Créer son entreprise au Burundi quand on est expatrié : le guide terrain

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Burundi pour entreprendre, c’est entrer dans un marché encore peu saturé, mais exigeant, où la relation humaine, la patience et la capacité à naviguer dans un environnement fragile comptent autant que le capital investi. Pays enclavé d’Afrique de l’Est, membre de l’EAC, du COMESA et de la ZLECAf, le Burundi combine un potentiel réel en agriculture, énergie, services financiers, numérique et tourisme, avec des défis lourds : infrastructures limitées, accès au financement difficile, administration parfois lente, et contexte politique et économique fragile.

Bon à savoir :

Pour réussir son implantation au Burundi, un expatrié doit maîtriser quatre aspects essentiels : la mécanique juridique et fiscale, la réalité du terrain, la culture d’affaires locale et l’écosystème financier. Ce guide offre une vue d’ensemble pragmatique et actualisée pour transformer un projet en activité opérationnelle.

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Comprendre le terrain : économie, opportunités et contraintes

Le Burundi est un petit pays de la région des Grands Lacs, aux reliefs de montagnes et plateaux, bordé par le Rwanda, la Tanzanie et la RDC, et adossé au lac Tanganyika. Sa population, estimée autour de 13 millions d’habitants, est très jeune et majoritairement rurale. Plus de 80 % des Burundais vivent de l’agriculture, et ce secteur domine l’économie.

Un pays agricole, mais à diversifier

L’agriculture reste la colonne vertébrale de l’économie : elle emploie plus de 80–90 % de la population et a longtemps pesé jusqu’à la moitié du PIB. Les exportations sont largement agricoles : café, thé, sucre, coton, fruits, huiles végétales, produits horticoles, avec le café et le thé représentant plus de 70 % des recettes d’exportation à certains moments.

Astuce :

Le pays, dépendant des importations pour la majorité de ses biens manufacturés et avec une faible transformation industrielle, présente une fenêtre d’opportunité pour les entreprises capables de produire localement des biens de consommation, des intrants agricoles ou des produits agro-transformés.

Des secteurs porteurs identifiés

Les diagnostics sectoriels et les stratégies nationales convergent : plusieurs domaines offrent un potentiel significatif pour des investisseurs privés, y compris étrangers.

SecteurPotentiel identifiéExemples d’opportunités
Agribusiness & agro‑transformationClimat favorable, sols riches, demande locale & régionale, besoin de montée en gammeTransformation de café et thé, jus, fruits séchés, huiles végétales, condiments, emballages biodégradables
Énergie (hydro, solaire, mini‑réseaux)Déficit énergétique, projets hydro soutenus par des bailleurs, potentiel renouvelable importantPetites centrales hydrauliques pour usines/agro‑sites, solutions solaires pour PME, mini‑grids ruraux
MinesRiches gisements (or, niobium, étain, tungstène, terres rares)Services aux compagnies minières, logistique, maintenance, sécurité, transformation locale
Tourisme & loisirsPatrimoine naturel (lac, montagnes, forêts) et culturel (tambours, danses), stratégie nationale du tourismeÉcolodges, activités de plein air, circuits culturels, restauration et services touristiques
Numérique & services financiersInclusion financière faible, explosion potentielle du mobile banking, Internet encore peu exploitéFintech, solutions de paiement, e‑commerce, services numériques aux PME, plateformes B2B
Construction & matériauxForte demande en infrastructures, matériaux importés ou peu standardisésUnités locales de matériaux, préfabrication, solutions bas carbone

Le CPSD (Country Private Sector Diagnostic) et d’autres études mettent en avant aussi les opportunités de substitution aux importations (produits alimentaires transformés, fertilisants, emballages, recyclage de déchets).

Une économie fragile, mais en réforme

Le Burundi reste un État post‑conflit avec des fragilités structurelles : croissance instable, forte pauvreté (plus de 40 % de la population), chômage élevé, dépendance aux importations et à l’aide internationale. Le pays a été parmi les derniers du classement Doing Business, même si des progrès notables ont été faits sur la création d’entreprise.

Plusieurs facteurs freinent encore les investisseurs :

Attention :

Le pays est confronté à des infrastructures insuffisantes (réseau routier peu bitumé, absence de chemin de fer, un seul aéroport international, électricité instable), une pénurie de devises avec contrôle des changes entravant les importations, une complexité réglementaire, une bureaucratie et une corruption importantes (classement défavorable à l’Indice de perception de la corruption), ce qui place son environnement des affaires parmi les plus difficiles au monde.

Malgré cela, le gouvernement affiche une volonté de réforme : nouveau Code des investissements en 2021, modernisation de la fiscalité, simplification de la création d’entreprise, intégration régionale renforcée, développement de zones économiques spéciales et encouragement des PPP.

Pour un expatrié, l’enjeu n’est pas de nier ces risques, mais de les intégrer dans le modèle d’affaires : marges de sécurité, délais réalistes, diversification des fournisseurs, réserve de trésorerie, et recours systématique à des partenaires locaux solides.

Cadre légal : ce que permet le Code des investissements

Le Code des investissements de 2021 marque une inflexion importante. Il consacre des principes clés :

Traitement national et clause de la nation la plus favorisée : un investisseur étranger ne peut pas être traité moins favorablement qu’un investisseur local ou qu’un investisseur provenant d’un autre pays.

Aucune restriction générale sur la propriété étrangère : en pratique, un expatrié peut détenir 100 % du capital d’une société, y compris d’une filiale ou d’une succursale.

Liberté d’établissement et non‑discrimination : liberté de créer et gérer une entreprise dans la plupart des secteurs.

Cadre de protection des investissements : mécanismes d’arbitrage international (Convention CIRDI, Convention de New York), accords bilatéraux, intervention possible de la MIGA pour la couverture des risques.

Bon à savoir :

Le Code des investissements prévoit des mesures incitatives pour les projets qui répondent à des critères spécifiques, tels qu’un certain montant d’investissement, une localisation particulière, et leur contribution au développement national à travers la création d’emplois, le transfert de technologie ou l’augmentation des exportations.

Les seuils d’investissement pour bénéficier des avantages

Pour accéder aux régimes d’incitation prévus par le Code :

– un projet étranger doit atteindre au moins 500 000 USD s’il est implanté dans Bujumbura ;

– ce seuil descend à 250 000 USD dans les autres localités.

Les secteurs jugés prioritaires (agriculture, agro‑industrie, énergie, mines, industrie transformatrice, technologies innovantes, projets orientés vers l’export) peuvent bénéficier de régimes spécifiques, à condition de respecter des montants minimums de capital :

Secteur prioritaireCapital minimum du projetÉquivalent estimatif en USD
Agriculture & industrie de transformation1 milliard BIF≈ 550 000 USD
Énergie & mines20 milliards BIF≈ 11 000 000 USD

Il est donc tout à fait possible de créer une petite société avec un capital bien inférieur à ces seuils ; simplement, elle ne bénéficiera pas automatiquement de tous les avantages du Code des investissements.

Choisir sa structure juridique : SPRL, SA, succursale…

Le droit des sociétés burundais, de tradition civiliste, offre plusieurs formes juridiques. Pour un expatrié entrepreneur, trois options dominent : la société à responsabilité limitée (SPRL/SARL), la société anonyme (SA) et la succursale d’une société étrangère.

Les principales formes disponibles

FormeCaractéristiques clésIntérêt pour un expatrié
Entreprise individuelle (SU)Propriétaire unique, responsabilité illimitée, formalités simplifiéesAdaptée à de très petites activités, mais protection juridique limitée
Société à responsabilité limitée (SPRL/SARL)1 à 2 associés minimum, responsabilité limitée aux apports, capital min. symbolique (≈ 1 USD)Forme la plus courante pour PME, flexibilité et image professionnelle
Société anonyme (SA)3 actionnaires minimum, capital plus élevé (≈ 100 000 USD), gouvernance plus lourdeAdaptée aux projets de grande taille ou aux levées de fonds importantes
Société coopérative à responsabilité limitéeGouvernance collective, orientée membres, très utilisée en agricultureIntéressante pour projets avec producteurs locaux, mais plus complexe à piloter
SuccursaleSimple extension d’une société étrangère, sans personnalité juridique distincteUtile pour tester le marché ou opérer sous une marque déjà existante
FilialeSociété de droit burundais, détenue à 100 % par une maison‑mère étrangère possibleDonne accès aux accords fiscaux et à l’intégration locale complète

Le nouveau Code des sociétés a simplifié les procédures, réduisant le nombre d’étapes de 11 à 2. La SPRL est généralement la forme la plus adaptée aux entrepreneurs expatriés : responsabilité limitée, exigences de capital faibles, et souplesse de gestion.

Capital social : des seuils accessibles

L’un des atouts du secteur formel burundais est la faible exigence en capital minimum pour les sociétés standards :

Type de structureCapital minimum indiqué
SARL / SPRL (société privée à responsabilité limitée)En pratique ≈ 1 USD
SA (société anonyme / PLC)≈ 100 000 USD
Succursale d’une société étrangère≈ 1 USD

Ce capital doit être réellement déposé sur un compte bancaire local au moment de la création, avec un certificat de dépôt à l’appui du dossier d’immatriculation.

Démarches de création : du portail Easybusiness à l’immatriculation

Le Burundi Development Agency (ADB) – qui a succédé à l’Agence de Promotion des Investissements (API) – joue le rôle de guichet unique pour les investisseurs. L’objectif affiché : délivrer, en 24 heures, l’ensemble des documents légaux nécessaires au démarrage.

Le guichet unique de l’ADB/API

Le guichet unique regroupe physiquement (et désormais partiellement en ligne) plusieurs administrations clés :

– Office burundais des recettes (OBR) pour le Numéro d’Identification Fiscale (NIF) ;

– Greffe du Tribunal de commerce pour l’inscription au Registre de commerce ;

– Institut national de sécurité sociale (INSS) pour l’affiliation sociale ;

– Inspection du travail ;

– ADB/API elle‑même, qui coordonne et délivre le pack de documents.

Concrètement, un investisseur peut y obtenir en une seule démarche :

– les statuts de la société (modèle standardisé proposé) ;

– le certificat d’immatriculation au Registre de commerce ;

– le NIF/TIN fiscal ;

– la carte d’affiliation INSS ;

– le bordereau de paiement des frais.

Plateforme Easybusiness : s’enregistrer en ligne

Le Burundi a mis en place une plate‑forme de pré‑enregistrement, easybusiness.bi, pour simplifier les démarches. Le parcours type :

Exemple :

L’exemple typique comprend quatre étapes : d’abord, la création d’un compte via le bouton « s’enregistrer », en fournissant l’identité, l’email et un mot de passe. Ensuite, la validation de l’adresse email. Puis, le dépôt des informations détaillées sur le projet, incluant le type de personne (physique ou morale), la forme de société, l’identité des associés, l’adresse du siège et l’activité. Enfin, le téléversement des pièces justificatives requises, telles que les copies de passeports ou cartes d’identité, les statuts, le bail ou contrat de domiciliation, et des photos.

Les documents doivent être en français ou traduits et certifiés en français.

Documents à prévoir pour un expatrié

Pour un investisseur étranger, le dossier standard de création de société comprend notamment :

Attention :

Pour immatriculer une société, il faut fournir les copies de passeports et photos d’identité des associés et du gérant, les statuts, les formulaires de demande d’immatriculation et de NIF, ainsi qu’une preuve d’adresse du siège. Pour une succursale ou filiale d’une société étrangère, les documents de la maison-mère (statuts, extrait de registre, NIF, PV de décision) doivent être légalisés et apostillés si nécessaire.

Les actes étrangers bénéficient de la Convention Apostille (ratifiée en 2014), facilitant leur reconnaissance.

Coûts et délais de création

La réforme du droit des sociétés et la mise en place du guichet unique ont considérablement réduit coût et durée de création.

ÉtapeCoût indicatifDélai indicatif
Enregistrement d’une société (SPRL, SA, succursale)40 000 BIF ≈ 25 USDObjectif officiel : 24 h, pratiquement 1 à 5 jours
Enregistrement d’une entreprise individuelle30 000 BIFIdem
Ouverture d’un compte bancaire professionnelDépôt initial 5 000 à 20 000 BIF≈ 5 jours
Formalités globales avant émission de factures et embaucheEnviron 20 jours selon certaines sources

Les données Doing Business évoquent un délai de 5 jours et 3 procédures pour démarrer, tandis que l’ADB parle d’un délai potentiel inférieur à 24 heures pour l’émission des principaux documents.

Formalités complémentaires

Après l’immatriculation, plusieurs formalités sont nécessaires avant de fonctionner pleinement :

– publication d’un avis de constitution dans un journal d’annonces légales/local ;

– enregistrement auprès de l’INSS (souvent intégré au guichet unique) ;

– obtention éventuelle de licences sectorielles (santé, environnement, commerce, transport, mines, énergie…) ;

– ouverture de comptes bancaires (BIF et, si possible, devises) ;

– pour vous et vos salariés étrangers : visa long séjour, permis de travail et titre de séjour.

Fiscalité des entreprises : ce qu’un expatrié doit vraiment comprendre

Entrer dans le marché burundais sans maîtriser les bases de la fiscalité locale est risqué. Le système est globalement classique mais comporte certaines spécificités qui peuvent influencer votre structuration.

Impôt sur les sociétés et pertes

L’impôt sur les sociétés (IS) est fixé au taux standard de 30 % sur le bénéfice imposable, pour les SARL, SA comme pour les succursales. Une règle importante : si l’entreprise est déficitaire ou déclare un bénéfice inférieur à 1/30e de son chiffre d’affaires, une taxe minimale de 1 % du chiffre d’affaires s’applique.

Les pertes fiscales peuvent être reportées sur 5 ans, mais attention : si la structure de capital change de plus de 25 %, ce droit peut être perdu.

Impôt sur le revenu des personnes physiques

Pour les dirigeants expatriés résidents fiscaux (présence > 183 jours), l’impôt sur le revenu est progressif :

0 % jusqu’à 1 800 000 BIF/an ;

20 % de 1 800 001 à 3 600 000 BIF ;

30 % au‑delà.

Ces seuils sont modestes en valeur absolue ; très vite, les cadres se retrouvent dans la tranche supérieure. Les non‑résidents sans établissement stable sont imposés à un taux forfaitaire de 15 % sur leurs revenus de source burundaise.

TVA, droits de douane et autres taxes

Le Burundi applique une TVA classique :

Type de tauxTauxApplication
Taux normal18 %Biens et services courants
Taux réduit10 %Produits alimentaires et intrants agricoles de base, médicaments, matériels éducatifs
Taux zéro0 %Exportations, transport international

Certaines activités sont exonérées (services financiers, soins médicaux, enseignement, loyers résidentiels, assurances).

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Nombre de pays membres de l’Union douanière de l’EAC, impliquant des droits communs.

Type de produits importés (hors EAC)Droit de douane
Matières premières0 %
Produits semi‑finis10 %
Produits finis25 %

S’ajoutent un prélèvement de sécurité de 1,15 % sur les importations et une taxe sur les marchés publics de 3 à 4 % (hors TVA).

Retenues à la source : dividendes, intérêts, services

Les retenues à la source jouent un rôle central dans le système :

Dividendes : 15 %, retenue libératoire si l’entreprise distributrice est à jour de son IS ;

Intérêts : 15 %, avec quelques particularités pour le secteur bancaire ;

Redevances, honoraires de gestion, prestations de services (y compris vers non‑résidents) : 15 % ;

Plus‑values immobilières et mobilières : 15 %.

Le pays dispose de peu de conventions de non‑double imposition, mais l’impôt payé à l’étranger peut, dans certaines limites, être imputé sur l’impôt dû au Burundi.

Cotisations sociales et coût du travail

Le coût social patronal est loin d’être négligeable. Les contributions employeur totalisent environ 13 % du salaire brut :

6 % au régime de sécurité sociale (plafonné) ;

3 % à l’assurance santé ;

1 % au Fonds national de l’emploi ;

3 % à l’assurance accidents du travail (plafonnée).

Les salariés cotisent environ 8 %. Ces charges s’ajoutent à l’impôt sur le revenu prélevé à la source.

Bon à savoir :

Pour un expatrié employeur, un salaire brut attractif peut devenir rapidement coûteux une fois les charges sociales ajoutées. Il est donc indispensable d’intégrer ces données dans votre plan de trésorerie et vos grilles salariales.

Incitations fiscales et zones franches

Le Code des investissements et la politique de zones économiques spéciales / zones franches ouvrent des perspectives intéressantes pour des projets structurés :

– sociétés installées en zone franche ou sociétés étrangères y domiciliant leur siège : 0 % d’IS pendant 10 ans ;

– après 10 ans : IS à 15 %, voire 10 % si plus de 100 Burundais sont employés de façon permanente ou si plus de 25 % des bénéfices sont réinvestis ;

– exonération de droits de douane et de TVA sur certains équipements et intrants non disponibles localement ;

– exonérations spécifiques pour l’agriculture, l’élevage, la pêche artisanale en dessous de certains seuils de chiffre d’affaires ;

– allègements d’IS de 2 % pour les entreprises employant entre 50 et 200 Burundais, et de 5 % au‑delà de 200 salariés.

Les investissements en agriculture et élevage bénéficient en outre d’exonérations de taxe foncière, de droits sur véhicules spécialisés, de droits de douane sur intrants.

Pour un expatrié visant un projet d’envergure (agro‑industrie exportatrice, hub logistique, plateforme de services régionale), se positionner en zone économique spéciale peut réduire drastiquement la charge fiscale à moyen terme.

Accès au financement : banques, microfinance et partenariats

Le système financier burundais est encore peu profond mais en mutation. Il est dominé par quelques banques commerciales et un réseau croissant de microfinances.

Les grandes banques présentes

Parmi les acteurs principaux :

Banque de la République du Burundi (BRB) : banque centrale, supervision monétaire et bancaire ;

Banque de Crédit de Bujumbura (BCB) – Groupe Bank of Africa : une des plus grandes banques, très impliquée dans le financement des PME ;

Banque Commerciale du Burundi (BANCOBU) : l’un des deux grands établissements « matures », offre large de comptes, crédits et produits d’épargne ;

Banque de Gestion et de Financement (BGF) : forte orientation vers les financements d’investissement pour grandes entreprises et PME ;

BBCI, Interbank Burundi, Ecobank, CRDB Bank Burundi, Diamond Trust Bank, KCB Burundi, UBA Burundi : banques régionales et panafricaines offrant des services aux entreprises (comptes multidevises parfois, trade finance, transferts internationaux) ;

International Commercial Bank Burundi (ICBB) : ouverte en 2024, très axée sur le digital, avec un bureau international à Dubaï pour la banque d’investissement et le trade finance.

Pour un expatrié, ces banques sont les portes d’entrée naturelles pour :

Services Bancaires pour les Professionnels

Découvrez les services financiers essentiels proposés pour accompagner et sécuriser les activités de votre entreprise.

Ouverture de Compte

Ouvrir un compte professionnel en BIF et éventuellement en devises étrangères pour gérer vos opérations courantes.

Financement

Sécuriser des crédits d’exploitation ou d’investissement, souvent adossés à des garanties solides, pour développer votre activité.

Finance du Commerce

Utiliser les services de trade finance, tels que les crédits documentaires et les garanties bancaires, pour vos transactions internationales.

Ouvrir un compte bancaire en pratique

Les procédures sont assez standardisées :

– pièces d’identité (passeport), titre de séjour si déjà obtenu ;

– documents d’immatriculation de la société, statuts, NIF ;

– dépôt initial entre 5 000 et 20 000 BIF (modeste) ;

– délais d’ouverture : 3 à 5 jours ouvrables en moyenne.

Les banques facturent des frais de tenue de compte mensuels (2 000 à 4 000 BIF pour un compte simple), et les opérations en devises peuvent être coûteuses (frais de change, délais d’instruction, documentation exigée).

Un marché du crédit encore très restreint

Malgré des taux de rentabilité élevés pour le cœur du système financier, plusieurs analyses pointent des faiblesses majeures :

marché du crédit fragmenté, peu profond ;

biais en faveur des « insiders » politiques ou de grandes entreprises bien introduites ;

manque de ressources à long terme ;

supervision et régulation encore perfectibles .

Les MSME (micro, petites et moyennes entreprises) représentent plus de 90 % des entreprises, mais se heurtent à un gap de financement estimé à 491 millions USD, soit environ 16 % du PIB. Les banques demandent souvent des garanties importantes (hypothèques, nantissements) difficiles à fournir pour des jeunes entreprises.

C’est là qu’interviennent des dispositifs comme la microfinance, les fonds de garantie ou l’appui de bailleurs internationaux.

Initiatives récentes pour les PME

Un exemple très concret concerne la BCB : en 2024, l’IFC (groupe Banque mondiale) lui a accordé :

25000000

Un financement total de 25 millions USD, comprenant un prêt de 20 millions pour les PME et une ligne de crédit de 5 millions pour le commerce, a été mobilisé pour soutenir le développement économique local.

BCB a aussi développé des produits spécifiques pour l’entrepreneuriat féminin, profitant du soutien de l’IDA (via la Private Sector Window).

Cette dynamique commence à dessiner un environnement plus favorable aux PME structurées et bien gérées, y compris celles créées par des expatriés qui savent présenter des business plans sérieux et une gouvernance solide.

Solutions complémentaires pour expatriés

Compte tenu des difficultés de transfert de fonds et du coût des opérations en devises, beaucoup d’expatriés combinent :

– un compte local en BIF dans une banque burundaise ;

– un compte multi‑devises dans une néobanque ou un établissement spécialisé (type compte multi‑devises UHNW, services du type HSBC Expat ou solutions fintech comme Starryblu, qui permet de gérer plusieurs devises et de réduire le coût des transferts).

Il faut toutefois vérifier la conformité de ces solutions avec les règles locales de contrôle des changes et de déclaration de capitaux.

Immigration, permis de travail et installation personnelle

Monter une société ne suffit pas : pour travailler légalement au Burundi, un expatrié doit obtenir un visa long séjour, un permis de travail et un titre de séjour.

Types de visas et entrée dans le pays

Les principales catégories de visas :

visa touristique (30 jours pour certains, par exemple les citoyens US, pour 90 USD à l’arrivée à Bujumbura, sans droit au travail) ;

visa d’affaires de court séjour (réunions, négociations, sans emploi salarié) ;

– visas de long séjour (au‑delà de 3 mois), souvent prérequis pour un permis de travail ;

– visas d’établissement et de retour pour ceux déjà installés.

La plupart des expatriés entrepreneurs entrent d’abord avec un visa d’affaires ou de long séjour, puis régularisent leur situation avec un permis de travail de catégorie A (investisseur) ou B (employé).

Permis de travail : catégories et conditions

Les permis sont délivrés par le ministère de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi, en lien avec les services d’immigration. On distingue notamment :

Bon à savoir :

Le permis de catégorie A est destiné aux investisseurs étrangers créant ou exploitant une entreprise ; sa validité dépend du maintien de l’investissement et des activités. Le permis de catégorie B concerne les salariés étrangers employés par une entreprise locale ; il est lié à un employeur et un poste spécifiques, nécessitant une nouvelle demande en cas de changement. La catégorie C couvre des cas spécifiques non détaillés dans les textes fournis.

Les conditions classiques :

passeport valable (minimum 6 mois) ;

contrat de travail (ou preuve d’investissement et d’enregistrement de la société) ;

– qualifications prouvées (diplômes, expérience) ;

– faisceau d’indices démontrant l’absence de main‑d’œuvre locale disponible pour ce poste ;

– certificat médical et extrait de casier judiciaire des pays de résidence récents.

Les employeurs doivent, quant à eux, être en règle (immatriculation, NIF, paiement des impôts et cotisations) et justifier le recours à un étranger.

Délais, coûts et renouvellements

Les délais de traitement sont variables :

3 à 6

Le délai de traitement d’un permis de travail est généralement de 3 à 6 semaines.

Les frais sont de l’ordre de : les frais.

90 à 135 USD pour les visas (entrée simple ou multiple) ;

200 à 500 USD de frais officiels pour un permis de travail, auxquels s’ajoutent les coûts de traduction, légalisation, examens médicaux, etc.

Les permis doivent être renouvelés avant leur expiration, en général un mois avant. Travailler avec un permis expiré expose à des amendes, voire à l’expulsion.

Famille, dépendants et alternatives

Les conjoints et enfants peuvent obtenir des titres de séjour comme dépendants du titulaire du permis principal, avec des droits limités en matière d’emploi (souvent une autorisation spécifique est nécessaire pour eux).

Le Burundi ne propose pas, à ce stade, de visa “digital nomad” spécifique : les travailleurs à distance doivent se conformer aux régimes existants (séjour touristique ou d’affaires de courte durée, sans travail pour le marché local).

Culture d’affaires : relations, hiérarchie et “ubuntu”

Beaucoup d’échecs entrepreneuriaux d’expatriés viennent non pas d’un manque de compétence technique, mais d’une incompréhension de la culture d’affaires locale.

L’importance de l’ubuntu et des liens communautaires

Le Burundi est marqué par la philosophie de l’ubuntu / ubumwe : solidarité, interdépendance, cohésion. On privilégie la relation à long terme plutôt que la transaction ponctuelle.

Dans les affaires, cela se traduit par : la nécessité de s’adapter rapidement aux changements du marché et d’anticiper les besoins des clients.

– une valorisation de la confiance et de la réputation plus que du seul prix ;

– une importance centrale des réseaux familiaux, amicaux et communautaires dans la recherche de clients, fournisseurs, employés ;

– des décisions influencées par les considérations sociales, pas seulement économiques.

60

Des études montrent que plus de 60 % des embauches se font par les recommandations et les contacts répétés.

Communication indirecte et respect de la hiérarchie

La communication est souvent indirecte :

– on évite de dire « non » frontalement ;

– les désaccords sont exprimés de manière nuancée ;

– le non‑verbal (silences, expressions faciales, ton) compte beaucoup.

La société est hiérarchique : on respecte l’âge, le rang, l’ancienneté. En réunion, la parole d’un aîné ou d’un dirigeant est rarement contredite publiquement. Il est très important, pour un entrepreneur expatrié, de :

– s’adresser d’abord aux personnes les plus senior ;

– utiliser les titres (Monsieur, Madame, Docteur, Mzee, etc.) ;

– pratiquer une politesse formelle, surtout au début.

Rencontre, salutation et gestion du temps

Les salutations suivent des codes précis :

Astuce :

Une poignée de main chaleureuse, parfois soutenue de la main gauche au niveau du poignet droit, est de mise. Elle s’accompagne souvent d’une légère inclinaison de la tête en signe de respect. Il est essentiel de prendre le temps d’échanger des nouvelles sur la famille et la santé avant d’entrer dans le vif des affaires.

La ponctualité est appréciée mais la gestion du temps reste flexible : une réunion peut commencer en retard et se prolonger. Se montrer pressé ou vouloir imposer un tempo « à l’européenne » est mal perçu. La patience est une compétence stratégique.

Sujets sensibles et comportements à éviter

Certains sujets sont à manier avec grande prudence :

politique, histoire récente des conflits, questions ethniques ;

opinions tranchées sur la gouvernance ou les institutions.

Les gestes et attitudes suivants sont déconseillés :

hausser le ton, exprimer la colère en public ;

pointer quelqu’un du doigt ;

afficher des signes ostentatoires de richesse dans des contextes modestes.

Apprendre quelques mots de kirundi, comme « Amahoro » (paix, salut) ou « Murakoze » (merci), est un investissement relationnel très rentable.

Stratégies de réussite pour un expatrié entrepreneur

À partir de ce panorama, plusieurs lignes directrices émergent pour maximiser vos chances de succès au Burundi.

S’adosser à des partenaires locaux

Dans un environnement où l’accès à l’information, aux réseaux et aux autorités repose beaucoup sur les relations, s’associer ou, a minima, travailler étroitement avec des partenaires burundais sérieux est crucial :

cofondateurs locaux ;

membres du conseil d’administration issus du pays ;

cabinets juridiques et fiscaux burundais ;

chambres de commerce, associations professionnelles.

Cela facilite :

– la lecture des signaux non écrits (pratiques administratives, us et coutumes) ;

– l’accès à des talents locaux ;

– la gestion de la relation avec l’administration.

Choisir un secteur réaliste et un modèle adapté

Le potentiel est réel, mais tous les secteurs ne présentent pas la même barrière à l’entrée ni les mêmes contraintes en termes de licences, de capital et de risques politiques (par exemple mines ou grands projets énergétiques).

Pour un expatrié avec un capital limité, les créneaux suivants sont souvent plus accessibles :

Domaines d’activité

Découvrez les principaux secteurs d’intervention, alliant expertise B2B, valorisation des ressources locales et innovation numérique.

Services B2B

Conseil, IT, back-office et externalisation au profit d’ONG, d’institutions et de grandes entreprises.

Agro-transformation de niche

Café de spécialité, produits bio, dérivés de fruits et huiles essentielles.

Tourisme de niche

Écolodges, circuits spécialisés et offre de restauration ciblée.

Services numériques & Fintech

Développés en partenariat avec des acteurs locaux et les banques engagées dans le digital.

Anticiper la logistique, l’énergie et la devise

Trois points opérationnels demandent une préparation minutieuse :

1. Importations : délais longs (plusieurs mois possibles) à cause des formalités dans les pays de transit (Kenya, Tanzanie), retards portuaires, limitations de devises. 2. Électricité : instable dans de nombreuses zones, obligeant les entreprises à investir dans des générateurs onéreux et dans des solutions alternatives (système solaire, stockage). 3. Devises : le manque de monnaie étrangère complique le paiement de fournisseurs internationaux ; votre plan financier doit intégrer ces goulots d’étranglement.

Construire un buffer de trésorerie, diversifier les fournisseurs et envisager des stocks de sécurité sont des pratiques essentielles.

Profiter des dispositifs d’appui et de financement

L’écosystème d’appui aux entrepreneurs, bien que récent, commence à se structurer :

Bon à savoir :

Les entrepreneurs peuvent bénéficier de plusieurs types d’appui : des structures d’accompagnement comme les incubateurs et accélérateurs (Burundi Business Incubator, Orange Corners, initiatives SPARK, PAEEJ) ; des opportunités de financement via des concours, bootcamps et fonds d’innovation (Orange Corners Innovation Fund, programmes d’USAID, EIF) ; et un appui en réseau et en information marché grâce aux sections économiques des ambassades occidentales.

Certaines de ces structures ciblent prioritairement les jeunes entrepreneurs burundais, mais un expatrié peut souvent intervenir comme mentor, partenaire technique ou investisseur, ce qui lui donne un accès privilégié aux réseaux.

Gouvernance et conformité : un investissement, pas un luxe

Dans un environnement où la corruption et les pratiques informelles demeurent, résister à la tentation du « raccourci » est un choix stratégique :

– mettre en place des procédures internes strictes (KYC des partenaires, double signature, audit externe) ;

– former le personnel aux règles d’éthique et aux exigences anticorruption (y compris FCPA pour les Américains, UK Bribery Act, etc.) ;

– documenter les interactions avec l’administration.

À moyen terme, cette rigueur protège l’entreprise contre les risques juridiques, mais aussi contre les chantages et la dépendance vis‑à‑vis de quelques individus influents.

Conclusion : un marché difficile, mais pas fermé aux expatriés

Créer son entreprise au Burundi en tant qu’expatrié, ce n’est ni un eldorado ni une mission impossible. C’est l’entrée dans un “frontier market” où :

les opportunités sont réelles, notamment dans l’agro‑industrie, les services, le numérique, l’énergie et le tourisme ;

– la concurrence formelle reste limitée dans de nombreux segments ;

– le cadre légal s’ouvre de plus en plus aux investisseurs étrangers, sans discrimination de principe et avec des régimes incitatifs attractifs pour certains projets.

Mais c’est aussi un environnement où :

Bon à savoir :

L’infrastructure et le système financier génèrent des coûts invisibles (délais, incertitude, surcoût énergétique, rareté des devises). La réussite nécessite un ancrage local solide, via des partenaires, équipes et réseaux. Enfin, la compréhension de la culture d’affaires locale, comme les concepts d’ubuntu, de hiérarchie et de communication indirecte, est cruciale pour passer d’un projet simplement toléré à une entreprise pleinement intégrée.

Pour un expatrié lucide, méthodique et capable de construire des alliances durables, le Burundi peut devenir une base stratégique, non seulement pour servir son marché intérieur, mais aussi pour rayonner dans la région des Grands Lacs et l’espace EAC élargi. La clé n’est pas d’arriver avec un modèle « prêt‑à‑porter », mais de bâtir, patiemment, une entreprise alignée sur la réalité burundaise, tant économique que sociale et culturelle.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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