Histoire du pays au Fidji : des premiers peuplements aux crises contemporaines

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Les Fidji évoquent souvent des images de lagons translucides et de récifs coralliens. Mais derrière les cartes postales se cache une histoire complexe, faite de grandes migrations austronésiennes, d’empires régionaux, de colonisation britannique, d’industries sucrières, de tensions ethniques et de coups d’État répétés. Retracer l’histoire du pays au Fidji, c’est comprendre comment un archipel volcanique du Pacifique Sud est devenu un laboratoire politique et social où se croisent héritages mélanésiens, influences polynésiennes et diaspora indienne.

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Aux origines : Lapita, migrations austronésiennes et racines iTaukei

Bien avant l’arrivée des Européens, les îles qui formeront plus tard les Fidji sont déjà occupées par des navigateurs hors pair. Les travaux archéologiques situent l’installation humaine initiale il y a environ 3 000 à 3 500 ans. Ces premiers habitants appartiennent à ce que les chercheurs appellent la culture Lapita, un ensemble austronésien né dans l’aire taïwanaise et philippine puis diffusé vers la Mélanésie et la Polynésie occidentale.

Les Lapita se distinguent par leur céramique : des poteries en terre cuite, trempées de sable ou de coquille broyée, décorées par estampage avec un peigne dentelé. On en retrouve des exemplaires sur l’ensemble de l’archipel fidjien, signe d’un réseau dense de contacts entre les îles.

Sites archéologiques et traces matérielles

Les fouilles montrent que les premiers Lapita aux Fidji ne sont pas de simples visiteurs de passage. Sur Viti Levu, la plus grande île, le site de Bourewa, sur la côte sud‑ouest, témoigne d’un véritable village fondé vers 1100 av. J.‑C. et occupé durant environ cinq siècles. Les habitants y vivaient dans des maisons sur pilotis construites sur une crête sableuse, protégeant les habitations des marées et des tempêtes.

Bon à savoir :

Le site de Bourewa présente les artefacts caractéristiques de la culture Lapita : poteries décorées, outils en pierre (haches, herminettes, ciseaux) et bijoux en coquille déposés rituellement. L’analyse des motifs établit un lien direct avec les Lapita de l’archipel Bismarck, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, situé à plus de 3000 km, témoignant des remarquables compétences maritimes de ces populations.

D’autres sites complètent ce tableau, notamment les dunes de sable de Sigatoka, aujourd’hui parc national. Là, plus de 50 squelettes vieux d’environ 2 600 ans ont été mis au jour, associés à une des plus riches collections de poteries Lapita complètes de tout le Pacifique. C’est aussi à Sigatoka que les premiers tessons Lapita fidjiens ont été identifiés, au sein d’une collection envoyée en 1948 à l’université de Berkeley par le médecin Lindsay Verrier.

2800-3000

Datation au carbone 14 des tessons Lapita découverts sur l’île de Tavua, confirmant la colonisation des archipels occidentaux de Fidji il y a environ 2800 à 3000 ans.

Une économie horticole et maritime

Les Lapita ne sont pas seulement des potiers : ce sont des agriculteurs‑marins. Partout dans le Pacifique occidental, on retrouve le même modèle : cultures de taro, igname, bananier, cocotier et arbre à pain, combinées à l’élevage de porcs, chiens et poulets, et à une exploitation intensive du lagon (pêche, collecte de coquillages).

Les Fidji n’échappent pas à ce schéma. Les Lapita y maintiennent des réseaux d’échanges à longue distance, échangeant obsidienne, haches, coquilles ouvragées et, plus tard, poteries. Cette trame de circulation prépare le terrain à l’émergence de sociétés iTaukei (Fidjiens autochtones) complexes, à mi‑chemin entre Mélanésie et Polynésie.

De Lapita aux confédérations fidjiennes

Au fil du temps, la céramique Lapita se simplifie, perd progressivement ses décors dentelés, jusqu’à disparaître dans certaines régions. Parallèlement, les sociétés se structurent. Les communautés se regroupent autour de lignées ancestrales divinisées (kalou‑vu) formant des yavusa (tribus), elles‑mêmes divisées en mataqali (clans) spécialisés : turaga (chefs), guerriers bati, prêtres bete, maîtres d’artisanat.

Exemple :

Avant la colonisation, les nombreuses unités politiques fidjiennes se sont fédérées en grandes entités appelées *matanitu* ou confédérations. Trois d’entre elles, Kubuna, Burebasaga et Tovata, ont perduré jusqu’à la période coloniale. Ces confédérations ne correspondaient pas exactement aux provinces modernes, mais elles structuraient la hiérarchie des chefs et organisaient les alliances militaires à travers tout l’archipel fidjien.

Les Fidji pré‑européennes sont ainsi marquées par une forte stratification, une tradition guerrière intense – avec cannibalisme rituel dans certains contextes – et une culture matérielle sophistiquée : grandes pirogues doubles (drua) pouvant transporter plus de 150 combattants, fortifications en fossés circulaires dans les deltas de Viti Levu, monnaies cérémonielles en dents de cachalot polies (tabua), tapa décoré (masi) et rituels complexes autour du yaqona (kava).

Entre Mélanésie et Polynésie : influences tongiennes et échanges régionaux

Si les Fidji sont parfois classées en Mélanésie, leur histoire culturelle est beaucoup plus hybride. Les connexions avec la Polynésie sont profondes et anciennes. Des poteries fidjiennes ont été retrouvées jusqu’aux Samoa et aux Marquises, tandis que des canoës fidjiens sont attestés à Tonga. Dans l’archipel de Lau, à l’est, la langue incorpore de nombreux emprunts tongiens, reflet de siècles de contacts.

Attention :

À partir du Xe siècle, les Fidji passent sous l’influence du puissant empire Tu‘i Tonga, qui introduit des coutumes, une terminologie de parenté et des pratiques politiques polynésiennes. Bien que cette domination décline vers le XIIIe siècle, elle laisse une empreinte durable, particulièrement visible dans les îles Lau et au sein de certaines lignées de chefs.

Ces circulations façonnent les iTaukei : population majoritairement mélanésienne sur le plan génétique, mais dont l’organisation politique, la hiérarchie coutumière, les cérémonies et même certains aspects de la langue se rapprochent des cultures polynésiennes voisines.

Premiers contacts européens : explorations, commerce et violences

La rencontre entre Fidji et Europe commence au XVIIe siècle, mais reste sporadique pendant près de 200 ans. En 1643, le Hollandais Abel Tasman aperçoit Vanua Levu et les îles du nord. Plus tard, en 1774, James Cook longe les Lau méridionales. En 1789, après la mutinerie du Bounty, William Bligh traverse l’archipel en chaloupe ouverte, cartographiant au passage de multiples îles ; le détroit entre Viti Levu et Vanua Levu portera son nom : Bligh Water.

Astuce :

Au début du XIXe siècle, l’intérêt européen pour les îles Fidji était principalement commercial. Il a débuté en 1804 avec la découverte du bois de santal, très prisé sur le marché chinois, à Vanua Levu. Cette ressource a provoqué une « ruée » de courte durée. L’activité économique a ensuite basculé vers l’exploitation du bêche-de-mer (ou holothurie), une autre denrée destinée à la Chine. Ces concombres de mer étaient séchés dans des stations côtières, souvent gérées par des Européens, avant d’être exportés.

À cette période, Levuka, sur l’île d’Ovalau, devient un centre de peuplement européen : marins déserteurs, bagnards évadés d’Australie, aventuriers, marchands. Parmi eux, on retrouve des figures comme David Whippey, ancien baleinier qui s’intègre profondément à la société locale. Les armes à feu échangées contre du bois ou des produits marins exacerbent les rivalités inter‑claniques, renforçant la dimension meurtrière de conflits déjà fréquents.

Les contacts ne sont pas seulement économiques. Les missionnaires chrétiens — notamment méthodistes — arrivent dès les années 1830 en provenance de Tonga et de Tahiti. David Cargill fait partie des pionniers. Le processus de conversion forcée ou encadrée, désigné par le terme lotu, modifie progressivement paysages religieux, pratiques funéraires et organisation sociale.

David Cargill, missionnaire méthodiste

Les tensions explosent parfois en affrontements directs. En 1840, une escarmouche entre l’expédition d’exploration américaine du capitaine Charles Wilkes et les habitants de l’île de Malolo se solde par la mort de deux officiers américains. La riposte est d’une brutalité extrême : village incendié à coups de roquettes incendiaires, 57 à 87 insulaires tués selon les estimations. Ce type d’expédition punitive inaugure un schéma qui se répétera sous d’autres drapeaux.

L’ascension de Cakobau et la tentative de monarchie fidjienne

Au cœur de ce XIXe siècle agité émerge une figure centrale de l’histoire fidjienne : Seru Epenisa Cakobau, fils de Tanoa Visawaqa, chef suprême (Vunivalu) de Bau. Guerrier redouté, il parvient à dominer une large part de Viti Levu et des îles avoisinantes, au prix de campagnes répétées et d’alliance habiles. Après la mort de son père, il adopte le titre de Tui Viti, « roi des Fidji », bien que cette royauté soit contestée par d’autres grands chefs et par le prince tongien Enele Ma‘afu, solidement implanté dans les Lau.

La conversion du chef Cakobau

La conversion au christianisme du chef suprême Cakobau en 1854 marqua un tournant religieux et politique majeur pour les îles Fidji.

Une conversion stratégique

Après une longue opposition, Cakobau se convertit le 30 avril 1854, un acte résultant de pressions missionnaires et d’un calcul politique pour renforcer son pouvoir.

Destruction des anciennes croyances

Pour affirmer sa nouvelle foi, il ordonna la destruction des temples traditionnels et des arbres sacrés sur l’île de Bau.

Conséquences sociales et politiques

Cette conversion accéléra l’abandon du cannibalisme rituel et légitima la domination de la chefferie de Bau sur les autres îles.

Mais le roi autoproclamé est pris dans un étau financier et diplomatique. Le consul américain John Brown Williams lui impute responsabilités et indemnités pour des pillages et l’incendie de Levuka en 1849 et 1853. Les États‑Unis réclament plus de 38 000 dollars en compensation et envoient le navire USS Vandalia en 1858 pour faire pression. Dans ce contexte, le consul britannique William Pritchard pousse Cakobau à proposer la cession des Fidji à la Grande‑Bretagne, projet d’abord refusé par Londres en 1862.

Parallèlement, Ma‘afu consolide son propre pouvoir à l’est, tandis que des colons australiens et américains, attirés par la flambée des prix du coton pendant la guerre de Sécession, s’installent dans les années 1860 sur des terres souvent acquises de manière douteuse. Pour organiser ce chaos grandissant, un assemblage de sept royaumes fidjiens forme en 1865 une Confédération, avec Cakobau pour président. Cette structure, rapidement minée par les rivalités, ne résout ni les conflits internes ni les problèmes fonciers.

Guerres des hautes terres, esclavage interne et crise de légitimité

L’expansion des colons dans l’intérieur montagneux de Viti Levu les met en confrontation directe avec les Kai Colo, groupes fidjiens du massif central peu christianisés et farouchement attachés à leur autonomie. Les conflits se multiplient. En 1867, le missionnaire Thomas Baker est tué dans les montagnes, épisode qui traumatisera durablement l’imaginaire britannique.

Pour les autorités coloniales informelles comme pour le gouvernement de Cakobau, l’enjeu est double : sécuriser les plantations et affirmer une souveraineté. Le consul Thurston exige du roi qu’il « pacifie » l’intérieur. Les campagnes sont meurtrières et peu concluantes : 61 combattants de Cakobau y laissent la vie, et la confédération des royaumes s’effondre, discréditant d’autant plus le pouvoir central.

Dans ce climat d’instabilité et d’économie exsangue après l’effondrement des cours du coton, la question de la cession aux Britanniques revient au premier plan. Mais avant d’y parvenir, le royaume de Fidji est proclamé en 1871, avec Cakobau couronné monarque dans un cadre quasi constitutionnel élaboré avec l’aide de l’ex‑officier George Austin Woods. Un Parlement, des tribunaux, une police, une poste, une monnaie sont institués. Dans les faits, ce sont les colons qui tirent les ficelles, tandis que des sociétés de colons comme la British Subjects Mutual Protection Society – allant jusqu’à emprunter le nom de Ku Klux Klan – contestent la politique royale.

2000

Nombre approximatif de prisonniers Kai Colo qui se sont rendus lors des guerres de 1871‑1873 aux Fidji.

Cette traite interne ne concerne pas que les Kai Colo. Dès 1871, après la défaite de la communauté Lovoni, 2 000 hommes, femmes et enfants sont vendus pour cinq ans de servitude au prix d’environ six livres sterling par personne. Les Britanniques, par l’intermédiaire du consul March, ferment largement les yeux. L’esclavage de guerre, combiné au blackbirding – recrutement souvent forcé d’insulaires des Salomon et du Vanuatu pour les plantations fidjiennes –, donne au paysage social une dimension de violence structurelle qui ne disparaîtra pas du jour au lendemain.

Face à l’endettement, aux contestations et à l’incapacité manifeste de son royaume à contrôler l’ensemble du territoire, Cakobau sollicite à nouveau le protectorat britannique. Cette fois, Londres accepte. Le 10 octobre 1874, après l’arrivée du gouverneur Sir Hercules Robinson, Cakobau, Ma‘afu et d’autres hauts chefs signent l’Acte de Cession : les Fidji deviennent colonie de la Couronne.

La colonisation britannique : « Fiji for the Fijians » et révolution sucrière

L’installation coloniale britannique transforme en profondeur la structure politique et économique du pays. Sir Arthur Hamilton Gordon, qui remplace Robinson en 1875, arrive avec une vision précise : protéger les terres et la structure sociale iTaukei tout en développant une économie d’exportation basée sur la canne à sucre.

Gouverner à travers les chefs

Pour les Britanniques, la clé est l’« administration indirecte ». Gordon maintient et reconfigure les hiérarchies traditionnelles : les chefferies deviennent des relais du pouvoir colonial. Les provinces (yasana), les districts (tikina) et les villages (koro) sont organisés sous l’autorité de chefs nommés Roko ou Buli et de conseils provinciaux. En 1876, il crée la Grande Conférence des Chefs, le Bose Levu Vakaturaga, conçue comme instance consultative placée directement sous son autorité.

Bon à savoir :

Pour protéger les terres autochtones, la vente est interdite et environ 83 % du territoire reste une propriété coutumière gérée collectivement par les mataqali. Les Européens ne peuvent obtenir que des baux. Cependant, l’administration coloniale conserve le contrôle ultime de toutes les transactions foncières.

Encadrer et déplacer le travail : des Kanaks aux Indiens

Pour alimenter les plantations, les colons n’utilisent pas d’abord la main‑d’œuvre iTaukei, que Gordon refuse d’« exploiter » directement. Ils recourent au blackbirding, une forme de recrutement souvent brutal de travailleurs originaires des Salomon, de la Nouvelle‑Calédonie, des Nouvelles‑Hébrides (Vanuatu). Entre 1865 et 1911, environ 45 000 insulaires sont ainsi amenés aux Fidji, avec un taux de mortalité qui atteint parfois un quart des effectifs.

61000

Nombre d’Indiens débarqués aux Fidji entre 1879 et 1916 pour travailler comme engagés sur les plantations sucrières.

Les conditions de vie dans les « coolie lines » sont rudes, les salaires bas, les violences et abus fréquents. Mais au terme de leurs contrats, une majorité choisit de rester plutôt que de repartir. Quand le système est finalement aboli sous la pression de militants comme Banarsidas Chaturvedi et le pasteur C. F. Andrews, au début des années 1920, une communauté indo‑fidjienne enracinée est née.

Le sucre, colonne vertébrale de l’économie fidjienne

C’est autour de cette main‑d’œuvre que se structure la grande transformation économique de la colonie : la canne à sucre devient la première ressource du pays. Si des tentatives artisanales de production sucrière ont lieu dès les années 1860, l’essor véritable intervient lorsque l’Australian Colonial Sugar Refining Company (CSR), fondée en 1854, répond à l’appel de Gordon.

1900

Vers cette année, la Colonial Sugar Refining Company (CSR) produisait déjà les trois quarts du sucre fidjien.

Au départ, l’entreprise préfère acheter la canne à des planteurs européens employant des engagés indiens, plutôt que de cultiver elle‑même. Après la fin de l’engagisme et face de nouveau à la pénurie de main‑d’œuvre, elle bascule vers un système de petits fermiers sous contrat, principalement d’origine indo‑fidjienne, auxquels elle loue de petites parcelles (en moyenne une dizaine d’acres) pour la canne et les cultures vivrières.

Cette structure perdure jusque dans la seconde moitié du XXe siècle et imprime à la géographie fidjienne une « ceinture sucrière » dans les plaines littorales de Viti Levu et Vanua Levu. Dans les années 1980, le sucre représente jusqu’à 60 % des exportations du pays et emploie directement ou indirectement une part considérable de la population active.

Un aperçu de la montée en puissance de la filière sucrière sous la colonisation peut se résumer ainsi :

PériodeÉvénement clé de l’industrie sucrièreImpact sur les Fidji
1870‑1880Multiplication de petits moulins (jusqu’à 34 unités)Premiers essais dispersés, forte mortalité économique après 1884
1882‑1903Construction des grandes sucreries CSR (Nausori, Rarawai, Labasa, Lautoka)Industrialisation, concentration du secteur, boom de l’exportation sucrière
1879‑1916Arrivée des engagés indiensFormation d’une main‑d’œuvre agricole durable, naissance de la communauté indo‑fidjienne
1920‑1960Système de fermiers sous contrat (smallholders)Structuration de la ceinture sucrière, rôle central des Indo‑Fidjiens dans la production

Guerres mondiales, émergence du nationalisme et chemin vers l’indépendance

Comme d’autres colonies du Pacifique, les Fidji sont entraînées dans les deux conflits mondiaux du XXe siècle.

Une participation encadrée aux deux guerres mondiales

Durant la Première Guerre mondiale, la participation fidjienne reste limitée. Les autorités coloniales refusent d’engager massivement des soldats iTaukei, officiellement pour les préserver ; néanmoins, plus de 1 500 hommes s’enrôlent dans les forces britanniques, australiennes ou néo‑zélandaises. Une petite unité, le Fiji Labour Corps, sert en France et en Italie. Ratu Sir Lala Sukuna, arrière‑petit‑fils de Cakobau, y gagne la Médaille militaire et deviendra plus tard une figure clé de la défense des droits fonciers fidjiens.

La Seconde Guerre mondiale est d’une autre ampleur. En vertu d’un accord de 1936, la défense de la colonie est confiée à la Nouvelle‑Zélande, puis bascule sous commandement américain après l’attaque de Pearl Harbor. Des sous‑marins japonais survolent les Fidji à l’aide d’hydravions, et l’archipel est explicitement mentionné dans les plans d’expansion nippons (opération FS). Les États‑Unis établissent une grande base navale à Nadi, où un aérodrome en béton deviendra l’actuel aéroport international.

Les FMF recrutent environ 8 000 soldats, majoritairement iTaukei. Leurs unités de commando, comme les Fiji Guerrillas, combattent avec les forces américaines dans le Pacifique. Leur courage est salué, notamment celui du caporal Sefanaia Sukanaivalu, décoré de la Victoria Cross à titre posthume pour son sacrifice à Bougainville.

Fiji Military Forces (FMF)

À l’inverse, la participation indo‑fidjienne est plus réduite. Une compagnie indienne créée au sein des forces territoriales est dissoute en 1941 après une contestation autour des soldes, inférieures à celles des Européens. Beaucoup d’Indo‑Fidjiens perçoivent cette discrimination comme un signal que leur statut reste inférieur, ce qui nourrira ultérieurement les ressentiments dans le débat politique.

Montée des revendications politiques et compromis de 1970

Après 1945, la colonie entre dans une phase de réformes constitutionnelles graduelles. Le Conseil législatif, initialement entièrement nommé, est élargi en 1953 avec une part de sièges élus répartis entre Européens, Fijians et Indo‑Fijians. En 1963, tous les Fidjiens adultes obtiennent le droit de vote ; la même année, une forme de « système de membres », sorte de proto‑cabinet, est instaurée pour préparer l’autonomie.

Attention :

Les négociations sont bloquées par une opposition fondamentale : les Indo-Fidjiens, majoritaires, exigent un suffrage universel sans quotas, tandis que les chefs iTaukei et leurs alliés européens y voient un risque de domination politique indo-fidjienne et le rejettent.

Deux conférences constitutionnelles, à Londres en 1965 puis en 1970, aboutissent à un compromis. Le futur Parlement sera bicaméral. La Chambre des représentants comprendra 52 sièges : 22 réservés aux électeurs iTaukei, 22 aux Indo‑Fidjiens (chacun avec une partie de sièges « communaux » élus uniquement par leur groupe, et d’autres « nationaux » ouverts aux voix croisées), et 8 pour les « électeurs généraux » (Européens, Sino‑Fidjiens, Banabans, autres minorités). Le Sénat, lui, sera largement contrôlé par les chefs fidjiens, avec une majorité de membres désignés par la Grande Conférence des Chefs.

C’est dans ce cadre que les Fidji deviennent indépendants, le 10 octobre 1970, sous forme de royaume du Commonwealth avec la reine d’Angleterre comme chef d’État, représentée par un gouverneur général. Ratu Sir Kamisese Mara, chef de l’Alliance Party, qui regroupe l’essentiel du vote iTaukei et « général », devient le premier Premier ministre.

Un tableau synthétique permet de situer les grandes étapes politiques de la fin de l’époque coloniale et de la fondation de l’État moderne :

AnnéeÉvénement politique majeurConséquence institutionnelle
1953Réforme du Conseil législatifPremière représentation élue des trois grands groupes ethniques
1963Enfranchissement complet des iTaukeiVers un système électoral plus inclusif
1965Première conférence constitutionnelle à LondresTentative avortée d’instaurer un système de vote commun
1967Instaurations d’un cabinet dirigé par MaraÉtape vers l’autonomie interne
1970Seconde conférence et IndépendanceAdoption d’une Constitution fondée sur un équilibre ethnique encadré

Ethnies, terre et sucre : un triangle explosif

L’indépendance ne supprime ni les lignes de fracture héritées, ni les dépendances économiques. Trois variables structurent la vie politique et sociale des Fidji post‑coloniaux : la question foncière, la démographie ethnique et le poids du sucre.

Terres coutumières et insécurité agraire

Environ 86 % du territoire reste sous statut coutumier iTaukei, inaliénable. Les Indo‑Fidjiens n’y ont qu’un droit de bail, généralement renouvelable mais révocable. Cette situation reflète la volonté coloniale de protéger les terres indigènes, mais elle enferme aussi la paysannerie indo‑fidjienne dans une précarité permanente. À partir des années 1990, plusieurs non‑renouvellements de baux dans les zones sucrières déclenchent des vagues de départ à l’étranger et alimentent les ressentiments.

Poids démographique et rivalités politiques

Du milieu des années 1950 à la fin des années 1980, les Indo‑Fidjiens constituent la majorité de la population. Leur ascension numérique s’explique par les flux migratoires d’engagés et par un taux de natalité élevé après la Seconde Guerre mondiale, alors même que la population iTaukei a été durablement affectée par l’épidémie de rougeole de 1875 (qui aurait tué environ un tiers des autochtones).

Bon à savoir :

Après l’indépendance, le paysage politique fidjien s’organise rapidement selon des lignes ethniques. Le National Federation Party (NFP) représente principalement l’électorat indo-fidjien, tandis que l’Alliance de Mara rassemble les votes iTaukei (autochtones) et européens. La Constitution de 1970 institutionnalise cette division par un système de sièges réservés par communauté et accorde un pouvoir de veto aux chefs iTaukei via le Sénat.

Le sucre comme enjeu partagé et terrain de conflit social

Dans ce contexte, l’industrie sucrière joue un double rôle. D’un côté, elle fournit un terrain d’interdépendance : les terres appartiennent aux iTaukei, mais les fermes et le travail agricole sont largement indo‑fidjiens ; les revenus de la canne irriguent donc les deux communautés. De l’autre, elle concentre les tensions : grèves, négociations parfois âpres sur le partage des recettes entre planteurs (majoritairement indo‑fidjiens) et meunier (d’abord CSR, puis après 1973 la Fiji Sugar Corporation, largement contrôlée par l’État), contestations autour du prix de la canne.

65

Dans les années 1970-1980, le sucre représentait jusqu’à 65 % des exportations domestiques du pays.

Coups d’État en série : 1987, 2000, 2006

Derrière une façade initiale de stabilité, la jeune démocratie fidjienne va basculer, en moins de vingt ans, dans une spirale de coups d’État et de révisions constitutionnelles successives. La tension centrale : comment concilier droits politiques individuels et sécurisation des droits collectifs iTaukei dans un pays profondément multiethnique.

1987 : l’armée s’invite dans le jeu politique

En avril 1987, une coalition menée par Timoci Bavadra, médecin iTaukei à la tête du Fiji Labour Party allié au NFP, remporte les élections. Pour la première fois, un gouvernement dont la majorité des ministres sont indo‑fidjiens s’installe. La victoire est démocratique, mais elle déclenche une réaction violente chez une partie de la population iTaukei et au sein de l’appareil militaire.

Le 14 mai 1987, le lieutenant‑colonel Sitiveni Rabuka, troisième dans la hiérarchie des forces armées royales fidjiennes, fait irruption au Parlement avec des soldats et arrête le gouvernement. Un premier coup d’État « au nom des droits autochtones » vient d’avoir lieu. La Cour suprême le juge inconstitutionnel. Des négociations aboutissent au Deuba Accord, qui prévoit un gouvernement d’union, mais Rabuka, craignant de perdre les gains politiques obtenus, déclenche un second coup le 25 septembre.

Bon à savoir :

En octobre 1987, la monarchie est abolie et les liens avec la Couronne britannique sont rompus, marquant la proclamation de la République de Fidji. Le gouverneur général, Ratu Sir Penaia Ganilau, devient le premier président. La Constitution de 1970 est suspendue puis remplacée en 1990 par un texte qui institutionnalise la domination politique des iTaukei (indigènes), avec une majorité de sièges parlementaires et les postes clés (président, Premier ministre) qui leur sont explicitement réservés.

Les conséquences démographiques sont immédiates. De nombreux Indo‑Fidjiens, se sentant marginalisés et craignant pour leur avenir, émigrent massivement vers l’Australie, la Nouvelle‑Zélande, le Canada ou les États‑Unis. On estime qu’environ un tiers de la population indo‑fidjienne quitte le pays à partir de cette période, privant l’économie – notamment le secteur sucrier, l’éducation, la santé, la fonction publique – de nombreuses compétences.

La Constitution de 1997 : un compromis fragile

Sous la pression intérieure et internationale, et en vertu même des clauses de révision prévues par la Constitution de 1990, un processus de réforme s’engage. Une Commission d’examen constitutionnel est nommée en 1995, composée de Tomasi Vakatora (iTaukei), Brij Lal (Indo‑Fidjien) et présidée par Sir Paul Reeves, ancien gouverneur général de Nouvelle‑Zélande. Leur rapport, fort de 697 recommandations, débouche sur la Constitution de 1997.

Bon à savoir :

La Constitution de 2013 consacre Fidji comme un État souverain et démocratique au caractère multiculturel. Elle réaffirme la suprématie constitutionnelle et inclut une Charte des droits fondamentaux protégeant notamment contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle, une première mondiale après l’Afrique du Sud. En contrepartie de l’abandon par les iTaukei de leur majorité parlementaire garantie et de monopoles sur certaines fonctions, la propriété coutumière des terres est ancrée dans la Constitution. La Grande Conférence des Chefs est institutionnalisée comme collège électoral pour le président et pour 14 des 32 sénateurs.

Les élections de 1999 montrent le potentiel de ce cadre plus inclusif : le Fiji Labour Party de Mahendra Chaudhry remporte le scrutin, et celui‑ci devient le premier Premier ministre d’ascendance indienne de l’histoire du pays.

2000 : un nouveau coup, cette fois civil

L’euphorie est de courte durée. Le 19 mai 2000, un groupe d’hommes armés menés par le businessman George Speight envahit le Parlement. Chaudhry et la plupart de ses ministres sont pris en otage pendant 56 jours. Les insurgés se réclament de la défense des droits autochtones, dans un contexte où des tensions foncières, des frustrations liées à la représentation politique et des discours nationalistes enflamment une partie de la population iTaukei. Des boutiques et entreprises indo‑fidjiennes de Suva sont pillées et incendiées.

L’armée, dirigée par le commodore Frank Bainimarama, se présente comme arbitre. Elle suspend la Constitution de 1997, proclame l’état d’urgence et installe un gouvernement intérimaire dominé par des iTaukei. La Grande Conférence des Chefs nomme Ratu Josefa Iloilo président, tandis que Laisenia Qarase, ancien banquier, devient Premier ministre par intérim, puis élu en 2001 à la tête du parti SDL (Soqosoqo Duavata ni Lewenivanua).

Bon à savoir :

En novembre 2000, une mutinerie en faveur de George Speight éclate à la caserne de la Reine Elizabeth à Suva, visant à assassiner le commandant Bainimarama. Elle est sévèrement réprimée et ses auteurs sont jugés. Par la suite, la Cour de justice rétablit la Constitution de 1997, réaffirmant la nécessité d’un retour à l’ordre légal, bien que le pouvoir exécutif demeure entre les mains du Premier ministre Laisenia Qarase et de ses alliés, certains étant liés aux instigateurs du coup.

2006 : le « coup contre la corruption » de Bainimarama

La troisième rupture majeure survient en décembre 2006. Les relations entre le gouvernement Qarase et l’armée se sont fortement dégradées. Le Premier ministre veut faire adopter plusieurs textes controversés, notamment le Reconciliation, Tolerance and Unity Bill, prévoyant des amnisties pour certains instigateurs du coup de 2000, ainsi que des lois sur les droits coutumiers maritimes (Qoliqoli Bill) et un Tribunal foncier. Bainimarama y voit une menace pour l’État de droit et une dérive ethno‑nationaliste.

Après une série d’ultimatums restés sans effets, l’armée prend le contrôle de Suva les 4‑5 décembre 2006, place plusieurs responsables politiques en résidence surveillée, dissout le Parlement. Bainimarama se pose en « nettoyeur » d’un système corrompu et diviseur. Il suspend la Constitution, puis la rétablit partiellement, avant que la Cour d’appel, en 2009, ne juge son gouvernement illégal. Le président Iloilo réagit en abrogeant purement et simplement la Constitution de 1997, renvoyant tous les juges et reconduisant Bainimarama à la tête d’un régime d’exception régi par des décrets.

Les sanctions internationales (suspension du Commonwealth, gel de certaines aides australiennes et néo‑zélandaises, restrictions de visas) n’empêchent pas l’instauration d’un cadre constitutionnel entièrement nouveau en 2013.

La Constitution de 2013 : un nouveau contrat social sous tutelle militaire

Après plusieurs années de gouvernement militaire, une vaste consultation est annoncée. Un projet de charte du peuple pour le changement, la paix et le progrès sert de base à un processus constitutionnel qui aboutit à un texte promulgué le 6 septembre 2013.

Ce nouveau cadre abolit toute représentation ethnique en politique : un seul corps électoral, un Parlement monocaméral renouvelé à la proportionnelle, sans circonscriptions locales mais avec une liste nationale. Chaque électeur dispose d’une voix de valeur égale. Les restrictions ethniques à l’accès aux postes officiels disparaissent officiellement. L’âge de vote est abaissé à 18 ans.

Attention :

La Constitution fidjienne confie à l’armée la responsabilité globale de la sécurité, de la défense et du « bien‑être » du pays. Elle accorde également une immunité non amendable aux acteurs des coups d’État depuis 2006, empêchant toute poursuite future.

Le Président devient un chef d’État essentiellement symbolique, élu par le Parlement sur proposition conjointe du Premier ministre et du chef de l’opposition, pour deux mandats au plus de trois ans. Le Premier ministre, chef du parti obtenant plus de la moitié des sièges, concentre de très larges pouvoirs, y compris sur la nomination des juges de haut rang et des membres des principales institutions indépendantes.

60

Pourcentage des voix obtenu par le parti FijiFirst lors des élections de septembre 2014, lui permettant de remporter 32 sièges sur 50 au Parlement.

Un résumé de la trajectoire constitutionnelle récente des Fidji met en lumière cette succession de ruptures et de tentatives de recomposition :

Texte constitutionnelContexte d’adoptionCaractéristiques principales
1970Indépendance, compromis LondresParlement bicaméral, sièges ethniques, rôle central des chefs et de la Couronne
1990Après les coups de 1987Domination institutionnalisée des iTaukei, limitation des droits politiques indo‑fidjiens
1997Réforme sous Rabuka, pression interne et externeRetour à un cadre plus inclusif, reconnaissance de la diversité, charte des droits étendue
2013Suite au coup de 2006 et à l’abrogation de 1997Appel à une nation « non raciale », mais rôle renforcé de l’armée et immunités constitutionnalisées

Une société composite : iTaukei, Indo‑Fidjiens et autres minorités

L’histoire du pays au Fidji ne se résume pas à un duel abstrait entre « autochtones » et « Indiens ». Elle est aussi celle de la formation de communautés distinctes, de leurs trajectoires, de leurs interactions complexes.

iTaukei : continuité coutumière et recomposition politique

Les iTaukei forment aujourd’hui la majorité démographique. Leur société reste fortement structurée par les hiérarchies traditionnelles (yavusa, mataqali, tokatoka, vanua, matanitu), même si l’État moderne, la monétarisation et l’urbanisation ont modifié l’exercice concret du pouvoir des chefs.

Créée en 1876 par Gordon, elle a longtemps servi de pivot entre coutume et politique, désignant des sénateurs, élisant le président et incarnant l’autorité traditionnelle. Sa suspension en 2007 puis son abolition en 2012 par le gouvernement Bainimarama ont mis fin à son rôle national institutionnalisé, bien que les chefs conservent une influence locale et provinciale.

La Grande Conférence des Chefs

Indo‑Fidjiens : du girmit à la diaspora

Les Indo‑Fidjiens, descendants des engagés, se définissent par une histoire singulière : celle d’un déracinement forcé, d’une recomposition de castes et d’origines diverses (hindous, musulmans, sikhs, chrétiens venus du nord et du sud de l’Inde, mais aussi d’Afghanistan et du Népal) en une nouvelle identité créole. Leurs ancêtres ont, pour la plupart, choisi de rester après l’abolition de l’engagisme, renonçant à un retour hypothétique. Ils ont bâti des villages, des temples, des mosquées, refondé des pratiques culturelles (à travers, par exemple, le mouvement réformateur Arya Samaj) et développé une langue propre, le Fiji Hindi, koinè issue des parlers d’Awadh et du Bhojpur, aujourd’hui langue officielle aux côtés de l’anglais et du fidjien.

Ils se concentrent historiquement dans la ceinture sucrière et dans les principales villes de Viti Levu et Vanua Levu. Politiquement, ils ont longtemps trouvé leur expression dans des partis comme le NFP puis le Fiji Labour Party. Les coups de 1987 et 2000, explicitement justifiés comme des corrections à leur « domination », ont profondément marqué leur conscience politique et provoqué une diaspora importante.

Autres groupes : Rotumans, Européens, Chinois, insulaires noires

La mosaïque fidjienne inclut aussi les Rotumans, peuple polynésien d’une île annexée en 1881 ; les Européens et « part‑Européens » (kai loma), installés de longue date ; une communauté sino‑fidjienne présente depuis le début du XXe siècle ; des Tonga, Banabans transférés sur Rabi après l’exploitation de l’île de Banaba, Tuvaluans sur Kioa, ainsi que des descendants de Salomonais amenés par le blackbirding, qui ont parfois obtenu, au prix de longues batailles judiciaires, la reconnaissance de leurs droits fonciers.

Une histoire récente marquée par les révisions constitutionnelles et les interrogations démocratiques

Depuis l’indépendance, les Fidji ont connu quatre constitutions, plusieurs coups d’État, des suspensions et abrogations, des retours partiels à l’ordre légal. L’équation est toujours la même : comment garantir l’égalité des citoyens sans nier les droits collectifs d’un peuple autochtone dont les terres et la culture ont été historiquement menacées, tout en intégrant une grande minorité – parfois majorité – venue par la colonisation ?

Bon à savoir :

La Constitution de 2013 introduit le principe ‘un citoyen, une voix’ et abolit les quotas ethniques. Le terme ‘Fijien’ désigne désormais tous les citoyens, tandis que ‘iTaukei’ est réservé aux autochtones. Cependant, cette réforme est limitée par un cadre sécuritaire strict : l’armée, composée à 99 % d’iTaukei, se présente comme le garant ultime de l’ordre, et les décrets pris depuis le coup d’État de 2006 échappent à tout contrôle juridictionnel normal.

Les élections de 2014, puis les suivantes, montrent la capacité du système à produire des gouvernements élus, mais la difficulté à sortir de l’ombre portée des armes. En 2014, un cinquième des députés sont d’anciens militaires, et les mécanismes de révision constitutionnelle exigent un double seuil très élevé (¾ des parlementaires puis ¾ des électeurs), rendant tout changement substantiel quasi impossible sans un consensus massif.

Conclusion : un archipel en quête d’équilibre

L’histoire du pays au Fidji est celle d’un archipel qui, parti d’une culture Lapita pionnière dans la colonisation du Pacifique, a vu se tisser une société iTaukei complexe où confédérations, canoës géants, guerre et rituels structurent la vie. L’arrivée des Européens, des missionnaires et des compagnies sucrières, la mise en place de l’engagisme indien et la sanctuarisation foncière autochtone ont superposé des couches de contraintes et de dépendances économiques.

Les indépendances ont ouvert la voie à des expérimentations constitutionnelles successives, oscillant entre représentation communautaire et universalisme, entre préservation des droits fonciers et participation pleine et entière de tous à la vie politique. Les coups d’État de 1987, 2000 et 2006 ont durablement ancré l’armée dans le jeu politique et ont laissé des cicatrices profondes, notamment au sein de la communauté indo‑fidjienne.

Aujourd’hui, les Fidji demeurent un laboratoire où se cherchent des réponses à des questions qui dépassent leur seule géographie : comment articuler les droits des peuples autochtones et ceux des citoyens issus de migrations coloniales ? Comment sortir d’un cycle de tutelle militaire sans ignorer les peurs que ces forces prétendent canaliser ? Comment transformer une économie longtemps centrée sur un sucre désormais moins rentable en un modèle plus diversifié et durable ?

L’archipel qui, il y a plus de trois millénaires, se trouvait au croisement des routes maritimes Lapita se retrouve aujourd’hui au carrefour d’autres courants : globalisation, migrations, revendications identitaires, débats sur la justice transitionnelle. Raconter l’histoire du pays au Fidji, c’est mesurer le poids des héritages, mais aussi la capacité de ces îles à réinventer, encore et encore, leurs équilibres politiques et sociaux.

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Après analyse de plusieurs destinations attractives (Fidji, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler les Fidji pour leur fiscalité favorable sur les revenus étrangers, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie inférieur à la France et un environnement insulaire anglophone propice à la retraite. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions de non‑double imposition), obtention d’un permis de résidence longue durée via investissement immobilier, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (séjour >183 jours/an aux Fidji, centre d’intérêts économiques), intégration dans un réseau local (avocat, immigration, gestionnaires de patrimoine) et restructuration patrimoniale internationale pour sécuriser la transmission et limiter les risques de contrôle fiscal français.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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