Structurer votre offshore aux Seychelles, étape par étape

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Créer une structure offshore performante ne se résume plus à acheter une société “clé en main” en quelques clics. Entre exigences de substance, registres de bénéficiaires effectifs, contrôles bancaires renforcés et réformes législatives successives, structurer correctement votre offshore aux Seychelles en 2026 demande une approche méthodique. La bonne nouvelle, c’est que ce territoire reste l’un des plus souples et des plus compétitifs au monde pour une International Business Company (IBC), à condition de respecter le cadre.

Bon à savoir :

Cet article détaille toutes les étapes, les obligations légales et les coûts typiques pour créer une entreprise aux Seychelles, en se basant sur le cadre réglementaire en vigueur en 2026, de l’idée initiale jusqu’à la mise en route opérationnelle.

Sommaire de l'article masquer

Comprendre ce que permet (et ne permet pas) une offshore aux Seychelles

Avant même de penser statuts ou banque, il est essentiel de clarifier ce que vous pouvez réellement faire avec une IBC seychelloise.

Une IBC est pensée pour l’international. Elle peut détenir des actifs (comptes bancaires, titres, participations, propriété intellectuelle), mener des opérations de commerce international, de conseil, d’e‑commerce, de gestion de patrimoine ou d’investissement, etc. En revanche, elle ne doit pas se comporter comme une société locale.

Attention :

Une International Business Company (IBC) des Seychelles ne peut exercer d’activité commerciale auprès de résidents locaux ni détenir de biens immobiliers (sauf bail de bureaux). Elle est interdite de fournir des services réglementés (banque, assurance, gestion de fonds, services de valeurs mobilières) sans licence. Des activités sensibles spécifiques (forex non régulé, jeux d’argent en ligne non autorisés, etc.) sont également exclues ou difficilement acceptables pour les banques.

Cette “cloison” entre l’économie locale et le monde offshore est au cœur du modèle seychellois : la société est juridiquement résidente aux Seychelles, mais fiscalement, seule la part de revenus véritablement située dans l’archipel peut être taxée. Tout le reste, si les conditions sont remplies, reste à 0 %.

Poser le cadre légal et fiscal avant d’agir

Structurer votre offshore suppose d’abord de connaître les textes qui vont encadrer votre société, afin de ne pas bâtir sur du sable.

Les lois qui régissent votre IBC

L’ossature de votre projet repose sur l’International Business Companies Act 2016, régulièrement amendé (notamment en 2018, 2021 puis fin 2024). Ce texte a modernisé l’ancien régime de 1994, en intégrant les standards internationaux de transparence, en durcissant les règles de tenue de registres et en encadrant les obligations de substance économique.

Autour de cette loi pivot gravite tout un ensemble de textes : Beneficial Ownership Act 2020 (registre des bénéficiaires effectifs), Economic Substance Act, Trusts Act 2021, Foundations Act 2009, sans oublier la législation fiscale (Business Tax Act et ses amendements). L’autorité de supervision est la Financial Services Authority (FSA), qui délivre les licences aux registered agents, contrôle les prestataires fiduciaires et tient le registre des IBC.

2025

L’année où les Seychelles sont sorties de certaines listes noires étrangères, marquant une évolution de la situation internationale.

Un système fiscal territorial et ciblé

Pour structurer intelligemment votre offshore, il faut comprendre comment fonctionne la fiscalité seychelloise.

Les Seychelles appliquent un système territorial : un revenu est imposable s’il est rattaché à une source seychelloise (activité exercée localement, biens situés dans le pays, droits utilisés sur place). Pour une IBC typique qui opère à l’international sans activité locale, les revenus sont donc, en principe, exonérés de l’impôt sur les sociétés, de l’impôt sur les plus-values, des retenues à la source sur dividendes, intérêts et redevances versés à des non‑résidents, et de la TVA sur les opérations offshore.

Astuce :

Une IBC (International Business Company) seychelloise est soumise à l’impôt local sur ses revenus considérés comme ‘Seychelles-sourcés’. Les taux appliqués sont progressifs : 15 % sur le premier palier, puis 25 % ou 33 % selon le type de structure et le niveau de profits. Certaines activités régulées peuvent subir des taux plus élevés. De plus, pour se conformer aux standards de l’OCDE et de l’UE, les règles de substance économique peuvent entraîner la taxation de revenus passifs étrangers si la société appartient à un groupe multinational et ne démontre pas une présence économique suffisante aux Seychelles.

C’est un point clé : une IBC “purement offshore” qui se limite à un rôle de holding simple, sans être au cœur d’un groupe complexe, reste très largement à 0 %, mais les montages impliquant des flux importants d’intérêts, de redevances ou de dividendes dans une structure de groupe doivent être analysés à l’aune de ces règles.

Choisir la bonne cible : IBC, CSL, trust, fondation ?

Structurer efficacement votre offshore, ce n’est pas seulement “ouvrir une IBC”, mais choisir la forme et la combinaison de structures adaptées à vos objectifs.

L’IBC, brique centrale de la structuration

Dans la grande majorité des cas, une IBC seychelloise suffit pour structurer des revenus de conseil, de trading international, d’e‑commerce, de détention d’actifs financiers ou de propriété intellectuelle. C’est la forme la plus utilisée : plusieurs dizaines de milliers d’IBC sont actives, et la plupart des prestataires locaux sont organisés autour de ce produit.

Exemple :

L’International Business Company (IBC) se caractérise par une gouvernance très souple : elle peut être constituée avec un seul administrateur et un seul actionnaire, qui peuvent être des personnes physiques ou morales sans condition de résidence. Elle n’exige pas de capital libéré significatif (théoriquement 1 USD, avec un capital autorisé standard d’environ 50 000 USD non libéré). Son formalisme est minimal : aucune assemblée générale obligatoire, des réunions de direction pouvant se tenir en ligne, et aucun secrétaire social imposé.

Les autres briques possibles

D’autres formes existent, utiles pour des montages plus sophistiqués :

les sociétés à licence spéciale (CSL), sujettes à la fiscalité locale mais éligibles à certains traités de non‑double imposition ;

– les Limited Partnerships ou Protected Cell Companies pour des fonds, véhicules d’investissement ou structures à compartiments ;

– les trusts et fondations pour la protection patrimoniale, la transmission ou l’organisation d’un family office.

Pour un entrepreneur qui veut d’abord optimiser une activité de services ou un portefeuille d’actifs financiers, l’IBC reste néanmoins le point d’entrée le plus naturel. Trusts et fondations serviront plutôt à compléter la structure, par exemple en logeant les actions de l’IBC dans un trust seychellois ou une fondation, afin de dissocier clairement déten­tion économique et contrôle opérationnel.

Étape 1 : sélectionner un registered agent solide

La pierre angulaire de votre structuration, c’est le registered agent seychellois. Sans lui, il est impossible de constituer ou de maintenir une IBC : la loi impose de passer par un agent licencié sur place, qui fait le lien avec la FSA, tient le siège statutaire, conserve vos registres et centralise vos obligations.

Comprendre son rôle réel

Le registered agent n’est pas un simple “boîte aux lettres”. Il agit comme point de contact officiel avec les autorités (FSA, Registrar, Financial Intelligence Unit), reçoit les notifications légales, dépose les documents statutaires, paie les droits annuels au nom de la société, tient et met à jour les registres obligatoires (administrateurs, actionnaires, bénéficiaires effectifs, procès‑verbaux), collecte et conserve vos écritures comptables pendant au moins sept ans, et assure le suivi KYC/AML continu.

Bon à savoir :

Votre banquier a des responsabilités légales : il doit vérifier votre identité, refuser certains profils ou activités, signaler les opérations suspectes aux autorités et protéger la confidentialité de vos informations.

Critères pour choisir le bon prestataire

En 2026, on ne compte qu’un nombre limité de providers agréés par la FSA. En parallèle, des centaines d’intermédiaires étrangers annoncent “offshore aux Seychelles” sans être eux‑mêmes agents locaux. Pour structurer sérieusement votre opération, il est prudent de vérifier que votre interlocuteur est soit directement un registered agent licencié, soit un intermédiaire qui travaille clairement avec un agent listé sur le registre public de la FSA.

Au-delà de la licence, plusieurs critères méritent d’être examinés :

Critères d’évaluation d’un prestataire de services d’entreprise

Points clés à vérifier pour choisir un partenaire fiable dans la constitution et la gestion de votre société à l’étranger.

Conformité et gouvernance

Évaluation de la robustesse des procédures KYC/AML et de la gestion du registre des bénéficiaires effectifs.

Transparence tarifaire

Clarté des honoraires pour la constitution, le renouvellement, les options, l’apostille, les services de nominee et la comptabilité.

Accompagnement bancaire

Capacité à proposer des banques et EMI réalistes en adéquation avec votre profil professionnel et votre secteur d’activité.

Services additionnels

Disponibilité de services utiles : administration, comptabilité, et ‘substance’ (adresse commerciale, directeur local, signataire de compte).

Un piège courant consiste à choisir exclusivement sur le prix d’appel : des offres ultra‑bon marché cachent souvent un agent insuffisamment structuré, ou des surcoûts incontournables (compliance, documents certifiés, mise à jour BO, tenue des comptes, etc.). Un autre drapeau rouge : les promesses d’“anonymat total” incompatibles avec la réglementation actuelle qui impose l’identification complète des bénéficiaires.

Aperçu des coûts d’agent et de gouvernement

Pour vous donner un ordre de grandeur des postes principaux la deuxième année (hors options spécifiques), le tableau ci‑dessous synthétise des niveaux réalistes issus de la pratique locale :

Poste de coût principalMontant indicatif (USD)
Redevance gouvernementale annuelle (licence IBC)100 à 150
Honoraires de registered agent + siège social300 à 700
Frais de conformité / KYC annuel par structureà partir de 50
Garde des archives comptables (par an)env. 100
Coût minimal de maintenance (gouvernement + agent)500 à 800

Ces montants restent généralement inférieurs à ceux de juridictions comparables comme les BVI ou les Caïmans, tout en offrant une infrastructure et une sécurité juridique désormais très proches.

Étape 2 : définir l’architecture de votre structure

Une fois l’agent sélectionné, il faut concevoir l’architecture interne de la société : qui dirige, qui détient, et à quel niveau de transparence.

Administrateurs et actionnaires : minimum légal et pratique

La loi seychelloise impose au moins un administrateur et un actionnaire. Ils peuvent être la même personne, physique ou morale, résidente ou non. Il n’y a pas d’exigence de directeur local, ni de sponsor seychellois. Il n’y a pas non plus d’obligation de secrétaire social.

Il est possible d’opter pour :

un schéma direct : le bénéficiaire effectif est à la fois administrateur et actionnaire, ce qui simplifie la gouvernance et réduit les coûts ;

un schéma plus discret : utilisation de sociétés interposées ou de nominees comme actionnaires/administrateurs de façade, tout en déclarant le bénéficiaire effectif réel à l’agent.

Bon à savoir :

Les réunions du conseil peuvent se tenir n’importe où, y compris par téléphone ou visioconférence, et les assemblées générales ne sont pas obligatoires. Cette flexibilité facilite la gestion de la société. Cependant, pour certains contribuables (notamment en Europe ou aux États-Unis), le lieu réel où les décisions stratégiques sont prises est un critère déterminant pour la qualification fiscale.

Capital social, type de parts et registre des membres

Il n’existe pas de capital minimum légal. On voit souvent des statuts prévoir un capital autorisé de l’ordre de 50 000 USD (sans obligation de le libérer), ou un capital symbolique.

Les actions peuvent être avec ou sans valeur nominale, en devise librement choisie (USD, EUR, GBP…), émises uniquement sous forme nominative. La pratique plus ancienne des actions au porteur a été progressivement encadrée puis neutralisée par les réformes successives : en 2026, il est fortement déconseillé de recourir à des mécanismes assimilables, tant du point de vue bancaire que réglementaire.

Bon à savoir :

Le registre des membres (actionnaires) est tenu au siège de l’agent. Il n’est pas public mais doit être à jour. Depuis des amendements récents, lorsqu’un actionnaire nominee est présent, le registre doit également mentionner la personne qui l’a mandaté (le ‘nominator’), avec ses données d’identification. Cette obligation ajoute une couche de transparence supplémentaire, qui coexiste avec le registre des bénéficiaires effectifs.

Nominee services : confidentialité encadrée

Les services de nominee director et nominee shareholder sont parfaitement légaux aux Seychelles et largement utilisés, à condition que l’agent connaisse le véritable bénéficiaire. Le directeur de paille ou l’actionnaire prête‑nom sont enregistrés dans les statuts et les registres internes, tandis qu’un acte (Power of Attorney pour le directeur, Declaration of Trust pour l’actionnaire) confirme que les pouvoirs sont exercés dans l’intérêt de la personne réelle.

Ces services ont un coût non négligeable et ne doivent pas être vus comme un moyen de “disparaître du radar” – ce que la loi interdit –, mais plutôt comme un outil pour décorréler l’identité affichée dans certains documents (par exemple auprès de contreparties commerciales) de l’identité économique qui reste consignée, mais de manière confidentielle, chez l’agent et, le cas échéant, auprès de la FIU.

Étape 3 : préparer la documentation et constituer la société

À ce stade, vous avez un agent, une architecture cible et un projet d’activité. Il faut maintenant passer à la constitution proprement dite.

Vérification de nom et réservation

Le processus commence par la sélection d’une dénomination sociale. Elle doit être distincte de toute autre société existante et se terminer par un suffixe de type “Limited”, “Ltd”, “Corporation”, “Inc”, ou équivalent. Certains termes sont réservés ou nécessitent autorisation (Bank, Insurance, Trust, Foundation, etc.), afin d’éviter toute confusion avec des activités régulées ou avec l’État.

L’agent soumet la demande de vérification au registre ; la disponibilité du nom est généralement confirmée en quelques heures. La réservation est valable une période déterminée, pendant laquelle l’agent doit déposer le Memorandum of Association (MoA), faute de quoi le nom retombe dans le domaine public.

KYC : le vrai goulot d’étranglement

En parallèle, l’agent collecte vos pièces KYC. C’est la principale source de retard dans les montages offshore modernes : une copie de passeport non certifiée, une facture d’énergie trop ancienne, un justificatif d’adresse dans une langue non traduite, et le dossier se bloque.

Les documents attendus pour chaque personne physique impliquée (administrateurs, actionnaires, bénéficiaires effectifs, signataires bancaires) incluent :

copie certifiée d’un passeport en cours de validité ;

justificatif d’adresse récent (facture de services publics, relevé bancaire, etc.) ;

– parfois un second document d’identité et/ou une lettre de référence bancaire ou professionnelle ;

– un CV ou un bref résumé de l’expérience professionnelle, lorsque le profil d’activité le justifie.

Pour les entités (holding intermédiaire, société mère, trust), il faut produire un jeu de documents certifiés : certificat de constitution, statuts, registre des administrateurs et des actionnaires, certificat de bonne conduite récent, ainsi que la chaîne complète des bénéficiaires effectifs jusqu’aux personnes physiques.

Un élément souvent sous‑estimé est la description du projet : l’agent doit comprendre la nature de l’activité, les pays cibles, les volumes attendus, la provenance des fonds initiaux. Un flou excessif ou un secteur classé à risque élevé (crypto non régulée, jeux d’argent, défense, etc.) va rallonger le processus, voire conduire à un refus.

Rédaction des statuts et dépôt au registre

Une fois le KYC validé et le nom réservé, l’agent rédige les documents constitutifs : Memorandum of Association et Articles of Association. Ces textes précisent notamment :

Informations Statutaires de la Société

Les éléments constitutifs essentiels de la société, tels que définis par ses statuts.

Identité et Siège

La dénomination sociale et l’adresse complète du siège social, correspondant à celle de l’agent enregistré.

Objet Social

La description des activités autorisées de la société, rédigée de manière large mais excluant explicitement les activités interdites.

Capital Social

La devise et le montant total du capital autorisé de la société.

Gouvernance

Les règles régissant les pouvoirs des administrateurs, les modalités de convocation et de tenue des réunions.

Ces documents sont signés (souvent par l’agent au nom du client) puis transmis à la FSA/Registrar. Si tout est en ordre, la société est immatriculée et un Certificat of Incorporation est délivré. Dans la pratique, la constitution intervient souvent dans les 24 à 48 heures suivant le dépôt, parfois sur 2 à 3 jours ouvrables en fonction de la charge du registre.

L’agent vous remet ensuite un “corporate kit” comprenant certificat de constitution, statuts, registres initiaux (administrateurs, membres, bénéficiaires effectifs), certificats d’actions, résolutions fondatrices (nomination du conseil, émission des parts), et, le cas échéant, certificats de bonne conduite ou d’incumbency.

Étape 4 : organiser le cœur opérationnel de votre offshore

La société est créée, mais elle n’est pas encore “vivante”. Structurer votre offshore, c’est surtout organiser ce qui vient après.

Ouvrir un compte bancaire ou EMI adapté

Une société offshore sans compte opérationnel est inutilisable. Mais depuis le durcissement des règles bancaires mondiales, l’ouverture de compte est devenue l’étape la plus délicate.

Aux Seychelles, vous disposez de plusieurs familles d’options :

les banques locales seychelloises (Absa, MCB Seychelles, Nouvobanq, Seychelles Commercial Bank, Bank of Baroda, etc.), qui offrent des comptes multi‑devises et un accès SWIFT, mais exigent des dépôts initiaux allant généralement de 5 000 à 35 000 USD, avec des délais de 2 à 8 semaines ;

– les banques ou institutions offshore régionales (par exemple à Maurice ou en Europe de l’Est) qui acceptent les IBC seychelloises, souvent avec des dépôts minimums plus élevés (15 000 à 50 000 USD) et un filtrage strict ;

– les Electronic Money Institutions (EMI) comme Wise Business, Airwallex ou d’autres fintechs, plus rapides à ouvrir (3 à 10 jours pour les profils simples), parfois sans dépôt minimum, mais avec des restrictions sectorielles marquées.

Dans la pratique, une combinaison EMI + banque traditionnelle offre souvent le meilleur compromis : l’EMI pour la rapidité et la gestion opérationnelle des paiements, la banque pour la crédibilité vis‑à‑vis de certains partenaires ou régulateurs.

Bon à savoir :

Les banques requièrent un dossier complet pour une société offshore (IBC), incluant tous les documents juridiques, un KYC approfondi des bénéficiaires, un business plan, des projections financières, et des preuves détaillées de l’origine des fonds. Le principal obstacle à l’ouverture d’un compte est généralement le profil des bénéficiaires et la qualité du dossier, plus que la structure de l’IBC elle-même.

Comptabilité et enregistrements : un “0 %” qui n’efface pas les obligations

Beaucoup d’entrepreneurs confondent absence d’imposition et absence de comptabilité. Aux Seychelles, même les IBC qui n’ont aucun revenu local et ne déposent pas de comptes publics doivent tenir une comptabilité et conserver des pièces justificatives pendant au moins sept ans.

La pratique actuelle est structurée autour de deux jalons annuels : au plus tard le 31 juillet pour les opérations du premier semestre, puis le 31 janvier pour le second semestre, les IBC doivent transmettre leurs enregistrements comptables à l’agent, qui les conserve au siège et peut, le cas échéant, produire un résumé financier. Pour les petites holdings non actives, un formalisme allégé est possible, mais cela n’exonère pas de la tenue de registres de base (actifs, passifs, encaissements, décaissements).

Bon à savoir :

Une IBC (International Business Company) sans revenu local important est soumise à des obligations de suivi spécifiques. Le tableau fourni dans le contenu détaille ces principales obligations administratives et légales.

DomaineExigence principale
ComptabilitéTenue d’écritures et conservation pendant 7 ans
Transmission à l’agentBiannuelle (janvier et juillet)
Registres statutairesAdministrateurs, membres, bénéficiaires effectifs, mises à jour continues
Impôt localAucun dépôt de déclaration si pas de revenu de source seychelloise
Déclaration de substanceDéclaration annuelle lorsque la société tombe dans le champ des règles

Ignorer ces contraintes expose à des amendes pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars, à la perte du “good standing” et, à terme, à la radiation pure et simple.

Beneficial owners et confidentialité encadrée

La réputation des Seychelles repose en partie sur la confidentialité. Dans les faits, cette confidentialité est désormais structurée par le Beneficial Ownership Act : toutes les sociétés doivent tenir un registre des bénéficiaires effectifs, conservé chez l’agent et transmis à la Financial Intelligence Unit. Cette base n’est pas publique, mais les autorités locales et certains partenaires étrangers peuvent y accéder dans des cadres définis.

Les seuils d’identification se sont abaissés (un seuil de 10 % est souvent retenu dans les textes récents), ce qui signifie que même des participations relativement faibles doivent être déclarées. Tout changement de bénéficiaire effectif doit être notifié dans un délai court (généralement deux semaines). Ne pas s’y conformer n’est plus une simple irrégularité administrative : la loi prévoit des amendes importantes et, dans les cas extrêmes, des sanctions pénales.

En parallèle, la confidentialité reste réelle vis‑à‑vis du public : ni le registre des actionnaires, ni celui des administrateurs, ni celui des bénéficiaires ne sont consultables librement. Les banques, en revanche, obtiennent ces informations dans le cadre de leurs propres obligations KYC.

Étape 5 : intégrer les contraintes de substance économique

Depuis l’introduction des règles de substance, structurer une offshore ne se joue plus uniquement sur les textes, mais aussi sur la réalité opérationnelle.

Qui est concerné ?

Les règles de substance visent principalement les sociétés :

qui appartiennent à des groupes multinationaux ;

– et qui tirent une part significative de leurs revenus de sources passives étrangères (dividendes, intérêts, redevances, loyers, etc.) ;

– ou qui exercent des “relevant activities” comme la finance, la gestion de fonds, la détention d’intangibles, la fonction de quartier général, etc.

Attention :

Les IBC (International Business Companies) qui sont de pures holdings ou fournissent des services actifs à l’étranger sans faire partie d’un groupe complexe bénéficient généralement d’obligations allégées. Cependant, elles doivent obligatoirement déposer une déclaration annuelle de substance auprès de l’administration fiscale seychelloise.

Comment démontrer une substance suffisante

La loi ne fixe pas de seuil unique, mais évoque des facteurs comme :

la tenue de réunions de direction aux Seychelles ;

l’existence d’un local dédié (bureaux, adresse commerciale réelle plutôt que simple domiciliation) ;

– des dépenses d’exploitation sur place (honoraires, salaires, services) ;

– la présence d’employés ou de dirigeants localement impliqués dans les décisions stratégiques.

Bon à savoir :

Pour les pure holdings, le simple maintien d’un siège social et d’un agent local suffit généralement. Pour les sociétés exerçant des activités spécifiques (financement intragroupe, gestion de propriété intellectuelle, services de siège social), des exigences supplémentaires peuvent s’appliquer : désignation d’un directeur résident, recours à un signataire de compte bancaire basé aux Seychelles, location d’un bureau physique, ou encore recrutement local ou externalisation de fonctions clés auprès de prestataires seychellois.

Les prestataires locaux ont ainsi développé des offres de “substance pack” : adresse commerciale, directeur professionnel, administration de la société, parfois services de signataire de compte bancaire, afin de renforcer l’ancrage local dans le respect des règles.

Étape 6 : planifier la vie annuelle de votre offshore

Structurer, ce n’est pas seulement bien démarrer, c’est aussi organiser la routine annuelle pour éviter que la société ne tombe en déshérence.

Calendrier type d’une année de conformité

Une bonne pratique consiste à bâtir un calendrier annuel aligné sur la date d’incorporation. Plusieurs jalons reviennent chaque année :

Bon à savoir :

Pour maintenir une société en bonne santé juridique, plusieurs obligations doivent être respectées chaque année. Cela inclut le paiement de la redevance gouvernementale et des honoraires de l’agent, généralement à la date anniversaire (avec possibilité de paiement anticipé). Il est impératif de mettre à jour les registres (administrateurs, actionnaires, bénéficiaires effectifs) en cas de changement survenu dans l’année. Les écritures comptables doivent être transmises à l’agent pour chaque semestre. Si la société est concernée, une déclaration de substance économique doit être déposée auprès de l’administration. Enfin, sur demande, il peut être nécessaire d’obtenir un Certificate of Good Standing pour répondre aux exigences d’une banque ou d’un partenaire.

Les conséquences d’un défaut de renouvellement sont progressives : pénalités, perte de “good standing”, puis radiation automatique. Depuis les réformes récentes, la radiation n’est plus suivie d’une longue période de latence : une société peut être dissoute de manière quasi‑automatique après un certain délai de non‑paiement et devra être restaurée (avec frais substantiels) pour redevenir opérationnelle.

Anticiper les besoins d’évolution

La structure que vous mettez en place en 2026 ne restera pas figée. Croissance d’activité, arrivée d’associés, changement de pays de résidence, évolution des règles internationales… tous ces éléments peuvent nécessiter des ajustements :

modification des statuts (nom, objets, structure du capital) ;

remplacement d’administrateurs ou d’actionnaires ;

bascule vers un autre type de véhicule (par exemple passage à une CSL ou adossement à une fondation) ;

transfert de la société vers un autre agent, voire redomiciliation depuis ou vers un autre pays.

La loi seychelloise autorise la continuation : une société étrangère peut se redomicilier aux Seychelles, et une IBC peut, sous conditions, migrer vers une autre juridiction. Ces opérations impliquent cependant un formalisme particulier (résolutions, notifications, certificats de continuation, etc.) et souvent des coûts cumulés (honoraires, droits gouvernementaux, frais de l’ancien agent, légalisation de documents).

Étape 7 : articuler votre offshore avec votre fiscalité personnelle

Enfin, structurer correctement une offshore aux Seychelles impose de ne pas raisonner en vase clos. Le fait qu’une IBC soit à 0 % sur ses revenus étrangers ne signifie pas que ses actionnaires ou dirigeants le seront chez eux.

Attention :

Les résidents de pays à fiscalité élevée, comme les contribuables américains, restent soumis à leurs obligations nationales malgré une implantation aux Seychelles. Cela inclut l’imposition des dividendes, les règles CFC (sociétés étrangères contrôlées), la transparence fiscale des entités interposées et les déclarations d’avoirs à l’étranger. Pour les Américains, la détention d’une société étrangère déclenche notamment une obligation de dépôt de formulaires spécifiques (5471, 8858, 8865, 8938, FBAR), indépendamment de la fiscalité locale seychelloise.

Structurer votre offshore, c’est donc aussi :

vérifier que le pays où vous êtes résident accepte le schéma envisagé ;

anticiper les effets de règles anti‑abus ou de substance (risque de qualification de la société comme résidente fiscale ailleurs si la direction effective est à l’étranger) ;

– s’assurer d’être en mesure de justifier la provenance des fonds et la réalité de l’activité en cas de contrôle.

Les Seychelles offrent un environnement juridique moderne, une fiscalité territoriale attractive et des coûts raisonnables, mais ces atouts ne remplacent pas une planification fiscale globale alignée sur votre situation personnelle.

Mettre toutes les pièces en place

Structurer votre offshore aux Seychelles en 2026, étape par étape, revient en définitive à assembler plusieurs couches cohérentes :

Astuce :

Pour créer une structure offshore solide et conforme, plusieurs éléments sont essentiels : choisir une forme sociale adaptée (généralement une IBC), sélectionner un registered agent agréé offrant un bon support pratique, définir une architecture de gouvernance claire (administrateurs, actionnaires), établir des statuts et registres conformes dès le départ, élaborer une stratégie bancaire réaliste avec un dossier KYC solide, mettre en place une organisation comptable intégrant les échanges réguliers avec l’agent et les exigences de substance, et enfin, articuler cette structure avec votre résidence fiscale et vos autres patrimoines (trusts, fondations, sociétés onshore).

Ce n’est plus le monde des offshore “anonymes” d’hier. Mais pour qui accepte de jouer le jeu de la transparence réglementée, l’IBC seychelloise reste l’un des outils les plus souples et les plus efficaces pour organiser des activités et des actifs à l’international, à condition de la concevoir comme une véritable entreprise, avec une gouvernance, des comptes et une conformité suivie, et non comme une simple boîte postale à 0 %.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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