Gestion financière à l’international : services bancaires pour expatriés en Égypte

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer en Egypte, c’est accepter un choc culturel passionnant, un coût de la vie très avantageux… et un environnement bancaire radicalement différent de celui de l’Europe. Pour un expatrié, la question n’est pas seulement “où ouvrir un compte ?”, mais “comment organiser durablement mes flux entre l’Egypte, mon pays d’origine et le reste du monde ?”.

Bon à savoir :

Le secteur bancaire égyptien est solide mais peu utilisé par la population locale, qui privilégie le cash. Pour les expatriés, il est conseillé d’adopter une stratégie mixte : utiliser à la fois le système bancaire local et les services internationaux (banques françaises/européennes, fintechs, néobanques) pour bénéficier de comptes multidevises et de transferts à bas coût.

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Comprendre le contexte bancaire et économique égyptien

L’Egypte est l’un des grands marchés émergents du Moyen‑Orient et de l’Afrique du Nord. Le pays compte plus de 100 millions d’habitants, mais seule une minorité d’adultes dispose d’un compte bancaire formel. La majorité des transactions du quotidien reste en liquide, même si les paiements par carte progressent dans les grandes villes.

Un secteur bancaire massif mais encore peu inclusif

Selon les données de la Banque centrale d’Egypte et de la Banque mondiale, le paysage bancaire égyptien est loin d’être marginal à l’échelle africaine.

Voici un aperçu chiffré du secteur :

Indicateur (2019)Egypte
Nombre de banques38
Nombre d’agences4 009 (4,9 agences pour 100 000 habitants)
Nombre de DAB (ATM)12 656
Cartes de débit en circulation16 millions
Cartes prépayées en circulation12,9 millions
Cartes de crédit en circulation3,1 millions
Effectifs bancaires120 561 employés
Actifs totaux du secteur bancaire~300 milliards de dollars
Part des actifs bancaires nord‑africains> 30 %
Part des actifs bancaires africains~16 %

En Afrique, seuls quelques pays dépassent l’Egypte en taille bancaire, notamment l’Afrique du Sud. Le pays se démarque également par la performance et la rentabilité de ses banques : le retour sur fonds propres est passé d’environ 13 % en 2009 à près de 40 % en 2017 selon le FMI. Les grandes institutions publiques, comme la National Bank of Egypt (NBE) et Banque Misr, concentrent près de la moitié des actifs du secteur.

Astuce :

Malgré une infrastructure bancaire solide, un peu plus d’un tiers des adultes seulement possède un compte. Une large partie de la population travaille dans l’économie informelle. Pour un expatrié, cela implique de composer avec un environnement où les transactions en espèces restent prédominantes.

Une modernisation en cours, portée par la Banque centrale

Depuis plusieurs années, la Banque centrale d’Egypte pousse une stratégie de modernisation et d’inclusion financière dans le cadre de la Vision Egypte 2030. Elle est membre de l’Alliance for Financial Inclusion depuis 2013 et fait partie, depuis 2017, des pays pilotes du programme mondial d’inclusion financière de la Banque mondiale.

Objectifs affichés : élargir l’accès aux services bancaires pour des dizaines de millions de personnes et digitaliser progressivement les paiements. Concrètement, cela s’est traduit par :

Initiative de la Banque centrale d’EgypteDescription synthétique
Cartes de paiement pour fonctionnaires4,5 millions de cartes pour les salariés des institutions publiques, salaires versés via banques
Cartes pour retraités7 millions de cartes supplémentaires pour les pensions
Portefeuilles mobiles (“Wallet”)Plus de 5,5 millions d’utilisateurs dès 2018
Programme PME (2016)Objectif : 20 % du portefeuille de crédits dédié aux PME, avec conditions préférentielles
Règlementation paiements mobiles (2016)Nouveau cadre permettant transferts et paiements par mobile

Parallèlement, la Banque centrale a donné son feu vert au lancement de la première banque 100 % numérique, Onebank, filiale de Banque Misr, censée démarrer ses opérations en 2026. Objectif prioritaire : toucher cette majorité d’adultes encore exclue du système bancaire classique.

Pour un expatrié, cette dynamique est une bonne nouvelle : plus l’écosystème se digitalise, plus il devient simple d’interagir avec les banques locales, d’utiliser des portefeuilles mobiles et de recevoir ou envoyer des fonds sans passer uniquement par le cash.

Ouvrir un compte bancaire en Egypte quand on est expatrié

En théorie, ouvrir un compte en Egypte est possible pour un étranger. En pratique, c’est souvent plus compliqué que ce que les brochures promettent, surtout si l’on n’est pas encore résident.

Conditions d’ouverture : résidence, dépôt minimum, paperasse

Les banques égyptiennes restent très réglementées sur le sujet. Pour un expatrié, plusieurs réalités doivent être intégrées dès le départ :

la plupart des banques exigent un titre de séjour valable au moins six mois ;

l’ouverture d’un compte pour un étranger “non résident” n’est pas encore systématique, même si la Banque centrale encourage les établissements à accepter davantage de profils non résidents ;

– les dépôts minimums varient fortement et peuvent atteindre plusieurs milliers de livres égyptiennes selon les banques et les types de comptes.

Dans les grandes lignes, les documents habituellement demandés sont :

passeport (original + copie) avec visa égyptien ;

– photos d’identité récentes ;

– justificatif de résidence en Egypte (bail, facture, éventuellement attestation de l’employeur) dès que l’on passe en statut résident ;

– montant minimum d’ouverture fixé par la banque ;

– formulaire d’ouverture à remplir sur place.

Exemple :

Les conseillers bancaires maîtrisent généralement l’anglais pour accompagner la clientèle étrangère, et les formulaires sont disponibles dans cette langue. Avec un dossier complet, la procédure d’ouverture de compte prend normalement moins d’une heure. Certains expatriés témoignent avoir obtenu leur compte en quelques dizaines de minutes, avec réception de la carte bancaire sous une semaine.

En revanche, la culture du “non” implicite est fréquente : si le profil sort un peu du cadre ou si les justificatifs paraissent insuffisants, le banquier peut freiner des quatre fers sans forcément expliciter le blocage. D’où l’intérêt de tester plusieurs établissements.

Résident, non résident : la position de la Banque centrale

Sur le papier, la Banque centrale a rappelé récemment que rien, dans la réglementation bancaire, n’interdit d’ouvrir des comptes à des clients étrangers non résidents. Un circulaire de 2024 a même sermonné les banques locales qui multipliaient les refus face aux “Non‑Resident Foreign Clients”, les avertissant des risques de réputation et de contournement du secteur formel.

Message officiel : les comptes de non résidents sont autorisés, à condition de respecter scrupuleusement les règles de connaissance client (KYC), de lutte contre le blanchiment de capitaux (AML) et le financement du terrorisme (CFT). Pour les expatriés, cela signifie que, si le dossier est propre et bien documenté (origine des fonds, activité professionnelle claire, etc.), les banques ne peuvent pas opposer un principe de refus absolu.

Attention :

Dans les faits, de nombreux établissements bancaires continuent de privilégier les profils résidents ou à forte capacité financière, surtout dans le contexte régional instable. Il est donc crucial de constituer un dossier solide et de privilégier une banque ayant déjà de l’expérience avec les clients étrangers, comme HSBC, le Crédit Agricole ou les grandes banques privées locales.

Types de comptes disponibles

Le paysage de base est relativement simple :

compte courant (compte chèque) : pour la gestion quotidienne, la réception de salaire local, les retraits, les paiements par carte ;

compte d’épargne : rémunéré, parfois très proche d’un compte courant avec intérêts.

Dans certains cas, la distinction est plus marketing que juridique : un “compte épargne” peut n’être qu’un compte à vue portant intérêt. La plupart des grandes banques proposent également des comptes en devises (USD, EUR, parfois GBP), très utiles pour un expatrié qui perçoit encore une partie de ses revenus à l’étranger ou souhaite limiter son exposition à la livre égyptienne.

Voici un panorama synthétique de quelques grands acteurs pertinents pour un expatrié :

BanqueStatut / type principalPositionnement utile pour expatrié
National Bank of Egypt (NBE)Banque publique, plus grande du paysRéseau dense, offres variées pour particuliers, cartes prépayées utiles
Banque MisrBanque publique, n°2 du marchéForte expertise internationale, filiale Banque Misr Paris
Commercial International BankPremière banque privée égyptienneRéférence en banque digitale et services premium
QNB AlahliFiliale de Qatar National BankProfil international, clientèle entreprises et particuliers aisés
HSBC EgyptFiliale du groupe HSBCBanque internationale, adaptée aux profils globaux
Arab African International BankBanque égypto‑koweïtienneBanque mixte régionale, services de private banking
Faisal Islamic BankBanque islamiqueProduits conformes à la finance islamique
ADIB EgyptBanque islamique (groupe émirati)Combine services digitaux et conformité charia

Pour un expatrié francophone, la présence de banques comme Crédit Agricole, BNP Paribas ou la connexion avec Banque Misr Paris peut également simplifier les transferts entre la France et l’Egypte.

Vivre en Egypte : cash, cartes, coût de la vie et réalité du terrain

Au‑delà de l’ouverture de compte, il faut comprendre comment l’argent circule concrètement dans le pays. Car la plus belle offre digitale ne sert à rien si personne n’accepte les paiements par carte dans votre quartier.

Une économie encore très cash

Les grandes métropoles comme Le Caire ou Alexandrie sont correctement équipées en distributeurs automatiques de billets (DAB), et la plupart des hôtels, centres commerciaux, restaurants de standing, clubs ou grands magasins acceptent les cartes Visa et Mastercard. Des autocollants à l’entrée indiquent généralement les moyens de paiement acceptés.

Mais dès que l’on s’éloigne des centres ou que l’on descend en gamme de prix, le cash reprend la main : petits commerces, taxis, marchés, artisans… Dans les zones rurales, les DAB sont rares, voire inexistants. Le retrait quotidien autorisé peut paraître limité à un expatrié : nombre de banques fixent un plafond autour de 500 livres égyptiennes, même si d’autres montent entre 5 000 et 10 000 EGP selon la carte.

Quelques conséquences pratiques :

Astuce :

Lors d’un voyage en Égypte, il est crucial de toujours prévoir une réserve de liquide en livres égyptiennes pour couvrir les dépenses courantes. Avant votre départ, vérifiez les plafonds de retrait de votre banque locale et de votre carte bancaire étrangère. Aux distributeurs automatiques de billets (DAB), protégez systématiquement votre code PIN et méfiez-vous de l’aide « spontanée » proposée par des inconnus. Pour plus de sécurité, privilégiez les DAB situés à l’intérieur des agences bancaires ou des centres commerciaux plutôt que ceux isolés dans la rue.

Coût de la vie : des prix bas, mais un pouvoir d’achat local très limité

Pour un expatrié payé en euros ou en dollars, l’Egypte offre un coût de la vie très attractif. Les comparaisons avec la France donnent des écarts impressionnants :

coût de la vie global environ 60 % plus bas ;

– un résident peut vivre confortablement avec un budget mensuel d’environ 450 € ;

– un simple repas au restaurant tourne autour de 60 livres égyptiennes, soit à peine 3 € ;

– un appartement d’une chambre au centre d’une ville se loue autour de 146 € par mois, avec des exemples extrêmes comme des maisons à Luxor pour 60 € mensuels.

Quelques repères chiffrés :

Dépense courantePrix indicatif en Egypte (en €)
Pain (500 g)~0,58 €
Tomates (1 kg)~0,35 €
Pommes de terre (1 kg)~0,43 €
Poulet (1 kg)~3,92 €
Fromage local (1 kg)~3,10 €
Bouteille d’eau (1 L)~0,17 €
Litre de lait~0,79 €
Repas simple au restaurant~3,62 €
Dîner pour deux au restaurant “moyen”~18 €
Ticket de transport local~0,22 €
Abonnement mensuel transports~5,43 €
Taxi au km~0,27 €
Cinéma~2,71 €
Abonnement mensuel à une salle de sport~15 €
Internet haut débit (mensuel)~8,75 €
Forfait mobile avec internet (mensuel)~5,75 €

Ce niveau de prix facilite l’installation, mais il faut garder en tête que le pouvoir d’achat local est très faible : environ 75 % inférieur à celui de la France. Pour un expatrié payé en monnaie forte, cela renforce l’intérêt de bien gérer les conversions de devises et les placements, car la tentation est grande de laisser “dormir” beaucoup de liquidités sur un compte local peu rémunéré.

Pourboires, négociation, usages

La gestion de l’argent en Egypte ne se limite pas aux chiffres : elle touche aussi aux codes sociaux.

Bon à savoir :

Le pourboire, souvent appelé ‘baksheesh’, est une pratique courante et fait partie intégrante de la vie quotidienne.

– au restaurant ou au café, laisser généralement 10 à 15 % de l’addition ;

– à l’hôtel, quelques livres pour les bagagistes (10–20 EGP par bagage) et pour le personnel d’étage (20–50 EGP par jour) ;

– pour un guide, on compte volontiers 50–100 EGP par personne pour une journée de visite, plus une enveloppe pour le chauffeur.

La négociation (“haggling”) est attendue dans les souks, marchés, petites boutiques touristiques ou pour certains trajets en taxi. En revanche, elle n’a pas sa place dans les supermarchés, les chaînes, les musées ou les établissements à prix affichés. Pour un expatrié, s’y mettre avec le sourire permet souvent d’éviter les tarifs “touristes”.

Articuler comptes locaux, comptes en France et néobanques

L’expatrié qui s’installe en Egypte doit très vite raisonner en “système bancaire élargi” plutôt qu’en banque unique. Le cœur du dispositif repose en général sur trois étages : un compte local en Egypte, un ou plusieurs comptes dans le pays d’origine (par exemple en France), et un compte multidevise ou une néobanque internationale.

Un compte local pour les flux du quotidien

Même si vous avez une carte internationale sans frais hors zone euro, il est rarement optimal d’utiliser uniquement un compte étranger :

nom des propriétaires, employeurs ou administrations veulent un compte local pour domicilier salaire ou loyer ;

– les banques égyptiennes facturent généralement moins de frais sur les retraits et virements nationaux que les banques européennes sur les transactions internationales ;

– pour certaines démarches (visa, permis de résidence, achat immobilier), un historique bancaire local peut faciliter la vie.

Pour l’usage quotidien, deux options coexistent :

compte courant classique dans une grande banque (NBE, Banque Misr, CIB, HSBC, etc.) ;

carte prépayée locale, comme les cartes prépayées en livres proposées par la NBE, avec lesquelles on charge un montant (jusqu’à 50 000 EGP) et que l’on utilise ensuite pour les paiements et retraits.

Bon à savoir :

La carte prépayée est accessible avec des formalités simplifiées, nécessitant généralement un passeport et parfois un numéro de téléphone égyptien, sans procédure d’ouverture de compte complète. Elle constitue une solution pratique de transition à l’arrivée dans le pays.

Garder un pied en France : banques traditionnelles et conseillers patrimoniaux

Pour un Français expatrié, conserver au moins un compte bancaire en France est presque toujours recommandé :

beaucoup d’investissements (immobilier, assurance‑vie, PEA, comptes titres) restent logés dans le système français ;

– les banques françaises de détail (Boursobank, Fortuneo, etc.) continuent à fonctionner normalement tant que vous gardez une adresse fiscale en France ou que la banque accepte les non‑résidents ;

certains établissements ont développé des offres dédiées aux non‑résidents ou aux expatriés (Banque Transatlantique, BNP Paribas International Buyers, Crédit Agricole, LCL, Société Générale).

Du côté de la gestion de patrimoine, plusieurs acteurs se positionnent spécifiquement sur la clientèle expatriée : Calci Patrimoine, Pierre & Placements, Richelieu International, Carpe Diem Patrimoine, mais aussi BRED Espace Banque Privée, élue meilleure banque privée en France en 2022 et présente auprès des expatriés partout dans le monde. Pour qui dispose d’un capital significatif à placer (et pas seulement d’un compte de fonctionnement), ces intermédiaires peuvent structurer un portefeuille réellement international.

Bon à savoir :

Pour les non-résidents, le Luxembourg est souvent recommandé pour son assurance-vie, sa neutralité fiscale et sa forte protection des actifs. En revanche, l’assurance-vie française ou un compte titres français peuvent être des options pertinentes pour préparer un éventuel retour en France.

Néobanques et fintechs : l’indispensable couche multidevise

Troisième étage de la fusée : les néobanques et comptes multidevises, qui ont profondément simplifié la gestion financière internationale des expatriés.

Plusieurs acteurs se détachent :

Wise (ex‑TransferWise), avec son compte multidevise permettant de détenir et convertir plus de 40 monnaies, d’envoyer de l’argent vers 140 pays et d’obtenir des coordonnées bancaires locales dans plusieurs devises (IBAN européen, compte US, britannique, etc.) ;

Revolut, qui offre un compte multidevise (30+ devises), des paiements sans frais dans plus de 150 pays dans certaines offres, des cartes virtuelles, des retraits gratuits jusqu’à un certain plafond ;

– N26, banque allemande qui fournit un compte en euros avec IBAN européen, des paiements sans frais en devises, et des packages orientés voyageurs avec assurances intégrées.

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Le taux de commission généralement appliqué par les acteurs spécialisés pour les transferts d’argent vers l’Égypte, selon la devise et le mode de paiement.

Une illustration concrète : sur des transferts de 1 000 €, des comparateurs comme Exiap montrent que la facture totale (frais + marge de change) peut aller de quelques dizaines d’euros avec un spécialiste comme XE ou Wise à plus de 160 € avec certains acteurs plus chers. Sur des flux répétitifs, la différence s’accumule très vite.

Comment combiner intelligemment ces trois niveaux

Une architecture fréquemment adoptée par les expatriés en Egypte ressemble à ceci :

Compte local en Egypte : pour loyer, salaire local, dépenses du quotidien, dépôts à court terme en EGP ;

Compte(s) en France : pour les revenus en euros (loyers, dividendes, investissements), le paiement des charges françaises, les projets immobiliers et la préparation du retour ;

– Néobanque ou compte multidevise : pour convertir au meilleur coût entre euros, dollars et livres égyptiennes, régler les voyages, faire des achats en ligne internationaux, encaisser des paiements d’autres pays.

L’important est de clarifier le rôle de chaque compte pour éviter de multiplier les frais et les doublons. Un compte local qui ne sert jamais, ou une carte multidevise inutilisée, n’apportent rien, si ce n’est des contraintes administratives.

Services spécifiques pour les Egyptiens de l’étranger : un cas à connaître

Même si vous n’êtes pas égyptien, comprendre les dispositifs mis en place par l’Etat pour sa diaspora donne un aperçu des priorités financières du pays.

L’initiative “Ouvrez votre compte en Egypte”

Le gouvernement égyptien a lancé, en coopération avec la Banque centrale, une initiative majeure destinée aux plus de 14 millions d’Egyptiens vivant à l’étranger. L’une des dernières étapes en date est le programme “Open Your Account in Egypt”, lancé officiellement fin 2025 avec la Banque centrale, le ministère des Affaires étrangères et de l’Emigration, et les deux géants publics National Bank of Egypt et Banque Misr.

Bon à savoir :

Un Égyptien résidant à l’étranger peut ouvrir un compte à la NBE ou à Banque Misr sans se rendre en Égypte. Il doit se présenter à l’ambassade ou au consulat égyptien le plus proche pour signer et faire authentifier le formulaire d’ouverture. Le dossier est ensuite transmis par la mission diplomatique au ministère, puis à la banque concernée pour finalisation.

Objectifs affichés :

simplifier l’accès aux services bancaires pour la diaspora ;

encourager l’investissement de l’épargne des expatriés dans les banques égyptiennes ;

faciliter les transferts de fonds vers l’Egypte.

Le volume des remises de fonds donne une idée de l’enjeu : sur les neuf premiers mois de 2024, les transferts des Egyptiens à l’étranger ont atteint environ 20,8 milliards de dollars, contre 14,6 milliards sur la même période de 2023, soit une progression de 42,6 %. Sur la seconde moitié de l’exercice budgétaire 2023‑2024 (janvier‑juin 2024), ces remises ont bondi de plus de 60 % d’une année sur l’autre.

Bon à savoir :

Bien que les programmes mentionnés ciblent directement les citoyens égyptiens, ils améliorent l’écosystème bancaire local pour tous, y compris les expatriés étrangers. Cet effort de rapprochement entre les banques et les populations mobiles génère plus de dépôts, augmente la liquidité en devises et stimule l’innovation pour mieux servir une clientèle internationale.

Banque Misr Paris : le pont franco‑égyptien

Pour les expatriés français qui ont des liens financiers importants avec l’Egypte (investissement immobilier, activité professionnelle, famille mixte), une institution joue un rôle charnière : Banque Misr Paris. Présente depuis 1984, cette filiale française d’un des plus puissants réseaux égyptiens se positionne comme l’interlocuteur privilégié pour les flux entre la France et l’Egypte.

Elle offre des services bancaires classiques (compte, moyens de paiement, prêts, épargne) mais avec une expertise particulière sur les opérations internationales franco‑égyptiennes : transferts, change, dépôts à terme en euros ou dollars, etc. Ce type d’établissement peut constituer un maillon très utile pour sécuriser et fluidifier des flux réguliers entre les deux pays.

Tirer parti des alternatives en ligne pour les transferts vers / depuis l’Egypte

Les banques traditionnelles ne sont plus les seules en lice pour les transferts internationaux. Les comparateurs spécialisés montrent que des fintechs et des opérateurs dédiés offrent souvent des conditions nettement plus avantageuses pour envoyer de l’argent en Egypte depuis la France (ou l’inverse).

Comprendre la structure des coûts

Trois composantes déterminent le coût réel d’un transfert international :

– les frais explicites : commission fixe ou proportionnelle prélevée par le prestataire ;

– la marge de change : différence entre le taux de change interbancaire et le taux appliqué au client ;

– les frais tiers éventuels : commissions d’intermédiaires, frais de retrait, commissions de carte de crédit au titre d’avance de trésorerie.

Exemple :

Les banques traditionnelles appliquent généralement une marge importante sur le taux de change, par exemple 3 % au-dessus du taux interbancaire, tout en facturant peu ou pas de frais visibles. À l’opposé, des acteurs comme Wise proposent un taux de change proche du taux interbancaire et prélèvent une commission claire et transparente pour couvrir leurs coûts opérationnels.

Comparer les prestataires : des écarts massifs

Des analyses menées pour des transferts en livres égyptiennes illustrent la dispersion des coûts. Pour un envoi de 1 000 € vers un compte en EGP, certains opérateurs comme XE ou Wise peuvent facturer autour de 30 à 50 € de coût total, là où d’autres dépassent largement les 100 €. À titre d’ordre de grandeur :

– XE : coût total autour de 30 € ;

– Wise : coût total autour de 50 € ;

– Remitly : au‑delà de 70 € ;

– OFX : parfois plus de 160 €.

Des acteurs comme Profee ou Paysend, ou encore Xoom (service de PayPal), viennent compléter le tableau avec des modèles variés : cash pickup en Egypte, virement sur compte, réception en quelques minutes dans certains cas.

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Sur un an, les écarts de change peuvent coûter à un expatrié l’équivalent d’un mois de salaire local lors de transferts entre la France et l’Égypte.

Equilibrer coût, vitesse et praticité

Les prestataires les moins chers ne sont pas toujours les plus rapides, et inversement. Les données agrégées montrent toutefois que les spécialistes des transferts sont presque systématiquement plus rapides que les banques traditionnelles, qui restent adossées au réseau SWIFT et peuvent mettre 3 à 5 jours ouvrés pour un simple virement.

Sur ce point :

Wise indique que plus de 60 % de ses transferts arrivent en moins d’une heure, 94 % en moins d’une journée ;

– d’autres acteurs comme Remitly ou Xoom proposent, dans certains corridors, des options de retrait cash en quelques minutes dans des agences partenaires en Egypte.

Pour l’expatrié, le critère de choix dépendra du cas d’usage :

virement important et occasionnel (achat immobilier, investissement) : priorité au coût total et à la sécurité, quitte à accepter 1 ou 2 jours de délai ;

transferts plus modestes mais fréquents : arbitrage entre frais, rapidité et simplicité d’usage de l’application.

Intégrer la dimension fiscale et patrimoniale

Gérer son argent entre la France, l’Egypte et le reste du monde ne se résume pas à optimiser les frais bancaires. La fiscalité – française et égyptienne – vient ajouter une couche de complexité qu’il serait imprudent d’ignorer.

La résidence fiscale française et la déclaration des comptes étrangers

Pour un Français installé en Egypte, la première question est celle de la résidence fiscale. Selon le droit français et la convention fiscale franco‑égyptienne, on peut être considéré comme résident fiscal de France si :

on y séjourne plus de 183 jours par an, ou

– on y a le centre de sa vie familiale, ou

– on y a le centre de ses intérêts économiques.

Si l’on devient résident fiscal égyptien, on reste néanmoins tenu, côté français, à certaines obligations :

– un résident fiscal français doit déclarer tous ses comptes bancaires ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger, via le formulaire dédié à joindre à la déclaration de revenus ;

– l’omission de déclaration expose à une amende forfaitaire par compte et par année, pouvant grimper à 10 000 € dans certains cas, voire bien davantage en cas de soupçon de fraude.

Attention :

Les comptes étrangers non déclarés en France peuvent être taxés jusqu’à 60 % du solde, considéré comme une libéralité non déclarée si l’origine des fonds n’est pas justifiée. Une régularisation, éventuellement avec l’aide d’un avocat fiscaliste, est fortement recommandée.

Impôt en Egypte : ce que l’expatrié doit savoir

En Egypte, l’année fiscale coïncide avec l’année civile, et la déclaration de revenus doit être déposée au plus tard le 1er avril de l’année suivant celle des revenus.

Le système fiscal comprend notamment :

un impôt sur le revenu des personnes physiques, avec un barème progressif (0 %, 10 %, 15 %, 20 % au‑delà de certains seuils en livres égyptiennes) ;

– un impôt sur les bénéfices des sociétés au taux général de 20 % (avec un taux spécifique de 40,55 % pour le pétrole et le gaz) ;

– divers impôts sur les intérêts, dividendes, plus‑values, ainsi qu’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sous forme de “General Sales Tax”.

Astuce :

Les expatriés résidant en Égypte sont imposables localement sur leurs revenus de source égyptienne. Leur imposition sur les revenus mondiaux dépend de leur durée de résidence et de l’interprétation des conventions fiscales. Il est crucial de consulter un spécialiste pour clarifier la répartition des droits d’imposition entre la France et l’Égypte, afin de prévenir toute double imposition et d’éviter des surprises fiscales.

Préparer le retour : comptes titres, assurance‑vie et stratégie de change

Au‑delà de la période d’expatriation, beaucoup de Français envisagent un retour à terme. Dans cette perspective, des questions patrimoniales plus larges se posent :

comment structurer ses placements à long terme pendant l’expatriation (assurance‑vie luxembourgeoise ou française, compte titres, immobilier en France) ;

comment gérer le risque de change entre la devise de revenus actuels (éventuellement l’USD ou une monnaie du Golfe si l’on est en mobilité multiple) et l’euro, futur monétaire de la retraite ;

quand réaliser des plus‑values sur des portefeuilles titres pour optimiser la fiscalité (souvent plus clémente pour les non‑résidents).

Les spécialistes de la gestion de patrimoine pour expatriés insistent sur une règle simple : faire un bilan patrimonial au départ et un autre au retour. Entre les deux, un accompagnement régulier permet d’ajuster les curseurs : niveau de risque, répartition géographique, proportion de liquidités à laisser dans la devise locale (EGP) ou dans une devise forte (EUR, USD, CHF, etc.).

Gérer au quotidien : quelques réflexes pour sécuriser sa finance en Egypte

Une fois l’architecture globale en place (compte local, compte en France, néobanque), la gestion du quotidien repose sur quelques réflexes simples mais structurants.

Distinguer argent de vie locale et argent de long terme

Avec un coût de la vie aussi bas, un expatrié payé en euros ou en dollars dégage souvent une capacité d’épargne confortable. La tentation existe de laisser gonfler le solde du compte local en EGP. C’est rarement optimal :

la livre égyptienne est exposée à la dépréciation dans un contexte régional et global volatil ;

– les produits de placement en EGP peuvent être attractifs en taux affichés, mais l’inflation et le risque de change rognent fortement la performance réelle vue depuis l’euro.

Une approche prudente consiste à :

Astuce :

Pour une gestion financière prudente face à la volatilité de la livre égyptienne, il est conseillé de ne conserver en EGP que l’équivalent de quelques mois de dépenses courantes. L’excédent doit être transféré régulièrement vers des comptes en devises fortes, en utilisant des solutions comme Wise ou Revolut pour minimiser les frais de change. Enfin, le surplus d’épargne peut être investi dans des supports adaptés à votre horizon de placement, tels qu’une assurance-vie en euros, des fonds d’investissement diversifiés ou l’immobilier.

Utiliser les bons outils pour chaque type de flux

Dans un environnement multi‑banques, il est facile de se perdre. Pour éviter cela, une règle d’usage peut être adoptée :

Banque locale : pour recevoir le salaire local, payer le loyer, les factures domestiques, les dépenses du quotidien en EGP ;

Néobanque / compte multidevise : pour les voyages dans la région, les achats en ligne hors Egypte, les transferts ponctuels vers ou depuis l’étranger, l’encaissement éventuel de revenus d’autres pays ;

Banque en France : pour les charges françaises, les placements à long terme, les projets immobiliers, l’optimisation fiscale.

Bon à savoir :

Aucun établissement bancaire ou outil financier n’est universellement idéal. Il est plus efficace d’utiliser chaque acteur (banque, néobanque, application spécialisée) pour ses points forts spécifiques, plutôt que de chercher une seule ‘super banque’ qui répondrait à tous les besoins.

Rester vigilant sur la sécurité et la conformité

Enfin, quelques principes de base s’imposent :

respecter les obligations de déclaration (comptes étrangers côté français, revenus locaux côté égyptien) pour ne pas se retrouver dans le viseur de deux administrations fiscales ;

– surveiller les notifications d’authentification forte, de plus en plus utilisées depuis 2024 pour sécuriser les opérations en ligne ;

– éviter d’utiliser des réseaux Wi‑Fi publics pour se connecter à ses comptes bancaires ;

– ne jamais confier son téléphone ou sa carte à un tiers, même pour “aider à payer” dans un magasin.

Les institutions séri­euses – qu’il s’agisse de banques égyptiennes, françaises ou de fintechs – communiquent largement sur leurs dispositifs de protection (chiffrement, authentification à deux facteurs, séparation des fonds des clients). Mais la première ligne de défense reste, partout, la prudence de l’utilisateur.

En conclusion : bâtir une stratégie financière globale, pas seulement “ouvrir un compte”

S’expatrier en Egypte ne se résume pas à trouver une banque qui accepte de vous ouvrir un compte. Le pays combine un secteur bancaire puissant, une économie encore très cash, un coût de la vie remarquablement bas et une monnaie exposée aux chocs. Dans ce contexte, la gestion financière d’un expatrié doit être pensée comme un système complet :

Gestion bancaire à l’étranger

Pour une expatriation sereine en Égypte, il est recommandé de structurer sa gestion financière autour de trois piliers essentiels.

Compte local

Ouvrir un compte en banque local pour gérer vos dépenses quotidiennes et vos revenus en livres égyptiennes, et être pleinement opérationnel.

Relation dans le pays d’origine

Maintenir un compte dans votre pays d’origine pour assurer la continuité de vos projets patrimoniaux et préparer votre retour éventuel.

Outils multidevises

Utiliser des solutions bancaires multidevises pour optimiser les changes et les transferts d’argent entre l’euro, le dollar et la livre égyptienne.

En s’appuyant sur les initiatives de modernisation menées par la Banque centrale d’Egypte, sur les services des grandes banques locales et internationales, et sur la souplesse des néobanques et fintechs, il est possible de transformer ce qui pourrait être un casse‑tête administratif en un véritable levier de confort financier. À condition d’anticiper, de documenter et de garder une vision globale : vos finances en Egypte ne sont qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus large, celui de votre vie financière internationale.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer en Égypte, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Maurice, Égypte), la stratégie retenue a consisté à cibler l’Égypte pour sa fiscalité modérée sur les personnes physiques, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie très inférieur à la France (Le Caire ~50 % moins cher que Paris selon les postes de dépenses) et un environnement favorable aux investissements immobiliers et touristiques. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence de longue durée, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, comptable bilingue) et structuration patrimoniale internationale. Ce type d’accompagnement permet de réduire fortement la pression fiscale, préparer la transmission et sécuriser les risques de double imposition via la convention fiscale franco‑égyptienne.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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