S’installer aux îles Salomon, c’est entrer dans l’un des espaces les plus linguistiquement riches de la planète. Officiellement, le pays fonctionne en anglais. Dans la vie quotidienne pourtant, c’est le Pijin – le créole local – qui ouvre toutes les portes, du marché de Honiara aux villages reculés des lagons. Pour un expatrié, apprendre cette langue n’est pas un simple “plus” pratique : c’est la clé de l’intégration sociale, du respect de la kastom (la coutume) et de la compréhension du fameux système du wantok, ce réseau de solidarité fondé sur le partage d’une même langue.
Pour un expatrié, l’apprentissage de la langue locale aux Îles Salomon repose sur des méthodes pratiques et des ressources spécifiques. Il est essentiel de combiner l’utilisation de ressources en ligne avec l’immersion et les échanges sur place pour maîtriser le Pijin, une langue qui s’inscrit dans le contexte linguistique unique de la Mélanésie.
Comprendre le paysage linguistique des îles Salomon
Avant même d’ouvrir un manuel, il est utile de comprendre dans quoi on met les pieds. Les îles Salomon, archipel mélanésien du Pacifique, comptent plus de 70 langues autochtones, parfois limitées à quelques villages ou à une seule île. À l’échelle de la région mélanésienne, on atteint près d’un quart des langues du monde pour une fraction infime de la population mondiale. La diversité linguistique n’y est pas l’exception, mais la norme.
Dans ce contexte, le Pijin joue un rôle pivot. Né des contacts entre travailleurs mélanésiens et colons européens sur les plantations de canne à sucre et de coprah au XIXᵉ siècle (en Australie, à Fidji, au Samoa, en Nouvelle-Calédonie), il s’est imposé comme lingua franca à travers tout le pays. Il est étroitement apparenté au Tok Pisin de Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Bislama du Vanuatu, au point que certains linguistes les considèrent comme des variétés d’un même pidgin mélanésien.
English vs Pijin : qui parle quoi ?
Sur le papier, les îles Salomon ont pour langue officielle l’anglais. Elle est utilisée dans l’administration, la diplomatie, certains établissements scolaires internationaux comme la Woodford International School de Honiara, ou encore dans quelques organisations internationales. Mais dans la rue, dans les marchés, les bus, les villages, c’est le Pijin qui domine largement.
Le Pijin est l’outil de communication essentiel dans un archipel fragmenté en plus de 900 îles.
Pour un expatrié, cette réalité a une conséquence immédiate : se contenter de l’anglais limite fortement les échanges avec la population locale, surtout hors de Honiara. Inversement, quelques mois d’apprentissage sérieux du Pijin suffisent souvent pour créer un climat de confiance, accéder aux réseaux de solidarité du wantok et participer réellement à la vie collective.
Le wantok et la kastom : pourquoi la langue compte autant
Le mot Pijin wantok vient littéralement de “one talk” : ceux qui “parlent pareil”. Il désigne les personnes qui partagent une même langue, mais aussi les liens de parenté, la proximité de village ou de clan. C’est un système d’entraide très puissant : on s’entraide parce qu’on est wantok, parce que l’on se reconnaît socialement et linguistiquement.
Apprendre le Pijin, c’est donc plus que comprendre des phrases : c’est se rapprocher du cercle des wantok locaux, montrer que l’on respecte la kastom, ce terme qui renvoie à l’ensemble des pratiques traditionnelles, valeurs, normes sociales et rituels transmis de génération en génération.
Apprentissage du Pijin et intégration culturelle
Un expatrié qui salue en Pijin, qui connaît les formules de politesse, qui sait manifester correctement le respect aux anciens, envoie un signal fort : il ne vient pas seulement travailler ou investir, il vient partager le quotidien.
Le Pijin en pratique : comment fonctionne la langue ?
Pour maîtriser la langue locale aux îles Salomon, il faut d’abord apprivoiser les grandes lignes du Pijin. Il s’agit d’un créole à base lexicale anglaise, mais profondément remanié par les langues mélanésiennes.
Alphabet, prononciation et adaptation des mots
Le Pijin s’écrit avec une vingtaine de lettres latines (A, B, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, R, S, T, U, V, W, parfois C), selon une orthographe largement phonétique. Les sons complexes de l’anglais sont simplifiés : “th” devient t, d ou s, “sh” et “ch” deviennent souvent s, “-er” final se transforme en -a.
Un expatrié entendra ainsi « teacher » prononcé *tisa*, « mouth » rendu par *maos*, ou encore « business » adapté en *bisinis*. Pour éviter les groupes de consonnes peu naturels dans les langues locales, des voyelles s’insèrent : « work » devient *waka*, « crab » se prononce *krab* ou *krap*.
Cette prononciation repose en grande partie sur des habitudes mélanésiennes : consonnes b, d, g tendent à se nasaliser (mb, nd, ngg) à l’intérieur des mots, et la lettre r est souvent roulée, à la manière des langues romanes.
Une grammaire simple… et subtile
Sur le plan grammatical, le Pijin semble beaucoup plus simple que l’anglais. Les verbes ne se conjuguent pas selon la personne, ne prennent pas d’accord de temps par flexion. Cependant, la langue introduit des nuances peu familières à des francophones ou anglophones.
Les pronoms personnels distinguent par exemple le singulier, le duel, le trial et le pluriel, mais aussi l’inclusif et l’exclusif. Dire mitufala signifie “nous deux, lui/elle et moi, sans toi”, alors que iumitufala signifie “nous deux, toi et moi”. À l’oral, ces distinctions sont essentielles, y compris dans des contextes religieux ou communautaires.
En bichelamar, la particule ‘blong’ est massivement utilisée pour marquer la possession ou l’appartenance (ex: ‘haus blong mi’ pour ‘ma maison’). À l’inverse, ‘long’ sert principalement à situer dans l’espace ou à introduire un complément (ex: ‘long aelan’ pour ‘sur l’île’).
Les verbes transitifs prennent le plus souvent un suffixe en -im, -em ou -m : lavem (aimer), bildim haos (construire une maison), letem iu go (laisser partir). Apprendre à les reconnaître et à les employer spontanément fait partie des premiers objectifs réalistes pour un expatrié.
Premiers mots, premiers échanges
Dès les premières semaines, l’objectif doit être de pouvoir tenir un micro-échange dans la rue, au marché ou au bureau. Quelques formules suffisent à briser la glace :
| Pijin | Français |
|---|---|
| Halo, hao nao iu ? | Bonjour, comment ça va ? |
| Mi oraet, tanggio tumas. Iu hao ? | Ça va bien, merci beaucoup. Et toi ? |
| Nem blo mi… | Je m’appelle… |
| Mi hapi tumas fo mitim iu. | Je suis très heureux de te rencontrer. |
| No wariwari. Hem oraet nomoa. | Pas de souci. Tout va bien. |
| Lukim iu bihaen ! | À plus tard ! |
Pour un expatrié, intégrer ces phrases au quotidien – saluer ses collègues, les vendeurs, les voisins – est un puissant accélérateur d’apprentissage. Chaque interaction devient une mini-leçon contextualisée.
Les grands défis pour un expatrié apprenant aux îles Salomon
Les recherches sur les expatriés montrent que la barrière de la langue figure parmi les premiers chocs culturels, souvent loin devant la météo ou la nourriture. Les îles Salomon ne font pas exception, avec plusieurs couches de difficulté.
Anglais “officiel”, Pijin réel et langues vernaculaires
Un nouvel arrivant peut être tenté de se reposer sur l’anglais, surtout à Honiara et dans certaines structures internationales. En pratique, dès que l’on sort du cercle très urbain ou administratif, le Pijin s’impose, avec en toile de fond une multitude de langues vernaculaires.
On peut très vite se retrouver dans une réunion où les participants basculent de l’anglais technique au Pijin pour discuter des détails, voire à une langue locale pour des échanges entre villageois. Sans au moins une compréhension passive du Pijin, il est difficile de suivre ce qui se joue réellement.
Stress, anxiété et “paralysie linguistique”
Les études sur les expatriés soulignent qu’une majorité d’entre eux “gèlent” lors des conversations importantes dans une langue seconde. Une recherche citée pour 2023 évoque 68 % d’expats qui se retrouvent bloqués au moment de s’exprimer, précisément quand l’enjeu est élevé (santé, scolarité des enfants, négociation de contrat…).
Selon la théorie du ‘filtre affectif’ du linguiste Stephen Krashen, un niveau de stress élevé bloque l’acquisition et l’utilisation spontanée d’une nouvelle langue. Concrètement, cela peut se manifester chez les expatriés qui, bien qu’ils comprennent de mieux en mieux le pijin en situation passive, n’osent pas le parler librement.
Dans un contexte mélanésien où l’on valorise la modestie, l’écoute, et où l’on évite les confrontations directes, la peur de mal dire, de paraître irrespectueux ou de “perdre la face” peut être très forte. Beaucoup préfèrent alors se taire, ou se replier sur un petit cercle anglophone, au risque de s’isoler du reste de la société.
Manque de temps et surcharge mentale
Autre obstacle récurrent : le temps. Entre les demandes administratives (visas, permis de travail, permis de conduire locaux après quatre mois), l’installation (logement, scolarité des enfants à Woodford International School ou ailleurs), l’adaptation au système de santé (infrastructures basiques, nécessité d’une assurance évacuation), peu d’expatriés ont l’impression d’avoir la disponibilité mentale pour “ajouter” un apprentissage intensif de la langue.
La vie quotidienne aux îles Salomon requiert une adaptation significative, notamment en raison de coupures d’électricité régulières, de la nécessité de traiter l’eau potable, des distances importantes entre les îles et de conditions de travail souvent rustiques en dehors de la capitale Honiara.
L’enjeu est donc moins de “trouver du temps pour étudier” que d’intégrer la langue dans une routine réaliste, en micro-sessions et en situation réelle.
Ressources locales : apprendre au contact du terrain
Aux îles Salomon, la ressource la plus puissante pour apprendre la langue reste… les habitants eux-mêmes. Plusieurs dispositifs institutionnels ou associatifs structurent néanmoins cet apprentissage implicite.
Formations Pijin pour volontaires et coopérants
Des organisations comme Volunteer Service Abroad (VSA) proposent, au début des missions de un à deux ans, une formation de base au Pijin. Celle-ci est généralement complétée par des sessions de suivi sur place. Ces programmes ont l’avantage d’être très pratiques, centrés sur la communication de terrain, et de s’inscrire dans un accompagnement plus large (logement, sécurité, santé).
Pour un expatrié qui arrive via une ONG, une mission religieuse ou un projet éducatif, ces formations représentent un tremplin précieux. Elles permettent de poser rapidement les bases : saluer, se présenter, donner et recevoir des instructions simples, demander son chemin, parler de santé ou d’éducation.
Depuis plus de dix ans, le programme d’immersion de l’Australian Catholic University envoie des futurs enseignants du primaire dans des écoles rurales des Îles Salomon. Les étudiants apprennent la langue locale, le Pijin, en situation réelle : ils vivent dans des familles d’accueil, collaborent avec les enseignants locaux et participent à la création de matériel pédagogique bilingue anglais-Pijin. Cette immersion guidée, basée sur un contact continu, des projets concrets et une intégration communautaire, démontre l’efficacité des approches pratiques pour l’apprentissage linguistique et la coopération éducative.
Matériel pédagogique dédié au Pijin
Contrairement à beaucoup de petites langues, le Pijin bénéficie d’une documentation déjà substantielle, souvent développée pour les volontaires, les missionnaires ou les chercheurs.
Plusieurs ouvrages clés ressortent des archives :
| Ressource | Contenu principal | Public visé |
|---|---|---|
| Solomon Islands Pidgin: Culture and Communication Handbook (Huebner & Horoi) | Pijin de survie, situations courantes, infos culturelles Peace Corps, volontaires, expats | |
| Iumi Lanem Pijin. A Basic Course in Solomon Islands Pidgin | Dialogues, notes de grammaire, exercices structurés | Volontaires débutants |
| Dictionnaire trilingue de Pijin (Jourdan, 2002) | Vocabulaire, contextes d’usage, nuances culturelles | Chercheurs, apprenants avancés |
| Grammaire de référence (Beimers, 2009) | Description complète de la morphologie et de la syntaxe | Linguistes, enseignants |
Même si ces documents ne sont pas tous faciles d’accès depuis la France ou le Canada, ils circulent souvent au sein des réseaux de coopération, des universités, des missions religieuses, ou sont consultables via des archives numériques spécialisées (PARADISEC, par exemple).
Pour un expatrié motivé, se procurer au moins un manuel de base comme Iumi Lanem Pijin ou le Culture and Communication Handbook permet de structurer un apprentissage qui, sinon, reste diffus.
Initiatives communautaires pour les langues locales
La question ne se limite pas au Pijin. Des structures comme le Kulu Language Institute, sur l’île de Ranongga, œuvrent à la valorisation et à l’enseignement de langues locales comme le Kubokota ou le Luqa. Leur travail s’inscrit dans une logique de “littératie première langue” : apprendre à lire, écrire et penser dans sa langue maternelle avant de passer à des langues de communication plus larges, qu’il s’agisse du Pijin ou de l’anglais.
Pour les expatriés, l’engagement avec les langues locales est crucial pour comprendre la profondeur culturelle et participer à la vie communautaire.
Les langues vernaculaires comme le Roviana, le ‘Are’are ou le Kwara’ae révèlent la richesse culturelle des communautés, au-delà de la communication basique en Pijin.
Ateliers, événements et festivals offrent des opportunités de pratiquer le Pijin en contexte et de découvrir les langues vernaculaires.
Des événements comme la semaine de la langue Pijin, célébrée fin novembre avec le thème “Protektim langguis an kalsa blong yumi – protéger notre langue et notre culture”, vont dans le même sens. Ils articulent fierté linguistique, performances culturelles et sensibilisation, y compris dans la diaspora salomonaise en Nouvelle-Zélande.
Outils numériques et échanges en ligne : prolonger l’apprentissage
Apprendre la langue locale aux îles Salomon ne se joue pas seulement sur place. Avant même de partir, puis pendant le séjour, un expatrié peut s’appuyer sur une panoplie d’outils numériques.
Applis de langue et plateformes de cours
Pour le Pijin spécifiquement, l’offre en applications reste limitée, mais on trouve déjà :
– Une chaîne YouTube animée par un locuteur salomonais, proposant des leçons de Pijin, avec des vidéos dédiées aux salutations, aux formules de politesse ou aux phrases clés.
– Un livre audio “Learn to Speak Solomon Islands Pijin English”, où un anglophone donne les phrases en anglais et une locutrice salomonaise fournit la version Pijin. Le format audio est particulièrement adapté pour intérioriser les sons et le rythme de la langue, y compris hors connexion.
Pour maintenir ou améliorer leur niveau en langues globales (anglais, allemand, français), de nombreux expatriés aux îles Salomon ont recours à des cours à distance. Des services spécialisés, comme Get French Classes, proposent par exemple des cours de français en ligne accessibles depuis les îles Salomon, utilisant une méthode d’« immersion active » qui combine cours particuliers, classes de groupe et devoirs de production orale et écrite.
Cette logique – mélange de live, de vidéos préenregistrées et de travaux à rendre – est transposable à l’apprentissage du Pijin dès que l’on a accès à un tuteur local. De grandes plateformes de tutorat (iTalki, Preply, Lingoda) ne listent pas toujours de profs de Pijin, mais elles fournissent un modèle de pratique : séances régulières, objectifs par niveau, feedback individualisé.
Échanges linguistiques et communautés d’expats
La logique d’“échange linguistique” est particulièrement pertinente pour le Pijin. Un expatrié peut proposer d’aider un Salomonais à perfectionner son anglais ou son français, en échange de séances de conversation en Pijin. Des sites généralistes d’échange linguistique permettent de trouver des partenaires dans le Pacifique, mais ce sont souvent les communautés locales – associations de femmes entrepreneures comme la Solomon Islands Women in Business Association, clubs sportifs, paroisses, groupes “wantok” – qui servent de relais humain.
Au-delà, les réseaux d’expatriés (forums dédiés aux îles Salomon, groupes régionaux de type InterNations pour la Mélanésie) fonctionnent comme des espaces de partage de bons plans linguistiques : quel tuteur contacter, quel manuel emprunter, quel groupe de conversation fréquenter à Honiara.
La clé est de ne pas rester dans une bulle anglophone ou francophone. Plus tôt l’expatrié se met en situation de dépendre du Pijin – ne serait-ce que pour faire ses courses au marché central de Honiara ou discuter avec les parents d’élèves à l’école – plus vite la langue cesse d’être théorique.
Organiser son apprentissage : méthode et progression réaliste
Au-delà des ressources, la question centrale reste : comment s’y prendre concrètement, en tant qu’expatrié, pour acquérir un bon niveau de Pijin, tout en menant sa vie professionnelle et familiale ?
Miser sur la micro-immersion quotidienne
Les recherches sur l’apprentissage des langues en contexte d’expatriation montrent que les approches “tout ou rien” (gros manuel, longues séances de grammaire) tiennent rarement dans la durée. Ce qui fonctionne aux îles Salomon, comme ailleurs, ce sont les micro-moments répétés, intégrés au quotidien.
Plutôt que de viser deux heures de Pijin le soir (qui finiront souvent par sauter), il est plus efficace de multiplier les occasions de 10 à 15 minutes :
– saluer en Pijin à chaque interaction, au travail comme dans la rue ;
– poser systématiquement une question simple en Pijin (où, quand, combien, qui) dans les contextes récurrents (taxi, marché, restaurant) ;
– reformuler une phrase entendue, en la répétant à voix basse ou en la notant dans un carnet ;
– se fixer un objectif de “trois nouvelles expressions par jour”, ancrées dans des situations vécues.
Ce mode d’apprentissage utilise l’environnement extérieur comme salle de classe, sans nécessiter un investissement de temps supplémentaire important.
Structurer un minimum avec un manuel ou un cours
Pour ne pas rester au stade du “Pijin de survie”, il est utile d’ajouter une structure minimale :
– un manuel ou une ressource de base (comme Iumi Lanem Pijin ou le Culture and Communication Handbook) ;
– une séance hebdomadaire plus formelle (30 à 60 minutes) avec un tuteur ou un partenaire linguistique, pour travailler la grammaire implicite, les pronoms inclusifs/exclusifs, les verbes transitifs, les marqueurs aspectuels ;
– une révision régulée du vocabulaire, par cartes mémoire papier ou appli équivalente (même si le Pijin n’est pas directement intégré, on peut détourner des outils existants).
L’idée n’est pas de transformer l’expatrié en linguiste, mais de lui donner assez de conscience de la langue pour éviter les fossilisations d’erreurs majeures et gagner en fluidité.
Un exemple de progression possible sur six mois pourrait ressembler à ceci :
| Période | Objectifs principaux en Pijin |
|---|---|
| 1ᵉʳ mois | Salutations, présentation, chiffres, temps simple, demandes basiques |
| 2ᵉ–3ᵉ mois | Décrire des activités quotidiennes, parler de la famille, du travail, des besoins pratiques (santé, logement) |
| 4ᵉ mois | Suivre et participer à des réunions simples, comprendre l’essentiel des annonces et prêches, raconter un événement passé |
| 5ᵉ–6ᵉ mois | Négocier, exprimer un désaccord avec tact, parler de projets, comprendre la plupart des conversations de travail et de village |
Cette progression suppose un environnement riche en input et une certaine discipline, mais elle est réaliste pour beaucoup d’expatriés.
Gérer l’anxiété et accepter l’erreur
Trop souvent, les expatriés se jugent sévèrement sur leur performance linguistique, surtout s’ils sont déjà hautement qualifiés dans leur domaine professionnel. Or les travaux de psychologues interculturels soulignent qu’accepter une phase de “compétence réduite” dans la langue est crucial pour ne pas bloquer.
Concrètement, cela signifie :
– se donner le droit de parler un Pijin imparfait, tant que le message passe ;
– signaler explicitement son statut d’apprenant (Mi no save tok Pijin gud tumas, bat mi traem – “Je ne parle pas très bien, mais j’essaie”) : les Salomonais réagissent en général avec bienveillance ;
– utiliser l’humour pour désamorcer les malentendus, tout en s’excusant vite en cas de gaffe culturelle ;
– se rappeler que l’objectif n’est pas la perfection mais la connexion humaine.
Là où les politiques éducatives hésitent parfois à donner une place officielle au Pijin, de peur qu’il “bloque” l’anglais, les études menées dans la région montrent au contraire que l’usage de pidgins comme langue d’alphabétisation initiale n’entrave pas, à terme, l’apprentissage de l’anglais. Pour l’expatrié, investir dans le Pijin ne compromet donc pas sa capacité à fonctionner en anglais, au contraire.
Aller au-delà du Pijin : langues vernaculaires, identité et respect
Le Pijin, en tant que lingua franca, ouvre déjà beaucoup de portes. Mais dans certains contextes, faire l’effort de saisir quelques mots d’une langue locale – Roviana, Kwara’ae, ‘Are’are, ou autre – peut produire un effet symbolique très fort.
Dans des villages de Santa Isabel ou de Malaita, où l’on parle jusqu’à huit langues différentes dans un même espace, connaître ne serait-ce qu’un mot de salutation ou de remerciement dans la langue du lieu signale un respect particulier pour l’identité des habitants. On touche alors à la dimension la plus intime de la kastom.
Les projets de documentation linguistique, comme ceux de l’archive PARADISEC ou des centres de recherche australiens, enregistrent des récits, chants et prières dans des langues menacées. Ils révèlent le lien étroit entre langue et connaissances traditionnelles sur l’environnement : plantes médicinales, noms d’espèces d’oiseaux, techniques de pêche et cosmologies. La disparition de ces langues au profit du Pijin entraîne l’érosion de ces savoirs.
Pour un expatrié sensible aux enjeux culturels, s’intéresser aux langues vernaculaires – même sans les apprendre pleinement – permet de comprendre les enjeux de pouvoir et de mémoire qui entourent la question linguistique aux îles Salomon. On voit alors le Pijin non pas comme une couche neutre, mais comme une langue qui, tout en unifiant, peut aussi supplanter des idiomes plus anciens.
Apprendre la langue locale, une condition d’intégration durable
Vivre et travailler aux îles Salomon implique bien plus qu’un changement de décor tropical. C’est accepter d’entrer dans un univers où la langue structure les solidarités, l’autorité, les échanges économiques et religieux.
Se contenter de l’anglais revient souvent à rester à la surface des choses, cantonné aux institutions formelles, aux hôtels de Honiara, aux discussions techniques. Le Pijin, lui, donne accès aux plaisanteries, aux récits de guerre, aux débats villageois, aux tensions comme aux solidarités du wantok.
Dans un pays où des associations comme la Solomon Islands Women in Business Association soutiennent des entrepreneures locales, où des festivals célèbrent la musique de panpipes d’Are Are ou les lagons de Roviana, où la monnaie traditionnelle en coquillage circule encore dans certains échanges, la langue reste le fil conducteur.
Pour l’expatrié, apprendre le Pijin – et, dans la mesure du possible, quelques éléments de langues vernaculaires – n’est donc pas un luxe, mais une condition pour “faire partie du paysage” plutôt que de simplement le traverser. C’est aussi une contribution modeste mais réelle aux efforts locaux pour “protektim langguis an kalsa blong yumi”, protéger la langue et la culture qui font des îles Salomon un archipel à nul autre pareil.
Un retraité de 62 ans, disposant d’un patrimoine financier supérieur à un million d’euros, bien structuré en Europe, souhaite changer de résidence fiscale vers les Îles Salomon pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Émirats, Maurice, Panama, Îles Salomon), la stratégie retenue vise ce pays pour sa fiscalité peu élevée, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie modéré et la possibilité de structurer des revenus financiers via des sociétés locales ou offshore sous conventions fiscales favorables. La mission comprend : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, report d’imposition), obtention de la résidence (visa long séjour, permis de résidence), couverture santé internationale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, comptable anglophone) et intégration patrimoniale globale.
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