S’installer en Equateur, ce n’est pas seulement changer de climat ou de fuseau horaire. C’est aussi entrer dans un pays où la religion structure encore largement le calendrier, les relations sociales, les fêtes, les symboles dans la rue… et parfois les débats politiques. Pour un expatrié, bien comprendre ce paysage religieux permet d’éviter des maladresses, de mieux s’intégrer et, souvent, de se faire des amis plus vite.
Ce guide présente un panorama des principales religions en Équateur, leurs pratiques quotidiennes et leur interaction avec les traditions indigènes. Il vise à fournir des repères pratiques et respectueux pour vivre sa foi, ou son absence de foi, sans heurter les sensibilités locales.
Un pays très croyant, mais plus pluriel qu’il n’y paraît
L’Equateur est souvent présenté comme un pays « catholique ». C’est vrai, mais la réalité est plus nuancée, et surtout en rapide évolution.
Les différentes enquêtes statistiques convergent sur un point : une très large majorité de la population se réclame d’une religion, même si la pratique varie beaucoup.
Voici un aperçu simplifié des principaux chiffres disponibles.
Poids des grands groupes religieux
| Source / année | Catholiques | Protestants/Évangéliques* | Témoins de Jéhovah | Autres religions | Sans religion (dont athées) |
|---|---|---|---|---|---|
| INEC (recensement 2012) | 80,4 % | 11,3 % | 1,29 % | 6,96 % (incl. sans) | – |
| Latinobarómetro 2018 | 74,8 % | 15,2 % | 1,2 % | 1,4 % | 6,9 % (0,8 % athées) |
| Enquête 2023 (sondage national) | 69 % | 18 % | – | – | > 8 % (0,6 % athées) |
| Statista 2020 (protestants seuls) | – | 16,8 % | – | – | – |
– La catégorie protestants/évangéliques regroupe évangéliques, pentecôtistes, adventistes, baptistes, méthodistes, etc. « Autres » inclut notamment bouddhistes, juifs, musulmans, mormons, baha’is, hindous, religions indigènes.
Même si les chiffres varient selon les sources, plusieurs tendances sont claires :
Panorama des principales tendances et évolutions des affiliations religieuses dans le pays.
Bien que restant la religion principale, le catholicisme connaît un lent recul en Équateur.
Les Églises évangéliques et pentecôtistes progressent rapidement, notamment dans les régions indigènes et les périphéries urbaines.
Les communautés juive, musulmane, bouddhiste, mormone, baha’ie, etc., bien que modestes en nombre, sont très dynamiques, surtout à Quito, Guayaquil et Cuenca.
La part de la population se déclarant sans religion augmente, suivant une tendance observée à l’échelle de l’Amérique latine.
Pour un expatrié, cela signifie que la plupart des personnes rencontrées se diront croyantes, mais pas forcément pratiquantes ni catholiques « classiques ». Et qu’il est risqué de supposer qu’« être Equatorien » équivaut automatiquement à « être catholique pratiquant ».
Un État laïque, une société profondément religieuse
Historiquement, la religion catholique a été intimement liée au pouvoir politique. Au XIXᵉ siècle, la Constitution de 1869 faisait du catholicisme la religion officielle du pays, et l’accès à la citoyenneté était réservé aux catholiques. Il faudra attendre la fin du XIXᵉ siècle et l’arrivée au pouvoir du président libéral Eloy Alfaro, puis les constitutions du XXᵉ siècle, pour voir s’affirmer progressivement :
– la liberté de culte,
– la séparation de l’Église et de l’État,
– l’ouverture à toutes les confessions.
La Constitution équatorienne garantit explicitement la liberté religieuse et interdit toute discrimination fondée sur la religion. L’Équateur est un État laïc, où les organismes religieux doivent simplement s’enregistrer auprès du gouvernement, à l’instar des ONG.
Dans la pratique, cependant, la religion reste omniprésente dans l’espace public :
– Les grandes cathédrales dominent les places centrales.
– Des images de saints, crucifix et slogans religieux décorent maisons, commerces et même bus.
– Des nombreuses fêtes nationales sont issues du calendrier catholique ou associées à un saint patron.
– Des responsables politiques rencontrent régulièrement des leaders catholiques et évangéliques pour discuter de sujets de société.
Pour un expatrié, l’enjeu est de distinguer ce cadre juridique laïque (qui protège la liberté de chacun) d’une culture sociale encore fortement marquée par le christianisme.
Le catholicisme : colonne vertébrale culturelle, foi en mutation
Le catholicisme est le socle historique de la vie religieuse en Equateur. Mais ce « catholicisme » est loin d’être uniforme. Il faut distinguer au moins trois réalités :
– le catholicisme institutionnel (diocèses, paroisses, écoles),
– la pratique urbaine plus « classique »,
– un catholicisme populaire fortement métissé avec les croyances indigènes.
Une Église puissante, mais contestée
Pendant la période coloniale, l’Église catholique était un acteur central : seule institution structurée en matière d’éducation, de soin aux pauvres, gestionnaire de vastes terres et très proche du pouvoir. Au début du XXᵉ siècle, les gouvernements libéraux ont réduit ce pouvoir : confiscation de terres, école publique laïque, fin des dîmes obligatoires.
L’institution reste pourtant très présente :
– Un maillage territorial dense de paroisses et d’anciennes missions.
– Des universités catholiques, comme la Pontificia Universidad Católica del Ecuador (fondée en 1946).
– Des ONG comme Caritas Ecuador, très actives dans le social.
À partir des années 1960, une partie de l’épiscopat s’est engagée dans des luttes sociales : campagnes d’alphabétisation, réformes agraires, coopératives paysannes. Cette orientation a parfois conduit à des tensions avec le pouvoir, comme l’arrestation du célèbre évêque de Riobamba, Leonidas Proaño, en 1976.
Aujourd’hui, l’Église catholique équatorienne est traversée par des courants variés, du conservatisme à l’option pour les pauvres. Et comme ailleurs, elle fait face à de la lassitude, voire une certaine désaffection, une partie de la population se déclarant « catholique par tradition » plus que par conviction.
Église catholique équatorienne
Un catholicisme populaire, très local
Dans les Andes surtout, le catholicisme vécu par les communautés indigènes prend la forme d’une religion de village, rythmée par les fêtes (fiestas) et les charges rituelles (cargos). Ces cargos sont des responsabilités assumées à tour de rôle par des familles, qui financent et organisent une célébration religieuse : messe, procession, musique, danse, repas communautaire, feux d’artifice.
Ce système :
– renforce les liens de solidarité,
– donne un statut social important aux familles qui assument un cargo,
– mélange très souvent symboles chrétiens et références indigènes (soleil, montagne, Pachamama…).
Pour un expatrié invité à une fête patronale ou à une procession, l’enjeu est d’accepter ce mélange sans chercher à tout « classer » dans des cases dogmatiques. Ce qui compte, pour les habitants, n’est pas toujours la théologie, mais la fidélité à une tradition communautaire.
Les grandes célébrations catholiques
Le calendrier religieux catholique structure la vie du pays. Plusieurs temps forts sont particulièrement visibles pour un nouvel arrivant.
Semaine sainte et Pâques
La Semaine sainte (Semana Santa), en mars ou avril, est l’un des principaux temps religieux :
À Quito, la Semaine Sainte est marquée par des rituels spécifiques : le Dimanche des Rameaux, une bénédiction solennelle des palmes a lieu sur la Plaza de San Francisco. Le Jeudi saint, les églises ouvrent leurs portes et sont illuminées à la bougie, tandis que des visites aux cimetières et des offrandes de pain aux défunts ont lieu. Le Vendredi saint, la grande procession de Jesús del Gran Poder rassemble des milliers de pénitents, dont les Cucuruchos (cagoulés de violet) et les Verónicas (femmes voilées). Les célébrations s’achèvent par des messes festives le Dimanche de Pâques.
Toute la semaine, on consomme une soupe traditionnelle très riche, la fanesca, à base de morue et de nombreux grains et légumes. Refuser de la goûter n’est pas un crime, mais la curiosité est perçue positivement.
Noël et fin d’année
Noël est marqué par des messes, des crèches et surtout des processions d’enfants, comme le fameux Paseo del Niño à Cuenca, où de longues files de familles défilent avec des statues de l’Enfant Jésus, accompagnées de costumes et de danses. Le 24 au soir se tient la misa de gallo, la « messe du coq ».
Le 31 décembre, des rituels syncrétiques mêlant catholicisme, folklore et superstitions sont pratiqués. On brûle le mannequin de l’« Año Viejo » (parfois une caricature politique), des hommes déguisés en « Viudas Alegres » mendient humoristiquement, et à minuit, on mange douze raisins pour porter bonheur. Le choix de la couleur des sous-vêtements est aussi considéré comme un porte-bonheur pour l’année à venir.
Fêtes de la Vierge et des saints
Chaque ville a son saint patron et sa Vierge protectrice. Parmi les plus importantes :
– la Virgen del Quinche, dans la région de Quito : pèlerinages massifs à pied vers le sanctuaire ;
– la Virgen del Cisne, autour de Loja, avec une grande procession de la statue entre sanctuaire et cathédrale ;
– la Virgen de la Merced/Mama Negra à Latacunga, où la Vierge est réinterprétée en figure noire, mélangeant influences afro et indigènes.
À ces fêtes, la dimension religieuse cohabite avec concerts, parades, alcool, feux d’artifice. Pour un expatrié, mieux vaut éviter de réduire ces événements à de simples « fiestas folkloriques » : ils sont aussi des moments de forte dévotion, même si la musique et le trago (aguardiente de canne à sucre) coulent à flot.
Le protestantisme évangélique : croissance rapide, style différent
On parle souvent des protestants en Equateur comme des « evangélicos ». Il s’agit en réalité d’un ensemble très divers de dénominations :
– Églises évangéliques classiques,
– mouvements pentecôtistes et néo-pentecôtistes,
– adventistes,
– baptistes,
– méthodistes, etc.
Selon les données récentes, entre 15 et près de 17 % de la population se définit comme protestante/évangélique, avec des concentrations fortes dans certains territoires, notamment la province andine de Chimborazo, où des estimations évoquent jusqu’à 40 % d’évangéliques dans les années 1980, et environ 80 % de fidèles évangéliques dans certaines communautés indigènes aujourd’hui.
Pourquoi ces Églises attirent‑elles ?
Plusieurs facteurs expliquent ce dynamisme :
Plusieurs éléments expliquent l’essor des Églises évangéliques. Elles offrent une présence pastorale plus régulière et personnalisée, contrairement au prêtre catholique souvent chargé d’un vaste territoire. Elles mettent l’accent sur l’étude biblique, les groupes de maison et l’implication active des laïcs. Leur discours, axé sur la transformation personnelle (abandon de l’alcool, fidélité conjugale, responsabilité financière), trouve un écho particulier dans des contextes de vulnérabilité sociale. Enfin, elles développent de forts réseaux de solidarité qui facilitent l’intégration, notamment en aidant les fidèles migrants à trouver un hébergement, un travail et un appui au sein de la communauté.
Pour un expatrié habitué à des paroisses catholiques ou des Églises protestantes historiques très structurées, la diversité, parfois la spontanéité charismatique de ces communautés peuvent surprendre : musique amplifiée, longues réunions de prière, forte valorisation du témoignage personnel et des expériences spirituelles.
Un impact fort dans les communautés indigènes
L’essor évangélique dans les communautés kichwa andines constitue un phénomène majeur. Des missions comme la Gospel Missionary Union ou la Christian and Missionary Alliance, arrivées au début du XXᵉ siècle, ont vraiment commencé à convertir en nombre à partir de la fin des années 1960.
Deux éléments ont beaucoup compté :
– l’utilisation des langues indigènes (culte en kichwa, pasteurs kichwa),
– la reconnaissance de leaders indigènes comme responsables d’Église.
Dans certaines communautés, les Églises évangéliques se sont cependant opposées à des fêtes d’origine préhispanique comme Inti Raymi (fête du soleil), jugées idolâtres. Cela a parfois rompu la participation à des rituels communautaires anciens. En échange, ces Églises proposent d’autres formes de célébration identitaire : chants en kichwa, tournois de football, activités de jeunesse.
Pour un expatrié vivant dans la Sierra, il est important de comprendre que changer de religion peut, pour un villageois, signifier rompre avec tout un système d’entraide et de co‑organisation des fêtes. La question religieuse est donc souvent aussi sociale et politique.
Une présence publique structurée
Les Églises évangéliques se sont dotées de structures nationales, comme la Confraternité évangélique (Confraternidad Evangélica del Ecuador), créée en 1964, qui représente quelque deux millions de fidèles et défend leurs intérêts face à l’État. Cette organisation participe à l’élaboration de lois sur la liberté religieuse, publie une revue (« Presencia Evangélica en el Ecuador ») et intervient en matière d’éducation, de santé, de développement communautaire.
Dans le paysage urbain, surtout à Guayaquil, de grandes megachurches évangéliques attirent chaque semaine des milliers de personnes, avec un style de culte très marqué : musique contemporaine, écrans géants, prédication dynamique.
Pour un expatrié chrétien, ces Églises peuvent être un lieu d’accueil chaleureux, mais il est utile de vérifier leur style doctrinal, leur rapport à la politique et à l’argent, car la palette va de communautés très modestes à des organisations très hiérarchisées et charismatiques.
Minorités religieuses : petites en nombre, importantes en ville
Au‑delà du christianisme, plusieurs minorités religieuses existent, surtout visibles dans les grandes villes.
Judaïsme : une petite communauté organisée
La communauté juive en Equateur est très réduite (environ 450 personnes), mais bien structurée :
– À Quito, la Communauté Judía du Ecuador gère un centre communautaire avec synagogue, cimetière, country club et soutient le Colegio Einstein, école privée où sont enseignés histoire juive, religion et hébreu.
– À Guayaquil, la Comunidad de Culto Israelita anime la vie juive, indépendante de Quito.
– De très petites communautés existent à Cuenca, et un centre Chabad a été ouvert à Quito.
Pour un expatrié juif, il est possible de trouver des ressources pour garder la cacherout, y compris de manière surprenante jusque dans l’Amazonie via des réseaux organisés. La communauté reste toutefois vieillissante, une partie des jeunes ayant émigré vers les États‑Unis ou Israël.
Islam : une présence confidentielle mais visible
On estime à quelques dizaines ou une petite centaine le nombre de musulmans pratiquants dans le pays :
Le centre islamique Al Hijra à Guayaquil compte environ 80 membres.
Pour un expatrié musulman, il existe donc des lieux de prière et des points de repère, mais la vie communautaire reste de taille modeste. Comme souvent, les mosquées servent aussi de centres culturels et de lieux d’entraide.
Bouddhisme : héritage asiatique et temple majeur à Guayaquil
Le bouddhisme est arrivé avec des migrants chinois et japonais. On compte environ 5 000 pratiquants dans le pays. Le monument le plus spectaculaire est le Templo Mision Budista à Guayaquil, l’un des plus grands temples bouddhistes d’Amérique du Sud, construit par des missionnaires taïwanais et ouvert au public depuis 2008.
Pour un expatrié intéressé par le bouddhisme, ce temple est un repère de premier plan, même si la majorité des bouddhistes vivent, là encore, dans les grands centres urbains.
Mormons, baha’is et autres groupes
La diversité religieuse comprend encore :
L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours compte plus de 260 000 membres en Équateur selon ses propres chiffres.
Pour un expatrié appartenant à ces traditions, il faudra souvent se tourner vers Quito, Guayaquil ou Cuenca pour trouver une communauté organisée, mais l’enregistrement légal des cultes et un score maximal en matière de liberté religieuse indiquent un environnement plutôt favorable.
Syncrétisme andin : Pachamama et Vierge Marie, une même dévotion ?
L’un des aspects les plus déroutants pour un nouvel arrivant est la façon dont les traditions indigènes et le catholicisme se sont imbriqués depuis la colonisation. Ce processus, appelé syncrétisme, a été une manière pour les peuples andins de préserver leurs croyances sous un vernis chrétien imposé.
Cosmovision andine : terre vivante et montagnes sacrées
Dans les Andes équatoriennes, la spiritualité indigène repose sur plusieurs notions clés :
– Pachamama, la Terre‑Mère, entité vivante, nourricière, à laquelle on doit respect et offrandes.
– Les Apus, esprits des montagnes, figures protectrices (on trouve, par exemple, Apu Imbabura, Apu Cotacachi associés à des volcans équatoriens).
– Un univers structuré en plusieurs niveaux (monde d’en haut, monde d’ici, monde d’en bas) reliés entre eux.
– Le principe d’ayni, réciprocité : ce qui est reçu de la nature et de la communauté doit être rendu.
Ces concepts ne disparaissent pas avec l’arrivée des missionnaires espagnols ; ils se coulent dans les nouvelles formes chrétiennes.
Quand la Vierge est aussi Pachamama
Dans de nombreuses représentations andines, la Vierge Marie est dessinée avec une robe en forme de montagne, couverte d’animaux andins (lamas, oiseaux) : elle devient ainsi une figure qui renvoie autant à la Pachamama qu’à la mère de Jésus. Des fêtes comme la Vierge de la Candelaria ou d’autres figures mariales sont interprétées comme des façons de continuer à honorer la Terre et les forces de la nature.
Des églises coloniales ont été construites sur d’anciens sites sacrés préhispaniques (huacas) ou conçues avec des alignements astronomiques spécifiques. Par exemple, certaines sont orientées de manière à ce que le soleil illumine une statue de la Vierge lors d’un solstice, perpétuant ainsi symboliquement les anciens cultes solaires. Ce phénomène est particulièrement visible sur le site d’Ingapirca, où les vestiges de temples incas et cañaris se superposent aux constructions chrétiennes.
Dans la pratique quotidienne, il n’est pas rare qu’une famille :
– fasse bénir sa maison par un prêtre,
– tout en enterrant dans les fondations un fœtus de lama ou en faisant une petite offrande à la Terre.
Pour un expatrié, il est important de ne pas qualifier de ‘superstition’ les croyances locales. Celles-ci reposent sur une vision du monde cohérente où le sacré imprègne simultanément le sol, les ancêtres, les saints et les sacrements chrétiens.
Chamanisme, guérisseurs et rituels
Dans les zones rurales, les yachaks (guérisseurs, chamans) restent très consultés, parfois plus que les médecins. Ils pratiquent :
– des nettoyages énergétiques avec plantes, encens, œufs,
– des lectures de feuilles de coca,
– des cérémonies avec plantes sacrées comme l’ayahuasca ou le cactus San Pedro, dans un cadre rituel.
Certaines de ces pratiques se combinent avec des prières catholiques ; d’autres sont vues avec méfiance, voire hostilité, par des Églises évangéliques qui y voient des pratiques occultes.
Pour un expatrié tenté par ces expériences, deux précautions s’imposent :
– respecter la profondeur culturelle de ces rituels, éviter une approche « tourisme spirituel » superficielle,
– se renseigner sur l’éthique, l’expérience et les conditions de sécurité du praticien.
Fêtes religieuses et vie quotidienne : ce que l’expatrié doit savoir
Les fêtes religieuses ne restent pas cantonnées aux églises : elles modifient le fonctionnement du pays, les horaires, les transports, les prix des hébergements, la vie de quartier. Mieux vaut les connaître pour éviter surprises, frustrations… et profiter de ce que la culture a de plus vivant à offrir.
Quand le pays s’arrête (ou presque)
Plusieurs jours fériés ont une origine explicitement religieuse : Nouvel An, Carnaval, Vendredi saint, Toussaint/ Jour des défunts, Noël… Mais aussi de nombreux festivals locaux dédiés à un saint ou à une Vierge.
Concrètement :
Pendant les périodes de fête, de nombreuses banques, administrations, commerces et services sont fermés. Les transports en commun sont moins fréquents ou bondés, et les tarifs des hôtels ont tendance à augmenter. Les grandes célébrations sont souvent marquées par une forte consommation d’alcool.
Les autorités déplacent parfois les jours fériés pour créer des longs week‑ends, ce qui renforce encore l’effet « pays à l’arrêt ». Pour un expatrié, planifier voyages, démarches et budgets en tenant compte du calendrier des fêtes est indispensable.
Exemples de grandes fêtes mêlant religion et culture
Quelques moments clés qui permettent de toucher du doigt ce mélange de croyances et de convivialité :
Le Carnaval, quatre jours avant le Carême, est marqué par des pratiques d’arrosage à l’eau, à la farine et aux œufs dans tout le pays, avec une version alternative à Ambato appelée ‘Fête des fleurs et des fruits’ incluant parades et concerts. L’Inti Raymi, autour du solstice de juin, est une grande fête du soleil d’origine inca, très visible à Otavalo avec processions et danses. Le Corpus Christi, surtout célébré à Cuenca, propose une semaine de processions et une explosion de stands de confiseries artisanales. Enfin, le Jour des défunts (2 novembre) donne lieu à des visites massives dans les cimetières, avec des dépôts de nourriture sur les tombes et la consommation de colada morada et de guaguas de pan.
Pour un expatrié, ces fêtes sont de véritables clés d’entrée dans la culture. Observer d’abord, poser des questions ensuite, goûter les plats typiques, aide énormément à briser la glace avec les voisins ou collègues.
Codes de respect dans les lieux et pratiques religieuses
Beaucoup de malentendus viennent d’attitudes qui, pour un visiteur, paraissent anodines, mais sont déplacées dans le cadre religieux local. Quelques repères simples permettent d’éviter la plupart des faux pas.
Dans les églises et sanctuaires
La règle de base est la modestie vestimentaire et la discrétion :
– épaules et haut des bras couverts,
– jambes couvertes au moins jusqu’au genou,
– pas de casquette ou chapeau à l’intérieur,
– voix basse, pas de téléphone qui sonne ni de selfies pendant les offices.
Avant de photographier l’intérieur d’une église ou un fidèle en prière, il est fortement conseillé de demander l’autorisation. Dans certains sanctuaires ou pendant les messes, la photo est explicitement interdite.
En Équateur, il est courant de voir des fidèles effectuer des gestes de dévotion comme un signe de croix ou un baiser à une image sainte. Bien qu’il ne soit pas nécessaire d’imiter ces pratiques si l’on n’est pas croyant, il est crucial de ne pas les tourner en dérision, même sur le ton de la plaisanterie, particulièrement en présence d’enfants.
Dans les communautés indigènes
Dans les villages kichwa ou shuar, d’autres codes viennent s’ajouter :
– demander l’autorisation avant de photographier une personne, un rituel ou un site sacré,
– éviter de marcher ou de s’asseoir sur des roches, arbres ou lieux identifiés comme huacas (sacrés),
– suivre les instructions des guides locaux, notamment lors de visites de sites archéologiques ou de cérémonies.
Dans certaines communautés, la couleur rouge peut avoir une signification sacrée. Il est prudent de se renseigner localement avant de porter des vêtements très voyants lors de cérémonies traditionnelles.
Respecter la diversité interne
Un piège fréquent consiste à prendre une pratique pour la norme universelle d’une religion : supposer que tous les catholiques sont « comme ceci », tous les évangéliques « comme cela ». Les recherches sur la littératie religieuse insistent au contraire sur trois principes clés :
– toute religion est intérieurement diverse,
– toute tradition évolue avec le temps,
– les pratiques sont fortement ancrées dans un contexte culturel donné.
En Equateur, cela signifie que :
– le catholicisme urbain de Quito n’est pas identique au catholicisme folk des Andes,
– les Églises évangéliques de Guayaquil n’ont pas forcément le même style que les petites communautés pentecôtistes indigènes,
– des personnes se disant « sans religion » peuvent participer à des rituels familiaux par attachement culturel.
Pour un expatrié, entrer dans une conversation sur la religion suppose donc d’écouter d’abord, de poser des questions ouvertes (« Comment ça se passe chez vous ? ») plutôt que d’énoncer des généralités.
Pour beaucoup d’expatriés, les communautés religieuses locales deviennent des espaces privilégiés d’intégration : réseaux d’amis, soutien face au choc culturel, entraide concrète. Des études internationales montrent que les expatriés impliqués dans une communauté de foi ont tendance à se sentir moins seuls, à s’adapter plus vite et à disposer de plus de soutien social perçu.
En Equateur, cette dimension est amplifiée par la forte sociabilité religieuse.
Comment les Églises peuvent aider un expatrié
Que l’on soit croyant ou non, rejoindre ou fréquenter un groupe religieux peut apporter :
Rejoindre une communauté religieuse locale offre plusieurs avantages clés pour l’intégration : un accès à un réseau d’entraide pour des conseils pratiques sur la santé, le logement ou la scolarité ; une immersion linguistique accélérée grâce aux offices et réunions en espagnol ou en kichwa ; et une compréhension approfondie des valeurs culturelles locales, notamment concernant la famille, l’autorité et la solidarité.
Des paroisses catholiques urbaines proposent, par exemple, des groupes de jeunes, des cours d’espagnol informels, du bénévolat caritatif. Des Églises évangéliques accueillent volontiers les étrangers, parfois avec des cultes bilingues ou des traductions en direct. Les petites communautés juives, musulmanes ou bouddhistes sont souvent ravies d’intégrer des expatriés de la même foi, tant leur taille est modeste.
Trouver sa place sans imposer ses repères
S’intégrer dans un cadre religieux local implique aussi quelques garde‑fous :
Pour favoriser un dialogue interreligieux constructif, il est recommandé d’éviter de présenter sa propre conviction (religieuse ou non) comme supérieure ou plus rationnelle que celle des autres. Il convient également de ne pas submerger ses interlocuteurs de critiques concernant l’Église ou les pratiques locales, surtout si l’on vient d’un contexte culturel et religieux différent. Enfin, il est important de ne pas participer à des rituels que l’on ne comprend pas, simplement par curiosité ou pour « l’expérience », sans en respecter la signification profonde.
L’objectif n’est pas de se convertir ou de renoncer à sa propre identité spirituelle, mais de comprendre que pour beaucoup d’Equatoriens, foi, culture et famille forment un tout difficile à séparer.
Relations interreligieuses, politique et droits
Le pluralisme religieux équatorien est relativement récent à l’échelle de l’histoire du pays. Il s’est mis en place au cours du XXᵉ siècle avec l’affirmation de la laïcité, l’arrivée de missions protestantes, la reconnaissance légale des nouveaux mouvements religieux.
Des questions demeurent cependant :
Certaines communautés, comme les Témoins de Jéhovah, contestent des décisions fiscales locales (exemptions, taxes). Des leaders évangéliques s’inquiètent du statut du volontariat religieux dans le code du travail. Enfin, des groupes chrétiens ont engagé des recours lors de débats bioéthiques, comme sur la légalisation limitée de l’avortement en cas de viol.
Pour un expatrié, ces enjeux sont à la fois proches de ce qui se voit ailleurs dans le monde et très ancrés dans la réalité équatorienne. S’y intéresser permet de mieux comprendre certains clivages politiques ou médiatiques, mais il est prudent de ne pas s’y engager frontalement sans bien maîtriser le contexte.
La bonne nouvelle est que, d’un point de vue des droits, l’Equateur obtient une note très élevée en matière de liberté religieuse. Les textes constitutionnels interdisent la propagande incitant à la haine religieuse, et toutes les confessions reconnues peuvent exercer librement leur culte.
Conseils concrets pour expatriés : vivre la religion en Equateur au quotidien
Pour conclure ce panorama, quelques repères très pratiques, tirés des réalités décrites plus haut.
1. Anticiper l’impact du calendrier religieux
Avant de planifier un déménagement, un voyage domestique ou même une grande démarche administrative, il est utile de consulter : les ressources pertinentes pour s’assurer que tout se passe bien et éviter des imprévus.
– la liste des jours fériés nationaux (Vendredi saint, Jour des Défunts, Noël, etc.),
– les grandes fêtes locales (Fiestas de Quito, Corpus Christi à Cuenca, fêtes d’indépendance des villes, pèlerinages marials).
Cela permet d’éviter les mauvaises surprises (bureaux fermés, bus complets) et, au contraire, de choisir de participer à certains événements.
2. Adopter une attitude d’observation curieuse
Face à un rituel inconnu – procession de pénitents, bénédiction d’un volcan, offrande à la Terre – la première réaction gagnante consiste à observer en silence, puis, ensuite, à poser des questions à une personne de confiance :
– Que signifie ce geste ?
– Depuis quand on fait ça ici ?
– Vous, personnellement, qu’est‑ce que cela représente ?
Ce type d’échange ouvre souvent de longues conversations où les Equatoriens partagent avec fierté l’histoire de leur paroisse, de leur communauté indigène ou de leur famille.
3. Gérer la question de sa propre foi avec tact
Selon son profil, un expatrié peut se trouver dans diverses situations :
Pour les croyants d’une religion majoritaire (catholique, protestant), il est facile de trouver une paroisse ou une Église d’accueil, à condition de respecter les différences de style. Pour les croyants d’une minorité (juif, musulman, hindou, bouddhiste, baha’i, mormon), il est nécessaire de se tourner vers les grandes villes et d’accepter que les ressources soient plus limitées qu’en Amérique du Nord ou en Europe. Pour les agnostiques ou athées, dans un pays très croyant, il est souvent plus simple de se présenter comme « sans religion » (sin religión) sans entrer dans de longs débats philosophiques, surtout lors des premières rencontres.
Les Equatoriens ne sont pas généralement agressifs avec les non‑croyants, mais certains milieux restent très conservateurs. Adapter son discours à la situation (bureau, village andin, campus universitaire, cercle d’expatriés) est donc une sage précaution.
4. Prendre au sérieux la dimension spirituelle de l’Amazonie et des Andes
Dans les zones de montagne et dans la forêt amazonienne, la nature est perçue comme vivante, habitée de présences. Que l’on adhère ou non à cette vision, il est important de comprendre qu’insulter une montagne, se moquer d’un rituel à Pachamama, ou traiter une cérémonie d’ayahuasca de « délire de drogués » peut être vécu comme une insulte profonde par les habitants.
Il est très apprécié de montrer du respect pour les pratiques locales, même si l’on explique ne pas souhaiter y participer personnellement.
5. Utiliser la religion comme tremplin de compréhension, pas comme arme
Enfin, beaucoup de malentendus entre expatriés et populations locales viennent du « danger d’une seule histoire » : réduire une culture à un stéréotype (les catholiques seraient tous X, les évangéliques tous Y, les indigènes tous Z).
La réalité équatorienne, comme le montre tout ce panorama, est faite de mélanges, de tensions, d’adaptations :
– un pays massivement chrétien mais de plus en plus pluriel,
– une Église catholique puissante mais contestée et transformée par le terrain indigène,
– des Églises évangéliques en pleine croissance, qui bouleversent des traditions séculaires,
– des minorités religieuses dynamiques malgré leur taille,
– une cosmovision andine qui traverse toutes ces couches.
Pour l’expatrié, cette complexité est moins un obstacle qu’une chance : en prenant le temps d’entrer dans les fêtes, les rites et les conversations religieuses avec humilité, on accède à l’un des cœurs battants de la société équatorienne. Et l’on découvre, au passage, que la religion ici n’est pas seulement un ensemble de dogmes, mais une manière de faire famille, de faire village, de faire nation.
Un retraité de 62 ans, disposant d’un patrimoine financier de plus d’un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Équateur, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler l’Équateur pour son régime favorable aux retraités étrangers (exonérations partielles sur certains revenus, avantages locaux), son coût de vie très bas (Quito ou Cuenca nettement moins chers que Paris) et la possibilité de vivre en dollars américains. La mission a inclus : audit fiscal pré-expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention d’un visa retraité puis de la résidence, accompagnement pour l’assurance santé locale et la coordination avec la CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, immobilier) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire).
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