Créer son entreprise au Danemark quand on est expatrié : le guide complet

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Danemark pour y lancer sa propre activité, ce n’est pas seulement changer de pays : c’est entrer dans l’un des écosystèmes les plus dynamiques d’Europe pour l’entrepreneuriat, la tech verte et l’innovation. Mais entre visa, choix de la structure, fiscalité, coût de la vie et ouverture de compte bancaire, le parcours peut vite devenir déroutant pour un non-résident.

Bon à savoir :

Ce guide offre une vue d’ensemble concrète du processus entrepreneurial pour les expatriés, détaillant les opportunités, les écueils à éviter, et s’appuie sur les dispositifs officiels et les chiffres clés disponibles.

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Pourquoi le Danemark attire les entrepreneurs étrangers

Le Danemark cumule plusieurs caractéristiques que peu de pays réunissent au même niveau : une grande facilité à faire des affaires, un environnement politique et juridique stable, une société très digitalisée, une main-d’œuvre hautement qualifiée, et un État fortement engagé dans l’innovation, notamment verte.

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Il est classé numéro un mondial pour la perception de la corruption la plus faible.

Ces éléments se traduisent concrètement pour un créateur d’entreprise expatrié : des démarches rapides via internet, un accès large à des talents anglophones, des interlocuteurs publics efficaces, et un tissu dense d’incubateurs, accélérateurs, clusters technologiques et fonds publics.

Pour visualiser les atouts globaux du pays pour les entrepreneurs, on peut résumer quelques indicateurs dans un tableau.

IndicateurPosition / Valeur approximative
Classement européen pour faire des affaires1er
Classement mondial ease of doing businessTop 5
Classement mondial corruption (CPI)1er
Taux d’imposition sur les sociétés22 %
Part des PME dans le tissu économique99 % des entreprises
Croissance de l’écosystème startup (2024–2025)+31,3 %

Ce cadre macroéconomique se double d’un fort engagement en faveur de la transition verte : environ 44 % de la consommation énergétique repose sur des renouvelables, et la capitale s’est engagée sur un objectif de neutralité carbone ambitieux, avec déjà une réduction massive des émissions de CO₂.

Comprendre le coût de la vie et l’impact sur votre projet

Créer son entreprise au Danemark ne se résume pas à déposer des statuts : il faut aussi pouvoir vivre sur place pendant la phase de lancement, parfois sans revenus importants. Or, le pays est l’un des plus chers d’Europe. Les autorités elles-mêmes exigent, pour certains permis entrepreneuriaux, la preuve de ressources suffisantes pour couvrir une année de vie.

Pour un expatrié, le coût mensuel de la vie (logement compris) se situe autour de 2 100 à 2 200 € pour une personne seule et avoisine 5 800 € pour une famille de quatre. Le salaire médian dépasse 5 000 € par mois, ce qui reflète bien le niveau général des prix.

Astuce :

Pour mieux calibrer votre plan de financement personnel, basez-vous sur un aperçu simplifié des budgets typiques. Cette approche vous offre des points de référence concrets pour évaluer et ajuster vos propres dépenses et épargnes.

ProfilCoût mensuel estimé (hors entreprise, avec loyer)
Personne seule (pays, moyenne)≈ 2 169 €
Famille de 4 personnes≈ 5 832 €
Personne seule frugale à Copenhague≈ 2 500 $ (environ 2 300 €)
Vie confortable à Copenhague3 500–4 000 $ (3 200–3 700 €)

Les autorités danoises, dans le cadre du dispositif Start-up Denmark, fixent d’ailleurs des montants minimaux d’épargne à démontrer pour obtenir un titre de séjour entrepreneurial. Ces exigences, exprimées en couronnes danoises (DKK), donnent une base réaliste pour mesurer le budget minimum nécessaire la première année.

Composition familiale (Start-up Denmark)Fonds personnels à démontrer (ordre de grandeur)
Entrepreneur seul≈ 153 240 DKK
Entrepreneur + conjoint≈ 306 480 DKK
Entrepreneur + conjoint + enfant(s)≈ 356 904 DKK
Entrepreneur + enfant(s) (sans conjoint)≈ 203 664 DKK

Ce niveau de vie élevé influe directement sur votre stratégie : il impose de sécuriser des ressources personnelles (épargne, revenus à distance, financement d’amorçage) avant ou parallèlement au lancement de l’activité, et de bien anticiper le délai avant que l’entreprise ne génère des flux de trésorerie suffisants.

Les principaux statuts juridiques pour se lancer

Le Danemark offre un éventail de formes juridiques adaptées tant aux freelances qu’aux startups ambitieuses. Le choix de la structure a des effets sur votre responsabilité, votre fiscalité et vos démarches administratives.

L’ApS : la forme reine pour les startups et PME

Le Private Limited Company (Anpartsselskab – ApS) est de loin le format le plus utilisé. Il s’agit d’une société à responsabilité limitée, dotée de sa propre personnalité juridique. Les actionnaires ne sont responsables qu’à hauteur de leurs apports.

Le capital minimal requis pour créer un ApS est de 40 000 DKK. Un seul associé suffit, et celui-ci n’a pas besoin d’être danois ni même résident. La société est soumise à l’impôt sur les sociétés à 22 %. Les dividendes versés aux personnes physiques subissent ensuite une imposition distincte, progressive (taux de 27 % puis 42 % au-delà d’un certain seuil de revenus de capitaux).

Cette structure est idéale pour un projet ayant vocation à lever des fonds, recruter et séparer clairement patrimoine privé et professionnel.

L’A/S : la version « grande entreprise » ou cotation

Le Public Limited Company (Aktieselskab – A/S) est une société anonyme. Elle nécessite un capital bien plus élevé (400 000 DKK), et obéit à des exigences de gouvernance plus lourdes. Le taux d’imposition sur les bénéfices est également de 22 %. Ce statut vise les projets de grande envergure, susceptibles d’accueillir un grand nombre d’actionnaires ou d’envisager une introduction en bourse.

Entreprise individuelle et partenariats : simplicité mais risque personnel

La sole proprietorship (Enkeltmandsvirksomhed) correspond à l’entreprise individuelle. Aucune exigence de capital, formalités légères, mais l’entrepreneur est juridiquement confondu avec son entreprise. Les bénéfices sont imposés comme un revenu personnel, avec une progressivité pouvant approcher 56 % pour les tranches supérieures. La responsabilité est illimitée : dettes professionnelles et patrimoine privé se confondent.

Attention :

Les structures de partenariat danoises, comme l’I/S (société de personnes) et la K/S (société en commandite), sont fiscalement transparentes. Les associés sont personnellement imposés sur leur part des bénéfices, et non la structure elle-même, avec des responsabilités illimitées pour certains associés.

Filiale ou succursale d’une société étrangère

Une entreprise déjà constituée à l’étranger peut choisir d’ouvrir une succursale (filial) ou une filiale locale (par exemple un ApS détenu par la maison mère). La succursale n’a pas de personnalité juridique autonome : c’est un prolongement de la société étrangère, qui reste responsable de ses engagements. Elle est néanmoins imposée au Danemark à 22 % sur ses bénéfices d’origine danoise.

Exemple :

Pour s’implanter au Danemark, une entreprise étrangère peut créer une filiale, souvent sous la forme d’une société à responsabilité limitée (ApS). Cette structure offre une séparation juridique claire avec la maison mère, facilite l’accès à certains financements locaux et permet une gestion autonome des opérations sur le territoire danois.

Avantages fiscaux pour l’entrepreneur individuel

Le système danois prévoit pour les exploitants individuels un régime fiscal optionnel (« business tax scheme » ou VSO) permettant d’appliquer le taux de 22 % sur les bénéfices laissés dans l’entreprise, au lieu d’une imposition immédiate au barème personnel. Les impôts sur le revenu personnel ne sont payés que lorsque ces bénéfices sont retirés, ce qui permet de lisser la fiscalité dans le temps et d’optimiser l’investissement dans l’outil de travail. Ce dispositif suppose une séparation stricte des comptes privés et professionnels et un compte bancaire dédié.

Démarches de création : un process ultra-digitalisé

L’un des grands atouts du Danemark est la simplicité administrative. Une société peut, dans la majorité des cas, être légalement opérationnelle en moins de 24 heures après son enregistrement en ligne.

Tout commence par l’obtention d’un CVR (Central Business Register) : ce numéro unique identifie votre société auprès de toutes les autorités publiques et des partenaires privés.

Créer une société au Danemark

Procédure de création d’une ApS via le portail officiel de l’Agence danoise des entreprises

Accéder au portail

La procédure se déroule via le portail officiel de l’Agence danoise des entreprises (Danish Business Authority), accessible sur **virk.dk**.

Utiliser le service en ligne

Le service « Start Company » permet de remplir toutes les formalités administratives en auto-service.

Préparer les documents

Pour un ApS, il faut au préalable rédiger un acte constitutif et des statuts. Des modèles sont disponibles, généralement en danois.

Déposer le capital social

Il est nécessaire de verser le capital minimum sur un compte bloqué ou un compte séquestre d’avocat avant la finalisation.

Finaliser l’enregistrement

Renseigner toutes les informations requises sur la plateforme en ligne pour finaliser la création de l’entreprise.

Les frais de création restent modestes : l’enregistrement d’une société à responsabilité limitée coûte de l’ordre de 670 DKK, soit moins de 100 €. Les entreprises individuelles, associations, partenariats simples et K/S sont souvent exemptés de ce droit.

Dès que la demande est validée, le CVR est délivré. L’information est automatiquement transmise à l’administration fiscale (SKAT), ce qui enclenche vos obligations fiscales (TVA, déclarations, etc.) selon le type d’activité.

TVA, impôt sur les sociétés et incitations à l’innovation

Le régime fiscal danois combine un taux d’impôt sur les sociétés relativement bas pour l’OCDE (22 %) avec des niveaux d’imposition personnelle élevés, mais un ensemble d’incitations puissantes pour la R&D et l’innovation.

TVA : un taux unique de 25 %

La TVA (Moms) est fixée à 25 % sur la plupart des biens et services, sans taux réduits. Certaines opérations sont exonérées (services financiers, santé, éducation), et les exportations bénéficient d’un taux de 0 %. Les entreprises qui dépassent 50 000 DKK de chiffre d’affaires annuel doivent s’immatriculer à la TVA, généralement au moment de l’inscription au registre.

Les déclarations sont trimestrielles dans la plupart des cas, mais les sociétés au chiffre d’affaires élevé (> 50 millions DKK) déposent leurs déclarations chaque mois. La déduction de TVA sur les achats est possible, à condition de disposer de pièces justificatives conformes.

Impôt sur les sociétés et régime de groupe

L’impôt sur les sociétés s’applique sur les bénéfices à 22 %. Pour les groupes, un système de joint taxation interne permet de compenser les pertes d’une filiale avec les profits d’une autre. Cette imposition de groupe est obligatoire pour les sociétés détenues à plus de 50 % en commun pour la partie danoise, et peut être étendue, sur option, aux entités étrangères du groupe (avec un engagement de dix ans).

Bon à savoir :

Les sociétés résidentes sont imposables sur leurs revenus mondiaux, selon une approche partiellement territoriale. Les bénéfices liés à des établissements stables ou à des biens immobiliers situés à l’étranger peuvent être exclus de la base imposable danoise. Un crédit d’impôt est prévu pour éviter les doubles impositions sur les revenus déjà taxés à l’étranger.

Super-déduction R&D et remboursements pour les startups déficitaires

L’un des leviers majeurs pour les entrepreneurs innovants est le régime de super-déduction R&D. Les dépenses de recherche et développement peuvent être déduites à un taux supérieur à 100 % de leur montant. Le taux de sur-déduction se situe autour de 108 % sur la période récente et est appelé à monter encore (avec des projections jusqu’à 120 % à moyen terme), sous réserve de plafonds annuels très élevés (de l’ordre du milliard de DKK de dépenses).

5500000

Montant maximal annuel de trésorerie qu’une startup danoise peut recevoir via le crédit d’impôt remboursable sur les déficits de R&D.

Stock-options, experts étrangers et autres incitations

Le pays a également mis en place un régime privilégié pour les stock-options qualifiées (article 7P), permettant à certains salariés de voir leurs options taxées comme des plus-values (27 à 42 %) plutôt que comme du salaire (environ 55 %). Des plafonds existent (entre 10 et 20 % du salaire annuel, voire plus dans certaines conditions), et le dispositif est particulièrement adapté aux startups de moins de 50 salariés et de chiffre d’affaires limité.

Pour attirer les talents étrangers, un régime fiscal des chercheurs et experts prévoit une imposition à taux fixe, d’environ 32 %, sur le revenu salarial pendant jusqu’à sept ans, à condition de dépasser un seuil de rémunération mensuelle relativement élevé. Ce dispositif s’applique aux salariés, mais il concerne directement les entrepreneurs qui souhaitent recruter des profils très qualifiés venus de l’international.

Le visa Start-up Denmark : la clé d’entrée pour les non-Européens

Pour les ressortissants hors UE/EEE/Suisse, la grande question est l’accès au droit de séjour et de travail pour entreprendre. C’est précisément l’objet du programme Start-up Denmark, piloté par le Ministère des Affaires économiques et le Ministère de l’Emploi.

Ce dispositif est conçu comme une porte d’entrée pour des projets d’entreprise innovants, à potentiel de croissance élevé et à ambition internationale.

Qui peut candidater ?

Le programme s’adresse à des fondateurs non européens et non suisses, seuls ou en équipe de jusqu’à trois personnes, qui comptent établir au Danemark une entreprise innovante, ou y poursuivre une activité déjà commencée ailleurs via une succursale danoise. Les teams soumettent un plan d’affaires commun, chaque membre devant ensuite demander son propre permis.

Il ne s’agit pas d’un visa pour tout type de business : les projets jugés peu innovants ou de nature trop traditionnelle (restaurants, commerces de détail, petite import-export, sociétés de holding sans activité opérationnelle) sont généralement écartés. L’exigence est de contribuer au tissu économique danois par de nouveaux produits, services ou modèles d’affaires, avec création potentielle d’emplois et dimension mondiale.

Processus en deux temps : validation du projet puis permis de séjour

La démarche se décompose en deux grandes étapes.

Attention :

Avant toute demande de permis, un business plan détaillé doit être soumis et approuvé par un panel d’experts indépendants de l’Agence danoise des entreprises. Ils évaluent l’innovation, le potentiel de croissance, la pertinence pour les marchés danois et international, ainsi que le réalisme du modèle économique. Sans cette approbation, la demande de permis n’est pas recevable.

Une fois l’aval obtenu, le fondateur crée un identifiant de dossier (Case Order ID) sur le site de l’agence d’immigration SIRI, paie les frais de traitement (plusieurs milliers de DKK) et remplit le formulaire SD1, en joignant les justificatifs : lettre d’approbation du panel, copie de passeport, preuve de moyens de subsistance, éléments sur la structure de propriété, etc. La prise d’empreintes et de photo biométrique est obligatoire dans les 14 jours suivant le dépôt de la demande, auprès d’une représentation danoise à l’étranger ou d’un bureau SIRI sur le territoire.

Le délai annoncé pour le traitement, une fois le dossier complet, est d’environ un mois.

Droits et limites du permis Start-up Denmark

Le permis de séjour et travail délivré dans ce cadre est valable pour une période initiale allant jusqu’à deux ans, renouvelable par tranches pouvant aller jusqu’à trois ans, tant que l’entreprise suit le cap fixé dans le business plan. Il autorise son titulaire à travailler uniquement pour la société couverte par le plan. Toute activité salariée extérieure, tout nouveau projet entrepreneurial ou changement significatif de modèle nécessitent une nouvelle autorisation.

Le bénéficiaire peut exercer du volontariat non rémunéré par ailleurs. Il a en outre le droit de circuler dans l’espace Schengen pendant de courts séjours (90 jours sur une période de 180 jours), sans y travailler.

Bénéficiaire d’une protection internationale

Le permis devient caduc si le fondateur abandonne son adresse danoise ou s’il reste plus de six mois consécutifs hors du pays, sauf dérogation spécifique. Il est également interdit de recourir aux prestations sociales de base régies par la loi sur la politique sociale active. En revanche, le détenteur peut accéder à des cours de danois gratuits (avec dépôt), bénéficier du système de santé public après inscription, et faire venir sa famille (conjoint, partenaire cohabitant, enfants de moins de 18 ans) qui obtiendra un titre de séjour associé.

Au-delà, ce chemin peut mener, après un certain nombre d’années de résidence continue, à la résidence permanente puis à la citoyenneté, sous réserve de remplir les conditions linguistiques, de revenus et d’intégration (examens de langue, tests civiques, etc.).

Ouvrir un compte bancaire professionnel : l’obstacle souvent sous-estimé

Autant la création juridique d’une société est fluide, autant l’ouverture d’un compte bancaire d’entreprise au Danemark s’avère souvent l’étape la plus frustrante pour les étrangers, à cause d’un contexte réglementaire très strict en matière de lutte contre le blanchiment.

Bon à savoir :

Pour ouvrir un compte professionnel, les grandes banques au Danemark exigent généralement le numéro CVR de l’entreprise et le CPR des dirigeants. Elles demandent également un dossier complet incluant statuts, certificats d’immatriculation, justificatifs de domicile, pièces d’identité des bénéficiaires effectifs, description de l’activité, plan d’affaires, prévisions financières et preuve de l’origine des fonds. Les documents étrangers doivent être traduits par un traducteur assermenté et peuvent nécessiter une apostille.

Les délais de traitement vont de quelques jours à plusieurs semaines, voire davantage pour les structures étrangères ou les secteurs jugés à risque (crypto, jeux, etc.). Un dépôt initial est fréquemment requis, et des frais de tenue de compte, de carte, voire d’intérêts négatifs au-delà d’un certain montant, peuvent s’appliquer.

Astuce :

Pour contourner les contraintes bancaires au Danemark, les entrepreneurs peuvent utiliser des solutions fintech internationales (comme Wise Business, Revolut Business, Payoneer ou MultiPass). Ces services permettent d’obtenir un IBAN européen, d’ouvrir des comptes multidevises et de gérer des flux en couronne danoise sans avoir besoin d’une présence locale établie. Certains fournisseurs proposent même des IBAN danois spécifiques, ce qui permet d’éviter les discriminations liées à l’IBAN parfois pratiquées par des fournisseurs, malgré l’interdiction européenne.

Ces solutions ne remplacent pas totalement une banque classique (prêts, découvert, certains services locaux), mais elles offrent une porte d’entrée pour démarrer l’activité, encaisser des paiements et payer des fournisseurs, en attendant une relation bancaire danoise.

Écosystème d’innovation et financement public

L’un des grands atouts pour un créateur d’entreprise au Danemark, surtout dans la tech, la santé ou la green tech, réside dans la densité de programmes de financement public, de subventions et d’accompagnement.

Les grands acteurs nationaux du financement

L’Innovation Fund Denmark (Innovationsfonden) est le principal organisme public de soutien à l’innovation. Il distribue environ 1,7 milliard de DKK par an sous forme de subventions à des projets de recherche et d’innovation, avec des priorités clairement affichées : transition verte, digitalisation, défis sociétaux. Le fonds finance à la fois l’amorçage de startups, des collaborations entreprises-universités et de grandes initiatives stratégiques.

Exemple :

L’Export and Investment Fund of Denmark (EIFO), fusion d’entités comme Vækstfonden, agit comme le bras financier de l’État. Il offre des instruments diversifiés : des prêts « Startup & Growth » à risque tolérant pour les PME avec peu de garanties, des prêts de co-matching (Matchlån) liés à des investissements privés, et des tickets de capital-risque (via VF Venture) allant de 0,5 à 20 millions de DKK. Son mandat couvre également les garanties à l’exportation et les financements verts.

D’autres acteurs comme la Fondation danoise pour l’entrepreneuriat (Fonden for Entreprenørskab) distribuent des micro-subventions pour des étudiants ou jeunes diplômés, tandis qu’un tissu de programmes nordiques ou européens complète ces dispositifs (Horizon Europe, Eureka/Eurostars, Nordic Innovation, etc.).

Quelques programmes emblématiques

Plusieurs schémas méritent l’attention d’un expatrié entrepreneur, notamment :

InnoBooster : géré par l’Innovation Fund, ce programme finance des projets de développement, prototypage ou mise à l’échelle portés par des PME et startups danoises. Les subventions s’échelonnent de 200 000 à 5 millions de DKK, couvrant environ 35 % des coûts éligibles, pour des projets d’une durée maximale de deux ans. Il s’adresse aux entreprises de moins de 250 salariés et moins de 50 M€ de chiffre d’affaires.

27500

Allocation mensuelle perçue par chaque fondateur d’une startup incubée dans le programme Innofounder.

Grand Solutions : réservés aux grands projets collaboratifs entre entreprises, universités et institutions, ces appels ciblent les technologies profondes, le climat, l’IA, les sciences de la vie, le quantique, etc. Les subventions varient de 5 à 40 millions de DKK pour des projets de 1 à 5 ans, avec des taux de cofinancement élevés (jusqu’à 75 % pour les PME).

Programmes verts sectoriels (EUDP pour les technologies énergétiques, MUDP pour l’environnement, GUDP pour l’agroalimentaire durable) : ils soutiennent la démonstration et la mise sur le marché de solutions sobres en carbone, de l’intégration des renouvelables à l’agriculture bas carbone, avec des enveloppes budgétaires de plusieurs centaines de millions de DKK.

Ces programmes exigent généralement une base danoise (entreprise enregistrée au Danemark, collaboration avec des partenaires locaux, etc.), mais ils peuvent constituer un levier majeur pour accélérer votre roadmap technologique ou valider un produit sur le marché.

Capital-risque, business angels et accélérateurs

Au-delà des fonds publics, le Danemark dispose d’un écosystème de venture capital dense, avec des acteurs reconnus tels que Seed Capital, byFounders, Heartcore Capital ou Antler, cette dernière sélectionnant chaque année une vingtaine de startups tech durables dans le pays.

200

Le réseau de business angels DanBAN regroupe plus de 200 investisseurs pour financer et accompagner les startups.

De nombreux accélérateurs et incubateurs structurent les premières phases de vie des startups : Beyond Beta, Accelerace, BioInnovation Institute (pour la santé et les sciences de la vie), Copenhagen School of Entrepreneurship, DTU Science Park, etc. Certains d’entre eux revendiquent déjà plusieurs centaines de startups accompagnées et des montants de levées cumulées qui se chiffrent en centaines de millions de dollars.

Pour un expatrié, ces structures constituent non seulement un accès au financement, mais aussi un formidable levier de réseau et de compréhension fine du marché danois.

S’intégrer à l’écosystème : culture, réseau et vie quotidienne

La réussite d’un projet entrepreneurial au Danemark dépasse largement la seule dimension financière ou réglementaire. La culture des affaires locale, le rapport au travail et aux relations professionnelles jouent un rôle décisif.

Une culture de l’égalité, du consensus et de la confiance

Le monde du travail danois est marqué par une hiérarchie très plate, un tutoiement généralisé (usage des prénoms) et une importance accordée à la discussion et au consensus. Les décisions se prennent souvent collégialement, après un débat factuel où la critique constructive est valorisée.

Bon à savoir :

La communication doit être directe, claire et honnête, tout en restant polie. Les formulations trop complexes ou les exagérations sont mal perçues. La modestie est une valeur importante (référence à la « loi de Jante ») : il est généralement mal vu de se mettre excessivement en avant ou d’afficher sa richesse.

Pour un entrepreneur étranger, cela implique d’adapter son style de pitch : privilégier les données, la transparence sur les risques, un ton posé, et insister sur la contribution collective plutôt que sur sa « vision personnelle de génie ».

Punctualité, efficacité et équilibre vie pro / perso

Les réunions sont planifiées bien à l’avance, démarrent et finissent à l’heure, suivent un ordre du jour envoyé au préalable. Les retards sont mal tolérés. Les journées de travail sont denses mais se terminent tôt : il est rare de programmer un rendez-vous après 16 heures, surtout si cela empiète sur la vie familiale.

Bon à savoir :

Le pays accorde une grande importance à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Cela se traduit par des congés généreux, un nombre important de jours fériés et une pratique courante du télétravail. L’objectif est d’atteindre les résultats sans compromettre la santé ou la vie personnelle des collaborateurs.

Réseauter : une nécessité, mais avec ses codes

Les Danois ne sont pas réputés pour une extraversion spontanée, mais l’écosystème entrepreneurial fourmille de meetups, conférences, groupes professionnels (en présentiel et en ligne) ouverts aux expatriés. À Copenhague notamment, des communautés ciblées existent pour les fondateurs internationaux, les femmes entrepreneures, les développeurs, les professionnels de la data, etc.

Des organisations comme la Copenhagen Expat Meetup, des réseaux d’ingénieurs (IDA), des plateformes comme InterNations ou des événements majeurs (TechBBQ, Copenhagen Fintech Week, conférences IA, etc.) offrent un terrain propice pour développer son carnet d’adresses. L’important est d’y venir avec un objectif clair (type de profils à rencontrer), un pitch succinct de son projet, et une approche patiente : le relationnel se construit dans la durée.

Choisir sa ville d’implantation : Copenhague, Aarhus, Odense…

Si Copenhague concentre la majeure partie de la visibilité internationale, d’autres villes danoises présentent des avantages spécifiques pour un créateur d’entreprise.

La capitale, en plus d’être un hub de transport majeur pour le nord de l’Europe, dispose d’un écosystème tech particulièrement riche (AI, fintech, cleantech, healthtech, SaaS), de 166 espaces de coworking, d’universités de rang mondial et d’une concentration élevée d’investisseurs et d’événements. Les coûts y sont toutefois les plus élevés du pays, tant pour le logement que pour les bureaux.

Aarhus : Un écosystème dynamique

Deuxième ville du Danemark, Aarhus combine une économie portuaire majeure, un coût de la vie attractif et un taux de survie exceptionnel pour les startups.

Performance des startups

Affiche l’un des meilleurs taux de survie des startups au Danemark, signe d’un écosystème entrepreneurial robuste et favorable.

Port et commerce majeur

Dispose d’un port important, notamment spécialisé dans le commerce de conteneurs, ce qui en fait un pôle logistique et économique clé.

Attractivité économique

Attire à la fois de grands groupes internationaux et un tissu de PME et startups en forte croissance, bénéficiant de coûts plus modérés.

Odense, enfin, se distingue comme pôle européen de la robotique et de l’automatisation industrielle, avec plus d’une centaine d’entreprises spécialisées et un écosystème tourné vers la healthtech et les drones. Les coûts de la vie y sont nettement inférieurs à ceux de la capitale, ce qui peut représenter un atout pour une jeune entreprise.

Un créateur d’entreprise expatrié gagnera à arbitrer entre proximité des investisseurs et des talents (souvent à Copenhague) et niveau de dépenses personnelles et professionnelles, plus mesuré dans les villes régionales.

Se repérer dans la jungle administrative : numéros, obligations, digitalisation

La vie administrative d’un entrepreneur au Danemark est hautement digitalisée, mais cela implique de maîtriser quelques sigles :

– le CPR (Centrale Personregister) : numéro d’identification personnel, indispensable pour s’inscrire auprès des services publics, ouvrir certains comptes, bénéficier de la sécurité sociale. Il nécessite généralement une adresse locale et un titre de séjour.

– le CVR (Central Business Register) : numéro unique de l’entreprise, obtenu à l’enregistrement. Il sert dans toutes vos démarches fiscales, sociales et bancaires.

MitID (successeur de NemID) : identifiant électronique sécurisé pour se connecter à l’administration, à sa banque, signer des documents, etc.

– la NemKonto : compte bancaire désigné pour recevoir les paiements de l’État (remboursements d’impôts, subventions, etc.).

Attention :

Les entreprises doivent obligatoirement utiliser la voie électronique et des plateformes en ligne pour communiquer avec les autorités, déclarer leurs impôts, TVA et salaires, et tenir une comptabilité conforme aux normes danoises. Tout manquement à ces obligations peut entraîner rapidement des amendes.

Quelques défis à anticiper avant de se lancer

Malgré tous ses atouts, le Danemark n’est pas un eldorado exempt de difficultés pour l’entrepreneur expatrié.

Le coût de la vie et des salaires est élevé, ce qui gonfle la burn rate d’une startup et réduit la marge de manœuvre en cas de retard sur le chiffre d’affaires. Le marché intérieur est relativement petit (un peu moins de six millions d’habitants), ce qui impose d’emblée une ambition internationale.

Bon à savoir :

L’ouverture d’un compte bancaire professionnel, la gestion d’une fiscalité complexe (incluant les stock-options, la TVA, les règles de sous-capitalisation et les prix de transfert), ainsi que le recrutement dans un marché de l’emploi très concurrentiel, constituent des obstacles majeurs pour les entreprises.

Par ailleurs, les données montrent que moins de la moitié des microentreprises (moins de 10 salariés) survivent au-delà de cinq ans. L’environnement est compétitif, et la qualité de l’exécution et du réseau est déterminante.

Pour autant, le pays met à disposition des expatriés entrepreneurs de nombreux outils de soutien : portails d’information (lifeindenmark.dk, businessindenmark.dk), maisons des entreprises régionales (Erhvervshuse), hubs d’investissements publics, incubateurs universitaires, cours de danois gratuits, services pour les conjoints, etc.

En conclusion : un terrain exigeant mais extrêmement porteur

Créer son entreprise au Danemark en tant qu’expatrié, c’est accepter un double défi. D’un côté, il faut s’adapter à un environnement onéreux, très réglementé et culturellement spécifique. De l’autre, on bénéficie d’un écosystème parmi les plus avancés au monde en matière de digitalisation, de soutien à l’innovation, de stabilité institutionnelle et de qualité de vie.

Leviers de succès pour l’entrepreneuriat au Danemark

Les actions clés à mettre en œuvre pour maximiser les chances de réussite de son projet entrepreneurial.

Anticiper son budget

Préparer finement son budget personnel et professionnel pour assurer la pérennité du projet.

Choisir sa structure juridique

Sélectionner la forme juridique la plus adaptée à son activité et à ses objectifs.

Utiliser Start-up Denmark

Exploiter ce dispositif spécifique si l’entrepreneur est originaire d’un pays hors Union Européenne.

Viser l’international

Développer une stratégie commerciale orientée d’emblée vers un marché international.

S’intégrer aux réseaux locaux

Participer activement aux écosystèmes et réseaux d’affaires danois pour créer des synergies.

Mobiliser les aides publiques

Bénéficier des nombreux dispositifs de soutien public disponibles pour les projets innovants.

Pour un entrepreneur qui structure son projet avec rigueur et prend le temps de comprendre les codes locaux, le Danemark peut devenir bien plus qu’un point de chute : un véritable tremplin vers un développement européen et global.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers le Danemark pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Danemark, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Danemark pour la solidité de son cadre juridique et social, la qualité de son système de santé, son environnement stable pour l’investissement et son appartenance à l’UE. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, coordination avec les systèmes de sécurité sociale (France/Danemark), transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, conseillers bilingues) et intégration patrimoniale globale (analyse et restructuration si nécessaire).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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