Pratiques religieuses en Tanzanie : guide terrain pour expatriés

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer en Tanzanie, c’est entrer dans un pays où la religion structure le quotidien, les relations sociales, le calendrier des fêtes, mais aussi une partie de la vie politique et du développement. Pour un expatrié, comprendre ce paysage religieux – et les codes qui l’accompagnent – n’est pas un luxe culturel, mais une condition de bonne intégration et parfois de sécurité.

Bon à savoir :

Bien que la Tanzanie soit officiellement un État laïc garantissant la liberté de religion, la foi imprègne la vie quotidienne (salutations, affiches, noms de boutiques, prières). L’identité des Tanzaniens combine généralement appartenance religieuse et communautaire, dans un pays comptant environ 150 groupes ethniques.

Cet article propose un décryptage pratique, pensé pour des expatriés, des grandes religions présentes en Tanzanie, de leurs pratiques, de leurs codes sociaux, et des pièges à éviter au quotidien, avec un focus particulier sur les différences entre le continent et Zanzibar.

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1. Le paysage religieux tanzanien : des chiffres et des nuances

La première chose à intégrer : il n’existe pas de statistiques religieuses parfaitement fiables en Tanzanie. Depuis 1967, les recensements officiels ne posent plus de questions sur la religion. Les estimations proviennent donc d’organismes de recherche, souvent avec des résultats légèrement différents.

On peut cependant dégager un ordre de grandeur cohérent.

Un pays majoritairement chrétien, avec un islam très présent

Plusieurs grandes études internationales donnent les proportions suivantes :

Source / annéeChrétiens (%)Musulmans (%)Religions traditionnelles (%)Autres / non affiliés (%)
Pew Research 201061,435,21,81,4
Pew Research 2020 (projection)633412
ARDA 202055,331,511,31,9
Autre estimation 202063,134,11,11

Ces chiffres montrent une constante : le christianisme est la religion majoritaire, l’islam la deuxième religion, et les religions traditionnelles africaines restent significatives, souvent imbriquées avec christianisme ou islam.

Attention :

La répartition des religions en Tanzanie varie considérablement selon la géographie. Sur le continent, les zones intérieures sont majoritairement chrétiennes, tandis que les régions côtières sont plus musulmanes. En revanche, dans l’archipel de Zanzibar, la quasi-totalité de la population est de confession musulmane.

Zone géographiqueProfil religieux dominant
Tanzanie continentaleMajorité chrétienne, minorité musulmane importante, religions traditionnelles présentes
Côte (Dar es Salaam, Tanga, etc.)Forte présence musulmane, nombreuses mosquées
Zanzibar (Unguja, Pemba…)Plus de 97–99 % de musulmans, centre islamique du pays
Grandes villes intérieures (Arusha, Dodoma)Majorité chrétienne, minorités musulmanes et hindoues

Pour un expatrié, cela signifie qu’un même comportement – par exemple manger dans la rue en journée pendant le Ramadan – sera perçu de façon très différente à Arusha ou dans un village de l’intérieur, par rapport à Stone Town à Zanzibar.

Une mosaïque de religions, mais aussi de syncrétismes

Au-delà de la distinction chrétien / musulman, la réalité tanzanienne est plus subtile. Beaucoup de personnes se disent chrétiennes ou musulmanes tout en maintenant des croyances et pratiques issues des religions traditionnelles : recours aux guérisseurs (waganga), croyance dans les esprits, consultations divinatoires, importance des ancêtres.

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Pourcentage de Tanzaniens estimant qu’offrir des présents aux ancêtres ou aux esprits peut apporter une protection, selon une étude du Pew Research Center.

Pour un expatrié, il est essentiel de ne pas sous-estimer ce versant invisible, qui irrigue les décisions familiales, la perception de la maladie, les conflits locaux ou certaines rumeurs (sorciers, « voleurs d’organes », albinos pris pour cibles, etc.). La rationalité religieuse ne se résume pas au prêtre ou à l’imam ; elle inclut le guérisseur, la grand-mère, l’ancêtre, la montagne sacrée ou l’arbre vénéré.

2. Le christianisme en Tanzanie : poids social et diversité

Le christianisme est aujourd’hui la première religion du pays. Il s’est développé par vagues successives, des premières missions portugaises aux grands mouvements missionnaires du XIXᵉ siècle, en passant par l’ère coloniale allemande puis britannique.

Les grandes familles chrétiennes et leur présence

On distingue plusieurs grandes branches chrétiennes, toutes bien implantées :

Famille chrétiennePrésence et particularités
CatholiquesTrès nombreux, diocèses puissants, rôle majeur dans l’éducation et la santé
LuthériensHéritage de la colonisation allemande, particulièrement présents dans le nord et le centre
AnglicansForte implantation depuis la période britannique
Pentecôtistes / ÉvangéliquesEn forte croissance, surtout dans les villes
Églises indépendantes africainesParfois très contextualisées, mélange de foi chrétienne et pratiques locales
Orthodoxes et autresCommunautés plus réduites mais visibles dans certaines villes

Les Églises historiques (catholique, luthérienne, anglicane) gèrent un vaste réseau d’écoles, d’hôpitaux et de centres de santé. On estime à plus de 500 000 le nombre de Tanzaniens passés par des écoles chrétiennes. Ces institutions restent aujourd’hui au cœur de la vie sociale, surtout dans les zones rurales où l’État est peu présent.

Bon à savoir :

Pour les expatriés, inscrire ses enfants dans une école confessionnelle ou se faire soigner dans un hôpital tenu par une congrégation implique d’évoluer dans un univers de références chrétiennes. Bien qu’aucune pression religieuse explicite ne soit généralement exercée, il faut accepter la présence de pratiques comme les prières, les chants ou les célébrations.

Pratiques religieuses et vie quotidienne

La vie chrétienne s’organise autour : la prière, la lecture de la Bible, la participation à la communauté, et la pratique des sacrements.

des offices du dimanche, souvent très vivants, avec chants, danses, longues prédications ;

des fêtes majeures comme Noël et Pâques, qui sont des jours fériés nationaux et des temps forts familiaux ;

– de petites communautés de base, en particulier chez les catholiques (jumuiya), qui se réunissent dans les quartiers pour prier, discuter, s’entraider.

Les cultes se déroulent principalement en swahili, parfois dans des langues locales en milieu rural. Dans les grandes villes, on peut aussi trouver des services en anglais, notamment dans les Églises fréquentées par les expatriés.

Quelques grandes églises illustrent cette présence chrétienne très visible : la cathédrale Saint-Joseph ou Azania Front Lutheran Church à Dar es Salaam, la cathédrale Sainte-Thérèse à Arusha, de nombreux temples protestants et pentecôtistes dans toute la capitale économique.

Exemple :

Pour un expatrié, assister à un service dominical peut être une manière très efficace de comprendre la société d’accueil. Cette expérience permet d’observer directement les hiérarchies sociales en place, la position des femmes, le rapport à l’argent, ainsi que la façon dont sont traitées des questions sensibles comme la corruption, la moralité, la sexualité ou la politique.

Ce que cela implique dans la vie sociale et professionnelle

Sur le plan pratique, la forte présence chrétienne se traduit par :

– un dimanche largement réservé au culte et à la famille : beaucoup de commerces ouvrent plus tard ou ferment ;

– des prières fréquentes en ouverture ou clôture de réunions, surtout dans les ONG ou institutions influencées par des réseaux chrétiens ;

– une sensibilité particulière à certains sujets (sexualité, homosexualité, avortement, rôle des femmes) souvent abordés dans un registre moral chrétien.

Pour un expatrié non chrétien ou non croyant, refuser ostensiblement la prière dans un cadre collectif peut être perçu comme une froideur plus que comme un principe de laïcité. Une attitude discrète et respectueuse – rester silencieux, se lever avec les autres – est généralement la meilleure option, sans obligation de participer aux gestes ou aux paroles.

3. L’islam en Tanzanie : entre héritage swahili et spécificité de Zanzibar

L’islam est la seconde grande religion du pays, mais il est dominant sur la côte et quasi exclusif à Zanzibar. Son histoire est intimement liée au commerce de l’océan Indien et à la formation de la culture swahilie.

Courants et diversité internes

L’islam tanzanien n’est pas monolithique. On y trouve :

Courant / groupe musulmanParticularités
Sunnites (majoritaires)Principalement écoles shafi‘ite et malékite, surtout sur la côte et à Zanzibar
ChiitesMinorité significative, souvent d’origine sud-asiatique (Ithna’ashari, Ismaéliens, Bohras)
AhmadisMinorité également issue en partie d’Asie du Sud
Ibadites et non-dénominationnelsGroupes plus restreints
Confréries soufies (Qadiriyya, Shadhiliyya…)Très implantées historiquement, importantes dans le culte des saints et le maulid

À Zanzibar, environ 90 % des musulmans suivraient la tradition sunnite, principalement selon les écoles shafi‘ite et malékite. Des mouvements salafistes, comme Ansâr Sunna, critiquent certaines pratiques soufies locales comme la visite de tombeaux de cheikhs (ziara), la bénédiction de saints dans les prières (tawasud), ou les célébrations du maulid.

Pour l’expatrié, cette diversité interne reste discrète au quotidien, mais explique des sensibilités différentes, par exemple sur la musique religieuse, la mixité ou les pratiques de dévotion aux saints.

Pratiques visibles : Ramadan, Eid, maulid

Trois temps forts structurent l’année islamique en Tanzanie et sont importants à connaître.

Astuce :

Le Ramadan est très visible dans les zones musulmanes comme Zanzibar, la côte ou certains quartiers de Dar es Salaam. Durant ce mois, la journée est rythmée par la prière, le jeûne et les préparatifs de l’iftar (rupture du jeûne). À Zanzibar, de nombreux restaurants restent fermés jusqu’au coucher du soleil, les administrations tournent parfois au ralenti, et l’atmosphère est plus recueillie.

Ensuite l’Eid al-Fitr, qui marque la fin du Ramadan et est jour férié national. C’est un moment de prière collective le matin, suivi de visites, de nouveaux vêtements, de repas partagés. Enfin l’Eid al-Adha, fête du sacrifice, également fériée, avec sacrifice d’animaux et partage de la viande, notamment avec les plus pauvres.

Le maulid, célébration de la naissance du Prophète, est particulièrement important pour les musulmans soufis. En Tanzanie, cette fête bénéficie aussi d’un statut de jour férié. Dans certaines zones, des processions, des récitations de poèmes religieux et des festins communautaires sont organisés.

Codes à respecter pour l’expatrié

Dans les régions majoritairement musulmanes, en particulier à Zanzibar, certains comportements sont attendus :

Astuce :

Pour un séjour respectueux en Tanzanie, notamment à Zanzibar, il est conseillé de s’habiller modestement en public (épaules et genoux couverts, vêtements non moulants ou transparents). Pendant le Ramadan, évitez de manger, boire ou fumer ostensiblement dans la rue pendant les heures de jeûne. La consommation d’alcool dans l’espace public est interdite à Zanzibar. Respectez l’interdiction fréquente de photographier les mosquées ou les fidèles en prière. Retirez toujours vos chaussures avant d’entrer dans une mosquée ou un espace de prière et suivez les indications locales concernant l’accès des non-musulmans.

L’inverse est aussi vrai : dans une grande ville comme Dar es Salaam, très mixte, ou dans des zones chrétiennes de l’intérieur, les normes sont moins strictes, même si la modestie reste appréciée.

Zanzibar : centre islamique, laboratoire du vivre-ensemble… et des tensions

Zanzibar occupe une place à part. Dans l’Union tanzanienne, c’est une région semi-autonome, avec son propre gouvernement, un président, un système judiciaire distinct, dont des tribunaux islamiques (kadhi courts) compétents pour les affaires de mariage, divorce, héritage des musulmans. Plus de 99 % de la population de l’archipel se réclame de l’islam.

Historiquement, le sultan de Zanzibar autorisait les fidèles de différentes religions à pratiquer librement leurs cultes, et l’île garde la mémoire d’une coexistence ancienne entre musulmans, chrétiens, hindous et autres communautés.

Sultan de Zanzibar

Dans le même temps, l’archipel a connu des tensions : montée de courants plus radicaux, polémique sur la place du tourisme et de l’alcool, pressions sur certains chrétiens, et jeunesse parfois ciblée par des groupes extrémistes liés à des réseaux transnationaux.

Pour l’expatrié, cela se traduit surtout par : les défis d’adaptation culturelle, la gestion de la distance avec la famille et les amis, ainsi que la nécessité d’une bonne intégration professionnelle et sociale.

un environnement social plus conservateur qu’à Dar es Salaam ou Arusha ;

– des règles plus strictes sur la tenue vestimentaire et l’expression de la religion dans l’espace public ;

– une attention particulière aux lieux (quartiers anciens de Stone Town, villages de pêcheurs, plages touristiques) qui n’ont pas tous la même tolérance.

Le respect de ces codes est aussi une forme de sécurité personnelle : un comportement perçu comme provocateur peut suffire à cristalliser des tensions.

4. Religions traditionnelles et croyances « invisibles »

Au-delà des statistiques, une grande partie de la vie religieuse tanzanienne échappe aux catégories classiques. Les religions traditionnelles africaines, très diverses selon les ethnies, sont moins organisées autour de lieux de culte formels et plus autour de pratiques : cultes des ancêtres, rituels liés à la terre, sacrifices, danses de possession, recours à la divination.

Principes communs des religions traditionnelles

On y retrouve souvent :

la croyance en une divinité suprême lointaine ;

un monde d’esprits proches (esprits de la nature, génies, esprits arabes ou swahilis, etc.) ;

la centralité des ancêtres, qui peuvent protéger ou punir ;

l’importance de lieux naturels sacrés : montagnes, grottes, arbres, rivières.

Ces traditions sont en général transmises oralement, par des récits, chants, rites d’initiation. Elles structurent le rapport à la mort, à la maladie, à la fertilité, aux conflits familiaux.

Exemple :

Les ngoma sont des cérémonies de soin et de protection où la danse, le tambour et parfois la transe sont au cœur du rituel. Qualifiés de « cultes d’affliction », ils visent à traiter une souffrance en identifiant et en apaisant l’esprit considéré comme en étant la cause.

Pour l’expatrié, il est probable de croiser : les autres expatriés, des locaux partageant leur culture, des entreprises internationales et différents professionnels de divers secteurs.

des discussions autour de « sorciers » accusés de causer la mort ou la maladie ;

des rumeurs liées à des pratiques magiques, parfois dramatiques (attaques contre des personnes accusées de sorcellerie, lynchages) ;

des consultations de devins ou de guérisseurs parallèlement à la médecine moderne.

La tentation de juger ou de ridiculiser ces croyances est forte pour un regard extérieur, mais extrêmement mal perçue. Un positionnement prudent – écouter, demander, sans valider ni condamner – est en général plus adapté.

Exemples locaux : Chaga, Sukuma, Maasai, Hadza…

Chaque groupe a ses particularités. Chez les Chaga, autour du Kilimandjaro, le culte des ancêtres et la vénération d’un dieu solaire nommé Ruwa cohabitent avec un christianisme très présent. Chez les Sukuma, les ancêtres sont honorés par des offrandes de bière de mil et de bouse de vache. Les Maasai croient en un dieu unique, Engai (ou Ngai), lié à la pluie, au tonnerre, à la foudre, et conservent un système rituel élaboré autour des étapes de la vie (circoncision, mariage, vieillesse).

Bon à savoir :

Les Hadza, un groupe de chasseurs-cueilleurs, se distinguent par le fait que la majorité d’entre eux ne pratiquent ni culte organisé ni sorcellerie. Ils possèdent cependant leur propre cosmologie.

Pour un expatrié travaillant sur des projets de développement ou d’environnement, ces croyances sont centrales :

certains sites (montagnes, cascades, grottes) sont considérés comme sacrés, ce qui influence la manière de les aménager ;

des décisions communautaires passent par des rituels, des consultations de devins ou des assemblées de sages où l’élément religieux est implicite.

5. Un État laïc mais très religieux : cadre légal et réalités

La Tanzanie se définit comme un État laïc, démocratique et anti-discrimination selon sa constitution. La liberté de religion est garantie, avec le droit de changer de religion. Les deux gouvernements – celui de l’Union et celui de Zanzibar – affirment protéger cette liberté.

Dans les faits, religion et politique restent étroitement imbriquées.

Institutions religieuses et État

Les autorités entretiennent des relations structurées avec les grandes organisations religieuses :

– sur le continent, le Conseil National Musulman (BAKWATA) représente officiellement l’islam auprès de l’État ;

– à Zanzibar, le président nomme le mufti et le chef des tribunaux islamiques (chief qadi) ;

– du côté chrétien, la Conférence épiscopale (TEC) et le Christian Council of Tanzania (CCT) sont des interlocuteurs de premier plan.

Actions des organisations religieuses

Les organisations religieuses sont des acteurs majeurs dans les domaines social, éducatif et sanitaire, menant des actions cruciales pour les communautés.

Services de santé

Gestion d’un nombre considérable d’hôpitaux et de dispensaires, avec un rôle crucial dans la lutte contre le VIH/Sida.

Éducation

Gestion de nombreuses écoles et promotion active de l’éducation pour toutes et tous.

Aide humanitaire

Prise en charge et soutien des réfugiés et des personnes déplacées.

Défense des droits

Lutte active contre les violences de genre et pour la protection des plus vulnérables.

Pourtant, les rapports montrent qu’il n’existe pas de mécanisme institutionnel vraiment stable pour coordonner l’action de l’État et des acteurs religieux. Les partenariats se font au cas par cas, en particulier sur des sujets sensibles comme la santé reproductive, où les positions varient beaucoup d’un groupe religieux à l’autre.

Liberté religieuse et tensions

Les évaluations internationales attribuent à la Tanzanie une note relativement bonne en matière de liberté religieuse (3/4). Globalement, les gens pratiquent leur foi sans entraves et de nombreuses familles mélangent religions au sein d’un même foyer.

Mais cette image de « modèle de tolérance » ne doit pas occulter les épidos de tension :

Attention :

Le contexte est marqué par des conflits ponctuels entre communautés (ex. : abattage d’animaux, bruit des prêches), des attaques contre des leaders et lieux de culte, des affaires liées à la sorcellerie, et un sentiment de discrimination, notamment parmi les musulmans qui se sentent marginalisés.

Pour un expatrié, la conséquence principale est de faire très attention à ne pas alimenter, même involontairement, des lignes de fracture existantes. Un commentaire sur la politique mêlé à la religion, une plaisanterie sur une pratique rituelle, une prise de position sur un conflit local peuvent être interprétés à travers des grilles de lecture religieuses.

Enregistrement et contrôle des organisations religieuses

Les groupes religieux doivent se faire enregistrer auprès de l’administration, tant sur le continent qu’à Zanzibar. Ceux qui opèrent sans enregistrement ou qui sont accusés de fausses doctrines ou de troubles à l’ordre public peuvent être suspendus voire poursuivis. Des cas récents concernent autant des pasteurs que des imams.

En pratique, pour un expatrié impliqué dans un projet religieux (école confessionnelle, mission, ONG liée à une Église), il est crucial de vérifier le statut légal de la structure et le respect du cadre réglementaire (notamment une obligation récente de re-enregistrement périodique des organisations).

6. Vivre et travailler dans ce contexte religieux : codes, faux pas et bonnes pratiques

Au-delà des grandes lignes théoriques, ce qui intéresse un expatrié, ce sont les situations concrètes : comment se comporter dans la rue, en entreprise, dans un village, dans une mosquée ou une église, pendant les grandes fêtes ?

Dress code et lieux de culte

La règle générale est simple : la modestie est toujours bien vue, partout dans le pays. Concrètement :

épaules et genoux couverts pour hommes et femmes dans les espaces publics les plus traditionnels, les marchés, les administrations, les villages ;

– vêtements non moulants, non transparents de préférence ;

– à Zanzibar et dans les zones très musulmanes, redoubler de prudence : les femmes éviteront les débardeurs et shorts, les hommes les marcel et shorts très courts hors zones touristiques.

Dans les mosquées :

se déchausser à l’entrée ;

– pour les femmes, se couvrir la tête si on est autorisée à entrer ;

éviter toute photo sans autorisation expresse, beaucoup de mosquées l’interdisent purement et simplement, surtout à Zanzibar.

Dans les églises :

Astuce :

Pour respecter les usages dans un lieu de culte, il est conseillé de porter une tenue propre et appropriée : une chemise ou un polo pour les hommes, une robe ou une jupe décente pour les femmes. Il est également important d’éviter de se déplacer pendant les moments de prière, de lecture ou de prédication afin de ne pas perturber l’assemblée.

Les hôtels de plage et les resorts constituent un espace à part, mais même là, la discrétion hors des zones de baignade reste appréciée, surtout à Zanzibar où les autorités ont encadré la question de la tenue des touristes, avec des amendes pouvant viser également les guides ou agences.

Ramadan, dimanches et calendrier des fêtes

Pour gérer son agenda professionnel ou social, il faut intégrer le calendrier religieux. Les grandes fêtes sont des jours fériés nationaux : Noël, Pâques, Eid al-Fitr, Eid al-Adha, maulid. Les dates des fêtes musulmanes varient selon la lune, et les annonces officielles peuvent arriver tard.

Pendant le Ramadan, en zone musulmane :

Bon à savoir :

Pendant le Ramadan, il est conseillé d’adapter les horaires de réunions en évitant les fins d’après-midi et en privilégiant le matin ou le début de soirée après l’iftar. Il faut prévoir que certains services, comme les restaurants et magasins, peuvent tourner au ralenti. Il est également important d’être attentif à ne pas donner l’impression de narguer le jeûne, en évitant de manger ou boire ostensiblement.

Le dimanche, surtout dans les régions chrétiennes, est un jour où les églises sont pleines, les transports chargés de fidèles habillés en tenue de fête, et les réunions professionnelles sont mal venues.

Pour un expatrié, planifier un atelier, une formation ou un événement public sans tenir compte des grands temps religieux est une erreur classique qui se paye en absentéisme, incompréhensions, voire en tensions avec les leaders locaux.

Salutations, langage et références religieuses

Les salutations sont centrales dans la sociabilité tanzanienne. Beaucoup incluent une dimension implicite ou explicite de bénédiction :

« Mungu akubariki » – que Dieu te bénisse ;

« Asante, Mungu akulipe » – merci, que Dieu te le rende.

Refuser sèchement ces formules peut être ressenti comme un rejet. À l’inverse, les utiliser humblement, même si l’on n’est pas croyant, est en général vu comme un signe de respect des codes locaux, pas comme une profession de foi.

Exemple :

En Tanzanie, pour saluer respectueusement les communautés musulmanes, il est apprécié d’utiliser la formule arabe « Assalamu alaykum » (à laquelle on répond « Wa alaykum assalam »). Avec les chrétiens, une approche courante consiste à dire « Shikamoo » à une personne plus âgée ou à utiliser une formule en swahili comme « Habari za asubuhi ? » (« comment va le matin ? »), accompagnée d’un sourire.

Gestion des sujets sensibles

Il est recommandé de manier avec prudence certains thèmes :

relations entre chrétiens et musulmans ;

rôle de la charia, surtout à Zanzibar ;

place de la religion dans la politique ou les institutions ;

sujets éthiques (homosexualité, avortement, polygamie, sorcellerie).

Beaucoup de Tanzaniens considèrent qu’on ne « joue » pas avec la religion. Des débats existent bien sûr dans la société et entre élites religieuses, mais un expatrié qui arrive avec des jugements tranchés ou des leçons de morale est rarement bien accueilli.

Une bonne pratique consiste à poser des questions (« Comment cela se passe-t-il ici ? », « Comment voyez-vous cette question ? ») plutôt que de donner des opinions. Les réponses, souvent nuancées, permettent de mieux saisir les logiques locales.

7. Interreligieux et développement : ce que l’expatrié doit savoir

De nombreuses personnes venues travailler en Tanzanie le font dans le cadre de projets de développement, humanitaires, éducatifs ou sanitaires. Dans ces domaines, les acteurs religieux sont incontournables.

Institutions confessionnelles et services sociaux

Les organisations inspirées par la foi (églises, mosquées, fondations religieuses) dirigent :

des écoles primaires et secondaires, des internats, des centres de formation professionnelle ;

des hôpitaux, des cliniques, des dispensaires, y compris dans des zones rurales reculées ;

des programmes de lutte contre le VIH/Sida, de promotion de la santé maternelle, de soutien aux réfugiés.

Bon à savoir :

Pour travailler efficacement en Tanzanie, il est essentiel d’engager le dialogue avec les représentants religieux, tels que prêtres, pasteurs, imams, sœurs et responsables d’associations musulmanes ou chrétiennes, car ils constituent des intermédiaires de confiance pour la population locale.

Pour un expatrié, cela suppose :

d’accepter que certaines activités commencent par une prière, chrétienne ou musulmane ;

de respecter les jours de culte et les grandes fêtes dans la planification ;

– d’anticiper des débats internes sur des sujets comme la contraception, l’avortement, les droits des femmes.

Dialogue interreligieux et prévention des tensions

Plusieurs structures interreligieuses jouent un rôle clé dans la promotion de la paix et la prévention de la radicalisation. Des conférences internationales, comme celle organisée à Zanzibar sur le thème de l’extrémisme religieux, ont rassemblé des leaders musulmans, chrétiens et d’autres traditions pour réfléchir ensemble à des réponses communes.

Ces réseaux soutiennent des initiatives comme :

des formations de jeunes aux valeurs de coexistence pacifique ;

des programmes de radio ou d’usage des réseaux sociaux pour contrer les discours extrémistes ;

des actions conjointes sur des sujets sociaux (violences de genre, pauvreté).

Pour un expatrié impliqué dans la consolidation de la paix, la gouvernance ou la société civile, ces plateformes sont des interlocuteurs privilégiés. Elles peuvent aussi servir de médiateurs lorsqu’un projet se heurte à des résistances religieuses.

8. Comment fréquenter des lieux de culte en tant qu’expatrié

Nombreux sont les expatriés qui souhaitent découvrir les pratiques religieuses locales ou qui cherchent tout simplement une communauté spirituelle dans leur propre tradition.

Participer à un culte chrétien

Dans les grandes villes comme Dar es Salaam, Arusha ou Dodoma, on trouve des églises qui accueillent volontiers les expatriés, parfois avec des services spécifiques en anglais. La plupart des paroisses catholiques et protestantes sont ouvertes aux visiteurs, à condition de respecter les codes de base :

arriver à l’heure (ou accepter que le culte commence un peu en retard) ;

couper son téléphone ou le mettre en mode silencieux ;

s’abstenir de photographier sans autorisation, surtout pendant la célébration.

Bon à savoir :

Pour les familles expatriées, la participation régulière à une paroisse peut être une passerelle d’intégration très efficace. Les jumuiya catholiques ou les groupes de jeunes protestants offrent souvent un réseau social précieux.

Visiter une mosquée

En Tanzanie, l’accès des non-musulmans aux mosquées varie selon les lieux. Certaines interdisent toute entrée à ceux qui ne sont pas de la foi, d’autres acceptent les visites en dehors des temps de prière, surtout si elles ont un intérêt historique (comme certaines mosquées anciennes de Stone Town ou de la côte).

Dans tous les cas :

Bon à savoir :

Avant de visiter une mosquée, il est essentiel de demander l’autorisation, de préférence à l’imam ou à un responsable. Il faut également respecter les consignes vestimentaires et de comportement en vigueur. Il est recommandé d’éviter de planifier sa visite pendant les moments de prière importants, comme la grande prière du vendredi (Jumu‘a) ou les prières quotidiennes.

Prendre un guide local pour visiter Stone Town, Kilwa ou d’autres sites historiques permet en outre de replacer ces mosquées dans l’histoire de l’islam swahili, du commerce de l’océan Indien et de la formation de la ville.

Temples hindous, bouddhistes et autres minorités

La Tanzanie abrite aussi des communautés hindoues, sikhes, bouddhistes, bahá’ís ou juives, essentiellement dans les grandes villes, héritage des migrations indiennes et moyen-orientales. À Dar es Salaam, plusieurs temples hindous centenaires sont ouverts à la visite, avec les mêmes règles générales : modestie, respect, photos seulement avec autorisation.

Ces communautés, bien que minoritaires, participent à la diversité religieuse du pays et organisent des célébrations comme Diwali, Holi ou des cérémonies bouddhistes, surtout dans les grands centres urbains.

9. Quelques scénarios concrets pour s’orienter

Pour finir, quelques situations typiques vécues par des expatriés et ce qu’il faut en retenir.

Vous travaillez à Zanzibar dans une ONG et programmez un atelier sur une semaine qui tombe en plein Ramadan, avec des sessions toute la journée. Une grande partie des participants, qui jeûnent, sont épuisés, l’atmosphère se tend, certains quittent la salle avant la fin. L’erreur, ici, est de ne pas avoir réfléchi au calendrier religieux : mieux vaut raccourcir les journées, ménager des pauses, voire déplacer l’atelier hors de cette période.

Astuce :

À Dar es Salaam, dans un quartier mixte, des conflits peuvent surgir entre voisins à cause des nuisances sonores liées aux pratiques religieuses, comme les chants pentecôtistes le soir ou l’appel à la prière à l’aube. En tant qu’expatrié, il est préférable d’éviter de s’impliquer directement dans le conflit. Privilégiez plutôt de favoriser un dialogue local en faisant appel à des médiateurs comme le chef de quartier ou des représentants communautaires, plutôt que d’envoyer une lettre de plainte formelle qui pourrait attiser les tensions.

Vous êtes invité dans une famille chagga au pied du Kilimandjaro, chrétienne pratiquante. Avant le repas, un membre âgé de la famille verse quelques gouttes de bière traditionnelle sur le sol, en murmurant quelque chose. Ce geste peut être à la fois un hommage aux ancêtres et une prière chrétienne de reconnaissance. Demander calmement ce que signifie le geste, sans juger, est une bonne manière d’apprendre et de montrer votre intérêt.

Attention :

Lors d’une visite dans un village masaï, éviter de prendre des photos d’enfants en échange d’argent ou de bonbons, une pratique jugée problématique et indécente. Privilégier les photos de groupe avec l’accord des adultes et soutenir la communauté par l’achat d’artisanat ou des dons à une organisation locale.

Conclusion : une boussole plutôt qu’un règlement

Comprendre les pratiques religieuses locales en Tanzanie, ce n’est pas mémoriser une liste de « ne pas faire ». C’est surtout saisir trois idées simples.

La première : la religion y est partout, mais rarement ostentatoire dans le registre du conflit. Elle traverse les salutations, les repas, les journées de travail, les fêtes publiques. La respecter, c’est respecter les personnes.

La deuxième : le cadre officiel est la laïcité, mais les institutions religieuses structurent massivement l’éducation, la santé, l’aide sociale. Pour un expatrié qui travaille dans ces secteurs, ignorer ces acteurs, c’est se condamner à l’inefficacité.

Bon à savoir :

Derrière les étiquettes chrétienne ou musulmane, il existe un entrelacement complexe de traditions, de croyances aux esprits, et d’attachements à la terre et aux ancêtres. Prendre cette réalité au sérieux, sans exotisme ni mépris, permet souvent de désamorcer des incompréhensions profondes.

Au final, la meilleure posture en Tanzanie reste celle du visiteur attentif : observer, poser des questions, adapter son comportement, accepter d’apprendre. Dans un pays où les leaders religieux jouissent d’une très grande confiance, où les fêtes d’Eid et de Noël rassemblent parfois des voisins de toutes confessions, un expatrié qui fait l’effort de comprendre ce tissu spirituel se verra généralement accueilli avec chaleur et respect.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tanzanie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Tanzanie pour sa fiscalité globale modérée, l’absence d’impôt sur la fortune, le coût de vie très inférieur à la France (Dar es Salaam ou Arusha bien moins chères que Paris) et une exposition croissante à l’investissement international. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du permis de séjour, choix et achat d’une résidence principale, couverture santé internationale adaptée, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, conseiller francophone) et intégration patrimoniale. Ce type d’accompagnement permet de réduire fortement la pression fiscale et de sécuriser l’expatriation (risques de double imposition via convention FR‑TZ, contrôles français, adaptation culturelle) dans une logique globale de diversification.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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