Gestion financière à l’international : comment organiser ses services bancaires d’expatrié aux îles Salomon

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’expatrier aux îles Salomon, c’est accepter un changement radical de décor… et de rapport à l’argent. Archipel tropical, économie largement informelle, paiement encore très majoritairement en espèces, faible densité de banques, réglementation de change stricte : le cadre financier n’a rien à voir avec celui de l’Europe ou de l’Australie. Pour un expatrié, la question n’est pas seulement « quelle banque choisir », mais surtout « comment structurer mon dispositif financier entre comptes locaux et internationaux pour vivre, investir et rapatrier mes fonds en sécurité ».

Bon à savoir :

La gestion financière sur place repose sur le système bancaire local, des services digitaux encore en développement, et un cadre réglementaire spécifique pour les changes et les investissements. Il est essentiel de bien comprendre ces aspects avant de s’expatrier.

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Comprendre le paysage économique et bancaire aux îles Salomon

Avant d’ouvrir un compte ou d’organiser ses transferts, il faut comprendre le contexte. Les îles Salomon forment un archipel de plus de 900 îles dans le Pacifique, dont environ 300 seulement sont habitées. La population avoisine 740 000 à 750 000 habitants, très dispersés sur près de 1 500 kilomètres d’océan, avec environ trois quarts des habitants vivant en zone rurale.

L’économie est modeste, avec un PIB par habitant inférieur à la moyenne des petits États insulaires du Pacifique. L’agriculture (coco, huile de palme, tubercules…) et les industries primaires représentent plus de la moitié du PIB, tandis que les services pèsent environ 40 à 47 %. Le pays reste l’un des moins développés de la région, et l’emploi informel domine, à près de 70 %.

80

En 2020, 80 % des paiements de détail aux Îles Salomon se faisaient encore en espèces, illustrant la forte dépendance au cash.

Une infrastructure bancaire réduite et concentrée

Quatre banques commerciales dominent le paysage :

Bank of South Pacific (BSP)

Australia and New Zealand Banking Group Limited (ANZ)

BRED Bank Solomon

Pan Oceanic Bank (POB)

Elles ne disposent ensemble que d’environ 15 agences sur tout le territoire, dont une large majorité à Honiara. Le réseau de distributeurs automatiques de billets (DAB) est tout aussi limité : 59 DAB au total, dont la grande majorité dans la capitale. L’indicateur de densité ressort autour de 14 DAB pour 100 000 adultes, largement en dessous de Fiji ou Samoa.

Les terminaux de paiement électronique (EFTPOS) sont présents, mais eux aussi majoritairement concentrés à Honiara. Sur environ 423 terminaux, plus de 70 % se trouvent dans la capitale, de même que plus des trois quarts des commerçants habilités à accepter les paiements par carte. Autrement dit, en dehors de la capitale et de certains centres provinciaux (Auki, Gizo, Noro, Munda…), la carte bancaire se transforme vite en simple carte de retrait.

Astuce :

Pour un expatrié, une gestion bancaire efficace repose sur deux éléments clés : anticiper ses besoins en liquidités pour éviter les difficultés, et choisir son lieu d’implantation en tenant compte de son impact sur l’accessibilité et la praticité des services bancaires au quotidien.

Un niveau d’inclusion financière très faible

Les statistiques de la banque centrale et des programmes d’inclusion financière dressent un constat clair : plus de la moitié de la population adulte n’a ni compte bancaire, ni accès à des services financiers digitaux. Selon les estimations récentes, seulement environ un quart des habitants possèdent un compte bancaire, la plupart étant des salariés formels.

Une proportion importante – autour de 35 % – dépend encore de mécanismes informels comme les tontines, les prêteurs individuels, les commerçants ou les clubs d’épargne communautaires. Les femmes, les zones rurales et les ménages les plus pauvres sont particulièrement désavantagés.

Pour un expatrié, la conséquence principale est que de nombreux paiements quotidiens, y compris avec des partenaires ou employés locaux, se feront en espèces, et que la relation bancaire de ses interlocuteurs sera souvent inexistante ou limitée.

Les banques et institutions financières clés pour un expatrié

Même si le système est restreint, il est structuré. La Central Bank of Solomon Islands (CBSI) régule l’ensemble des institutions financières : banques commerciales, banque de développement, organismes de crédit, fonds de pension, assureurs, changeurs, etc. Plusieurs acteurs peuvent être utiles à un expatrié, selon qu’il soit salarié, entrepreneur ou investisseur.

Les principales banques commerciales

Les quatre banques commerciales internationales ou régionales constituent le cœur des services pour expatriés, notamment pour les comptes courants, cartes, virements et produits en devises.

BanquePays d’incorporationPropriétaire principalSWIFTAdresse (Honiara)
ANZ Solomon IslandsAustralieAustralieANZBSBSBPO Box 10
Bank South Pacific (BSP)Papouasie-Nouvelle-GuinéePapouasie-Nouvelle-GuinéeBOSPSBSBPO Box 37
BRED Bank SolomonVanuatuFranceBREDSBSBPO Box 1639
Pan Oceanic Bank (POB)Îles SalomonSingapourPOBBSBSBPO Box 2294

ANZ et BSP disposent du réseau le plus développé, avec plusieurs agences et DAB en dehors d’Honiara (Auki, Gizo, Noro, Munda, quelques localités de provinces). ANZ, par exemple, affiche six agences et une vingtaine de DAB, incluant l’aéroport international de Henderson, certains centres provinciaux et quelques localités comme Tulagi ou Lata.

Services bancaires aux Îles Salomon

Principales banques offrant des services financiers essentiels, incluant des comptes en dollars des Îles Salomon (SBD), des cartes de débit, et des services en ligne.

ANZ

Offre des comptes en SBD, cartes de débit, banque en ligne et transferts internationaux. Se démarque par une forte intégration régionale en Australie, Nouvelle-Zélande et en Asie.

BSP (Bank South Pacific)

Propose des comptes en SBD, cartes de débit, services en ligne et transferts internationaux. Présence historique dans le Pacifique avec un dispositif de banque rurale et digitale développé.

Autres institutions utiles

Autour des banques commerciales gravitent d’autres acteurs :

Institutions financières aux Îles Salomon

Présentation des principales institutions financières et d’assurance disponibles aux Îles Salomon pour les entreprises et les expatriés.

Development Bank of Solomon Islands

Banque de développement nationale qui finance surtout des projets agricoles, de PME ou d’infrastructures.

Sociétés de crédit et de leasing

BSP Finance, Credit Corporation (Solomon Islands) et Solomon Finance Limited proposent des solutions de crédit ou de leasing.

Solomon Islands National Provident Fund (SINPF)

Fonds de retraite national, auprès duquel certains expatriés en contrat local peuvent être affiliés.

Assureurs et courtiers

Assureurs internationaux ou régionaux (QBE, Tower, Capital Insurance) et courtiers locaux, utiles pour les couvertures santé, habitation ou entreprise.

Même si un expatrié ne traitera pas directement avec tous ces acteurs, il est important de les connaître pour situer les offres de crédit, d’assurance ou de retraite qu’on lui proposera.

Ouvrir un compte bancaire aux îles Salomon : procédures et exigences

L’ouverture d’un compte est un passage obligé pour tout expatrié restant plus que quelques semaines. Mais les conditions sont plus strictes que ce que l’on observe dans d’autres pays en développement, en particulier sur l’identification et la justification des fonds, sous l’effet des règles de lutte contre le blanchiment.

Exigences générales d’identification (KYC)

Les banques sont légalement tenues de vérifier l’identité de chaque client au moment de l’entrée en relation. Cela implique de collecter et de conserver :

Nom et prénom complets

Date et lieu de naissance

Adresse résidentielle ou professionnelle

Nationalité et citoyenneté

Profession ou activité

Spécimen de signature

Pour un expatrié, le passeport est la pièce centrale. Certaines banques exigent également un permis de résidence ou de travail, un visa en cours de validité, voire un justificatif de l’employeur local. Des preuves de domicile (facture d’électricité, d’eau, contrat de location) sont systématiquement demandées pour établir l’adresse.

Exemple de conditions d’ouverture chez ANZ

ANZ, qui vise explicitement les expatriés et investisseurs, demande pour un compte personnel :

Attention :

Pour ouvrir un compte bancaire, il est nécessaire de fournir plusieurs documents : une copie du passeport, le dernier bulletin de salaire ou une lettre de l’employeur, le permis de conduire local (s’il existe), une facture de service (eau, électricité ou téléphone) pour justifier de l’adresse, ainsi qu’un dépôt minimum modeste, d’environ 20 SBD.

Pour un compte professionnel, s’ajoutent : les services adaptés aux entreprises, les outils de gestion des réseaux sociaux, et les fonctionnalités avancées de marketing.

Certificat d’enregistrement de la société

Statuts (Memorandum & Articles)

Résolution du conseil d’administration autorisant l’ouverture de compte

– Pour chaque signataire : passeport ou permis, justificatif d’adresse et de revenus

L’ouverture se fait en principe en agence, avec présence physique, même si certains éléments de préparation (formulaires, collecte de pièces) peuvent être anticipés à distance.

Spécificités chez BRED et POB

BRED Bank Solomon applique une grille de documents structurée par catégories (pièces d’identité avec photo, sans photo, lettres de référence officielles). Des pièces complémentaires peuvent être exigées, comme certificats de mariage ou de naissance pour relier différentes identités ou prouver un changement de nom, ou encore une lettre de référence émise par un pasteur, un avocat, un juge ou un officier consulaire.

Bon à savoir :

Pour ouvrir un compte à la Pan Oceanic Bank, les non-citoyens doivent préciser l’objectif (salaire, investissement, retraite…), indiquer la source principale des fonds, et fournir passeport, adresse, contacts, employeur. Des justificatifs supplémentaires sur l’origine des fonds peuvent être demandés.

Importance de la provenance des fonds

Les autorités et les banques attachent une grande importance à la traçabilité des inventaires de départ. Pour tout transfert d’un certain montant vers un compte aux îles Salomon, il sera souvent demandé :

Attestation de banque d’origine

Relevé ou justificatif du virement

Documents fiscaux (par exemple, certificat de clearance fiscale pour certains rapatriements de bénéfices ou de dividendes)

Explication du lien entre l’expatrié, sa structure (société ou employeur) et les fonds transférés

Pour un expatrié salarié, une lettre de l’employeur, jointe à un contrat de travail, simplifie grandement l’analyse KYC. Pour un entrepreneur ou un investisseur, il est préférable d’arriver avec un dossier bien préparé (statuts, business plan, licences, certificats d’enregistrement, éventuellement certificat d’enregistrement d’investisseur étranger).

Services bancaires quotidiens : cartes, cash et paiements

Une fois le compte ouvert, la question devient très concrète : comment payer son loyer, faire ses courses, rémunérer ses employés ou régler ses factures d’électricité dans un environnement où la monnaie scripturale est minoritaire ?

Rôle central du cash

Le dollar des îles Salomon (SBD) est la seule monnaie de paiement réellement acceptée dans le pays. Les billets circulants sont généralement émis en coupures de 5, 10, 20, 50 et 100 dollars, complétées par des pièces de 10, 20, 50 centimes, 1 et 2 dollars.

Les devises étrangères (dollar australien, dollar néo-zélandais, dollar US) ne sont pas acceptées dans les transactions courantes. Elles doivent être échangées auprès des banques ou des bureaux de change. Pour un expatrié, conserver une petite réserve en AUD, NZD ou USD peut être utile comme coussin de sécurité ou moyen de rapatriement indirect, mais au quotidien, tout se règle en SBD.

Exemple :

Malgré la digitalisation, la dépendance aux espèces reste massive. À Paris, de nombreux commerces, services publics et bailleurs privés n’acceptent que le cash. En province, l’usage de la carte bancaire se limite souvent aux retraits d’argent, car elle est rarement acceptée pour les achats courants, illustrant la persistance d’une économie basée sur le liquide.

Cartes bancaires : utiles, mais dans un périmètre limité

Les trois principales banques (BSP, ANZ, BRED) émettent des cartes de débit, certaines adossées au réseau Visa (cartes dites « open-loop »), d’autres utilisables seulement dans le réseau local (cartes « closed-loop »). En 2023, on comptait moins de 100 000 cartes en circulation dans tout le pays, la majorité étant des cartes fermées.

La plupart des transactions par carte – plus de 90 % – se font au distributeur automatique, sous forme de retrait de cash. Les paiements par terminal EFTPOS représentent un volume bien plus faible, avec un ticket moyen élevé (plus de 800 SBD par opération), ce qui montre que les paiements par carte sont plutôt réservés aux grosses dépenses (hôtels, billets d’avion, gros achats en supermarché).

Bon à savoir :

Dans les hôtels internationaux et centres de plongée haut de gamme, les cartes Visa sont généralement acceptées. Cependant, dans les petites pensions, marchés, cliniques locales ou pour les transports, il est indispensable d’avoir des espèces. Il faut donc prévoir ses retraits d’avance et ne pas compter sur une généralisation des paiements par carte.

Paiement des factures et charges

Les grandes banques permettent de payer certaines factures (eau, électricité, télécommunications) via Internet banking ou parfois par ordre permanent. Mais une proportion significative de paiements se fait encore par chèque ou en espèces au guichet.

Beaucoup d’employeurs locaux organisent eux-mêmes le règlement de certaines charges pour leurs salariés, directement à partir du compte de l’entreprise, afin de limiter les déplacements et la manipulation de cash par les employés.

Pour un expatrié, négocier avec son propriétaire ou ses principaux fournisseurs un mode de paiement bancaire (virement, dépôt direct sur leur compte) peut faire gagner du temps, à condition que ces interlocuteurs soient eux aussi bancarisés.

Services digitaux et mobiles : promesses et limites pour les expatriés

Malgré la domination du cash, les îles Salomon se sont engagées dans une transition vers les services financiers digitaux, sous l’impulsion de la banque centrale, de bailleurs comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou l’ONU, et de quelques opérateurs privés.

Banques en ligne et applications mobiles

Les quatre grandes banques offrent désormais des services de banque en ligne. Concrètement, un expatrié peut :

Consulter ses soldes et historiques de transactions

Effectuer des virements entre ses comptes locaux

– Payer certaines factures

– Mettre en place des ordres permanents ou des paiements différés

– Pour ANZ, accéder à des fonctionnalités internationales (virements vers l’étranger, contrôle des taux de change, messagerie sécurisée, etc.)

Attention :

BSP propose des services bancaires en ligne 24/7, mais leur accessibilité réelle dépend d’une connectivité souvent lente, coûteuse et inégale, et peut être affectée par des interruptions de service.

Portefeuilles mobiles et paiements électroniques locaux

Trois portefeuilles mobiles coexistent : Ezi Pei, Iumi Cash et M‑Selen (exploité par l’opérateur télécom Our Telekom). Ces solutions permettent en théorie de stocker de la valeur sur un compte mobile, de transférer de l’argent entre particuliers, de payer certains commerçants ou factures, et de recharger du crédit téléphonique.

En pratique, le nombre de comptes mobiles reste faible (environ 13 400), avec un taux d’activité bas (10 à 15 % seulement). Il n’existe pas d’interopérabilité entre portefeuilles, ce qui fragmente davantage le marché. Ces outils sont néanmoins susceptibles de devenir utiles pour un expatrié qui emploie du personnel local ou doit envoyer des petites sommes dans des villages dépourvus de banque.

Bon à savoir :

Ces portefeuilles ne remplacent pas les comptes bancaires traditionnels et leur acceptation par les commerces reste limitée. Pour les transactions importantes ou internationales, le recours à une banque est nécessaire.

Modernisation des systèmes de paiement : un tournant structurel

La banque centrale a engagé une réforme profonde de l’infrastructure de paiement, avec l’adoption d’une loi nationale sur les systèmes de paiement et la mise en place d’un système automatisé de transferts (Automated Transfer System, ou SOLATS).

Ce système de règlement brut en temps réel doit remplacer les anciens mécanismes manuels de compensation de chèques, qui pouvaient prendre deux à trois jours pour régler un simple transfert entre banques. À terme, cela permettra des virements interbancaires quasi instantanés, une meilleure sécurité des transactions et une base solide pour développer de nouveaux services (paiements instantanés, intégration avec portefeuilles mobiles, etc.).

Pour un expatrié, cela signifie que dans les années à venir, les virements domestiques devraient devenir plus fiables, plus rapides et potentiellement moins coûteux. En revanche, cela ne règle pas les problèmes de connectivité dans les zones les plus isolées ni la faible culture numérique d’une partie de la population.

Change, transferts internationaux et contrôle des capitaux

Dans un environnement de petite économie insulaire, exposée aux chocs extérieurs et dépendante des importations, les autorités surveillent étroitement les flux de devises. Un expatrié qui arrive avec des revenus en AUD, NZD, EUR ou USD et souhaite les convertir en SBD, ou inversement rapatrier son épargne, doit intégrer ce cadre réglementaire.

Contrôles de change et rôle de la banque centrale

La Central Bank of Solomon Islands contrôle les opérations en devises. Les principales implications sont les suivantes :

Les transferts de montants significatifs à l’étranger sont soumis à autorisation ou déclaration, surtout au-delà de certains seuils.

L’ouverture de comptes en monnaie étrangère aux îles Salomon est strictement encadrée et nécessite une approbation.

– Les rapatriements de capitaux, dividendes ou profits d’entreprises non résidentes requièrent souvent un certificat de clearance fiscale avant validation par la banque centrale.

Bon à savoir :

La plupart des demandes de transfert légitime (règlement de salaire vers un compte étranger, rapatriement de dividendes après impôt, remboursement de prêts internationaux) sont approuvées, mais elles sont soumises à un certain formalisme documentaire et peuvent entraîner des délais.

Choisir ses canaux de transfert

Plusieurs options s’offrent à un expatrié pour envoyer ou recevoir de l’argent à l’international :

Virements bancaires classiques (Swift) via ANZ, BSP, BRED ou POB

Services de transfert spécialisés (Western Union, MoneyGram, certains prestataires en ligne activés depuis l’étranger)

Cartes internationales reliées à des comptes offshore ou à des néobanques, utilisées pour des retraits dans les DAB locaux

Les banques locales proposent des transferts par télévirement (Telegraphic Transfer – T/T) dans un panel de devises courantes. La fiabilité est bonne, mais les coûts peuvent être élevés, avec des commissions fixes, des marges sur le taux de change et parfois des frais de banque correspondante à l’arrivée.

Exemple :

Pour optimiser les transferts d’argent vers les îles Salomon, une stratégie courante consiste à utiliser un compte bancaire dans un pays tiers comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou Singapour. Ce compte sert de pivot pour centraliser les fonds (salaires, investissements) avant de les transférer aux îles Salomon, permettant ainsi de bénéficier des meilleurs taux et des frais réduits offerts par les prestataires spécialisés, dont la connectivité directe avec les banques salomonaises peut être limitée.

Gérer le risque de change

Le dollar des îles Salomon n’est pas une devise largement négociée sur les marchés internationaux. Son accès est limité, et les spreads de change peuvent être significatifs. Pour un expatrié rémunéré en devise forte et payant ses dépenses courantes en SBD, la question est surtout celle du timing et du volume des conversions :

Convertir régulièrement de petites sommes, pour limiter l’exposition à un mouvement brusque

– Ou effectuer des transferts plus importants de façon ponctuelle, en essayant de profiter de variations favorables des cours

Les banques locales fournissent des informations quotidiennes sur les taux SBD/AUD, SBD/USD, SBD/NZD, etc. Certaines, comme BSP, proposent des outils de suivi et d’alerte sur les taux. Mais il n’existe pas, à grande échelle, de produits sophistiqués de couverture pour particuliers (options, forwards exigibles à petite taille). Le pilotage du risque de change reste donc largement manuel.

Fiscalité, investissements et statut d’expatrié

Même si l’objectif premier est souvent de gérer son quotidien, beaucoup d’expatriés envisagent des investissements locaux : création de société, participation dans un projet agricole ou touristique, achat (ou plutôt location de longue durée) d’un bien immobilier, etc. C’est là que la fiscalité solomonaise et le droit de l’investissement prennent une dimension stratégique.

Fiscalité principale : entreprises et particuliers

Le système fiscal est de type territorial, mais avec une nuance : les sociétés résidentes sont imposées sur leurs revenus mondiaux, tandis que les non-résidentes le sont sur leurs revenus de source locale. Les taux importants à connaître sont :

Type d’impôtTaux indicatif
Impôt sur les sociétés résidentes30 %
Impôt sur les sociétés non résidentes35 %
Taux marginal maximal IRPP40 %
Retenue à la source sur dividendes (non-résident)30 %
Retenue à la source sur intérêts (non-résident)15 %
Retenue à la source sur redevances (non-résident)15 %

Les barèmes de l’impôt sur le revenu sont progressifs, avec un taux maximal de 40 % au-delà d’un certain seuil. Les dividendes versés par une société locale à un non-résident supportent en principe une retenue à la source de 30 %, les intérêts et redevances 15 %. Divers autres revenus versés à des non-résidents (honoraires techniques, loyers, gestion, etc.) sont soumis à des retenues spécifiques.

Bon à savoir :

La fiscalité locale doit être combinée avec les règles de résidence fiscale du pays d’origine de l’expatrié. Les îles Salomon n’ont conclu qu’un nombre très limité de conventions de non-double imposition. Dans de nombreux cas, il faudra donc recourir aux mécanismes unilatéraux de crédit d’impôt prévus par le pays d’origine.

Investir en tant qu’étranger : enregistrement et contraintes

Toute personne ou entreprise étrangère souhaitant investir aux îles Salomon doit s’enregistrer auprès de la Foreign Investment Division et obtenir un certificat d’enregistrement d’investisseur étranger. La loi sur l’investissement étranger encadre ce processus, avec des délais annoncés de quelques jours pour une demande complète.

Cet enregistrement est nécessaire avant de signer des contrats majeurs, d’acquérir des droits fonciers (via des baux) ou de démarrer une activité commerciale. Il vise notamment à s’assurer que le projet ne porte pas sur une activité réservée aux nationaux ou interdite.

Pour un expatrié, l’obtention de ce certificat conditionne ensuite beaucoup d’autres démarches :

Ouverture de compte bancaire professionnel

Demande de permis d’investisseur ou de travail

Signature de bail à long terme sur des terrains

Immobilier et foncier : un terrain très réglementé

La quasi-totalité du territoire (environ 87 %) est constituée de terres coutumières, détenues collectivement par des clans ou des communautés, et en principe inaliénables. Le reste (terre enregistrée, dite Perpetual Estate) est détenu par l’État ou des particuliers, et peut faire l’objet de baux de longue durée (Fixed Term Estate, jusqu’à 75 ans) au bénéfice d’étrangers.

Un expatrié ne peut donc pas devenir propriétaire foncier au sens classique. Il peut toutefois louer un terrain ou un immeuble pour plusieurs décennies, sous réserve de respecter :

La législation foncière (Land and Titles Act)

Les procédures d’enregistrement des baux au registre foncier

Les exigences d’enregistrement comme investisseur étranger

Les coûts de transaction (honoraires juridiques, droits d’enregistrement, éventuel droit de timbre, frais divers) peuvent représenter 5 à 15 % de la valeur du bien. Fiscalement, il existe des taxes foncières et des droits de timbre, mais pas de véritable impôt sur les plus-values pour les particuliers, ce qui peut rendre certains montages attractifs, sous réserve de la fiscalité du pays d’origine.

Stratégies pratiques de gestion financière pour expatriés

Une fois ce paysage dessiné, comment un expatrié peut-il s’organiser concrètement ? Plusieurs axes stratégiques se dessinent, en fonction de la durée du séjour, du statut (salarié, indépendant, investisseur) et de l’appétence au risque.

Combiner compte local et compte offshore

Dans la plupart des cas, il est pertinent de :

Maintenir un ou plusieurs comptes dans un centre financier extérieur (Australie, Nouvelle-Zélande, Singapour, Europe), servant de base pour l’épargne à long terme, les investissements et le rapatriement des revenus.

– Ouvrir au moins un compte courant en SBD dans une banque locale (ANZ, BSP, BRED), pour les besoins quotidiens, le paiement des salaires locaux, des factures et des dépenses courantes.

Cette architecture permet d’isoler le risque de change et de souveraineté, tout en bénéficiant de la praticité d’une banque locale. Le compte offshore pourra être alimenté par des virements périodiques depuis et vers les îles Salomon.

Arbitrer entre cash et carte

Vu la forte dépendance aux espèces, l’expatrié doit se constituer un « coussin de sécurité » en billets SBD, tout en évitant les montants trop élevés, risqués à conserver au domicile. Une règle pragmatique consiste à :

Astuce :

Pour une gestion optimale de vos espèces, il est conseillé de garder sur vous une petite somme pour les dépenses quotidiennes. Parallèlement, maintenez à domicile un stock intermédiaire correspondant à une ou deux semaines de besoins. Pour le réapprovisionnement, utilisez votre carte bancaire pour effectuer des retraits réguliers en zone urbaine, en veillant à surveiller les frais appliqués par retrait ainsi que les plafonds de retrait journaliers définis par votre banque.

Pour les longs séjours dans des zones rurales ou insulaires éloignées, il est prudent de planifier ses retraits à Honiara ou dans les grandes localités avant de partir, car il est fréquent que les agences provinciales manquent de liquidités ou que les DAB soient à court de billets.

Utiliser les services digitaux sans les surestimer

Les portefeuilles mobiles, les applications bancaires et les nouvelles infrastructures de paiement comme SOLATS sont des atouts croissants, mais ils ne peuvent pas encore remplacer entièrement le cash et le contact direct. Un expatrié peut :

Bon à savoir :

Activez les services en ligne et mobiles dès l’ouverture de compte. Utilisez les applications ANZ ou BSP pour suivre vos soldes, programmer des virements et paramétrer des alertes. Pour certains transferts domestiques (comme payer de petits prestataires ou aider des proches), vous pouvez tester prudemment les portefeuilles mobiles locaux, après vous être bien informé sur leurs frais et limitations.

L’accès à Internet étant inégal, il est important de conserver des alternatives : pouvoir passer à l’agence, disposer de contacts téléphoniques, et garder un carnet de chèques si la banque en fournit encore.

Anticiper la fiscalité et les exigences réglementaires

Un expatrié qui crée une entreprise, investit dans un projet ou détient des actifs significatifs aux îles Salomon doit rapidement consulter un conseil fiscal, idéalement familier à la fois du droit local et de la fiscalité internationale. Des points d’attention s’imposent :

Résidence fiscale personnelle : durée de séjour, lieu de résidence principale, attaches familiales et économiques

Double imposition potentielle sur les salaires, honoraires ou dividendes

– Retenues à la source sur les flux sortants, et possibilité de crédit d’impôt dans le pays d’origine

– Obligations de déclaration d’avoirs à l’étranger (pour les résidents fiscaux d’Europe, d’Australie, du Canada, etc.)

En complément, une bonne compréhension des règles de change, des seuils d’autorisation et des procédures de clearance fiscale pour les transferts importants permet d’éviter des blocages inutiles.

Vivre avec un système encore très cash, mais en mutation

Les îles Salomon offrent un cadre de vie singulier : faible densité, nature omniprésente, économie de proximité, forte importance des liens communautaires. Pour un expatrié, ce contexte se traduit par une expérience bancaire à rebours des grandes métropoles : peu de cartes, beaucoup d’espèces, déplacements parfois longs pour accéder à un DAB ou à une agence, procédures d’identification relativement lourdes.

Dans le même temps, le pays est engagé dans une transition vers plus de digitalisation et d’inclusion financière, avec :

Stratégie d’Inclusion Financière

Initiatives nationales pour développer l’accès aux services financiers par le numérique et les infrastructures modernes.

Stratégie Nationale Digitale

Une stratégie nationale d’inclusion financière axée sur les services digitaux.

Infrastructure de Paiement Moderne

La mise en place d’une infrastructure de paiement moderne (SOLATS, systèmes de règlement en temps réel).

Déploiement des Services

Le déploiement progressif de portefeuilles mobiles et de services bancaires en agence pour les zones rurales.

Éducation Financière et Numérique

Des initiatives d’éducation financière et numérique, ciblant notamment les femmes et les populations rurales.

Pour l’expatrié, l’enjeu est de s’insérer dans ce système de manière réaliste et pragmatique, sans transposer mécaniquement les réflexes d’un pays très bancarisé. Préparer son installation, diversifier ses comptes, comprendre les contraintes de change, s’équiper en outils digitaux tout en gardant une marge de manœuvre en cash : ce sont les clés d’une gestion financière sereine aux îles Salomon.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale en s’installant aux Îles Salomon pour optimiser sa charge imposable, diversifier ses investissements et conserver un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Maurice, États insulaires du Pacifique), la stratégie retenue a consisté à cibler les Îles Salomon pour leur coût de vie modéré, leur régime fiscal territorial (imposition centrée sur les revenus de source locale), l’absence d’impôt sur la fortune et la possibilité d’investissements immobiliers ou touristiques à fort potentiel. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, convention de non‑double imposition éventuelle, report d’imposition), obtention de la résidence et permis de séjour de long terme, organisation de la couverture santé internationale, transfert de la résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, partenaires bilingues) et intégration patrimoniale internationale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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