Conseils pour gérer le mal du pays au Burundi

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Quitter son pays, sa famille, sa langue et ses habitudes n’est jamais anodin. Qu’on soit étudiant, travailleur, volontaire, réfugié de retour ou membre de la diaspora qui revient “au pays”, le mal du pays peut frapper… même lorsque l’on se trouve justement au Burundi. Pour beaucoup de Burundais qui ont grandi ailleurs, rester signifie aussi perdre des repères construits à l’étranger. À l’inverse, pour des étrangers installés à Bujumbura, Gitega ou dans les collines, l’éloignement de leur pays d’origine peut devenir lourd à porter.

Bon à savoir :

La recherche sur la diaspora burundaise montre que traverser le mal du pays ne se résume pas à être fort. Il s’agit plutôt de construire progressivement un équilibre entre ses racines et sa vie actuelle, en s’appuyant sur des pistes concrètes concernant l’acculturation et la santé mentale en contexte de déplacement.

Comprendre le mal du pays pour mieux le traverser

Le mal du pays est une réaction émotionnelle fréquente lorsqu’on est séparé de son environnement familier, de ses proches et de ses routines. Les études montrent que chez les étudiants, jusqu’à 70 à 90 % déclarent ressentir des signes de nostalgie durant les premières semaines loin de chez eux. Ce n’est ni un signe de faiblesse, ni une maladie en soi : les psychologues le décrivent plutôt comme une forme d’anxiété de séparation, qui peut devenir un facteur de risque de dépression si elle persiste ou s’intensifie.

Exemple :

Des études menées dans des camps de réfugiés de la région des Grands Lacs illustrent les trois types de manifestations de la détresse psychique. Aux symptômes physiques (fatigue, douleurs, insomnies), émotionnels (tristesse, irritabilité) et sociaux (isolement) s’ajoutent des facteurs aggravants spécifiques : traumatismes passés, incertitude, perte de statut et pauvreté. Ces recherches ont révélé des taux très élevés de détresse, avec une proportion importante de personnes exprimant une perte d’espoir et de perspective.

Comprendre ce mécanisme est une première étape essentielle au Burundi : que l’on soit Burundais de retour après des années passées à l’étranger, étudiant étranger à Bujumbura, volontaire humanitaire, ou membre de la diaspora en visite prolongée, le choc du changement de cadre est réel. L’idée n’est pas d’éliminer complètement le mal du pays – c’est d’en éviter la spirale : retrait, isolement, puis installation d’une dépression durable.

Entre deux mondes : l’acculturation vue depuis le Burundi

Vivre au Burundi quand on vient d’ailleurs, ou quand on y revient après une longue période à l’étranger, implique un processus d’acculturation. Les chercheurs décrivent quatre grandes stratégies possibles : l’intégration (entretenir sa culture d’origine tout en s’ouvrant à la culture locale), l’assimilation (prioriser uniquement la culture du pays d’accueil), la séparation (se replier sur sa culture d’origine) et la marginalisation (être détaché des deux).

Bon à savoir :

Les études indiquent que les familles burundaises expatriées qui parviennent à combiner leur culture d’origine et celle de leur pays d’accueil développent souvent une meilleure estime de soi et un sentiment de compétence plus solide. Pour les jeunes, l’acculturation facilite l’intégration avec les pairs locaux, tandis que le maintien des liens avec la culture burundaise renforce la confiance au sein de leur communauté d’origine.

Transposé au Burundi, cela signifie que :

un Burundais élevé en Belgique qui s’installe à Bujumbura peut se sentir “au milieu” de deux cultures : ni tout à fait “d’ici”, ni vraiment “d’ailleurs” ;

un étudiant rwandais, français, congolais ou chinois vivant au Burundi doit apprendre de nouveaux codes sociaux, tout en gardant la connexion avec sa culture d’origine ;

– un réfugié de retour, après des années dans un camp en Tanzanie, éprouve parfois un profond décalage avec ceux qui sont restés.

Les recherches sur les jeunes Burundais de la diaspora montrent que plus de la moitié se décrivent comme ‘entre deux cultures’. Ce sentiment n’est pas forcément négatif : il peut devenir une force. Certains auteurs parlent d’une ‘identité de pont’ : des jeunes capables de comprendre les codes occidentaux et burundais, de naviguer entre le Kirundi et le français ou l’anglais, et de servir d’intermédiaires entre générations ou entre communautés.

Recherches sur la diaspora burundaise

Le mal du pays au Burundi naît souvent précisément de cette tension entre ces deux pôles : la nostalgie de la vie “d’avant” (à Bruxelles, Pittsburgh ou Durban) et la difficulté à se sentir pleinement intégré ici. L’objectif n’est pas de choisir un camp, mais de trouver un mode de vie où ces deux appartenances coexistent.

S’ancrer localement : bâtir une communauté au Burundi

Toutes les études sur les migrations convergent vers un point : la qualité du réseau social dans le pays de résidence est l’un des principaux facteurs de bien‑être. À Knoxville, aux États‑Unis, un programme de recherche mené avec des réfugiés burundais a montré que l’engagement dans des associations, des églises, des écoles et des services sociaux était décisif pour une bonne adaptation. Ceux qui trouvaient une communauté – même modeste – s’en sortaient nettement mieux sur le plan psychologique.

Au Burundi, les mêmes mécanismes peuvent jouer. Mais ils doivent s’appuyer sur les spécificités locales : poids de la famille élargie, importance des cérémonies, rôle central de la religion, force des réseaux de quartier et des initiatives citoyennes.

Les associations et collectifs : des antidotes puissants à l’isolement

La diaspora burundaise a montré une capacité remarquable à s’organiser à l’étranger : associations culturelles à Pittsburgh ou au Royaume‑Uni, plateformes de mentorat comme Ubumwe, conférences de réseautage comme Tuvugane, groupes WhatsApp communautaires. Ces modèles peuvent inspirer ceux qui ressentent le mal du pays au Burundi.

Exemple :

Un Burundais formé au Kenya a créé un Google Developers Group à Bujumbura. L’initiative est née du constat de l’absence du Burundi sur la carte d’un concours international. Un événement test a finalement attiré plus du double des participants attendus, révélant au-delà de la technologie un besoin de rassemblement, d’échange et de construction commune.

Rejoindre ou créer un collectif au Burundi – qu’il soit professionnel, religieux, culturel, artistique ou sportif – permet de se donner des rendez‑vous réguliers, de rencontrer des personnes qui traversent des expériences similaires et de briser l’isolement. Pour ceux qui rentrent après des années à l’étranger, participer à la vie d’une paroisse, d’une association de quartier, d’un groupe de jeunes professionnels ou d’un club culturel peut recréer ce tissu social qui manque souvent après un retour.

Exemple :

Dans le camp de réfugiés de Nduta, en Tanzanie, un Burundais a fondé le groupe de tambours traditionnels Ingoma Akaranga. Pour lui et ses trente membres, jouer, danser et animer des cérémonies a procuré un sentiment de ‘revivre’, permettant d’oublier momentanément la perte de leur pays et de leurs proches. Cette initiative démontre comment des activités communautaires – musicales, sportives ou artistiques – peuvent, une fois transposées au Burundi, aider de manière similaire les personnes qui se sentent déracinées, même dans leur propre pays.

L’importance des premières années et de la jeunesse

Les études sur la construction de communautés technologiques à Bujumbura montrent aussi l’importance de cibler les jeunes. Les fondateurs du GDG local ont compris qu’en s’adressant tôt aux étudiants de première et deuxième année, ils pouvaient créer une base solide pour un écosystème durable. Dans les contextes universitaires, les études internationales indiquent d’ailleurs que près de 70 % des étudiants ressentent un fort mal du pays durant les premiers mois. Plus tôt ils sont intégrés à des clubs, associations ou groupes de projets, plus la courbe d’adaptation est favorable.

Au Burundi, cela se traduit par un conseil simple : si vous arrivez pour des études ou un premier travail, n’attendez pas d’être très mal pour sortir de votre chambre. Même si l’envie de rester en ligne avec la famille est forte, le fait de rejoindre un groupe – club de développement, chorale, groupe de prière, association sportive, atelier artistique – est l’un des moyens les plus efficaces de réduire la nostalgie.

Tirer parti des liens numériques sans s’y enfermer

Les études récentes sur les réseaux sociaux et le mal du pays dressent un tableau nuancé. D’un côté, les plateformes jouent un rôle clé pour maintenir le lien avec les proches restés au pays d’origine. Selon une enquête internationale, 87 % des voyageurs disent se sentir moins nostalgiques lorsqu’ils gardent un contact numérique régulier avec leur famille et leurs amis. De l’autre, plusieurs recherches montrent que rester connecté en permanence à ceux restés “là‑bas” peut parfois intensifier la douleur de la séparation.

Bon à savoir :

Pour les personnes en exil, comme les Burundais, les réseaux sociaux sont cruciaux pour suivre l’actualité, notamment après la disparition des médias indépendants. Cependant, ce flux constant d’informations, d’images et de témoignages sur la souffrance des proches peut générer une forte détresse émotionnelle, accentuée par l’impuissance à agir à distance. De même, pour certains étudiants, voir en permanence les photos d’événements heureux (fêtes, mariages) dans leur pays d’origine via Facebook ou WhatsApp peut renforcer le sentiment de manque et d’éloignement.

Les recherches sur les étudiants internationaux distinguent clairement deux usages des réseaux sociaux :

Type d’usage principal des réseaux sociauxEffet observé sur le mal du pays
Communiquer surtout avec les proches restés au pays d’origineImpact neutre ou parfois aggravation de la nostalgie
Interagir avec des personnes du pays d’accueil (amis locaux, groupes universitaires, associations)Réduction du mal du pays à court et long terme

Au Burundi, pour quelqu’un qui vient d’arriver ou qui revient après longtemps, l’enjeu est donc de trouver un équilibre. Rester en lien avec sa famille à l’étranger – au Canada, en Belgique ou en Afrique du Sud – est essentiel pour la stabilité émotionnelle. Mais si toute l’énergie sociale est absorbée par ces échanges, il devient difficile de s’investir pleinement dans la vie locale.

Astuce :

Une stratégie pragmatique consiste à se fixer des règles légères : limiter le défilement passif des fils d’actualité, privilégier les échanges directs (appels vidéo, messages vocaux) et consacrer une partie de son temps en ligne à se connecter avec des personnes et des groupes au Burundi. Suivre des comptes locaux, rejoindre les groupes d’étudiants ou de professionnels burundais, utiliser les réseaux pour repérer des événements en ville ou des opportunités de bénévolat peut transformer un outil potentiellement douloureux en levier d’intégration.

Recréer des repères : routines, langue et petits rituels

Les recherches sur l’adaptation des réfugiés burundais aux États‑Unis montrent que la construction de routines quotidiennes cohérentes est un facteur clé de bien‑être. Aller à l’école, au travail, à l’église, participer à une association, apprendre la langue locale : autant d’éléments qui stabilisent le quotidien et redonnent le sentiment de maîtriser sa vie.

Au Burundi, paradoxalement, beaucoup de personnes touchées par le mal du pays sont justement celles qui ont perdu, en arrivant ici, ces routines laborieusement construites ailleurs. Un jeune adulte qui a grandi à Lyon, habitué à un métro réglé, à des cours en français et à des horaires précis, peut être profondément déstabilisé par les aléas des transports, le rapport plus souple au temps ou la forte attente familiale envers lui. Un étranger venu pour un emploi humanitaire, habitué à des standards occidentaux de logement et de services, peut se sentir submergé par des coupures d’électricité, des barrières linguistiques ou la distance avec ses proches.

Les études sur l’acculturation suggèrent plusieurs leviers concrets.

Travailler la langue pour s’ouvrir au quotidien

Pour les Burundais installés aux États‑Unis, l’apprentissage de l’anglais est unanimement décrit comme la première étape incontournable de l’intégration. La moitié des participants d’une étude expliquaient que l’école avait été leur principal moteur d’adaptation, 29 % mettant plutôt en avant le travail, 19 % les églises et organismes caritatifs. Dans tous les cas, la langue conditionnait l’accès à ces espaces.

Attention :

Pour un expatrié francophone, utiliser même quelques formules de politesse en Kirundi améliore profondément les interactions quotidiennes. Pour un Burundais de la diaspora, réapprendre cette langue est un enjeu identitaire sensible, une source de fierté et un lien vital avec la famille et la culture, comme en témoignent les projets d’enseignement aux enfants à l’étranger.

Les données sur les immigrants soulignent que plus on progresse dans la langue du milieu où l’on vit, plus les interactions sociales deviennent riches et spontanées, et moins le sentiment d’isolement persiste. Au Burundi, cela vaut dans les deux sens : maîtriser le français peut faciliter la compréhension des institutions, des études et des milieux urbains ; oser le Kirundi permet d’entrer dans l’intimité des relations de voisinage, des cérémonies et des discussions de colline.

Installer des routines personnelles de bien‑être

En situation de déplacement, les psychologues recommandent de mettre en place des rituels simples mais réguliers : heures de repas stables, temps dédié à l’activité physique, moments de prière ou de méditation, plage horaire réservée aux appels avec les proches. Dans les camps de réfugiés ou les contextes de forte précarité, ces routines sont parfois la seule chose sur laquelle les personnes ont encore prise, d’où leur importance pour la santé mentale.

Exemple :

Au Burundi, les routines quotidiennes intègrent des éléments culturels locaux comme la marche matinale sur les collines, la participation à la messe ou au culte, du temps consacré à la musique traditionnelle et des visites à la famille. Chez les mères, les pratiques post-partum spécifiques – massage, enveloppement du ventre, repos prolongé à la maison – forment des rituels de soin profondément ancrés. La privation de ce soutien en migration nuit à leur bien-être, tandis que le retour à ces cadres connus au pays peut être apaisant, à condition d’être entourées.

Faire vivre ses propres références culturelles

Gerér le mal du pays au Burundi, c’est souvent devoir composer avec plusieurs couches de nostalgie : regretter la Belgique, le Canada, la Tanzanie ou les États‑Unis, tout en réveillant parfois une nostalgie de l’enfance au Burundi lui‑même. Les recherches sur les Burundais vivant en Finlande montrent par exemple que l’alimentation joue un rôle central dans ce va‑et‑vient identitaire. Ceux qui mangeaient exclusivement des plats finlandais évoquaient un sentiment d’efficacité, mais laissaient entendre que ce n’était pas leur préférence. Le manque de produits “du pays” et la fatigue liée au climat rendaient la préparation de plats burundais plus compliquée.

Bon à savoir :

Un étudiant ou un expatrié installé au Burundi peut préserver son bien-être en maintenant certaines habitudes de son pays d’origine, comme cuisiner ses plats traditionnels, célébrer ses fêtes nationales ou écouter sa musique. L’essentiel est de trouver un équilibre entre ces racines culturelles et une ouverture aux coutumes locales, afin de ne pas se couper de son nouvel environnement burundais.

S’appuyer sur la culture burundaise pour se soigner

La culture burundaise elle‑même recèle de nombreux outils de gestion de la détresse, que ce soit dans la musique, la danse, les contes ou les pratiques communautaires. Pour quelqu’un qui souffre du mal du pays au Burundi, les redécouvrir – ou les découvrir pour la première fois – peut constituer un véritable appui.

Musique, danse et sociabilité : une thérapie collective

Les chercheurs décrivent la musique burundaise comme bien plus qu’un divertissement : un mode d’expression de l’histoire, des mythes, du lien à la terre et aux ancêtres. Les tambours ingoma, le violon umuduri, les flûtes en bambou, les cithares inanga structurent un univers sonore qui accompagne toutes les grandes étapes de la vie : mariages, funérailles, fêtes des récoltes, cérémonies religieuses.

Lorsqu’il jouait, il se sentait “vivant” et que la douleur des pertes s’atténuait un moment.

Fondateur de la troupe Ingoma Akaranga

Participer à des répétitions de tambours, apprendre une danse traditionnelle, assister à un festival culturel ou simplement écouter des artistes burundais – qu’ils soient traditionnels ou contemporains – peut donc devenir un outil concret pour apprivoiser le mal du pays. Pour un Burundais qui rentre après des années loin du pays, cela peut aussi être l’occasion de renouer avec une part de son identité parfois restée en sommeil.

Récits, contes et berceuses : retisser du sens

Les traditions orales occupent une place centrale au Burundi : contes du soir, poésie pastorale, berceuses. Les lullabies, appelées “Guhoza umwana”, ne servent pas qu’à endormir un enfant. Elles permettent aux mères d’exprimer leurs joies, leurs peurs, parfois leurs critiques sociales. Une formule revient souvent : “Hora, hora mwana wanje” – “Calme‑toi, calme‑toi mon enfant” – promesse de protection face aux dangers du monde.

Bon à savoir :

Pour un adulte, réécouter des chants de son enfance peut raviver des souvenirs, recréer un lien avec le passé et fournir un langage symbolique pour exprimer des émotions liées à la séparation, la peur ou l’espoir. Des études sur des poésies comme les ‘Amazina y’inka’ révèlent qu’elles célébraient aussi des valeurs telles que la loyauté, la bravoure et la gratitude envers les soutiens de la communauté. Ces thèmes font écho aux expériences d’exil, de retour et de solidarité.

Ici encore, un conseil concret : intégrer à son quotidien au Burundi des moments de lecture ou d’écoute d’histoires, en Kirundi ou en français, participer à des veillées, inviter les aînés à raconter leur parcours. Dans les études sur les familles burundaises en exil en Europe, certains parents disent chercher, par l’éducation de leurs enfants, à rompre avec une “culture de haine et de vengeance”. Les récits, réinterprétés, peuvent être un support précieux pour cette transformation.

Quand le mal du pays se complique : repérer les signaux d’alerte

Toutes les nostalgies ne se valent. La plupart du temps, après quelques semaines ou quelques mois, les choses se stabilisent : on crée des liens, on comprend mieux les codes, on prend ses marques. Mais certaines situations nécessitent une vigilance particulière.

70

Dans un camp de réfugiés au Burundi, 70 % des personnes interrogées rapportaient des idées de désespoir ou de suicide.

Même si la situation d’un étudiant ou d’un travailleur installé à Bujumbura n’a rien de comparable à celle d’un réfugié, certains signes doivent alerter :

tristesse persistante, sans amélioration au fil des semaines ;

incapacité à assurer les tâches du quotidien (se lever, aller en cours ou au travail, s’alimenter) ;

– isolement progressif, renoncements à toute activité sociale ;

– pensées récurrentes du type “à quoi bon”, “ils seraient mieux sans moi”, voire idées de mort.

Astuce :

En cas de mal du pays, les recommandations internationales convergent : il est important de ne pas rester isolé, de parler à une personne de confiance et, si possible, de rechercher un soutien professionnel. Les études sur les expatriés montrent que la psychothérapie, en particulier les approches cognitivo-comportementales qui aident à identifier et modifier les pensées négatives, améliore significativement les symptômes d’anxiété et de dépression liés à l’adaptation culturelle.

Au Burundi, l’offre en santé mentale reste limitée, mais les rapports internationaux y voient aussi une opportunité : en renforçant progressivement son système de soins, le pays pourrait mieux prendre en charge à la fois ses citoyens et les réfugiés présents sur son sol. En attendant, les réseaux informels (famille, communauté religieuse, associations), lorsqu’ils sont bienveillants, peuvent jouer un rôle d’alerte et d’accompagnement décisif.

Le rôle clé de la famille et des générations

Les études sur les familles burundaises en exil montrent à quel point la famille reste le premier lieu de soutien… et parfois de tension. Beaucoup de parents ayant fui les violences en 1972, 1994 ou plus récemment portent un lourd passif de traumatismes et de discriminations, souvent dans des conditions économiques précaires. Leurs enfants, nés ou ayant grandi à l’étranger, n’ont pas les mêmes références ni les mêmes attentes. On retrouve ce décalage au moment du retour au Burundi.

Les recherches mettent en lumière plusieurs dynamiques :

Attention :

Les parents, souvent absorbés par la survie, manquent de temps et de repères pour accompagner la scolarité de leurs enfants. Ces jeunes, exposés à des valeurs plus égalitaires, remettent en question certains aspects de la culture burundaise traditionnelle. Ces tensions sont exacerbées par une barrière linguistique, avec une perte du kirundi chez les jeunes et des difficultés en français pour les parents, ce qui nourrit les incompréhensions.

Pour gérer le mal du pays au Burundi dans un cadre familial, une piste importante consiste à reconnaître explicitement ces différences de vécu. Les initiatives de la diaspora qui encouragent la création de “jeunes ponts” – des personnes à l’aise dans les deux univers culturels – vont dans ce sens. Elles peuvent inspirer les familles installées pour un temps ou durablement au Burundi : valoriser les compétences interculturelles des jeunes, les associer aux discussions, écouter leurs vécus sans les percevoir comme une trahison de la culture d’origine.

Bon à savoir :

Les parents en exil peuvent ressentir une nostalgie du pays d’avant la crise, des humiliations vécues à l’étranger et une peur de l’échec en cas de retour. Leur projet de vie se recentre souvent sur l’éducation des enfants, parfois au détriment de leurs propres ambitions, ce qui peut générer un sentiment d’être ‘bloqué’. Exprimer ces émotions, éventuellement avec l’aide d’un professionnel (pasteur, conseiller, psychologue), permet d’alléger cette tension.

Utiliser la technologie pour rester relié… sans s’y noyer

De nombreuses études en psychologie de la migration insistent sur l’importance de maintenir des liens solides avec la famille restée au loin pour limiter la dépression et la solitude. Des outils concrets facilitent aujourd’hui cette connexion : appels vidéo, groupes WhatsApp, partage d’albums photos, blogs personnels. Ils sont particulièrement importants pour les familles burundaises éclatées entre plusieurs pays, ce qui est fréquent après des années de déplacements entre Burundi, Rwanda, Tanzanie, Europe ou Amérique du Nord.

Astuce :

Les spécialistes de l’adaptation culturelle recommandent de créer un plan pour maintenir le lien avec ses proches. Il s’agit d’identifier les personnes avec lesquelles garder un contact régulier, de choisir les canaux les plus adaptés (appel hebdomadaire, messages vocaux, emails, blog familial) et de convenir d’horaires fixes pour tenir compte des décalages horaires. Cette régularité rassure à la fois les parents restés au pays et les enfants partis étudier à l’étranger.

En même temps, les recherches sur les effets négatifs des réseaux sociaux rappellent l’importance de fixer des limites : éviter de passer des heures à comparer sa vie au Burundi avec les vies parfois idéalisées d’amis restés à l’étranger, restreindre l’exposition à des contenus anxiogènes sur les crises politiques ou économiques, privilégier des interactions de qualité à la quantité de “likes”.

Un tableau peut aider à clarifier cet équilibre personnel :

Objectif principalOutils possiblesRisques si usage excessifBénéfices d’un usage régulé
Rester proche de la famille à l’étrangerAppels vidéo, messages vocaux, groupes familiauxSur‑sollicitation émotionnelle, difficulté à investir la vie localeSentiment de continuité, soutien moral en cas de coup dur
S’intégrer au BurundiGroupes WhatsApp locaux, pages d’événements, réseaux proRester uniquement dans des cercles d’expatriés, fatigue socialeAccès à des activités, rencontres, opportunités pro ou associatives
Se divertir / tuer le tempsTikTok, reels, séries en streamingProcrastination, isolement, troubles du sommeilDétente ponctuelle, découverte culturelle

L’enjeu n’est pas de diaboliser les écrans, mais de les remettre à leur place : des outils au service du lien, pas des refuges exclusifs.

Conseils pratiques pour apprivoiser le mal du pays au Burundi

En croisant les résultats des recherches sur les étudiants internationaux, les réfugiés, les familles burundaises en diaspora et les expatriés, on peut dégager quelques grandes lignes d’action adaptées au contexte burundais.

Commencer par reconnaître et légitimer ses émotions. Se dire que la nostalgie est normale, qu’elle touche une grande majorité de personnes qui vivent un changement de pays ou de cadre. Lui donner un nom la rend déjà moins écrasante.

Ensuite, structurer son quotidien autour de trois axes : relations, routines, racines.

Astuce :

Sur le plan relationnel, il est important de s’efforcer de nouer au moins quelques liens significatifs au Burundi. Pour les Burundais installés aux États‑Unis, l’amitié avec des Américains a joué un rôle clé dans leur ajustement ; l’inverse est vrai ici pour les étrangers, mais aussi pour les Burundais « revenants » qui ont parfois perdu l’habitude des codes locaux. Accepter les invitations, proposer un café, rejoindre un groupe de prière ou un club – même si cela semble coûteux au début – constitue une forme d’investissement dans sa propre santé mentale.

Du côté des routines, s’inspirer des stratégies utilisées par les réfugiés qui ont réussi à reconstruire une vie dans les camps ou après le retour : se fixer des horaires pour le lever, les repas, le travail ou l’étude, les activités physiques, les loisirs. Intégrer dans ces routines des éléments stabilisants : travail rémunéré quand c’est possible, volontariat, apprentissage d’une langue, engagement dans une association.

Exemple :

Pour un Burundais de retour après des années en Europe, cela implique de réapprendre le kirundi, de redécouvrir les fêtes traditionnelles, de se réapproprier la cuisine locale et d’écouter les tambours ou chants de l’enfance. Pour un étranger installé au Burundi, cela signifie maintenir des liens avec sa culture d’origine en cuisinant des plats typiques, en partageant sa musique ou en expliquant ses traditions sans honte.

Le mal du pays ne disparaît pas forcément complètement. Il devient parfois une composante durable de l’identité, une sorte de mélancolie discrète. Mais en s’entourant, en ritualisant ses journées, en s’autorisant à être à la fois d’ici et d’ailleurs, il est possible de ne plus en être prisonnier. Le Burundi, avec la force de ses communautés, la richesse de sa culture et la capacité d’adaptation que ses habitants ont développée au fil de décennies de crises et de retours, offre un terrain fertile pour cet apprentissage.

Gérer le mal du pays au Burundi, c’est finalement accepter cette double fidélité : à ce qu’on a laissé derrière soi, et à la vie qu’on construit ici, maintenant.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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