S’installer à Antigua-et-Barbuda, ce n’est pas seulement changer de climat et de paysage. Pour un expatrié, comprendre les pratiques religieuses locales est aussi important que maîtriser les codes du logement ou du travail. Dans ce petit État insulaire, la foi structure encore la vie sociale, les rythmes de la semaine, les fêtes, la manière de s’habiller et, plus largement, la façon d’être en communauté.
Ce guide présente les principales religions du pays, les codes vestimentaires et de comportement dans les lieux de culte, ainsi que des traditions comme le Rastafari ou l’Obeah. Il vise à fournir des repères concrets pour vivre sur place avec respect et aisance, sans intention de conversion.
Un paysage religieux largement chrétien, mais très divers
La première chose à intégrer est que la société d’Antigua-et-Barbuda est majoritairement chrétienne, mais loin d’être monolithique. Une mosaïque de dénominations cohabite, des grandes Églises historiques aux mouvements plus récents.
Poids du christianisme dans la société
Les chiffres varient selon les sources, mais toutes convergent sur un point : le christianisme demeure dominant. Une enquête de recensement indique qu’environ 64 % de la population se déclare chrétienne, tandis qu’une autre source évoque jusqu’à 77 % de chrétiens. Certaines études évoquent même près de 93 % d’« adhérents chrétiens » en incluant les courants évangéliques les plus dynamiques.
Pour un expatrié, cela se traduit très concrètement : la présence de multiples églises dans les quartiers, le rôle central des fêtes chrétiennes dans le calendrier, et une certaine sensibilité « conservatrice » sur les questions de tenue vestimentaire ou de comportement en public.
Le tableau ci-dessous donne un aperçu des principaux courants chrétiens et de leur poids approximatif dans la population.
| Dénomination / groupe chrétien | Part approximative de la population |
|---|---|
| Anglicans | 17,6 % |
| Adventistes du Septième Jour | 12,4 % |
| Pentecôtistes | 12,2 % |
| Moraves | 8,3 % |
| Catholiques romains | 8,2 % |
| Méthodistes | 5,6 % |
| Église Wesleyan Holiness | 4,5 % |
| Church of God | 4,1 % |
| Baptistes | 3,6 % |
| Mormons (LDS) | < 1 % |
| Autres chrétiens (incl. Témoins de Jéhovah, etc.) | Part variable mais significative |
Au-delà des pourcentages, ce qui marque le plus le quotidien, c’est la densité de lieux de culte. Un seul site spécialisé recense déjà 156 églises dans le pays, dont 147 rattachées à diverses Églises chrétiennes. Pour un territoire d’environ 70 000 habitants, le ratio églises / population est impressionnant.
Une Église anglicane structurante
L’Église anglicane occupe une place institutionnelle et symbolique forte. La cathédrale Saint John, perchée sur une colline à St. John’s, domine la capitale avec ses deux tours baroques d’une vingtaine de mètres de haut. L’édifice, reconstruit en pierre au XIXe siècle après un tremblement de terre, est conçu en bois de pin dense pour mieux résister aux séismes. Elle abrite le siège du diocèse de la North East Caribbean and Aruba, ce qui en fait un centre religieux régional.
À Antigua, les dimanches sont marqués par une série d’offices anglicans. La cathédrale propose généralement un premier office à 6h15, suivi d’une messe vers 8h15, puis d’un service à 11h qui alterne entre messe et office de matines selon les dimanches. Ce rythme est complété par d’autres paroisses réparties sur l’île, comme Bethel Anglican Church, St. Andrew, St. Anthony, Good Shepherd, St. Barnabas à Liberta et All Saints, chacune ayant ses propres horaires de messe dominicale bien établis.
Pour un expatrié, fréquenter une paroisse anglicane peut être un moyen assez naturel de s’intégrer, surtout si l’on vient d’un pays de tradition anglicane ou protestante. La liturgie suit souvent le Book of Common Prayer, avec une théologie très classique (Bible, Credo des Apôtres et de Nicée, enseignements des Pères de l’Église).
L’empreinte historique du méthodisme
Antigua est l’un des berceaux du méthodisme dans la Caraïbe. Le mouvement y arrive dès 1760 avec Nathaniel Gilbert, un planteur et avocat antillais qui, après avoir lu un livret de John Wesley en Angleterre, revient prêcher sur ses plantations. Il devient le premier prédicateur méthodiste de la région, s’adressant surtout aux esclaves.
La communauté méthodiste des Bermudes atteint environ 2000 membres en un an après l’arrivée du prédicateur John Baxter en 1778.
Le méthodisme antillais est étroitement lié à l’abolition de l’esclavage. L’Église méthodiste se positionne tôt contre l’esclavage et devient « l’Église des opprimés ». Au-delà du culte, elle ouvre des écoles, soutient l’émancipation sociale et participe à la création de villages libres après 1834. À Antigua, dix congrégations historiques émergent, comme Barrett Memorial (Liberta), Baxter Memorial (English Harbour), Bethesda, Bolans, Ebenezer, Freemansville, Freetown, Gilbert Memorial (Zion Hill), Parham ou Sawcolts.
En 1967, les Églises méthodistes de la région s’unifient dans une structure autonome, la Methodist Church in the Caribbean and the Americas (MCCA), dont le siège est… à Antigua, sur la colline de Scotts Hill. Ce détail illustre l’importance symbolique du pays dans l’histoire méthodiste régionale.
Pour un expatrié, rejoindre une communauté méthodiste, c’est souvent entrer dans un réseau où l’engagement social (éducation, santé, solidarité) est pris très au sérieux. L’accent est mis sur un christianisme « qui transforme la société », fidèle à la devise du MCCA : « L’amour du Christ nous presse ».
Expatrié rejoignant une communauté méthodiste
Autres courants chrétiens et pluralisme discret
Autour de ces grandes Églises historiques s’est développé un foisonnement de communautés évangéliques, pentecôtistes, adventistes, baptistes ou charismatiques. Des assemblées comme Faith Missionary Baptist Church, Villa Church of Christ, des Églises de la Nazaréenne, des Églises du Nazaréen à All Saints, ou encore Universal Church of the Kingdom of God, témoignent de cette vitalité.
Les Témoins de Jéhovah disposent de plusieurs Salles du Royaume à St. John’s. L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (mormons) est aussi présente, même si elle ne compte qu’une poignée de membres enregistrés (161 en 2007).
En pratique, cette diversité signifie qu’un expatrié croyant trouvera presque toujours une communauté à son diapason, qu’il soit plutôt adepte d’une liturgie très structurée ou de cultes plus spontanés et musicaux.
Minorités religieuses : islam, hindouisme, judaïsme, Rastafari, bahaïs, sans religion
Même si le paysage est très chrétien, Antigua-et-Barbuda connaît un pluralisme religieux réel, mais discret en nombre.
Les estimations disponibles indiquent par exemple :
| Groupe religieux minoritaire | Estimation approximative | Part de la population |
|---|---|---|
| Musulmans | ≈ 200 à 400 personnes | ≈ 0,3 – 0,5 % |
| Hindous | ≈ 379 personnes | ≈ 0,4 % |
| Rastafari | ≈ 1 500 personnes | Quelques % |
| Baha’is | ≈ 50 personnes | Marginale |
| Juifs | ≈ 30 personnes | Marginale |
| Sans religion | ≈ 5 % | Minorité visible |
Ces chiffres varient selon les années et les sources, mais donnent un ordre de grandeur : un expatrié issu d’une minorité religieuse ne sera pas totalement isolé, même si les infrastructures (mosquée, temple, synagogue) restent très limitées.
Codes vestimentaires et respect dans les lieux de culte
Le rapport à la tenue vestimentaire à Antigua-et-Barbuda est beaucoup plus conservateur que ne l’imaginent de nombreux nouveaux arrivants, notamment à cause de l’image « plages et maillots » véhiculée par les brochures touristiques. Cette réserve tient largement à l’ancrage chrétien de la société.
Dans les églises et sites religieux
Pour les Antiguais, se rendre à l’église est un acte sérieux qui se reflète dans le vêtement. La norme implicite est la suivante : on s’habille mieux pour le culte que pour le reste de la semaine.
De manière générale, il est conseillé de couvrir épaules et genoux, d’éviter les vêtements transparents, très moulants, très courts ou fortement décolletés. Les hommes porteront de préférence un pantalon long, souvent accompagné d’une chemise à col. Les femmes privilégieront robes ou jupes au-dessous du genou. Les chaussures fermées sont vues comme plus respectueuses que les tongs, même si, dans la pratique, certaines églises de quartier se montrent plus souples.
Résumé des attentes les plus courantes pour l’organisation et le déroulement d’un service dominical.
Un accueil personnalisé et bienveillant pour chaque participant, dès l’arrivée sur le lieu de culte.
Un temps de louange, de prière et de prédication qui nourrit la foi et encourage la communauté.
Une prédication ou un enseignement ancré dans les Écritures, clair et applicable à la vie quotidienne.
Des opportunités pour créer des liens, échanger et construire des relations fraternelles.
Un programme adapté et sécurisé pour les enfants (école du dimanche, garderie) pendant le service.
Un service qui commence et se termine à l’heure, avec une logistique fluide (son, sièges, etc.).
| Élément | Attentes courantes dans les églises |
|---|---|
| Épaules | Couvertes |
| Genoux | Couvert (robes / jupes au-dessous du genou) |
| Hauts | Pas de débardeurs, bustiers, ni grands décolletés |
| Bas | Pas de shorts, ni de mini-jupes |
| Chaussures | Fermées de préférence (éviter tongs de plage) |
| Chapeaux / casquettes (hommes) | Retirés à l’intérieur du lieu de culte |
| Tenues avec messages offensants | À proscrire |
Même si personne ne vous refoulera systématiquement, venir mal habillé à un service dominical sera perçu comme un manque de respect, ou comme le signe d’un touriste qui ne comprend pas la dimension sacrée du lieu. Pour un expatrié souhaitant être pris au sérieux, mieux vaut prévoir au moins une ou deux tenues adaptées aux cultes et aux cérémonies (baptêmes, mariages, funérailles).
Dans l’espace public : la plage n’est pas la rue
Un malentendu culturel fréquent concerne le port du maillot en dehors des zones balnéaires. À Antigua-et-Barbuda, le maillot de bain est réservé à la plage ou à la piscine. Dès que l’on quitte le sable, il est attendu de se couvrir au minimum avec un paréo, un t-shirt ou un short. Se promener torse nu en ville, entrer dans un magasin en bikini ou se rendre ainsi dans un restaurant sera perçu comme franchement déplacé.
En ville ou au restaurant, une tenue correcte est de rigueur, même décontractée : short long, pantalon, chemise, polo, robe ou jupe raisonnable. Certains établissements imposent un dress code strict pour le dîner (pantalon et chemise à col pour les hommes, tenue de soirée pour les femmes, parfois avec veste ou cravate obligatoire).
Le principe pratique pour un expatrié est simple : si vous hésitez, choisissez la version un peu plus habillée, surtout pour un événement religieux ou une invitation chez des locaux.
Photographier, oui, mais avec discrétion
Dans la plupart des traditions chrétiennes présentes à Antigua-et-Barbuda, prendre des photos à l’intérieur d’une église pendant un office est malvenu. Hors culte, certaines paroisses tolèrent les photos, surtout dans les bâtiments historiques comme la cathédrale Saint John, mais il est préférable de demander l’autorisation, soit à l’accueil, soit au responsable présent.
Photographier des fidèles en prière ou des cérémonies (baptême, communion, mariage, funérailles) sans consentement explicite est à proscrire. L’idée générale est de ne jamais transformer l’acte de foi d’autrui en spectacle touristique.
Comportements et étiquette religieuse : comment « se tenir »
Au-delà du vêtement, la manière de se comporter dans un lieu de culte et dans les interactions quotidiennes est centrale pour être accepté.
Silence, téléphone et attitude pendant le culte
À l’intérieur d’une église, on s’attend à une atmosphère de recueillement. Parler fort, rire, téléphoner ou laisser son smartphone sonner en plein sermon sont des fautes de goût évidentes. Mieux vaut mettre son appareil en mode silencieux ou l’éteindre complètement.
Pour un expatrié qui ne connaît pas le déroulé du culte, la meilleure stratégie consiste à s’asseoir plutôt vers l’arrière et à observer les fidèles pour suivre leurs gestes : à quel moment se lever, s’asseoir, parfois s’agenouiller. Personne n’exigera de vous que vous participiez à tous les rites (par exemple, la communion), mais rester ostensiblement assis, les bras croisés, pendant un moment de prière collective peut être perçu comme froid ou méprisant. Se lever en signe de respect, même sans prier soi-même, est déjà un geste de politesse culturelle.
Participation aux rites : jusqu’où aller quand on n’est pas croyant ?
Dans de nombreuses Églises protestantes classiques et dans l’anglicanisme, la communion est officiellement ouverte aux chrétiens baptisés de toutes confessions, mais ce n’est pas le cas partout. Si vous ne savez pas, il est tout à fait acceptable de rester à votre place. Si le pasteur ou le prêtre invite explicitement « tous ceux qui le souhaitent » à s’avancer, vous pouvez en général le faire si vous êtes à l’aise avec ce geste.
Dans le catholicisme, la communion est normalement réservée aux fidèles catholiques. Lors de la messe, les non-catholiques peuvent, si le prêtre le propose, avancer les bras croisés sur la poitrine pour recevoir une bénédiction à la place de l’hostie. À Antigua-et-Barbuda, cette pratique peut exister ; il est recommandé d’observer les usages locaux ou de demander discrètement à un paroissien avant le début de la célébration.
En règle générale, les communautés sont heureuses d’accueillir des visiteurs, y compris non croyants, à condition que ceux-ci adoptent une posture respectueuse. Nul besoin de réciter à voix haute des prières auxquelles vous ne croyez pas : suivre le mouvement en silence suffit souvent à signifier votre respect.
La culture quotidienne à Antigua-et-Barbuda reste assez formelle dans les premiers contacts. On salue volontiers d’un « good morning », « good afternoon » ou « good evening » en entrant dans un petit commerce, un bureau, une salle de réunion, voire un bus. Ignorer ces salutations pourra être interprété comme de la distance, voire de la grossièreté.
Lors d’une première rencontre, la poignée de main est la norme, accompagnée d’une présentation par son nom. L’usage du titre et du nom de famille (Mr Smith, Ms Jones) est vu comme poli, en particulier avec des personnes plus âgées ou dans un cadre un peu officiel (école, administration, Église). L’emploi direct du prénom vient généralement plus tard, une fois la relation établie.
Les expats issus de cultures très informelles ont intérêt à « monter d’un cran » leur niveau de politesse verbale. Dans un contexte où la religion est très présente, les jurons grossiers et les remarques dénigrantes sur la foi des autres sont d’autant plus mal reçus.
Invitations à la maison et hospitalité
Si vous êtes invité chez une famille locale, surtout dans un cadre lié à une Église (repas après le culte, fête de Noël, réunion de prière), il est de bon ton d’apporter un petit cadeau : fleurs, bouteille de vin, dessert, spécialité de votre pays. La forme compte parfois plus que la valeur.
Dans beaucoup de familles pratiquantes, un bénédicité est récité avant le repas. Même si vous n’êtes pas croyant, se lever, baisser la tête et rester silencieux pendant cette prière est une façon simple de montrer votre respect pour leurs convictions.
Dimanche, fêtes religieuses et vie quotidienne
À Antigua-et-Barbuda, la semaine se structure encore largement autour du dimanche et des grandes fêtes chrétiennes.
Le dimanche comme jour de culte
Le dimanche reste la journée de culte par excellence. De nombreuses entreprises sont fermées ou fonctionnent avec des horaires réduits. Pour un expatrié fraîchement arrivé, il est utile de se rappeler que prendre un rendez-vous professionnel un dimanche matin est rarement apprécié.
La plupart des communautés proposent plusieurs offices le dimanche, parfois dès l’aube. Dans certaines Églises urbaines très fréquentées, les cultes se succèdent (par exemple, un premier service tôt le matin, puis un deuxième ou troisième dans la matinée). Quand la communauté est très engagée, la journée peut se prolonger avec un second service l’après-midi, des réunions de jeunes, des répétitions de chorale ou des groupes de prière.
Noël, Pâques et les grandes fêtes chrétiennes
Deux fêtes structurent particulièrement le calendrier : Noël et Pâques.
À Noël, la fête est marquée par une forte dimension familiale et religieuse, avec des repas en famille et des services religieux spéciaux. Pour les personnes seules, comme les visiteurs ou expatriés, un Champagne Party est traditionnellement organisé à Nelson’s Dockyard pour rompre l’isolement.
Pâques commence avec le Vendredi saint, jour de recueillement où la majorité des habitants se rendent à l’église. Le lundi de Pâques est davantage consacré aux activités de plein air : plage, pique-nique, cerfs-volants, en lien avec un festival de cerf-volant très populaire qui marque le retour du printemps.
La Pentecôte (ou Lundi de Pentecôte) est un jour férié célébré cinquante jours après Pâques. Traditionnellement, il est dédié aux retrouvailles familiales, aux barbecues et aux sorties à la plage. Cette fête illustre le lien étroit entre célébration religieuse et vie sociale en France.
Carême, Carnival et mémoire de l’esclavage
Le Carnival d’Antigua, organisé fin juillet – début août, a des racines à la fois dans les carnavals européens pré-carême et dans la commémoration de l’abolition de l’esclavage en 1834. Aujourd’hui, il s’agit d’un festival haut en couleur, avec des défilés en costumes flamboyants, de la musique calypso et soca, des steel bands et des fêtes de rue.
Pour certains chrétiens très conservateurs, le Carnival est regardé avec méfiance, voire comme « trop » mondain. D’autres y voient un espace légitime de célébration de la liberté et de l’identité caribéenne. Un expatrié y découvrira notamment comment la mémoire de l’esclavage et de la résistance traverse encore les expressions culturelles contemporaines.
Minorités religieuses : islam et hindouisme, de petites communautés visibles
Même si le christianisme domine, il est probable que vous croisiez quelques signes visibles de la présence musulmane ou hindoue dans le pays.
Communauté musulmane : petits effectifs, forte organisation
Les estimations sur la population musulmane varient selon les sources (de 200 à plusieurs centaines, voire quelques milliers si l’on inclut les étudiants étrangers), mais toutes s’accordent sur un point : il s’agit d’une petite minorité, composée en grande partie d’immigrés ou de personnes d’origine arabe (Syrie, Liban, Afrique du Nord), et de quelques convertis.
L’Antigua and Barbuda International Islamic Society (ABIIS) structure la communauté musulmane de St. John’s. Après avoir longtemps utilisé une petite baraque de prière d’une capacité d’environ 30 personnes pour les prières quotidiennes, le Jumu’ah et les fêtes de l’Aïd, un projet de mosquée plus grande est en cours de finalisation. Porté par l’International Islamic Society of Antigua and Barbuda, ce nouveau lieu vise à devenir un espace de culte et un centre communautaire pouvant accueillir une centaine de familles ainsi que des étudiants en médecine internationaux.
Pour un expatrié musulman, il est aussi utile de savoir que l’Association musulmane de l’American University of Antigua (School of Medicine) propose des activités cultuelles, de la récitation du Coran, des actions de service communautaire et des dialogues interreligieux.
L’appel à la prière sonore étant limité en raison de la taille de la communauté, il est utile de savoir que les prières peuvent être accomplies en tout lieu propre, à l’aide d’un simple tapis. Pour localiser une mosquée, obtenir les horaires de prière précis ou accéder à d’autres repères religieux, plusieurs applications mobiles comme HalalTrip ou MuslimandQuran sont disponibles et très pratiques.
Hindous et syncrétismes caribéens
La communauté hindoue, estimée à moins de 400 personnes, a connu une croissance notable en quelques années. Elle reste cependant très discrète dans l’espace public à Antigua-et-Barbuda, loin de la visibilité qu’on observe dans des pays comme Trinidad ou Guyana.
Dans certains territoires de la Caraïbe anglophone, les traditions afro-caribéennes comme l’Obeah se sont d’ailleurs entremêlées avec certains éléments hindous, notamment là où sont arrivés de nombreux travailleurs sous contrat venus du sous-continent indien. Des cas documentés évoquent des « obeahmen » qui étaient aussi brahmanes et officiaient en tant que prêtres hindous. Ce type de syncrétisme est davantage rapporté dans des pays voisins qu’à Antigua même, mais il illustre la porosité entre les univers religieux caribéens.
Rastafari : une spiritualité afrocentrée très présente
Le Rastafari est à la fois un mouvement religieux né en Jamaïque dans les années 1930 et un courant culturel mondialement connu grâce au reggae, Bob Marley et une esthétique singulière (dreadlocks, couleurs rouge-or-vert, etc.). À Antigua-et-Barbuda, le mouvement est solidement implanté depuis le début des années 1970.
Origines et vision du monde
Le Rastafari s’appuie sur une lecture particulière de la Bible, fortement afrocentrée. Dieu y est désigné sous le nom de Jah, présent dans chaque individu. Haïlé Sélassié Ier, empereur d’Éthiopie de 1930 à 1974, est considéré selon les courants soit comme l’incarnation de Jah, soit comme une figure messianique, soit comme un prophète.
Le mouvement oppose symboliquement « Babylon », qui représente le système occidental esclavagiste et oppresseur, à « Zion », l’Afrique vue comme terre promise et horizon de libération. La vision d’un jugement à venir, où Babylon s’effondrera et où la diaspora africaine sera restaurée, irrigue la spiritualité rasta.
Historiquement, le mouvement rastafari est structuré en plusieurs courants appelés « Mansions of Rastafari ». Les principales sont : Nyahbinghi (centrée sur la musique et les rassemblements), Bobo Ashanti (communauté stricte et ascétique) et Twelve Tribes of Israel (organisation plus structurée et christocentrique). Chacune possède ses accents théologiques, ses règles de vie et ses rituels spécifiques, illustrant la diversité au sein de la philosophie rasta.
Rastafari à Antigua-et-Barbuda : groupes, histoire et lieux clés
À Antigua, le Rastafari apparaît au tournant des années 1970, importé de Jamaïque par de petits groupes de fumeurs de cannabis. Au départ, beaucoup connaissaient mal la figure d’Haïlé Sélassié, mais se reconnaissaient dans une critique radicale du système et une quête de spiritualité africaine.
Assez vite, le mouvement se structure en plusieurs groupes :
– des « Bible Dreads », attachés à une lecture très dévotionnelle des Écritures ;
– des « Book Head Dreads », plus intellectuels, souvent passés par l’université ;
– un groupe « One Love », dirigé par Brother Butch, composé de fermiers, artisans, artistes, plus souples sur les règles alimentaires ;
– la « Jungle Man Tribe », le courant le plus extrême et craint des années 1970, souvent victime de brutalités policières et de stigmatisation ;
– et surtout « Wadadli Man », groupe très reconnu dont les talents musicaux ont contribué à la visibilité et à l’acceptation des Rastafari dans la société antiguan.
Sur l’ancienne plantation Willis Freeman, la communauté rasta cultive fruits et légumes sur 25 acres, utilise l’énergie solaire et préserve des ruines historiques (maison d’esclaves, moulin à sucre). Un tabernacle Nyahbinghi accueille des rassemblements rituels. Les visites guidées permettent de découvrir la culture rasta, les plantations de cannabis médicinal sacré, les tambours nyahbinghi et le feu perpétuel symbolisant la présence de Jah.
Pour un expatrié curieux, participer à une visite encadrée à Ras Freeman offre une clé d’entrée exceptionnelle dans cette spiritualité, à condition d’y aller avec une réelle volonté de comprendre, et non comme un simple spectacle exotique.
Pratiques : livity, ganja et rythme communautaire
La « livity » rasta désigne l’ensemble des pratiques de vie en cohérence avec la foi : alimentation naturelle (Ital), rejet de la viande de porc et souvent de la viande tout court, abstention d’alcool et de drogues dures, port des dreadlocks, vie communautaire, agriculture, musique comme véhicule spirituel, et usage sacramentel du cannabis (ganja).
Les groundations (ou groundings) sont des rassemblements rastas qui mêlent des discussions collectives sur la Bible, la politique et l’histoire africaine à des rituels incluant percussions, chants et psalmodies. Durant ces cérémonies, la fumée de ganja est utilisée non comme une drogue récréative, mais comme une plante sacrée permettant d’élargir la conscience et de mieux comprendre les mystères de Jah.
Sur le plan social, de nombreuses tensions ont existé entre Rastafari et autorités (police, Églises établies, État) autour de la ganja. Des évolutions légales dans plusieurs pays de la région ont commencé à reconnaître l’usage religieux du cannabis, mais les réglementations varient, et à Antigua-et-Barbuda, la culture et la consommation restent encadrées par la loi, même dans un contexte de développement de l’industrie du cannabis médicinal.
Pour un expatrié, il est essentiel de comprendre que :
– les Rastafari se définissent souvent comme une « way of life » plutôt que comme une « religion » ;
– ils entretiennent un rapport ambivalent au christianisme, empruntant à la Bible mais rejetant fortement les Églises perçues comme complices de Babylon ;
– leur contribution culturelle (musique, agriculture, artisanat) est devenue un élément central de l’identité antiguan moderne.
Obeah : une tradition spirituelle discrète, souvent mal comprise
L’Obeah est l’un des sujets les plus délicats à aborder pour un expatrié, parce qu’il touche à des dimensions à la fois religieuses, culturelles, politiques et historiques, et parce qu’il reste entouré de peurs et de stigmatisation dans une bonne partie de la Caraïbe, Antigua-et-Barbuda compris.
Ce que recouvre (vraiment) le terme Obeah
Le mot « Obeah » désigne un ensemble hétérogène de pratiques spirituelles d’origine africaine, apparues dans les anciennes colonies britanniques des Caraïbes. Il s’agit moins d’une religion structurée avec un panthéon, une liturgie et des dogmes, que d’un ensemble de techniques et de savoirs visant à mobiliser des forces invisibles pour protéger, guérir, deviner, parfois nuire.
Les origines linguistiques du mot renvoient à plusieurs langues ouest-africaines (akan, twi, efik, igbo, edo, yoruba), toujours avec l’idée d’un pouvoir surnaturel, d’un « docteur » rituel ou d’une force ambivalente. Historiquement, les colons européens ont utilisé le terme de manière fourre-tout pour désigner tout ce qui relevait, chez les esclaves africains, de croyances, charmes, amulettes et rituels jugés suspects.
L’Obeah partage des racines avec des traditions afro-caribéennes comme le Vodou ou la Santería, mais s’en distingue par l’absence d’un culte organisé de divinités, l’absence de cérémonies publiques codifiées et la nature très individuelle de ses pratiques.
Guérir, protéger, influencer : ce que font les praticiens
Au cœur de l’Obeah, on trouve des « spécialistes rituels », parfois appelés obeahmen ou obeahwomen, mais qui se présentent eux-mêmes plus volontiers comme « bush doctor », « scientist », « spiritual worker », « docteur » ou « professeur ». Ces praticiens proposent des services à des clients qui viennent les voir pour des problèmes variés : maladies mystérieuses, difficultés amoureuses, litiges professionnels, procès, soucis financiers, conflits familiaux.
Les moyens utilisés peuvent prendre plusieurs formes :
– remèdes à base de plantes, « bush baths », massages, décoctions, qui prolongent un savoir médicinal hérité à la fois d’Afrique et des populations autochtones caribéennes ;
– objets chargés (bouteilles, sachets, amulettes, « fetishes ») composés de terre de cimetière, de plumes, de morceaux d’os, d’éléments animaux, parfois d’éléments chrétiens (eau bénite, cire de cierges pascals, fragments d’hostie) ;
– prières, incantations, parfois références explicites à des psaumes ou à des passages bibliques ;
– rituels de divination, comme la clé dans la Bible suspendue à un fil, proche des anciennes pratiques européennes.
La consultation peut avoir des objectifs opposés : soit nuire (provoquer une maladie, semer la discorde), soit se protéger ou améliorer sa situation (défaire un envoûtement, neutraliser un charme, renforcer sa chance). La même personne peut être consultée pour ces deux types de demandes.
À Antigua dans les années 1980, des enquêtes de terrain rapportent des cas où l’Obeah aurait été sollicité pour aider à la fertilité, protéger un foyer, soulager une maladie incomprise ou influencer une décision de justice. Des avocats eux-mêmes auraient parfois encouragé leurs clients à faire « travailler » leur dossier sur le plan spirituel, à côté des procédures légales.
Dans toute la Caraïbe anglophone, les autorités coloniales ont très tôt perçu l’Obeah comme une menace, notamment parce que des prêtres rituels auraient joué des rôles clés dans des complots d’esclaves ou des révoltes (comme la conspiration d’Antigua de 1736, où un « Obiaman » nommé Quawcoo aurait administré des serments et choisi, par divination, le moment de l’insurrection).
Des lois sévères ont été adoptées à partir du XVIIIe siècle pour interdire l’Obeah, assimilé à de la sorcellerie, à un pacte avec le diable ou à une escroquerie envers les « crédules ». Ces lois prévoyaient des peines allant jusqu’à l’emprisonnement avec travaux forcés, voire la déportation. Dans plusieurs pays, elles sont restées en vigueur bien après l’indépendance.
Dans le cas d’Antigua-et-Barbuda, comme dans d’autres îles proches, l’Obeah est longtemps resté criminalisé. Même lorsque la loi est peu appliquée, la stigmatisation sociale est forte. Dans certains pays, menacer un enfant en disant « je vais appeler l’obeah man si tu ne te tiens pas tranquille » fait partie des souvenirs d’enfance.
Antigua-et-Barbuda et autres îles proches
Autre élément important pour un expatrié : le mot « Obeah » n’est pas neutre. De nombreux praticiens refusent cette étiquette, trop chargée de connotations négatives. Ils préfèrent parler de « science », de « travail spirituel », de « nettoyage » (clearing), voire de simple « prière ». Le même geste rituel sera qualifié de « prière de protection » par certains, et d’« Obeah » par d’autres.
À Antigua-et-Barbuda, la majorité chrétienne, en particulier évangélique et rastafari, associe souvent l’Obeah à des forces « démoniaques » ou à « Babylon ». Les autorités religieuses et politiques, marquées par des siècles de discours anti-Obeah, tendent à en parler comme d’une superstition nuisible ou d’une arnaque. Malgré tout, dans la pratique, une partie de la population continue d’y recourir, surtout dans les moments de crise personnelle.
Pour un expatrié, deux règles de prudence s’imposent :
– éviter de traiter ce sujet à la légère ou sur le ton de la plaisanterie cynique, car beaucoup le prennent très au sérieux ;
– s’abstenir de juger publiquement des pratiques que l’on ne comprend pas, surtout si l’on est perçu comme représentant de « l’extérieur » ou de l’ancienne puissance coloniale.
Liberté religieuse, lois et limites
Sur le plan juridique, Antigua-et-Barbuda est un État laïque dont la constitution, adoptée lors de l’indépendance, garantit la liberté de religion et de conscience. Les rapports internationaux récents attribuent au pays la note maximale en matière de liberté religieuse, en soulignant l’absence d’incidents graves de discrimination à base de religion.
Quelques points néanmoins méritent d’être connus des expatriés :
Le droit sépare strictement les fonctions religieuses et politiques, et les infractions liées aux drogues sont sévèrement réprimées, même pour des motifs religieux. Des tensions avec certains groupes, comme le mouvement Rastafari, existent mais font l’objet de dialogue. Par ailleurs, les lois environnementales protègent les récifs coralliens et s’appliquent sans exception, y compris lors de pratiques rituelles.
Pour un expatrié pratiquant une religion minoritaire, l’environnement général est plutôt favorable : quelques petites mosquées ou salles de prière se développent, la communauté hindoue progresse, des baha’is et des juifs coexistent sans problème rapporté. L’essentiel est de respecter la sensibilité majoritaire sur les questions de tenue, de moralité publique et de langage.
Conseils pratiques pour expatriés : vivre la religion localement, sans faux pas
En s’installant à Antigua-et-Barbuda, l’expatrié se retrouve dans un environnement où la religion est partout présente, mais rarement imposée de manière hostile. Quelques principes simples permettent de naviguer sereinement.
S’informer en amont est toujours une bonne idée. Avant d’assister à un service, visiter une cathédrale ou participer à une cérémonie, on peut consulter le site de la paroisse, contacter un membre de la communauté, ou simplement poser la question : « Y a-t-il des règles particulières pour les visiteurs ? ».
Dans la tenue, viser la modestie plutôt que la provocation. Sur la plage, le maillot est normal ; en ville, on se couvre. Dans une église, on s’habille mieux que pour un barbecue du samedi.
Dans un lieu de culte, adoptez la règle : observer d’abord, imiter ensuite. Placez-vous plutôt vers l’arrière lors d’un office, attendez que les autres se lèvent ou s’agenouillent avant de faire de même, et restez silencieux pendant les moments de prière.
Dans les conversations, se rappeler que pour beaucoup d’Antiguais, la foi n’est pas un détail, mais au cœur de leur identité. Poser des questions est bienvenu, à condition de les formuler avec respect : « Comment cette fête est-elle célébrée ici ? », « Que signifie ce rituel pour vous ? ». Éviter les généralisations rapides du type « la religion est la cause de tous les problèmes », qui heurteront inévitablement des interlocuteurs pour qui c’est l’inverse.
Dans la région, une même personne peut pratiquer simultanément ou successivement plusieurs croyances (christianisme, médecine par les plantes, Obeah, Rastafari, islam). Ce syncrétisme n’est pas une incohérence, mais le résultat d’une histoire complexe marquée par l’esclavage, la colonisation, les résistances et les mouvements de populations.
Pour un expatrié, accepter cette complexité, sans chercher à la réduire à des catégories simples, est la meilleure manière de s’ancrer durablement dans la société d’Antigua-et-Barbuda – et d’y trouver, peut-être, une hospitalité spirituelle aussi chaleureuse que son climat.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaite changer de résidence fiscale vers Antigua-et-Barbuda pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités de résidence caribéenne, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, Grèce, Maurice, Caraïbes anglophones), la stratégie retenue consiste à cibler Antigua-et-Barbuda pour sa fiscalité très favorable sur les revenus étrangers, l’absence d’impôt sur la fortune et de droits de succession locaux, ainsi que l’accès à un programme de résidence / citoyenneté par investissement. La mission inclut : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, conventions fiscales applicables), obtention de la résidence via investissement immobilier ou fonds souverain, transfert de résidence bancaire vers une juridiction stable, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre des intérêts économiques), et mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, banque, gestion locative). Ce dispositif permet de générer des économies fiscales majeures tout en maîtrisant les risques de double imposition et de contrôles français.
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