Le Portugal s’est imposé comme une porte d’entrée stratégique pour les sociétés offshore qui veulent un pied en Europe sans renoncer à une fiscalité optimisée. Banques solides, accès au SEPA, zones franches comme Madère, cadre légal clair mais exigeant en matière de conformité : ouvrir un compte bancaire pour une société offshore au Portugal peut être un levier puissant, à condition d’en maîtriser les règles.
Bon à savoir :
Ce guide pratique couvre les différences entre banques onshore et offshore, les conditions du statut de non-résident au Portugal, les documents nécessaires, le processus d’ouverture de compte étape par étape, les solutions digitales comme Jetonbank, ainsi que les obligations fiscales et déclaratives à respecter pour transformer votre projet en dossier bancaire concret.
Comprendre ce que signifie « compte offshore » au Portugal
Au sens strict, un compte offshore est simplement un compte ouvert dans un pays différent de celui de résidence du titulaire ou du lieu d’incorporation de la société. Dans le cas portugais, la nuance est importante : le Portugal n’est pas un paradis fiscal opaque, mais un État membre de l’UE, aligné sur les normes OCDE, les directives anti-blanchiment et le standard d’échange automatique d’informations (CRS).
Concrètement, un compte offshore au Portugal désigne le plus souvent un compte :
Exemple :
Le compte est ouvert par une société non résidente au regard du fisc portugais, ou par une structure située dans une zone franche comme le centre international d’affaires de Madère, et sert à détenir des fonds, encaisser ou émettre des paiements liés à une activité internationale.
Ce type de compte permet de bénéficier à la fois de l’environnement européen (SEPA, réseau SWIFT développé, garantie des dépôts jusqu’à 100 000 € par établissement) et, dans certains cas, d’une fiscalité très favorable sur des revenus étrangers. Mais l’ouverture est strictement encadrée par les règles KYC (Know Your Customer) et AML (lutte anti-blanchiment).
Onshore, offshore, free zones : clarifier les modèles possibles
Avant même de parler banque, il est essentiel de distinguer les principaux scénarios de structuration.
Compte onshore classique
Un compte onshore portugais est un compte ouvert par une société qui est à la fois incorporée et fiscalement résidente au Portugal. Il sert aux opérations quotidiennes : paiement de fournisseurs locaux, salaires, charges sociales, TVA, etc. C’est la configuration « standard » d’une Lda ou d’une SA basée à Lisbonne ou Porto.
Cette voie présente plusieurs caractéristiques :
– forte crédibilité auprès des partenaires européens,
– accès complet aux services domestiques (crédit, prêts, cartes professionnelles, etc.),
– fiscalité pleine au taux d’impôt sur les sociétés portugais, sauf régimes spéciaux,
– obligations déclaratives lourdes (modèle 22, IES, etc.) et surveillance régulière de l’administration.
Ce n’est pas la configuration « offshore » recherchée par les sociétés qui veulent uniquement utiliser le Portugal comme hub bancaire sans y loger toute l’activité.
Compte d’une société non résidente (offshore)
Lorsque la société est incorporée ailleurs (par exemple dans une juridiction à faible fiscalité) et ne mène pas d’activité commerciale régulière au Portugal, elle peut ouvrir un compte dans une banque portugaise en tant qu’entité non résidente, sous réserve de respecter les exigences KYC et AML.
Dans ce cas :
– la société reste fiscalement non résidente,
– les revenus encaissés sur le compte portugais ne sont pas soumis à l’impôt sur les sociétés portugais, mais dans le pays de résidence de l’entreprise,
– le compte est utilisé pour gérer des flux internationaux en euros ou en devises, avec l’avantage d’un IBAN européen et du SEPA,
– la conformité documentaire est souvent plus pointue que pour une société locale, les banques appliquant une due diligence renforcée.
Ce montage reste légal, à condition que la société remplisse les critères de non-résidence et que toutes les obligations déclaratives (dans le pays de résidence de l’entreprise et éventuellement pour les bénéficiaires effectifs) soient respectées.
Zones franches portugaises et structures « offshore EU »
Le Portugal ne propose pas un régime offshore au sens classique des Caraïbes, mais il existe des zones franches dotées de régimes fiscaux très compétitifs, en particulier :
Zones à fiscalité avantageuse
Découvrez les principales zones bénéficiant d’un régime fiscal spécifique au Portugal.
Centre international d’affaires de Madère
Le MIBC (Madeira International Business Centre) offre un cadre fiscal attractif pour les entreprises internationales.
Zones des Açores
Certaines zones de l’archipel des Açores bénéficient également de conditions fiscales préférentielles.
Zone franche de Madère
La Zona Franca da Madeira constitue une autre zone franche offrant des avantages fiscaux significatifs.
Dans ces zones :
– le taux d’impôt sur les sociétés peut être limité à 5 %, voire 3 % pour certaines entités de Madère,
– les plus-values sur certains titres et investissements offshore peuvent être exonérées,
– les dividendes, intérêts et redevances perçus par des entités étrangères peuvent être exemptés de retenue à la source,
– des exonérations de TVA sont possibles pour certaines opérations.
Les sociétés enregistrées dans ces zones restent soumises aux mêmes exigences de transparence et de déclarations bénéficiaires effectifs (RCBE) que sur le continent, mais bénéficient d’un environnement fiscal très attractif, tout en conservant la crédibilité d’une juridiction de l’UE.
Les conditions pour qu’une société soit vraiment « offshore » au Portugal
Pour profiter des avantages d’un compte offshore portugais, la clé n’est pas tant la forme juridique que le statut fiscal de la société.
Le principe est le suivant : pour être considérée comme non résidente, une société ne doit pas :
– être enregistrée au Portugal comme entité tax resident,
– ni exercer une activité commerciale régulière sur le territoire portugais au sens des critères de présence effective.
Attention :
Une société enregistrée à l’étranger peut être requalifiée résidente portugaise si ses décisions stratégiques sont prises au Portugal, ses administrateurs y résident et les réunions clés y sont tenues. Elle serait alors taxée sur ses revenus mondiaux, conformément au code de l’impôt sur les sociétés (CIRC) et aux principes OCDE.
Pour une véritable société offshore utilisant le Portugal uniquement comme plateforme bancaire ou financière, il est donc crucial de :
– maintenir la direction effective dans une autre juridiction,
– éviter une présence matérielle ou une équipe de gestion au Portugal,
– documenter clairement où se prennent les décisions et où se trouve la substance principale de l’activité.
En parallèle, la société devra répondre aux critères classiques des banques portugaises : activité légitime, chaines de détention claires, bénéficiaires effectifs identifiés, absence de liens avec des pays sous sanctions ou juridictions à haut risque.
Pourquoi choisir le Portugal pour la banque de sa société offshore
Le choix du Portugal comme hub bancaire pour une structure offshore s’explique par un mix assez rare de facteurs.
Les avantages principaux sont les suivants :
Bon à savoir :
Un compte au Portugal offre un IBAN européen avec participation au SEPA, permettant des virements en euros à faible coût dans tout l’EEE. Le système est supervisé par la Banque du Portugal sous le cadre réglementaire de l’UE. La confidentialité des données bancaires est respectée, mais limitée par les obligations d’échange d’informations CRS. Dans les zones franches comme Madère, cette infrastructure peut se combiner à une fiscalité très basse sur certains revenus étrangers. L’ouverture est possible pour des non-résidents, y compris des sociétés étrangères sans établissement permanent au Portugal.
Du point de vue purement opérationnel, un compte au Portugal offre également :
– multicurrency (EUR, USD, GBP) dans de nombreuses banques d’affaires,
– accès aux réseaux SWIFT et correspondants européens,
– intégration avec des fintechs et prestataires de paiement (EMI) pour compléter l’offre (cartes, wallets, FX, etc.).
En contrepartie, le pays applique des normes strictes en matière de LCB-FT, de transparence fiscale et de contrôle des bénéficiaires effectifs. On est loin du compte « discret » ouvert en quelques clics sans poser de questions.
Cadre réglementaire : KYC, AML et transparence fiscale
Toute ouverture de compte pour une société offshore au Portugal est passée au crible de la loi anti-blanchiment (Lei n.º 83/2017) et des directives européennes transposées. Les banques portugaises sont des entités obligées qui doivent :
– identifier et vérifier chaque client, dirigeant, actionnaire significatif et bénéficiaire effectif,
– connaître la résidence fiscale de chacun,
– comprendre la nature de l’activité et la provenance des fonds,
– maintenir des dossiers complets pendant au moins sept ans.
Cette due diligence repose sur plusieurs piliers.
Astuce :
Pour identifier une personne morale, fournissez le certificat d’incorporation, les statuts, le registre du commerce, le numéro fiscal (NIF/NIPC), le code d’activité économique et l’adresse du siège. Pour une entité étrangère, les équivalents certifiés et apostillés sont exigés.
Ensuite, la transparence sur les bénéficiaires effectifs : toute personne physique qui détient, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou des droits de vote doit être identifiée, avec justificatifs (passeport, adresse, NIF, etc.), CV détaillé et description des sources de richesse. Le registre central des bénéficiaires effectifs (RCBE) portugais doit également être renseigné lorsqu’il s’agit d’une entité enregistrée au Portugal.
Attention :
La banque évalue l’exposition aux pays à haut risque, la complexité de la structure et la cohérence entre l’activité annoncée et les flux attendus. Les secteurs sensibles (crypto, jeux d’argent, adult, etc.) ou les juridictions sur listes noires déclenchent une vigilance renforcée, pouvant aller jusqu’au refus.
Il faut ajouter à cela le contexte CRS : si les bénéficiaires effectifs sont résidents fiscaux portugais, les comptes de la société à l’étranger (et parfois au Portugal selon la structure) peuvent être reportés automatiquement à l’administration fiscale portugaise. L’illusion d’un anonymat complet via une société offshore est aujourd’hui illusoire.
Le NIF portugais : pivot de toute relation bancaire
Même pour une société offshore, le Número de Identificação Fiscal (NIF) occupe une place centrale dans les démarches au Portugal. Il existe un NIF pour les personnes physiques et un NIPC (numéro d’identification de personne collective) pour les entreprises locales.
Pour une structure offshore qui veut ouvrir un compte :
Bon à savoir :
Au Portugal, la société peut obtenir un numéro fiscal si elle est enregistrée dans une zone franche ou y possède un établissement. De plus, chaque directeur et bénéficiaire effectif lié au compte, y compris les actionnaires étrangers, doit souvent fournir un NIF personnel.
Pour les non-résidents, l’obtention se fait soit sur place dans un service des impôts, soit à distance via un représentant fiscal (avocat, comptable ou prestataire spécialisé). En pratique, anticiper ce point avant de solliciter une banque évite beaucoup de délais.
Sans NIF, les banques grand public refusent presque systématiquement d’ouvrir un compte, même si l’entité elle-même n’est pas résidente. Les fintechs comme Jetonbank peuvent être plus flexibles sur ce terrain, mais cela ne dispense pas de respecter les règles générales de KYC et de déclaration dans le pays de résidence.
Les banques portugaises qui travaillent avec des structures internationales
Plusieurs établissements au Portugal ont l’habitude de traiter avec des actionnaires étrangers et des sociétés ayant une dimension internationale. Parmi les acteurs traditionnels fréquemment cités pour les comptes professionnels :
| Banque | Monnaies usuelles (pro) | Réseau paiements | Remarques principales |
|---|---|---|---|
| Caixa Geral de Depósitos | EUR, USD, GBP | SEPA, SWIFT, réseau EU | Procédure corporate réputée accessible aux étrangers |
| Millennium BCP | EUR, USD, GBP | SEPA, SWIFT, correspondants EU | Forte expérience avec clients non résidents |
| BPI | EUR, USD, GBP | SEPA, SWIFT | Solutions entreprises et comptes multi-devises |
| Novo Banco | EUR, USD, GBP | SEPA, SWIFT | Bon niveau de services, procédure un peu plus lourde |
| Banco BNI Europe | Principalement EUR | SEPA, SWIFT | Positionnement plus corporate / international |
| Santander Totta | EUR, USD, GBP | SEPA, SWIFT | Appui aux filiales de groupes étrangers |
| Banco Atlantico Europa | EUR, quelques devises | SEPA, SWIFT | Orientation internationale, mais politique de risque stricte |
À côté de ces acteurs, les établissements de monnaie électronique (EMI) et néobanques complètent le dispositif. Wise, Revolut, N26 ou encore certaines plateformes spécialisées dans les entreprises internationales offrent des IBAN européens, des comptes multi-devises et une ouverture à distance. Elles ne remplacent pas toujours un compte bancaire traditionnel (notamment pour les dépôts de capital, certaines exigences réglementaires ou la perception de certains partenaires), mais peuvent servir de solution d’appoint ou de relais en attendant l’activation d’un compte classique.
Jetonbank et les solutions 100 % digitales : une alternative utile
Dans l’univers spécifique des sociétés offshore et des structures basées en zone franche portugaise, des acteurs comme Jetonbank se distinguent par un onboarding 100 % digital, particulièrement attractif pour les entrepreneurs non résidents.
Le fonctionnement est généralement le suivant :
Exemple :
Le processus comprend le choix du type de compte (personnel, joint, corporate), la préparation des documents (passeport, justificatif de domicile, statuts pour les sociétés, déclaration de provenance des fonds), le dépôt via une plateforme sécurisée, la vérification en 1 à 3 jours ouvrés, puis l’envoi des identifiants et l’activation en ligne.
Une fois le compte ouvert, la gestion se fait intégralement à distance : virements, changes, cartes, etc. Ce type d’acteur est particulièrement intéressant pour :
– les sociétés incorporées dans les zones franches portugaises,
– les non-résidents qui ne peuvent pas se déplacer au Portugal,
– les structures multi-juridictionnelles qui ont besoin de comptes opérationnels rapides.
Il convient toutefois de garder à l’esprit que certaines opérations réglementées (comme le dépôt de capital d’une société portugaise ou certaines relations avec l’administration) resteront plus faciles avec un compte dans une banque traditionnelle portugaise, surtout lorsque la réglementation nationale exige un compte dans une banque agréée localement.
Les documents indispensables pour l’ouverture d’un compte corporate offshore
La qualité du dossier est le point le plus déterminant pour obtenir l’accord d’une banque portugaise. Les exigences varient d’un établissement à l’autre, mais l’ossature est toujours similaire.
Pour la société, il faut prévoir : des mesures adaptées aux besoins de la communauté, une gestion durable des ressources, et une stratégie de développement inclusif.
| Catégorie | Exemples de pièces généralement demandées |
|---|---|
| Existence légale | Certificat d’incorporation, extrait du registre du commerce récent |
| Statuts / bylaws | Statuts complets à jour, pacte social, memorandum & articles |
| Registre des dirigeants | Liste officielle des administrateurs / gérants, décisions de nomination |
| Registre des actionnaires | Registre des détenteurs de parts, avec pourcentage détenu |
| Numéro fiscal | NIF/NIPC portugais si applicable, sinon numéro fiscal du pays d’incorporation |
| Adresse du siège | Bail, facture de service public, contrat de domiciliation, etc. |
| RCBE ou équivalent | Preuve d’enregistrement des bénéficiaires effectifs, si enregistré au Portugal |
Les documents étrangers doivent être en général : en français ou accompagnés d’une traduction.
– apostillés ou légalisés,
– traduits en portugais ou en anglais par un traducteur certifié, lorsque la langue d’origine ne figure pas parmi les langues acceptées.
Pour les personnes physiques liées au compte (directeurs, actionnaires significatifs, bénéficiaires effectifs) :
Bon à savoir :
Pour ouvrir un compte bancaire, fournissez une copie certifiée d’une pièce d’identité de moins d’un an, un justificatif de domicile récent (facture d’eau, électricité ou relevé bancaire, mais pas de téléphone mobile), le NIF portugais si demandé, un CV détaillé, des justificatifs de richesse et de provenance des fonds (actes de propriété, relevés d’épargne, attestations fiscales), et parfois un certificat de non-condamnation pénale récent.
Pour l’activité, les banques demandent presque toujours un « business pack » comprenant :
Bon à savoir :
Préparez une description détaillée de votre activité (produits, services, marchés visés), des projections financières précises (volume mensuel, montants moyens, répartition géographique), des contrats ou lettres d’intention avec clients et fournisseurs clés, et si possible, prouvez votre lien économique avec le Portugal ou l’UE (clients européens, site en portugais, trafic local).
Plus le profil est international et complexe, plus ce « business substance pack » pèse dans la balance. Une société sans site, sans contrats et sans historique bancaire aura beaucoup plus de mal à convaincre, surtout dans un contexte de vigilance accrue sur le blanchiment et les montages artificiels.
Déroulé pratique : du premier contact à l’activation du compte
Le parcours d’ouverture d’un compte pour une société offshore au Portugal suit en général plusieurs étapes successives.
La première consiste à qualifier le projet avec la banque ou un intermédiaire : présentation du modèle économique, de la structure d’actionnariat, des pays impliqués, du volume d’affaires prévu, des besoins (devises, cartes, types de paiements, etc.). Cette phase « préliminaire » permet souvent de savoir rapidement si le profil entre dans l’appétit de risque de la banque.
Attention :
La deuxième étape consiste à constituer un dossier documentaire exhaustif et cohérent, en suivant la check-list de la banque. Les divergences entre le registre du commerce, le RCBE et le KYC, les pièces manquantes ou non apostillées, ainsi que les chaînes de détention opaques sont des motifs classiques de blocage ou d’allongement des délais.
Vient ensuite le dépôt du dossier, généralement par voie électronique dans un premier temps (scan des documents), suivi d’une phase d’analyse interne par les équipes conformité. De plus en plus d’établissements organisent des entretiens vidéo avec un directeur ou un bénéficiaire effectif pour compléter l’identification.
Pour les banques traditionnelles, une étape physique reste fréquente : un rendez-vous en agence avec un représentant de la société (directeur ou mandataire muni d’une procuration), présentation des originaux, entretien approfondi sur l’usage envisagé du compte, la provenance des fonds et l’activité. Certaines banques exigent un dépôt non remboursable, compris en pratique entre 100 et 1 000 €, avant de poursuivre la procédure.
Bon à savoir :
En cas de décision positive, la banque fournit l’IBAN, le BIC et les identifiants de banque en ligne, puis produit les moyens de paiement (cartes, chéquier). Un premier dépôt, souvent modeste, est requis pour activer le compte et lever les limitations.
En termes de délais, pour une PME étrangère avec un dossier propre, il est réaliste de prévoir :
– une à deux semaines pour la préparation des documents, surtout si des apostilles sont nécessaires,
– deux à six semaines entre la soumission complète du dossier et l’activation effective du compte, selon les banques,
– davantage si le profil est jugé sensible, si le pays d’incorporation est perçu comme à risque ou si la chaîne de propriété est multi-niveaux.
Spécificités fiscales : ce que change (et ne change pas) un compte offshore portugais
Sur le plan fiscal, un compte bancaire au Portugal pour une société non résidente n’est pas un moyen d’échapper aux impôts dans le pays de résidence. Les revenus restent en principe imposables là où la société est fiscalement résidente. Le principal bénéfice pour la société est :
– l’absence d’imposition portugaise sur les revenus purement étrangers logés sur un compte offshore,
– la possibilité de bénéficier des régimes spéciaux de zones franches (taux d’IS réduit, exonérations de retenues à la source, exonérations de plus-values sur certains actifs).
Pour les bénéficiaires effectifs résidents fiscaux portugais, l’existence d’une société offshore dotée d’un compte au Portugal ou ailleurs déclenche plusieurs conséquences :
Bon à savoir :
Les comptes étrangers liés à des résidents portugais via le CRS peuvent attirer l’attention de l’administration. Les revenus (dividendes, intérêts, plus-values) doivent être déclarés selon les règles portugaises, même si l’entité intermédiaire est dans une juridiction à faible fiscalité. Les holdings dans des paradis fiscaux classiques (Delaware, Malte, BVI) perdent leur intérêt fiscal si le centre de décision est au Portugal.
Pour les non-résidents, les choses sont plus simples : le Portugal n’impose que les revenus de source portugaise (par exemple un loyer ou une plus-value sur un bien immobilier situé dans le pays), pas les revenus étrangers simplement crédités sur un compte portugais appartenant à une société non résidente.
Ouvrir un compte pour une société offshore déjà existante : points de vigilance
Beaucoup d’entrepreneurs arrivent au Portugal avec une structure déjà constituée (dans une zone franche, une juridiction offshore classique ou un autre État de l’UE) et souhaitent simplement y ouvrir un compte.
Dans ce cas, plusieurs facteurs sont déterminants dans l’appréciation de la banque :
Attention :
La respectabilité de la juridiction d’incorporation prime : les pays blacklistés ou très risqués sont refusés. Une chaîne d’actionnariat claire est exigée, les multiples sociétés écrans et trusts opaques posent problème. Il faut aussi fournir des comptes bancaires opérationnels ailleurs pour prouver un historique stable, et démontrer une cohérence entre la taille du business, les flux attendus et les preuves de substance (équipes, bureaux, contrats, licences).
Dans plusieurs cas, l’ouverture d’un compte dans une EMI ou une néobanque européenne (Wise, Revolut, etc.) sert de première étape pour prouver la capacité de l’entreprise à gérer de façon transparente ses flux avant de solliciter une banque portugaise plus conservatrice.
Madère, Açores et autres free zones : opportunités spécifiques
Les free zones portugaises, en particulier le centre d’affaires de Madère, méritent un focus spécifique pour les structures offshore qui veulent concilier banque européenne et optimisation fiscale.
Les avantages emblématiques de Madère, pour les sociétés éligibles, incluent :
Bon à savoir :
Un impôt sur les sociétés réduit à 5 % (voire 3 % dans certains cas), aucune retenue à la source sur les dividendes, intérêts et redevances versés à l’étranger, exonération de plus-values pour certaines cessions de titres et investissements offshore, et possibilité d’ouvrir des comptes bancaires au Portugal, y compris dans les grandes banques, tout en profitant de ce régime.
En échange, les autorités portugaises imposent une véritable substance économique : locaux, personnel, activité réelle, contrôles réguliers. Il ne s’agit pas d’un régime « coquille vide » mais d’une plateforme européenne à faible fiscalité, surveillée et approuvée par la Commission européenne au titre des aides d’État.
Pour une société offshore qui souhaite un ancrage en Europe crédible aux yeux des banques et des partenaires, mais dans une logique d’optimisation, ces zones franches représentent une option sérieuse.
Garder ses comptes ouverts : l’importance de la conformité continue
Ouvrir un compte offshore au Portugal n’est que la première étape. Le maintenir dans le temps impose une discipline de conformité.
Les banques portugaises :
– mettent régulièrement à jour les informations KYC (tous les cinq ans au maximum, plus souvent pour les profils risqués),
– surveillent la cohérence entre les flux observés et le profil déclaré,
– exigent des justificatifs supplémentaires en cas de transactions atypiques (montants élevés, pays sensibles, opérations inhabituelles),
– peuvent restreindre ou clôturer un compte en cas de non-réponse ou de réponses jugées insuffisantes.
Pour éviter les mauvaises surprises, une société offshore qui utilise un compte au Portugal doit :
Astuce :
Pour garantir une relation saine avec votre banque, conservez une traçabilité complète des opérations (contrats, factures, preuves de livraison, correspondances). Informez l’établissement de tout changement significatif touchant l’entreprise : nouveau bénéficiaire effectif, changement de direction ou évolution du modèle économique. Répondez rapidement et précisément à toute demande de documents ou d’explication. Enfin, évitez les montages ou flux susceptibles d’être perçus comme du blanchiment ou de la dissimulation, notamment les structures fantômes sans activité réelle ou l’utilisation de comptes comme simples « boîtes aux lettres » pour des escroqueries.
L’affaire, par exemple, d’une société « fantôme » utilisée pour blanchir des centaines de milliers d’euros via un compte corporate au Portugal illustre le risque : les autorités et les banques sont particulièrement vigilantes face à ce type de schémas.
Conclusion : un outil puissant, mais réservé aux dossiers solides
Ouvrir un compte bancaire pour sa société offshore au Portugal peut offrir un trio rare : infrastructure bancaire européenne, flexibilité pour les opérations internationales, et dans certains cas, environnement fiscal très avantageux, notamment via les zones franches comme Madère.
Mais cette opportunité s’adresse clairement à des structures :
Astuce :
Pour ouvrir un compte offshore, les institutions financières exigent des bénéficiaires effectifs identifiés, des flux documentés, une résidence fiscale assumée, un dossier complet (statuts, registres, business plan, contrats types, preuves de substance) et une conformité continue : mise à jour des documents, réponse aux demandes bancaires, respect des règles AML/CFT et CRS.
Le Portugal est aujourd’hui un hub offshore au sens moderne du terme : non plus un refuge opaque, mais une plateforme sophistiquée où les sociétés internationales peuvent opérer à la croisée de la finance européenne et des régimes fiscaux compétitifs, à condition de respecter des standards élevés de gouvernance et de transparence.
Pour un entrepreneur qui maîtrise ces contraintes et sait constituer un dossier solide, un compte bancaire portugais pour sa société offshore devient alors un atout majeur dans une stratégie globale de structuration internationale.
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