Voyager au Cambodge, c’est accepter de composer avec un réseau de transports à la fois foisonnant, parfois chaotique, mais en pleine transformation. Entre bus publics climatisés, trains remis en service, minivans express, tuk-tuks connectés à des applications et bateaux filant sur le Tonlé Sap, l’offre est bien plus riche qu’il n’y paraît au premier coup d’œil. Pour s’y retrouver, il faut comprendre à la fois les réalités du terrain, les nouveaux outils numériques, les questions d’accessibilité et les codes culturels qui encadrent les déplacements.
Ce guide couvre les réseaux de transports en commun dans les villes de Phnom Penh et Siem Reap, ainsi que les liaisons interurbaines. Il aborde également les questions d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap.
Comprendre le contexte des transports au Cambodge
Le Cambodge repose quasi entièrement sur la route pour se déplacer, que ce soit pour les voyageurs ou pour les marchandises. Les études situent la part du transport routier à plus de 90 % des déplacements, parfois même jusqu’à 95 % si l’on inclut le fret. Le réseau routier a connu une nette amélioration au cours de la dernière décennie, avec des milliers de kilomètres de routes nationales désormais asphaltées et de nouvelles infrastructures comme l’autoroute Phnom Penh–Sihanoukville.
Si les routes nationales principales sont en bon état, les réseaux provincial et rural sont fragiles, souvent non revêtus et mal entretenus, particulièrement en saison des pluies. Cette situation est aggravée par des embouteillages massifs dans la capitale, une forte croissance du parc automobile et un réseau de transports publics encore jeune.
Le pays s’est également engagé dans plusieurs plans nationaux et sectoriels pour structurer cette évolution : stratégie industrielle, plans logistiques, feuilles de route pour les transports durables, avec l’appui de bailleurs comme la Banque asiatique de développement, la JICA japonaise ou la KOICA sud-coréenne. Ces acteurs financent autant des routes et des lignes ferroviaires que des projets de bus électriques ou d’amélioration de la sécurité routière.
Se déplacer en ville : panorama des options
Dans les villes cambodgiennes, se déplacer repose sur un mélange de modes formels et informels. Chaque ville a son équilibre, mais quelques tendances fortes se dégagent.
Les bus urbains : surtout à Phnom Penh
Le seul réseau structuré de bus urbains se trouve aujourd’hui à Phnom Penh. Lancé en 2014 avec l’appui de la JICA, le système Phnom Penh City Bus a démarré modestement avec trois lignes pilotes, avant de s’étendre progressivement à une vingtaine de lignes couvrant les principaux axes et périphéries.
Les bus sont climatisés, identifiés par des numéros ou combinaisons (1A, 2B, 4A, 11C, etc.) et desservent désormais 14 districts administratifs, y compris des zones périphériques comme Prek Pnov au nord, Ta Khmau au sud, Chbar Ampov à l’est ou la zone économique spéciale à l’ouest. Les autorités ont choisi un tarif unique très bas afin d’encourager l’usage : 1 500 riels par trajet, soit environ 0,37 dollar américain, quel que soit le nombre d’arrêts parcourus. Le paiement se fait en riels (espèces) ou via transfert ABA pour les usagers bancarisés.
Une particularité importante est la gratuité pour toute une série de publics : seniors de plus de 70 ans, enfants de petite taille, personnes handicapées, élèves, étudiants, moines, enseignants et ouvriers d’usine, à condition de présenter une pièce justificative. Cette politique traduit une volonté affichée d’inclusion sociale par le transport.
Les bus circulent de 5h30 à 20h/20h30, avec des fréquences variant de 10 à 30 minutes selon les lignes. Il n’existe pas de fiches horaires imprimées. Pour consulter les horaires en temps réel et les itinéraires, il est nécessaire d’utiliser les applications mobiles dédiées (City Bus Official, Phnom Penh Bus, Stops Near Me) ou l’intégration du réseau dans Google Maps, plus fiable sur un téléphone mobile que sur un ordinateur.
La structure du réseau reste très radiale, organisée autour des grands boulevards (Monivong, Norodom, Mao Tse Toung, Russian Boulevard) et de nœuds comme la gare ferroviaire, les grands marchés ou les centres commerciaux. Plusieurs lignes comptent parmi les plus fréquentées, notamment celles qui traversent des zones industrielles ou d’habitat dense.
Un aperçu de quelques lignes emblématiques permet de mieux visualiser le maillage de la capitale.
Exemples de lignes de Phnom Penh City Bus
| Ligne | Trajet principal | Distance approximative | Fréquence indicative |
|---|---|---|---|
| 1A | Dépôt de bus ↔ Veal Sbov Bus Station (Monivong, pont Monivong) | 27 km | 10–15 min |
| 3 | Km 9 ↔ Borey Santepheap 2 (NR5, centre-ville, Russian Blvd, NR3) | 27,3 km | 10–15 min |
| 4A | Russey Keo Park ↔ Borey Santepheap 2 (via zones d’usines) | 19,5 km | 20–30 min |
| 4B | Borey Santepheap 2 ↔ Zone Économique Spéciale | 25 km | 20–30 min |
| 5 | Dépôt ↔ Aeon Mall 2 ↔ Km 9 | 25 km | 20–30 min |
| 6 | Kouch Kanong Roundabout ↔ Sokha Hotel ↔ Dépôt | 32,5 km | 15–20 min |
| 7 | Km 9 ↔ Veal Sbov (via boulevard 271 et pont Monivong) | 23 km | 20–30 min |
| 9 | Borey Santepheap 2 ↔ Zone Économique Spéciale | 31 km | 15–20 min |
| 11A | Pong Teuk ↔ Stade Olympique | 37 km | 20–30 min |
| 12A | Kouch Kanong ↔ AEON 1, Koh Pich ↔ Peng Hout Boeung Snor | 34 km | 20–30 min |
| 13 | Dépôt ↔ Zone Économique Spéciale | 25,5 km | 20–30 min |
Dans la pratique, le réseau souffre encore de plusieurs handicaps : absence de voies dédiées, circulation mélangée au trafic général, arrêts parfois mal signalés, trottoirs encombrés rendant l’accès difficile et un problème récurrent de « dernier kilomètre » entre l’arrêt et la destination finale. Ces limites réduisent l’attractivité du bus par rapport aux deux-roues ou aux tuk-tuks.
Malgré tout, pour un voyageur au budget limité ou pour éviter de longues négociations de tarifs, le bus urbain reste l’option la plus économique et l’une des plus sûres, avec la climatisation comme bonus appréciable.
Tuk-tuks et remorques : la colonne vertébrale du transport urbain
Le véritable visage du transport urbain cambodgien, ce sont les tuk-tuks, appelés localement remorques ou remork-moto lorsqu’il s’agit de la version traditionnelle. Il en existe deux grandes variantes. La première est un attelage composé d’une moto qui tracte une carriole couverte à deux roues, pouvant accueillir quatre personnes (voire plus). La seconde, plus récente, est l’auto-rickshaw de type indien, un véhicule trois-roues motorisé à cabine fermée, souvent alimenté au gaz.
Ces véhicules dominent les rues des grandes villes comme Phnom Penh et Siem Reap, mais aussi des cités plus petites. Leur succès s’explique par leurs coûts d’exploitation relativement bas, leur souplesse dans un trafic saturé et la forte demande touristique. On en trouve partout : aux sorties de marchés, devant les hôtels, près des gares routières ou ferroviaires, et autour des sites touristiques.
Leur tarif n’est pas réglementé et repose sur la négociation. Les montants restent modestes pour des distances urbaines : souvent autour de 1 à 2 dollars pour de courts trajets, 3 à 6 dollars pour des distances plus importantes en ville. Le prix grimpe pour les parcours vers des sites extérieurs comme les Killing Fields à Phnom Penh ou, à Siem Reap, pour la journée entière à Angkor.
En pratique, la fréquence de leur utilisation fait des tuk-tuks une forme de transport collectif de fait, même s’ils opèrent en mode « taxi ». Des familles entières ou des groupes d’amis se partagent la course, les habitants les utilisent pour les trajets du quotidien et de nombreuses plateformes numériques se sont greffées sur ce mode.
Motos-taxis et motos en location
Les motos ou moto-dops constituent l’alternative la plus rapide et la moins chère pour des trajets courts, surtout pour une seule personne. On en trouve à tous les grands carrefours, à proximité des marchés ou des gares routières. Les prix sont proches de ceux des tuk-tuks pour les petites distances, avec parfois un avantage tarifaire sur les trajets un peu plus longs.
Deux réserves importantes s’imposent pour les voyageurs utilisant les motos-dop au Cambodge : la sécurité et la difficulté de communication.
La location de motos ou de scooters est également très répandue, particulièrement à Siem Reap, Kampot, Battambang ou sur les îles. Les tarifs journaliers varient globalement entre 5 et 15 dollars selon la cylindrée et la localisation. Cette solution offre une autonomie totale, mais elle n’entre plus vraiment dans la catégorie du transport en commun ; elle exige une bonne expérience de conduite et la conscience des risques liés à l’état du réseau routier et à la circulation.
Taxis voitures et services privés
Les taxis traditionnels en voiture ne sont pas omniprésents comme dans d’autres capitales asiatiques. À Phnom Penh ou Siem Reap, on ne les hèle quasiment jamais dans la rue : il faut les réserver par téléphone, via une agence, par l’hôtel ou via une application de type Grab ou PassApp. Ils sont prisés pour les transferts aéroport, les déplacements de nuit ou les liaisons interurbaines privées.
Le confort est supérieur (climatisation, sièges plus sûrs), mais le coût est sans surprise plus élevé que pour les tuk-tuks. Sur de longues distances, les chauffeurs privés facturent souvent à la journée ou au trajet, avec des montants qui peuvent aller de 50 à 80 dollars ou plus selon la destination.
La révolution numérique : applications de VTC et taxi-apps
Un tournant majeur des transports au Cambodge est la montée en puissance des applications de réservation de trajets. À partir du milieu des années 2010, le pays a vu apparaître une série de plateformes locales et régionales qui ont profondément changé la manière de se déplacer en ville.
Les principaux acteurs : PassApp, Grab, Tada et les autres
Parmi les applications les plus utilisées, plusieurs sortent du lot :
– PassApp, développée localement, s’est imposée comme une référence pour réserver des tuk-tuks, rickshaws et voitures en milieu urbain. L’application fonctionne essentiellement sur la base de paiements en espèces à l’arrivée, ce qui cadre bien avec une économie encore très cash. Elle affiche un tarif estimatif à l’avance, utilise un taximètre numérique et envoie une preuve de course par e-mail.
Grab, le leader régional, propose une solution de mobilité pratique et transparente pour les voyageurs au Cambodge.
Leader régional basé à Singapour, Grab a repris les activités d’Uber en Asie du Sud-Est. Le service est disponible dans les principales villes cambodgiennes : Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville.
Grab propose différents modes de transport adaptés aux besoins : voitures, tuk-tuks et motos, pour tous les trajets.
Application pratique pour les internationaux : paiement par carte bancaire enregistrée, utilisation d’un numéro de téléphone étranger et application unique pour plusieurs pays de la région.
Un tarif fixe est annoncé et garanti avant chaque course, éliminant les négociations et les mauvaises surprises.
– Tada, née à Singapour, se distingue en mettant en avant un modèle sans commission pour les chauffeurs, ces derniers empochant 100 % du montant de la course. Elle propose des tuk-tuks et voitures, avec un positionnement compétitif sur les prix et un bouton SOS de sécurité dans l’application.
À côté de ces trois grands, une galaxie d’applis plus petites ou spécialisées existe : WeGo, EagleApp, SmartRide, Zelo, Yango, LM Car ou encore inDriver. Certaines se concentrent sur les taxis avec compteur, d’autres sur la réservation à l’avance, d’autres encore sur les trajets interurbains ou les services premium.
Pourquoi ces applis ont changé la donne
Avant l’arrivée de ces plateformes, la majorité des trajets se négociait à la voix, sans repère de prix, avec un degré de sécurité et de traçabilité très faible. Aujourd’hui, les applis apportent plusieurs bénéfices concrets :
– Un prix affiché à l’avance, ou au minimum une estimation, ce qui permet de savoir immédiatement si une proposition en rue est exagérée.
– La géolocalisation du véhicule, utile à la fois pour se rassurer et pour anticiper l’heure d’arrivée.
– Un système d’évaluation des chauffeurs, incitant à un meilleur comportement et donnant aux usagers un moyen de signaler des problèmes.
– Pour certaines, le paiement dématérialisé (carte, portefeuille électronique), appréciable quand on manque de petite monnaie en riels.
Au-delà du confort des voyageurs, ces applications s’intègrent dans une transformation plus large de l’économie cambodgienne, portée par une jeunesse connectée, la baisse du coût des smartphones et la généralisation des réseaux mobiles. Elles ont créé de nouvelles opportunités de revenus pour des milliers de conducteurs, même si ces derniers restent confrontés à des charges (carburant, entretien, commissions) et à une demande fluctuante.
Comparaison rapide des applis les plus utilisées
| Application | Origine | Modes proposés | Paiement principal | Couverture principale |
|---|---|---|---|---|
| PassApp | Cambodge | Tuk-tuks, rickshaws, voitures, SUV | Espèces | Phnom Penh, Siem Reap, autres villes |
| Grab | Singapour | Voitures, tuk-tuks, motos, livraison | Espèces ou carte | Phnom Penh, Siem Reap, Sihanoukville |
| Tada | Singapour | Tuk-tuks, voitures | Espèces / selon pays | Phnom Penh (principalement) |
| WeGo | Cambodge | Taxis, tuk-tuks | Espèces | Phnom Penh et environs |
| Zelo | Cambodge | Taxis, tuk-tuks, rickshaws | Espèces | Phnom Penh (base), autres villes |
Installer plusieurs applis est souvent judicieux : selon le quartier, l’heure ou la météo, l’une sera plus rapide ou plus avantageuse qu’une autre.
Les bus et minivans interurbains : l’épine dorsale des déplacements entre villes
Pour voyager entre Phnom Penh, Siem Reap, Battambang, Sihanoukville, Kampot et les autres grandes villes, l’option la plus utilisée reste le bus interurbain ou le minivan. Il s’agit essentiellement d’offres privées, exploitées par une multitude de compagnies de tailles variables.
Les compagnies et les niveaux de confort
Au fil des années, un paysage relativement lisible s’est dessiné, avec des opérateurs plutôt orientés « budget » et d’autres qui se positionnent sur l’offre « premium » ou « VIP ». Dans la seconde catégorie, on trouve notamment Giant Ibis ou Mekong Express, réputés pour leur flotte plus moderne, la climatisation, parfois le Wi-Fi, des collations et un meilleur suivi de la sécurité. D’autres compagnies, comme Rith Mony ou Angkor Express, sont souvent citées comme ayant un historique de sécurité plus problématique.
Les bus standard, appelés *laan tom* en khmer, proposent des sièges inclinables, parfois des écrans vidéo, et des arrêts ponctuels. Pour les longues distances, notamment de nuit, des bus couchettes avec des couchettes semi-allongées sont également disponibles.
Les minivans jouent la carte de la vitesse : moins de passagers, conduite plus nerveuse, mais niveau de confort variable et espaces plus exigus. Des services « express » promettent un principe « un siège, un passager », alors que les minibus plus classiques n’hésitent pas à surcharger, surtout sur les routes rurales.
Tarifs et temps de trajet
Même si les temps de parcours varient selon l’état des routes et la saison, quelques grandes liaisons permettent de se faire une idée.
| Trajet principal | Temps indicatif | Fourchette de prix approximative |
|---|---|---|
| Phnom Penh → Siem Reap | 5 à 8 heures | 6 à 15 USD |
| Phnom Penh → Sihanoukville | 4 à 7 heures | 6 à 20 USD |
| Phnom Penh → Battambang | 4 à 6 heures | 5 à 12 USD |
| Siem Reap → Sihanoukville | 10 à 12 heures | 15 à 25 USD |
| Siem Reap → Battambang | 3 à 5 heures env. | ~8 USD |
| Kampot → Kep | 2 à 3 heures | 2 à 5 USD |
Les prix restent globalement très abordables à l’échelle d’un voyageur européen, mais les écarts entre compagnies et types de véhicules peuvent être significatifs. Certains billets intègrent en plus un transfert depuis l’hôtel vers le point de départ.
Les réservations de bus peuvent être effectuées aux bureaux des compagnies, via les hébergements (maisons d’hôtes/hôtels) ou en ligne (BookMeBus, 12Go, Camboticket). Il est recommandé de prévoir une marge de temps, car les départs peuvent parfois avoir lieu avant l’horaire officiel si le bus est complet.
Sécurité et qualité de service
Les études sur la qualité des bus au Cambodge mettent en avant un point central : la sécurité et l’efficacité du trajet sont les premiers déterminants de la satisfaction des passagers. Or, la réalité est contrastée. Les routes, même améliorées, peuvent être étroites, bosselées, mal signalées, et la conduite rapide de certains chauffeurs accentue le risque d’accident.
Dans les enquêtes menées auprès des passagers, les critères de ponctualité, le bon état des véhicules, la facilité d’achat de billets et la régularité des horaires ressortent comme les éléments clés. Sur ces points, les compagnies les plus connues et tournées vers la clientèle internationale obtiennent en général de meilleurs retours que des opérateurs locaux plus modestes.
Pour un voyageur qui souhaite limiter les risques, privilégier des compagnies au bon historique de sécurité, éviter les trajets de nuit lorsqu’ils sont réputés pour des problèmes de fatigue des conducteurs et boucler sa ceinture chaque fois que possible sont des réflexes de base.
Le retour du train : un mode plus lent mais agréable
Le réseau ferroviaire cambodgien a été lourdement affecté par l’histoire récente du pays. Pendant des années, aucun service de passagers régulier n’existait plus, et ce n’est qu’à partir de 2016 qu’un renouveau s’est amorcé, avec la remise en service graduelle des lignes.
Les deux grandes lignes : du sud au golfe de Thaïlande et vers la frontière thaïlandaise
Le pays compte essentiellement deux lignes ferroviaires :
La ligne sud relie Phnom Penh à Sihanoukville sur environ 254 km, en passant par Takeo et Kampot. Remise en service en 2016, elle propose des trains dotés de voitures modernes et climatisées sur certaines rotations, et des autorails diesel sur d’autres. Le voyage dure environ 6 à 8 heures, pour un tarif souvent situé entre 6 et 11 dollars selon la classe.
Ligne ferroviaire sud du Cambodge
– La ligne nord relie Phnom Penh à Poipet, à la frontière thaïlandaise, sur environ 388 km, via Pursat, Battambang et Sisophon. Après des décennies d’abandon, les travaux de réhabilitation ont permis de rétablir des services en 2018, mais la pandémie a de nouveau perturbé l’exploitation. À ce jour, une liaison Phnom Penh–Battambang est assurée, tandis que la portion jusqu’à Poipet attend encore une reprise complète.
Les billets de train sont vendus dans les gares, parfois seulement une semaine avant le départ pour certaines liaisons, et ont tendance à se vendre très rapidement, en particulier pour les trajets en week-end et les jours fériés. Pour anticiper, il est possible d’utiliser des plateformes de réservation en ligne comme Easybook ou Baolau, qui proposent ce service sur certaines lignes.
Le « bamboo train » de Battambang
Une curiosité ferroviaire très liée à l’imaginaire cambodgien est le norry, plus connu des voyageurs sous le nom de bamboo train. Il s’agit d’une plate-forme en bambou montée sur essieux qui roule sur les rails, propulsée par un petit moteur. Aujourd’hui, ce système a surtout une vocation touristique à Battambang : les visiteurs embarquent pour une excursion d’environ une heure, aller-retour, moyennant un tarif qui tourne autour de 5 dollars par personne.
Ce n’est pas un transport en commun au sens strict, mais cela illustre bien l’inventivité locale née du manque de services ferroviaires pendant des années.
Les bateaux et ferries : une autre façon de parcourir le pays
Le Cambodge dispose de milliers de kilomètres de voies navigables : le Mékong, le Tonlé Sap et de nombreux affluents servent depuis longtemps au transport de personnes et de marchandises. Leur rôle s’est amoindri avec l’amélioration des routes, mais certaines lignes fluviales ou lacustres restent en activité.
Prix en dollars du trajet en bateau rapide entre Phnom Penh et Siem Reap.
Une autre liaison appréciée pour son aspect pittoresque est celle entre Siem Reap et Battambang, via le Tonlé Sap puis la rivière Sangker. Le trajet, parfois long de 8 à 10 heures, offre des scènes de vie rurale et de pêche assez spectaculaires.
Au sud, la mer prend le relais. À partir de Sihanoukville, des ferries et speedboats relient plusieurs fois par jour les îles de Koh Rong et Koh Rong Samloem. Les navettes rapides couvrent généralement la traversée en 60 à 90 minutes, pour un prix d’environ 12 dollars l’aller. Plus à l’est, de Kep, de petits bateaux rejoignent l’île de Rabbit Island, avec des billets aller-retour à des tarifs inférieurs à 10 dollars.
Ces dessertes restent sensibles aux conditions météorologiques : en saison des pluies, des retards ou annulations sont fréquents.
L’avion et les liaisons intérieures
Pour gagner du temps sur les longues distances, le Cambodge dispose de plusieurs aéroports, dont trois principaux ouverts au trafic commercial : Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville. Des liaisons domestiques relient ces villes en moins d’une heure de vol, avec des billets généralement compris entre 50 et 120 dollars l’aller simple selon la demande et l’anticipation de la réservation.
Le transport aérien est l’option la plus coûteuse. Il peut néanmoins se justifier pour les voyageurs pressés, pour éviter un long trajet routier, ou lorsqu’une connexion internationale s’ajoute au voyage.
Par ailleurs, un nouvel aéroport international, Techo Takhmao International Airport, est en cours de finalisation au sud de Phnom Penh. Conçu pour accueillir des avions de très grande capacité, il doit remplacer à terme l’aéroport actuel et devrait s’intégrer dans une réflexion plus large sur les liaisons entre la capitale, la périphérie et ce nouveau hub.
Accessibilité et inclusion : un défi de taille
Aborder les transports en commun au Cambodge sans évoquer la question de l’accessibilité serait incomplet. Le pays compte près de 690 000 personnes en situation de handicap, avec une légère majorité de femmes. Une bonne part d’entre elles vit en milieu urbain, mais l’offre de transport réellement inclusive reste très limitée.
Des études montrent qu’environ 37 % des personnes handicapées interrogées déclarent rencontrer des difficultés pour accéder aux moyens de transport. Les obstacles sont multiples : trottoirs impraticables ou inexistants, chaussées dégradées, absence de rampes et d’espaces pour fauteuil roulant dans les bus, manque d’information audio pour les personnes malvoyantes, ou encore comportement parfois excluant de certains opérateurs (refus d’embarquer un fauteuil, demande de supplément pour un équipement de mobilité).
Pour garantir les droits des personnes handicapées, le Cambodge a adopté une loi en 2009. En 2018, un Prakas interministériel a défini des normes techniques d’accessibilité obligatoires pour les infrastructures publiques, incluant les voiries, bâtiments publics et transports. Ces normes précisent notamment des pentes limitées et des largeurs minimales de cheminement (2 m minimum, 2,5 m en zone très fréquentée).
Dans la pratique, leur mise en œuvre reste parcellaire. Des évaluations menées à Phnom Penh à l’aide d’un outil appelé Journey Access Tool ont mis en évidence la persistance de trottoirs barrés par des véhicules ou des étals, des passages piétons insuffisants, des arrêts de bus difficiles d’accès et un manque d’assistance de la part du personnel des transports.
Face à cela, des projets nouveaux tentent d’intégrer la dimension inclusive dès la conception. L’un des plus emblématiques est celui du futur système de bus électriques de Siem Reap.
Siem Reap et la promesse de bus électriques accessibles
À ce jour, Siem Reap ne dispose pas de réseau de bus urbain structuré. Les déplacements s’y font en tuk-tuk, moto, vélo ou via quelques services privés. Pourtant, la ville, qui accueille des millions de touristes chaque année pour visiter Angkor, est au cœur d’un projet ambitieux de mise en place d’un réseau de bus électriques.
Le programme prévoit la mise en service de plusieurs dizaines d’autobus 100 % électriques sur trois lignes majeures, visant à réduire l’impact environnemental et améliorer la mobilité.
Une ligne majeure le long de la route nationale 6, contribuant à réduire la congestion et les émissions.
Une ligne circulant en boucle autour de la ville, limitant le bruit et la pollution dans les zones denses.
Une ligne reliant le centre-ville aux zones patrimoniales, offrant un service abordable aux habitants et visiteurs.
Les études menées par des organismes comme le Global Green Growth Institute et la Banque asiatique de développement insistent sur la nécessité d’intégrer des planchers bas, des rampes et des espaces dédiés aux fauteuils roulants, ainsi que des systèmes d’information en temps réel accessibles. Il est aussi prévu de recourir à des systèmes de billettique sans contact, ce qui, bien conçu, peut faciliter le passage pour les personnes ayant des difficultés à manipuler de la monnaie.
Ce projet est aussi révélateur d’un enjeu social délicat : plus de 95 % des habitants de Siem Reap interrogés disent préférer les moyens de transport privés. Toute introduction de bus doit donc se faire en concertation avec les conducteurs de tuk-tuks et motos, pour éviter des tensions et une perte brutale de revenus. Des consultations ont été organisées en ce sens, avec l’idée de bâtir un modèle où différents modes coexistent, chacun ayant son rôle.
Culture, étiquette et sécurité : voyager en respectant les codes
Au-delà des aspects techniques, utiliser les transports en commun au Cambodge implique de comprendre certains codes culturels et d’adopter quelques réflexes de sécurité.
Le pays reste profondément marqué par le bouddhisme. Sur un bus interurbain ou en ville, céder sa place à un moine ou à une personne âgée est la norme. Les femmes, en particulier, doivent éviter tout contact physique avec les moines, y compris lorsqu’il s’agit de passer un ticket ou de la monnaie : dans ce cas, déposer l’objet à portée plutôt que le remettre de main à main est vu comme plus respectueux.
En Asie, la notion de « face » est primordiale. S’emporter bruyamment contre quelqu’un, comme un chauffeur ou un employé, même en cas de problème légitime, est très mal perçu et souvent contre-productif. Pour résoudre une situation efficacement, il est conseillé de garder son calme, de sourire et d’expliquer son point de vue de manière posée. Cette approche permet généralement de trouver une solution plus rapidement et dans le respect mutuel.
En matière de tenue, un minimum de décence est de mise, surtout si le transport s’inscrit dans la visite de sites religieux. Sur les bus ou les bateaux fréquentés par des locaux, les vêtements très révélateurs peuvent susciter malaise ou désapprobation silencieuse.
La sécurité personnelle appelle aussi quelques précautions. Les vols à l’arraché depuis une moto visant les personnes assises dans un tuk-tuk ou marchant en rue sont documentés. Poser ses sacs au centre de la banquette plutôt que côté rue, garder son téléphone rangé pendant le trajet, porter son sac devant soi en moto ou à pied sont des gestes simples qui réduisent les risques.
Vers un système de transport plus durable et plus structuré
Le Cambodge se trouve à un moment charnière. Son réseau routier principal s’est modernisé, les liaisons ferroviaires reprennent forme, les bus urbains ont fait leur entrée à Phnom Penh et des projets de transports propres émergent à Siem Reap. Les applications mobiles ont, de leur côté, professionnalisé une partie de l’offre de taxis informels en offrant transparence et traçabilité.
Dans le même temps, les défis restent immenses : congestion chronique dans la capitale, pénurie d’infrastructures piétonnes sécurisées, offre publique encore insuffisante pour concurrencer la voiture particulière ou le moto-taxi, inégalités territoriales fortes entre zones desservies et quartiers périphériques, et lenteur de la mise en accessibilité pour les personnes vieillissantes ou handicapées.
Pour les voyageurs, les déplacements nécessitent d’utiliser des solutions hybrides (bus, tuk-tuks, minivans, train ou bateau) et de s’appuyer sur des outils numériques. Pour les habitants, la voiture et la moto restent dominantes, mais les transports en commun commencent à se développer.
L’enjeu des prochaines années sera de transformer ces initiatives dispersées en un véritable système cohérent, inclusive, fiable et écologiquement plus soutenable. D’ici là, une bonne connaissance du terrain, un sens de l’adaptation et une dose de patience resteront les meilleurs alliés de quiconque souhaite explorer le Cambodge en empruntant ses transports en commun.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer au Cambodge, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, Thaïlande, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Cambodge pour sa fiscalité modérée sur les revenus étrangers, son coût de vie très bas (Phnom Penh ~60% moins cher que Paris) et son environnement régional dynamique (ASEAN). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du visa longue durée et d’une résidence, détachement CNAS/CPAM, ouverture et transfert de résidence bancaire internationale, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, comptable bilingue) et intégration patrimoniale. Ce type d’accompagnement permet de réduire fortement la fiscalité globale, développer des revenus (immobilier, business local) tout en maîtrisant les risques (contrôles français, double imposition, adaptation culturelle).
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