S’installer au Soudan en tant qu’expatrié : mode d’emploi complet

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Soudan tant qu’expatrié, aujourd’hui, ne ressemble pas à une expatriation « classique ». Le pays combine une histoire fascinante, une population réputée pour son hospitalité, des ressources naturelles immenses… et une crise sécuritaire majeure depuis 2023, avec guerre ouverte, effondrement partiel des services publics et économie fragilisée. Autrement dit, c’est une destination qui peut encore attirer des professionnels (humanitaires, diplomates, consultants, personnel d’ONG ou d’entreprises), mais qui impose une préparation autrement plus rigoureuse que la plupart des pays africains.

Bon à savoir :

Ce guide fournit un tableau honnête et factuel sur les aspects essentiels de la vie au Soudan, notamment à Khartoum. Il couvre le coût de la vie, la sécurité, les démarches administratives, le logement, la santé, les écoles internationales, les réseaux d’expatriés et le système bancaire.

Comprendre le pays et le contexte avant de partir

Avant d’ouvrir un compte bancaire, de chercher un appartement ou une école, il faut comprendre où l’on met les pieds. Le Soudan, troisième plus grand pays d’Afrique avec une superficie d’environ 1,88 million de km², s’étend entre désert au nord, plaines et montagnes au centre, zones plus humides au sud. Le Nil le traverse et coupe le territoire en deux, avec la capitale, Khartoum, à la confluence du Nil Blanc et du Nil Bleu.

45-50

La population totale du pays est estimée entre 45 et 50 millions d’habitants.

Politiquement, le pays a traversé des décennies de guerre civile, un conflit ayant déjà coûté la vie à plus de deux millions de personnes avant même la sécession du Soudan du Sud en 2011. Depuis avril 2023, une nouvelle guerre oppose les Forces armées soudanaises à la force paramilitaire RSF, avec des combats particulièrement intenses dans la région de Khartoum, au Kordofan et au Darfour. Résultat : plus de 11 millions de déplacés, des infrastructures détruites et un système de santé exsangue.

Exemple :

Le pays présente des indicateurs socio-économiques fragiles, avec un PIB par habitant estimé entre 1 000 et 2 000 dollars annuels et une espérance de vie d’environ 66 ans. Il est également caractérisé par un faible indice de liberté humaine (environ 4,05). Paradoxalement, il dispose d’importantes richesses naturelles (or, minéraux, terres fertiles, potentiel énergétique) qui restent sous-exploitées en raison de facteurs structurels : conflits persistants, corruption endémique (reflétée par de mauvais classements internationaux) et faiblesse institutionnelle de l’État.

Pour un expatrié, cela signifie qu’il faut aborder le Soudan comme une destination à haut risque, où l’on ne vient pas pour un « lifestyle » confortable, mais pour une mission précise, avec un employeur ou un projet solidement structuré et une capacité d’évacuation planifiée.

Khartoum, capitale sous tension mais centre névralgique

Khartoum reste malgré tout le cœur du pays : capitale politique, économique et universitaire. La ville, fondée en 1821, affiche un mélange d’architecture soudanaise, turque, coloniale britannique et de constructions modernes. La métropole s’étend sur environ 1 010 km² à une altitude d’un peu moins de 400 mètres.

Les estimations de population varient fortement selon les sources, de moins d’un million à plus de cinq millions, mais toutes confirment qu’il s’agit de la plus grande ville du Soudan. La densité ressentie est élevée, avec un espace moyen estimé à environ 144 m² par habitant : Khartoum est une ville qui paraît pleine, parfois saturée, notamment dans les transports et les marchés.

Khartoum pour les expatriés

Sur le papier, la capitale soudanaise présente plusieurs atouts intéressants pour les personnes envisageant une expatriation.

Coût de la vie abordable

Le coût de la vie à Khartoum est généralement inférieur à celui de nombreuses autres capitales, permettant un certain pouvoir d’achat.

Expérience culturelle unique

La ville offre une immersion dans une culture riche et une histoire fascinante, au carrefour de l’Afrique et du monde arabe.

Communauté expatriée

Présence d’une petite communauté internationale, facilitant un certain réseau d’entraide et d’échanges.

– C’est là que se trouvent les meilleures universités du pays, dont l’Université de Khartoum.

– On y trouve la majorité des infrastructures encore fonctionnelles : hôpitaux privés, cliniques spécialisées, écoles internationales, centres commerciaux.

– Khartoum International Airport se trouve à quelques kilomètres du centre, même si, dans les faits, l’aéroport de Port-Soudan est souvent le seul opérationnel pour les vols internationaux.

Mais l’indice de qualité de vie de la ville reste faible (autour de 25 à 36 selon les méthodes de calcul), la sécurité est jugée médiocre, et la ville est décrite comme encombrée, peu sûre pour les femmes, hostile aux personnes LGBTQ+ et globalement peu adaptée aux familles étrangères.

Climat, environnement et contraintes du quotidien

La première contrainte que ressent tout nouvel arrivant, c’est le climat. Khartoum possède un climat désertique chaud : il fait chaud pratiquement toute l’année, avec une courte saison des pluies vers août.

Les données climatiques font état de températures ressenties allant de 24 °C en janvier à 40 °C en juin, avec des pics pouvant atteindre 47 °C pendant l’été. L’humidité est en général très faible (sensation d’air trop sec) sauf entre juin et septembre, où elle devient plus « agréable ». Les précipitations sont limitées, avec un maximum d’environ 22 à 26 mm en juillet et août. Le soleil tape fort, avec un indice UV systématiquement élevé, souvent entre 8 et 12, ce qui implique une protection solaire stricte et des horaires d’exposition adaptés.

Pour la vie quotidienne, cela a plusieurs conséquences concrètes :

Attention :

La chaleur extrême rend l’air conditionné indispensable dans les logements et bureaux, et les déplacements à pied dangereux. Elle accroît le risque de déshydratation, imposant l’achat d’eau en bouteille, et favorise l’émergence de maladies (diarrhéiques, méningite…), nécessitant une vigilance sanitaire permanente.

À l’échelle du pays, le nord connaît également des tempêtes de sable violentes (« haboobs ») entre mai et août, susceptibles de réduire la visibilité et de perturber les transports. La période des pluies (juin à octobre) selon les régions augmente le risque d’inondations soudaines, notamment dans les wadis (lits de rivières asséchés).

Sécurité, droit et liberté : un cadre à haut risque

S’installer au Soudan, c’est accepter de vivre dans un environnement où la sécurité ne peut pas être prise pour acquise. De nombreux gouvernements occidentaux classent le pays en « déconseillé » voire « formellement déconseillé » pour tout voyage, en raison du conflit armé, de la menace terroriste et de la criminalité.

Sur le terrain, les faits sont clairs :

Astuce :

Des combats intenses se poursuivent dans plusieurs régions, notamment à Khartoum, Omdurman, au Darfour et au Kordofan. La circulation est rendue dangereuse par de nombreux checkpoints, souvent tenus par des groupes armés aux intentions incertaines. Depuis 2023, on observe une forte augmentation des risques criminels : pillages, cambriolages, agressions, vols à l’arraché et carjackings. Les enlèvements, y compris ciblant des étrangers et des travailleurs humanitaires, constituent une menace réelle, même dans des zones auparavant stables. Enfin, le risque de détention arbitraire est présent, particulièrement pour les journalistes, les militants et le personnel humanitaire.

Le cadre juridique, largement fondé sur la charia, impose par ailleurs des règles sociales strictes :

Attention :

Dans ce pays, la consommation d’alcool et les relations sexuelles hors mariage, y compris la cohabitation de couples non mariés, sont illégales. L’homosexualité est sévèrement réprimée dans un contexte social hostile. La liberté d’expression est très restrictive : critiquer le pouvoir comporte des risques sérieux. Toute représentation du prophète Mahomet est strictement interdite et peut entraîner des incidents pour blasphème.

Pour un expatrié, cela implique non seulement une adaptation stricte des comportements (notamment pour les couples non mariés, les personnes LGBTQ+ ou les profils très visibles sur les réseaux sociaux), mais aussi la nécessité de disposer d’un soutien juridique et d’une assurance solide en cas de litige.

Coût de la vie : une ville « bon marché » mais salaires locaux très bas

Les chiffres bruts montrent que Khartoum est, sur le papier, une ville peu coûteuse comparée à la moyenne mondiale. Elle se situe dans le tiers des villes les moins chères au monde pour le coût de la vie. Mais ce constat doit être mis en perspective : le niveau des salaires locaux est si bas que le coût de la vie devient, pour un Soudanais, très élevé.

Pour un expatrié rémunéré en devise étrangère (dollars, euros, riyals, etc.), la situation est tout autre : la vie quotidienne peut sembler très abordable, voire bon marché, à condition de tenir compte des surcoûts liés à la sécurité, à la santé ou à l’évacuation éventuelle.

Vue d’ensemble des coûts mensuels

Les estimations disponibles pour Khartoum convergent vers les ordres de grandeur suivants (dollars américains) :

ProfilCoût mensuel avec loyerCoût mensuel hors loyer
Personne seule – moyenne850 à 1 050 $460 à 900 $
Personne seule – budget minimal≈ 456 $
Personne seule – niveau « confortable »jusqu’à 2 350 $
Famille de quatre personnes – moyenne1 670 à 2 040 $1 350 à 1 360 $
Mode de vie « nomade » très frugal≈ 345 $

Globalement, le coût de la vie serait environ 1,25 fois inférieur à la moyenne mondiale. Mais pour un salarié payé en monnaie locale, c’est une autre histoire.

Salaires et pouvoir d’achat

Les salaires nets moyens à Khartoum, d’après plusieurs sources, se situent en général entre 130 et 200 dollars par mois, avec quelques estimations montant à 550 dollars. À l’échelle nationale, le salaire moyen est proche de 156 dollars. Un indicateur synthétique souligne que le coût moyen de la vie à Khartoum représente environ 6,9 fois ce salaire moyen local, et 5,8 fois la moyenne nationale.

Astuce :

Un salaire local standard ne permet pas de couvrir durablement les dépenses de base, ce qui explique la dépendance croissante des familles aux transferts de la diaspora. Pour un expatrié, il est donc indispensable d’être rémunéré dans une devise forte ou via un package international, et non sur la base des grilles salariales locales.

Logement : loyers très variés et forte prime aux quartiers « expatriés »

Le logement est l’un des postes de dépense les plus sensibles, avec une amplitude très large selon le quartier, le standing et la sécurité. Khartoum dispose à la fois d’appartements modernes, de villas avec jardin et de logements beaucoup plus simples.

Les données rassemblées donnent les fourchettes suivantes pour les loyers mensuels :

Type de logementCentre-ville Khartoum (loyer mensuel)Périphérie/extérieur centre (loyer mensuel)
Appartement 1 chambre – fourchette185 à 900 $80 à 550 $
Appartement 1 chambre – moyenne courante490 à 710 $170 à 350 $
Appartement 3 chambres – fourchette370 à 1 850 $164 à 1 000 $
Appartement 3 chambres – moyenne courante980 à 1 430 $280 à 630 $

À côté de ces chiffres basés sur des plateformes globales, des sources plus axées sur l’immobilier local évoquent des appartements de 1‑2 chambres dans les quartiers « recherchés » (comme Alryad, Al Manshia, Al Amarat) à des prix compris entre 800 et 1 500 dollars par mois. Ces zones concentrent une bonne partie de la communauté étrangère, car on y trouve des immeubles sécurisés, des générateurs, une climatisation correcte et un accès plus facile aux écoles et cliniques privées.

Les villas et maisons indépendantes (souvent à Riyadh, Tayif, Garden City ou Manshiya) peuvent offrir 3 à 9 chambres, parfois un parking fermé et un jardin. Leur rapport qualité-prix est intéressant pour des familles ou pour de la colocation d’expatriés, malgré un coût total élevé. Certaines constructions proposent aussi un service de gardiennage 24h/24, un point non négligeable en contexte de conflit.

33000

Le prix médian d’un logement est estimé autour de 33 000 dollars.

À noter : les taux d’intérêt hypothécaires à 20 ans gravitent entre 21 et 30 % par an, ce qui rend le crédit immobilier peu attractif.

Services, eau, énergie et Internet

Les charges de base (électricité, eau, collecte des déchets, climatisation) pour un appartement moyen tournent autour de 50 dollars par mois, avec une fourchette de 33 à 80 dollars selon la taille du logement, l’utilisation de la climatisation et la politique du fournisseur.

Le point noir reste la connectivité. Malgré la disponibilité théorique d’offres Internet illimitées (50 à 60 Mbps annoncés), la réalité montre une vitesse moyenne d’environ 0,5 Mbps, jugée « inutilisable » pour les usages intensifs. Les forfaits peuvent coûter de 25 à 150 dollars par mois. Pour les téléphones mobiles, un forfait avec appels et au moins 10 Go de données se situe aux alentours de 10 dollars par mois.

Compte tenu des coupures fréquentes d’électricité et d’Internet liées au conflit, beaucoup d’expatriés et d’organisations investissent dans des solutions de secours : générateurs, panneaux solaires, connexions satellitaires si possible.

Nourriture et restaurants : prix modestes, choix limité

Côté alimentation, Khartoum propose un mélange de cuisine locale, d’influences moyen‑orientales et de quelques adresses internationales. L’offre reste limitée en comparaison d’autres capitales africaines, mais de quoi se nourrir correctement, surtout si l’on cuisine à la maison.

Quelques repères de prix :

Produit / serviceFourchette de prix typique (USD)
Repas simple au restaurant2,4 à 12 $ (moyenne ~5–6 $)
Menu pour 2 dans un restaurant moyen14 à 61 $ (moyenne ~30–35 $)
Menu fast‑food2,3 à 10 $ (moyenne ~6–8 $)
Cappuccino0,7 à 5,6 $ (moyenne ~2,5 $)
Litre de lait1 à 2,5 $ (moyenne ~1,5 $)
Pain blanc (500 g)0,45 à 1,65 $ (moyenne ~1,1 $)
Riz (1 kg)0,5 à 5 $ (moyenne ~1,5–2,5 $)
Œufs (12)2,1 à 3,6 $ (moyenne ~2,5–3 $)
Poulet (1 kg)3,3 à 12 $ (moyenne ~6–8,5 $)
Bœuf (1 kg)5 à 13,4 $ (moyenne ~7–8 $)
Fruits & légumes courants (kg)Banane : ~1,2 $ ; pomme : ~4,5–6 $ ; tomate : ~1,5–2,3 $

En l’absence d’alcool légal, les boissons se limitent souvent à l’eau (en bouteille, environ 0,4 $ pour 0,33 L), aux sodas, aux jus et aux bières et vins désalcoolisés.

Bon à savoir :

Préparer ses repas à la maison est plus économique que de manger au restaurant. Un panier de base comprenant céréales, légumes, fruits, œufs et viande permet de vivre confortablement à un coût modéré, particulièrement avec un revenu en devises étrangères.

Transports et mobilité : peu coûteux mais risqués

Les transports publics urbains restent très bon marché, mais souvent vétustes et surchargés. Un ticket de bus peut coûter moins d’un dollar (0,5 à 0,7 $ en moyenne), et un abonnement mensuel existerait à des tarifs très faibles (7 à 25 $), même si dans la pratique, le conflit, les manques d’entretien et les pénuries de carburant perturbent fortement le réseau.

Les taxis, plus adaptés aux expatriés, affichent des tarifs corrects : le départ de course varie entre 2 et 5 dollars, avec un prix au kilomètre autour de 1 $. Un trajet de 8 km peut coûter autour de 9 à 12 dollars. L’essence, selon les sources, oscille entre 1,06 et 1,67 dollar le litre, mais il faut tenir compte des variations du marché noir et des pénuries.

Les routes sont fréquemment décrites comme « très dangereuses » : chaussées abîmées, véhicules peu entretenus (souvent sans lumières la nuit), absence de signalisation, présence de piétons, charrettes, animaux, et surtout multiplication des checkpoints depuis la guerre. Conduire soi‑même, même avec un permis international, nécessite donc une expérience solide de la conduite en environnement difficile et une bonne connaissance du contexte local.

Démarches d’entrée, visas et enregistrement

Sur le plan administratif, le Soudan se distingue par des procédures de visas et de résidence complexes, parfois opaques, et par un enchevêtrement d’exigences : visa d’entrée, enregistrement auprès de la police, permis de déplacement hors de Khartoum, autorisations spécifiques pour certaines régions.

La majorité des étrangers doit obtenir un visa avant l’arrivée. Il existe, dans certains cas, des possibilités de visa à l’arrivée à Khartoum, mais elles sont souvent conditionnées à une invitation formelle d’un hôtel ou d’un tour‑opérateur et sont déconseillées sans soutien local solide.

Bon à savoir :

Pour travailler ou effectuer une mission humanitaire, il faut généralement un visa d’affaires ou de mission, soutenu par une lettre de l’employeur ou du partenaire local. Le délai de traitement est de 3 à 6 semaines, avec des retards possibles à anticiper. L’obtention d’un permis de séjour temporaire nécessite presque toujours un sponsor local (entreprise, ONG, ambassade, hôtel).

Une fois sur place, l’enregistrement auprès du ministère de l’Intérieur (service des étrangers) doit se faire dans les trois jours suivant l’arrivée. Des frais sont à prévoir, ainsi que pour les permis de déplacement si vous devez sortir de la région de Khartoum ou vous rendre dans des zones sensibles comme le Darfour ou le Kordofan.

Attention :

Outre les documents de voyage classiques, l’entrée dans certains pays peut nécessiter des vaccins spécifiques (comme celui contre la fièvre jaune, avec certificat obligatoire si l’on vient d’une zone à risque) et peut être refusée aux voyageurs dont le passeport comporte un visa israélien.

Dans ce contexte, il est vivement conseillé de :

– s’appuyer sur un employeur, une ONG ou une ambassade qui gère régulièrement des procédures de visas pour le Soudan ;

– éviter les allers‑retours fréquents non indispensables ;

– conserver systématiquement des copies de ses documents et de ses autorisations de déplacement.

Importer ses effets personnels et s’installer matériellement

Le cadre réglementaire sur l’importation de biens personnels est assez détaillé. Pour un expatrié qui s’installe avec un conteneur de meubles et d’objets domestiques, plusieurs points ressortent :

Tous les conteneurs sont intégralement inspectés, boîte par boîte.

– Des taxes et frais d’inspection sont systématiques, souvent de l’ordre de 250 dollars au minimum.

– Les délais de dédouanement dépassent fréquemment trois semaines, en partie à cause de la congestion des ports.

– Les démurrages (frais de stationnement des conteneurs) peuvent s’accumuler en cas de retard.

Bon à savoir :

Les diplomates bénéficient d’exemptions douanières partielles ou totales mais doivent suivre des procédures spécifiques, comme faire valider des formulaires par le ministère des Affaires étrangères. Les expatriés classiques sont soumis aux droits et taxes sur leurs effets personnels, dans les limites de valeurs et de quantités autorisées (ex. : nombre maximal d’appareils comme les climatiseurs ou réfrigérateurs).

Une longue liste d’objets est soit interdite (alcool, drogues, pornographie, jeux d’argent, certaines armes, pneus ou vêtements usagés, etc.), soit soumise à permis spécial (satellite, armes, médicaments, animaux vivants, matériel d’impression, générateurs puissants, antiquités, plantes ou denrées alimentaires).

Avec un tel niveau de contrôle, beaucoup d’expatriés préfèrent voyager léger et acheter sur place, ou recourir à des déménageurs internationaux expérimentés sur la destination, capables d’anticiper les blocages et d’obtenir les permisions nécessaires.

Santé, système médical et assurances : un point vital

Le système de santé soudanais était déjà fragile avant 2023. Malgré une couverture théorique par un Fonds national d’assurance santé pour plus de 80 % de la population, la réalité au sol était celle d’un système sous‑financé, avec pénuries de médicaments, manque de personnel qualifié et nombreux hôpitaux publics en mauvais état.

Les chiffres montrent une fuite massive des professionnels : environ 60 % des médecins formés travaillent à l’étranger, principalement dans les pays du Golfe, au Royaume‑Uni, en Irlande et aux États‑Unis. Les salaires locaux de médecins sont très bas (aux alentours de 250 dollars par mois dans le public avant la guerre), ce qui entretient ce « brain drain ».

Avec le conflit déclenché en 2023, la situation s’est dramatiquement aggravée :

70

Dans les États touchés par la guerre, environ 70 % des structures de santé, publiques et privées, ont été contraintes de fermer.

Pour un expatrié, la conclusion est limpide : il ne faut pas compter sur le système public, et même le privé est fortement sous pression. La recommandation standard est de :

Astuce :

Avant votre séjour, souscrivez une assurance internationale incluant l’évacuation sanitaire vers un pays tiers (Égypte, Émirats, Europe…). Identifiez les établissements de santé fiables, notamment à Khartoum (Royal Care International Hospital, Fedail Hospital…). Apportez vos médicaments personnels et traitements chroniques, souvent indisponibles localement. Prévoyez également des liquidités en devises étrangères pour régler d’éventuels frais médicaux en espèces.

Les risques sanitaires ne se limitent pas aux blessures liées au conflit. Le Soudan est exposé à une longue liste de maladies : hépatites A et E, fièvre typhoïde, paludisme, dengue, fièvre jaune, chikungunya, méningite, schistosomiase, maladies diarrhéiques… Les vaccins recommandés sont nombreux (hépatites, typhoïde, méningite, rappels de base, éventuellement fièvre jaune) et doivent être anticipés avec un médecin de médecine des voyages, plusieurs semaines avant le départ.

Dans ce contexte, beaucoup d’expatriés ou d’ONG s’appuient également sur le réseau de la diaspora médicale soudanaise, très active via la télémédecine et des plateformes en ligne. Des projets structurés ont déjà prouvé leur utilité, comme le Gezira Family Medicine Project, qui a montré la faisabilité de milliers de télé‑consultations à distance. Mais cela reste complémentaire, pas un substitut à une vraie infrastructure sanitaire.

Éducation et écoles internationales : un point clé pour les familles

Pour les expatriés venant avec des enfants, la question de la scolarité est cruciale. Le système d’éducation public soudanais est essentiellement en arabe, avec des universités nombreuses mais de niveau inégal. Pour des enfants habitués à des parcours internationaux, les écoles internationales de Khartoum représentaient jusqu’à récemment un atout important.

On trouve (ou trouvait avant le début de la guerre) plusieurs établissements de profils différents :

Écoles Internationales à Khartoum

Panorama des principaux établissements scolaires internationaux et bilingues proposant des programmes américains, britanniques, français et l’IB dans la capitale soudanaise.

Khartoum American School (KAS)

École accréditée par des organismes américains et européens. Propose un programme américain avec des cours Advanced Placement (AP), des tests standardisés (MAP, SAT, TOEFL) et compte une forte proportion d’élèves internationaux.

Khartoum International Community School (KICS)

École privée anglophone et IB World School. Offre le Programme primaire (PYP) de l’IB, les IGCSE britanniques et le diplôme du Baccalauréat International.

Établissements à Curriculum Britannique

Incluent des écoles comme Cambridge International School ou Unity High School, suivant le système éducatif britannique.

École Française Internationale de Khartoum

Établissement homologué par le réseau français de l’étranger, proposant le curriculum national français.

Écoles Bilingues & Internationales

Comme SIGS ou Confluence International School. Programmes mélangeant curriculum britannique, contenu national soudanais (arabe, religion) et préparation aux examens internationaux.

KAS, historiquement, accueillait environ 240 à 250 élèves de plus de 40 nationalités, avec un campus de 10 acres, une piscine, des laboratoires, des salles d’informatique et un programme sportif et artistique développé. Depuis la guerre, l’école a relocalisé ses opérations sur un campus partenaire en Égypte (Schutz American School à Alexandrie), en mode satellitaire, afin de préserver la continuité pédagogique pour ses élèves.

KICS, de son côté, proposait un campus moderne en périphérie de Khartoum, avec près de 400 élèves au début des années 2010, et un programme IB complet.

Pour un expatrié qui envisage malgré tout une installation familiale au Soudan, plusieurs éléments doivent donc être pris en compte :

– Vérifier si l’école internationale ciblée fonctionne encore in situ ou si elle a basculé en mode hybride / à distance depuis l’étranger.

– Comprendre que les frais de scolarité sont élevés par rapport au niveau de vie local (plusieurs milliers de dollars par an et par enfant pour les écoles internationales reconnues).

– Intégrer dans le package d’expatriation un budget spécifique « scolarité internationale », souvent négocié avec l’employeur.

– Avoir un plan B : possibilité de mise en pension dans une école internationale d’un pays voisin, ou scolarisation à distance si la situation sécuritaire se détériore.

Pour des missions courtes (six mois à un an) dans un contexte instable, beaucoup d’organisations choisissent tout simplement de ne pas faire venir les familles, ce qui limite l’usage des écoles internationales et renforce le caractère « poste dur » de la destination.

Culture, codes sociaux et adaptation du quotidien

Au‑delà des aspects matériels, l’expérience au Soudan est aussi une immersion dans une culture très différente de celle d’un expatrié occidental, marquée par l’islam, une forte solidarité communautaire et des règles sociales précises.

Les salutations sont très importantes : on se dit « Salam alaikum », parfois accompagné d’une poignée de main, voire d’une accolade entre personnes du même sexe. Les titres de respect (« docteur », « cheikh », « ustaz/ustaza ») sont largement utilisés. Prendre le temps de demander des nouvelles de la famille, de la santé, de l’origine fait partie de la politesse de base, même en contexte professionnel.

Bon à savoir :

La société est de type conservateur et patriarcal, où les hommes dominent l’espace public et les femmes sont souvent responsables du foyer. Les événements sociaux (mariages, repas) sont fréquemment séparés par genre. Pour les expatriées, une tenue modeste (épaules et genoux couverts, vêtements non moulants) facilite les interactions. Les expatriés masculins doivent éviter les shorts en public et respecter une certaine distance avec les femmes.

Sur le plan religieux, le rythme de la journée est scandé par les prières et, pendant le Ramadan, par le jeûne du lever au coucher du soleil. Les étrangers ne sont pas tenus de jeûner, mais manger ou boire ostensiblement devant des jeûneurs à midi peut être perçu comme irrespectueux. La vie économique ralentit fortement pendant ce mois, et il faut en tenir compte pour les horaires de travail, les réunions ou la planification de projets.

Astuce :

La ponctualité est relative dans de nombreux contextes culturels. Les réunions peuvent commencer avec du retard et les impératifs familiaux ou religieux passent souvent avant l’agenda formel. Pour réussir votre intégration, adoptez une certaine flexibilité face à ces différences, tout en sachant fixer des repères et des délais clairs lorsque les exigences professionnelles le nécessitent.

Réseaux d’expatriés et diaspora : un soutien précieux

Le Soudan ne dispose pas d’une scène de vie nocturne développée, de bars ou de clubs au sens occidental, notamment à cause de la prohibition de l’alcool. En revanche, la présence d’une diaspora soudanaise très active et de quelques réseaux organisés d’expatriés crée un environnement de soutien informel précieux.

Bon à savoir :

La plateforme InterNations propose une communauté active à Khartoum, avec des événements (dîners, rencontres) et un forum pour obtenir des conseils pratiques sur les écoles, les médecins ou les démarches administratives. Pour un nouvel arrivant, cela permet d’accéder rapidement à des informations fiables, dans un contexte où les sources officielles sont parfois incomplètes ou obsolètes.

En parallèle, la diaspora soudanaise à l’étranger – estimée entre 4,5 et plus de 5 millions de personnes – joue un rôle clé dans le soutien au pays, que ce soit à travers les transferts d’argent, l’envoi de matériel, ou la mise en place de projets humanitaires et de télémédecine. Des organisations comme la Sudanese American Physicians Association, SUDAQ au Qatar, ou encore Sadagaat (ONG issue des professionnels soudanais aux États‑Unis) interviennent directement pour soutenir des hôpitaux, financer des puits, organiser des cantines populaires ou offrir des consultations à distance.

Pour un expatrié non soudanais, ces structures offrent aussi parfois des points de contact, des partenariats, ou simplement un prisme pour mieux comprendre les dynamiques internes du pays.

Banque, argent et gestion financière sur place

Le système bancaire soudanais, lui aussi, a été ébranlé par les sanctions, les crises économiques successives et plus récemment par la guerre. Avant même 2023, il était difficile d’utiliser des cartes bancaires étrangères : la plupart des banques et des distributeurs automatiques n’acceptaient pas les cartes Visa ou MasterCard émises hors du pays. Aujourd’hui, la tendance reste de privilégier le cash en devise, en particulier le dollar américain.

Pour les expatriés long séjour, l’ouverture d’un compte local est envisageable, notamment auprès de banques comme Bank of Khartoum ou d’autres institutions soudanaises. Les conditions habituelles incluent :

un passeport avec visa valide ;

un permis de travail et/ou de résidence ;

une lettre de l’employeur ou un certificat de salaire ;

des photos d’identité ;

un dépôt initial en monnaie locale.

Attention :

Les comptes courants peuvent être ouverts en livres soudanaises (SDG) et parfois en dollars, mais l’accès aux devises étrangères est contrôlé. Les établissements appliquent strictement les règles de connaissance du client et de lutte contre le blanchiment (KYC/AML). Les procédures d’ouverture sont généralement plus complexes pour les non-nationaux.

Dans la pratique, beaucoup d’expatriés privilégient :

la détention de liquidités en dollars ou en euros, à conserver en sécurité ;

l’utilisation de bureaux de change officiels pour convertir au besoin (la monnaie locale n’est pas convertible à l’international et son exportation est en principe interdite) ;

– les transferts internationaux via des systèmes alternatives ou via des comptes bancaires dans des pays tiers.

Les fluctuations importantes du taux de change et l’existence de marchés parallèles imposent de surveiller en permanence la valeur réelle de la livre soudanaise et de négocier au mieux les transferts.

Faut‑il venir vivre au Soudan aujourd’hui ?

Pour conclure, s’installer au Soudan tant qu’expatrié, en 2024 et au‑delà, ne relève pas d’un simple choix de carrière exotique. C’est un engagement dans un environnement où la sécurité n’est jamais garantie, où les infrastructures sont fragiles, où l’accès à la santé et aux services de base est compromis dans de nombreuses zones, et où la marge de manœuvre personnelle est fortement encadrée par la loi et la pression sociale.

Bon à savoir :

Pour les professionnels de l’humanitaire, de la diplomatie, de la coopération internationale, ou pour des profils techniques (énergie, télécoms, agriculture, logistique), le Soudan reste un terrain d’action majeur offrant un impact concret. Les salaires d’expatriés, s’ils sont négociés en devises et assortis de garanties (assurance santé internationale, évacuation, soutien psychologique, prise en charge scolaire, rotations régulières), permettent de compenser partiellement les risques encourus.

Avant de prendre la décision de s’installer, il est indispensable de :

Astuce :

Pour une expatriation en zone de crise, il est essentiel de : consulter régulièrement les conseils aux voyageurs de son pays d’origine ; discuter en détail avec son employeur des mesures de sécurité, des protocoles d’évacuation et des garanties logistiques ; se préparer médicalement (vaccins, trousse de secours, assurance) et psychologiquement à vivre dans un contexte de crise prolongée ; et, pour les missions longues, envisager sérieusement une séparation géographique d’avec la famille, surtout les enfants, tant que la situation reste volatile.

Le Soudan reste un pays d’une richesse humaine et culturelle incontestable, dont la diaspora maintient vivante l’idée d’une « unité nationale » fondée sur la solidarité et la générosité. Pour l’expatrié qui choisit d’y vivre en connaissance de cause, avec une préparation minutieuse et le soutien d’une structure solide, l’expérience peut être intense, exigeante, parfois bouleversante – mais rarement banale.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros structuré en Europe, souhaite transférer sa résidence fiscale au Soudan pour réduire sa charge imposable, diversifier ses investissements et conserver un lien avec la France. Budget : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après étude de plusieurs destinations (Émirats, Maroc, Sénégal, Soudan), la stratégie retenue consiste à cibler le Soudan pour son niveau général de fiscalité direct modéré, son coût de vie très bas (Khartoum largement inférieur à Paris) et la possibilité de développer des revenus en monnaies fortes via des investissements internationaux logés hors de France. La mission inclut : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, risques d’abus de droit), obtention de la résidence et titre de séjour, organisation de la couverture santé internationale, transfert de la résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an, centre des intérêts économiques), coordination avec un réseau local (avocat, immigration, traductions) et intégration patrimoniale globale (analyse, restructuration, préparation de la transmission).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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