Pendant longtemps, la question « où créer une société offshore ? » appelait presque toujours la même réponse : une île exotique, beaucoup de discrétion et très peu d’impôts. En 2026, ce schéma a largement explosé. Entre transparence fiscale internationale, registre des bénéficiaires effectifs et règles de substance, le modèle du montage opaque dans un paradis fiscal est devenu à haut risque.
Bon à savoir :
Oui, il est possible de créer une société à Madère à distance, via des solutions onshore à fiscalité réduite. Mais attention : il ne s’agit plus d’un montage offshore classique, car le régime de Madère impose une présence économique réelle (bureau, employés, activités substantielles) pour bénéficier des avantages fiscaux.
L’analyse des textes fiscaux et des dispositifs portugais montre une réalité beaucoup plus nuancée que les discours commerciaux. Il est possible de constituer une société à distance, de bénéficier d’une fiscalité très attractive, mais cela se fait dans un cadre totalement intégré à l’Union européenne, à l’OCDE et aux règles anti-blanchiment.
Portugal, “offshore” ou juridiction à fiscalité avantageuse parfaitement onshore ?
La première erreur d’approche consiste à mettre sur le même plan le Portugal et un paradis fiscal traditionnel. Le droit portugais ne parle d’ailleurs pas de « sociétés offshore », mais de régimes fiscaux spécifiques, tous intégrés dans le code général des impôts, contrôlés par les autorités nationales et encadrés par les règles européennes.
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Le taux normal d’impôt sur les sociétés au Portugal pour les résidents en 2026, prévu pour baisser à 18 % en 2027 puis 17 % en 2028.
Le Portugal a en outre transposé les grandes briques de la transparence internationale : échanges d’informations (CRS), directive DAC6, registre central des bénéficiaires effectifs (RCBE), règles de substance, et désormais le Pilier Deux de l’OCDE pour les groupes dont le chiffre d’affaires consolidé dépasse 750 millions d’euros, via une taxe minimale de 15 %.
Autrement dit, créer une société au Portugal avec l’idée d’échapper totalement à l’impôt et à toute obligation de transparence est une illusion. En revanche, structurer une activité internationale dans un cadre à faible taux d’imposition, reconnu par l’UE et traité-équivalent, est possible, notamment grâce au régime de Madère.
Madère : centre d’affaires international, pas “tax haven” au sens juridique
Madère cristallise souvent les fantasmes « offshore ». Sur le plan juridique, la réalité est différente. L’archipel est une région autonome du Portugal, donc membre de l’Union européenne. Ses régimes fiscaux sont des régimes portugais, appliqués sous le contrôle de Lisbonne, examinés par la Commission européenne au titre des aides d’État et totalement absents des listes noires.
Madère ne figure ni sur la liste de l’OCDE des juridictions non coopératives, ni sur la liste UE des territoires non coopératifs, ni sur la blacklist portugaise (Portaria 150/2004). La confusion vient du fait que son centre international d’affaires (MIBC) offre un taux d’impôt sur les sociétés de 5 %, ce qui est effectivement l’un des plus bas d’Europe. Mais ce 5 % est conditionné à une substance réelle : emplois locaux, investissements et activité effective sur l’île.
Il faut distinguer deux régimes distincts à Madère, tous deux pleinement « onshore » dans le cadre européen.
Le régime régional “classique” : 13,3 % au lieu de 19 %
Toute société dont le siège et la direction effective sont à Madère relève du régime régional de base. Il se traduit par une réduction de 30 % du taux national. Avec un taux standard de 19 % en 2026 sur le continent, la charge tombe donc à 13,3 % à Madère pour les sociétés ordinaires, sans aucune licence spéciale ni démarche particulière autre que le fait d’y être réellement gérée.
Attention :
Pour les PME et les small mid-cap, la réduction est encore plus marquée sur les premiers 50 000 € de bénéfice.
| Zone / Régime | Base de bénéfice | Taux IS 2026 | Impôt dû |
|---|---|---|---|
| Continent (PME) | 50 000 € | 15 % | 7 500 € |
| Madère (PME) | 50 000 € | 10,5 % | 5 250 € |
Sur un bénéfice plus élevé, l’écart devient spectaculaire. Prenons une activité de services avec 200 000 € de résultat imposable.
| Localisation | Taux applicable | Impôt sur 200 000 € |
|---|---|---|
| Continent | 19 % | 38 000 € |
| Madère (13,3 %) | 13,3 % | 26 600 € |
| Différentiel Madère/continent | — | 11 400 € économisés |
Cette économie annuelle d’impôt, obtenue sans aucun régime « spécial », montre bien que Madère est d’abord un outil d’optimisation onshore : même code fiscal, mêmes déclarations, même transparence, mais une charge fiscale automatiquement plus légère.
Le MIBC à 5 % : un régime de substance, sous licence et plafonds
Au-dessus de ce régime général existe le MIBC (Madeira International Business Centre), souvent vendu comme un “offshore européen” à 5 %. En pratique, c’est un régime ultra-encadré, autorisé par l’UE au titre des aides d’État, et réservé aux sociétés licenciées avant le 31 décembre 2026, pour une application de l’avantage jusqu’en 2033.
Astuce :
Le taux réduit de 5 % ne s’applique qu’aux bénéfices issus d’activités internationales éligibles, réalisées avec des contreparties non résidentes. Il exige une substance réelle : création d’emplois locaux, bénéfices plafonnés par paliers liés à l’emploi, et un investissement minimal en actifs (souvent 75 000 € en immobilisations à Madère pour les petites structures). La société doit également déposer les mêmes déclarations qu’une société portugaise classique.
La comparaison avec le continent est parlante pour un business de services internationaux réalisant 500 000 € de bénéfice imposable éligible :
| Régime | Bénéfice éligible | Taux IS | Impôt |
|---|---|---|---|
| Continent | 500 000 € | 19 % | 95 000 € |
| Madère (régional 13,3 %) | 500 000 € | 13,3 % | 66 500 € |
| MIBC (5 %) | 500 000 € | 5 % | 25 000 € |
La différence est massive, mais elle a un prix : substance locale, coûts administratifs supplémentaires (licence MIBC, droits annuels, comptabilité, etc.) et encadrement très fin par l’administration.
Ajoutons un élément souvent oublié : pour les grands groupes dépassant 750 M€ de chiffre d’affaires consolidé, le Pilier Deux impose une taxation minimale de 15 %. Le Portugal a déjà transposé ce mécanisme (QDMTT). Pour ces groupes, le 5 % de Madère est en pratique “complété” par une taxe additionnelle jusqu’à 15 %. Autrement dit, le MIBC à 5 % n’est pas un trou noir fiscal : il est compatible avec le minimum global.
Créer une société au Portugal à distance : jusqu’où peut-on aller sans se déplacer ?
D’un point de vue pratique, la question n’est plus seulement fiscale, mais opérationnelle : peut-on vraiment, en 2026, créer et piloter une société portugaise sans jamais mettre les pieds sur place ?
Le droit portugais est étonnamment ouvert : aucun texte n’exige que les associés ou les gérants d’une Lda (société par quotas) soient résidents au Portugal. Une société peut être détenue et gérée à 100 % par des non-résidents, sans obligation de directeur local. Mais cette liberté est contrebalancée par deux réalités : les procédures KYC/anti-blanchiment, et la notion de “lieu de direction effective”.
Le NIF : première brique, obtenable entièrement à distance
Quel que soit le montage, la première étape est toujours la même : obtenir un NIF (Número de Identificação Fiscal) pour chaque associé et gérant, ainsi que pour la future société. Sans ce numéro, aucune autre démarche (banque, registre, impôts) n’est possible.
Bon à savoir :
Les non-résidents peuvent obtenir leur NIF (numéro d’identification fiscale) entièrement à distance via un représentant fiscal au Portugal, en fournissant une pièce d’identité et un justificatif de domicile. Cette démarche, souvent dématérialisée, est réalisée par des cabinets spécialisés agissant sous procuration. C’est la seule étape du processus qui soit, en pratique, 100 % remote sans nuance.
Entre “théoriquement possible” et “en pratique” : signature, banque, KYC
La constitution elle-même peut, juridiquement, se faire à distance par le biais d’une procuration : un avocat ou un mandataire signe les statuts et accomplit les formalités auprès du Registre du commerce. Le gouvernement a d’ailleurs mis en place une plateforme, Empresa Online 2.0, qui permet, via signature électronique (Carte de citoyen ou Chave Móvel Digital), de créer une Lda ou une SA entièrement en ligne, 24h/24.
Mais deux contraintes viennent freiner les rêves d’incorporation à un clic :
Bon à savoir :
Les institutions financières portugaises doivent, selon la Lei 83/2017, identifier physiquement ou par vidéoconférence sécurisée leurs clients, vérifier les bénéficiaires effectifs et l’origine des fonds, et refuser les dossiers douteux. De nombreuses banques exigent encore la présence du gérant pour ouvrir un compte professionnel, indispensable pour déposer le capital et opérer.
Le Code des sociétés et la pratique bancaire imposent la preuve du dépôt du capital. Le capital peut être symbolique (1 € par associé pour une Lda), mais il doit être effectivement mis à disposition via un compte bancaire au nom de la société. En théorie, certains établissements peuvent ouvrir ce compte à distance, mais dans les faits, plus le profil est international, plus une présence sur place ou une vérification vidéo renforcée est réclamée.
Plusieurs prestataires décrivent un schéma hybride : toute la préparation se fait à distance (obtention des NIF, choix de la forme juridique, rédaction du projet de statuts, réservations de nom, etc.), puis un déplacement unique au Portugal permet de signer, finaliser le compte bancaire et boucler l’immatriculation. Ce modèle a un avantage : il crédibilise la substance de la structure vis-à-vis des autorités et des banques, qui voient très mal les montages purement papier.
Démarches de création : un processus très digitalisé, mais très encadré
Malgré ces contraintes, le Portugal reste l’un des pays d’Europe où l’on peut créer une société le plus vite et à moindre coût, y compris en s’appuyant fortement sur les outils en ligne.
La forme la plus courante pour un entrepreneur international est la Sociedade por Quotas (Lda), l’équivalent d’une SARL. Elle peut être unipersonnelle (Unipessoal Lda) avec un seul associé, capital minimal d’1 €.
Les étapes typiques, très largement dématérialisables, sont les suivantes.
Réservation du nom et préparation des statuts
Le nom de la société doit être approuvé par le Registo Nacional de Pessoas Coletivas. On peut soit choisir un nom pré-approuvé issu d’une liste officielle, soit demander un certificat d’admissibilité avec un nom spécifique. Ce certificat coûte en général 75 € et est valable 90 jours.
Exemple :
La préparation des statuts (contrato de sociedade) au Portugal inclut l’objet social (codes CAE), le siège social, les quotas et les pouvoirs des gérants. Le pays accepte des modèles standard (officiels) ou sur-mesure. En ligne, un modèle réduit les coûts à environ 220 € de frais de registre avec pré-contrat, tandis que des statuts personnalisés s’élèvent à environ 360 €.
Constitution via Empresa Online ou Empresa na Hora
Deux mécanismes publics coexistent :
| Procédure | Mode | Délai habituel | Coût indicatif |
|---|---|---|---|
| Empresa na Hora | Présentiel | Environ 1 heure | 360 € (220 € avec statuts pré-approuvés) |
| Empresa Online 2.0 | 100 % internet | 2 à 10 jours selon dossier | 220 à 360 € selon type de statuts |
Empresa na Hora permet d’entrer dans un guichet (Loja do Cidadão, conservatória, etc.) et de ressortir avec la société créée en moins d’une heure, en utilisant un nom et des statuts pré-approuvés. C’est ultra-rapide, mais nécessite d’être physiquement présent ou de mandater quelqu’un par procuration.
Empresa Online 2.0 permet de tout faire à distance, à condition de disposer d’un moyen d’authentification portugais (Carte de citoyen, Chave Móvel Digital, ou certificat professionnel). C’est donc un outil puissant pour les résidents ou les personnes déjà insérées dans l’écosystème portugais ; pour un non-résident total, il impose souvent de passer par un avocat local.
Obligations post-création : RCBE, début d’activité, comptabilité
Une fois la société immatriculée, le travail n’est pas terminé. Le Portugal a mis en place un Registo Central do Beneficiário Efetivo (RCBE), registre central des bénéficiaires effectifs, géré par l’IRN. Toute société doit y déclarer ses UBO – personnes physiques détenant plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou exerçant un contrôle effectif – dans un délai de 30 jours. L’absence de déclaration peut entraîner des amendes lourdes.
Bon à savoir :
La société doit déposer une déclaration de commencement d’activité auprès de l’Autoridade Tributária, formalisant son entrée dans le champ de l’IS et de la TVA, avec choix éventuel de certains régimes. Cette déclaration doit être signée par un comptable certifié (Contabilista Certificado), dont la désignation est pratiquement obligatoire dès la création.
La société est ensuite tenue à des obligations récurrentes : tenue de livres comptables, dépôt d’une déclaration annuelle d’IS (Modelo 22), envoi des comptes via la déclaration IES, déclarations de TVA, de retenues à la source, etc. Le tout repose sur un niveau de transparence incompatible avec un usage “boîte aux lettres”.
Fiscalité des sociétés : un régime compétitif, mais surveillé
Créer une structure portugaise “offshore” n’a de sens que si la fiscalité suit. Or le Portugal propose un ensemble cohérent : IS compétitif, absence d’impôt sur la fortune, régime de participation-exonération, et pour les personnes physiques, un nouveau régime IFICI pour certaines activités qualifiées. Mais tout cela s’inscrit dans une logique de lutte contre les abus.
IS : 19 % sur le continent, 13,3 % à Madère, 5 % au MIBC
Sur le continent, le taux normal d’IS (IRC) est de 19 % à partir des périodes ouvertes en 2026, avec une trajectoire de baisse à 18 % puis 17 %. Pour les PME et small mid-cap, un taux réduit de 15 % s’applique sur les premiers 50 000 € de bénéfice.
Madère applique une réduction de 30 % sur ce taux : on arrive donc à 13,3 % en 2026 (et à terme 12,6 % puis 11,9 % si la trajectoire se confirme). Pour les petites structures, un taux de 10,5 % s’applique sur les premiers 50 000 €.
Exemple :
Au sein du MIBC, une société licenciée bénéficie d’un taux de 5 % sur la part de bénéfice provenant d’activités internationales éligibles. S’ajoutent des exonérations massives : jusqu’à 80 % de réduction sur certains impôts fonciers, droits de timbre, surtaxes municipales et régionales, ainsi qu’une exonération de retenues à la source sur dividendes, intérêts et redevances versés à des non-résidents (hors juridictions sur liste noire).
Il est intéressant de comparer ces taux avec quelques autres paramètres.
| Paramètre clé (2026) | Continent | Madère (général) | MIBC (sous licence) |
|---|---|---|---|
| Taux standard IS | 19 % | 13,3 % | 5 % (revenus éligibles) |
| Taux PME < 50 000 € | 15 % | 10,5 % | 5 % |
| TVA standard | 23 % | 22 % | 22 % (régime régional) |
| Impôt sur la fortune | Aucun | Aucun | Aucun |
Sur le plan strictement arithmétique, Madère, et plus encore le MIBC, sont des outils puissants pour réduire le coût fiscal d’une activité internationale. Mais cette réduction est encadrée par des garde-fous anti-abus, à commencer par les retenues à la source majorées de 35 % sur les flux vers les juridictions “blacklistées” par le Portugal, et par les règles de prix de transfert et de CFC applicables aux montages dits “offshore”.
Retenues à la source et flux internationaux
Les sociétés non résidentes sans établissement stable au Portugal sont, en principe, taxées sur leurs revenus de source portugaise via une retenue à la source de 25 %. Ce taux grimpe à 35 % lorsque le bénéficiaire est établi dans une juridiction listée comme à fiscalité nettement plus avantageuse que le Portugal.
Attention :
Pour les sociétés portugaises, les paiements de redevances, intérêts ou dividendes vers une structure offshore classique peuvent déclencher une retenue à la source de 35%. Ainsi, si les flux entrants (clients) peuvent être allégés, les flux sortants vers certains paradis fiscaux risquent d’être surtaxés, un point crucial à intégrer pour toute structure intermédiaire.
À l’inverse, le Portugal a signé 78 conventions fiscales, dont avec les États-Unis, et applique la directive européenne “mère-fille”, permettant dans de nombreux cas une réduction, voire une suppression des retenues à la source sur dividendes entre filiales et maisons mères européennes.
Résidence fiscale et risques de requalification de “vraies” structures offshore
Créer une société portugaise “onshore à taux réduit” est une chose. Continuer en parallèle à utiliser une LLC américaine ou une société de Malte, Chypre, Dubaï ou Delaware, tout en vivant au Portugal, en est une autre : c’est précisément ce que les autorités portugaises ciblent.
Bon à savoir :
Une société est résidente au Portugal si son siège légal ou sa direction effective s’y trouve. La gestion depuis Lisbonne d’une société étrangère (Delaware, Malte, etc.) peut entraîner sa requalification en résidente portugaise : imposition sur le revenu mondial, dépôt de la déclaration Modelo 22 et taux portugais applicables.
Les autorités regardent très concrètement où se tiennent les réunions du conseil, où travaillent le CEO et les cadres dirigeants, où se prennent les décisions du quotidien, où sont les locaux, les archives, les comptes bancaires. Cette approche suit les commentaires de l’OCDE sur la notion de “place of effective management” et lie l’administration portugaise.
Attention :
Pour les particuliers, la règle des 183 jours ou celle du logement habituel établit la résidence fiscale au Portugal, rendant le revenu mondial imposable. Facturer via une LLC américaine sans se déclarer est intenable à moyen terme.
À l’inverse, une décision récente des autorités fiscales (ruling n° 29716) a confirmé qu’un non-résident nommé administrateur d’une société portugaise, sans rémunération, sans présence physique significative et avec des fonctions exercées depuis l’étranger, ne devient pas résident fiscal portugais et n’est pas imposable sur ses revenus étrangers. Ce type de nuances montre que le Portugal ne cherche pas à tout prix à “piéger” les non-résidents, mais qu’il applique strictement ses critères.
Régimes des personnes physiques : après le NHR, un IFICI très ciblé
Une partie du marketing autour des sociétés portugaises vendait le triptyque : IS bas, NHR pour le dirigeant, et absence de taxation sur les revenus étrangers. Le paysage a profondément changé.
Le régime historique des résidents non habituels (NHR) a été fermé aux nouveaux entrants et remplacé par IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica et Inovação), parfois présenté comme un “NHR 2.0”. En pratique, IFICI est beaucoup plus étroit.
Astuce :
Ce dispositif s’adresse aux chercheurs, enseignants du supérieur, cadres très qualifiés dans des projets d’innovation ou d’investissement productif, startuppers de sociétés reconnues par AICEP ou Startup Portugal, et personnels R&D éligibles aux crédits d’impôt. Conditions requises : ne pas avoir été résident fiscal portugais durant les 5 années précédentes, n’avoir jamais bénéficié d’un autre régime spécial, et déposer sa demande via le Portal das Finanças dans les délais.
Pour les personnes éligibles, IFICI applique un taux fixe de 20 % sur les revenus professionnels portugais (salaires et BNC) liés à l’activité qualifiée, au lieu des barèmes progressifs pouvant atteindre près de 48 %. Une grande partie des revenus de source étrangère – dividendes, intérêts, loyers, certains gains en capital – peut rester exonérée au Portugal, sous réserve que le pays d’origine ait un droit d’imposer au titre d’une convention ou des principes OCDE. En revanche, les pensions étrangères sont imposées selon le barème progressif.
Les points clés peuvent être résumés ainsi.
| Aspect | Ancien NHR (plus ouvert) | IFICI (régime actuel ciblé) |
|---|---|---|
| Durée | 10 ans | 10 ans (non renouvelables) |
| Cible | Large (profils à forte valeur ajoutée, HNWI, retraités) | Recherche et innovation, start-ups, emplois qualifiés |
| Taux revenus pro PT | 20 % sur activités à forte VA | 20 % sur activités éligibles |
| Revenus étrangers | Largement exonérés suivant conditions | Généralement exonérés, sauf pensions |
| Pensions étrangères | 10 % forfaitaire | Barème progressif |
Pour un dirigeant qui s’installe au Portugal pour piloter sa structure madérienne ou continentale, l’accès à IFICI n’est donc pas automatique : un simple contrat remote avec une société étrangère ne suffit plus ; il faut un lien avec une entité portugaise reconnue dans les secteurs ciblés, et une activité exercée au Portugal.
Anti-blanchiment, KYC et registre des bénéficiaires : la fin de l’anonymat
Une autre illusion associée à la notion de “société offshore” est celle de l’anonymat. Au Portugal, cette option n’existe plus, et ce n’est pas une nuance : c’est l’un des systèmes les plus structurés d’Europe en matière de transparence.
Bon à savoir :
La loi 83/2017 impose aux banques, avocats, notaires, experts-comptables et prestataires de services aux sociétés des obligations d’identification approfondie des clients et bénéficiaires effectifs, avec collecte systématique de données : nom, adresse, nationalités, profession, numéro fiscal, document d’identité et origine des fonds.
Toute société doit aussi s’enregistrer au RCBE, registre central des bénéficiaires effectifs, en indiquant les personnes physiques qui contrôlent plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou qui exercent un contrôle effectif par d’autres moyens. Ce registre est accessible aux entités assujetties, ce qui signifie qu’une société écran ne permet plus de masquer le véritable propriétaire face aux banques ou aux autorités.
Attention :
Les institutions financières doivent déclarer toute opération suspecte à la cellule de renseignement financier (UIF) sans informer le client, et refuser ou suspendre les transactions douteuses. Les opérations en liquide dépassant certains seuils (15 000 ou 50 000 € selon les cas), les transferts vers des juridictions à risque, et de nombreuses opérations immobilières sont soumises à déclaration systématique.
Pour un entrepreneur qui imaginerait qu’une société à Madère lui permet de gérer discrètement des actifs immobiliers au Portugal ou des flux internationaux sans se faire remarquer, la réalité est donc tout autre : les règles de transparence sont omniprésentes, et les structures without-substance sont explicitement ciblées, notamment en matière immobilière avec des règles de transparence partielle sur la valeur des biens détenus via des sociétés.
Créer une société offshore au Portugal à distance : dans quels cas cela a du sens ?
Au vu de toute cette architecture, la question “Créer une société offshore au Portugal à distance : est-ce vraiment possible ?” appelle une réponse en plusieurs volets.
Sur le plan purement technique, il est possible :
Bon à savoir :
Il est possible de constituer une société portugaise (Lda, SA, voire entité MIBC à Madère) sans être résident, en réalisant l’essentiel des démarches à distance via pouvoirs, prestataires locaux et la plateforme Empresa Online 2.0. La fiscalité sur les bénéfices est très compétitive : jusqu’à 5 % sur certaines activités à Madère, 13,3 % en régime régional ordinaire, et 19 % sur le continent avec une tendance à la baisse. Vous pouvez détenir la société via une holding étrangère ou en direct, tout en profitant du réseau de conventions fiscales et des directives européennes.
En revanche, il n’est pas possible :
Attention :
L’anonymat total est impossible (RCBE, KYC, reporting), une société sans substance réelle attire le fisc, vivre 183 jours au Portugal impose la résidence fiscale, et les montages via Madère ne peuvent masquer la propriété immobilière ni optimiser les plus-values au-delà des clauses anti-abus.
Le Portugal ne propose donc pas un “offshore” au sens traditionnel, mais un compromis sophistiqué : une juridiction membre de l’UE, avec un IS bas (jusqu’à 13,3 % voire 5 %), une fiscalité personnelle potentiellement optimisée pour certains profils via IFICI, l’absence d’impôt sur la fortune et un réseau de conventions très dense, le tout dans un environnement ultra-surveillé.
Pour un entrepreneur international ou un investisseur qui cherche une base européenne stable, avec un niveau d’imposition raisonnable et une image de conformité, ce compromis est très attractif. Pour celui qui cherche à cacher des fonds ou à évacuer toute fiscalité, il est en revanche totalement inadapté.
Conclusion : du fantasme offshore au choix d’un hub fiscalement compétitif et transparent
En 2026, la vraie question n’est plus “où trouver un paradis fiscal secret ?”, mais “dans quel pays puis-je structurer mon activité de manière efficace sans me mettre à dos administrations et banques ?”. À cette question, le Portugal, et tout particulièrement Madère, apportent une réponse solide.
Bon à savoir :
Il est possible de créer et gérer à distance une société au Portugal avec un faible taux d’IS, mais elle reste pleinement onshore : soumise au code fiscal portugais, aux règles UE, à la transparence OCDE, au registre des bénéficiaires effectifs et à de lourdes obligations anti-blanchiment.
L’enjeu, pour un entrepreneur francophone qui envisage cette option, n’est donc plus de savoir s’il peut échapper à l’impôt grâce à une société “magique”, mais de déterminer si son modèle économique, sa présence physique et ses flux internationaux se prêtent à une implantation structurée au Portugal ou à Madère, avec substance, transparence et optimisation assumée. Dans ce cadre, la réponse est clairement oui : c’est possible, légal, et potentiellement très performant. En dehors de ce cadre, l’idée de “société offshore au Portugal” relève davantage du slogan commercial que de la stratégie durable.
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