S’expatrier en Arabie saoudite, que ce soit pour un contrat de travail, une mission humanitaire ou un poste très qualifié, est souvent une formidable opportunité professionnelle et financière. Mais derrière le package attractif, les salaires défiscalisés et les projets ambitieux de Vision 2030, beaucoup découvrent vite une autre réalité : la nostalgie, la solitude et le mal du pays.
Nombre de millions d’étrangers vivant en Arabie saoudite, éloignés de leur famille.
Cet article propose des conseils concrets, ancrés dans la réalité saoudienne, pour comprendre, prévenir et mieux vivre ce mal du pays, sans occulter les contraintes du pays, mais en s’appuyant au contraire sur ses atouts, ses réseaux, sa culture et ses services – y compris numériques.
Comprendre le mal du pays dans le contexte saoudien
Le mal du pays n’est pas une faiblesse de caractère ni une pathologie en soi. Les psychologues parlent plutôt de « stress acculturatif » ou de « culture stress » : un ensemble de réactions émotionnelles, physiques et cognitives face à un environnement nouveau, avec d’autres codes, d’autres règles et d’autres repères.
En Arabie saoudite, plusieurs facteurs amplifient ce choc.
D’abord, la distance géographique et affective. Beaucoup d’expatriés viennent de pays très éloignés (Philippines, Inde, Pakistan, pays européens, Amériques, Afrique), et les retours au pays sont espacés et coûteux. Certains travailleurs philippins, par exemple, partent seuls et laissent conjoint et enfants derrière eux pendant des années, avec tout ce que cela implique en termes de culpabilité, d’angoisse pour la santé des proches et de peur de « rater » les grands événements familiaux.
Le pays est régi par la charia, la loi islamique. L’alcool est strictement interdit, les pratiques religieuses non musulmanes doivent rester privées, et les démonstrations publiques d’affection sont proscrites. Toute critique publique du gouvernement ou de la religion peut entraîner de graves conséquences. Cet environnement peut être perçu comme très restrictif pour les visiteurs venant de pays plus libéraux.
À cela s’ajoutent la langue et la chaleur. L’arabe est la langue officielle, et même si l’anglais est largement utilisé dans les affaires, les hôpitaux privés ou les quartiers d’affaires, la moindre course en taxi, la lecture d’un panneau ou l’achat au marché peuvent devenir sources de frustration si l’on ne maîtrise pas quelques mots de base. Sur le plan climatique, l’été, les températures dépassent fréquemment les 40 °C, jusqu’à 50 °C par moments. Dans certaines régions, s’ajoutent la poussière, les tempêtes de sable et la pollution de l’air, qui épuisent physiquement et favorisent une forme d’hibernation sociale : on reste chez soi, on réduit les sorties, on se replie.
De nombreux expatriés installés dans des villes comme Riyad, Dammam ou Al Khobar décrivent un scénario récurrent. Il débute souvent par une phase d’euphorie liée à la découverte, aux nouveaux collègues et au sentiment d’aventure. Cette phase est généralement suivie d’une période de frustration, marquée par des comparaisons négatives avec le pays d’origine, parfois par de l’isolement et de la colère. L’équilibre revient progressivement une fois que l’environnement est mieux compris et que les premières amitiés sont nouées.
Repérer les signes avant-coureurs du mal du pays
En Arabie saoudite comme ailleurs, le mal du pays peut se manifester de multiples façons, souvent entremêlées.
Sur le plan émotionnel, on retrouve la tristesse persistante, la sensation de vide, l’irritabilité, l’anxiété, une baisse de motivation ou l’impression d’être « en retrait » de sa propre vie. Des expats décrivent des soirées entières passées devant la télévision dans des studios à Dammam, trop fatigués pour sortir, mais incapables de se sentir « chez eux ». D’autres se plaignent d’un sentiment de solitude extrême lorsque les collègues rentrent en vacances familiales quatre mois d’affilée.
Expats en Arabie Saoudite
Physiquement, le mal du pays peut se traduire par des maux de tête, des troubles digestifs, des insomnies, une fatigue chronique ou des troubles de l’appétit. La combinaison chaleur + nouveaux horaires de travail + décalage culturel pèse sur l’organisme. Un travailleur égyptien cité dans des récits a fini par tomber en dépression après des salaires non versés pendant six mois, ajouté à l’éloignement familial.
Dans des villes comme Dammam, la vie sociale après le travail est souvent restreinte à quelques restaurants et centres commerciaux. En dehors des compounds résidentiels, il est difficile de se créer un cercle amical en dehors du milieu professionnel. Cette situation renforce l’idée que la seule vie sociale authentique se trouve au bureau, ce qui peut intensifier un sentiment d’enfermement mental.
L’important est de considérer ces réactions comme des signaux, non comme une fatalité. Repérer tôt ces signes permet de mettre en place des stratégies concrètes, au lieu de laisser la situation glisser vers une dépression ou un burn-out.
Accepter le choc culturel plutôt que le subir
Une des clés pour traverser ce passage consiste à changer de regard sur ce que l’on vit. La littérature scientifique sur l’acculturation décrit plusieurs phases : une « lune de miel » (tout est nouveau, excitant), une phase de crise (les différences deviennent irritantes, voire menaçantes), puis un ajustement progressif. Ces cycles sont normaux.
Plutôt que de lutter contre ces émotions, il est souvent plus efficace de les reconnaître : oui, déménager dans un pays où les magasins ferment pendant les prières, où le week-end tombe vendredi-samedi, où les abayas sont encore monnaie courante et où les sujets politiques sont tabous, bouleverse. L’important est de ne pas s’y enfermer.
L’approche d’intégration, qui consiste à conserver des éléments clés de sa culture d’origine (comme la langue, la cuisine ou les fêtes) tout en adoptant progressivement des pratiques locales (quelques mots d’arabe, règles de politesse, tenue vestimentaire adaptée ou astuces pour s’adapter aux horaires de prière), est souvent la plus protectrice pour le bien-être. À l’inverse, les stratégies de séparation (rester uniquement entre compatriotes sans rien apprendre du pays d’accueil) et de marginalisation (se couper à la fois de son pays d’origine et du pays d’accueil) sont associées à davantage de détresse psychologique.
Concrètement, accepter le choc culturel en Arabie saoudite, c’est par exemple :
Il est important de planifier ses achats en tenant compte des fermetures des commerces pendant les heures de prière, qui font partie intégrante du rythme social. Les démonstrations d’affection en public sont à éviter, la vie sentimentale relevant de la sphère privée. Enfin, certaines libertés courantes en Occident (consommation d’alcool, expression de la diversité sexuelle, critique politique ouverte) ne sont pas tolérées localement, nécessitant une adaptation prudente pour éviter tout risque juridique ou social.
Cette acceptation n’implique pas d’adhérer à tout, mais de cesser de se battre contre chaque détail du quotidien. Beaucoup d’expats de longue durée témoignent qu’une fois ce palier franchi, l’ambiance leur semble plus « respirable », et qu’ils commencent à apprécier d’autres aspects : la sécurité élevée, la chaleur des relations interpersonnelles, la générosité des collègues, la richesse des paysages, ou encore les opportunités de carrière.
Construire une routine qui tient compte du pays
L’une des recommandations majeures des psychologues spécialisés dans l’acculturation est d’installer au plus vite une structure quotidienne stable. En Arabie saoudite, cette routine doit composer avec un certain nombre de paramètres locaux : horaires de travail, week-end vendredi-samedi, chaleur, horaires de prière, éventuelle séparation de la famille restée au pays.
Plutôt que de subir, il est utile d’« architecturer » ses journées autour de quelques piliers.
Conseils pour adapter son emploi du temps aux conditions climatiques et aux opportunités locales.
Commencer tôt pour profiter des températures fraîches, idéal pour le sport en extérieur ou une marche. Les parcs et corniches de Riyad ou Djeddah sont très agréables à cette heure.
Privilégier les activités intérieures pendant la chaleur extrême : travail, lecture, sport en salle ou apprentissage de l’arabe.
Profiter de ce moment pour des appels vidéo avec la famille, en tenant compte du décalage horaire.
Le soir, il peut être intéressant de bloquer des plages fixes hebdomadaires pour des activités précises : une sortie avec des collègues tel jour, un cours de langue ou un club (Toastmasters, sport, photographie) à une heure donnée, une session de cuisine maison avec un plat du pays d’origine, une soirée film en ligne avec la famille restée au pays.
Une expatriée vivant à Riyad a commencé à tenir un journal quotidien pour structurer son temps et lutter contre le mal du pays. Chaque soir, elle notait trois petites choses positives de sa journée, même minimes, comme une conversation aimable au supermarché, un paysage apprécié ou un fou rire avec un collègue. Ce rituel simple a contribué à ‘reconnecter’ son cerveau au présent plutôt qu’à la nostalgie permanente.
S’appuyer sur la puissance des réseaux sociaux pour rompre l’isolement
L’Arabie saoudite est l’un des pays les plus connectés au monde. Plus de 95 % de la population utilise au moins un réseau social, et les Saoudiens y passent en moyenne plus de trois heures par jour. Internet atteint désormais l’ensemble de la population, et plus de 99 % des habitants utilisent des plateformes sociales quotidiennement.
Pour un expatrié, cela signifie deux choses : d’une part, les outils pour rester en lien avec le pays d’origine sont très facilement accessibles. D’autre part, ces mêmes plateformes sont des portes d’entrée puissantes pour s’intégrer localement, rencontrer du monde et trouver des activités – à condition de les utiliser avec discernement.
Rester connecté avec les proches sans s’y enfermer
Grâce aux applications de messagerie comme WhatsApp, Messenger ou Telegram, il est possible de créer des groupes familiaux, de partager photos, vidéos, messages vocaux, et de passer des appels vidéo quasiment gratuits. Des plateformes comme Zoom, Skype, FaceTime ou Google Meet permettent d’organiser de vraies « soirées famille » à distance : on regarde ensemble un film synchronisé via des extensions de navigateur, on cuisine la même recette dans deux cuisines différentes, on fait visiter virtuellement son appartement saoudien.
Une communication régulière avec le pays d’origine limite la rupture, mais un excès nuit à l’intégration. Il est conseillé de fixer des rendez-vous vidéo spécifiques (ex. : deux par semaine) plutôt que de répondre en continu, pour construire une vie sur place tout en maintenant des liens.
Utiliser les réseaux pour tisser un réseau local
Les réseaux sociaux ne servent pas qu’à regarder des contenus passivement. En Arabie saoudite, de nombreux groupes Facebook, WhatsApp ou Telegram sont dédiés aux expatriés d’une ville ou d’une communauté nationale précise : « Expat Life in Saudi Arabia », « Mums in Jeddah », « Westerners in Saudi Arabia », mais aussi des groupes plus ciblés comme « Indian Moms in Khobar » ou des communautés philippines dans chaque grande ville. Sur LinkedIn, des réseaux professionnels (Women in Tech Riyadh, Expats in Oil & Gas, enseignants, soignants, ingénieurs) permettent de rencontrer des collègues de secteur.
Les plateformes en ligne organisent des événements physiques variés pour faciliter l’intégration et la création de liens sociaux.
Randonnées dans le désert, soirées linguistiques, brunchs et sorties culturelles sont régulièrement proposés.
Des groupes comme « Riyadh International Group » ou « Yallahike » rassemblent plusieurs milliers de membres.
Rencontrez des personnes partageant les mêmes expériences, échangez des bons plans et des recommandations utiles (médecin, salle de sport, quartier).
Le tableau suivant donne un aperçu simplifié de quelques canaux utiles pour créer du lien :
| Type de réseau | Exemples en Arabie saoudite | Utilité principale |
|---|---|---|
| Groupes Facebook / WhatsApp | « Expat Life in Saudi Arabia », « Mums in Jeddah » | Questions pratiques, rencontres, petites annonces |
| Plateformes d’expats | Internations, Expat.com, Reddit r/saudiarabia | Événements, entraide, retours d’expérience |
| Réseaux pro (LinkedIn) | Women in Tech Riyadh, Expats in Oil & Gas | Networking professionnel, opportunités de carrière |
| Applications de rencontre amicale | Bumble BFF, Meetup | Trouver des partenaires d’activité, amis, colocs |
Là encore, il s’agit de choisir avec intention. Rejoindre quelques groupes ciblés, y participer activement, se déplacer à certains événements, est bien plus utile que de suivre en silence des dizaines de pages sans jamais sortir de chez soi.
Tirer parti des communautés d’expats et de la diversité du pays
Avec plus de 10 millions d’étrangers de tous horizons, l’Arabie saoudite est un véritable melting-pot. Les Indiens, Pakistanais et Bangladais forment les plus gros contingents, notamment à Riyad et Dammam, mais les communautés philippines sont également très présentes dans la santé, l’hôtellerie ou les services. Des expatriés arabes (Égyptiens, Syriens, Jordaniens) occupent beaucoup de postes en éducation, commerce ou ingénierie, tandis que les Occidentaux (Américains, Britanniques, Français, Allemands) se concentrent souvent dans des secteurs très qualifiés et vivent, pour une partie d’entre eux, dans des compounds internationaux.
Cette diversité peut être un puissant antidote au mal du pays, si l’on choisit de s’y exposer.
Dans les grandes villes, des clubs culturels, des associations d’entrepreneurs ou des chambres de commerce (américaine, britannique, allemande, indienne) organisent régulièrement des conférences, des apéros réseau, des rencontres thématiques. Des écoles internationales, via leurs associations de parents d’élèves (PTA), sont de véritables foyers communautaires pour les familles : fêtes nationales, cafés parents, activités sportives pour enfants, ateliers divers.
Les compounds résidentiels fonctionnent comme des microcosmes sociaux, offrant de nombreuses infrastructures (piscines, salles de sport, terrains de tennis, cafés, etc.) et organisant régulièrement des événements (fêtes, marchés, tournois). Pour élargir son cercle relationnel, une stratégie efficace est de se faire inviter dans ces espaces par l’intermédiaire de collègues ou d’amis qui y résident.
Les différences entre villes jouent aussi un rôle. Riyad est plus formelle et politique, Djeddah plus détendue et tournée vers la mer, Khobar/Dhahran davantage familiale et marquée par la présence de géants pétroliers. Dammam ou Jubail, plus calmes, offrent une autre atmosphère. Il peut être salutaire, lorsque l’on se sent enfermé dans sa routine, de planifier des week-ends dans une autre ville ou dans la région : Djeddah et sa corniche, les montagnes de l’Asir, les plages de la côte Est, les sites historiques comme Al-Ula. Voyager à l’intérieur du pays permet de se réapproprier le territoire, de passer du statut de simple travailleur isolé à celui d’explorateur curieux.
Créer du « chez-soi » avec la nourriture et la culture
Le lien entre alimentation, mémoire et émotions est particulièrement fort. Pour beaucoup d’expatriés, le simple fait de retrouver un plat de leur enfance dans un supermarché ou un restaurant local déclenche une vague de réconfort. Dans le contexte saoudien, où l’offre alimentaire a explosé avec Vision 2030, c’est un levier précieux contre le mal du pays.
Les grandes enseignes (Danube, Carrefour, LuLu, etc.) disposent de rayons « world food » proposant des produits spécifiques (sauces, épices, laitages…) du monde entier, parfois à des prix plus élevés. De plus, certains quartiers abritent des marchés communautaires (kéralais, philippins, pakistanais) où il est possible de trouver la plupart des produits du pays d’origine.
Du côté de la cuisine locale, explorer les spécialités saoudiennes peut paradoxalement atténuer le mal du pays en donnant le sentiment de s’approprier le pays. Des plats comme le kabsa (grand classique de riz épicé et viande), le saleeg (riz crémeux au bouillon et au lait), le jareesh (blé concassé au yaourt), le matazeez ou le margoog (plats de pâte et de légumes en sauce), les desserts traditionnels à base de dattes, ou encore le café arabe (gahwa) servi avec des dattes, structurent la vie sociale et festive. Participer à un repas saoudien, accepter un café et poser quelques questions sur les recettes ouvre très souvent la porte à des conversations plus profondes avec les collègues ou voisins.
Le tableau ci-dessous illustre comment la nourriture peut devenir un outil concret contre le mal du pays. Par exemple, préparer un plat traditionnel de son pays d’origine peut recréer un sentiment de familiarité et de réconfort, en agissant comme un pont sensoriel avec la culture natale et en atténuant les sentiments de nostalgie.
| Besoin émotionnel lié au mal du pays | Action concrète autour de la nourriture |
|---|---|
| Manque de familiarité | Chercher les produits du pays d’origine dans les hypermarchés |
| Besoin de lien social | Inviter des collègues à goûter un plat typique de chez soi |
| Volonté de mieux comprendre le pays | Découvrir un plat saoudien par semaine, demander la recette |
| Nostalgie des rituels familiaux | Reproduire à la maison un repas de fête traditionnel |
Au-delà de la nourriture, les arts et les traditions aident aussi à recréer un cocon. Écouter la musique de son pays, afficher des photos de sa famille ou de sa ville, regarder des films dans sa langue, célébrer les fêtes nationales ou religieuses du pays d’origine (dans le respect des lois locales), tout cela contribue à maintenir une continuité identitaire. Certains expats décorent leur logement avec quelques objets symboliques (tissus, livres, petits souvenirs) qui leur rappellent leur histoire personnelle.
Utiliser les services de santé mentale disponibles dans le Royaume
Le mal du pays peut, dans certains cas, évoluer vers de véritables troubles anxieux ou dépressifs. En Arabie saoudite, on estime qu’environ un tiers de la population connaîtra un trouble psychique au cours de sa vie, et les expatriés sont particulièrement exposés en raison de l’isolement, du stress professionnel et de la barrière de la langue. Les taux de suicide augmentent lentement, surtout chez les travailleurs étrangers, avec un rôle majeur du stress au travail et des difficultés financières.
L’Arabie saoudienne a intégré la santé mentale dans sa stratégie nationale de santé, adopté une loi spécifique en 2014 pour protéger les droits des patients, et créé un Centre national dédié à la coordination des campagnes de sensibilisation, des programmes éducatifs et des plateformes numériques.
Pour une personne en proie au mal du pays, plusieurs canaux existent :
– La ligne d’assistance 937 du Ministère de la santé, disponible 24 h/24, peut orienter vers des services adaptés.
– Un centre de conseil psychologique téléphonique (920033360) offre un accompagnement en semaine.
– Des applications comme Qareboon, Labayh ou d’autres plateformes de téléconsultation permettent de consulter des psychologues en ligne, parfois en anglais ou en arabe, avec des tarifs variables.
– De grands hôpitaux publics et privés, ainsi que des centres spécialisés comme le Rafa Mental Health Center ou le Priory Wellbeing Centre à Riyad, proposent des consultations pour les troubles anxieux, dépressifs, le stress professionnel, etc.
Bien que la stigmatisation, notamment chez les expatriés de cultures où les problèmes psychiques sont peu discutés, entrave le recours aux services, les approches thérapeutiques validées (comme les TCC) sont très efficaces pour traiter l’anxiété liée à l’expatriation, les troubles du sommeil, les pensées négatives récurrentes ou la dépression.
Pour un expat, un premier pas peut consister à en parler à son médecin traitant, à un service RH (dans certaines grandes entreprises, un soutien psychologique ou un programme d’aide aux employés est prévu), ou à des plateformes internationales de thérapie en ligne spécialisées dans l’accompagnement des expatriés. Quand le mal du pays commence à empêcher d’aller travailler, à couper l’envie de voir des gens, ou à générer des idées noires, demander de l’aide n’est plus une option, mais une urgence.
Bâtir un réseau de soutien, entre locaux et étrangers
Une constante ressort de tous les travaux sur l’acculturation : la qualité du réseau social sur place est un facteur clé de bien-être. Plus une personne se sent entourée, comprise et soutenue, moins le mal du pays a de prise.
En Arabie saoudite, cette construction de réseau peut passer par plusieurs canaux complémentaires.
Un médecin expatrié a vu sa perception du pays transformée lorsqu’un propriétaire saoudien lui apportait régulièrement de la nourriture pendant le Ramadan. Cette marque d’hospitalité, allant au-delà des simples convenances, a créé un lien quasi-familial. Cet exemple illustre comment, dans la culture professionnelle saoudienne, accepter et répondre à l’hospitalité (café, dattes, repas) et investir dans des discussions informelles sont essentiels pour bâtir des relations personnelles précieuses et réussir son intégration.
Les lieux de loisirs ensuite. S’inscrire dans une salle de sport, un club de plongée à Jubail, un groupe de randonnée dans le désert près de Riyad, un Toastmasters club ou un cours de cuisine, revient à s’offrir une double thérapie : activité physique ou créative d’un côté, rencontres de l’autre. Des associations locales organisent aussi du bénévolat (nettoyages de plage, actions de solidarité pour les travailleurs précaires, ateliers éducatifs), ce qui permet non seulement de sortir de chez soi, mais de retrouver un sentiment d’utilité au-delà du travail rémunéré.
Pour les croyants, les communautés religieuses (mosquées, groupes d’étude, rencontres discrètes dans des espaces privés ou diplomatiques) constituent un puissant relais de soutien moral. Des organisations signalent l’existence de groupes de prière ou d’étude biblique se réunissant avec discrétion dans des compounds, offrant une profondeur relationnelle significative.
Enfin, les plateformes de type Internations, Expat.com, ou les groupes locaux sur Facebook ou WhatsApp, peuvent servir de tremplin initial : une fois quelques contacts noués en ligne, l’enjeu est de les concrétiser hors écran, autour d’un café, d’une balade ou d’un événement.
Gérer la distance avec la famille sans s’épuiser
Loin du Bureau des émotions, le cœur de beaucoup d’expats reste en partie « resté au pays ». Les inquiétudes pour les parents âgés, pour les enfants, pour un conjoint resté sur place sont fréquentes et légitimes. Pour certains, chaque appel vidéo réveille la culpabilité de ne pas être présent physiquement.
Pour les familles séparées par l’expatriation, la qualité des échanges est plus importante que la fréquence des contacts. Il est recommandé d’établir ensemble des rendez-vous réguliers, comme un long appel vidéo le week-end complété par quelques messages audio en semaine, plutôt que de maintenir un contact permanent mais superficiel où l’écoute mutuelle fait défaut.
Quelques stratégies concrètes peuvent améliorer les choses :
Pour atténuer la distance lors d’une expatriation en Arabie saoudite, plusieurs actions concrètes sont recommandées. Planifiez à l’avance les prochaines visites physiques, même lointaines, pour avoir un horizon concret. Documentez votre quotidien (photos, courtes vidéos, blog privé) pour que vos proches se représentent votre vie et évitent les scénarios catastrophistes. Impliquez-les dans certains choix pratiques (décoration, achat d’un meuble ou d’un vêtement) pour cultiver un sentiment de projet commun. Enfin, créez des rituels partagés à distance, comme regarder la même série, cuisiner la même recette, prier à la même heure ou lire le même livre.
Dans l’autre sens, il est crucial d’écouter réellement ce que vivent les proches restés au pays, sans monopoliser les échanges sur ses propres difficultés ou réussites. Un dialogue équilibré renforce les liens, ce qui amortit mieux le mal du pays.
Protéger sa santé mentale face au stress d’acculturation
Les travaux en psychologie montrent que l’acculturation agit comme un stress prolongé, avec des phases plus ou moins intenses. Pour ne pas laisser ce stress se transformer en détresse chronique, plusieurs axes de prévention sont utiles.
Une étude indique qu’environ trois quarts des jeunes Arabes ont du mal à décrocher des réseaux sociaux.
Ensuite, les outils de gestion du stress : méditation, exercices de respiration, écriture de journal, pratiques spirituelles, activités artistiques. Maintenir du « jeu » dans sa vie – au sens littéral de temps pour le plaisir, la découverte, l’humour – contrebalance la rigidité que l’on ressent parfois dans un nouvel environnement réglementé.
Les approches inspirées des thérapies cognitivo-comportementales, même en auto-assistance, aident à repérer et à confronter les pensées automatiques négatives (ex: ‘je n’ai rien à faire ici’). En les écrivant et en les confrontant à la réalité (exemples contraires, nuances, aspects positifs), on évite que les émotions douloureuses dictent seules le récit de l’expérience.
Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’impact des conditions de travail. Des cas d’abus de la part d’employeurs (salaires retardés, heures excessives, violences verbales ou physiques) ont été documentés, notamment pour des travailleurs domestiques ou peu qualifiés. Dans ces situations, le mal du pays est aggravé par un sentiment d’impuissance et d’injustice. Se rapprocher d’ambassades, de consulats, d’organisations d’aide (par exemple pour les travailleurs philippins : POLO, OWWA), ou de services juridiques spécialisés est alors essentiel, non seulement pour sa santé mentale, mais pour sa sécurité.
Préparer en amont son départ pour mieux encaisser le choc
Une part de la gestion du mal du pays se joue avant même de poser le pied en Arabie saoudite. Ceux qui ont pris le temps de se renseigner en profondeur sur le pays, ses lois, ses coutumes, les conditions de travail, le coût de la vie, les réseaux d’expats, arrivent en général avec des attentes plus réalistes, et donc moins de chocs.
Avant le départ, il est crucial d’anticiper la durée des démarches administratives (visa et Iqama) et de prévoir une réserve financière d’au moins 3 000 SAR pour couvrir les frais jusqu’au premier salaire. Comprendre le système du sponsor (kafeel) et ses implications juridiques (changement d’employeur, sortie du territoire) est essentiel pour éviter les mauvaises surprises. Il faut également choisir son logement avec soin (type, quartier, distance), anticiper la scolarisation des enfants et vérifier scrupuleusement les clauses de son contrat (salaire, logement, assurance santé, billets d’avion annuels, frais scolaires).
Sur le plan psychologique, il peut être utile de se poser quelques questions honnêtement : quelles sont les choses non négociables pour moi (par exemple pouvoir pratiquer ma religion en privé, disposer de temps pour le sport, garder un lien étroit avec ma famille) ? Quelles sont les concessions que je suis prêt à faire (vie nocturne, alcool, liberté d’expression) ? Ai-je déjà vécu des périodes prolongées à l’étranger, et comment ai-je réagi ?
Avant votre départ, consacrez quelques heures à vous former aux fondamentaux de la culture saoudienne. Étudiez l’histoire du pays et la place centrale de l’islam dans la société. Apprenez les codes de politesse essentiels : les formes de salutation, l’usage obligatoire de la main droite, le respect dû aux aînés, et l’évitement des sujets sensibles comme la politique ou la religion. Cette sensibilisation, via des cours ou des vidéos, vous évitera des faux pas potentiellement coûteux et vous permettra d’établir des relations plus authentiques dès vos premières semaines sur place.
Trouver du sens à cette parenthèse de vie
Enfin, au-delà des outils pratiques, une dimension plus profonde aide souvent à tenir sur la durée : donner un sens à cette expérience au-delà du salaire et du CV. Beaucoup d’expatriés qui ont fini par « aimer » l’Arabie saoudite décrivent un basculement intérieur : ils ne voyaient plus leur séjour uniquement comme un sacrifice loin de leur pays, mais comme une aventure de transformation personnelle.
Ce sens peut prendre des formes variées : la possibilité de supporter financièrement sa famille, de rembourser des dettes, de financer les études des enfants, de vivre dans un environnement plus sûr, de participer à des projets de transformation d’une société en mouvement, de découvrir l’islam de l’intérieur pour un non-musulman curieux, de se découvrir soi-même dans l’épreuve de l’éloignement.
Certains finissent même, après des années, par ressentir du mal du pays… pour l’Arabie saoudite lorsqu’ils la quittent. Ils regrettent la chaleur humaine, le rythme particulier des journées cadencées par la prière, la simplicité des relations avec leurs collègues, la sécurité dans les rues, ou les couchers de soleil sur le désert. Sans idéaliser ni nier les contraintes bien réelles du pays, cette ambivalence montre que le mal du pays n’est pas figé : il se déplace, il évolue, il raconte surtout notre attachement aux lieux où l’on a aimé et grandi.
Gérer le mal du pays en Arabie saoudite, ce n’est donc pas seulement « tenir le coup » jusqu’à la fin du contrat. C’est apprendre à faire coexister plusieurs « chez-soi » en soi, à s’ouvrir à une culture radicalement différente sans renier la sienne, à demander de l’aide quand le poids devient trop lourd, et à transformer une période difficile en un chapitre de vie riche, parfois même fondateur.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers l’Arabie saoudite pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Émirats, Qatar, Bahreïn, Arabie saoudite), la stratégie retenue a consisté à cibler l’Arabie saoudite, combinant absence d’impôt sur le revenu, fiscalité attractive sur les investissements, coût de vie inférieur à Paris (Riyad, Djeddah) et accès facilité à la région MENA. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du visa de résidence et permis de séjour, organisation de la couverture santé locale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, conseiller francophone) et intégration patrimoniale. Ce type d’accompagnement permet de réaliser des économies fiscales majeures tout en maîtrisant les risques (contrôles fiscaux français, double imposition via convention FR‑SA, adaptation culturelle et religieuse).
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