S’installer en tant qu’expatrié implique toujours une part d’inconnu, mais en matière de santé, l’incertitude peut vite devenir anxiogène. En Tasmanie, île australienne à la réputation de nature préservée et de qualité de vie élevée, le système de soins est globalement performant… à condition de bien comprendre comment il fonctionne pour les non‑résidents. Entre Medicare, assurances privées, contraintes de visa, distances en zone rurale et coûts parfois très élevés pour les personnes non couvertes, une installation réussie passe par une vraie stratégie santé.
Cet article propose un panorama détaillé et pratique des soins de santé pour les expatriés en Tasmanie, en s’appuyant exclusivement sur les données et faits issus du rapport de recherche fourni.
Comprendre le système de santé australien… appliqué à la Tasmanie
L’Australie dispose d’un système de santé mixte, combinant un pilier public, Medicare, et un secteur privé très développé. La Tasmanie s’inscrit pleinement dans ce modèle national, avec ses spécificités insulaires : une population d’environ 573 000 habitants, dispersée sur un territoire de la taille de l’Irlande, dont près des deux tiers vivent hors de Hobart.
Le socle public est universel pour les personnes qui y ont droit, mais il ne couvre pas tout. De leur côté, les cliniques privées, les cabinets de généralistes et les spécialistes complètent l’offre, souvent plus rapidement, mais avec un coût potentiellement élevé pour l’expatrié.
Le rôle central des généralistes
Comme partout en Australie, l’entrée dans le système de soins passe généralement par un médecin généraliste (GP – General Practitioner). Ce médecin de premier recours :
– assure les consultations courantes, le suivi de maladies chroniques, les vaccinations, la prévention ;
– coordonne les soins avec les spécialistes, car un courrier de GP est quasi indispensable pour obtenir un rendez‑vous remboursable chez un spécialiste ;
– oriente vers les services hospitaliers publics ou privés en cas de besoin.
En Tasmanie, des cabinets de médecine générale sont organisés en pôles de santé multidisciplinaires. À Hobart, le cabinet Your Hobart Doctor (GP Collective) regroupe sur un même site : médecine générale, radiologie, kinésithérapie, pharmacie et une Medicare Urgent Care Clinic pour les urgences non vitales, avec des horaires étendus jusqu’à 23h. À Launceston, le Launceston Medical Centre dispose de 14 salles de consultation modernes, d’un service d’échographie de proximité pour la grossesse, d’un laboratoire de pathologie sur place et d’une Medicare Urgent Care Clinic ouverte tous les jours de 14h à 20h.
Ces structures sont en grande partie privées, souvent à honoraires (private billing) plutôt qu’en « bulk billing » intégral, ce qui signifie des frais à la charge du patient, remboursés seulement si celui‑ci est couvert par Medicare ou par une assurance adéquate.
Les grands hôpitaux publics de Tasmanie
La colonne vertébrale de l’hospitalisation publique en Tasmanie est assurée par quatre grands hôpitaux administrés par le Tasmanian Health Service (THS) :
| Hôpital public | Ville / Région | Nombre de lits | Rôle principal |
|---|---|---|---|
| Royal Hobart Hospital (RHH) | Hobart (Sud) | 684 | Principal hôpital d’enseignement et de recherche, prise en charge des cas complexes et d’urgence |
| Launceston General Hospital (LGH) | Launceston (Nord) | 473 | Centre majeur pour la chirurgie et les spécialités médicales du Nord |
| North West Regional Hospital (NWRH) | Burnie (Nord‑Ouest) | 151 | Hôpital de référence pour le Nord‑Ouest |
| Mersey Community Hospital (MCH) | Latrobe (Nord‑Ouest) | 95 | Urgences 24 h/24, soins communautaires et hospitalisation |
À ces établissements s’ajoutent des hôpitaux de district à Smithton, sur King Island et à Queenstown, certains intégrant aussi des lits de soins de longue durée pour personnes âgées.
Pour un expatrié, ces hôpitaux constituent le recours en cas de problème sérieux, notamment en secteur public si l’on est éligible à Medicare. Sinon, chaque jour passé à l’hôpital peut se chiffrer en milliers de dollars australiens.
Inégalités territoriales et accès en zone rurale
Si Hobart et Launceston offrent un bon maillage de soins, la réalité est plus contrastée ailleurs. Dans de nombreuses communes rurales ou côtières, les services médicaux sont limités, les cabinets ouverts à temps partiel, et l’hôpital le plus proche peut se trouver à une ou deux heures de route. Les habitants du Nord‑Ouest doivent souvent se rendre à Launceston ou Hobart pour des chirurgies programmées ou des consultations spécialisées.
Pour faire face à ces contraintes, différents dispositifs existent.
– Ambulance Tasmania, service d’ambulance d’État avec 53 bases réparties y compris en zones reculées ;
– Royal Flying Doctor Service et Westpac Rescue Helicopter Service pour le transport médicalisé aérien, fréquent pour des cas graves depuis les régions isolées ;
– TAZREACH, qui organise des consultations de spécialistes en mobilité, notamment pour les communautés aborigènes et les zones rurales ;
– téléconsultation (téléhealth) devenue un maillon essentiel du système depuis son intégration durable à Medicare.
Ces dispositifs sont utiles aux expatriés, mais ne changent pas une réalité importante : vivre dans une région reculée suppose d’anticiper davantage les rendez‑vous, les renouvellements d’ordonnance ou les soins spécialisés, et de comprendre les implications en termes de coûts si l’on n’est pas couvert par Medicare.
Medicare, un pilier… auquel la plupart des expatriés n’ont pas droit d’emblée
Medicare, le régime public de santé australien, est au cœur du système, mais n’est pas conçu pour les séjours temporaires. Pour un expatrié en Tasmanie, la question clé est donc : suis‑je éligible à Medicare, et si oui, quand ?
Qui a droit à Medicare ?
Relèvent de Medicare :
– les citoyens australiens ;
– les résidents permanents ;
– les citoyens néo‑zélandais vivant en Australie ;
– certains titulaires de visas temporaires spécifiques listés dans un arrêté ministériel (ex. certains visas humanitaires, visas régionaux 491 et 494, etc.) sous conditions précises ;
– les ressortissants de pays ayant un accord de soins réciproques (Reciprocal Health Care Agreement – RHCA), pour un accès limité.
Les expatriés arrivant avec un simple visa de travail temporaire, un Working Holiday Visa ou un visa étudiant ne sont, dans la grande majorité des cas, pas couverts par Medicare, sauf s’ils sont ressortissants d’un des pays liés par un RHCA avec l’Australie.
Ces accords, incluant notamment la Belgique et le Royaume-Uni, permettent aux expatriés en séjour temporaire d’accéder aux soins médicaux nécessaires et aux médicaments PBS en cas de besoin urgent, par exemple en tant que patient public dans un hôpital public. Ils ne couvrent cependant pas l’intégralité des dépenses de santé et ne remplacent pas une assurance santé complète.
Statut de « Medicare ineligible patient »
Pour tous ceux qui n’entrent dans aucune catégorie d’éligibilité, l’expression qui résume la situation est parlante : Medicare ineligible patient. Ce statut signifie :
– impossibilité de bénéficier des remboursements Medicare ;
– facturation intégrale des soins à l’hôpital, en consultation et pour de nombreux examens ;
– obligation, à l’admission hospitalière, de fournir passeport, visa, coordonnées, mais aussi informations d’assurance ou de sponsor.
En pratique, un expatrié non couvert par Medicare sera systématiquement considéré comme patient privé à l’hôpital, y compris dans le public. Les factures se règlent alors au tarif international, avec des montants rapidement très élevés : pour un séjour hospitalier, les fourchettes indicatives de coûts pour les patients internationaux vont de 3 000 à 7 000 AUD par nuit, bien au‑delà des tarifs imputés à un patient résident.
S’inscrire à Medicare en cas d’éligibilité
Les expatriés qui obtiennent le statut de résident permanent, ou relèvent d’un accord RHCA permettant une inscription, doivent en général s’enregistrer dans la semaine suivant leur arrivée. La procédure se fait via un formulaire papier ou en ligne (myGov), avec présentation de pièces justificatives : passeport, notification de visa, preuve de résidence.
Le délai de traitement peut aller jusqu’à un mois, bien qu’une carte numérique soit souvent accessible plus rapidement via l’application Express Plus Medicare. Il existe trois types de carte.
| Type de carte | Couleur | Profil |
|---|---|---|
| Carte standard | Verte | Citoyens australiens, résidents permanents, citoyens néo‑zélandais résidents, détenteurs d’un Resident Return Visa |
| Carte temporaire | Bleue | Demandeurs de résidence permanente ou détenteurs de certains visas couverts par un arrêté ministériel |
| Carte RHCA | Jaune | Visiteurs provenant d’un pays avec accord de soins réciproques |
En Tasmanie, comme ailleurs en Australie, la présentation de la carte Medicare permet :
– de bénéficier de soins gratuits en tant que patient public dans un hôpital public ;
– d’obtenir un remboursement partiel ou total des consultations de généralistes et spécialistes relevant du barème MBS ;
– d’accéder au PBS (Pharmaceutical Benefits Scheme) pour des médicaments subventionnés.
Mais même pour les titulaires de Medicare, des postes de santé importants restent peu ou pas couverts : soins dentaires, optique, kinésithérapie, psychologie, audiologie, et la plupart des services paramédicaux, sans parler de nombreux frais d’ambulance hors Tasmanie. Pour les expatriés nouvellement installés, la solution passe quasi toujours par l’assurance privée.
Assurances privées et obligations de visa : l’assurance santé comme sésame
Pour les expatriés, la question de l’assurance n’est pas qu’un choix de confort, c’est souvent une condition de séjour. De nombreux visas imposent la détention d’une couverture santé adéquate (visa condition 8501). C’est particulièrement vrai pour :
– les étudiants internationaux (obligation d’Overseas Student Health Cover – OSHC) ;
– les titulaires de certains visas de travail ou de séjour temporaire (Overseas Visitor Health Cover – OVHC) ;
– les participants au Working Holiday Program, pour lesquels l’assurance est exigée.
Les types de couverture privés en Australie et en Tasmanie
Le marché australien distingue trois grandes familles de produits :
| Type de couverture | Contenu principal | Intérêt pour un expatrié en Tasmanie |
|---|---|---|
| Hospital Cover | Frais liés à l’hospitalisation, en public ou privé (selon contrat), honoraires chirurgicaux et médicaux, chambre | Indispensable pour couvrir les coûts très élevés d’une hospitalisation sans Medicare |
| Extras / Ancillary | Soins non pris en charge par Medicare : dentaire, optique, kiné, chiro, podologie, etc. | Très utile, surtout en Tasmanie où le dentaire public est saturé et très limité |
| Ambulance Cover | Transport en ambulance, parfois hélicoptère | En Tasmanie, les résidents sont couverts dans l’État, mais pas à l’extérieur ; pour un expatrié, selon son statut, une couverture nationale reste prudente |
Les couvertures hospitalières sont structurées par niveaux (Basic, Bronze, Silver, Gold) avec des garanties croissantes. En Tasmanie, les primes sont légèrement supérieures à la moyenne nationale pour la plupart des niveaux. À titre d’illustration, pour une femme célibataire de moins de 31 ans à Hobart, avec un reste à charge (excess) de 750 AUD et en intégrant les rabais publics, les primes mensuelles moyennes observées sont de l’ordre de :
| Niveau | Prime mensuelle indicative à Hobart (AUD) |
|---|---|
| Basic | ~86,6 |
| Bronze | ~103,8 |
| Silver | ~151,6 |
| Gold | ~210,2 |
D’autres données donnent des moyennes globales en Tasmanie de 92 AUD pour un Basic, 110 AUD pour un Bronze, 175 AUD pour un Silver et 278 AUD pour un Gold pour un célibataire. Pour les Extras, la prime moyenne est d’environ 54 AUD par mois pour un célibataire et 116 AUD pour une famille.
Bupa détient la plus grande part de marché en Tasmanie avec 31,3 %.
Couverture internationale vs. couverture locale
De nombreux expatriés privilégient une assurance santé internationale plutôt qu’un contrat purement australien, surtout lorsqu’ils envisagent des déplacements fréquents ou un éventuel retour dans leur pays d’origine. Des acteurs comme Cigna Global, Allianz International, APRIL, Henner ou MSH proposent des contrats mondiaux incluant parfois :
– hospitalisation et soins courants dans le monde entier,
– prise en charge des médicaments,
– évacuation sanitaire et rapatriement,
– couvertures responsabilité civile, invalidité, voire assistance juridique.
Découvrez les principaux atouts qui rendent la vie en Tasmanie attractive pour les expatriés.
Bénéficiez d’une nature exceptionnelle, d’un air pur et d’espaces vastes et peu peuplés, idéaux pour les activités de plein air.
Profitez d’un rythme de vie plus tranquille, de communautés accueillantes et d’un excellent système éducatif et de santé.
Accédez à un marché du travail dynamique dans des secteurs en croissance comme la technologie, l’agriculture et le tourisme.
Vivez dans un État réputé pour son faible taux de criminalité et sa grande stabilité politique et sociale.
– possibilité de se faire soigner ailleurs qu’en Australie en cas de besoin ;
– meilleure protection face à certains coûts de médicaments ou de soins très onéreux ;
– continuité de couverture en cas de changement de pays ou de retour.
Mais il est essentiel de lire attentivement le Product Disclosure Statement (PDS) de toute police, qu’elle soit locale ou internationale. Il faut vérifier :
– les délais de carence (12 mois pour la maternité ou les pathologies préexistantes sont fréquents) ;
– les plafonds annuels par type de soin (dentaire, optique, kiné…) ;
– les exclusions (certaines maladies préexistantes, soins psychologiques, etc.) ;
– la politique de « gap » : différence entre les honoraires des praticiens et ce que paient Medicare et/ou l’assureur, parfois couverte par des arrangements « no gap » ou « known gap ».
Pour un expatrié inéligible à Medicare, la priorité absolue reste d’avoir au minimum une hospital cover solide et une bonne garantie évacuation / rapatriement, sous peine de s’exposer à des factures à cinq chiffres en cas d’accident grave.
Coûts et risques financiers : à quoi s’attendre sans couverture ?
Les données de coûts disponibles montrent que l’Australie pratique des tarifs élevés pour les patients sans Medicare, et la Tasmanie ne fait pas exception. Quelques ordres de grandeur permettent de mesurer l’enjeu pour un expatrié non assuré.
Consultations et examens
En clinique généraliste, une consultation de base se facture généralement entre 70 et 150 AUD. Dans un hôpital privé, la même consultation peut monter entre 100 et 250 AUD, voire plus dans un service « international ». Les spécialistes se situent souvent dans la tranche 150–300 AUD en secteur public (pour un patient privé) et 250–500 AUD en secteur privé. Des consultations pédiatriques suivent des ordres de prix comparables, parfois supérieurs dans certains établissements.
Les examens d’imagerie lourde (scanner, IRM) suivent la même logique : dans le public, les tarifs pour un patient non couvert peuvent osciller entre 400 et 1 200 AUD ; en structure privée, ils se situent plutôt entre 1 000 et 3 000 AUD, et encore davantage dans des cliniques spécifiquement orientées vers l’international.
Hospitalisation et chirurgie
C’est dans ce domaine que le risque financier se matérialise le plus clairement :
| Type de prestation | Fourchette indicative pour un patient international (AUD) |
|---|---|
| Nuit d’hospitalisation (public) | ~3 000 à 7 000 |
| Chirurgie mineure | 10 000 à 20 000 |
| Chirurgie majeure | 30 000 à 60 000+ |
| Accouchement voie basse | ~9 000 |
| Césarienne | ~14 000 |
| Accouchement à domicile avec sage‑femme | 3 000 à 5 000 |
Pour une grossesse complète (consultations prénatales, échographies, accouchement, suivi immédiat), le coût total peut ainsi se situer dans une fourchette en euros comprise entre 5 500 et 20 000, avec un reste à charge moyen estimé à environ 4 300 euros si l’on combine prise en charge publique à distance (par exemple via la Caisse des Français de l’Étranger – CFE) et assurance complémentaire insuffisante. Transposé en dollars australiens, on comprend qu’une grossesse non assurée pèse très lourd dans un budget d’expatrié.
Urgences et services privés à Hobart
Certains hôpitaux privés de Hobart affichent clairement leurs frais de présentation :
Montant en dollars australiens du droit d’accès aux urgences pour un patient international non couvert au Hobart Private Hospital.
Ces montants ne représentent que la porte d’entrée. Les actes médicaux, radiologies, interventions, sont facturés séparément, souvent par des prestataires tiers (par exemple I‑MED Radiology Network pour l’imagerie à Calvary).
Ambulance et transports
En Tasmanie, les résidents bénéficient de la gratuité des services d’ambulance dans l’État, sauf cas particuliers (accidents de la route ou du travail relevant d’autres régimes, vétérans soumis à des règles spécifiques). En revanche, cette gratuité ne s’applique pas en dehors de la Tasmanie. Les barèmes officiels indiquent que, pour un non‑résident ou un patient non couvert, un transport en ambulance débute à environ 756,79 AUD pour un simple traitement sur place, et près de 905 AUD pour un traitement avec transport.
En cas d’évacuation héliportée ou de transfert inter-étatique en Australie, les frais peuvent être très élevés. Il est crucial de disposer d’une assurance santé couvrant bien les frais d’ambulance sur tout le territoire australien, et éventuellement à l’international pour les évacuations sanitaires vers un autre pays dans les situations extrêmes.
Au‑delà des grandes structures et des questions de couverture, les expatriés se heurtent à des réalités très pratiques : trouver un médecin, décrocher un rendez‑vous chez un spécialiste, comprendre les délais d’attente publics, utiliser les services d’urgence à bon escient ou encore gérer un problème de santé mentale dans un environnement inconnu.
S’enregistrer chez un généraliste
Dès l’arrivée, il est conseillé de s’inscrire auprès d’un cabinet de médecine générale proche de son domicile. Les grands centres urbains disposent d’un choix raisonnable :
– Hobart : Your Hobart Doctor (71 Bathurst Street), Australian Family Medical (25 Davey Street), Rosny Doctors & After Hours à Rosny Park, ou encore des cliniques comme Bathurst Street Skin Cancer Clinic ;
– Launceston : Launceston Medical Centre, qui abrite également un laboratoire de pathologie Tasmanian Medical Laboratories (TML) proposant des prélèvements sans rendez‑vous, avec des résultats urgents retournés parfois en moins d’une heure grâce à un laboratoire sur place.
La plupart des cabinets fonctionnent sur rendez‑vous, avec possibilité de créneaux plus longs pour les consultations complexes (santé mentale, bilan complet, plusieurs motifs…). Certains autorisent des patients sans rendez‑vous pour des urgences mineures, mais le délai d’attente est alors incertain.
La téléconsultation est possible pour les patients déjà connus du cabinet, selon l’appréciation du médecin. Ce canal est particulièrement utile pour le renouvellement d’ordonnances, l’interprétation de résultats ou les problèmes bénins.
Obtenir un rendez‑vous chez un spécialiste
L’accès aux spécialistes en Tasmanie – dermatologues, cardiologues, ORL, neurologues, etc. – passe dans la majorité des cas par un courrier de généraliste, surtout si l’on veut bénéficier de remboursements Medicare. Sans ce courrier, les spécialistes peuvent vous voir, mais Medicare ne remboursera pas, ce qui est important pour les expatriés éligibles ; pour les autres, l’impact est surtout financier via l’assureur privé.
Le problème majeur, en particulier dans le secteur public, réside dans les délais. Les données du Tasmanian Health Service pour la région Sud (Hobart et environs) montrent des temps d’attente considérables pour certains services externes publics (hors urgence) lorsque l’on considère le 75e percentile (c’est‑à‑dire le délai pour lequel 75 % des patients ont été vus) :
| Spécialité (Sud Tasmanie) | Urgent (jours) | Semi‑urgent (jours) | Non urgent (jours) |
|---|---|---|---|
| Cardiologie | ~99 | ~533 | ~902 |
| Dermatologie | ~80 | ~380 | ~560 |
| ORL adulte | ~327 | ~1 329 | ~450 |
| Neurochirurgie | ~1 069 | ~453 | ~580 |
| Orthopédie | ~8 | ~742 | ~313 |
Ces chiffres illustrent clairement que le recours au secteur public pour un suivi spécialisé non vital peut conduire à des délais de plusieurs mois, voire années, surtout pour les catégories semi‑urgentes et non urgentes. En pratique, de nombreux habitants – et plus encore les expatriés qui peuvent se le permettre – choisissent donc :
– soit de consulter en privé, avec des rendez‑vous plus rapides mais des frais à leur charge (couverts en partie seulement par Medicare et/ou l’assurance privée) ;
– soit d’alterner entre secteur public et privé selon la gravité et la nature des soins.
Pour éviter les mauvaises surprises financières, il est vivement recommandé d’exiger un devis écrit détaillé avant d’accepter un acte médical, en particulier pour une intervention chirurgicale. Ce droit, appelé Informed Financial Consent, vous permet de connaître à l’avance le coût total. Pour vous faire une idée des prix, vous pouvez consulter des outils de référence comme le site Medical Costs Finder du gouvernement fédéral, qui fournit des fourchettes de coûts pour certaines opérations.
Urgences, soins immédiats et numéros utiles
En cas d’urgence vitale, le réflexe reste identique partout en Australie : composer le 000. Les opérateurs redirigent vers les services d’ambulance, de police ou de pompiers selon la situation.
Pour les situations non vitales mais ne pouvant attendre un rendez‑vous classique :
– les Medicare Urgent Care Clinics de Hobart, Bridgewater, Launceston et Devonport permettent de gérer des traumatismes mineurs, fièvres importantes, infections, etc., sans passer par les services d’urgences saturés des hôpitaux ;
– certains services d’urgences privés comme ceux de Hobart Private Hospital ou Calvary Lenah Valley Hospital offrent une prise en charge 24 h/24, moyennant des frais de dossier et des honoraires élevés pour les patients sans Medicare ;
– pour un simple conseil médical en dehors des heures de bureau, la ligne healthdirect (1800 022 222) met en relation avec un infirmier diplômé 24 h/24, qui peut orienter vers le bon niveau de soins.
Les expatriés doivent aussi connaître les services de traduction téléphonique (131 450) et les interprètes en langue des signes (1300 287 526) mis à disposition des patients par les services publics de santé ou intégrés dans certaines structures.
Santé mentale : une offre riche mais complexe à appréhender
La Tasmanie accorde une place importante à la santé mentale, avec une mosaïque d’acteurs et de dispositifs :
Ressources et contacts essentiels disponibles pour un soutien en santé mentale, incluant des lignes d’écoute 24/7, des services spécialisés et des centres de soins.
Porte d’entrée téléphonique 24h/24 et 7j/7 pour les services publics de psychiatrie, en partenariat avec Lifeline Tasmania. Numéro : 1800 332 388.
Lifeline (13 11 14), Beyond Blue (1300 22 4636), Suicide Call Back Service (1300 659 467), Kids Helpline (1800 55 1800) pour les 5-25 ans, Headspace (1800 650 890) pour les 12-25 ans.
Financés par le Commonwealth et pilotés par Primary Health Tasmania. Centre ouvert à Launceston (62-64 Canning Street) : soins immédiats, courte/moyenne durée, sans rendez-vous et gratuits. Ouvertures prévues à Devonport, Burnie et en périphérie de Hobart.
Pour les personnes issues de milieux culturellement et linguistiquement divers, la Phoenix Centre propose un accompagnement spécifique, notamment pour les survivants de torture et de traumatismes, avec des services gratuits, confidentiels, et des interprètes. Ce type de structure peut s’avérer particulièrement pertinent pour des expatriés ayant vécu des parcours migratoires éprouvants.
Services pour les familles, les enfants et les aînés
Les expatriés s’installant en Tasmanie avec des enfants ou des parents âgés trouvent également des services dédiés :
– Child Health and Parenting Service (CHaPS) : bilans de santé gratuits pour les enfants de 0 à 5 ans, ligne de soutien parental 24 h/24 (1300 808 178) ;
– Pregnancy, Birth and Baby (1800 882 436) : conseils sur la grossesse et la petite enfance ;
– My Aged Care (1800 200 422) : portail fédéral pour l’accès aux services aux personnes âgées (aide à domicile, établissements, etc.) ;
Pour les enfants et jeunes expatriés, des dispositifs comme Youth Health Services ou Pulse Youth Service (12‑24 ans, à Glenorchy) offrent un environnement adapté pour aborder des problématiques de santé, de sexualité, de santé mentale ou de consommation de substances.
Vivre en Tasmanie : particularités médicales et prévention
S’installer en Tasmanie, c’est aussi s’exposer à un environnement spécifique qui impose quelques réflexes de prévention.
Soleil, cancer de la peau et dépistage
L’Australie est l’un des pays au taux de cancer de la peau le plus élevé au monde, en raison d’un ensoleillement intense et d’un rayonnement UV très fort. Même si la Tasmanie bénéficie d’un climat plus tempéré que certaines régions continentales, le risque n’est pas négligeable.
Pour les expatriés, il est judicieux de :
Il est crucial d’adopter rapidement les habitudes locales de protection : utiliser de la crème solaire, porter des vêtements couvrants et un chapeau, et limiter l’exposition aux heures les plus ensoleillées. Envisagez des contrôles réguliers de la peau, par exemple dans des cliniques spécialisées comme la Bathurst Street Skin Cancer Clinic à Hobart. Intégrez ces check-ups dans votre stratégie de couverture santé, car les consultations dermatologiques et le retrait de lésions peuvent être coûteux sans assurance.
Vaccinations et pathologies importées
Pour un expatrié venant d’Europe, aucun risque sanitaire majeur spécifique à la Tasmanie n’est identifié dans les sources consultées, en dehors de la question du soleil. Il est recommandé d’être à jour des vaccins classiques (tétanos, hépatite A et B, rougeole), et une vaccination contre la fièvre jaune est exigée si l’on arrive d’une zone d’endémie.
Par ailleurs, l’histoire personnelle de voyage de nombreux expatriés (séjours préalables en Asie, Afrique, Amérique latine) peut exposer à des risques latents (tuberculose latente, hépatites, parasites) qui justifient parfois un bilan de santé approfondi avant ou après la migration. Les grands hôpitaux publics, mais aussi des cliniques privées, sont en mesure de réaliser ces investigations.
Santé mentale et isolement
Même si la Tasmanie se présente comme un havre de paix à l’air pur, avec 40 % du territoire classé en parcs nationaux et réserves, l’isolement géographique peut peser sur certains expatriés. Les données disponibles indiquent que les habitants hors de Hobart présentent des taux plus élevés de détresse psychologique et de suicide.
Pour un expatrié loin de ses repères, le risque d’isolement est réel, d’où l’importance de maintenir des liens et de créer de nouveaux repères.
– de connaître les lignes d’écoute et structures de soutien ;
– de ne pas hésiter à consulter un généraliste pour discuter d’un mal‑être et, si nécessaire, organiser un plan de soins (consultations psychologiques, orientation vers un psychiatre, etc.) ;
– d’exploiter les possibilités de téléconsultation, notamment pour maintenir un suivi avec un psychologue ou un psychiatre francophone à distance si l’offre locale ne suffit pas.
Mettre en place une stratégie santé avant de s’installer
À la lumière de tous ces éléments, la meilleure approche pour un expatrié reste d’anticiper largement avant le départ, puis d’ajuster sur place.
Avant le départ : bilan et organisation
Un passage chez son médecin traitant dans le pays d’origine permet de : valider et actualiser ses données médicales, de recevoir des prescriptions, et de bénéficier d’un suivi adéquat pour diverses pathologies.
– effectuer un check‑up complet (bilan sanguin, tension, dépistages adaptés à l’âge) ;
– mettre à jour les vaccinations ;
– faire le point sur les traitements chroniques et obtenir des ordonnances détaillées mentionnant les DCI (dénominations communes internationales), utiles pour trouver les équivalents en Australie ;
– recueillir des rapports médicaux ou comptes rendus d’imagerie en anglais, notamment pour les pathologies chroniques.
Il est crucial de se renseigner sur les règles d’importation de médicaments, notamment pour les psychotropes, opioïdes ou dérivés de cannabis, soumis à des régimes stricts. Pour éviter tout problème avec la douane, il est recommandé de ne voyager qu’avec un à deux mois de traitement, accompagné de l’ordonnance et d’une lettre du médecin, puis de transférer la prise en charge vers le système de santé local.
Choisir une assurance adaptée
Avant toute demande de visa, un examen attentif des exigences de couverture est indispensable (condition 8501, OSHC, OVHC, etc.). Ensuite, il convient de comparer :
– les assurances internationales (Cigna, Allianz, etc.) offrant une couverture mondiale, souvent modulable (hospitalisation seule ou complétée par des soins courants, maternité, santé mentale…) ;
– les contrats locaux des grands fonds de santé australiens opérant en Tasmanie (Bupa, Medibank, St Lukes Health, HCF, etc.), éventuellement combinés à une protection internationale plus légère pour les voyages.
Pour calibrer efficacement les plafonds de remboursement et les franchises d’une assurance santé, il est utile de simuler divers scénarios médicaux. Par exemple, on peut modéliser le coût d’une hospitalisation sans couverture Medicare, estimer les dépenses liées à une maternité en clinique privée, ou évaluer les frais d’une chirurgie orthopédique. Ces simulations s’appuient sur les fourchettes de coûts préalablement établies pour chaque type de soin.
Sur place : s’ancrer dans le système tasmanien
Dès les premières semaines en Tasmanie, quelques démarches structurantes peuvent être effectuées :
– s’inscrire chez un généraliste proche du domicile et établir un premier contact ;
– télécharger l’application Healthdirect et se familiariser avec la fonction Service Finder pour identifier les hôpitaux, pharmacies et cliniques de proximité ;
– créer ou activer son My Health Record, qui centralisera les informations de santé en Australie et facilitera la coordination des soins ;
– noter et partager en famille les numéros clés : 000 (urgence), healthdirect (1800 022 222), Access Mental Health (1800 332 388), lignes de soutien mental, etc. ;
– si l’on est éligible à Medicare, déposer au plus vite une demande d’inscription et surveiller la réception de la carte.
Pour les familles, il est judicieux de prendre rapidement contact avec CHaPS pour organiser les visites de routine des jeunes enfants, et d’identifier les services d’urgences pédiatriques les plus proches.
Conclusion : la Tasmanie, un environnement sain… si l’on maîtrise les règles du jeu
Les soins de santé pour les expatriés en Tasmanie s’inscrivent dans un système globalement performant, avec des infrastructures hospitalières solides, une offre conséquente en médecine générale, des dispositifs innovants de télésanté et un dense réseau d’organismes de soutien, en particulier dans le champ de la santé mentale et des communautés culturelles diverses.
Mais ce haut niveau de qualité a un coût, et la frontière entre un séjour serein et une catastrophe financière se résume souvent à quelques clés simples :
Il est essentiel de comprendre rapidement son éligibilité à Medicare, de choisir une assurance visa offrant une solide couverture hospitalière et des extras si besoin, de tenir compte des temps d’accès aux soins en zone rurale, et d’utiliser les ressources comme les cliniques urgentes, la téléconsultation et les services d’aide aux migrants.
Pour l’expatrié bien informé, la Tasmanie offre alors ce qu’elle promet : un cadre de vie exceptionnel, soutenu par un système de santé sophistiqué. À condition de ne pas laisser au hasard l’un des aspects les plus sensibles de toute installation à l’étranger : la capacité à accéder, à tout moment, à des soins de qualité, sans se mettre en danger financièrement.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaite changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tasmanie/Australie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue consiste à cibler la Tasmanie, profitant du régime australien favorable aux retraités étrangers, de l’absence d’impôt sur la fortune, d’un coût de vie inférieur à Paris et d’un environnement naturel et sanitaire de premier plan. La mission inclut : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du visa de résident retraité avec achat ou location longue durée de résidence principale, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, conseiller patrimonial bilingue) et intégration patrimoniale globale.
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