S’installer en Tanzanie fait rêver : safaris, plages de Zanzibar, ambiance chaleureuse et coût de la vie relativement faible. Mais derrière cette image de carte postale, la question des soins de santé est cruciale pour tout expatrié. Dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde, avec un système de santé en développement et de fortes inégalités entre villes et campagnes, partir sans préparation médicale solide est un vrai pari.
Cet article détaille le système de santé tanzanien pour les expatriés, incluant le fonctionnement des hôpitaux, le rôle des assurances, l’accès aux médicaments, les risques sanitaires, les procédures d’urgence et d’évacuation médicale, ainsi que les soins dentaires, visuels et la santé mentale. Il fournit des repères chiffrés pour une préparation réaliste et sans alarmisme.
Un système de santé en développement, très inégal selon les régions
Le point de départ est sans appel : la Tanzanie reste l’un des pays les plus pauvres de la planète, avec un taux de pauvreté autour de 28 % et un PIB par habitant inférieur à 3 000 dollars. Logiquement, le système de santé reflète ce contexte.
Les autorités sanitaires – principalement le Ministère de la Santé, Community Development, Gender, Elderly and Children (MoHCDGEC) – pilotent un réseau mêlant structures publiques, privées et confessionnelles. Plus de 60 % des établissements sont publics, mais ils sont chroniquement sous-financés, mal équipés, et doivent faire face à une pénurie sévère de personnel qualifié.
Le système de santé en Tanzanie est structuré selon une hiérarchie stricte, allant des dispensaires de village à l’hôpital national. Cette organisation révèle d’importantes disparités : les infrastructures sont globalement insuffisantes hors des grands centres urbains, avec un écart marqué entre les villes comme Dar es Salaam, Arusha, Moshi, Mwanza et le reste du pays.
Les meilleurs hôpitaux – publics comme privés – se concentrent à Dar es Salaam et Arusha. Ailleurs, il n’est pas rare que les habitants doivent parcourir de longues distances pour accéder à des soins spécialisés, voire à des services d’urgence dignes de ce nom.
Public vs privé : ce que voient vraiment les expatriés
Pour les Tanzaniens les plus pauvres, le recours au public est souvent la seule option. Pour les expatriés, la réalité est très différente : la grande majorité évite le public autant que possible et se tourne vers le secteur privé, jugé plus fiable et plus confortable, même s’il reste en dessous des standards occidentaux.
Le public : essentiel pour la population, pas adapté aux attentes des expatriés
En théorie, les soins publics de base sont gratuits pour les locaux les plus vulnérables (personnes très pauvres, enfants de moins de 5 ans, femmes enceintes, personnes de plus de 60 ans). Dans la pratique, le tableau est plus sombre : hôpitaux surchargés, files d’attente interminables, pénurie d’équipement, de médicaments, de personnel.
Les hôpitaux publics de référence en Tanzanie, comme le Muhimbili National Hospital à Dar es Salaam, le Mount Meru Regional Referral Hospital à Arusha ou le Kilimanjaro Christian Medical Centre (KCMC) à Moshi, jouent un rôle central pour les Tanzaniens, mais restent « significativement en dessous » des standards occidentaux. Les expatriés y ont rarement recours, sauf en cas d’urgence absolue pour une stabilisation rapide avant évacuation.
Sources diplomatiques
Le National Health Insurance Fund (NHIF), principal régime public d’assurance, couvre surtout les fonctionnaires et, de plus en plus, certains travailleurs du privé ou du secteur informel. Il rembourse des soins de base (consultations, hospitalisation, médicaments essentiels, examens). Mais il est avant tout pensé pour les citoyens, confronté à des retards administratifs chroniques, et jugé largement insuffisant pour les besoins des expatriés. Même lorsqu’ils peuvent y adhérer, ceux-ci n’en font pas leur filet de sécurité principal.
Le privé : la porte d’entrée naturelle pour les expatriés
À l’inverse, le secteur privé est la référence pour la plupart des étrangers. Les cliniques et hôpitaux privés offrent des locaux plus modernes, des délais plus courts, des procédures administratives allégées et des médecins généralement anglophones. Les expatriés citent notamment :
C’est le nombre de structures médicales de référence pour les expatriés et voyageurs identifiées dans les principales villes de Tanzanie.
Ces structures disposent d’équipements bien plus avancés que la moyenne (scanner, IRM, blocs opératoires modernes, services de cardiologie, oncologie, néphrologie, maternité spécialisée…). Certaines cliniques misent aussi sur un service « rapide » pour expatriés, comme le “Personalized Fast Track Service” de Regency Medical Centre.
Le revers de la médaille est double : les coûts sont élevés au regard du revenu local, et même ces établissements reconnaissent leurs limites pour les cas les plus complexes. Pour une réanimation prolongée, des chirurgies très lourdes ou des pathologies pointues, l’évacuation vers Nairobi (Kenya) ou Johannesburg (Afrique du Sud) est souvent la seule solution acceptable.
Urgences médicales : une chaîne fragile, des numéros peu fiables
L’un des points les plus sensibles pour un expatrié est la gestion des urgences. En Tanzanie, il n’existe pas de véritable système public d’ambulances structuré à l’échelle nationale. Les numéros d’urgence officiels, 112 et 114, sont loin d’offrir une fiabilité comparable à celle de l’Europe ou de l’Amérique du Nord.
En dehors de Dar es Salaam, composer le 112 peut s’avérer inefficace : l’appel ne passe pas, reste en attente indéfiniment ou est entravé par la barrière linguistique, les opérateurs parlant principalement swahili. Par conséquent, dans de nombreuses régions, les victimes de blessures graves sont souvent transportées à l’hôpital par des moyens improvisés : taxi, voiture privée, moto, ou avec l’aide de « bons samaritains » ou des forces de l’ordre. Les données indiquent que moins de 10 % des personnes grièvement blessées bénéficient d’un transfert en ambulance.
L’absence de système préhospitalier structuré explique en partie le taux très élevé de mortalité routière – plus de 30 décès pour 100 000 habitants selon l’OMS. Pour les expatriés, cela signifie qu’en cas d’accident de la route, de crise cardiaque ou de choc anaphylactique, la rapidité de la prise en charge dépend largement de sa propre préparation : connaître à l’avance les établissements à rejoindre, disposer d’un véhicule, avoir les contacts d’ambulances privées.
Plusieurs sociétés privées se sont positionnées sur ce créneau, en particulier dans les grandes villes.
– TMHS Emergency Medical Services, avec une flotte d’ambulances équipées et une offre de formation (BLS, ACLS, etc.)
– Knight Support, présent à Dar es Salaam et Arusha
– Réseaux d’ambulances rattachés à certains hôpitaux privés
Ces services sont payants et souvent chers, mais peuvent faire une vraie différence dans certaines situations. Ils sont fréquemment intégrés dans les contrats des grandes compagnies ou des ONG internationales.
Évacuation médicale : un élément non négociable pour les expatriés
La limite structurelle du système tanzanien est telle que les expatriés doivent envisager l’évacuation médicale (medevac) comme un scénario probable, et non comme une hypothèse théorique. Pour une chirurgie lourde, une prise en charge oncologique avancée, certaines réanimations ou même des diagnostics de pointe, la norme est d’être transféré par avion vers Nairobi ou Johannesburg.
Plusieurs opérateurs sont spécialisés dans ces évacuations :
Principaux opérateurs spécialisés dans l’assistance et le rapatriement médical en Tanzanie et dans la région, offrant des services adaptés aux zones reculées.
Avion médicalisé basé à Arusha, capable de décoller vers des pistes de brousse et d’effectuer des vols de nuit.
Basé à Nairobi avec bureaux à Dar es Salaam et Arusha. Propose des abonnements couvrant l’évacuation depuis des zones de safari ou de montagne.
Spécialisé dans les évacuations en hélicoptère autour du Kilimandjaro, du Serengeti et du cratère du Ngorongoro.
Incluent Flying Medical Service, Mission Aviation Fellowship et Global Air Ambulance pour une couverture étendue.
La plupart de ces vols ne peuvent se faire qu’en journée, faute d’éclairage sur de nombreuses pistes. Pour une évacuation internationale, il faut ajouter les contraintes administratives : passeport valide, parfois carnet de vaccination (notamment fièvre jaune), accord médical d’aptitude au vol.
Les coûts bruts, sans assurance, sont colossaux. Un simple exemple issu de cas réels d’assurance internationale montre que des rapatriements peuvent dépasser 60 000 euros, tandis que certains séjours hospitaliers dépassent les 200 000 euros. Sans couverture adaptée, un expatrié s’expose donc à un risque financier catastrophique.
Assurances santé : pourquoi un contrat international complet est indispensable
Dans ce contexte, vivre en Tanzanie sans assurance médicale solide est tout simplement imprudent. Les expatriés ont le choix entre des assurances locales et des contrats internationaux dédiés aux expatriés, avec des différences majeures.
Assurances locales : une couverture limitée, centrée sur le territoire
Des assureurs locaux comme Jubilee, UAP ou Resolution proposent des couvertures privées pour la classe moyenne urbaine et certaines entreprises. Elles peuvent inclure l’accès aux meilleures cliniques du pays (Aga Khan, IST Clinic, Premier Care, Regency, etc.) avec parfois des plafonds de remboursement exprimés en shillings tanzaniens. Par exemple, certains plans négociés par des courtiers comme Howden Puri prévoient :
| Type de plan (exemple Howden Puri) | Plafond annuel (TZS) | Prime annuelle adulte (TZS) | Prime annuelle enfant (TZS) |
|---|---|---|---|
| Hospitalisation seule | 20 à 100 millions | à partir de 356 000 | à partir de 275 000 |
| Complet (in/outpatient) | Outpatient jusqu’à 2 millions | à partir de 960 000 | à partir de 864 000 |
Ces montants peuvent paraître modestes pour un expatrié salarié d’une multinationale, mais ils demeurent élevés par rapport au salaire minimum local (environ 50 USD par mois). Surtout, ces produits locaux restent centrés sur la Tanzanie, avec une portabilité quasi nulle à l’étranger et une couverture d’évacuation médicale souvent inexistante ou très limitée.
Assurances internationales : pensée pour l’expatriation, y compris l’évacuation
Les contrats internationaux d’assurance santé pour expatriés constituent l’option la plus sûre pour qui s’installe durablement. Des acteurs comme Cigna Global, Allianz Care, William Russell, VUMI, IMG Global, NOW Health International, GeoBlue, DavidShield, AXA ou Indigo Expat proposent des plans modulables avec :
– Couverture des soins en Tanzanie et à l’étranger
– Prise en charge des évacuations et rapatriements médicaux
– Réseaux de cliniques partenaires avec tiers payant
– Assistance 24/7 multilingue
– Options dentaires, optiques, maternité, santé mentale, etc.
Les différences entre ces produits et les plans locaux sont notables sur plusieurs points clés :
| Critère | Assurance locale typique | Assurance internationale pour expatriés |
|---|---|---|
| Zone géographique | Principalement Tanzanie | Régionale ou mondiale (avec ou sans USA) |
| Renouvellement avec l’âge | Souvent limité vers 65–70 ans | Souvent renouvelable à vie |
| Évacuation médicale | Rarement incluse, parfois optionnelle | Généralement incluse et bien dotée |
| Portabilité lors d’un déménagement | Très limitée | Conçue pour suivre l’expatrié dans plusieurs pays |
| Base de calcul des primes | Expérience individuelle de sinistres | Mutualisation globale par tranche d’âge |
Les coûts sont logiquement plus élevés, mais il faut les comparer aux risques couverts. Des exemples de primes mensuelles pour un trentenaire sur un produit comme William Russell (données de référence) montrent un éventail :
| Plan international (30 ans, Zone 2, franchise 250 USD) | Prime mensuelle (USD) |
|---|---|
| Bronze | ~98 |
| SilverLite | ~140 |
| Silver | ~180 |
| Gold | ~324 |
Pour un quinquagénaire, ces montants peuvent dépasser 500 USD par mois pour les couvertures les plus généreuses. À l’échelle d’un budget expatrié, la santé représente souvent 7 à 20 % des dépenses totales. Cet effort financier doit être mis en regard de la probabilité élevée d’utiliser des soins : certaines statistiques indiquent que 50 % des assurés recourent au système au moins une fois par an, tandis que 10 % des patients concentrent 80 % des coûts.
Comment choisir son contrat quand on s’installe en Tanzanie
Au-delà du prix, plusieurs éléments doivent être examinés de près avant de signer :
Détails des garanties, du réseau médical et des modalités pratiques de l’assurance santé pour les expatriés et résidents en Tanzanie.
Plafonds annuels et par acte pour les soins spécialisés (réanimation, oncologie, maternité). Couverture des maladies préexistantes sous conditions et délais de carence applicables.
Évacuation médicale incluse vers le Kenya ou l’Afrique du Sud. Accès à un vaste réseau de partenaires en Tanzanie (Aga Khan, IST Clinic, Premier Care, Regency, ALMC, Tasakhtaa, etc.).
Tiers payant disponible dans les hôpitaux du réseau. Remboursement des frais pour les consultations et la pharmacie hors réseau selon la politique de l’assureur.
Prise en charge partielle ou totale de la santé mentale, des soins dentaires et des équipements optiques, selon le niveau de couverture choisi.
Conditions spécifiques pour les activités à risque comme l’ascension du Kilimandjaro, la plongée sous-marine ou les safaris. Vérifier les inclusions/exclusions dans le contrat.
De nombreux expatriés passent par des courtiers spécialisés pour comparer plus de 300 formules existantes, profiter d’un conseil neutre et se faire assister en cas de litige ou de sinistre.
Médicaments et pharmacies : abondance en ville, fragilités structurelles
Dans les grandes villes, les pharmacies sont facilement accessibles et visibles. À Dar es Salaam, on compte plus de 1 100 pharmacies – soit près de la moitié des officines du pays – et un nombre croissant de pharmacies accréditées et de points de dispensation (ADDO) en zone rurale.
Pour autant, plusieurs limites apparaissent rapidement pour un expatrié :
– Les ruptures de stock sont fréquentes, en particulier pour les traitements des maladies chroniques (diabète, hypertension…).
– Le système pharmaceutique repose massivement sur les importations : environ 70 % des besoins nationaux sont importés, l’industrie locale ne couvrant qu’environ 30 %.
– La production locale est concentrée dans quelques usines de génériques, dont une poignée seulement est reconnue conforme aux bonnes pratiques par l’autorité de régulation.
Le marché pharmaceutique est régulé par la Tanzania Medicines and Medical Devices Authority (TMDA), héritière de la TFDA, réputée comme l’un des régulateurs les plus sérieux d’Afrique. Les médicaments sont classés en cinq catégories de risque (schedules). Les pharmacies peuvent vendre des médicaments sur ordonnance, de comptoir et en vente libre, tandis que les points de vente ruraux (ADDO) ont un périmètre de vente plus restreint.
En théorie, la vente de médicaments sur ordonnance sans prescription est sanctionnée (amende pouvant aller jusqu’à un million de shillings ou six mois de prison). En pratique, l’absence de liste légale précise des médicaments soumis à prescription et des failles dans l’application des règles favorisent encore des ventes « flexibles ». Il n’est donc pas rare que des étrangers profitent de cette souplesse pour acheter des antibiotiques en pharmacie sans document médical, au risque de contribuer à l’antibiorésistance.
Pour ces raisons, les recommandations pour les expatriés sont claires : il est essentiel de bien préparer son départ, de se renseigner sur la législation locale, de sécuriser sa couverture santé et de prévoir une gestion adaptée de ses finances et impôts dans le pays d’accueil.
– Arriver avec une réserve suffisante de traitements chroniques, dans l’emballage d’origine, accompagnés d’une ordonnance ou d’un certificat médical.
– Prévoir, si possible, un double stock ou une solution d’acheminement depuis le pays d’origine en cas de rupture prolongée.
– Ne pas compter sur la disponibilité « garantie » de molécules spécifiques ou récentes.
Un exemple concret illustre le poids du médicament même dans le secteur public : un patient diabétique suivi à Mwananyamala Hospital indiquait payer environ 10 000 TZS (environ 5 USD) toutes les deux semaines pour son insuline, alors que le salaire minimum mensuel tourne autour de 50 USD.
Risques sanitaires majeurs : malaria, eau, altitude, maladies émergentes
Vivre ou voyager en Tanzanie expose à des risques sanitaires spécifiques, parfois sous-estimés par les nouveaux arrivants.
La malaria reste endémique sur l’essentiel du territoire en dessous de 1 800 mètres. La prévention repose sur plusieurs piliers complémentaires : chimioprophylaxie prescrite par un médecin, vêtements longs et clairs en soirée, répulsifs à base de DEET ou de Picaridine, moustiquaires imprégnées. La prise en charge rapide à l’apparition de fièvre est également fondamentale.
Des maladies hydriques comme le choléra et la typhoïde sont régulièrement signalées. L’eau du robinet n’est pas potable : il est impératif de consommer de l’eau en bouteille scellée ou traitée. Il faut également être prudent avec les aliments crus ou vendus dans la rue, particulièrement durant les premiers mois de séjour.
Parmi les autres menaces identifiées : les cyberattaques, la dégradation de l’environnement, les pandémies, le terrorisme, les disparités économiques.
– Dengue, Zika, chikungunya (arboviroses transmises par les moustiques)
– Maladie du sommeil (trypanosomiase) dans certaines zones
– Virus plus rares mais surveillés comme Marburg ou Ebola (des épisodes ont été documentés, même si certains foyers ont été officiellement déclarés clos)
Pour les expatriés attirés par l’ascension du Kilimandjaro ou du Meru, il existe un risque sérieux de mal aigu des montagnes. Une consultation médicale préalable est fortement conseillée, de même que l’inscription à un service d’évacuation héliportée spécialisée sur ces sommets.
Les autorités sanitaires et les organismes internationaux recommandent un panel complet de vaccinations pour les séjours de longue durée :
| Vaccins généralement recommandés pour un séjour en Tanzanie | Commentaire général |
|---|---|
| Diphtérie – Tétanos – Coqueluche | Rappel systématique à jour |
| Rougeole – Oreillons – Rubéole (ROR) | Forte recommandation, épidémies possibles |
| Poliomyélite | Souvent rappel conseillé |
| Hépatite A et B | Très recommandées |
| Typhoïde | Recommandée selon conditions de vie / voyage |
| Rage | Pour séjours longs, zones rurales ou contacts avec animaux |
| Méningite | Selon profil de risque |
| Fièvre jaune | Exigée seulement en cas de transit/arrivée depuis un pays à risque |
| COVID-19, grippe saisonnière | Recommandées selon les recommandations en vigueur |
Un passage par une consultation de médecine des voyages 4 à 6 semaines avant le départ permet d’ajuster ce schéma à la situation personnelle de chacun (âge, antécédents, destination exacte, type d’activités).
Coût des soins et paiement : l’ère du cash et de l’anticipation
Même lorsqu’ils sont assurés, les expatriés découvrent rapidement un trait constant du système tanzanien : le paiement anticipé. Dans la plupart des établissements, publics comme privés, le patient doit régler en cash avant l’acte, sauf s’il bénéficie d’un accord de tiers payant entre l’hôpital et son assureur.
C’est le coût moyen en shillings tanzaniens d’une consultation de 15 minutes chez un médecin privé à Dar es Salaam.
La politique nationale prévoit que certains groupes (enfants de moins de 5 ans, personnes âgées, populations très pauvres) aient droit à la gratuité ou à des régimes de cofinancement. Dans les faits, les ruptures de stock à l’hôpital public forcent fréquemment les patients – y compris les plus modestes – à acheter leurs médicaments en pharmacie privée, plus chère.
Pour un expatrié, la clé est double : être assuré de façon robuste et se renseigner précisément sur les modalités de paiement de l’établissement choisi (possibilité de carte, utilisation du mobile money local, existence de conventions avec les assureurs internationaux…).
Santé dentaire et oculaire : des progrès, mais des manques persistants
La Tanzanie a entrepris ces dernières années une réforme ambitieuse de la santé bucco-dentaire. Les chiffres de départ étaient alarmants : plus de trois quarts des adultes et près d’un tiers des enfants souffrent de caries, avec des taux très élevés de maladies parodontales. Le ratio dentistes/population est extrêmement faible, de l’ordre de 1 pour 360 000 habitants.
Depuis 2022, le gouvernement a lancé une réforme incluant la modernisation de plus de 300 fauteuils dentaires et de centaines de systèmes d’imagerie numérique, l’introduction d’un scorecard dentaire dans le système d’information sanitaire, et la promotion de matériaux alternatifs à l’amalgame comme les ciments verre ionomère (GIC) et les composites. Bien que l’extraction demeure l’intervention la plus fréquente, le rapport entre extractions et restaurations s’améliore progressivement.
Pour les expatriés, cela signifie que : la réalité de vivre à l’étranger peut s’accompagner de nombreux défis et opportunités. Ils doivent s’adapter à une nouvelle culture, une nouvelle langue, et souvent à un nouveau système de travail. Cette expérience peut enrichir leur développement personnel et professionnel, mais elle peut aussi engendrer des sentiments de solitude et d’isolement. Il est donc essentiel pour les expatriés de construire un réseau de soutien et de se familiariser avec leur nouvel environnement.
Dans les grandes villes, on trouve des cabinets dentaires privés de bon niveau, certains clairement tournés vers la clientèle étrangère (Dental Studio, Swedish Dental Clinic, Zam International Dental Clinic, International Dental Clinic…). En zones rurales, l’offre reste très limitée et souvent adossée à des hôpitaux de brousse, avec un niveau technique variable.
En matière de santé oculaire, la situation est un peu meilleure : le pays dispose d’un hôpital national d’ophtalmologie, de plusieurs hôpitaux de zone et de centres régionaux, soutenus par un tissu d’hôpitaux privés et confessionnels. Mais les ophtalmologistes sont trop peu nombreux, concentrés dans les grandes villes, et la cataracte demeure une cause majeure de cécité évitable. Là encore, un expatrié basé à Dar es Salaam, Arusha ou Moshi trouvera relativement facilement un spécialiste, tandis qu’un poste isolé rendra chaque déplacement pour un simple fond d’œil plus complexe.
Santé mentale : un angle aveugle qui touche aussi les expatriés
Comme dans beaucoup de pays à revenu faible ou intermédiaire, la santé mentale en Tanzanie reste largement sous-dotée. Les données de l’OMS montrent un nombre infime de psychiatres et psychologues rapporté à la population (0,04 psychiatre et 0,005 psychologue pour 100 000 habitants), et un réseau de lits psychiatriques très limité, principalement en milieu urbain.
Les hôpitaux publics, comme celui de Temeke à Dar es Salaam, sont débordés et sous-dotés, avec un seul psychiatre partagé entre établissements pour des centaines de consultations mensuelles et aucun lit dédié. La santé mentale n’est pas une priorité budgétaire, la stigmatisation est forte, et la tentative de suicide est pénalisée par la loi.
Pour les expatriés, ces constats ont plusieurs conséquences concrètes :
Il est difficile de trouver sur place un psychologue ou psychiatre anglophone expérimenté dans les problématiques d’expatriation. Des organisations locales (Mental Health Tanzania, Serenity Path Tanzania, TAHMEF) proposent des services, mais ciblent principalement la population locale. De nombreux expatriés optent donc pour la téléconsultation avec des praticiens de leur pays d’origine, via des plateformes spécialisées.
Les contrats internationaux de santé incluent de plus en plus la prise en charge de la thérapie (en présentiel ou à distance) et des visites psychiatriques. Encore faut-il vérifier que la santé mentale figure bien dans la police et comprendre les plafonds, franchisés et autorisations préalables.
Quelques repères chiffrés pour se situer
Même si les statistiques restent parfois parcellaires, quelques chiffres donnent la mesure de l’environnement dans lequel évoluent les expatriés :
| Indicateur (contexte général) | Valeur indicative |
|---|---|
| Population ayant une assurance santé (2019) | ~32 % |
| Minimum wage approximatif (mois) | ~50 USD |
| Part des médicaments importés | ~70 % |
| Nombre de pharmacies enregistrées | > 2 560 |
| Part de ces pharmacies à Dar es Salaam | ~44 % |
| Nombre de points ADDO (ruraux) | > 14 000 |
| Ratio pharmaciens / population | 1 pour 50 000 |
| Vieillissement limité, mortalité infantile encore élevée | ~38 décès / 1 000 naissances vivantes |
Ces données illustrent le paradoxe tanzanien : un pays en transition, avec des îlots de modernité médicale dans quelques grandes villes, mais aussi des déserts de soins et des contraintes financières extrêmes pour la majorité de la population.
En pratique : comment un expatrié peut se préparer intelligemment
La bonne nouvelle, c’est qu’avec une préparation méthodique, il est possible de vivre et de travailler en Tanzanie en limitant significativement les risques liés au système de santé.
Avant le départ, plusieurs étapes s’imposent :
Avant votre voyage, consultez un médecin spécialisé en médecine des voyages pour aborder les vaccins, la prévention du paludisme, l’altitude et la gestion des maladies chroniques. Préparez un dossier médical numérique regroupant vos allergies, antécédents, ordonnances et comptes-rendus. Souscrivez une assurance européenne ou internationale valide en Tanzanie, couvrant l’évacuation sanitaire vers le Kenya ou l’Afrique du Sud, et idéalement les retours temporaires dans votre pays d’origine. Repérez à l’avance les hôpitaux recommandés dans les principales villes (Dar es Salaam, Arusha, Moshi, Zanzibar) selon votre itinéraire. Identifiez aussi des pharmacies fiables à proximité et prévoyez une réserve suffisante de vos traitements habituels.
À l’arrivée, il est prudent de :
– S’enregistrer auprès de son ambassade ou consulat, qui fournit souvent une liste de médecins et cliniques connus.
– Faire une visite de prise de contact avec un généraliste anglophone dans une clinique privée, pour « ancrer » son dossier localement.
– Récupérer les numéros d’ambulances privées et de services de medevac, ainsi que les coordonnées d’urgence de son assureur.
Au quotidien, il est essentiel d’être prudent concernant l’eau, la nourriture, les moustiques, le soleil et la conduite routière. Cependant, même avec ces précautions, un accident ou une maladie grave peuvent survenir. Le choix du pays d’affectation doit donc impérativement être complété par une assurance adaptée, incluant des options d’évacuation et des relais médicaux dans la région.
La Tanzanie offre aux expatriés une expérience de vie riche et singulière. En matière de santé, elle impose en revanche de rompre avec l’illusion d’un système « allant de soi » et de redevenir acteur de sa propre sécurité médicale, depuis la trousse de pharmacie jusqu’au contrat d’assurance, en passant par la connaissance des hôpitaux et des limites locales. Mieux on comprend ces contraintes, plus on peut profiter sereinement de la vie sur place.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers la Tanzanie pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités de séjour, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tanzanie, Maurice, Émirats, Portugal), la stratégie retenue a consisté à cibler la Tanzanie pour sa fiscalité compétitive sur les revenus étrangers bien structurés, son coût de vie nettement inférieur à la France (Dar es Salaam beaucoup moins cher que Paris), et ses opportunités d’investissement (tourisme, immobilier côtier, safari). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions FR‑TZ), obtention du permis de résidence via investissement immobilier, détachement ou couverture santé privée, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, comptable bilingue) et intégration patrimoniale. Cela permet des économies fiscales significatives tout en maîtrisant les risques (double imposition, contrôles, adaptation culturelle et juridique).
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