dizaines de milliers de Lettons dans une « Légion » incorporée à la Waffen‑SS. Les motivations de ceux qui s’y engagent sont diverses : certains y voient un moindre mal pour éviter la déportation, d’autres espèrent combattre l’URSS dans l’idée d’une future indépendance, d’autres encore adhèrent réellement au projet nazi. En 1944, alors que l’Armée rouge reprend l’offensive, de nombreux réfugiés lettons fuient vers l’Allemagne ou la Suède ; près de 200 000 personnes quittent le pays.
L’automne 1944 marque le retour des troupes soviétiques. Riga est reprise en octobre. De nouveau, la Lettonie est intégrée à l’Union soviétique et devient la République socialiste soviétique de Lettonie jusqu’en 1991.
La Lettonie soviétique : répression, russification et résistance
La seconde occupation soviétique est plus longue et plus systématique que la première. Entre 1944 et le début des années 1950, des dizaines de milliers de personnes – souvent accusées de soutien aux Allemands, de collaboration avec les partisans nationalistes, ou simplement considérées comme « socialement étrangères » – sont déportées ou emprisonnées. La grande opération de mars 1949, connue sous le nom d’« Opération Priboi », frappe plus de 40 000 personnes, en grande majorité des paysans qui résistent à la collectivisation.
Dans les forêts, un mouvement de guérilla armée – les « Frères de la forêt » – continue pendant plusieurs années à attaquer les infrastructures soviétiques et à affirmer la continuité de l’État letton. Leur combat, soutenu parfois par les populations rurales, est finalement écrasé par le NKVD, au prix de lourdes pertes des deux côtés.
Parallèlement, l’appareil soviétique restructure l’économie : nationalisation complète, industrialisation accélérée autour de grandes usines mécaniques, électrotechniques et chimiques à Riga, Jelgava, Daugavpils, Valmiera, Olaine. Pour alimenter cette industrialisation, Moscou organise une immigration de masse de travailleurs venus des autres républiques soviétiques, principalement russophones. La part des Lettons dans la population chute ainsi d’environ 79 % en 1935 à un peu plus de la moitié à la fin des années 1980.
La politique linguistique soviétique favorise le russe comme langue de promotion sociale dans l’enseignement, l’administration et l’armée. Elle entraîne la fermeture des écoles des minorités (juives, polonaises, biélorusses, estoniennes, lituaniennes) et la dispersion de leurs communautés, avec pour objectif à long terme de diluer les identités nationales au profit d’une nation soviétique russifiée.
Dans les années 1950, une tentative d’associer des communistes locaux à la gestion du pays est brève. En 1959, une purge interne élimine les dits « communistes nationaux » comme Eduards Berklavs. Le Parti communiste de Lettonie reste solidement aux mains de cadres, souvent originaires d’autres régions de l’URSS.
Pourtant, malgré la répression, une culture nationale continue d’exister sous des formes plus ou moins tolérées : littérature, théâtre, song festivals, recherche folklorique. Les grandes fêtes chorales, héritées du XIXe siècle, offrent un espace ambivalent où la fierté nationale peut parfois s’exprimer, même encadrée par le discours soviétique.
Troisième Renaissance : de la contestation civile à l’indépendance retrouvée
L’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l’URSS au milieu des années 1980 ouvre une brèche. Ses politiques de glasnost (transparence) et perestroïka (restructuration) assouplissent la censure et permettent d’aborder des sujets jusque‑là tabous, comme les déportations, les crimes du stalinisme, ou le pacte germano‑soviétique de 1939.
En Lettonie, la contestation commence parfois là où le pouvoir ne l’attend pas : autour de questions environnementales. En 1986, des projets de centrale hydroélectrique sur la Daugava et de métro à Riga sont perçus comme une agression contre le paysage, le patrimoine et la mémoire nationale. Un Club pour la protection de l’environnement naît en 1987 et devient rapidement un mouvement de masse.
En 1987, le groupe de défense des droits de l’homme « Helsinki‑86 » organise le dépôt de fleurs au pied du monument de la Liberté à Riga le 14 juin, date anniversaire des déportations de 1941. Cette première commémoration publique non autorisée depuis l’occupation soviétique, malgré les pressions, marque profondément l’opinion publique. Elle voit la participation de prêtres, d’écrivains et de musiciens. Parallèlement, les fêtes de la chanson prennent une dimension politique, avec l’interprétation par des milliers de choristes de chants auparavant interdits, comme « Gaismas pils », diffusés en direct.
En 1988, la contestation se structure en force politique : le Front populaire de Lettonie est fondé, sur le modèle des organisations sœurs d’Estonie et de Lituanie. Il comptera jusqu’à 200 000 membres. D’autres groupes plus radicaux, comme le Mouvement pour l’indépendance nationale, militent ouvertement pour la sortie de l’URSS. Ces organisations ont en commun l’objectif de restaurer la démocratie et l’État letton, avec des nuances sur la question de la citoyenneté et des relations avec la population russophone.
Longueur en kilomètres de la chaîne humaine de la Voie balte, reliant Vilnius, Riga et Tallinn en 1989.
Sous la pression de ces mobilisations, les parlements républicains évoluent. En mars 1990, des élections relativement libres donnent une majorité au Front populaire dans le Soviet suprême de Lettonie. Le 4 mai 1990, cette assemblée adopte une déclaration sur la restauration de l’indépendance de la République de Lettonie, rétablissant la Constitution de 1922 et affirmant la continuité juridique de l’État d’avant 1940. Le centre du pouvoir soviétique, par un décret signé par Gorbatchev, déclare ce texte nul, mais la dynamique est lancée.
En janvier 1991, en réponse à une tentative de reprise en main violente du régime soviétique à Vilnius et Riga, des milliers de citoyens lettons ont érigé des barricades pour protéger le parlement, la radio et d’autres installations stratégiques. Ces journées, marquées par le froid hivernal, ont vu la population se rassembler pour chanter des chants patriotiques et partager du thé et du bois de chauffage, créant un moment fondateur dans la mémoire collective de la lutte pour l’indépendance.
L’échec du putsch conservateur à Moscou en août 1991 précipite la chute de l’Union soviétique. Le 21 août, la Lettonie met fin à la période de transition et proclame le plein rétablissement de son indépendance. Le 6 septembre, l’URSS reconnaît officiellement la souveraineté des trois États baltes. Les troupes russes quitteront progressivement le territoire jusqu’en 1994, le dernier site militaire majeur, la station radar de Skrunda‑1, étant fermé en 1998.
Du retour à l’indépendance à l’intégration européenne
Les années qui suivent voient une redéfinition complète de la place de la Lettonie dans le monde. Membre de l’ONU dès 1991, le pays adhère au Conseil de l’Europe, puis oriente sa diplomatie vers l’intégration atlantique et européenne. Très tôt, la participation à l’OTAN et à l’Union européenne devient un objectif central. La Lettonie rejoint le programme Partenariat pour la paix en 1994, envoie des contingents dans les opérations de maintien de la paix en ex‑Yougoslavie puis en Afghanistan, et reçoit en retour des garanties de sécurité.
Année où la Lettonie a rejoint l’OTAN en mars et l’Union européenne en mai.
La transition économique n’a pas été sans heurts : la crise financière mondiale de 2008‑2009 frappe durement une économie très ouverte, entraînant une récession brutale, un plan d’aide du FMI et de l’Union européenne, une explosion du chômage et une émigration importante. Néanmoins, la trajectoire générale reste celle d’une insertion dans l’économie européenne, avec un revenu par habitant en nette progression par rapport au début des années 1990.
Après son indépendance, la Lettonie a rétabli une démocratie parlementaire, mais sa vie publique reste marquée par les traumatismes de l’ère soviétique. Cela se manifeste par des débats sur la citoyenneté et la langue, la publication d’archives du KGB et des questionnements sur la collaboration passée. Des figures comme l’ex-présidente Vaira Vīķe‑Freiberga, intellectuelle revenue d’exil, ont contribué à forger une nouvelle image internationale pour le pays : celle d’un petit État balte déterminé à défendre la démocratie libérale et l’État de droit.
Une histoire longue de dépendances, et un État qui se consolide
L’histoire du pays en Lettonie, telle qu’on peut la retracer à partir des sources, dessine quelques lignes de force. Pendant des siècles, le territoire est l’objet de domin innovations successives, où s’entrecroisent intérêts religieux, commerciaux et géopolitiques des puissances voisines. De cette situation découle une structure sociale très inégalitaire sur la longue durée : noblesse germano‑balte, villes de langue allemande, paysannat letton soumis au servage.
Le XIXe siècle est une période charnière pour l’identité nationale lettone, marquée par l’abolition du servage, le développement de l’éducation et l’émergence d’une intelligentsia lettonophone. La culture et la conscience nationale se forgent à travers la presse, les sociétés savantes, les festivals choraux, ainsi que par la collecte des dainas (chants populaires) et l’épopée *Lāčplēsis*. Les événements du XXe siècle, comme la révolution de 1905 et le rôle héroïque des fusiliers lettons pendant la Première Guerre mondiale, pavent ensuite la voie à l’indépendance du pays.
Ce premier État connaît en vingt ans le cycle complet de la démocratie parlementaire, de la réforme sociale, puis de la tentation autoritaire, avant d’être broyé par la mécanique implacable de la Seconde Guerre mondiale et des accords secrets entre Hitler et Staline. S’ensuivent un demi‑siècle d’occupation, de déportations, de russification, mais aussi de résistance latente, de préservation obstinée de la langue et des chants.
La Lettonie a retrouvé son indépendance à la fin des années 1980 grâce à un mouvement pacifique, la « Troisième Renaissance nationale ». Cette révolution unique s’est appuyée sur la force symbolique de la culture, notamment les chants, les festivals et des actions comme la Voie balte (une chaîne humaine), sans recourir à la violence de masse. Cette capacité à mobiliser une longue tradition culturelle pour un changement politique pacifique est une caractéristique distinctive de l’histoire de la Lettonie.
Aujourd’hui, le pays s’inscrit solidement dans le cadre euro‑atlantique, tout en restant attentif aux menaces qui pèsent sur sa souveraineté, qu’elles soient militaires, économiques ou informationnelles. Les débats sur la mémoire des occupations, le statut des minorités et la place de la langue lettone témoignent d’une histoire encore vive, mais aussi de la volonté de construire un État fondé sur le droit et sur la reconnaissance des blessures du passé.
Quelques jalons chronologiques synthétisés
Pour mieux saisir la continuité de cette histoire foisonnante, on peut résumer quelques grandes étapes dans un tableau :
| Période / événement | Situation dominante et faits marquants |
|---|---|
| Préhistoire – début de l’Âge du fer | Arrivée des premiers chasseurs (culture swidérienne), cultures de Kunda et de Narva, installation des ancêtres baltes (vases à cordons). |
| Haut Moyen Âge (IVe–XIIe s.) | Formation des tribus baltes (Curoniens, Semigalliens, Latgaliens, Selonien) et des Livoniens ; routes commerciales vers la Rus’ et Byzance. |
| Croisades livoniennes (XIIe–XIIIe s.) | Fondation de Riga, création de Terra Mariana, domination des ordres militaires germaniques, mise en place du servage. |
| Réforme et guerres de Livonie (XVIe s.) | Diffusion du luthéranisme, révoltes urbaines, guerre de Livonie, dissolution de l’ordre livonien, naissance de la Courlande et de la Livonie. |
| Domination suédoise et polono‑lituanienne (XVIIe s.) | Courlande florissante, « bons temps suédois » en Livonie, colonisation éphémère, bible en letton. |
| Intégration à l’Empire russe (XVIIIe s.) | Annexion de toutes les régions lettonnes, maintien des privilèges germano‑baltes, début du moravianisme. |
| XIXe siècle | Abolition du servage, essor de la paysannerie propriétaire, Lumières baltes, première presse en letton, Premières et Deuxièmes éveils nationaux. |
| Révolution de 1905 | Grèves, incendies de manoirs, répression, premières revendications claires pour un État letton. |
| Première Guerre mondiale et guerre d’indépendance (1914–1920) | Création des fusiliers lettons, proclamation de la République, guerre sur trois fronts, traité de paix de Riga. |
| Première République (1920–1940) | Constitution démocratique, grande réforme agraire, instabilité parlementaire, coup d’État d’Ulmanis et régime autoritaire. |
| Occupations soviétique et nazie (1940–1944) | Annexion par l’URSS, déportations, Holocaust sous occupation allemande, mobilisation forcée, retour de l’Armée rouge. |
| Lettonie soviétique (1944–1991) | Collectivisation, industrialisation, immigration massive, russification, résistance des Frères de la forêt, dissidence latente. |
| « Révolution chantante » (1987–1991) | Manifs au monument de la Liberté, Front populaire, Voie balte, barricades de 1991, restauration de l’indépendance. |
| Depuis 1991 | Transition économique, adhésion à l’UE et à l’OTAN, crises et intégration, débats mémoriels, consolidation d’un État démocratique. |
Un autre regard utile consiste à suivre la transformation du statut politique du territoire, de la mosaïque féodale aux structures modernes :
| Période | Statut politique principal |
|---|---|
| Avant 1200 | Principautés tribales (Jersika, domaines curoniens, livoniens, semigalliens). |
| 1207–1561 | Terra Mariana / Confédération de Livonie (sous suzeraineté papale puis impériale). |
| 1561–XVIIe siècle | Duché de Livonie (vassal de la Lituanie, puis de la Pologne‑Lituanie) ; duché de Courlande et Sémigalie (vassal de la Pologne) ; Riga ville libre. |
| XVIIe–XVIIIe siècle | Livonie suédoise ; Latgale polonaise (voïvodie d’Inflanty) ; duché de Courlande semi‑autonome. |
| XVIIIe–1918 | Gouvernorats de l’Empire russe (Livonie, Courlande, puis Vitebsk pour Latgale). |
| 1918–1940 | République indépendante de Lettonie. |
| 1940–1941, 1944–1991 | République socialiste soviétique de Lettonie (composante de l’URSS). |
| 1941–1944 | Intégrée au Reichskommissariat Ostland (occupation nazie). |
| Depuis 1991 | République indépendante de Lettonie, membre à part entière de l’UE et de l’OTAN. |
Ces tableaux ne remplacent pas le récit détaillé, mais ils mettent en lumière une constante : malgré des siècles de changements de maîtres et de structures institutionnelles, la trame d’une identité lettone – fondée sur la langue, les chants, la mémoire paysanne – a fini par donner corps à un État national à la fois fragile par sa géographie et remarquablement résilient par sa culture.
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