S’installer au Soudan du Sud tant qu’expatrié, c’est entrer dans l’un des environnements les plus complexes du continent africain. Pays très jeune, encore marqué par la guerre civile et une économie fragile, il combine défis extrêmes, potentiel économique réel et une vie quotidienne profondément façonnée par les ONG et les organisations internationales. Ce guide vise à donner une vision réaliste et structurée de ce qui vous attend, en s’appuyant uniquement sur les données et faits disponibles.
Comprendre le contexte avant de partir
Le Soudan du Sud est un État enclavé d’Afrique de l’Est, indépendant depuis 2011. Sa capitale, Juba, concentre une grande partie de la vie politique, économique et expatriée. La population totale tourne autour de 12 millions d’habitants, très majoritairement rurale : un peu plus de 20 % vivent en ville, le reste dans des zones rurales souvent isolées.
L’âge médian de la population est inférieur à 20 ans, ce qui en fait une société extrêmement jeune.
Climatiquement, vous entrez en zone tropicale chaude, avec deux grandes saisons : une saison des pluies (grosso modo avril–septembre) et une saison sèche. Les températures à Juba oscillent presque toute l’année entre 27 °C et 33 °C en réel, avec un ressenti qui monte régulièrement entre 30 °C et 35 °C, et des pointes plus chaudes autour de mai–juillet. L’humidité varie du « confortable » au franchement « étouffant », avec des épisodes de fortes pluies susceptibles de couper routes et accès.
Sécurité et environnement politique : un paramètre central
Avant même de parler logement, scolarité ou loisirs, il faut être clair : la quasi-totalité des gouvernements occidentaux déconseillent formellement tout voyage au Soudan du Sud. Le pays reste en situation de conflit intermittent, avec un risque élevé de violences, en particulier dans les États d’Upper Nile, Jonglei, certaines zones de l’Équatoria central et occidental, et la région disputée d’Abyei.
La région connaît plusieurs types de violences : affrontements armés entre groupes, attaques de milices sur les routes, vols violents et enlèvements ciblés (humanitaires, secteur pétrolier). Les raids de bétail sont fréquents et peuvent dégénérer en combats. La circulation des armes est importante dans la population et l’insécurité a tendance à augmenter pendant la saison sèche.
Même à Juba, considérée comme la zone la plus « tenable » pour les expatriés, le risque de criminalité violente (braquages armés, cambriolages de compounds, agressions, viols) est élevé. Les checkpoints tenus par des militaires ou des hommes armés, surtout la nuit, sont fréquents et peuvent servir de prétexte à des extorsions.
Les capacités de la police et de la justice à protéger et enquêter restent limitées. Les procédures judiciaires peuvent être longues et imprévisibles, et les forces de sécurité agissent parfois de façon arbitraire. Ce contexte a plusieurs implications pratiques pour un expatrié.
– ne jamais sous-estimer la nécessité d’une évaluation sécuritaire professionnelle (via votre employeur, une ONG, une agence de sûreté) ;
– éviter strictement les déplacements nocturnes, en particulier hors de Juba ;
– se tenir à distance de toute manifestation, rassemblement politique ou religieux de grande ampleur ;
– intégrer d’emblée dans votre projet un budget et des procédures pour une évacuation d’urgence.
Démarches d’entrée, visas et permis de travail
L’entrée au Soudan du Sud impose un visa à la quasi-totalité des nationalités. Le plus fréquent pour les expatriés salariés est le visa de travail, adossé à un permis délivré par le Ministère national du Travail, via le Département de l’Emploi des étrangers.
L’employeur doit d’abord être lui-même enregistré auprès des autorités du travail. Le dossier de demande, administratif, doit être complet et inclure : une lettre de l’entreprise, une copie du passeport valide (au moins six mois de validité et des pages libres), le visa d’entrée, un CV, les diplômes, le contrat de travail, les justificatifs d’enregistrement de la société, les certificats de police (locale et Interpol) et, selon le secteur d’activité, des autorisations ou licences spécifiques (par exemple pour la santé, le pétrole, les ONG, etc.).
L’achat du formulaire de demande de permis de travail coûte environ 100 USD. Une fois le dossier examiné, un bon de paiement est émis pour le règlement du permis sur un compte bancaire dédié de l’État. Le permis prend la forme d’une carte « smart card » valable un an. Les délais annoncés tournent en théorie autour de 2 à 6 semaines, mais il est prudent de compter large.
Ce permis de travail est spécifique à un employeur et une région. Tout changement nécessite une nouvelle autorisation. Travailler sans permis valide expose à des sanctions, dont la confiscation temporaire du passeport, voire des conséquences plus graves.
Les séjours de courte durée, même pour du télétravail depuis Juba, ne s’inscrivent pas vraiment dans un cadre de « visa nomade digital » : officiellement, il faut un visa touriste ou d’affaires et, dès lors que l’activité prend une dimension professionnelle locale, un permis de travail est théoriquement exigé. Les formalités d’enregistrement auprès de l’immigration (au-delà de quelques jours de présence) sont également obligatoires.
Coût de la vie : un pays « bon marché » qui ne l’est pas pour les expatriés
Les chiffres bruts peuvent tromper : pour un résident local, le coût de la vie est estimé à environ 520 USD par mois logement inclus pour une personne seule et 1 231 USD pour une famille de quatre. Comparé à la moyenne mondiale, le Soudan du Sud apparaît environ 2,2 fois moins cher, ce qui le situe parmi les pays les moins coûteux de la planète.
Mais ces données reposent sur des conditions et des niveaux de vie locaux. Pour un expatrié recherchant un logement sécurisé, un accès à une eau traitée, une connexion internet raisonnable et une scolarité internationale, la facture grimpe très vite.
Vue d’ensemble des postes de dépense
Le tableau ci-dessous synthétise quelques ordres de grandeur (en USD) tirés des données disponibles, en séparant vie « locale » et exigences typiques d’un expatrié.
| Poste de dépense | Niveau « local » approximatif | Niveau expatrié typique (Juba, sécurisé) |
|---|---|---|
| Budget mensuel personne seule (avec loyer) | ~520 USD | 800–2 000+ USD selon style de vie |
| Budget mensuel famille de 4 (avec loyer) | ~1 231 USD | 3 000–5 000+ USD |
| Loyer 1 ch. centre-ville (estimation basse locale) | 200–250 USD | 700–3 500+ USD selon quartier/standard |
| Loyer villa 3 ch. quartier prisé | – | 1 500–2 500+ USD |
| Internet fixe illimité | 27–100 USD | 50–150 USD (selon fiabilité/backup) |
| Électricité + eau (appart) | 38–60 USD (sans générateur) | 100–300+ USD avec groupe/fioul |
Les incohérences entre certaines sources (un 1 chambre à 216 USD versus 3 500 USD en centre-ville) reflètent surtout la dualité du marché : location « locale » de base et location pour personnels d’ambassades, ONG, entreprises, dans des compounds sécurisés avec générateur et gardiennage. Pour un expatrié, il faut partir mentalement sur cette seconde grille.
Nourriture, sorties et vie quotidienne
Sur le volet alimentation, on observe un double profil : les produits de base achetés au marché restent relativement abordables, mais tout ce qui est importé, servi en restaurant ou acheté dans les supermarchés modernes est très cher par rapport au revenu moyen local.
Quelques repères moyens de consommation peuvent servir de référence générale, par exemple pour estimer des besoins énergétiques ou planifier des achats. Ces valeurs moyennes offrent une base de comparaison utile, bien qu’elles doivent être ajustées selon les contextes spécifiques et les variations individuelles.
| Produit / service | Prix moyen estimé (USD) |
|---|---|
| Repas simple dans un petit restaurant | 3–5 USD |
| Menu type fast-food | 4,8–6,2 USD |
| Dîner pour deux dans un restaurant « correct » | 20–165 USD (forte variabilité) |
| Bière en bar local (0,5 L) | ~1,8 USD |
| Cappuccino « classique » | 1,8–5,5 USD |
| 1 kg de riz | ~1,2–1,8 USD |
| 1 kg de poulet | ~4,4–6,2 USD |
| 1 kg de bœuf | ~6,9–8,4 USD |
| 1 L d’essence | ~1,05 USD |
Les loisirs structurés restent limités. Un abonnement de salle de sport « haut de gamme » peut atteindre des montants disproportionnés (certains chiffres avoisinent 350 USD), même si des options plus modestes existent autour de 20–30 USD. Le cinéma, lorsqu’il est disponible, tourne autour de 4–5 USD la séance.
Logement : un marché étroit et cher
Le marché locatif à Juba est l’un des plus onéreux d’Afrique de l’Est en raison d’une offre limitée pour les standards recherchés par les expatriés, et d’une demande soutenue des ONG, agences onusiennes, entreprises pétrolières et diplomatiques.
Principaux quartiers de la capitale sud-soudanaise où résident les expatriés, caractérisés par un haut niveau de sécurité et de confort.
Quartier prisé offrant des villas dans de grands compounds sécurisés, avec murs hauts, gardiens armés et générateurs 24h/24. Les loyers varient généralement entre 1 500 et 2 500 USD par mois.
Secteur concentrant des résidences pour expatriés, souvent équipées de piscines et de salles de sport. Caractérisé par une forte sécurité et des loyers similaires, entre 1 500 et 2 500 USD.
Quartier abritant des villas et grands appartements dans des compounds clos. Dispose des mêmes standards de sécurité (gardiens, générateurs) et de loyers dans la fourchette haute.
Dans des zones de classe moyenne comme Munuki, Gudele ou Jebel, il est possible de trouver des maisons entre 300 et 800 USD, mais la fiabilité de l’électricité, de l’eau, la sécurité de quartier et la qualité du bâti varient considérablement. Les quartiers très populaires comme Gudele ou Nyakuron peuvent offrir des loyers en dessous de 300 USD, au prix d’un risque de cambriolage plus élevé et de confort sommaire.
Pour un séjour de quelques mois, des résidences meublées type WinBil Apartments à Tongping proposent des appartements 2 ou 4 chambres, meublés, avec salle de sport, gardiennage et générateurs. La qualité est au niveau des attentes expatriées, mais à un coût en conséquence. Les grands hôtels internationaux (Crown Hotel, Juba Grand, Radisson Blu, etc.) offrent aussi des formules long séjour très chères (plusieurs milliers de dollars par mois).
Se loger : choisir son quartier et son type d’hébergement
Pour un expatrié, le choix du quartier est d’abord un arbitrage sécurité / accessibilité / prix.
Quartiers privilégiés par les expatriés
– Kololo Très prisé des diplomates et cadres d’ONG. Compounds spacieux, jardins, générateurs, forages d’eau, gardes privés. Loyer type d’une villa : 1 500–2 500 USD. Routes relativement entretenues, accès pratique aux bureaux et institutions.
– Tongping (Tongpiny) Quartier central proche de l’aéroport et de plusieurs ambassades. Logements meublés et résidences comme WinBil Apartments (2 et 4 chambres, borne Wi-Fi, DSTV, salle de sport, générateurs 24h/24, eau de forage traitée). Rents autour de 1 200–1 700 USD mensuels pour un bon appartement.
– Hai Amarat Reconnu pour ses rues asphaltées et ses compounds familiaux. Fourchette de loyers comparable à Tongping (1 200–1 800 USD). Bon compromis entre accessibilité, confort et sécurité.
– Hai Malakal Apprécié pour sa proximité avec le Nil et le centre de Juba, offrant quelques immeubles modernes avec vue.
Zones intermédiaires et plus populaires
– Munuki, Jebel, Gudele Quartiers de classe moyenne, avec un mélange de villas et d’immeubles. Loyers 300–800 USD selon taille, niveau d’équipement et emplacement précis. Munuki est ancien et relativement structuré, Jebel profite de sa position en hauteur, Gudele est plus étendu et hétérogène.
Les quartiers de Nyakuron, Atlabara, Kator et Hai Barajallah offrent des logements de l’entrée de gamme à des maisons correctes, souvent dans des rues non pavées. Ils peuvent convenir aux expatriés avec un budget limité, mais nécessitent une vigilance accrue concernant la sécurité.
Pour un premier séjour, la majorité des organisations recommandent de viser les quartiers premium afin de limiter les risques de cambriolage violent et bénéficier d’une meilleure redondance énergétique (générateurs, parfois solaire, forages).
Louer ou acheter ?
Acheter un bien immobilier au Soudan du Sud reste rare pour les expatriés, en dehors d’investisseurs régionaux ou de membres de la diaspora. Le marché souffre de risques de litiges fonciers, d’un cadre juridique en construction et de l’absence de crédit hypothécaire classique : la quasi-totalité des achats se font au comptant ou via soutien de la famille/diaspora.
Les estimations donnent :
| Type de bien (Juba) | Fourchette indicative (USD) |
|---|---|
| Studio / 1 chambre (investissement) | 30 000–50 000 |
| 2–3 chambres moyen de gamme | 60 000–120 000 |
| Villa haut de gamme | 150 000–300 000+ |
| Petit immeuble (4 à 8 unités) | 100 000–200 000 |
Les rendements locatifs bruts annoncés (en zones centrales) gravitent entre 8 et 10 % annuels. Pour un expatrié classique, cependant, la location demeure la solution la plus souple, en particulier compte tenu de la volatilité politique et sécuritaire.
Système bancaire, monnaie et gestion de l’argent
Le système bancaire du Soudan du Sud est encore jeune et fragile. La Banque centrale (Bank of South Sudan, BoSS), basée à Juba, émet la monnaie nationale, la livre sud-soudanaise (SSP), et supervise un système bancaire diversement capitalisé où coexistent banques nationales et filiales de groupes régionaux comme KCB (Kenya), Equity Bank, Commercial Bank of Ethiopia, Ecobank, Qatar National Bank ou National Bank of Egypt.
Moins de 10 % de la population dispose d’un compte bancaire ; le paiement en liquide domine largement. Dans les villes, quelques banques offrent des comptes courants, des comptes salariaux et des services aux PME, mais l’accès physique aux agences et la disponibilité de cash peuvent poser problème, surtout en temps de crise.
Les événements des dernières années ont montré à quel point les pénuries de liquidités et les écarts entre taux de change officiels et marché noir peuvent déstabiliser le quotidien : lors d’épisodes précédents, les banques se sont retrouvées à court de billets, tandis que le dollar s’échangeait à des niveaux très élevés sur le marché informel.
Les expatriés doivent donc anticiper :
Les voyageurs doivent anticiper une forte dépendance aux espèces, principalement en livres sud-soudanaises (SSP) mais aussi en dollars américains pour certains paiements. L’usage des cartes bancaires internationales est très limité : elles ne sont acceptées que dans quelques hôtels, restaurants ou supermarchés de la capitale, Juba. Il est également important de noter que les taux de change varient considérablement entre les banques officielles et le marché parallèle, ce dernier étant illégal bien que très répandu.
Côté numérique, les paiements mobiles et le mobile money prennent de l’ampleur, adossés aux opérateurs télécoms ; certains services de type TransFi ou Western Union facilitent les transferts internationaux, un enjeu crucial pour les familles dépendantes de remises de la diaspora.
Pour un expatrié, la règle prudente est de : bien s’informer sur le pays d’accueil, ses lois, sa culture et son système économique avant de s’y installer.
– conserver une réserve de dollars « propres » (billets récents, non abîmés) ;
– ne jamais dépendre d’une seule source de cash (carte, banque locale, transfert) ;
– se renseigner auprès de son employeur sur les pratiques salariales (paiement en USD, en SSP, virement offshore, etc.).
Santé : partir en étant pleinement conscient du niveau de risque
En matière de santé, le Soudan du Sud part de très loin. Le pays figure parmi ceux ayant les pires indicateurs au monde : espérance de vie autour de 55 ans, mortalité infantile et maternelle extrêmement élevées, couverture vaccinale incomplète. La densité médicale est très faible (on parle d’un médecin pour des dizaines de milliers de personnes dans certains États) et nombre de structures publiques manquent de médicaments, de laboratoires fonctionnels et parfois même d’eau courante.
Cela ne signifie pas qu’aucune prise en charge de qualité n’existe. À Juba et dans quelques grandes villes, on trouve :
Le système de santé au Soudan du Sud se caractérise par un paysage fragmenté comprenant : des hôpitaux publics de référence comme le Juba Teaching Hospital, offrant plusieurs centaines de lits et des services en chirurgie, pédiatrie et médecine générale ; des structures privées ou confessionnelles (Nile Hospital International, Friendship Hospital, Juba Medical Centre, St. Mary’s, etc.) orientées vers une patientèle solvable et parfois mieux équipées ; et une forte présence d’ONG médicales, notamment Médecins Sans Frontières, International Medical Corps ou des organisations africaines et confessionnelles, qui gèrent des hôpitaux et centres de santé dans de nombreuses régions du pays.
Les ONG ont par exemple remis en état des blocs opératoires, construit des unités pédiatriques, multiplié les campagnes de vaccination (rougeole, hépatite E, choléra, paludisme) et formé des centaines d’agents de santé et de sages-femmes. Dans certaines zones de conflit, elles sont littéralement la seule offre médicale.
Pour un expatrié, cependant, les conséquences pratiques sont claires :
Les soins de médecine générale (infections légères, bilans de santé, urgences simples) sont disponibles dans certains hôpitaux et cliniques privés de Juba, avec des standards souvent corrects. En revanche, pour les urgences graves, la chirurgie spécialisée, les pathologies chroniques complexes ou la réanimation, une évacuation médicale vers Nairobi, Kampala, Addis-Abeba ou une destination plus éloignée reste nécessaire.
Il est donc impératif de souscrire une assurance santé internationale incluant l’évacuation médicale, avec un plafond élevé. Sans cela, une évacuation d’urgence en avion sanitaire peut atteindre des dizaines de milliers de dollars, à régler sur-le-champ.
Sur le plan infectieux, le Soudan du Sud est exposé à :
– un paludisme endémique avec des pics saisonniers importants ;
– des flambées de choléra, rougeole, hépatite E ;
– une présence non négligeable de VIH, tuberculose, méningite, typhoïde.
Un certificat de vaccination antiamarile (fièvre jaune) est exigé à l’entrée. Il est recommandé d’être à jour pour toutes les vaccinations standard (DTCP, hépatites, typhoïde, éventuellement méningite selon itinéraire), et de discuter avec un médecin de la prophylaxie antipaludéenne adaptée. L’eau du robinet n’est pas potable : il faut boire de l’eau embouteillée ou traitée.
Se déplacer : routes, mines et aviation
Le réseau routier est très peu développé : rares routes goudronnées, chaussées souvent déformées, inondées en saison des pluies, signalisation déficiente, quasiment pas d’éclairage public. Les accidents de la route sont fréquents, aggravés par l’état des véhicules et la conduite imprudente.
Les risques ne sont pas seulement techniques : de nombreux axes, notamment Juba–Nimule, Juba–Yei, Juba–Kajo Keji, sont réputés dangereux en raison d’attaques armées, de braquages et d’embuscades. Dans une autre catégorie, plusieurs États restent parsemés de mines et restes explosifs de guerre, surtout en dehors des axes principaux.
À Juba, il est fortement recommandé pour les expatriés de se déplacer en véhicule 4×4 avec un chauffeur recruté par leur organisation employeuse. Cette pratique permet de limiter les risques d’incidents avec les forces de sécurité et facilite le passage des checkpoints. Les transports publics, tels que les minibus surchargés et les taxi-motos (appelés « boda-boda »), sont déconseillés aux étrangers en raison de préoccupations majeures liées à la sécurité et à la fiabilité.
Sur le plan aérien, Juba International Airport est le principal point d’entrée. L’expérience à l’arrivée est souvent décrite comme chaotique : files d’attente, contrôles multiples, gestion parfois brusque des documents de visa et de santé. Les vols intérieurs existent, mais sont sujets aux annulations, retards et changements de programme. Par ailleurs, la fermeture partielle de l’espace aérien régional au-dessus d’un certain niveau de vol en lien avec le conflit au Soudan complique parfois les schémas de routage.
Infrastructures numériques : connexion possible, fiabilité relative
Se connecter au monde depuis le Soudan du Sud reste un défi quotidien. Les indicateurs de « résilience internet » placent le pays largement en dessous de la moyenne africaine : infrastructures limitées, performance moyenne (débits mobiles tournant autour de 13–14 Mbps en moyenne), et un marché encore en structuration.
Les principaux acteurs télécoms sont MTN South Sudan, Gemtel, Zain et quelques fournisseurs d’accès comme Digitel ou Juba Network. MTN domine en couverture. On estime à environ 4,47 millions le nombre de connexions mobiles actives début 2025, soit un peu plus d’un tiers de la population, et à 1,9 million le nombre d’internautes (environ 15–16 % de pénétration).
Un expatrié typique est souvent recruté par une entreprise internationale pour occuper un poste à l’étranger. Il suit généralement un processus défini : signature d’un contrat de travail spécifique, obtention d’un visa de travail, déménagement avec sa famille, installation dans un logement souvent fourni par l’employeur, et adaptation à un nouvel environnement culturel et professionnel. Cette transition s’accompagne de défis comme l’apprentissage de la langue locale et l’intégration sociale, mais aussi d’avantages tels qu’une rémunération globale (salaire de base, primes d’expatriation, allocations) et un plan de carrière international.
– achat d’une carte SIM locale MTN ou autre à l’aéroport ou en boutique officielle (passeport obligatoire, enregistrement pouvant durer 15–30 minutes) ;
– souscription à des forfaits de données prépayés, peu coûteux sur le papier mais nécessitant souvent plusieurs recharges par mois pour un usage intensif ;
– installation éventuelle d’un routeur 4G ou d’une solution fixe fournie par un FAI local, avec un abonnement mensuel qui peut rapidement dépasser 50–100 USD pour une bande passante correcte ;
– prise en compte des coupures d’électricité fréquentes, qui interrompent la connectivité si l’on ne dispose pas de solution de secours.
L’option satellite Starlink, populaire dans les zones reculées ou lors de coupures réseau, représente environ un quart du marché sur certains segments. Une partie des équipements entre cependant par des canaux informels, ce qui suscite l’attention des autorités sur les questions de régulation. Pour un expatrié individuel, elle offre une connexion de qualité supérieure, mais à un coût plus élevé et dans un cadre réglementaire incertain.
Globalement, il vaut mieux considérer la connectivité comme « suffisante pour travailler si l’on est flexible », mais pas comme « fiable à 100 % ». Les interruptions pour coupures de courant, contraintes techniques locales ou météo font partie du quotidien.
Vie culturelle, codes sociaux et intégration
Malgré un contexte difficile, la société sud-soudanaise reste remarquablement résiliente, structurée autour de valeurs fortes de famille élargie, respect des aînés et hospitalité. L’anglais est la langue officielle et est largement compris à Juba (certaines données indiquent qu’environ 94 % de la population parlerait anglais, ce qui, même à considérer cette estimation avec prudence, souligne son importance). L’arabe (souvent sous forme de dialecte dit « Juba Arabic ») est également très présent, et des dizaines de langues locales jalonnent le pays.
Pour un expatrié, quelques repères sociaux sont essentiels :
Le respect des aînés et des figures d’autorité est primordial ; éviter de les contredire frontalement ou de hausser le ton. La communication privilégie l’indirect et évite la confrontation pour préserver la relation. L’hospitalité est une valeur clé : refuser une offre de thé, café ou nourriture peut être perçu comme un affront. La religion, très présente (christianisme majoritaire, animisme, islam), rythme la vie sociale. Les discussions religieuses sont courantes, tandis que l’agnosticisme ou l’athéisme peuvent surprendre.
Dans le milieu professionnel, il faut garder en tête des organisations très hiérarchisées. Les décisions importantes sont prises par le sommet de la pyramide, après un temps parfois long de consultations formelles et informelles. Les négociations commerciales sont lentes, centrées sur la relation personnelle. Chercher à « aller vite » est contre-productif : mieux vaut accepter le temps d’un café, d’un échange sur la famille, d’une rencontre communautaire.
Les codes de politesse incluent des marques de respect physiques spécifiques (se lever pour un aîné, s’incliner, éviter la main gauche). Les contacts homme-femme sont conservateurs ; un homme étranger abordant directement une femme peut être perçu comme intrusif hors contexte approprié.
Enfin, la tenue vestimentaire mérite une attention particulière : sobriété et modestie sont recommandées, surtout pour les femmes (jupes ou pantalons longs, épaules couvertes dans les quartiers conservateurs), tandis que les hommes évitent les shorts en contexte professionnel.
Scolarité et éducation pour les familles
Pour les familles expatriées, la question de l’école est cruciale. Le système public sud-soudanais est en reconstruction, et la qualité varie énormément. En pratique, la plupart des enfants d’expatriés à Juba sont scolarisés dans des écoles privées internationales ou confessionnelles.
On trouve par exemple :
Présentation de quelques établissements scolaires privés notables à Juba, au Soudan du Sud, offrant des programmes variés avec un accent sur l’éducation chrétienne, le développement holistique et des infrastructures modernes.
Fondée en 2013, offre une éducation chrétienne internationale de la maternelle au primaire (Grade 6), d’inspiration nord-américaine. Petites classes pour un suivi individualisé. Enseignement en anglais intégrant Bible, prière et culte au quotidien.
École privée modèle visant une éducation holistique et le développement du leadership. Dispose d’infrastructures modernes, d’activités sportives, informatiques et extra-scolaires. Accent mis sur le bien-être social et émotionnel des élèves.
Lycée (9e à 12e année) créé en 2022 dans le quartier de Shirikat. Suit le programme national sud-soudanais enrichi d’éléments kényans et ougandais. Enseignement en anglais avec un programme spécifique de leadership et transformation des conflits en terminale. Propose un internat, encouragé pour les filles.
Structures comme la Good Shepherd Academy, accueillant des élèves de la maternelle au secondaire. Caractérisées par une tonalité religieuse affirmée et une forte implication des parents dans la communauté éducative.
Une grille simplifiée permet de situer l’offre :
| Type d’établissement | Niveau proposé | Public principal | Spécificités clés |
|---|---|---|---|
| Écoles chrétiennes internationales (ex. JCA) | Maternelle–primaire | Enfants d’expatriés, missionnaires | Programme en anglais, très petits effectifs, forte dimension religieuse |
| Écoles privées locales (ex. Juba Parents School) | Maternelle–secondaire | Classes moyennes locales & expatriés | Infrastructures modernes, approche « internationale », activités sportives et informatiques |
| Lycées intégrés (ex. Greenbelt Academy) | Secondaire supérieur | Élèves locaux motivés, boursiers, quelques expatriés | Programme national enrichi, internat, leadership & paix |
Les frais de scolarité varient fortement. Pour des écoles alignées sur les standards internationaux, il faut s’attendre à plusieurs milliers de dollars par an et par enfant. Certains chiffres évoquent par exemple une scolarité dans une école internationale primaire autour de 3 000 USD pour l’année, sans compter les transports, repas et activités annexes. Des bourses existent ponctuellement, en particulier pour les établissements à vocation sociale comme Greenbelt Academy.
Pour une expatriation de plusieurs années, les familles doivent arbitrer entre quatre facteurs essentiels : la qualité pédagogique de l’enseignement, la stabilité de la direction de l’établissement scolaire, la localisation (notamment le critère de sécurité) et le coût global de la vie.
La communauté expatriée du Soudan du Sud est beaucoup plus petite que dans des hubs régionaux comme Nairobi ou Addis-Abeba. Elle se compose majoritairement de personnels d’ONG, d’agences des Nations unies, d’entreprises de services pétroliers, de diplomates et, dans une moindre mesure, d’investisseurs régionaux.
Les réseaux structurés pour expatriés, comme InterNations, sont plus développés à Khartoum (Soudan) qu’à Juba (Soudan du Sud). Cependant, des solutions émergent dans la capitale sud-soudanaise, telles que l’application Wooh App. Cette plateforme vise à faciliter les rencontres entre expatriés à Juba sur un rythme d’un nouveau contact par semaine, en se basant sur des centres d’intérêt communs.
Les Sud-Soudanais de la diaspora jouent également un rôle important : beaucoup ont des attaches à Juba tout en vivant en Australie, en Europe ou en Amérique du Nord, et entretiennent des liens transnationaux très denses (envois d’argent, participation à des décisions familiales, soutien aux études, etc.). Pour un expatrié nouvellement arrivé, ces diasporas peuvent constituer des relais utiles, car elles connaissent à la fois les codes locaux et les mentalités occidentales.
La vie sociale à Juba s’organise principalement dans des restaurants, bars et hôtels fréquentés par les expatriés, ainsi que lors de réunions dans les compounds. Des événements culturels ont lieu au Nyakuron Cultural Centre (concerts, festivals de films, soirées comiques). Des rencontres plus informelles se déroulent également lors des messes dominicales ou d’autres événements communautaires.
Les possibilités de loisirs de plein air sont limitées par les considérations de sécurité : randonnées ou camping « sauvage » ne sont pas recommandés. Cependant, des activités comme l’observation du coucher de soleil sur le Nil, la visite de marchés colorés ou, pour ceux dont l’organisation le permet, des excursions encadrées dans des parcs comme Nimule ou Boma, peuvent offrir des moments forts.
Travailler au Soudan du Sud : réalités du terrain professionnel
Qu’il s’agisse de missions humanitaires, de coopération au développement, de contrats d’ingénierie ou de postes dans le secteur privé, travailler au Soudan du Sud suppose quelques constantes.
Un environnement à haut risque
La plupart des ONG et agences internationales classent le pays comme l’une de leurs opérations les plus à risque. Cela se traduit concrètement par :
– des briefings sécurité obligatoires ;
– des restrictions de déplacement (couvre-feu, trajets interdits, zones off-limits) ;
– des véhicules dédiés, souvent blindés pour certains acteurs étatiques ;
– parfois des conditions de vie en base, avec peu de liberté de mouvement en dehors des heures de travail.
Les travailleurs humanitaires et du secteur pétrolier peuvent être explicitement pris pour cibles dans certaines zones. Les motivations sont variées : opportunisme (comme les kidnappings contre rançon) ou motifs politiques et communautaires.
Culture de travail et négociation
Les équipes sont souvent mixtes : personnels locaux, cadres de la diaspora revenus au pays, expatriés de multiples nationalités. La culture de travail reflète ce mélange, avec un accent sur le respect des hiérarchies, la patience dans la prise de décision, et des attentes fortes en matière de loyauté à l’organisation.
Pour réussir les négociations (partenariats locaux, sous-traitance, recrutement), il est essentiel de comprendre l’influence structurante des liens de parenté, des clans, des tribus et des régions d’origine sur la distribution des opportunités et la gestion des conflits.
Pour un expatrié, les conseils les plus souvent cités sont :
– privilégier le « nous » au « je » dans la présentation de ses succès ;
– éviter toute attitude perçue comme arrogante ou « donneuse de leçons » ;
– être prêt à endurer les coupures d’internet, les hausses soudaines du carburant, les maladies saisonnières et les changements de planning brutaux.
Les références et recommandations au sein de réseaux de confiance comptent énormément dans le recrutement et la conduite des affaires.
Faut-il s’installer au Soudan du Sud ?
La réponse dépend étroitement de votre profil et de vos motivations.
Pour un humanitaire chevronné, un professionnel de la sécurité, un spécialiste de la santé publique ou un expert du développement prêt à assumer un environnement très instable, le Soudan du Sud peut être une expérience professionnalisante exceptionnelle, avec un impact réel et visible sur les populations.
Pour un cadre du secteur privé, les opportunités existent dans les services, le bâtiment, l’énergie, l’immobilier ou les télécoms, mais au prix d’un risque élevé, d’un cadre réglementaire mouvant et d’une dépendance forte à la situation politique.
Pour une famille, Kinshasa n’offre pas actuellement les garanties de sécurité, de santé, d’éducation et de loisirs présentes dans d’autres capitales africaines. Chaque projet d’expatriation doit être examiné avec un réalisme sans concession.
Dans tous les cas, s’installer au Soudan du Sud tant qu’expatrié suppose :
– une acceptation claire du niveau de risque ;
– une préparation minutieuse (assurances, santé, finances, sécurité) ;
– une capacité à vivre avec l’incertitude, les coupures, les limitations de mouvement ;
– et une grande curiosité pour une société résiliente, complexe, riche de ses cultures, mais encore en pleine reconstruction.
Ce pays n’est pas une destination « comme les autres ». Ceux qui s’y engagent le font rarement par hasard. Pour certains, cette expatriation sera l’une des plus exigeantes et transformatrices de leur parcours professionnel et humain.
Un futur retraité de 62 ans, disposant de plus d’un million d’euros de patrimoine financier bien structuré en Europe, souhaite transférer sa résidence fiscale au Soudan du Sud afin de réduire sa fiscalité, diversifier ses investissements et conserver un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (ingénierie fiscale internationale, démarches administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après comparaison de plusieurs options (Émirats, Maurice, Géorgie, Soudan du Sud), la stratégie retenue consiste à cibler le Soudan du Sud, pays à fiscalité encore peu structurée sur les patrimoines étrangers, permettant une négociation personnalisée du cadre d’imposition et un coût de la vie très faible. La mission inclut : audit pré‑expatriation (exit tax, risques d’abus de droit), obtention d’un titre de séjour longue durée via investissements locaux ciblés, organisation de la protection sociale privée, transfert bancaire international sécurisé, plan de rupture des liens fiscaux avec la France, sécurisation contractuelle en l’absence de convention fiscale bilatérale, et mise en relation avec un réseau local (avocat, spécialiste immigration, sécurité, accompagnement culturel) pour intégrer cette mobilité dans une stratégie globale de diversification et de protection du capital.
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