Fiscalité immobilière à Dubaï pour les Français : comprendre impôts locaux, plus-values et convention fiscale

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Investir dans la pierre à Dubaï fait rêver beaucoup de Français : absence d’impôt sur le revenu, pas de taxe sur les plus-values, ni d’impôt sur la fortune local, et un marché immobilier très ouvert aux étrangers. Mais dès qu’on reste rattaché au fisc français, la réalité est plus subtile. Le fait que Dubaï ne taxe quasiment pas les particuliers ne signifie pas que Bercy renonce à sa part. C’est toute la complexité de la fiscalité immobilière à Dubaï pour un Français : d’un côté un paradis fiscal local, de l’autre un système français mondialiste, encadré par une convention fiscale franco-émiratie sophistiquée.

Bon à savoir :

Deux aspects clés : d’une part, les coûts locaux à Dubaï incluent droits d’enregistrement, frais municipaux, taxes indirectes et charges de copropriété. D’autre part, la France impose le bien via la plus-value à la revente, l’IFI sur sa valeur, les loyers perçus, en tenant compte de la convention fiscale franco-émiratie.

Cet article propose une lecture pratique, orientée investisseur français, de ces trois blocs : les “impôts locaux” à Dubaï, la fiscalité française (plus-values, IFI, revenus locatifs, exit tax), puis le rôle exact de la convention fiscale franco-émiratie.

Les “impôts locaux” à Dubaï : 0 % d’impôt, mais des frais incontournables

À première vue, Dubaï est simple : pas d’impôt sur le revenu des particuliers, pas d’impôt sur les plus-values immobilières, pas d’impôt sur la fortune, pas de droits de succession sur les biens locaux. Pour un investisseur français, tout semble donc net d’impôt. Pourtant, l’achat, la détention et la location d’un bien à Dubaï s’accompagnent d’une série de frais quasi obligatoires, qui s’apparentent, fonctionnellement, à des “impôts locaux”.

Le droit de mutation du Dubai Land Department : le vrai “impôt” immobilier

Le principal coût fiscal lors de l’acquisition est le droit de transfert prélevé par le Dubai Land Department (DLD). Il s’agit d’un droit d’enregistrement de 4 % du prix du bien, dû à chaque mutation de propriété, qu’il s’agisse d’un appartement dans Marina, d’une villa à Arabian Ranches ou d’un bureau à Business Bay.

Juridiquement, ce n’est pas un impôt sur les plus-values mais un droit de mutation, similaire aux droits d’enregistrement payés chez un notaire en France, même si le niveau est différent : à Dubaï, on parle d’environ 4 %, contre 7–8 % en moyenne pour les “frais de notaire” sur un achat ancien en France.

On peut résumer ce coût dans le tableau suivant.

Élément Dubaï (DLD) France (ordre de grandeur)
Droit de mutation / enregistrement 4 % du prix du bien 7–8 % du prix (frais de notaire)
Fréquence À chaque transfert de propriété À chaque transfert de propriété
Base Prix déclaré de la transaction Prix de vente

À ce droit de 4 % s’ajoutent des frais techniques : émoluments du trustee, frais de titre de propriété, frais de carte cadastrale, qui restent modérés au regard des budgets d’acquisition.

Frais administratifs, enregistrement et TVA

Pour chaque transaction, le passage par un “trustee office” agréé est obligatoire : ce tiers enregistre la cession auprès du DLD. Les frais sont forfaitaires, avec un barème dépendant de la valeur du bien. Pour les biens d’au moins 500 000 AED, le tarif de base tourne autour de 4 000 AED, auquel s’ajoutent 5 % de TVA.

580

Le coût de délivrance d’un titre de propriété pour un lot en copropriété aux Émirats arabes unis est d’environ 580 AED.

Sur le plan de la TVA, il faut distinguer clairement résidentiel et commercial. Les logements anciens revendus entre particuliers sont en pratique hors champ de TVA. Les ventes de logements neufs par un promoteur dans les trois ans suivant l’achèvement sont en principe à taux zéro, ce qui permet au promoteur de récupérer sa propre TVA amont sans la facturer au client. En revanche, les bureaux, commerces et biens purement professionnels relèvent d’un taux de 5 %, payé par l’acheteur ou le locataire.

Charges de copropriété et “housing fee” : des coûts récurrents à ne pas négliger

Même sans impôt foncier au sens européen, la détention d’un bien à Dubaï entraîne des coûts réguliers structurants. D’abord les charges de service (service charges), exigibles auprès de tout propriétaire, qu’il soit occupant ou bailleur. Elles financent la maintenance des parties communes, la sécurité, la climatisation centrale, le nettoyage, les piscines, les jardins.

Astuce :

Ces charges, fixées en dirhams par mètre carré, varient fortement selon les quartiers et le standing. Elles sont indexées et contrôlées par l’autorité de régulation RERA via la plateforme Mollak. En pratique, on constate des écarts considérables.

Zone / type de bien Niveau indicatif de charges (AED/m²/an)
Burj Khalifa, Address Downtown ~ 60–68 AED/m²
Dubai Marina, JBR ~ 14–16 AED/m²
Business Bay, JLT ~ 13–15 AED/m²
Villas (Arabian Ranches, Dubai Hills) ~ 2–4 AED/m²

À ces charges s’ajoute une redevance municipale, parfois présentée comme “Dubai Housing Fee”, qui fonctionne comme une quasi-taxe d’habitation. Son taux est de 5 % de la valeur locative du bien. Si le logement est occupé par son propriétaire, la base est la valeur locative estimée par les autorités ; s’il est loué, la base est le loyer annuel effectif. Cette redevance est collectée chaque mois via la facture d’électricité et d’eau (DEWA), à la manière d’une taxe intégrée aux charges courantes.

Dans un appartement occupé par son propriétaire, ces 5 % de valeur locative et les charges de service constituent le cœur du “coût annuel” immobilier. Pour un investisseur bailleur, ces frais viennent en déduction du rendement brut, mais restent loin d’une taxe foncière de 1 à 2 % de la valeur du bien, comme on peut la rencontrer dans certains pays occidentaux.

Revenus locatifs et capital gain : 0 % pour l’impôt local

Pour un Français propriétaire à Dubaï, la grande promesse reste l’absence totale d’impôt local sur les loyers et sur la plus-value. Qu’il s’agisse d’un studio loué en longue durée à Business Bay ou d’un penthouse sur Palm Jumeirah revendu avec une forte plus-value, l’émirat ne prélève aucun impôt sur ces flux au niveau de la personne physique.

Attention :

Un particulier gérant un patrimoine privé n’est pas soumis à l’impôt fédéral sur les sociétés. Le taux de 9 % ne s’applique qu’aux activités commerciales avec un chiffre d’affaires annuel supérieur à 375 000 AED. Les revenus immobiliers privés (dividendes, intérêts, loyers, plus-values) sont exclus de l’impôt pour un individu agissant sans structure business.

Concrètement, pour un Français :

Les loyers bruts encaissés à Dubaï ne subissent aucun impôt local.

La plus-value de cession, même très importante, n’est jamais taxée par les autorités émiriennes.

– Il n’existe pas de droits de succession locaux sur l’immeuble, même transmis à des héritiers non résidents.

Cette neutralité fiscale locale est au cœur du modèle dubaïote, mais c’est précisément ce qui renvoie la problématique vers la France.

Ce que Dubaï ne taxe pas… que la France peut taxer : plus-values, IFI et revenus locatifs

Le contraste entre le 0 % structurel de Dubaï et l’appétit fiscal français est net. La France applique une fiscalité mondiale aux résidents fiscaux, en matière de revenus comme de patrimoine immobilier. La présence d’un bien à Dubaï dans votre patrimoine ne déclenche aucun impôt local, mais peut déclencher plusieurs impôts français : sur la plus-value, sur les loyers, sur la fortune immobilière.

Le statut fiscal en France : résident ou non, la clé de voûte

Tout commence par une question juridique fondamentale : êtes-vous encore résident fiscal de France, au sens de l’article 4 B du Code général des impôts, ou êtes-vous considéré comme non-résident ? Pour l’administration, il suffit qu’un seul des trois critères de résidence soit rempli pour que vous restiez imposable en France comme résident :

votre foyer ou lieu de séjour principal est en France (famille, logement principal) ;

votre activité professionnelle principale est exercée en France ;

votre centre d’intérêts économiques (investissements, revenus principaux, direction d’affaires) est localisé en France.

Tant qu’un de ces axes pointe vers la France, vous restez résident fiscal français et donc imposable sur vos revenus et votre patrimoine mondiaux. Cela signifie que :

un appartement à Dubaï doit être intégré dans la base de l’IFI si votre patrimoine immobilier global dépasse 1,3 M€ ;

les loyers provenant de Dubaï sont imposables dans votre déclaration française, au barème progressif pouvant aller jusqu’à 45 %, assorti de prélèvements sociaux à 17,2 % ;

– la plus-value de cession de votre bien à Dubaï est taxable en France selon les règles de la “plus-value immobilière des particuliers”.

À l’inverse, une fois la non-résidence fiscale française établie de façon solide, la France n’impose plus que les revenus de source française et les biens immobiliers situés en France. Vos actifs à Dubaï sortent alors du champ revenu et, pour l’essentiel, du champ de l’IFI.

IFI : quand un appartement à Dubaï déclenche l’impôt sur la fortune immobilière

L’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) remplace depuis 2018 l’ancien ISF, mais son champ est plus restreint : seules les valeurs immobilières sont taxées. Le seuil d’entrée est fixé à 1,3 million d’euros de patrimoine immobilier net (en France et à l’extérieur pour un résident, en France seulement pour un non-résident). Les taux sont progressifs, de 0,5 % à 1,5 % sur les tranches supérieures.

Pour un Français qui reste résident fiscal et achète un bien à Dubaï, le piège est double :

Le bien dubaïote est intégré à la base IFI comme tout autre immeuble étranger.

L’absence de fiscalité locale ne change rien : la convention fiscale franco-émiratie ne prévoit aucun crédit d’impôt compensateur pour un impôt… qui n’existe pas aux Émirats.

Prenons un exemple simplifié : un contribuable détient déjà 600 000 € de patrimoine immobilier net en France (résidence principale et un petit investissement locatif). Il achète un appartement à Dubaï pour 1 000 000 €. Son patrimoine immobilier mondial franchit 1,6 M€ net ; il dépasse le seuil de 1,3 M€ et devient redevable de l’IFI, calculé sur l’ensemble de ses biens immobiliers (France + Dubaï), selon le barème applicable.

Le barème effectif de l’IFI peut être résumé ainsi.

Tranche de patrimoine immobilier net Taux IFI applicable (indicatif)
Jusqu’à 800 000 € 0 %
De 800 000 € à 1 300 000 € 0,5 %
De 1 300 000 € à 2 570 000 € 0,7 %
De 2 570 000 € à 5 000 000 € 1,0 %
De 5 000 000 € à 10 000 000 € 1,25 %
Au-delà de 10 000 000 € 1,5 %

Pour un non-résident fiscal français, la logique change : seuls les biens situés en France (ou certains titres à prépondérance immobilière française) entrent dans la base IFI. En pratique, un Français établi à Dubaï qui a coupé ses liens fiscaux avec la France ne sera plus imposé à l’IFI sur son appartement dubaïote, mais le restera sur un immeuble à Paris si sa valeur totale dépasse 1,3 M€.

Un point important : détenir un bien à Dubaï via une société locale n’efface pas nécessairement l’IFI, si cette structure est regardée comme transparente ou à prépondérance immobilière. L’analyse se fait actif par actif, et le fisc français regarde au-delà de l’enveloppe juridique.

Plus-value immobilière sur un bien à Dubaï : où et comment est-on taxé ?

Sur le plan local, la règle est simple : la plus-value réalisée par un particulier sur la vente d’un bien à Dubaï n’est pas imposée par l’émirat. Aucun impôt sur la plus-value n’est dû, quelle que soit la durée de détention ou le montant du gain.

Côté français, la situation dépend entièrement du statut de résidence fiscale :

si vous êtes encore résident fiscal français au moment de la vente, la plus-value est taxable en France, même si le bien est situé à Dubaï ;

si vous êtes devenu non-résident fiscal français et que le bien est situé hors de France, la France n’a plus compétence pour taxer la plus-value, sous réserve d’une résidence effectivement reconnue à l’étranger et d’une bonne application de la convention fiscale.

Bon à savoir :

La convention prévoit que la cession d’un bien immobilier à Dubaï est imposable aux Émirats arabes unis. Cependant, ces derniers n’imposant pas les plus-values des personnes physiques, le crédit d’impôt prévu est inapplicable. La France, pays de résidence, peut donc taxer la plus-value chez un résident français sans devoir de crédit d’impôt étranger.

En pratique, pour un résident fiscal français qui vend un bien à Dubaï :

la plus-value brute se calcule selon les règles françaises (prix de vente – prix d’acquisition + certains frais et travaux) ;

– l’imposition se fait au taux de 19 % pour l’impôt, plus 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % au total, avant majoration éventuelle pour très grosse plus-value ;

– des abattements pour durée de détention réduisent progressivement la base taxable : l’impôt sur la plus-value est totalement exonéré après 22 ans de détention ; les prélèvements sociaux le sont après 30 ans ;

– en cas de très grosse plus-value (plus de 50 000 €), une surtaxe de 2 à 6 % peut s’ajouter.

On peut résumer les grandes lignes de cette imposition.

Élément Règles pour un résident fiscal français vendant à Dubaï
Impôt sur la plus-value 19 %
Prélèvements sociaux 17,2 %
Taux global “standard” 36,2 %
Abattement Impôt (22 ans pour exonération) Début progressif après 5 ans
Abattement Prélèvements sociaux (30 ans) Plus lent, exonération complète après 30 ans
Taxe supplémentaire pour PV > 50 000 € 2 à 6 % selon le montant

Autrement dit, la plus-value “économique” reste dans votre poche à Dubaï, mais le fisc français peut en prélever une part importante si vous demeurez résident. Pour échapper à cette imposition, il ne suffit pas d’avoir un titre de séjour émirien ou une Golden Visa : il faut avoir effectivement transféré son domicile fiscal, au sens du droit interne français et des critères de la convention.

Revenus locatifs de Dubaï : 0 % local, potentiellement jusqu’à 62,2 % en France

Les loyers perçus à Dubaï ne sont pas imposables dans l’émirat, mais ils sont regardés très différemment par l’administration française selon votre statut fiscal.

Exemple :

Pour un résident fiscal français, les revenus locatifs d’un bien situé aux Émirats sont réputés de source étrangère mais imposables en France selon la règle de la mondialité. La convention franco-émiratie prévoit que ces revenus sont imposables dans l’État de situation du bien, soit les Émirats. Cependant, comme les Émirats ne prélèvent aucun impôt, la France applique sa fiscalité sans crédit d’impôt étranger, ce qui rend ces loyers taxés en France.

au barème progressif de l’impôt sur le revenu (jusqu’à 45 % dans la tranche la plus haute),

– auxquels s’ajoutent des prélèvements sociaux à 17,2 %.

Le taux global marginal peut donc dépasser 60 % pour un contribuable dans la tranche la plus élevée, même si, dans les faits, des régimes spécifiques (micro-foncier, réel, déficit foncier) peuvent moduler la base imposable.

Pour un non-résident fiscal français, les loyers provenant d’un bien situé à Dubaï ne constituent pas un revenu de source française. Ils échappent donc à l’impôt français, sauf requalification ou situation hybride particulière. La France continue toutefois de taxer les loyers issus de biens situés en France (avec un taux minimum pour les non-résidents), mais laisse en principe totalement hors champ les loyers de Dubaï.

Exit tax : ce que le départ en Dubaï ne règle pas d’office

Beaucoup de futurs expatriés imaginent qu’en partant à Dubaï, ils échappent d’un coup à la fiscalité française. En réalité, le départ lui-même peut déclencher une imposition spécifique : l’“exit tax”, prévue par l’article 167 bis du CGI. Cette taxe ne concerne pas les biens immobiliers détenus directement, qui restent de toute façon imposables en cas de cession, mais les participations significatives dans des sociétés.

Elle vise les personnes qui ont été résidentes fiscales françaises au moins 6 des 10 années précédant leur départ et qui, à la date du transfert de domicile, détiennent :

soit un portefeuille de valeurs mobilières (titres, parts, droits assimilés) d’une valeur globale supérieure à 800 000 € ;

– soit plus de 50 % des droits dans les bénéfices d’une société.

Le jour du départ, la France considère que vous avez “fictivement” vendu vos titres à leur valeur de marché, et calcule un impôt sur la plus-value latente au taux de la flat tax, soit environ 30 % (12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux), avec, en pratique, un total qui peut avoisiner 31 à 32 % en intégrant certaines contributions additionnelles.

Ce mécanisme ne vise pas votre appartement à Dubaï, qui sort du champ de l’exit tax, mais il fait partie du contexte à anticiper si vous envisagez de quitter la France pour vous installer à Dubaï et vous constitue un patrimoine global significatif. Une mauvaise préparation peut conduire à cristalliser une lourde charge fiscale sur vos participations françaises ou internationales au moment du départ.

La convention fiscale franco-émiratie : filet de sécurité… mais pas bouclier absolu

La France et les Émirats arabes unis sont liés par une convention fiscale bilatérale signée en 1989 et complétée par un protocole en 1993. Ce texte a plusieurs objectifs : éviter les doubles impositions, prévenir la fraude et l’évasion fiscales et déterminer quel État a le droit de taxer chaque catégorie de revenu ou de patrimoine.

Dans le cas spécifique de l’immobilier, cette convention apporte des réponses précises mais souvent mal comprises par les particuliers.

Immobilier et plus-values : taxation dans l’État de situation du bien

La convention est très claire : les revenus provenant de biens immobiliers (loyers, droits à bail, fermages, etc.) et les plus-values issues de leur cession sont en principe taxables dans l’État où se situe l’immeuble. Cela signifie que :

un appartement à Paris sera toujours imposable en France (revenus locatifs et plus-values), même si son propriétaire est devenu résident fiscal à Dubaï au sens de la convention ;

un appartement à Dubaï sera, par principe, imposable aux Émirats pour ses loyers et sa plus-value.

Mais comme Dubaï ne taxe ni les loyers ni les plus-values au niveau de la personne physique, ce droit théorique de taxation reste sans effet. Pour un résident fiscal français, la France peut donc imposer ces flux en tant qu’État de résidence, sans que la convention lui impose de renoncer à sa fiscalité ni de créditer un impôt qui n’a pas été payé aux Émirats.

Autrement dit, la convention ne crée pas de “bouclier d’exonération” en faveur de Dubaï. Elle répartit des droits de taxer, mais si l’État de situation renonce à taxer, l’État de résidence n’est pas empêché d’appliquer sa propre loi. C’est ce qui explique l’imposition systématique en France des plus-values et loyers de Dubaï tant que le contribuable reste résident fiscal français.

Analyse fiscale

IFI et convention : un champ plus complexe qu’il n’y paraît

La convention franco-émiratie a la particularité d’aller plus loin que de nombreux accords inspirés du modèle OCDE : elle couvre non seulement les impôts sur le revenu et sur les bénéfices, mais aussi l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) et certains droits de succession.

Dans le cas de l’IFI, la convention organise une répartition du droit de taxer la fortune immobilière. En théorie, elle reconnaît qu’un bien immobilier situé dans un État peut être soumis à une imposition de fortune dans cet État, et prévoit des mécanismes d’élimination de la double imposition. Mais comme les Émirats n’appliquent aucune taxe équivalente à l’IFI, le crédit d’impôt potentiel est nul.

Bon à savoir :

Pour un résident fiscal français, la France peut inclure un bien situé à Dubaï dans l’assiette de l’IFI. À l’inverse, pour un résident fiscal émirien, la France ne peut taxer que les biens immobiliers situés en France ou certains titres à prépondérance immobilière française.

On retrouve donc la même logique que pour l’impôt sur le revenu : la convention répartit des droits, mais si l’État étranger n’exerce aucun droit de taxation, la France ne renonce pas unilatéralement à son impôt.

Résidence au sens de la convention : comment trancher entre France et Émirats ?

La convention prévoit un mécanisme de “tie-breaker” pour les situations où les deux États considèrent une même personne comme résidente. Elle examine successivement :

l’existence d’un foyer permanent d’habitation dans un État ou l’autre ;

le centre des intérêts vitaux (famille, affaires, intérêts économiques) ;

– le lieu de séjour habituel ;

– la nationalité ;

– à défaut, un accord entre administrations fiscales.

Attention :

Un Français avec Golden Visa ou Emirates ID n’est pas automatiquement résident émirien selon la convention fiscale. Il doit prouver que son centre de vie (logement, famille, activité, comptes, dépenses) est aux Émirats et que ses liens avec la France sont suffisamment réduits. Sinon, la France peut le considérer résident fiscal français et imposer ses revenus et sa fortune mondiaux.

C’est ici qu’intervient un document important : le “Tax Residency Certificate” délivré par l’administration fiscale fédérale émirienne. Il constitue une pièce clé pour faire valoir la résidence aux Émirats, mais ne suffit pas, seul, à renverser l’analyse française si les faits montrent une présence majoritaire en France ou un centre économique encore très français.

La convention comme outil de stratégie, pas comme solution magique

Pour un investisseur français à Dubaï, la convention est utile à plusieurs niveaux :

elle évite les double-impositions théoriques lorsque les deux États taxent le même flux ;

elle donne une base pour contester une résidence fiscale revendiquée à tort par l’un des deux États ;

– elle encadre la fiscalité croisée sur l’IFI, les successions et certains flux de capitaux.

Mais elle ne remplace jamais l’analyse du droit interne français. La règle pratique, pour l’immobilier de Dubaï, est simple :

si vous restez résident français, la convention ne vous protège ni de l’impôt sur les loyers dubaïotes, ni de l’imposition sur la plus-value, ni de l’IFI sur le bien ;

si vous devenez véritablement résident des Émirats au sens de la convention, la France ne taxera plus votre bien de Dubaï ni ses revenus, mais continuera à imposer vos immeubles français et certains flux de source française (pensions, dividendes, etc.).

En pratique : que signifie investir à Dubaï pour un Français selon son profil ?

Au-delà des règles, l’essentiel pour un investisseur est d’anticiper sa situation fiscale globale. Un même bien dubaïote peut être quasi “hors impôt” pour un Français non-résident, ou au contraire fortement imposé pour un résident français très taxé.

Cas 1 : investisseur français qui reste résident fiscal en France

Dans ce scénario, vous vivez en France, y exercez votre activité principale et conservez le centre de vos intérêts économiques. Vous achetez un appartement à Dubaï pour le louer, en visant un rendement brut élevé.

1,3 M€

La valeur cumulée des biens immobiliers en France et à Dubaï ne doit pas dépasser ce seuil pour éviter l’IFI, incluant l’appartement dubaïote.

À la revente, la plus-value, même si elle n’est pas taxée à Dubaï, est imposée en France au régime de la plus-value immobilière, avec abattements pour durée de détention.

Cas 2 : expatrié français devenu réellement résident fiscal à Dubaï

Vous avez déménagé à Dubaï, y passez plus de 183 jours par an, votre famille vous y a rejoint, vos revenus d’activité proviennent d’employeurs ou de sociétés non françaises, vos comptes bancaires principaux sont locaux. La convention franco-émiratie et les critères internes convergent pour reconnaître votre résidence aux Émirats.

Dans ce cas :

Bon à savoir :

La France ne taxe plus vos revenus locatifs et plus-values issus de Dubaï, ni la valeur de votre appartement pour l’IFI. Seuls vos revenus de source française (loyers, salaires, retraites) et vos biens immobiliers en France (au-delà de 1,3 M€ pour l’IFI) restent imposables. À la revente de votre bien à Dubaï, aucun impôt n’est dû ni à Dubaï ni en France si vous n’êtes plus résident fiscal français.

Attention toutefois à deux points : l’exit tax sur vos titres (éventuellement différée et annulée au bout de quelques années si les conditions sont remplies) et la période transitoire post-départ où certaines règles françaises continuent de produire effet (par exemple en matière de succession).

Cas 3 : situation grise, résidence contestable

C’est la situation la plus risquée : vous avez un visa résident à Dubaï, peut-être une Golden Visa liée à un investissement de plus de 2 millions d’AED, mais vous continuez à passer une grande partie de l’année en France, à y percevoir l’essentiel de vos revenus professionnels ou à y conserver une résidence où vit votre famille.

Bon à savoir :

Depuis Dubaï, vous pouvez obtenir un certificat de résidence fiscale émirien. Cependant, la France peut vous considérer comme résident selon l’article 4 B du CGI, et la convention fiscale peut vous traiter comme résident français si votre foyer ou centre des intérêts vitaux se trouve en France.

Dans ce cas, l’administration française pourra considérer :

que vous restez imposable en France sur l’ensemble de vos revenus mondiaux, y compris loyers de Dubaï et plus-values sur un bien local ;

que votre appartement de Dubaï appartient à votre base IFI ;

– que les déclarations d’avoirs à l’étranger (comptes bancaires, SCI, sociétés locales) via les formulaires spécifiques (tels que le formulaire 3916 pour les comptes) restent obligatoires.

C’est là que la convention fiscale ne protège plus : elle n’empêche pas la France de taxer si, in fine, vous êtes considéré comme résident français au sens combiné du droit interne et du traité.

Conclusion : Dubaï, paradis fiscal local… mais pas forcément pour le fisc français

Pour un Français, l’immobilier à Dubaï offre un environnement local extrêmement favorable : pas d’impôt sur le revenu, zéro taxe sur la plus-value, aucun impôt sur la fortune, pas de droits de succession, et un seul “gros” coût fiscal direct, le droit d’enregistrement de 4 % au moment de l’achat. Les charges de copropriété et la “housing fee” restent significatives mais n’ont rien d’un impôt foncier européen.

Attention :

Tant que vous restez résident fiscal français, un appartement à Dubaï reste soumis à la logique mondiale de la France via l’IFI, l’impôt sur les revenus fonciers, les plus-values immobilières, l’exit tax et la convention fiscale, ce qui empêche une absence automatique de taxe globale malgré l’absence d’impôt à Dubaï.

peut déclencher l’IFI si votre patrimoine immobilier franchit 1,3 M€ ;

– produit des loyers imposés en France au barème et aux prélèvements sociaux ;

– génère une plus-value taxable en France en cas de vente.

Bon à savoir :

Pour que l’immobilier à Dubaï soit exempté des impôts français sur le revenu et la fortune, il faut être résident fiscal des Émirats selon les critères français et conventionnels. Seuls les biens et revenus de source française restent imposables en France.

Investir à Dubaï pour un Français, ce n’est donc pas seulement arbitrer un rendement brut et un droit de mutation à 4 %. C’est d’abord se poser une question stratégique : suis-je destiné à rester résident fiscal de France, ou à organiser, en profondeur, mon transfert de résidence aux Émirats ? La réponse à cette question conditionne entièrement le véritable avantage fiscal de la pierre à Dubaï.

Un projet patrimonial ou une question ? Contactez-nous dès maintenant pour échanger avec un expert en gestion de patrimoine.

RETROUVEZ-MOI RÉGULIÈREMENT DANS LA PRESSE

Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.

A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

Retrouvez-moi sur les réseaux sociaux :
  • LinkedIn
  • Twitter
  • YouTube
Nos guides :