Créer son entreprise au Koweït quand on est expatrié : le guide concret

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Monter un business au Koweït fait rêver beaucoup d’expatriés : pas d’impôt sur le revenu, un pouvoir d’achat élevé, un marché encore peu concurrentiel sur certains créneaux, et une stratégie nationale clairement orientée vers l’investissement privé. Mais derrière l’image d’eldorado du Golfe, la réalité est plus nuancée : procédures longues, sponsor local quasi incontournable, règles fiscales particulières pour les étrangers, et un environnement culturel à bien comprendre.

Bon à savoir :

Ce guide fournit une vue d’ensemble pragmatique et fondée sur les données pour les expatriés souhaitant créer une entreprise au Koweït. Il couvre la création de petites structures de services, d’activités en ligne, ainsi que des projets plus ambitieux via le régime d’investissement direct.

Sommaire de l'article masquer

Comprendre le terrain de jeu : économie, marché et cadres institutionnels

Avant de parler formulaires et licences, il est essentiel de situer le contexte dans lequel votre future société va évoluer.

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Le Koweït détient environ 6 % des réserves mondiales d’hydrocarbures.

Pour autant, l’État a engagé une transition : le plan « New Kuwait Vision 2035 » vise à transformer le Koweït en hub financier et commercial régional, avec diversification dans les infrastructures, la logistique, les services financiers, le numérique, l’éducation, la santé ou encore les énergies renouvelables (par exemple le gigantesque parc de Shagaya, prévu à 4 000 MW).

800

Le fonds souverain du Koweït, la Kuwait Investment Authority, gère un portefeuille estimé à plus de 800 milliards de dollars.

D’un point de vue institutionnel, le Koweït est une émirat constitutionnel doté d’un Parlement élu. Le système juridique s’appuie sur le droit civil (inspiration française et égyptienne), avec des emprunts au common law britannique et au droit islamique, mais les affaires commerciales sont tranchées dans des juridictions civiles, sans tribunaux de la charia pour les litiges économiques. Pour un entrepreneur étranger, cela signifie un environnement juridique assez lisible, avec une forte place donnée au droit écrit.

Atouts et limites du Koweït pour un entrepreneur expatrié

Monter une entreprise au Koweït ne présente pas le même profil de risque qu’en Europe ou en Asie. Les avantages sont réels, mais les contraintes aussi, surtout pour les non-Koweïtiens.

Les principaux atouts

Le premier avantage visible est fiscal : il n’existe aucun impôt sur le revenu des personnes physiques. Votre salaire de dirigeant, s’il est versé en tant que rémunération individuelle, n’est pas imposé à titre personnel. Côté entreprises, le schéma est plus nuancé, mais plusieurs points sont attractifs :

les sociétés détenues à 100 % par des citoyens du CCG (et, pour les Koweïtiens, par les résidents) sont exonérées d’impôt sur les sociétés ;

les gains et dividendes liés à des titres cotés sur Boursa Kuwait sont exonérés ;

– pas de TVA pour l’instant (même si un projet commun aux pays du CCG est à l’étude) ;

– pas de droits de mutation ni de taxe foncière.

Attention :

Pour les bénéfices de source koweïtienne, les entités étrangères sont soumises à un impôt de 15 %. Cependant, des exemptions ciblées existent : l’Autorité pour la promotion de l’investissement direct (KDIPA) peut accorder une exonération d’impôt société allant jusqu’à dix ans, ainsi qu’une dispense des droits de douane sur les équipements et matières premières nécessaires à un projet éligible.

Le second atout est la solvabilité de la clientèle : marché de 3,5 à 4,8 millions d’habitants selon les sources, fortement urbain, avec un revenu par habitant élevé, faible fiscalité directe, consommation alimentée par un vaste secteur public. Les ménages consacrent des budgets importants à la restauration, aux services, au shopping, au numérique, aux soins, à l’éducation privée ou aux loisirs.

Secteurs Porteurs

Les domaines d’activité identifiés comme ayant un fort potentiel de développement et d’opportunités d’affaires.

Commerce & Services Digitaux

E‑commerce, services digitaux, solutions SaaS et cybersécurité.

Alimentation & Santé

Food & beverage (cafés spécialisés, dark kitchens), santé privée et technologies healthtech.

Logistique & Mobilité

Logistique, livraison du dernier kilomètre, entreposage et tourisme d’affaires.

Finance & Conseil

Banque, assurance, gestion de patrimoine (BFSI) et services de conseil.

Formation & Ingénierie

Formation, certifications, ingénierie, construction et IT.

Énergie & Durabilité

Énergies renouvelables et projets durables.

Enfin, l’environnement financier est avancé : onze banques locales (dont cinq islamiques) et douze succursales étrangères opèrent dans le pays, avec une réglementation pilotée par la Banque centrale et la CMA. Les transferts de capitaux sont libres, la monnaie est stable, et les investisseurs étrangers ont le droit de rapatrier leurs profits et leur capital.

Les contraintes et défis à ne pas sous-estimer

La contrepartie de ce cadre stable est une bureaucratie parfois lourde. La création d’entreprise peut prendre plusieurs mois, avec des allers‑retours entre le ministère du Commerce et de l’Industrie (MOCI), la KDIPA, le registre de commerce, la chambre de commerce, le ministère des Finances et d’autres autorités sectorielles. Malgré la digitalisation (portail Kuwait Business Center, e‑licensing, signatures électroniques), les délais demeurent supérieurs à ceux de nombreux pays.

Bon à savoir :

Un investisseur non koweïtien ne peut généralement détenir que 49% du capital d’une société, les 51% restants devant être détenus par un partenaire local. La propriété à 100% pour les étrangers est possible uniquement avec un agrément KDIPA pour des projets stratégiques. La plupart des PME d’expatriés nécessitent donc un sponsor local.

Troisième point : le cadre fiscal n’est simple qu’en apparence. Si l’impôt sur les sociétés est un taux unique de 15 % pour les entités étrangères, d’autres prélèvements s’ajoutent pour certaines formes (Zakat à 1 %, National Labour Support Tax à 2,5 % et contribution KFAS à 1 % sur les sociétés par actions), sans oublier les obligations liées à la retenue de 5 % sur les paiements de contrats jusqu’à production d’un certificat de conformité fiscale.

Enfin, l’acculturation est indispensable : le monde des affaires est très relationnel, le rythme de décision plus lent, la gestion du temps plus flexible, et les codes sociaux – hiérarchie, « wasta », importance de la famille, rapport à la négociation – n’ont pas grand-chose à voir avec ceux d’Europe de l’Ouest.

Structures juridiques : quelles options pour un expatrié ?

Le droit koweïtien propose une palette de structures. Toutes ne sont pas accessibles à un étranger, et toutes ne se valent pas selon que l’on vise un petit business de services ou un projet industriel soutenu par la KDIPA.

La société à responsabilité limitée (WLL), le véhicule standard

La forme la plus utilisée est la « With Limited Liability Company » (WLL), équivalent fonctionnel d’une SARL ou GmbH. Elle présente plusieurs caractéristiques structurantes :

– entre 2 et 30 associés, un couple marié comptant comme un seul associé ;

– capital minimum : 1 000 KWD, à adapter selon l’activité (certains secteurs imposent des seuils plus élevés ; par ailleurs, le MOCI utilise un barème de 100 KWD par activité déclarée) ;

– responsabilité limitée au montant des apports ;

– interdiction d’exercer des activités bancaires, d’assurance ou de fonds d’investissement pur ;

– obligation de tenir une comptabilité selon les normes IFRS et de produire des états financiers annuels audités ;

– actionnariat étranger limité à 49 % sauf agrément spécifique KDIPA permettant le 100 %.

Astuce :

Pour un expatrié qui lance un cabinet de conseil, une boutique en ligne, une société de services, un petit bureau d’ingénierie ou un prestataire IT, la WLL (With Limited Liability) est en pratique la forme juridique la plus adaptée. C’est aussi celle qui est la mieux maîtrisée et acceptée par les banques, les bailleurs et l’administration locale, facilitant ainsi les démarches et l’installation.

Les sociétés par actions (KSC) : pour les gros projets

Les Joint Stock Companies (KSC) conviennent plutôt aux grands projets et aux futures candidates à la cotation :

– elles doivent être de « nationalité koweïtienne », avec un plafond de 49 % de capital étranger sauf régime particulier KDIPA ;

– au moins cinq actionnaires sont requis ;

– capital minimum d’au moins 10 000 KWD pour une KSC fermée (KSC(c)) et 25 000 KWD pour une KSC publique, souvent bien plus en pratique ;

– les actions sont librement cessibles dans le respect des plafonds d’ownership.

Les KSC sont soumises à des obligations supplémentaires : Zakat, NLST pour les entités cotées, contribution KFAS, supervision de la CMA, etc. Pour un expatrié solo ou une petite équipe, cette forme est en général surdimensionnée.

Partenariats, joint-ventures, branches et bureaux de représentation

Les partenariats généraux ou limités offrent des solutions dans certains cas, mais la responsabilité illimitée des associés gérants les rend délicats pour un étranger.

Exemple :

Dans les secteurs de la construction et des grands projets au Koweït, il est fréquent de recourir à des joint‑ventures contractuelles. Ces entités n’ont pas de personnalité morale et ne sont pas enregistrées au registre du commerce. Lorsqu’un partenaire étranger est impliqué, toutes les opérations juridiques sont réalisées sous la licence commerciale du partenaire koweïtien local. Ce montage constitue un outil intéressant pour se positionner sur un projet spécifique sans créer de structure autonome, mais il ne convient pas pour soutenir une activité commerciale continue dans le temps.

Les branches et bureaux de représentation représentent une autre voie. Historiquement, seuls les groupes du CCG pouvaient ouvrir une succursale. Une réforme de 2024 a modifié l’article 24 du droit commercial pour permettre aux sociétés étrangères d’ouvrir une branche sans agent local, mais les règlements d’application n’étaient pas encore publiés au moment des dernières données. En pratique, la voie la plus réaliste pour une succursale reste encore aujourd’hui le passage par la KDIPA.

Les bureaux de représentation, eux, sont clairement cantonnés à la prospection et aux études de marché : pas de facturation, pas d’activité commerciale directe.

Entreprises individuelles et One-Person Companies

Les entreprises individuelles et les « One-Person Companies » sont réservées aux citoyens koweïtiens et aux ressortissants du CCG. Un expatrié ne peut donc pas légalement enregistrer à son seul nom une entreprise commerciale de ce type.

Le nœud central : la question de l’actionnariat étranger et du sponsor

Le point névralgique pour un expatrié reste toujours le même : comment structurer la propriété de la société dans un cadre qui impose, en principe, 51 % de parts détenues par un Koweïtien ?

Le droit commun, hérité des articles 23 et 24 du Code de commerce, est clair : un non‑Koweïtien ne peut exercer une activité commerciale qu’avec un associé local majoritaire, et une société étrangère ne peut opérer qu’à travers un agent koweïtien, sauf cas spéciaux.

Trois grandes familles de solutions se dessinent.

La structure classique : 49 % étranger / 51 % koweïtien

C’est la configuration standard pour une WLL de PME. L’expatrié détient jusqu’à 49 % de la société, un ou plusieurs partenaires koweïtiens détiennent au moins 51 %. On parle souvent de « sponsor », même si juridiquement il s’agit d’un associé.

Le sponsor joue plusieurs rôles :

Bon à savoir :

Un partenaire local est essentiel pour assurer la conformité avec la loi sur la propriété. Selon l’accord, il peut signer des documents, parrainer les visas et résidences des expatriés, et faciliter les démarches administratives. Il apporte également son réseau (wasta), sa connaissance du marché et, dans certains cas, des fonds.

En contrepartie, il perçoit généralement une rémunération, soit fixe (retainer annuel), soit indexée sur les bénéfices ou le chiffre d’affaires. Tout l’enjeu pour l’expatrié consiste à sécuriser contractuellement la gouvernance : répartition des droits de vote, verrouillage des décisions stratégiques, clauses d’option, gestion des conflits, droits de sortie.

La voie KDIPA : 100 % de capital étranger sous conditions

La loi sur la promotion de l’investissement direct permet, en théorie, à un investisseur étranger de détenir 100 % du capital d’une société établie au Koweït, et même d’ouvrir une succursale. En pratique, ce régime est réservé à des projets « apportant quelque chose » à l’économie nationale : transferts de technologies, création d’emplois pour les Koweïtiens, utilisation de produits locaux, contribution aux priorités sectorielles (infrastructures, énergie, logistique, high‑tech, etc.).

Astuce :

Le KDIPA (Kuwait Direct Investment Promotion Authority) agit comme un guichet unique pour les investisseurs étrangers. Il examine le business plan, évalue les retombées économiques positives du projet et décide de l’octroi de l’agrément. En cas d’accord, il peut accorder des incitations telles qu’une exonération d’impôt sur les sociétés pouvant aller jusqu’à dix ans, une exemption de droits de douane et un allégement de certaines obligations d’emploi de main-d’œuvre locale (obligations de « koweïtisation »). Si un délai de réponse de trente jours est annoncé, la création complète d’une société à responsabilité limitée (WLL) entièrement étrangère via ce processus peut prendre jusqu’à six mois.

Pour un indépendant du numérique ou un petit restaurateur, il sera difficile de remplir ces critères. Pour un groupe industriel, une scale‑up technologique ou un opérateur logistique international, le jeu en vaut clairement la chandelle.

L’agent commercial : vendre sans créer de structure locale

Enfin, un entrepreneur étranger peut aussi se contenter de distribuer ses produits ou services au Koweït via un agent ou un distributeur local, sans créer de filiale ni de joint‑venture. Le contrat d’agence commerciale ou de distribution, enregistré au MOCI, donne au partenaire koweïtien le droit de représenter la marque, de vendre et parfois d’importer.

Dans ce schéma, la fiscalité de l’entité étrangère peut tout de même être engagée sur les revenus réalisés au Koweït, et la protection du représentant local est forte : résiliation et changement d’agent sont encadrés, avec souvent indemnisation. C’est donc une solution légère en termes de structure, mais engageante sur le plan contractuel.

Étapes concrètes pour créer son entreprise au Koweït

Le parcours d’un expatrié qui veut formaliser une société suit un fil logique, même si chaque étape peut se décliner différemment selon le secteur et la taille du projet.

Définir l’activité, la forme juridique et l’architecture capitalistique

Tout commence par le choix de l’activité principale et des activités auxiliaires, qui conditionnent :

la catégorie de licence (commerciale, industrielle, de services, financière, immobilière, agricole, etc.) ;

les ministères sectoriels impliqués (Santé, Éducation, Municipalité, Banque centrale, etc.) ;

les minima de capital et les exigences de locaux (bureaux, ateliers, cliniques, écoles…).

Ensuite viennent le choix de la forme (WLL, branch, JV, etc.) et la stratégie de détention (49/51 avec sponsor ou route KDIPA). À ce stade, il est utile d’évaluer le budget de départ : les analyses de marché situent en général le coût global d’installation d’une petite société de services dans une fourchette de 1 500 à 3 500 KWD (hors gros investissements), quand une WLL classique, avec assistance professionnelle et équipements, peut mobiliser entre 5 000 et 20 000 KWD.

Choix et réservation du nom commercial

Le nom de l’entreprise doit être conforme aux règles du MOCI : unique, non trompeur, acceptable culturellement, et disponible. La réservation se fait en ligne via le Kuwait Business Center ou au guichet du ministère. Une version arabe est obligatoire ou, à défaut, une traduction officielle.

Rédaction des statuts (Memorandum & Articles of Association)

Le Memorandum & Articles of Association (MOA/AOA) définit l’objet social, la répartition du capital, les organes de gestion, les règles de vote, etc. Il doit être rédigé en arabe (ou traduit officiellement), puis authentifié par le ministère de la Justice.

Attention :

Les autorités exigent des clauses standard, mais il existe une marge pour organiser la gouvernance afin de protéger l’associé étranger, par exemple via des quorums renforcés, des droits de veto sur certaines décisions ou des pactes parallèles. L’intervention d’un cabinet local expérimenté est à ce stade quasi indispensable.

Démarches d’enregistrement et d’obtention de la licence

Une fois les statuts finalisés, la société suit un chemin balisé :

Exemple :

L’enregistrement d’une société au Koweït implique une séquence d’étapes administratives claires : 1) Dépôt des documents (statuts, copies de passeports, casier judiciaire, preuves d’apport, bail, etc.) au MOCI, en ligne via le KBC ou physiquement. 2) Enregistrement au registre du commerce pour obtenir un numéro d’immatriculation. 3) Inscription obligatoire à la Chambre de commerce et d’industrie (KCCI), nécessaire pour opérer et ouvrir un compte bancaire. 4) Obtention de la licence commerciale, avec des frais variant selon la structure (environ 40 KWD pour une licence individuelle, 80 KWD pour une structure à associé unique local, 150 KWD pour une société par actions). Les sociétés de services, industrielles, éducatives ou de santé requièrent souvent des autorisations supplémentaires des ministères concernés. 5) Enregistrement auprès de la Public Authority for Civil Information (PACI) pour obtenir un « Civil ID » de la société, document essentiel pour les démarches administratives et certains contrats.

En pratique, un dossier de WLL correctement préparé nécessite rarement moins de trois mois entre la décision et l’obtention effective de la licence. Une structure 100 % étrangère via KDIPA ou une KSC peut étirer ce délai à six mois ou plus.

Ouverture d’un compte bancaire professionnel

Aucun business ne peut tourner sans compte bancaire local. Le Koweït dispose d’un système bancaire robuste, mixant banques islamiques et conventionnelles. Pour ouvrir un compte professionnel, la société doit fournir :

Pièces justificatives pour l’ouverture d’un compte professionnel

Liste des documents généralement requis par les établissements bancaires pour ouvrir un compte au nom d’une société ou d’une entreprise.

Licence commerciale

Document officiel attestant de l’enregistrement de l’activité auprès des autorités compétentes.

Certificat d’enregistrement

Preuve de l’immatriculation de l’entreprise au registre du commerce.

Statuts de la société

Document définissant les règles de fonctionnement et l’organisation de l’entreprise.

Pièces d’identité

Cartes d’identité ou passeports des dirigeants et des ayants-droits de l’entreprise.

Résolution d’ouverture

Décision formelle de l’assemblée ou du conseil autorisant l’ouverture du compte bancaire.

Documents complémentaires

Peut inclure un descriptif d’activités, un business plan et une estimation des flux financiers.

Les exigences en matière de dépôt initial varient : certaines banques demandent 500 KWD pour un compte courant professionnel, d’autres 1 000 KWD ou davantage pour certains produits. La vérification KYC peut prendre quelques jours à quelques semaines.

Formalités sociales, visas et recrutement

La structure doit ensuite s’enregistrer auprès des autorités du travail (Public Authority for Manpower, ministère des Affaires sociales et du Travail), ouvrir un fichier de main‑d’œuvre et, le cas échéant, cotiser à la sécurité sociale pour les employés koweïtiens.

Pour embaucher des expatriés (y compris le fondateur étranger), l’entreprise doit sponsoriser des permis de travail (visa 18) et des résidences. Les permis sont accordés pour une à trois années, renouvelables. Les employés doivent se soumettre à des examens médicaux, fournir des certificats de police, etc. Le coût annuel de sponsoring par employé se situe, selon les données disponibles, entre 150 et 400 KWD.

Les quotas de « koweïtisation » imposent par ailleurs un pourcentage minimal de salariés nationaux, variable selon le secteur (de 1 à 60 %). Les entreprises opérant sous licence KDIPA peuvent bénéficier de flexibilités, mais restent soumises à de grands principes de priorité à l’emploi local.

Budget, coûts récurrents et fiscalité : ce qu’il faut prévoir

Monter une entreprise au Koweït suppose d’aligner la stratégie avec le coût de la vie, le niveau de salaire et les différents postes de dépenses.

Coûts d’installation et de fonctionnement

Les chiffres varient selon la taille et le secteur, mais quelques repères ressortent des données :

Poste de dépenseOrdre de grandeur (KWD)
Frais d’enregistrement/licence (MOCI, KCCI)250 – 600
Honoraires juridiques et traductions150 – 400
Constitution complète WLL (avec services)5 000 – 20 000
Comptabilité annuelle (petite/moyenne WLL)~ 3 000 / an
Marque déposée250 – 500
Loyer bureau 75 m² au centre de la capitale~ 800 / mois (selon emplacement)
Bureau virtuel (non recevable pour licence)~ 119 / mois
Permis de travail et résidence par expatrié150 – 400 / an

En parallèle, le coût de la vie influe sur la masse salariale. Le salaire moyen d’un expatrié se situe autour de 1 200 KWD mensuels, avec des salaires de marché pour certains profils qualifiés (infirmières, pilotes, cadres, médecins) bien supérieurs. Pour un célibataire, un revenu de 800 à 1 000 KWD est jugé suffisant pour un niveau de vie confortable ; pour une famille, la barre des 2 000 KWD mensuels est souvent citée.

Repères de coût de la vie (utile pour calibrer son business plan)

Le niveau de prix au Koweït est inférieur à celui de certaines métropoles du Golfe, mais reste élevé. Les indices de Numbeo situent le coût de la vie (hors loyer) autour de 42–52 selon les sources, et 44 pour la capitale seule, avec un indice de loyer de 21,7.

Bon à savoir :

Cette section présente des informations pratiques et des points de référence clés à connaître.

Poste de dépense (approx.)Fourchette (KWD)
Repas bon marché au restaurant2,0 – 2,5
Repas pour deux, milieu de gamme10 – 30
Abonnement salle de sport mensuel15 – 60
Billet de cinéma2 – 5
Ticket bus local0,25 – 0,35
Loyer 1 chambre centre-ville160 – 450 / mois
Loyer 3 chambres centre-ville350 – 800 / mois
Abonnement internet (60 Mbps+)5 – 20 / mois
Électricité/eau pour appartement5 – 30 / mois

Ces données permettent aux entrepreneurs d’ajuster la politique salariale, les tarifs de leurs services et les projections financières.

Fiscalité des entreprises étrangères

Du point de vue fiscal, le Koweït applique un modèle territorial : seule l’activité de source koweïtienne est imposée. Les grands principes sont les suivants :

Bon à savoir :

L’impôt sur les sociétés est de 15% sur le bénéfice imposable des entités étrangères. Les sociétés détenues à 100% par des ressortissants du CCG en sont exonérées, tandis que celles à actionnariat mixte sont taxées uniquement sur la part étrangère. Les plus-values et dividendes provenant de la Bourse du Koweït (Boursa Kuwait) sont exonérés, et les projets agréés par le KDIPA peuvent bénéficier d’exonérations d’IS jusqu’à 10 ans et d’exemptions douanières. Il n’existe pas de retenue à la source classique, mais une retenue de 5% est appliquée sur les paiements aux contractants jusqu’à présentation d’un certificat de conformité fiscale (réduction possible à 1% pour les sociétés KDIPA). Le pays n’applique pas de TVA, d’impôt sur le revenu des personnes physiques, de droits de timbre ni de taxe foncière.

Les entités de type KSC supportent en sus :

Zakat : 1 % sur le bénéfice net (après quote‑part étrangère) ;

National Labour Support Tax (pour les KSC cotées) : 2,5 % du bénéfice net ;

contribution KFAS : 1 % du bénéfice.

Les déficits peuvent être reportés sur trois ans, et la prescription fiscale est de cinq ans.

Les entreprises doivent déposer une déclaration dans les 105 jours suivant la clôture de l’exercice (15e jour du 4e mois), avec possibilité de demander une extension d’environ 60 jours. Le paiement peut être échelonné en quatre acomptes.

Culture d’affaires : ce que tout expatrié doit intégrer

Beaucoup de projets échouent non pas sur les chiffres ou la technique, mais sur le facteur humain. Au Koweït, les affaires sont profondément relationnelles et influencées par des codes culturels précis.

Le business repose sur la confiance personnelle, souvent construite au fil de rencontres, de repas, de conversations informelles. Les réunions commencent par de longues discussions sur la famille, la santé, l’actualité locale ; entrer immédiatement dans le vif du sujet est souvent perçu comme brusque. La hiérarchie est marquée : l’âge, le statut social et le rang organisationnel commandent le respect. Le décideur final n’est pas toujours présent lors des premières réunions, et le processus de décision peut être long.

Bon à savoir :

La communication est souvent indirecte. Un refus direct est rare ; des réponses comme ‘Insha’Allah’, un silence ou une réponse évasive doivent être interprétées avec prudence. L’expression visible d’émotions fortes (colère, impatience) est mal perçue. La notion de ‘face’ est primordiale : il est essentiel d’éviter de mettre son interlocuteur en difficulté en public.

Le calendrier doit prendre en compte la semaine de travail (dimanche–jeudi), les cinq prières quotidiennes, et surtout le mois de Ramadan, où les heures de travail sont réduites et où l’on évite de manger ou de boire en public devant les jeûneurs.

S’ajoute enfin le rôle du « wasta », cet ensemble de réseaux d’influence familiaux, tribaux et professionnels. Sans l’exagérer ni le caricaturer, il reste déterminant dans l’accès à certains marchés, autorisations ou contrats. D’où l’importance stratégique de choisir un partenaire local qui dispose d’un réseau solide, plutôt qu’un simple prête‑nom.

Choisir et gérer son partenaire local : un exercice stratégique

L’obligation d’associer un Koweïtien majoritaire dans la plupart des structures confère à la sélection de ce partenaire une importance immense.

Les critères à examiner sont multiples :

Astuce :

Pour choisir un associé, plusieurs facteurs clés doivent être rigoureusement évalués : son intégrité, sa réputation et ses antécédents (historique, autres activités, litiges éventuels, situation financière) ; l’alignement de vision, en privilégiant un partenaire réellement impliqué dans le développement du projet plutôt qu’un sponsor passif ; la complémentarité des compétences (maîtrise de l’arabe, connaissance de l’administration, réseau, compétences en gestion, capacité d’investissement) ; et enfin, la compatibilité culturelle et managériale (styles de communication, appétence au risque, traitement des employés, tolérance à l’erreur).

Une fois le partenaire identifié, tout doit être couché noir sur blanc : rôle de chacun, répartition des profits, rémunération du sponsor, décisions qui nécessitent un accord conjoint, mécanismes de sortie, résolution de conflits. Un pacte d’associés détaillé, adossé aux statuts, reste le meilleur rempart contre les malentendus.

Idées de business réalistes pour expatriés au Koweït

Le rapport de recherche mentionne une multitude d’idées, du food truck à la fintech. Dans la pratique, un expatrié se tournera souvent vers des secteurs à faible intensité capitalistique et à barrière réglementaire modérée : services en ligne, conseil, restauration légère, fitness, éducation privée, logistique urbaine, etc.

Quelques exemples adaptés au contexte koweïtien :

Opportunités d’Affaires

Secteurs porteurs pour entrepreneurs et professionnels, alignés sur les dynamiques économiques actuelles.

Services Digitaux

Gestion des réseaux sociaux, SEO, création de sites, montage vidéo et production de contenu francophone/anglophone pour commerces locaux et professionnels.

E‑commerce de Niche

Vente de produits bio, pour expatriés, papeterie créative ou accessoires technologiques, utilisant les réseaux de livraison existants.

Consulting

Conseil en management, finance, IT, cybersécurité et RH pour les PME locales, en phase avec Vision 2035.

Formation

Cours de langues, préparation IELTS/TOEFL, coding, design et métiers du digital, en présentiel ou hybride.

Bien‑être et Sport

Coaching à domicile, studio de yoga/Pilates, nutrition et programmes santé, dans un marché en croissance.

Services B2B

Nettoyage professionnel, facility management, micro‑logistique, stockage et services back‑office pour les entreprises locales.

Le rapport donne aussi des estimations de ticket d’entrée par type de projet :

Type de projet entrepreneurialFourchette indicative de capital (KWD)
Activité en ligne / à domicile300 – 2 000
Services (consulting, marketing, IT)1 000 – 6 000
Cloud kitchen F&B8 000 – 25 000
Petit café / kiosque15 000 – 60 000
Restaurant plein service35 000 – 150 000
Centre de formation5 000 – 40 000
Clinique / centre bien‑être20 000 – 150 000
Auto / logistique7 000 – 60 000
Activité industrielle légère / B2B10 000 – 80 000

Ces ordres de grandeur aident à calibrer l’ambition du projet par rapport à votre capacité réelle de financement et au niveau de risque acceptable.

Zone franche, mégaprojets et nouveaux dispositifs : ce qu’il faut savoir

Le Koweït a historiquement disposé d’une zone franche unique : la Kuwait Free Trade Zone (KFTZ) à Shuwaikh, adossée au principal port commercial du pays. Ce territoire offrait :

100 % de propriété étrangère ;

exonération d’impôt société et de taxes personnelles ;

absence de restriction de change ;

facilités pour les activités d’import–export, de services et d’assemblage léger.

Bon à savoir :

Les autorités ont suspendu l’octroi de nouvelles licences et gelé certains avantages dans l’attente d’une refonte globale. De nouveaux projets sont prévus, comme la Northern Economic Zone intégrée à Silk City, visant à créer des zones spéciales pour la logistique, la finance, le tourisme et l’industrie légère, avec un cadre réglementaire moderne piloté par la KDIPA et l’Autorité des partenariats public-privé.

Pour un expatrié, ces projets représentent davantage une opportunité à moyen terme qu’une solution immédiate. Mais ils confirment l’orientation du pays vers un modèle plus ouvert à l’investissement étranger, dans la lignée de ce qui existe déjà au Qatar ou aux Émirats.

Gestion bancaire et flux financiers

Ouvrir un compte bancaire professionnel fait partie du parcours obligatoirement. Le système bancaire koweïtien est diversifié, avec des acteurs comme la National Bank of Kuwait, Gulf Bank, Burgan Bank, Commercial Bank of Kuwait ou Kuwait Finance House, entre autres.

Les comptes courants professionnels offrent des services classiques : chéquiers, cartes, K‑Net (système de paiement par carte très répandu), e‑banking. Certaines banques proposent des produits islamiques (structures de type Moudaraba, Qard Hasan pour les dépôts) et des packs spécifiques pour PME.

Bon à savoir :

Les autorités ont supprimé l’exigence de salaire minimum pour ouvrir un compte individuel, dans un objectif d’inclusion financière. Pour les entreprises, il est crucial de bien préparer le dossier (KYC, documentation sur les bénéficiaires effectifs, justificatifs de la source des fonds) et de prévoir du temps pour la due diligence, notamment en cas d’actionnariat étranger.

Les transferts de capitaux sont globalement libres. Les investisseurs ont le droit de rapatrier profits et capital à l’étranger, sans plafond formel, sous réserve de respecter les procédures bancaires et les exigences internationales de lutte contre le blanchiment.

Risques, pièges classiques et bonnes pratiques

Plusieurs zones de risque reviennent de manière récurrente dans les retours d’expérience d’investisseurs étrangers au Koweït.

La première est liée à la bureaucratie : lenteurs, demandes de documents supplémentaires, incohérences entre administrations, etc. Pour les limiter, il est conseillé de :

Astuce :

Pour une création d’entreprise à l’étranger en toute sérénité, il est recommandé de : recourir à un PRO (Public Relations Officer) local ou à un cabinet spécialisé ; conserver des copies claires et organisées de tous les documents (accords, licences, visas, registres, quittances) ; vérifier systématiquement que le bail des locaux est correctement enregistré et approuvé par la municipalité ; et anticiper les dates de renouvellement des licences et titres de séjour pour éviter des pénalités.

La seconde concerne la relation avec le sponsor : un associé absent, surendetté, peu sérieux ou changeant peut mettre en péril l’ensemble du projet. La due diligence et la formalisation contractuelle ne sont pas une option, mais un prérequis. Il faut aussi prévoir dès le départ des mécanismes de sortie (rachat des parts, arbitrage, etc.) en cas de rupture.

Attention :

Les étrangers, attirés par l’absence d’impôt sur le revenu, négligent souvent l’impôt société et la retenue à la source de 5%. Une planification fiscale et comptable avec un cabinet local dès la première année est cruciale pour éviter des surprises, en particulier pour l’obtention des certificats fiscaux nécessaires à l’encaissement des dernières tranches de certains contrats.

Enfin, le risque géopolitique et la dépendance à l’or noir font partie du paysage : les prix du pétrole, les tensions régionales et les réformes locales peuvent influencer la conjoncture. Cela plaide pour des modèles d’affaires adaptables, peu endettés, et pour une diversification progressive des clients et des secteurs.

Conclusion : un marché exigeant mais riche en opportunités ciblées

Créer son entreprise au Koweït en tant qu’expatrié n’a rien d’un parcours express : comptez plusieurs mois, une préparation juridique solide, un partenaire local trié sur le volet, et un apprentissage réel des codes culturels. Les barrières à l’entrée – fiscales, réglementaires, administratives – filtrent naturellement les candidatures opportunistes.

Bon à savoir :

Les porteurs de projet bénéficient d’un environnement unique : absence d’imposition sur le revenu personnel, fiscalité sociétale compétitive avec des exonérations pour les projets stratégiques, une clientèle solvable, une économie soutenue par un important fonds souverain, et un État engagé dans la diversification vers les services à haute valeur ajoutée, la finance, les infrastructures et le numérique.

Pour un expatrié, la clé consiste à viser des créneaux ciblés – souvent dans les services, le digital, la formation, le conseil, le F&B différencié ou la logistique urbaine, à démarrer à taille raisonnable pour tester le marché, et à s’appuyer sur des partenaires locaux et des conseils professionnels pour naviguer dans les méandres administratifs.

Le Koweït n’est pas un eldorado facile, mais c’est un terrain particulièrement intéressant pour des entrepreneurs patients, structurés et capables de jouer sur le long terme dans un environnement où les relations, la réputation et la confiance pèsent aussi lourd que le business plan.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, disposant d’un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers le Koweït pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations (Grèce, Chypre, Maurice, Koweït), la stratégie retenue a consisté à cibler le Koweït pour son absence d’impôt sur le revenu des personnes physiques, son absence d’impôt sur la fortune et sa position stratégique au Moyen-Orient, combinant coût de vie maîtrisé et environnement d’affaires attractif pour investisseurs étrangers. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions de non‑double imposition FR‑KW), obtention d’un titre de résidence via investissement (immobilier ou structure locale), couverture santé internationale en relais de la CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture maîtrisée des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local francophone/anglophone (avocat, immigration, family office) et intégration patrimoniale globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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