Gestion financière à l’international : comment organiser ses services bancaires quand on s’expatrie en Équateur

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’expatrier implique presque toujours de reconstruire une partie de sa vie financière. En Equateur, cette réorganisation prend une dimension particulière, parce que le pays est dollarisé, que le système bancaire est très local dans son fonctionnement et que les règles – parfois tatillonnes – surprennent beaucoup de nouveaux arrivants. Pourtant, une fois ces spécificités comprises, il est possible de bâtir une gestion financière solide, efficace au quotidien et relativement attractive pour l’épargne à moyen terme.

Bon à savoir :

Cet article couvre les services essentiels pour les expatriés, incluant l’ouverture d’un compte courant, les transferts internationaux, les opportunités d’investissement comme les certificats de dépôt, et les aspects liés à la sécurité bancaire.

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Un environnement bancaire dollarisé, entre stabilité monétaire et lourdeurs locales

L’une des premières surprises des nouveaux arrivants est de découvrir que l’Equateur n’a plus sa propre monnaie. Depuis janvier 2000, le pays utilise officiellement le dollar américain (USD), adopté après une crise bancaire et monétaire majeure à la fin des années 1990. Le sucre a disparu, remplacé par le billet vert au taux fixe de 25 000 sucres pour 1 dollar lors de la conversion.

Astuce :

Pour un expatrié, la dollarisation d’un pays élimine les risques monétaires tels que les dévaluations brutales ou les contrôles de change stricts (à l’image du franc CFA ou du peso argentin). Les revenus en dollars ne sont pas soumis aux fluctuations de change ni aux frais de conversion. Au quotidien, toutes les transactions, y compris le paiement des factures et des loyers, les dépôts bancaires et les retraits d’espèces, s’effectuent directement en dollars américains (USD), simplifiant ainsi la gestion financière.

Ce choix a eu des effets spectaculaires sur la stabilité des prix. Après l’hyperinflation de la fin des années 90, l’inflation annuelle est redescendue à des niveaux un chiffre. Les taux d’intérêt bancaires, qui dépassaient 80 % à court terme au plus fort de la crise, ont fortement chuté. Sur le long terme, le PIB et le PIB par habitant ont progressé plus rapidement qu’avant la dollarisation.

Attention :

En adoptant le dollar, l’Équateur a perdu sa politique monétaire autonome. Sa banque centrale ne peut plus émettre de monnaie ni agir pleinement comme prêteur en dernier ressort, le rendant dépendant des décisions de la Fed et vulnérable aux chocs extérieurs comme les prix du pétrole. Cette fragilité alimente la méfiance envers le secteur bancaire et justifie le contrôle des capitaux par les autorités.

Pour l’usager, cela se traduit par un système à la fois moderne (applications mobiles, transferts instantanés, forte inclusion bancaire) et étonnamment bureaucratique : longues files en agence, formulaires papier, exigences documentaires lourdes et curiosité marquée pour l’origine des fonds, dans un contexte de lutte officielle contre le blanchiment et le narcotrafic.

Pourquoi ouvrir un compte bancaire local quand on s’expatrie en Equateur

Beaucoup d’expatriés arrivent avec l’idée de tout gérer depuis leur banque d’origine et une carte internationale. Sur le court terme, cela peut fonctionner. Mais dès que l’on s’installe vraiment, ouvrir un compte local devient presque indispensable.

La première raison est l’accès au système national de transferts interbancaires, la fameuse transferencia. Ce réseau relie la quasi-totalité des banques et coopératives du pays et permet d’envoyer de l’argent instantanément d’un compte à un autre, en vérifiant le nom du destinataire avant de valider l’opération. Dans la pratique, ce mécanisme a remplacé le chèque et sert de colonne vertébrale aux paiements du quotidien : loyer, facture d’électricité, d’internet, frais de copropriété, honoraires de médecin, scolarité, etc.

Bon à savoir :

De nombreuses entreprises en Équateur (opérateurs télécoms, syndics de copropriétés, certains commerces) n’acceptent que les cartes ou comptes bancaires locaux. Les cartes Visa ou Mastercard étrangères peuvent être utilisées dans les grandes surfaces ou pour des services en ligne internationaux, mais sont souvent inutilisables pour les paiements facturés localement.

Une troisième motivation, plus patrimoniale, tient aux produits d’épargne. Les certificats de dépôt (CD, ou depósitos a plazo fijo) offrent traditionnellement des rendements largement supérieurs à ceux des banques américaines. Entre 2010 et 2024, l’écart moyen sur les taux de CD a souvent tourné autour de 3 à 5 points de pourcentage. Même si cet avantage s’est réduit à 2–3 points en 2025, les taux restent attractifs – généralement entre 5 et 6 % – dans un environnement dollarisé, en particulier pour des montants importants et des durées supérieures à un an.

Bon à savoir :

Détenir un compte bancaire local est souvent une condition requise pour de nombreuses démarches officielles, telles que l’obtention d’une carte de résident, le dépôt de garanties locatives, le paiement de frais gouvernementaux, la justification de ressources régulières ou, dans certains cas, la constitution d’un dossier de crédit.

Un avantage très concret : la gestion des dépenses locales

Dans la vie quotidienne, un compte équatorien simplifie réellement la logistique financière. Plutôt que de retirer régulièrement des espèces à un distributeur avec une carte étrangère – en payant des frais à chaque opération et en restant limité par les plafonds – il devient possible de mettre en place une routine de paiements par transferencia ou prélèvements depuis l’application bancaire.

Le tableau ci-dessous illustre quelques postes de dépenses courants et l’intérêt d’un compte local :

Type de dépenseSans compte local (carte étrangère / cash)Avec compte équatorien
LoyerPaiements en espèces ou transferts internationaux coûteuxVirement local instantané par transferencia
Électricité, eau, internetPaiement en espèces dans des points physiquesPaiement en ligne ou prélèvement bancaire
Frais de copropriété (HOA)Souvent impossible par carte étrangèreTransfert vers le compte du syndic
Services médicaux privésCash ou carte internationale (pas toujours acceptée)Virement ou paiement par QR code bancaire
Abonnements locaux (télécom, streaming)Paiement manuel ou impossible sans carte localeCarte de débit/ crédit équatorienne

Comprendre les principales banques et coopératives disponibles

Le paysage bancaire équatorien est dominé par quelques grands acteurs privés, complétés par un réseau dense de coopératives d’épargne et de crédit (cooperativas). Pour un expatrié, la plupart des démarches passent par les grandes banques commerciales, davantage habituées aux clients étrangers.

Parmi elles, plusieurs institutions reviennent constamment dans les témoignages et les statistiques officielles.

Les grandes banques commerciales

Banco Pichincha est la plus grande banque du pays, avec près de 19,5 milliards de dollars d’actifs fin 2024. Elle dispose d’un réseau très étendu sur le territoire et même à l’international, avec une filiale à Miami et des implantations au Pérou et au Panama. Pour les expatriés, son intérêt tient autant à cette taille critique qu’à quelques fonctionnalités spécifiques : retraits aux distributeurs sans carte via un code généré par l’application, possibilité (limitée) de charger un compte équatorien à partir d’une carte de débit américaine jusqu’à 2 500 dollars, et intégration poussée au système de transferencia.

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Frais minimum pour un retrait par carte internationale chez Banco Guayaquil, avant taxes.

Banco del Pacífico est un autre acteur clé, utilisé notamment par plusieurs ministères pour percevoir leurs frais (immigration, éducation, etc.). Ouvrir un compte ou au moins se familiariser avec ses canaux de paiement peut donc faciliter les relations administratives.

Produbanco, Banco Internacional, Banco Bolivariano ou Banco del Austro complètent ce paysage. Produbanco s’est fait remarquer par des espaces de type « co-working » dans certaines agences, inspirés de concepts comme les « Work Cafés » de Santander. Banco del Austro, très présent à Cuenca, a même lancé une carte de crédit spécifiquement pensée pour les expatriés.

Le rôle des coopératives d’épargne et de crédit

Au côté des banques, le secteur coopératif (cooperativas) est extrêmement actif. Il existe près de 400 entités de ce type, totalisant plus de 27 milliards de dollars d’actifs fin 2024. Certaines sont de taille comparable à des banques moyennes et jouissent d’une bonne réputation.

Bon à savoir :

La Cooperativa JEP, basée à Cuenca, est la plus grande coopérative d’Équateur et l’une des plus importantes d’Amérique latine. Elle attire particulièrement les résidents étrangers et retraités grâce à ses taux attractifs sur les dépôts à terme et son réseau étendu dans la région andine du sud.

Cooperativa Andalucía est également réputée pour ses bons rendements sur les certificats de dépôt. D’autres, comme Cooperativa Policía Nacional ou Jardín Azuayo, complètent l’offre selon les régions.

Pour un expatrié, les coopératives présentent deux particularités importantes :

leurs exigences à l’ouverture peuvent parfois être plus souples que celles des grandes banques, surtout pour les résidents déjà installés ;

– mais leur assurance-dépôts est souvent plus faible et plus hétérogène, avec des plafonds de couverture parfois très inférieurs à ceux des banques privées.

L’assurance-dépôts COSEDE : un filet de sécurité limité

La couverture des dépôts est assurée en Equateur par COSEDE, l’équivalent local de la FDIC américaine. Le plafond de garantie dépend de l’institution. Les principales banques privées – Banco Pichincha, Banco Guayaquil – et les plus grandes coopératives comme JEP ou Andalucía offrent un maximum de 32 000 dollars par déposant et par établissement.

Bon à savoir :

La garantie des dépôts, souvent limitée à 1 000 ou 5 000 $ dans les petites coopératives, s’applique par déposant et non par compte. Un compte joint ne double pas ce plafond, et multiplier les comptes dans une même institution n’augmente pas la couverture. Pour protéger des sommes supérieures à 32 000 $, il est nécessaire de répartir les fonds entre plusieurs établissements et, le cas échéant, d’ouvrir des comptes où l’on est titulaire principal.

La solidité de ce mécanisme d’assurance fait l’objet de débats, dans un pays marqué par les déficits budgétaires chroniques, les épisodes de crise énergétique et le souvenir très vif de l’effondrement bancaire de 1999. Cette incertitude incite beaucoup d’expatriés à ne pas concentrer l’essentiel de leur patrimoine en Equateur, mais plutôt à n’y garder que les liquidités nécessaires au quotidien et à moyen terme.

Le tableau suivant donne un aperçu simplifié de la couverture assurantielle selon le type d’établissement :

Type d’institutionCouverture typique COSEDE par déposant
Grandes banques privées (Pichincha, etc.)32 000 USD
Grandes coopératives (JEP, Andalucía)32 000 USD
Petites coopératives locales1 000 à 5 000 USD

Ouvrir un compte bancaire : procédures, documents et obstacles fréquents

L’une des réalités qu’il vaut mieux accepter dès le départ : ouvrir un compte bancaire en Equateur n’est ni rapide ni transparent. Le processus est fortement bureaucratisé et peut varier considérablement d’une banque à l’autre – voire d’une agence à l’autre d’une même enseigne.

Dans la plupart des cas, l’ouverture se fait exclusivement en personne, au guichet, avec plusieurs formulaires à signer. Deux heures sur place ne sont pas rares, et il n’est pas exceptionnel de devoir revenir une deuxième fois avec des documents supplémentaires. Certains clients rapportent même avoir dû patienter plusieurs semaines avant la validation définitive de leur compte, malgré une première acceptation en agence.

Les documents généralement exigés

Les exigences précises diffèrent, mais un noyau dur de justificatifs revient presque systématiquement :

Exemple :

Pour ouvrir un compte bancaire en Équateur, un étranger doit généralement fournir : un passeport valide ; une preuve d’adresse locale (comme une facture de services publics) correspondant à son lieu de résidence ; un statut légal (visa, carte de résident ou empadronamiento) – certaines grandes banques acceptent un simple passeport, mais les coopératives exigent souvent une cédula équatorienne ; des preuves de revenus ou de patrimoine, potentiellement traduites en espagnol ; des références locales (généralement deux contacts équatoriens avec coordonnées complètes, parfois avec des lettres de recommandation et un numéro de téléphone fixe) ; et pour les citoyens américains, un formulaire W‑9 ainsi que les formulaires FATCA ou CRS.

Il est courant que la banque pose des questions détaillées sur le patrimoine global (patrimonial), la source des fonds (salaires, héritage, vente d’actifs, etc.) et le volume prévisionnel des entrées et sorties sur le compte. Le ton peut paraître intrusif comparé aux standards nord-américains ou européens, mais s’inscrit dans un contexte de contrôle strict du blanchiment.

Résident ou non-résident : une différence déterminante

Disposer d’une cédula de résident simplifie considérablement les choses. De nombreuses banques et la quasi-totalité des coopératives préfèrent – ou exigent – que le demandeur soit résident officiel. Les étrangers uniquement munis d’un visa de tourisme peuvent parfois ouvrir un compte dans une grande banque comme Banco Pichincha ou Banco Guayaquil, mais ils s’exposent à des restrictions et à des demandes de justificatifs renforcées.

A réussi à ouvrir un compte chez Banco Pichincha en une demi-heure avec un simple récit verbal de revenus locatifs à l’étranger, tout en se voyant refuser l’ouverture chez Produbanco le jour même faute de revenus « générés en Equateur ».

Un expatrié

Langue et culture bancaire : pourquoi venir accompagné

Autre élément à anticiper : la quasi-totalité des démarches se font en espagnol. Certaines agences, notamment dans les villes à forte communauté étrangère comme Cuenca ou Quito, disposent de personnels qui parlent un peu anglais, mais ce n’est pas garanti. Compte tenu de la quantité de formulaires à signer et de la complexité de certaines clauses (notamment fiscales et réglementaires), venir avec un traducteur ou un ami hispanophone est souvent une bonne idée, surtout pour la première ouverture de compte.

De plus, le style de service peut surprendre un expatrié habitué à des banques très orientées « client ». Il n’est pas rare que les informations fournies verbalement soient incomplètes ou contradictoires d’une visite à l’autre. Des exigences nouvelles peuvent apparaître en cours de route, ou les conditions d’utilisation évoluer sans communication très claire. Mieux vaut considérer cette phase comme un investissement en temps, plutôt que de chercher absolument à la rationaliser.

Gérer ses comptes au quotidien : l’ère de la transferencia et des applis bancaires

Une fois le compte ouvert, la véritable valeur ajoutée d’un établissement local se révèle dans ses services de paiements domestiques. Au cœur de ce dispositif, on trouve le système de transferencia, une infrastructure interbancaire qui relie pratiquement toutes les banques et coopératives du pays.

Concrètement, depuis son application bancaire ou son espace en ligne, l’usager saisit le numéro de compte de son destinataire, choisit la banque, et voit le nom du titulaire apparaître pour validation. Le transfert est alors envoyé en temps réel ou quasi-réel, avec notification immédiate des deux côtés. Les commerçants, les professionnels libéraux, les propriétaires bailleurs affichent souvent, à côté de leurs coordonnées, un QR code ou un numéro de compte pour recevoir les paiements de cette manière.

Bon à savoir :

Les virements entre comptes d’une même banque sont généralement gratuits. En revanche, les virements vers une autre banque (interbancaires) entraînent habituellement un faible coût fixe, souvent autour de 1 dollar ou moins. Cette tarification rend économique la division des paiements pour de nombreuses situations, comme le règlement de plusieurs petites factures, le partage d’une addition au restaurant ou le paiement d’un prestataire.

L’ombre au tableau : fiabilité des systèmes en ligne

Si la diffusion des solutions numériques est large – plus de 60 % des adultes utilisent des services de paiement mobile, contre 38 % à peine cinq ans plus tôt – la fiabilité n’est pas toujours au rendez-vous. Les applications mobiles comme les plateformes web des banques équatoriennes souffrent encore de pannes répétées, de maintenances non annoncées et de bugs occasionnels. Il arrive qu’un paiement reste en suspens plusieurs heures ou qu’un service gouvernemental connecté au système bancaire tombe en rade au moment crucial.

Ce manque de robustesse implique de conserver quelques réflexes « analogiques » : vérifier que la transaction est bien passée, garder des captures d’écran de confirmation, prévoir un plan B (espèces, autre banque, report de l’opération) pour les paiements critiques comme les frais de visa ou certaines amendes. Cela explique aussi que les agences physiques restent très fréquentées, avec des files d’attente notables notamment à l’heure du déjeuner, en fin d’après-midi et en fin de mois.

Cartes bancaires, retraits et coûts

Les banques équatoriennes émettent des cartes de débit Visa ou Mastercard, mais leur délivrance n’est pas gratuite : il faut compter en général entre 5 et 8 dollars pour obtenir sa carte. Les cartes de crédit existent également, avec des critères d’octroi plus stricts, entre autres parce que l’historique de crédit est essentiellement local.

3.50

Frais minimum facturé par Banco Guayaquil pour un retrait international en Équateur.

Globalement, il est plus rationnel, pour un résident à moyen ou long terme, de transférer régulièrement des sommes significatives sur son compte équatorien (par virement international ou via des services spécialisés) et d’utiliser ensuite la carte locale et la transferencia pour les dépenses du quotidien.

Transferts internationaux : faire entrer et sortir des fonds d’Equateur

La circulation de l’argent ne se joue pas uniquement à l’intérieur du pays. Une bonne stratégie de gestion financière à l’international suppose de maîtriser les différents canaux pour alimenter son compte équatorien depuis l’étranger, et inversement.

Faire venir de l’argent en Equateur

Plusieurs options sont disponibles pour recevoir des fonds :

le virement bancaire international classique, qui reste la voie la plus institutionnelle mais coûteuse, avec des frais de banque émettrice, de banque correspondante et de banque réceptrice ;

les services spécialisés de transfert comme Wise, Remitly, Ria, Western Union, Xoom ou d’autres, qui utilisent le réseau bancaire local pour livrer les dollars sur le compte destinataire ou en espèces ;

– des dispositifs spécifiques proposés par certaines banques équatoriennes, comme la possibilité chez Banco Pichincha de déposer des fonds à partir d’une carte de débit américaine (jusqu’à 2 500 dollars) via son site.

Exemple :

Un transfert de 2 000 dollars vers un compte Banco Pichincha via Wise a occasionné des frais d’environ 18 dollars dans un cas documenté. D’autres prestataires utilisent des modèles combinant commission fixe et pourcentage, avec des écarts de coût notables entre les options de transfert « express » et « économiques », illustrant ainsi les fortes disparités de prix sur le marché.

Le tableau ci-dessous illustre, à titre indicatif, quelques fourchettes de coûts observées pour des transferts entrants vers l’Equateur (montants typiques, les chiffres exacts dépendant de la date, du moyen de paiement et du prestataire) :

Méthode de transfertExemple de coût ou structure tarifaire observée
Wise – virement bancaireEnviron 9 USD pour 1 000 USD, ±18 USD pour 2 000 USD
Wise – carte de débit / créditFrais beaucoup plus élevés (jusqu’à plusieurs dizaines)
Service spécialisé (type Remitly, Ria…)Combinaison % du montant + frais fixe (3–5 USD)
Virement bancaire international classiqueFrais cumulés variables, souvent > 30–40 USD

Les néobanques internationales comme Wise, Revolut ou Payoneer jouent un rôle croissant pour les expatriés et travailleurs à distance. Elles offrent des comptes multi-devises, des cartes de débit internationales et des taux de change compétitifs. Mais une nuance importante pour l’Equateur : même si ces services sont très utiles pour recevoir des revenus à l’étranger et payer en ligne, ils ne permettent pas de régler directement les factures locales qui exigent un compte ou une carte équatorienne. Ils restent donc complémentaires plutôt que substituts à un compte local.

Faire sortir de l’argent d’Equateur : la contrainte de la taxe de sortie

Le mouvement inverse – envoyer de l’argent hors du pays – est, lui, plus délicat et plus coûteux. L’Equateur impose en effet une taxe dite d’« impôt à la sortie de devises » (Impuesto a la Salida de Divisas, ISD), fixée à 5 % sur les montants transférés à l’étranger.

Attention :

Cette taxe équatorienne s’applique aux transferts internationaux et paiements à l’étranger via le système bancaire local, en plus des frais bancaires. Initialement prévue pour suppression en 2025, elle est finalement maintenue par le gouvernement actuel de Daniel Noboa pour financer la lutte contre les gangs de trafic de drogue.

En pratique, cela signifie que pour chaque 1 000 dollars transférés hors d’Equateur, 50 dollars partent en ISD, auxquels s’ajoutent les commissions bancaires. De nombreux expatriés choisissent donc de limiter au maximum les transferts sortants depuis leurs comptes équatoriens, en gardant par exemple leurs revenus (pension, salaire, investissements) sur des comptes étrangers et en ne faisant entrer que les sommes nécessaires à leur vie locale.

Épargner et investir localement : les certificats de dépôt (CD) comme outil-clé

Pour ceux qui acceptent de placer une partie de leurs actifs en Equateur, les certificats de dépôt occupent une place centrale. Ces depósitos a plazo fijo offrent des taux d’intérêt supérieurs à ceux des comptes d’épargne classiques, avec des niveaux historiquement plus élevés qu’aux Etats-Unis pour des profils de risque équivalents.

Niveaux de taux et évolution récente

Entre 2010 et 2024, l’écart de rémunération entre un CD équatorien et un CD américain de maturité comparable a souvent varié entre 3 et 5 points de pourcentage. Ainsi, lorsque des certificats de dépôt nord-américains rapportaient 5 %, il n’était pas rare de voir des offres en Equateur autour de 8,5–9,5 %, surtout dans des établissements de taille moyenne ou des coopératives.

Un cas décrit pour début 2024 mentionne, pour un CD de deux ans :

un taux de 8,8 % offert par une grande banque,

un taux de 9,6 % proposé par une banque plus petite.

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La marge des taux des CD équatoriens par rapport aux taux américains en 2025.

Le tableau suivant donne une idée des ordres de grandeur observés sur le marché :

Année / périodeTaux CD Equateur (2 ans, exemples)Taux CD US (ordre de grandeur)Écart approximatif
Début 20248,8 % – 9,6 %≈ 5 %+3,5 à +4,5 pts
Année 2025 (tendance)5 % – 6 %≈ 3 % – 4 %+2 à +3 pts

Fiscalité et rigidité des dépôts à terme

Les CD présentent aussi deux caractéristiques réglementaires importantes pour les résidents :

Astuce :

En 2024, les dépôts à terme d’une durée supérieure à six mois bénéficiaient d’une exonération d’impôt sur le revenu équatorien, améliorant ainsi leur rendement net pour les contribuables locaux. Cependant, il est crucial de noter que la plupart des banques équatoriennes n’autorisent aucun retrait anticipé avant l’échéance du terme. Contrairement aux pratiques courantes dans les banques américaines, qui appliquent généralement une pénalité sur les intérêts en cas de retrait anticipé d’un certificat de dépôt (CD), les établissements équatoriens maintiennent ces produits strictement bloqués jusqu’à la date d’échéance convenue.

L’investisseur doit donc considérer un CD local comme une immobilisation ferme pour la durée contractuelle. Choisir une maturité trop longue peut poser problème en cas de besoin de liquidités non anticipé, et il peut être judicieux d’échelonner plusieurs CD (laddering) pour lisser la disponibilité des fonds.

Compte tenu du plafond d’assurance-dépôts relativement bas (32 000 dollars par établissement), une stratégie prudente consiste à :

répartir les montants sur plusieurs banques ou coopératives solides ;

– ne pas dépasser le plafond garanti par institution pour les sommes absolument sensibles ;

garder une part significative de son patrimoine sur des marchés et des banques d’autres pays.

Sécurité, fraude et bonnes pratiques pour les expatriés

Comme dans beaucoup de pays émergents ou en développement, la sécurité bancaire en Equateur mélange des infrastructures modernes et des risques très concrets. Les autorités de supervision – Superintendencia de Bancos pour les banques, Superintendencia de Economía Popular y Solidaria pour les coopératives, et COSEDE pour la garantie des dépôts – encadrent le secteur, mais la vigilance personnelle reste essentielle.

Les principales menaces identifiées sont le skimming de cartes aux distributeurs, les tentatives de phishing par SMS ou e‑mail, ainsi que les arnaques liées à de faux sites ou applications imitant les interfaces bancaires.

Quelques réflexes simples s’imposent :

Astuce :

Pour protéger vos comptes, privilégiez les distributeurs automatiques situés à l’intérieur des agences bancaires plutôt que ceux dans la rue. Surveillez systématiquement le montant et les détails de chaque transaction via vos relevés ou l’application mobile. Ne communiquez jamais vos identifiants bancaires, codes SMS ou mots de passe, même si l’interlocuteur prétend être votre banque ou le fisc. Enfin, utilisez des mots de passe robustes et activez l’authentification à deux facteurs dès que possible.

Dans les agences, l’usage du téléphone portable est souvent interdit pour des raisons de sécurité. Les banques emploient des agents armés à l’entrée et, en cas de transport de sommes importantes, il est même possible de demander une escorte policière gratuite en appelant le 911. Une mesure surprenante pour un expatrié, mais révélatrice des risques de vols ciblés à la sortie des guichets.

Astuce :

Au-delà des aspects criminels, il est recommandé de ne pas faire de l’Équateur votre unique base bancaire. Les crises énergétiques, les tensions politiques et le souvenir de l’effondrement bancaire des années 90 justifient une diversification géographique des comptes et investissements. En pratique, de nombreux expatriés conservent leurs comptes dans leur pays d’origine, ouvrent des comptes dans des centres financiers internationaux (Panama, États-Unis, Europe, Asie) et utilisent l’Équateur comme plateforme de gestion courante, et non comme coffre-fort principal.

Rôle des fintechs et des solutions numériques dans la gestion financière des expatriés

Le secteur financier équatorien connaît depuis quelques années une véritable poussée des fintechs, encouragée par un cadre réglementaire plus ouvert. Une loi spécifique adoptée en 2023 a mis en place un « bac à sable » réglementaire pour tester de nouveaux modèles, et plus de soixante startups opèrent aujourd’hui dans la sphère des paiements, des portefeuilles électroniques, du crédit en ligne ou de la gestion d’entreprise.

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Plus de 60 % des adultes utilisent désormais au moins un service de paiement mobile en Équateur, contre 38 % en 2019.

Pour les expatriés, ces solutions peuvent s’intégrer à la gestion quotidienne, mais requièrent toujours un compte équatorien sous-jacent. Les plateformes internationales comme Wise ou Revolut restent pour leur part centrées sur les transferts et dépenses internationaux, sans accès direct au réseau de facturation local.

Une nuance importante : certains prestataires numériques proposent d’ouvrir à distance des comptes en dollars auprès de banques américaines ou d’institutions off-shore, accessibles aux résidents d’Equateur. Ces produits demandent en général un passeport équatorien, une adresse locale et des procédures KYC assez strictes. Ils peuvent intéresser les Equatoriens eux-mêmes ou les binationales, moins directement les expatriés étrangers.

Panorama des principaux défis bancaires pour un expatrié en Equateur

Malgré les atouts de la dollarisation et des rendements sur dépôts, l’environnement bancaire équatorien présente une série de contraintes qu’il est préférable d’anticiper avant l’installation.

Parmi les plus saillantes :

Attention :

Le système bancaire local présente plusieurs difficultés : une infrastructure numérique fragile avec des pannes et des lenteurs, une bureaucratie lourde pour l’ouverture de compte, une taxe ISD de 5% sur les transferts sortants, des plafonds d’assurance-dépôts faibles, des délais d’attente en agence, ainsi que des cartes bancaires payantes et des frais élevés pour les retraits avec cartes étrangères.

Pour autant, ces désagréments n’empêchent pas de bâtir une gestion financière efficace. Ils imposent simplement quelques principes structurants.

Construire une stratégie bancaire cohérente en tant qu’expatrié

Face à ce tableau contrasté, la plupart des expatriés qui réussissent leur installation en Equateur adoptent une approche en plusieurs couches, combinant :

un ou deux comptes locaux pour les besoins de la vie quotidienne, les paiements de factures, les transferts nationaux et éventuellement l’épargne à moyen terme via des CD ;

– un ou plusieurs comptes dans d’autres pays (souvent le pays d’origine) pour la réception de revenus internationaux, la conservation de l’essentiel de leur patrimoine et la gestion d’investissements globaux ;

– des solutions numériques internationales (Wise, Payoneer, néobanques) pour optimiser les transferts de fonds, réduire les frais de change et faciliter les dépenses lors de voyages.

Concrètement, une journée financière type d’un expatrié installé pourrait ressembler à ceci :

Exemple :

Un expatrié reçoit ses revenus (pensions, salaires ou investissements) sur un compte bancaire à l’étranger (États-Unis, Europe, etc.). Chaque mois, il transfère un montant fixe (par exemple 2000 ou 3000 dollars) via un service comme Wise vers son compte équatorien pour couvrir ses dépenses courantes (loyer, courses, services, loisirs) et une partie de son épargne locale. Les factures sont réglées depuis l’application de sa banque locale par virement (transferencia) ou par carte. L’épargne de précaution et les projets à long terme (retraite, études des enfants) restent principalement investis dans des produits et juridictions diversifiés hors d’Équateur, afin de limiter l’exposition aux risques politiques ou réglementaires locaux.

Synthèse des avantages et limites pour un expatrié

Pour conclure, il est utile de résumer, sous forme de tableau, les principaux atouts et inconvénients des services bancaires équatoriens pour un résident étranger :

AspectAvantages pour l’expatriéLimites / risques
Monnaie (USD)Pas de change pour les revenus en dollars, pas de risque de dévaluationAucune marge de manœuvre monétaire locale
Comptes courants / épargneLarge inclusion bancaire, transferts locaux rapides et bon marchéProcédures d’ouverture lourdes, applications parfois instables
Certificats de dépôt (CD)Taux supérieurs à ceux des pays développés, exonération d’impôt > 6 moisRetrait anticipé interdit, plafond d’assurance-dépôts limité
Paiements locauxSystème transferencia très efficace, QR codes largement utilisésCertaines factures uniquement payables avec carte/compte local
Transferts internationauxNombreux prestataires spécialisés, concurrence sur les frais entrantsTaxe ISD de 5 % sur les sorties, frais bancaires additionnels
Coopératives d’épargneTaux attractifs, approche parfois plus souple pour l’ouvertureAssurance-dépôts parfois très faible, solidité variable
Sécurité physique et numériqueSurveillance, escorts possibles pour gros montants, régulation activeRisques de skimming, de phishing, de vols ciblés à la sortie des banques

Pour un expatrié prêt à investir un peu de temps dans la compréhension de cet écosystème, l’Equateur offre donc un cadre monétaire relativement stable, des outils de paiement domestiques efficaces et des opportunités de rémunération de l’épargne à moyen terme. Mais cette réalité positive ne doit pas masquer les limites structurelles du système : une bureaucratie exigeante, une assurance-dépôts modeste, une taxe pénalisante sur les flux sortants et un environnement macroéconomique qui, même dollarisé, demeure exposé à des chocs extérieurs.

Bon à savoir :

Pour une gestion financière prudente et robuste, il est recommandé de combiner un ancrage bancaire local en Équateur pour les dépenses quotidiennes avec une base financière diversifiée à l’international.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer en Équateur, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Équateur, Portugal, Grèce, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler l’Équateur pour sa fiscalité modérée sur les revenus étrangers, l’absence d’impôt sur la fortune, l’utilisation du dollar américain et un coût de vie très inférieur à la France (Quito ou Cuenca souvent >40 % moins chers que Paris), tout en offrant stabilité et qualité de vie. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence de retraité via justificatifs de pension, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire), permettant des économies fiscales significatives et une meilleure diversification globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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