S’installer aux îles Salomon pour y monter un projet entrepreneurial, ce n’est pas simplement changer de décor tropical. C’est entrer dans une économie insulaire en transition, où l’État compte sur le secteur privé pour porter la croissance, mais où les réalités du terrain – cout de l’électricité, accès au financement, cout du transport, poids du droit coutumier – imposent de bien préparer son arrivée.
Pour un expatrié, le pays offre des opportunités dans des secteurs comme le tourisme, l’agroalimentaire, les services ou les énergies renouvelables. Cependant, il est essentiel de bien comprendre le cadre légal, la culture d’affaires, la fiscalité et les contraintes opérationnelles spécifiques à l’archipel pour réussir.
Les îles Salomon forment un archipel mélanésien de près de 1 000 îles, dont environ 90 sont habitées, réparties sur plus de 1 500 km dans le Pacifique Sud. La capitale et principal centre d’affaires, Honiara, concentre l’essentiel des entreprises formelles. On estime qu’environ 85 % des sociétés enregistrées y sont basées, alors que plus de 70 % de la population vit en zone rurale.
Près de la moitié de la population du pays a moins de 18 ans, ce qui en fait une société très jeune.
L’environnement d’affaires est officiellement ouvert : l’État mise sur l’investissement privé, y compris étranger, pour créer des emplois, transférer des technologies, développer les exportations et réduire les importations. Des cadres stratégiques comme la National Development Strategy et le plan d’investissement en infrastructures placent clairement le secteur privé au cœur du développement.
Mais le pays reste classé dans la partie basse du classement Doing Business de la Banque mondiale. Démarrer une activité formelle implique de se frayer un chemin entre trois niveaux de pouvoir (national, provincial, autorités coutumières), avec des procédures encore largement manuelles et des administrations sous-dotées.
Une culture des affaires très relationnelle
Impossible de monter un projet durable sans s’immerger dans la culture locale. Les îles Salomon fonctionnent largement sur un système communautaire appelé « wantok », fondé sur la langue, la famille et le village. Il crée des obligations de solidarité fortes mais aussi une attente de réciprocité et de respect.
Les décisions commerciales dans cette région privilégient les relations interpersonnelles et les consultations informelles plutôt que les échanges écrits formels. Par exemple, les réunions débutent souvent par des conversations légères (small talk), les délais de réponse sont délibérément plus lents pour marquer le respect, et la confrontation directe est évitée. Une promesse verbale y est considérée comme un engagement sérieux et contraignant, au même titre qu’un contrat écrit.
Pour un entrepreneur expatrié, cela veut dire prendre le temps de tisser des relations, accepter que les négociations foncières ou partenariales durent des mois, intégrer les intérêts des communautés dans le modèle économique, et garder une attitude calme et respectueuse, même quand les contretemps s’accumulent.
Où se trouvent les opportunités pour un entrepreneur étranger ?
Les îles Salomon restent sous‑exploitées sur de nombreux segments. Le gouvernement, à travers l’agence InvestSolomons et d’autres programmes d’aide au secteur privé, cible plusieurs secteurs jugés prioritaires pour les investisseurs étrangers.
Tourisme et hospitalité : un potentiel encore largement vierge
Avec ses lagons, récifs coralliens, sites de plongée de renommée mondiale et vestiges de la Seconde Guerre mondiale, l’archipel a tout pour attirer une clientèle à la recherche de destinations authentiques. Pourtant, les arrivées restent faibles par rapport à d’autres îles du Pacifique, et l’offre d’hébergement de qualité est limitée.
Les autorités et les programmes comme Strongim Bisnis soutiennent activement les hôtels, lodges, resorts et opérateurs d’activités (plongée, randonnées, tourisme communautaire). Des partenariats existent déjà pour rénover des hébergements, améliorer le marketing ou développer le tourisme domestique.
Pour un expatrié, cela peut se traduire par des opportunités dans les domaines suivants : petites structures d’hébergement haut de gamme, éco‑lodges, circuits d’aventure, croisières de niche, produits touristiques autour de l’histoire ou de la culture, services de réservation et d’e‑tourisme, notamment via les réseaux sociaux (Facebook est largement utilisé, et les usages d’Instagram progressent rapidement).
Agroalimentaire, cacao, coprah, horticulture et pêche
Plus de 80 % des habitants dépendent de l’agriculture, souvent à petite échelle. Les cultures phares sont le cacao, la noix de coco, le palmier à huile, ainsi que les produits horticoles. Les filières sont soutenues par plusieurs initiatives : développement de plantations, accompagnement des producteurs, amélioration de la transformation et des débouchés export.
Des PME locales parviennent à réaliser des exportations significatives, comme l’expédition de plus de 50 tonnes de cacao vers la Malaisie. Par ailleurs, les femmes constituent une part importante de la main-d’œuvre agricole, en particulier dans le secteur de l’horticulture.
La pêche est un autre pilier : les eaux des îles Salomon sont particulièrement riches en thon, et le pays perçoit d’importants droits d’accès de la part de flotilles étrangères. Dans le même temps, les marchés intérieurs souffrent de chaines logistiques fragiles pour acheminer du poisson frais vers les zones urbaines ou touristiques.
Pour un entrepreneur expatrié, les opportunités de niche peuvent inclure la transformation de produits locaux (comme le chocolat, le beurre de cacao, les produits dérivés de la noix de coco ou les produits de la mer à valeur ajoutée), le développement de solutions logistiques adaptées aux produits périssables, ainsi que la fourniture de services spécialisés tels que la certification qualité, le design de packaging, le marketing de marque ou la création de plateformes numériques de mise en relation entre producteurs et acheteurs.
Bois, énergie et projets d’infrastructure
Le pays a longtemps vécu de l’exportation de grumes, avec des impacts lourds sur les forêts. Les autorités souhaitent désormais privilégier la transformation locale (scieries, meubles, bois d’œuvre de qualité) et la plantation d’essences durables, avec le soutien de programmes comme Strongim Bisnis et de l’association VATA dans le bois à valeur ajoutée.
L’énergie offre un autre champ d’action. Le cout de l’électricité figure parmi les plus élevés du Pacifique (près de 0,80 USD/kWh certains années), et le réseau reste limité, surtout hors de Honiara. Les pannes de courant et délestages pèsent lourdement sur les entreprises, qui se tournent vers des solutions autonomes. L’État vise une transition massive vers les renouvelables, et les projets solaires, micro‑hydro ou hybrides diesel/solaire sont fortement encouragés, avec un cadre d’investissement pour les producteurs indépendants (IPP).
Les éléments clés à intégrer pour monter une activité viable dans le secteur du photovoltaïque sur une île.
Anticiper les délais d’importation et le coût du transport spécifiques aux contraintes insulaires.
Prévoir un stock adapté de pièces de rechange pour assurer la continuité du service.
Former des techniciens locaux pour l’installation et la maintenance des modules solaires.
Définir un modèle de maintenance fiable et adapté à l’isolement géographique.
Services professionnels, numériques et support aux entreprises
La montée en puissance de petites et moyennes entreprises, la croissance de la demande touristique et le développement du commerce international créent également une demande en services : comptabilité, audit, conseil juridique, marketing, IT, cybersécurité, qualité, environnement, services de traduction et d’interprétariat, ou encore facilitation de projets (gestion de projets, études de faisabilité, assistance à la conformité).
Plusieurs acteurs comme Business Link Pacific ou des cabinets régionaux (juridiques, fiscaux, techniques) sont déjà actifs, mais l’offre reste limitée au regard des besoins, notamment en région. Le gouvernement mise aussi sur la transformation digitale : l’arrivée du câble sous‑marin Coral Sea a décuplé la capacité internet, une stratégie numérique nationale et une politique TIC ont été adoptées, et des chantiers d’e‑gouvernement et d’inclusion financière numérique sont en cours.
Avec une population très connectée au mobile mais encore peu bancarisée et une pénétration internet qui progresse, il existe un espace pour des solutions d’e‑commerce adaptées, des outils de gestion dans le cloud, des services de paiement numérique locaux, ou des places de marché reliant producteurs ruraux et consommateurs urbains.
Choisir la bonne structure juridique pour son projet
Le droit des sociétés repose sur le Companies Act moderne, appuyé par un registre en ligne des entreprises, Company Haus. Plusieurs formes sont ouvertes aux expatriés, chacune avec ses avantages et ses limites.
Société à responsabilité limitée (private company)
C’est la forme la plus courante pour un investissement étranger. Elle offre une responsabilité limitée aux associés, un cadre connu des banques et de l’administration, et une certaine flexibilité dans l’organisation.
Pour ce type de société : société à responsabilité limitée (SARL), société par actions simplifiée (SAS), ou encore société anonyme (SA). Il convient de prendre en compte les aspects juridiques, fiscaux et sociaux afin de déterminer celle qui convient le mieux aux besoins et aux objectifs des associés.
– le nom doit se terminer par « Limited » ou « Ltd » ;
– le nombre d’actionnaires va d’un minimum de 1 à un maximum de 50 ;
– il faut au moins un administrateur (qui peut être étranger) et au moins une action ;
– il n’existe pas de capital minimum imposé ;
– une adresse de siège social locale est obligatoire.
Pour un expatrié solo ou un petit groupe d’investisseurs, la private company constitue généralement le meilleur compromis entre sécurité juridique, crédibilité commerciale et simpacité.
Autres formes possibles
Il est aussi possible de créer : un environnement de travail collaboratif, des projets innovants, des solutions adaptées aux besoins spécifiques.
Les structures incluent une entreprise individuelle, simple mais avec responsabilité illimitée du propriétaire ; un partenariat entre deux personnes ou plus ; une succursale d’une société étrangère, où la maison mère reste responsable ; un bureau de représentation, limité aux activités de prospection et de marketing ; et une « community company » destinée à gérer des actifs communautaires, souvent pertinente dans des projets impliquant des terres coutumières et des clans.
Formes d’entreprises en contexte spécifique
L’absence d’obligation d’associés ou d’administrateurs locaux constitue un atout pour les expatriés, même si, dans la pratique, s’associer à des partenaires salomonais peut faciliter l’accès au foncier, aux réseaux et aux marchés publics.
Le tableau ci‑dessous résume les options les plus fréquentes pour un entrepreneur étranger.
| Forme juridique | Responsabilité | Nombre d’associés | Activités autorisées | Pertinence pour un expatrié |
|---|---|---|---|---|
| Société à responsabilité limitée (Ltd) | Limitée au capital | 1 à 50 | Toute activité commerciale légale | Élevée |
| Succursale de société étrangère | Illimitée (maison mère) | N/A | Activités commerciales | Élevée pour groupes |
| Bureau de représentation | N/A (pas de commerce) | N/A | Marketing, études de marché | Moyenne (phase d’exploration) |
| Entreprise individuelle | Illimitée | 1 | Petites activités de services ou commerce | Moyenne à faible |
| Partenariat | Conjointe et illimitée | 2 ou plus | Activités variées | Variable, selon le projet |
| Community company | Spécifique, communautaire | Variable | Gestion d’actifs communautaires | Utile avec partenaires coutumiers |
Les étapes clés pour immatriculer son entreprise
Les réformes engagées avec l’appui de la Banque asiatique de développement ont considérablement accéléré l’enregistrement des sociétés. Ce qui prenait plusieurs mois se fait désormais en un à deux jours pour la partie purement sociétaire, grâce à Company Haus. Reste qu’il faut enchainer plusieurs démarches auprès d’autorités différentes.
De l’idée à la société enregistrée
Le parcours type pour un expatrié ressemble à ceci :
Un guide des démarches essentielles pour immatriculer et lancer légalement votre société aux Îles Salomon.
Choisir la forme juridique, structurer l’actionnariat, puis réserver et faire approuver le nom de la société auprès de Company Haus.
Préparer les documents de constitution (statuts, administrateurs, etc.) et déposer le dossier en ligne ou physiquement au Business Registry en payant les frais.
Obtenir le certificat d’incorporation, puis demander un numéro d’identification fiscale (TIN) auprès de l’Inland Revenue Division.
Ouvrir un compte bancaire professionnel local et obtenir la licence d’exploitation commerciale auprès de l’autorité municipale compétente.
Selon votre activité (pêche, mines, tourisme, santé…), solliciter les licences ou agréments spécifiques requis.
Enregistrer l’entreprise et ses salariés auprès du National Provident Fund (SINPF) dans les 14 jours suivant le démarrage.
L’enregistrement lui‑même est relativement rapide : le temps nécessaire pour obtenir l’approbation du nom et le certificat de constitution est estimé entre un et trois jours. En revanche, l’ensemble des procédures pour « démarrer une entreprise » (incluant les licences, l’ouverture de compte, etc.) prend en pratique une dizaine de jours dans le meilleur des cas, parfois plus.
Documents et frais à prévoir
Les autorités exigent généralement :
Liste des pièces essentielles à fournir pour constituer et enregistrer légalement votre société.
Formulaires de demande d’immatriculation dûment complétés et signés.
Statuts ou Constitution de la société certifiés conformes.
Copies des passeports des fondateurs et des dirigeants de la société.
Attestation de casier judiciaire vierge pour chaque administrateur.
Justificatif d’adresse pour le siège social local de l’entreprise.
Preuve du paiement des frais administratifs et d’immatriculation requis.
Parmi les montants indicatifs :
| Démarche | Montant indicatif |
|---|---|
| Enregistrement d’une société locale | 1 250 SBD |
| Enregistrement d’un nom commercial | 150 SBD |
| Fabrication d’un sceau de société (facultatif mais courant) | 500 SBD |
| Licence d’activité (type manufacturier à Honiara) | 2 700 SBD |
À cela s’ajoutent les coûts cachés : temps passé à se déplacer entre les guichets, éventuelles traductions, honoraires de conseil local, ou encore transport inter‑îles si votre projet s’étend au‑delà de Honiara.
Cadre spécifique de l’investissement étranger
L’investissement étranger est régi par le Foreign Investment Act. Un expatrié ne peut pas simplement créer une société et se lancer : il doit obtenir un Foreign Investment Certificate (FIC) auprès de l’instance compétente (Foreign Investment Division, InvestSolomons). Certaines activités sont réservées aux ressortissants nationaux ou soumises à conditions via une « Reserved List ».
Le processus de demande nécessite une description complète du projet, incluant son secteur, le montant et la provenance des fonds, la structure de propriété, ainsi que les impacts économiques attendus (création d’emplois, transferts de compétences, utilisation de matières premières locales, etc.). L’examen des dossiers peut durer plusieurs semaines, notamment pour les projets dans des secteurs sensibles comme les ressources naturelles.
Une fois le certificat obtenu et la société enregistrée, l’investisseur peut aussi solliciter des incitations fiscales : exonérations de droits de douane sur les machines et équipements, vacances fiscales, crédits d’impôt pour certains projets (par exemple dans les mines ou les énergies vertes).
Les taux officiels sont les suivants :
| Impôt / Paramètre | Taux / Information clé |
|---|---|
| Impôt sur les sociétés résidentes | 30 % |
| Impôt sur les sociétés non résidentes | 35 % (revenus de source salomonaise) |
| Impôt sur les dividendes (résidents) | 20 % (retenue à la source) |
| Impôt sur les dividendes (non résidents) | 30 % (retenue à la source) |
| Existence d’un impôt sur les plus‑values | Pas d’impôt général ; certains actifs taxés |
| Taxe minimale sur le chiffre d’affaires | 0,5 % (plafonnée à 20 000 SBD) |
Pour un expatrié, un point crucial est de bien structurer sa présence : selon que la société sera considérée comme résidente ou non résidente, la base taxable changera (revenus mondiaux ou seulement revenus de source locale). Dans bien des cas, une filiale locale distincte, correctement capitalisée et documentée, évite d’éventuels litiges fiscaux.
Obtention du visa et du permis de travail en tant qu’entrepreneur
Monter une entreprise ne suffit pas à vivre et travailler légalement dans le pays. Les règles d’immigration distinguent plusieurs types de visas, avec des conditions spécifiques.
Visas de court séjour pour affaires
Pour un simple repérage, des réunions ou des missions de courte durée, beaucoup de ressortissants bénéficient d’un visa visiteur à l’arrivée (visitor’s permit), à condition de disposer d’un passeport valable, d’un billet de retour et de moyens financiers suffisants. Ce statut permet d’exercer, pendant 30 jours, des activités d’affaires liées à vos fonctions habituelles à l’étranger, sans être embauché localement.
Au-delà de 30 jours de travail ou pour tout emploi sur place (y compris dans votre propre société), un permis de travail délivré par la division du Travail et un visa d’entrée correspondant (short-term ou long-term employment visa) sont impérativement requis.
Il existe aussi un « short‑term business visa » dédié aux voyages d’affaires sans rémunération locale, valable un an pour des séjours multiples, mais non renouvelable autrement que par une nouvelle demande.
Long séjour, investissement et emploi
Pour s’installer durablement et gérer son entreprise, un expatrié doit généralement combiner :
– un permis d’investissement (Foreign Investment Certificate) pour la société ;
– un permis de travail (work permit) lié à un poste défini au sein de cette société ;
– un visa d’emploi ou de résidence de plus longue durée (jusqu’à deux ans renouvelables, souvent).
L’obtention d’un permis de travail nécessite un parrain local, qui peut être votre propre société après sa constitution ou un partenaire local. L’employeur doit démontrer la nécessité de recruter un étranger via des tests du marché du travail et justifier des compétences rares. Il doit également fournir les contrats, des garanties de rapatriement et s’engager à respecter la législation sociale en vigueur.
Les délais sont à intégrer dans votre planning : le traitement d’un permis de travail prend souvent de quatre à huit semaines, puis deux à quatre semaines supplémentaires pour le visa associé. Les frais varient selon la durée et le type de visa, certains pouvant atteindre plusieurs centaines de dollars américains par an.
Les conjoints et enfants à charge peuvent obtenir des visas de dépendants liés à la validité de votre propre permis. Ils n’ont pas automatiquement le droit de travailler : s’ils veulent exercer une activité, ils doivent obtenir leur propre permis de travail.
Accès au financement et réalité bancaire
Même bien capitalisé, un entrepreneur étranger doit composer avec un environnement financier particulier. Le système bancaire est dominé par quelques banques commerciales (par exemple Bank South Pacific, ANZ, Pan Oceanic Bank), conservatrices et centrées sur les zones urbaines. Les produits offerts restent classiques (comptes, prêts commerciaux, services de change, transferts), avec peu de solutions adaptées aux très petites entreprises ou aux projets ruraux.
Seuls environ 15 % des adultes sont bancarisés. Les fermetures d’agences en province ont encore réduit l’accès aux services financiers. Les institutions de microfinance restent embryonnaires, et les mécanismes de garantie publique ou de finance mixte sont quasi inexistants.
Les contraintes majeures pour obtenir un prêt local sont :
– l’absence de titres fonciers clairs, la majorité des terres étant coutumières et donc difficiles à hypothéquer ;
– des taux d’intérêt élevés ;
– l’absence de marché de capitaux domestique ;
– un faible niveau d’éducation financière dans la population.
Une avancée importante est la Secured Transactions Act, qui permet d’utiliser des biens meubles (bateaux, véhicules, équipements agricoles) comme garanties, via un registre électronique. Cette réforme a accéléré l’octroi de crédits : certains acteurs approuvent désormais des prêts en une journée, alors qu’il fallait auparavant des semaines.
Pour les petites entreprises touchées par la crise sanitaire, un produit spécifique, le « Productive Sector Stimulus Package », a été mis en place : il offre des prêts entre 10 000 et 2 000 000 SBD, sur une durée maximale de cinq ans, avec des taux d’intérêt dégressifs (8 % sur le premier million, 13 % sur le solde) et une obligation d’apport de 20 %, qui peut prendre la forme de « sweat equity » pour les agriculteurs ou de biens immobiliers.
Pour un expatrié, quelques options complémentaires existent :
Plusieurs voies existent pour lever des fonds et obtenir un soutien financier, allant de l’investissement direct aux subventions et concours.
Apport de capitaux depuis l’étranger, via la société mère ou des partenaires privés.
Recherche d’investisseurs via des plateformes globales comme OpenVC, qui agrège des milliers de business angels et fonds de capital‑risque.
Participation à des concours et programmes (innovation sociale, start‑ups tech, plans d’affaires…), parfois ouverts aux entreprises du Pacifique.
Mobilisation de subventions via des programmes comme Business Link Pacific, pouvant cofinancer des prestations de conseil jusqu’à 30 000 NZD pour les PME de 50+ employés, avec des tranches pour les plus petites structures.
Le tableau suivant illustre différents canaux de financement possibles.
| Source de financement | Avantages principaux | Limites / Conditions |
|---|---|---|
| Banques locales (prêts) | Devise locale, historique avec les autorités | Collatéral difficile, taux élevés |
| Stimulus Package productif | Conditions ciblées, taux encadrés | Réservé aux entreprises locales enregistrées |
| Plateformes type OpenVC | Accès à des investisseurs internationaux | Nécessite un projet scalable et structuré |
| Subventions Business Link Pacific | Financement partiel de services de conseil | Sur sélection, plafonds par taille d’entreprise |
| Capitaux propres (fonds propres investisseurs) | Contrôle stratégique, pas de remboursement forcé | Dilution, négociations parfois longues |
Dans ce contexte, arriver avec un minimum de fonds propres et une stratégie claire de trésorerie est essentiel. Miser sur un financement bancaire local pour lancer son projet de zéro est rarement réaliste.
Infrastructures, logistique et coûts cachés
L’archipel se situe à grande distance des grands centres économiques mondiaux. Le commerce international repose essentiellement sur deux ports principaux (Honiara et Noro) et un aéroport international. Les routes sont peu nombreuses et souvent en mauvais état en dehors des zones urbaines, et les liaisons entre îles dépendent de bateaux aux horaires irréguliers.
Les coûts logistiques, incluant le fret et la douane, peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars par conteneur.
Le coût et la fiabilité de l’énergie posent d’autres défis. Les tarifs d’électricité figurent parmi les plus élevés de la région, et les épisodes de délestage peuvent durer plusieurs mois, obligeant les entreprises à recourir à des générateurs fonctionnant au diesel, très onéreux. Un sondage de la chambre de commerce a montré qu’une large majorité de sociétés ont vu leurs couts opérationnels grimper de manière significative à cause des coupures.
Pour un entrepreneur, cela suppose : la capacité à prendre des risques, la vision stratégique, la détermination à surmonter les obstacles et l’aptitude à innover.
– de prévoir des générateurs et éventuellement des solutions renouvelables en secours ;
– d’anticiper des surcouts d’exploitation par rapport à d’autres pays ;
– de constituer des stocks de sécurité pour les intrants critiques ;
– de choisir avec soin l’emplacement de l’activité, par exemple près de Honiara pour limiter les risques logistiques, ou au contraire dans une province stratégique pour l’accès aux matières premières, au prix de contraintes supplémentaires.
Fiscalité et obligations déclaratives
Le système fiscal des îles Salomon est réputé complexe, avec des coûts de conformité élevés et un grand nombre de paiements annuels. Une entreprise type doit composer avec plusieurs types de prélèvements : impôt sur les sociétés, retenues à la source sur les dividendes, taxes sur les biens et ventes, droits de douane, contributions à la Caisse de prévoyance (SINPF), etc.
Plusieurs caractéristiques méritent d’être soulignées pour un expatrié :
Les entreprises résidentes sont taxées sur leur revenu mondial, tandis que les non-résidentes ne le sont que sur leurs revenus de source locale. Il n’existe pas d’impôt général sur les plus-values, mais la cession de certains actifs amortissables peut générer un revenu imposable. Les dividendes versés aux non-résidents sont soumis à une retenue à la source de 30 %. Le système fiscal ne comprend ni TVA, ni impôt sur la fortune, ni droit de succession. Cependant, une taxe s’applique sur les biens fabriqués localement et importés, ainsi qu’une taxe sur certaines ventes de biens et services.
La gestion de la paie implique, pour l’employeur, de retenir l’impôt sur le revenu des salariés selon un barème progressif pouvant atteindre 40 % pour les niveaux les plus élevés, et de prélever en outre la part salariale des cotisations à la SINPF (environ 5 %), à laquelle s’ajoute une contribution patronale minimale de 7,5 %.
Les délais de dépôt des déclarations et de paiement des impôts aux Îles Salomon sont stricts, et les pénalités en cas de retard peuvent être importantes. La complexité du système fiscal est souvent difficile à saisir, notamment pour les petites entreprises et les entrepreneurs étrangers. Dans la pratique, il est donc indispensable de faire appel à un cabinet comptable local habitué aux règles et aux spécificités salomonaises.
Terre coutumière, foncier et ancrage communautaire
Plus de 80 % à 90 % des terres des îles Salomon sont régies par des règles coutumières, sous le contrôle de clans et de familles élargies plutôt que de propriétaires individuels. Ces terres ne peuvent pratiquement pas être vendues, et l’acquisition de droits d’usage passe par des baux de longue durée négociés avec les représentants coutumiers (chefs, anciens, représentants désignés).
Ce système a plusieurs conséquences pour un entrepreneur :
Il est extrêmement difficile, voire impossible, d’obtenir un titre foncier classique sur une terre coutumière. Les négociations peuvent être longues, impliquer plusieurs lignées et exiger une grande délicatesse culturelle. De plus, des conflits internes au clan, parfois latents, peuvent surgir après coup si tous les acteurs n’ont pas été correctement consultés.
L’État a entrepris des projets pilotes d’enregistrement des terres coutumières via un Land Recording Act. Mais ces dispositifs restent en cours d’expérimentation et ne couvrent pas encore l’ensemble du pays.
Pour sécuriser l’implantation d’un projet (tourisme, agro‑industrie, énergie), beaucoup d’investisseurs préfèrent :
Pour développer un projet agricole, un investisseur a deux principales options. La première est de louer des terres du domaine perpétuel de l’État (Perpetual Estate) via des baux à durée déterminée (Fixed Term Estates), pouvant atteindre 75 ans. La seconde consiste à établir un partenariat avec les communautés locales, par exemple en les associant au capital d’une « community company » ou via le versement de redevances claires, tout en les intégrant dans la gouvernance du projet.
Dans tous les cas, il est vivement recommandé de s’entourer de conseils juridiques locaux connaissant à la fois le droit écrit et les coutumes, et de ne jamais accélérer artificiellement une négociation foncière au risque de voir surgir des contestations ultérieures.
Acteurs clés et écosystème d’appui aux entrepreneurs
Un expatrié n’est pas livré à lui‑même. Plusieurs institutions soutiennent le développement du secteur privé et peuvent servir de points d’entrée.
La Solomon Islands Chamber of Commerce and Industry (SICCI) est l’organisation faîtière du secteur privé formel, avec environ 140 membres. Elle anime des groupes sectoriels (coco, cacao, fabrication, PME), mène un dialogue politique régulier avec le gouvernement à travers un groupe consultatif conjoint, organise formations, missions commerciales, événements de réseautage, et dispose même d’une équipe de courtage pour mettre en relation exportateurs de produits agricoles (cacao, coco, noix ngali, bois) et acheteurs internationaux.
La SICCI a contribué à la création du Young Entrepreneurs Council Solomon Islands (YECSI). De plus, des initiatives comme IumiWaka à Honiara offrent aux entrepreneurs un espace de coworking et des formations.
Le Solomon Islands Small Business Enterprise Centre (SISBEC) et ses partenaires, dont Business Link Pacific, offrent des services de renforcement de capacités aux PME : accompagnement pour les demandes de subventions, formations à la gestion, ateliers, coaching. Des subventions ciblées sont disponibles pour l’innovation, la croissance, l’inclusion, l’action climatique ou l’accès au financement.
Plusieurs programmes de bailleurs internationaux soutiennent les entreprises et filières agricoles aux Îles Salomon. Le programme Strongim Bisnis, financé par l’Australie, co-investit dans des entreprises à fort potentiel des secteurs du tourisme, du cacao, du coco, du bois et de l’horticulture, en facilitant leur accès aux marchés et l’amélioration de leurs standards. Le programme PHAMA Plus, financé par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, se concentre sur l’accès aux marchés pour les produits agro-alimentaires comme le cacao et le coco, en renforçant les normes de qualité, la biosécurité et la conformité.
Pour un expatrié, se connecter à ces réseaux dès l’amont est un moyen de : faciliter son intégration, accéder à des informations utiles, développer son réseau professionnel, et soutenir sa vie personnelle dans le nouveau pays.
– comprendre plus vite les pratiques locales ;
– identifier des partenaires fiables ;
– accéder à certaines subventions ou co‑financements ;
– peser davantage dans le dialogue avec les autorités.
Spécificités du numérique et opportunités en ligne
L’arrivée du câble sous‑marin Coral Sea reliant Honiara à Sydney a bouleversé la donne en termes de bande passante, multipliée par un facteur considérable. Des investissements dans les réseaux mobiles 3G/4G ont progressivement couvert une part croissante de la population, même si les zones rurales restent difficiles à desservir.
Le taux d’utilisation d’internet tourne autour de 40 à 45 % de la population et progresse, tandis que la pénétration des réseaux sociaux explose, portée par Facebook en tête, suivi d’Instagram et, dans une moindre mesure, LinkedIn. Les connexions mobiles représentent l’essentiel de l’accès, les abonnements à haut débit fixe étant quasi inexistants.
Le gouvernement a adopté une politique TIC et créé une Digital Transformation Authority. Avec le soutien du PNUD, une évaluation de préparation au numérique a été lancée. Ces actions visent à développer l’e-gouvernement, les paiements digitaux, l’inclusion financière et à créer un environnement favorable aux entreprises numériques.
Le score global de l’économie digitale reste toutefois modeste (autour de 40 %), reflétant des infrastructures encore insuffisantes, une faible innovation locale, un déficit de compétences TIC et l’absence de lois complètes sur les transactions électroniques, la protection des données ou la cybercriminalité. Le niveau d’alphabétisation numérique est jugé faible, même si les compétences de base et la littératie financière sont plus élevées.
Pour un entrepreneur étranger, cela signifie un double visage : il doit à la fois incarner la vision innovante et ambitieuse de son projet pour attirer investisseurs et partenaires, tout en maîtrisant les aspects administratifs, juridiques et culturels souvent complexes du pays d’accueil pour assurer la pérennité de son entreprise.
– d’un côté, des obstacles réglementaires, une adoption encore timide des paiements en ligne (la plupart des clients privilégient le cash ou le paiement à la livraison), des plateformes internationales (Stripe, PayPal) partiellement indisponibles, et une cybersécurité balbutiante ;
– de l’autre, un champ quasi vierge pour créer des services numériques adaptés au contexte local, en travaillant avec les opérateurs télécoms, la banque centrale ou des ONG : solutions de mobile money, plateformes de e‑commerce centrées sur Facebook, applications de gestion pour micro‑entreprises, etc.
Gérer les risques : instabilité, climat, sécurité
Investir aux îles Salomon, ce n’est pas seulement affronter des procédures lentes ou des routes en mauvais état. C’est aussi prendre en compte une série de risques macro et micro.
Le pays sort d’une période tumultueuse marquée par des tensions politiques, des mouvements de protestation parfois violents, et une longue crise sanitaire mondiale. Les autorités ont adopté une stratégie nationale de sécurité pour mieux anticiper ces menaces, mais une certaine volatilité politique subsiste.
La région est fortement exposée aux aléas climatiques (cyclones, inondations, montée des eaux, érosion côtière), qui menacent les infrastructures, les chaînes d’approvisionnement et le tourisme. De plus, la présence de munitions non explosées datant de la Seconde Guerre mondiale dans certaines zones constitue un risque supplémentaire.
En matière de sécurité au quotidien, les risques incluent la petite délinquance, certains crimes violents et des conditions de circulation routière parfois dangereuses. Les entrepreneurs doivent mettre en place des protocoles de sécurité basiques : sécurisation des locaux, assurances, consignes pour les déplacements de nuit, gestion prudente des espèces.
Sur le plan social, le respect des coutumes, des structures communautaires, des chefs traditionnels et des sensibilités religieuses est crucial. Des comportements jugés déplacés dans des communautés rurales ou des manquements au partage des bénéfices promis peuvent rapidement entraîner des tensions, voire bloquer un projet.
Comment aborder concrètement un projet entrepreneurial en tant qu’expatrié ?
En résumé, se lancer aux îles Salomon suppose de conjuguer plusieurs qualités : patience, adaptabilité, solidité financière, volonté d’ancrage local, et un appétit pour un environnement encore imparfaitement structuré mais riche en opportunités.
Une approche pragmatique pourrait se structurer ainsi :
Pour une implantation réussie aux Îles Salomon, il est recommandé de débuter par des séjours exploratoires avec un visa de court séjour afin de rencontrer les acteurs locaux, valider l’idée de projet, visiter des sites potentiels et comprendre les circuits d’import/export ainsi que les réalités du marché. Il est crucial de nouer tôt des liens avec des institutions locales telles que SICCI, SISBEC, Business Link Pacific et InvestSolomons, et éventuellement avec des cabinets juridiques ou comptables. Privilégiez une implantation initiale à Honiara ou près d’un hub logistique (port, aérodrome) avant d’envisager une expansion vers les provinces, plus complexes mais riches en ressources. Évaluez objectivement votre capacité à supporter des coûts d’énergie élevés, des délais logistiques longs et des procédures administratives exigeantes. Intégrez dans votre montage financier un niveau raisonnable de fonds propres, en considérant les prêts locaux comme un complément plutôt que comme le socle du projet. Enfin, anticipez les démarches liées à l’immigration (visas, permis de travail) et ne sous-estimez pas les délais associés.
Les îles Salomon ne sont pas une destination « plug‑and‑play » pour l’entrepreneuriat. Pourtant, pour ceux qui acceptent d’épouser le rythme local, de s’allier avec les communautés, de miser sur les secteurs où l’archipel a un avantage naturel – tourisme de niche, produits agricoles et halieutiques, énergies propres, services adaptés au contexte insulaire – il existe un espace réel pour créer des entreprises solides, alignées avec les besoins du pays et la trajectoire de développement voulue par les autorités.
Créer son entreprise aux îles Salomon, c’est donc aussi choisir un projet de long terme, construit avec et non pas seulement « dans » le pays.
Création d’entreprise aux îles Salomon
Un chef d’entreprise français de 45 ans, expérimenté, avec un patrimoine financier bien structuré en Europe, souhaitait diversifier ses activités en créant une société aux Îles Salomon pour optimiser sa fiscalité internationale et développer une activité de holding ou de services numériques offshore (IT / support back-office pour le tourisme du Pacifique).
Budget alloué : 50000 à 100000 euros, couvrant capital initial, frais de création, conseil local et première année d’exploitation, sans recours au crédit. Après analyse de plusieurs juridictions (Vanuatu, Fidji, Îles Marshall, Îles Salomon), la stratégie retenue a consisté à opter pour une Société à responsabilité limitée locale, forme la plus courante pour les non‑résidents, avec un régime de faible imposition sur les bénéfices réalisés à l’étranger et une grande confidentialité. La mission a inclus : sélection d’un secteur adapté (services IT offshore, intermédiation touristique régionale), vérification du nom et rédaction des statuts en anglais, ouverture de compte dans une banque des Îles Salomon ou partenaire régionale, enregistrement auprès du Company Haus, demande éventuelle de licence spécifique, mise en relation avec un réseau local (avocat, comptable, domiciliation ~2500–4000 €/an) et définition d’une gouvernance combinant gérant français et administrateur local pour garantir conformité et substance économique.
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