Créer son entreprise à l’étranger quand on est expatrié : le guide pratique pour se lancer au Kenya

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Kenya avec l’envie d’y monter un business, c’est entrer dans l’un des écosystèmes les plus dynamiques du continent. Entre son rôle de hub économique de l’Afrique de l’Est, sa scène tech surnommée « Silicon Savannah » et sa jeunesse ultra-connectée, le pays attire de plus en plus d’expatriés entrepreneurs. Mais terrain d’opportunité ne veut pas dire terrain sans règles : environnement réglementaire spécifique, fiscalité source-based, visas et work permits, cultures d’affaires très relationnelles… tout cela doit être anticipé pour éviter les mauvaises surprises.

Bon à savoir :

Ce guide pratique pour expatriés détaille les étapes de création d’entreprise au Kenya, en s’appuyant sur les réalités juridiques, fiscales, économiques et culturelles actuelles issues de sources officielles et d’études de marché récentes.

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Pourquoi le Kenya attire les entrepreneurs expatriés

Le Kenya s’est imposé comme la locomotive économique de l’Afrique de l’Est. Son économie, la plus importante d’Afrique de l’Est et parmi les plus grandes d’Afrique subsaharienne, pèse plus de 100 milliards de dollars de PIB selon les données récentes de la Banque mondiale. Le pays a rejoint le club des pays à revenu intermédiaire inférieur et affiche historiquement des croissances annuelles autour de 5 %.

Nairobi concentre l’essentiel de cette dynamique. La capitale est un hub régional de la finance, de la logistique, des télécoms et des services, relié au reste du monde par Jomo Kenyatta International Airport, qui dessert plus de 50 destinations internationales, avec un vol direct quotidien vers New York. C’est aussi là que se concentrent les sièges africains de nombreux groupes internationaux et les principaux hubs d’innovation du pays.

L’attractivité du Kenya repose sur plusieurs atouts structurants qu’il faut bien comprendre avant de se lancer.

Un marché en croissance au cœur de l’Afrique de l’Est

Sur le plan macro-économique, le Kenya combine plusieurs facteurs qui intéressent directement un créateur d’entreprise expatrié : un marché interne de plus de 56 millions d’habitants, une population jeune (âge médian inférieur à 20 ans) et anglophone, un secteur des services dominant, et un positionnement régional stratégique. Le pays est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), du COMESA et de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ouvrant l’accès à un marché potentiel de plusieurs centaines de millions de consommateurs.

240000

Le Kenya dispose d’un réseau routier supérieur à 240 000 km, facilitant l’accès aux marchés de l’Afrique de l’Est.

Un gouvernement globalement pro-investissement

Le pays fonctionne sur une économie de marché largement libéralisée. La politique publique vise explicitement à attirer les investissements directs étrangers et à stimuler les exportations, via une combinaison de réformes réglementaires et d’incitations fiscales. Des structures comme la Kenya Investment Authority (KenInvest) accompagnent les investisseurs et délivrent des Investment Certificates qui facilitent notamment l’obtention de permits pour les investisseurs étrangers.

Bon à savoir :

Le développement du Kenya est structuré par deux cadres majeurs : Vision 2030, la stratégie nationale à long terme, et l’agenda des « Big Four » axé sur la santé universelle, la fabrication, le logement abordable et la sécurité alimentaire. Pour stimuler l’investissement, le gouvernement a créé des zones économiques spéciales (SEZ) et des zones de traitement pour l’export (EPZ) offrant des régimes fiscaux allégés. Il a également lancé le Nairobi International Finance Centre (NIFC), conçu comme un hub financier régional bénéficiant d’une fiscalité dérogatoire pour certaines activités.

Une « Silicon Savannah » très avancée

Le Kenya fait figure de pionnier continental en matière de technologie et de services digitaux. Le taux de pénétration d’Internet dépasse les 70 % de la population, les connexions mobiles sont plus nombreuses que le nombre d’habitants, et plus de 80 % des adultes utilisent un service de mobile money, dominé par M‑Pesa, qui traite chaque année des flux équivalents à une large part du PIB national.

Attention :

Nairobi est un pôle technologique majeur, accueillant des hubs (iHub, Gearbox, Nairobi Garage), des programmes d’accélération et des géants internationaux (AWS, Google, Microsoft, Visa). Le secteur ICT y connaît une croissance annuelle moyenne supérieure à 7 %, générant des revenus digitaux de plusieurs milliards de dollars, principalement portés par l’e‑commerce et les services en ligne.

Des secteurs porteurs multiples

Pour un expatrié qui cherche une niche réaliste, plusieurs secteurs apparaissent comme particulièrement porteurs :

Secteur cléPoids / dynamiqueOpportunités typiques pour un expatrié
Agriculture & agro‑businessEnviron un tiers du PIB, 65 % des exportationsTransformation agroalimentaire, logistique froid, tech agricole (irrigation, data), export de produits à forte valeur (thé, fleurs, fruits)
Énergies renouvelables>70 % de l’électricité, >90 % de l’on‑grid en renouvelableOff‑grid solaire, mini‑réseaux, stockage, services d’ingénierie, financement vert
ICT & fintechCroissance rapide, « Silicon Savannah »Plateformes SaaS, fintech B2B, e‑commerce de niche, services de cybersécurité, EdTech, HealthTech
Services financiersHub régional, bourse de Nairobi 4e en AfriqueIntermédiation, solutions de paiement, advisory, gestion d’actifs ciblée Afrique de l’Est
Tourisme & hospitalitéRebond post‑Covid, hausse de 70 % des arrivées en 2022Eco‑lodges, agences spécialisées, tourisme expérientiel, MICE, gastronomie, events
Santé & éducationPriorités nationales, classe moyenne en croissanceCliniques spécialisées, télémédecine, formation pro, écoles privées internationales

Le pays propose aussi des opportunités dans l’infrastructure, l’immobilier, la construction, les services logistiques ou encore les industries manufacturières (agro, textile, pharma…).

Un environnement néanmoins exigeant

En parallèle, le Kenya cumule des défis à ne pas sous-estimer : corruption encore présente (le pays se situe dans le bas du classement de Transparency International), bureaucratie parfois lente, décisions politiques sensibles à chaque cycle électoral, infrastructures inégales selon les régions, pression concurrentielle importante dans certains segments, vulnérabilité au climat (sécheresses, invasions de criquets, irrégularité des pluies).

Pour un expatrié, s’ajoutent les questions de visas, de work permits, de compréhension fine du droit local (sociétés, fiscalité, propriété foncière), mais aussi les barrières culturelles : codes de communication indirects, nécessité de construire des relations de confiance dans le temps, importance des réseaux locaux.

Créer une entreprise au Kenya reste accessible, mais exige une approche structurée et réaliste.

Comprendre les formes juridiques accessibles aux étrangers

Le droit des sociétés kényan – principalement régi par le Companies Act 2015 et par plusieurs lois sectorielles – offre un éventail assez large de véhicules. Tous ne sont ni adaptés ni ouverts de la même façon aux étrangers. Bien choisir sa structure est la première décision stratégique.

La société à responsabilité limitée privée (Private Limited Company / Ltd)

C’est la forme la plus utilisée par les entrepreneurs étrangers qui s’implantent au Kenya. Elle présente plusieurs avantages décisifs :

personnalité morale distincte des associés ;

responsabilité limitée au montant des apports ;

100 % de capital étranger autorisé dans la plupart des secteurs ;

entrée et sortie au capital relativement souples.

Une Private Limited Company peut être créée avec un seul actionnaire et un seul directeur, qui peuvent être la même personne. Il n’existe pas, en droit, de capital social minimum obligatoire (en pratique, de nombreuses sociétés démarrent avec un capital nominal de 100 000 KES). Un company secretary n’est obligatoire que lorsque le capital libéré atteint 5 millions de KES ou plus.

Astuce :

Une société résidente au Kenya est imposée à un taux de 30 % sur ses bénéfices d’origine kényane. Pour une société considérée comme non-résidente (comme une succursale), le taux d’imposition est plus élevé et un prélèvement peut s’appliquer sur les bénéfices rapatriés.

La Public Limited Company (PLC)

La PLC est adaptée aux entreprises de taille plus importante qui envisagent de lever des fonds auprès du public ou d’être listées à la bourse de Nairobi. Cette structure impose :

un minimum de 7 actionnaires ;

au moins 3 administrateurs ;

la présence d’un company secretary résident au Kenya ;

l’obligation que 30 % au moins des actions soient détenues par des ressortissants kényans pour les entités cotées ou faisant appel public à l’épargne.

Pour un expatrié qui monte un premier projet entrepreneurial, la PLC est généralement surdimensionnée et plus lourde à gérer tant sur le plan réglementaire qu’en termes de gouvernance.

La Limited Liability Partnership (LLP)

La LLP mélange les caractéristiques de la société et de la société de personnes. Elle offre :

une responsabilité limitée des partenaires ;

une fiscalité transparente dans certains cas ;

une flexibilité de gestion appréciée des professions libérales.

Bon à savoir :

Ce véhicule juridique nécessite un minimum de 2 et un maximum de 20 partenaires, ainsi que la nomination d’un manager résidant au Kenya. Il est particulièrement adapté pour des structures comme un cabinet de conseil, d’ingénierie ou une association de professionnels, à condition d’accepter son formalisme spécifique, incluant un accord de partenariat, un enregistrement dédié et des obligations de reporting.

La succursale de société étrangère (Foreign Company Branch)

Une entreprise déjà constituée à l’étranger peut choisir d’ouvrir une simple branch au Kenya. L’avantage principal réside dans la rapidité de mise en place et dans le fait qu’on reste dans la continuité de la structure mère. Mais plusieurs contraintes fortes existent :

absence de personnalité morale distincte : la maison mère reste responsable de toutes les dettes de la succursale ;

fiscalité de type établissement stable, avec un taux d’impôt plus élevé que pour une filiale résidente (taux de 30 % + branchement sur la taxe de rapatriement de 15 % sur les profits envoyés hors du pays) ;

– obligation de nommer un représentant local résidant au Kenya, qui porte une responsabilité en matière de conformité.

Bon à savoir :

De nombreux groupes optent pour la création d’une filiale de droit kényan plutôt qu’une succursale. Cette structure permet de bénéficier du taux standard d’impôt sur les sociétés, de cloisonner les risques juridiques et financiers, et de faciliter la gestion des relations avec les banques locales.

Autres véhicules : CLG, LP, ONG, etc.

Le droit kényan prévoit aussi : les droits des femmes et des enfants, les droits de l’homme, et la lutte contre la corruption.

la Company Limited by Guarantee (CLG), typique des ONG et associations à but non lucratif, sans capital social, avec responsabilité des membres limitée à une somme garantie ;

– la Limited Partnership (LP), qui combine au moins un associé commandité à responsabilité illimitée et un ou plusieurs commanditaires à responsabilité limitée ;

– des statuts particuliers pour certaines institutions (fonds de placement, REITs, etc.), souvent assortis d’exemptions fiscales.

Ces structures peuvent intéresser des expatriés impliqués dans le développement, la philanthropie, l’investissement immobilier collectif ou les fonds d’investissement, mais elles exigent un accompagnement juridique spécialisé.

Restrictions sectorielles et propriété étrangère

Même si le Kenya accepte dans l’ensemble la propriété étrangère à 100 %, certains secteurs imposent des quotas de participation locale ou des limitations spécifiques. Parmi les plus sensibles :

SecteurExigence de participation locale
AssuranceAu moins un tiers du capital détenu par des ressortissants de pays partenaires de l’EAC pour certains acteurs
Télécommunications / ICTMinimum 30 % de capital kényan exigé pour les sociétés licenciées (avec marges d’adaptation récentes pour attirer l’investissement)
Mines (petite exploitation)Au moins 60 % des droits miniers détenus par des citoyens kényans
Ingénierie (consulting)51 % de capital détenu par des citoyens kényans pour les firmes de conseil
Secteur financier réguléPlafonnement de la part détenue par un actionnaire unique, souvent 25 % ; supervision par la Banque centrale
Propriété foncièreLes étrangers ne peuvent pas détenir en titre franc (freehold) ; seulement du leasehold jusqu’à 99 ans, avec restrictions fortes sur les terres agricoles

Pour un expatrié, cela signifie que certains métiers (notamment sécurité privée, télécoms, exploitation minière ou certaines activités financières) ne peuvent pas être abordés sans partenaire kényan significatif et agréments sectoriels.

Le processus concret d’immatriculation d’une entreprise

Une fois la structure choisie, l’immatriculation passe aujourd’hui quasi intégralement par le portail gouvernemental eCitizen et par la Business Registration Service (BRS). La numérisation a réduit les délais, même si la collecte de documents reste exigeante.

De la réservation du nom au certificat d’incorporation

L’enchaînement type pour créer une Private Limited Company est le suivant :

1. Choix et vérification du nom Le fondateur propose un ou plusieurs noms sur le portail eCitizen. Le coût de la demande de réservation est modeste (quelques centaines de shillings). Le nom doit être disponible, non trompeur et conforme aux règles (par exemple, utilisation de « Limited » ou « Ltd »).

Exemple :

Pour enregistrer une société, il faut rassembler les pièces d’identité, preuves d’adresse et photos des directeurs et actionnaires, ainsi que le KRA PIN pour les résidents. Ensuite, il convient de rédiger ou d’utiliser un modèle standard pour le Memorandum & Articles of Association, et de préparer les formulaires réglementaires obligatoires tels que les CR1, CR2, CR8, l’état du capital nominal et les formulaires de Beneficial Ownership.

3. Soumission en ligne et paiement des frais Les formulaires et scans des documents sont versés sur eCitizen, les frais gouvernementaux d’enregistrement (un peu plus de 10 000 KES pour une société privée) sont réglés en ligne. Si une assistance de cabinet d’avocats ou de consultant est utilisée, leurs honoraires viennent s’ajouter.

4. Traitement par la BRS En l’absence de problème, la procédure prend quelques jours ouvrés (généralement entre 3 et 10). À l’issue, le fondateur reçoit un Certificate of Incorporation, qui atteste officiellement de la naissance de la société.

Attention :

Après l’immatriculation, la société doit immédiatement obtenir un numéro fiscal (PIN) sur iTax, ouvrir un compte bancaire professionnel, et demander un Single Business Permit au comté ainsi que les licences sectorielles requises (santé, horeca, etc.).

Les délais cumulés entre la première démarche sur eCitizen et la pleine opérationnalité (compte bancaire, PIN actif, permis de commerce, enregistrement à la TVA si nécessaire) tournent habituellement autour de deux à quatre semaines, quand les dossiers sont complets et les décisions bancaires rapides.

Documents clés à prévoir en amont

Pour éviter les allers‑retours, un expatrié a intérêt à anticiper l’ensemble des pièces qui seront exigées, autant pour l’immatriculation que pour la banque et la fiscalité. On peut résumer dans un tableau synthétique les principaux documents :

ÉtapeDocuments typiquement requis
Enregistrement sociétéPasseport des directeurs/actionnaires, Memorandum & Articles, Form CR1/CR2/CR8, adresse de siège social au Kenya, relevé des beneficiers effectifs, photos d’identité
Enregistrement fiscal (PIN KRA)Certificate of Incorporation, informations sur les directeurs, justificatif d’adresse, formulaires sur iTax
Ouverture de compte bancaireCertificate of Incorporation, PIN de la société, CR12 (situation actuelle des directeurs/actionnaires), Memorandum & Articles, résolutions du board, passeports et preuves d’adresse des signataires
Permis de travail (investisseur ou employé)Passeport, lettre de motivation, business plan, états financiers ou preuve d’investissement, certificate of incorporation, contrat de travail, extrait de casier judiciaire, justificatifs de qualifications

Beaucoup de documents étrangers devront être traduits en anglais si ce n’est pas déjà le cas, et parfois notarialisés ou légalisés auprès d’une ambassade kenyane.

Statut de résident, visas et work permits : un passage obligé

Être actionnaire d’une société kényane ne suffit pas à y travailler légalement. Le Kenya possède un dispositif de visas et de work permits relativement strict, géré par le Department of Immigration Services via le portail eFNS. Pour un expatrié entrepreneur, deux catégories sont stratégiques : le permis investisseur (Class G) et le permis d’emploi (Class D).

Le permis investisseur (Class G)

La Class G s’adresse aux étrangers qui investissent dans un business ou un trade au Kenya. Elle s’accompagne d’exigences précises :

justifier un investissement minimum de l’ordre de 100 000 USD dans l’entité kényane (montant susceptible d’ajustements réglementaires) ;

détenir une part significative du capital, généralement au moins 50 % ;

– fournir un business plan détaillé, des relevés bancaires, et les statuts et certificats de la société locale.

Bon à savoir :

Ce permis permet de résider et de travailler au Kenya pour gérer une entreprise. Il est généralement valable deux ans et renouvelable. Son obtention peut prendre plusieurs semaines, voire quelques mois. Durant cette période, il est possible de demander un ‘special pass’, une autorisation de travail temporaire de trois mois, renouvelable jusqu’à six mois, en attendant le traitement de la demande principale.

Le permis d’emploi (Class D)

Dans certains cas, il peut être plus simple pour un expatrié fondateur de se faire employer par sa propre société (ou par une entité partenaire) et de demander un permis Class D, réservé aux salariés dotés de compétences introuvables facilement sur le marché local. L’administration exigera :

un contrat de travail détaillé ;

une description du poste montrant le caractère spécialisé de la fonction ;

la preuve d’efforts raisonnables pour recruter localement sans succès ;

la désignation d’un understudy kényan pour favoriser le transfert de compétences.

Bon à savoir :

La durée de validité est généralement de deux ans et est renouvelable. Il est important de noter que le traitement associé peut s’étendre sur plusieurs mois.

Autres statuts utiles pour les expatriés

Le Kenya a également créé un class N pour les digital nomads qui travaillent à distance pour un employeur basé à l’étranger, sans contrat local ni activité économique kényane. Ce visa, valable un an et renouvelable, intéresse les freelances qui testent le pays avant d’y ancrer une structure.

Les conjoints et enfants des titulaires de permits peuvent obtenir des Dependent’s Pass. Au-delà de certaines durées de séjour, les étrangers doivent s’enregistrer comme Foreign Nationals et obtenir une alien card. À plus long terme, la résidence permanente puis la citoyenneté sont envisageables, sous conditions de durée de résidence continue et d’intégration.

Pour un entrepreneur expatrié, l’essentiel est de respecter strictement la règle de base : aucune activité professionnelle ou commerciale en propre sans work permit valide. En cas de contrôle, les sanctions peuvent aller jusqu’à la déportation.

La fiscalité des entreprises et des expatriés au Kenya

Le Kenya applique un système fiscal à base territoriale : ce qui est imposable, c’est le revenu qui « accrue in or is derived from » le Kenya. Cette règle irrigue toute la structuration des projets des expatriés, notamment en cas de sociétés ou de structures multi‑pays.

Impôt sur les sociétés et régimes préférentiels

Le taux standard d’impôt sur les sociétés pour une entité résidente est de 30 %. Les succursales de sociétés étrangères sont, elles, considérées comme établissements stables et taxées également à 30 % sur leurs bénéfices kényans, avec en sus une branche tax (15 % sur les bénéfices rapatriés à partir de 2024). Certaines activités bénéficient de taux réduits ou d’exonérations temporaires :

entreprises en zone EPZ : 0 % pendant 10 ans, 25 % les 10 années suivantes ;

entreprises en zone SEZ : 10 % pendant 10 ans, 15 % pendant les 10 années suivantes ;

sociétés opérant un marché carbone ou un système d’échange de quotas : 15 % pendant 10 ans ;

certaines activités industrielles (assemblage automobile, promotion immobilière de masse…) : taux préférentiels pendant une période donnée.

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Taux d’imposition minimum mondial pour les grands groupes internationaux, selon le pilier 2 de l’OCDE, que le Kenya applique via une top-up tax.

TVA, taxes indirectes et obligations déclaratives

La TVA standard est fixée à 16 %. Elle s’applique à la plupart des biens et services, avec certains produits exonérés ou à taux zéro (notamment les exportations). Toute entreprise dont le chiffre d’affaires taxable dépasse 5 millions de KES par an doit s’enregistrer à la TVA. Les déclarations sont mensuelles, effectuées via iTax.

Un dispositif d’e‑facturation, l’eTIMS, est progressivement rendu obligatoire : seules les dépenses appuyées par des factures eTIMS sont pleinement déductibles pour l’entreprise. C’est un point pratique crucial : négliger la mise en place d’un système de facturation conforme peut avoir un impact direct sur la charge fiscale.

À côté de la TVA, d’autres prélèvements pèsent sur les importations et certains secteurs :

droits de douane dans le cadre du tarif extérieur commun de l’EAC (0 à 35 %) ;

Import Declaration Fee (2,5 % de la valeur en douane) ;

Railway Development Levy (1,5 %) ;

excise duties sur l’alcool, le tabac, les communications, certains produits de luxe.

Imposition des personnes physiques et des expatriés

Les revenus salariaux des résidents sont imposés selon une grille progressive, avec des taux allant de 10 % à 35 % selon les tranches. Les employeurs pratiquent la retenue à la source via le mécanisme PAYE (Pay As You Earn) et reversent au KRA d’ici le 9 du mois suivant.

Bon à savoir :

Un individu est considéré comme résident fiscal au Kenya s’il y a un foyer permanent ou s’il y est présent au moins 183 jours dans l’année (ou sur des périodes consécutives selon certains seuils). En tant que résident, il est imposable sur son revenu mondial, mais peut bénéficier d’un crédit d’impôt pour les impôts déjà payés à l’étranger, si le pays concerné est lié par une convention de non-double imposition avec le Kenya.

Le Kenya a signé des conventions avec de nombreux États (Royaume‑Uni, France, Allemagne, Inde, Émirats arabes unis, etc.), ce qui permet de réduire ou d’éliminer la double imposition sur dividendes, intérêts, redevances et certains services. À défaut de convention, une déduction unilatérale de l’impôt étranger peut parfois s’appliquer.

Taxes spécifiques à l’économie numérique et aux PME

Pour les activités purement digitales, le Kenya a remplacé la Digital Service Tax par une taxe fondée sur la notion de « significant economic presence ». Elle s’applique aux non‑résidents qui fournissent des services via Internet à des utilisateurs au Kenya, avec un calcul forfaitaire sur une base réputée de 10 % du chiffre d’affaires local, puis un taux de 3 %. Cette règle peut concerner des plateformes étrangères de SaaS, d’abonnements digitaux, de marketplaces, etc.

Bon à savoir :

Les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel est compris entre 1 et 25 millions de KES sont soumises à une turnover tax de 3% sur leur chiffre d’affaires brut. Ce régime ne s’applique pas à certaines catégories comme les revenus locatifs ou les honoraires déjà soumis à une retenue finale. Bien qu’intéressant pour les micro-entreprises, il nécessite une analyse précise des marges et de la structure des coûts.

Charges sociales et cotisations obligatoires

Toute entreprise employant du personnel au Kenya doit également contribuer à plusieurs fonds :

NSSF (équivalent retraite) : 6 % du salaire pensionnable, partagé entre employeur et employé ;

SHIF (nouvelle caisse de santé remplaçant l’ancienne NHIF) : contribution de 2,75 % du salaire brut, retenue et reversée par l’employeur ;

Affordable Housing Levy : 1,5 % du salaire brut chez l’employé, et 1,5 % additionnel côté employeur ;

NITA levy : contribution formation de 50 KES par employé et par mois.

Tous ces prélèvements s’ajoutent au coût salarial brut et doivent être pris en compte dans les business plans.

Culture d’affaires et codes sociaux à intégrer

Même si le Kenya est officiellement anglophone et que beaucoup d’expatriés estiment s’y intégrer facilement, le pays possède des normes culturelles propres qui influencent directement la manière de faire des affaires.

Le poids des relations personnelles et du « harambee »

La culture kényane repose sur une forte dimension communautaire. Le concept de harambee – littéralement « tirer ensemble » – renvoie à la solidarité, à l’entraide financière et à la responsabilité collective. Dans les affaires, cela se traduit par :

l’importance cruciale des relations de confiance dans le temps ;

une préférence pour travailler avec des personnes déjà recommandées ou connues d’un partenaire de confiance ;

– la place de réseaux informels comme les chamas, groupes d’épargne et d’investissement qui peuvent financer ou soutenir des projets.

Astuce :

Pour un expatrié, un bon pitch et un deck de présentation ne suffisent pas. La réussite passe par une présence active sur le terrain, la participation aux événements professionnels, la multiplication des rendez-vous informels (comme les déjeuners) et une grande patience dans le développement et l’entretien des relations.

Communication, hiérarchie et gestion du temps

La communication au Kenya est en général plus indirecte que dans la plupart des cultures occidentales. Dire « non » frontalement est rare ; les désaccords passent souvent par des formules euphémisantes ou des silences. Il faut apprendre à lire les signaux non verbaux, les formules de politesse et les hésitations.

La société reste globalement hiérarchique : l’âge, le titre, la fonction importent. Les décisions se prennent souvent en haut de la pyramide, après consultation, mais sans forcément que les débats soient visibles en réunion. Dans une entreprise, afficher du respect pour les aînés, pour les managers et pour les autorités est perçu positivement.

Bon à savoir :

Le « Kenyan time » implique une certaine flexibilité des horaires, surtout dans les contextes informels. Bien que les réunions professionnelles à Nairobi commencent de plus en plus à l’heure, il est déconseillé d’enchaîner plusieurs rendez-vous serrés dans une même matinée en comptant sur une ponctualité à la minute près.

Tenue, étiquette et sujets sensibles

Dans les milieux d’affaires, l’habillement reste plutôt formel, en particulier dans la banque, les services professionnels ou l’administration. Les costumes sombres pour les hommes et les tenues business élégantes pour les femmes restent la norme à Nairobi, même si le climat incite à alléger les tissus.

Les salutations passent souvent par une poignée de main, parfois accompagnée d’un léger contact sur l’épaule. Il est de bon ton de commencer par demander des nouvelles de la famille, de la santé, avant d’aborder directement le business.

Les sujets de conversation doivent rester mesurés : la politique intérieure, les questions ethniques ou la sexualité sont à manier avec une grande prudence. Il faut aussi garder à l’esprit que certaines pratiques sont pénalisées par la loi (par exemple, les démonstrations publiques d’homosexualité peuvent entraîner des poursuites), ce qui influence l’expression de certaines identités dans l’espace professionnel.

Les principaux risques et comment les anticiper

Créer une entreprise au Kenya comporte des risques spécifiques qu’il est possible de mitiger avec une bonne préparation.

Astuce :

Sur le plan institutionnel, la corruption reste un problème sérieux, notamment dans la commande publique, certaines administrations et quelques secteurs régulés. Bien que le cadre légal interdise formellement les pots-de-vin (via le Bribery Act, les lois anticorruption et le rôle de la Ethics and Anti-Corruption Commission), et que les entreprises étrangères soient souvent soumises à des obligations extraterritoriales (par exemple pour les acteurs britanniques ou européens), des défis pratiques persistent. Refuser les pratiques douteuses peut effectivement ralentir certaines procédures. Il est cependant crucial de rester ferme : l’expérience montre que des démarches correctement documentées et suivies par un cabinet local expérimenté finissent par aboutir.

Le système judiciaire souffre de lenteurs et d’un coût élevé des contentieux. Pour les contrats importants, il est judicieux de privilégier des clauses d’arbitrage ou de médiation, d’autant que le Kenya a adopté le modèle UNCITRAL, est signataire de la Convention de New York et ambitionne de devenir un centre régional d’arbitrage. Rédiger au départ des contrats solides, prévoyant clairement la loi applicable et le mode de règlement des différends, permet d’éviter bien des blocages.

Attention :

Les incidents de cybersécurité se multiplient, avec des dizaines de millions de cas détectés en un trimestre par le KE‑CIRT/CC, entraînant un coût économique de plusieurs dizaines de milliards de shillings. Toute entreprise traitant des paiements en ligne, des données clients ou des services digitaux doit impérativement investir dans une hygiène cyber minimale, en conformité avec la Computer Misuse and Cybercrimes Act et la Data Protection Act.

Stratégie de marché : l’importance cruciale de la recherche et de l’ancrage local

De nombreuses sources soulignent qu’une étude de marché bien menée peut augmenter de 50 % les chances de succès d’un lancement et réduire jusqu’à 40 % les gaspillages marketing. Dans un marché aussi hétérogène que le Kenya – jeunesse urbaine connectée à Nairobi, populations rurales aux pratiques de consommation différentes, contrastes littoral/intérieur – la recherche n’est pas un luxe, mais une condition de survie.

Les bons réflexes incluent :

Bon à savoir :

Pour mener une étude de marché efficace au Kenya, il est recommandé d’analyser les tendances via les données du Kenya National Bureau of Statistics ou d’instituts spécialisés. La collecte de données primaires peut utiliser des panels en ligne ou des enquêtes mobiles, adaptés à la forte pénétration des smartphones. Travailler avec des instituts locaux (Ipsos Kenya, Sagaci Research, Infotrak) ou des plateformes régionales spécialisées sur l’Afrique permet de bénéficier d’enquêteurs maîtrisant les langues locales et les codes culturels. Il est impératif de respecter scrupuleusement la Data Protection Act 2019 et les standards internationaux (ICC/ESOMAR) pour protéger les données et maintenir la confiance des répondants.

Au‑delà de la recherche, l’ancrage local passe par la participation à des réseaux : chambres de commerce, associations sectorielles, hubs d’innovation, mais aussi réseaux d’expatriés et groupes communautaires. C’est là que se tissent les contacts qui ouvrent des portes, aident à décrypter les pratiques administratives et facilitent l’accès à des opportunités souvent invisibles pour un nouvel arrivant.

En résumé : un terrain de jeu exigeant mais riche pour les expatriés

Monter son entreprise au Kenya quand on est expatrié, c’est entrer dans un écosystème à la fois stimulant et complexe. Le pays cumule des atouts rares sur le continent : une économie relativement diversifiée, un environnement macroéconomique globalement stable, une population jeune et éduquée, une avance nette sur le digital et la fintech, un cadre d’incitations puissant pour l’investissement productif, et un rôle de hub régional qui permet d’envisager dès le départ une perspective multi‑pays.

Bon à savoir :

L’implantation à Maurice nécessite une expertise locale en droit des sociétés, une anticipation des démarches pour les visas et permis de travail, ainsi qu’une compréhension des règles fiscales, y compris les régimes des zones SEZ/EPZ et de l’économie numérique. Il est également impératif de se conformer aux lois sur la protection des données et la cybersécurité, et de savoir naviguer dans un environnement institutionnel où la bureaucratie et la corruption peuvent être des défis.

Ceux qui réussissent sont rarement ceux qui ont le « meilleur produit » en théorie, mais plutôt ceux qui prennent le temps de :

structurer une entité juridiquement et fiscalement adaptée ;

sécuriser leur statut de résidence et de travail ;

– s’appuyer sur des partenaires locaux solides (avocats, fiscalistes, consultants, instituts d’études) ;

– investir dans les relations humaines et dans la compréhension des codes culturels ;

– construire des modèles d’affaires résilients aux chocs (variations climatiques, cycles électoraux, dépréciation de la monnaie, etc.).

Dans ces conditions, le Kenya peut devenir plus qu’un simple marché de destination : un véritable point d’ancrage pour un projet entrepreneurial africain à long terme.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour réduire sa charge imposable, diversifier ses investissements et conserver un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Kenya, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Kenya pour sa fiscalité attractive sur certains revenus étrangers, l’accès à un marché immobilier dynamique à Nairobi, un coût de vie inférieur à la France et une position stratégique en Afrique de l’Est. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence de long séjour avec achat de résidence principale, couverture santé internationale en complément de la CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, partenaires francophones) et intégration patrimoniale globale (analyse et restructuration si nécessaire), en maîtrisant les risques de double imposition via la convention FR‑KE et d’adaptation culturelle.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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