Monter un projet entrepreneurial à Cuba fait rêver de nombreux expatriés. L’île séduit par son potentiel touristique, sa main‑d’œuvre très éduquée et sa position stratégique dans les Caraïbes. Mais derrière les cartes postales, l’environnement des affaires est l’un des plus particuliers du monde : économie socialiste fortement centralisée, cadre juridique lourd, contraintes bancaires, sanctions américaines, infrastructures fragiles.
Ce guide offre une vision réaliste des règles et défins pour créer une entreprise à Cuba. Il vise à éclairer la prise de décision, à identifier les secteurs porteurs et à anticiper les obstacles, sans décourager mais en informant précisément.
Comprendre le contexte économique et politique cubain
Avant d’imaginer un business plan, il faut saisir les grandes lignes du modèle cubain. L’économie est officiellement socialiste et planifiée : l’État contrôle encore la très grande majorité de l’activité productive et de l’emploi, même si un secteur privé en pleine croissance est apparu depuis une dizaine d’années.
Un pays éduqué, mais en crise économique profonde
Avec environ 11 millions d’habitants et un taux d’alphabétisation proche de 100 %, Cuba dispose d’une main‑d’œuvre très qualifiée. Le pays dépense près de 10 % de son PIB pour l’éducation, bien au‑dessus de la moyenne mondiale, et une part importante des jeunes urbains parle anglais. La base humaine pour un projet d’entreprise est donc favorable : ingénieurs, médecins, techniciens, informaticiens sont nombreux… mais souvent sous‑payés et enclins à émigrer.
Plus de 86 % des foyers cubains seraient proches du seuil de survie, illustrant la sévérité de la crise économique.
Ce double visage – capital humain de haute qualité et crise économique profonde – crée un contexte paradoxal pour l’entrepreneur étranger : coûts salariaux bas et abondance de compétences, mais marché intérieur exsangue et contraintes structurelles lourdes.
Un système monétaire complexe et instable
Depuis 2021, le Peso Cubain (CUP) est officiellement la seule monnaie nationale. Le Peso Convertible (CUC) a été retiré de la circulation. En pratique, le paysage monétaire reste confus, avec plusieurs couches :
| Élément | Caractéristiques principales |
|---|---|
| CUP (Peso cubain) | Monnaie officielle, salaires et dépenses locales de base, taux officiel 24 CUP = 1 USD mais largement déconnecté du marché parallèlle |
| USD/EUR en espèces | Très recherchés, largement utilisés dans les transactions réelles, notamment pour les biens rares et les services touristiques |
| MLC (Moneda Libremente Convertible) | Devise numérique indexée sur le dollar ou l’euro, utilisée via des cartes bancaires pour acheter dans certains magasins spéciaux |
| Taux de change officiel | 24 CUP pour 1 USD pour les opérations d’État |
| Taux de change informel | Très variable, parfois plus de 300 CUP pour 1 USD selon la période |
Pour un expatrié, cette dualité entre taux officiel et marché informel modifie radicalement la perception des coûts et des revenus. Les salaires publics moyens peuvent paraître élevés au taux officiel (plus de 5 000 CUP, soit théoriquement plus de 200 USD), mais leur pouvoir d’achat réel est très faible au taux parallèle.
Les cartes bancaires américaines ne fonctionnent pas à Cuba. L’économie y reste largement basée sur le cash, souvent en devises étrangères, et certains paiements en espèces en dollars américains sont interdits ou soumis à des surtaxes.
Un rôle central de l’État et des entreprises publiques
L’État demeure le principal employeur, avec environ 80–85 % de la population active rattachée à des entités publiques ou para‑publiques. De grands conglomérats – notamment dans le tourisme, l’énergie, le nickel, la construction – occupent les positions stratégiques. Le secteur privé national, bien que reconnu depuis les réformes de 2011‑2021, reste encadré et exclu de nombreuses activités jugées « stratégiques » (santé, éducation, défense, télécoms, médias, finance, etc.).
Pour un entrepreneur étranger, cela signifie que la plupart des projets d’envergure passent par une forme de partenariat avec une entité étatique ou par l’implantation dans une zone de développement spéciale, et que la marge de manœuvre en solo est limitée à certains segments bien définis.
Le cadre juridique de l’investissement étranger à Cuba
La pierre angulaire pour tout expat souhaitant s’implanter à Cuba est la Loi n°118 sur l’investissement étranger, adoptée en 2014. Elle remplace une loi antérieure (n°77 de 1995) et structure la manière dont le capital étranger peut participer à l’économie cubaine.
Objectifs et principes de la Loi 118
La Loi 118 vise clairement à attirer des capitaux, des technologies et des marchés extérieurs, autour de quelques grands axes :
– Diversifier les exportations
– Substituer des importations, notamment alimentaires
– Créer des emplois
– Accéder à des technologies avancées
– Verdir le mix énergétique vers plus de renouvelables
– Accroître les recettes en devises
En échange de l’investissement, l’État s’engage à offrir un cadre sécurisé comprenant : des garanties contre l’expropriation sans indemnisation, la stabilité des avantages accordés pendant toute la durée de l’autorisation, et la possibilité de rapatrier les bénéfices en devise convertible.
Trois grandes formes d’implantation pour l’investisseur étranger
La loi définit trois modalités principales pour investir :
| Modalité | Description | Contrôle et structure |
|---|---|---|
| Coentreprise (Joint Venture) | Société commerciale de droit cubain, avec actions nominatives, détenue par un ou plusieurs investisseurs cubains et étrangers | Personne morale distincte, souvent avec majorité publique, mais pas obligatoirement |
| Contrat d’Association Économique Internationale | Accord de coopération entre partenaires cubains et étrangers sans créer une nouvelle société | Utilisé pour la gestion d’hôtels, l’exploration pétrolière, des projets de services professionnels |
| Société à capital totalement étranger | Entreprise détenue à 100 % par des capitaux étrangers | Peut être une filiale cubaine d’un groupe ou une succursale d’une société étrangère |
Pour un expat, la société à capital totalement étranger est la forme la plus proche des schémas classiques d’implantation dans d’autres pays. Mais elle reste soumise à une autorisation étatique et n’est pas ouverte à tous les secteurs.
Secteurs ouverts, secteurs fermés
En théorie, la loi permet l’investissement étranger dans tous les secteurs sauf : les secteurs sensibles.
Domaines particuliers concernés par certaines réglementations ou exclusions, notamment en matière de transparence et de divulgation.
Ce secteur englobe tous les établissements et services liés aux soins médicaux et au bien-être de la population.
Ce secteur inclut les institutions et services dédiés à l’enseignement et à la formation à tous les niveaux.
Les institutions militaires nationales, à l’exception de leurs systèmes d’affaires et filiales commerciales qui peuvent être concernées.
En pratique, le gouvernement publie un Portefeuille d’Opportunités d’Investissement Étranger qui liste les projets et branches jugés prioritaires. Fin 2025, ce portefeuille recensait plus de 400 projets, ciblant notamment :
– Tourisme (hôtels, marinas, loisirs, immobilier touristique)
– Énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse)
– Hydrocarbures et mines
– Agro‑industrie et production alimentaire
– Biotechnologie, pharmacie
– Infrastructures industrielles et logistiques
– Économie de la connaissance et IT
Les secteurs purement locaux ou sensibles – éducation, santé, télécoms grand public, finance de détail – restent largement fermés à l’initiative internationale directe.
L’entrepreneuriat privé cubain : quels liens pour un expat ?
Les fameuses MIPYMES – micro, petites et moyennes entreprises cubaines – ont profondément modifié le paysage entrepreneurial interne. Mais elles ne sont pas, à ce stade, le véhicule direct pour un expatrié.
Ce que sont les MIPYMES… et ce qu’elles ne sont pas
Depuis 2021, les Cubains peuvent créer des sociétés privées à responsabilité limitée (jusqu’à 100 salariés), dans une large gamme d’activités, à l’exception de celles jugées stratégiques (défense, santé, éducation, etc.). Plus de 11 000 MIPYMES privées étaient déjà recensées en 2024.
La réglementation cubaine stipule que seuls les citoyens cubains résidant effectivement sur l’île ou les étrangers disposant d’une résidence permanente peuvent être associés d’une MIPYME. Les Cubains de la diaspora en sont exclus. De plus, un individu ne peut être associé que d’une seule MIPYME et il est interdit de représenter un tiers étranger.
La liste des activités interdites pour ces entreprises privées a été élargie à 125 domaines, couvrant notamment :
– L’éducation et la santé (production de médicaments, par exemple)
– La défense, la sécurité publique
– La finance, l’intermédiation bancaire
– Les télécommunications et la plupart des médias
– Certaines activités spécifiques (extraction de bois, fabrication d’articles médicaux précis, etc.)
Comment un expatrié peut interagir avec ce secteur
Même si un expat ne peut pas, en règle générale, être propriétaire d’une MIPYME sans résidence permanente, il peut :
– Contracter avec des MIPYMES en tant que fournisseur ou client (distribution, sous‑traitance, prestations)
– Apporter du savoir‑faire et des technologies dans le cadre de contrats de services ou de coopération
– Co‑développer des produits ou des circuits touristiques avec des acteurs privés cubains (casas particulares, restaurants privés, coopératives agricoles)
– Financer indirectement certaines activités, par exemple via des accords commerciaux, sous réserve de conformité aux lois cubaines et, le cas échéant, américaines
Pour un entrepreneur étranger, la stratégie la plus réaliste combine souvent une structure d’investissement formelle (coentreprise, société à capital étranger) et un tissu de relations avec le secteur privé national.
Processus d’implantation : autorisations, délais, autorités
Contrairement à de nombreux pays où la création d’entreprise est déclarative, à Cuba tout investissement étranger doit être autorisé explicitement par l’État. Cette étape conditionne l’ensemble du projet.
Qui décide quoi ?
Plusieurs autorités interviennent :
| Instance | Rôle principal |
|---|---|
| Conseil d’État | Valide les projets touchant aux ressources naturelles non renouvelables, grands services publics et ouvrages publics |
| Conseil des ministres | Approuve la majorité des investissements (immobilier, énergies renouvelables, coentreprises, sociétés à capital étranger) |
| Ministère du Commerce extérieur et de l’Investissement (MINCEX) | Porte d’entrée des dossiers, négociation avec les investisseurs, gestion du portefeuille de projets |
| Ministère de l’Économie et de la Planification (MEP) | Pilote la cohérence macroéconomique et les politiques publiques, gère les entreprises publiques et les MIPYMES |
| Ministère des Finances et des Prix | Définit les normes financières, les régimes fiscaux et les éventuelles exemptions |
| Ministère de la Science, Technologie et Environnement | Évalue l’impact environnemental et technologique des projets |
| Ministère du Travail et de la Sécurité sociale | Autorise les entités employeuses, encadre les conditions de travail |
| Banque centrale de Cuba | Régule les transferts de devises, les comptes bancaires en monnaies convertibles |
Selon le secteur et la nature du projet, la décision finale peut relever du Conseil des ministres ou d’un ministre spécifique à qui ce pouvoir a été délégué.
Étapes clés d’un projet d’investissement
Le schéma type suit plusieurs phases :
Pour investir à Cuba, il faut d’abord identifier un partenaire cubain (entreprise publique ou organisme sectoriel) et consulter le MINCEX. Ensuite, un dossier complet doit être soumis au ministre du Commerce extérieur et de l’Investissement, incluant un plan d’affaires, les statuts, et des éléments financiers et environnementaux. Le projet est évalué par une commission interministérielle. La décision d’autorisation ou de refus intervient théoriquement sous 60 jours (45 si relevant d’un chef d’entité ministérielle), mais peut être plus longue pour les projets complexes. Après autorisation, la société doit être constituée devant notaire cubain sous 30 jours, puis inscrite au Registre du commerce sous 30 jours supplémentaires. Enfin, il faut ouvrir des comptes bancaires (en CUP et devises) et obtenir les licences sectorielles et assurances obligatoires.
Les autorités annoncent une volonté de simplifier ce parcours, en introduisant davantage de procédures numériques, des délais raccourcis et éventuellement le principe du « silence positif » (une demande non rejetée dans les temps serait réputée acceptée). Mais pour l’instant, le processus demeure lourd et chronophage.
Fiscalité des entreprises à capitaux étrangers
Le système fiscal cubain est pensé pour rendre l’investissement étranger attractif dans les secteurs ciblés, avec des avantages importants pour les coentreprises et les accords d’association économique.
Principaux impôts sur les sociétés
On peut résumer le régime des sociétés comme suit :
| Type d’entité | Taux standard d’impôt sur les bénéfices | Exonérations et réductions |
|---|---|---|
| Coentreprises et accords d’association | 15 % sur le bénéfice net imposable | Exonération totale d’IS pendant 8 ans, prorogeable ; remises de 50 % sur taxes de vente et de services, exonération la 1ère année ; exonérations partielles sur impôts environnementaux, douanes, taxe foncière locale pendant la phase de récupération de l’investissement |
| Société à capital totalement étranger | Taux de droit commun (souvent 35 %) | Avantages fiscaux possibles au cas par cas, accordés par le ministère des Finances et des Prix |
| Exploitation de ressources naturelles | Taux pouvant monter jusqu’à 50 % | Décidé par le Conseil des ministres en fonction du type de ressource |
Par ailleurs, les investisseurs étrangers associés à une coentreprise ou à un accord d’association sont exonérés d’impôt sur le revenu sur les dividendes et profits perçus. Les droits de douane sur les équipements et machines importés pour le projet sont en principe supprimés durant la phase d’investissement.
Fiscalité locale et absence de TVA généralisée
Cuba ne dispose pas d’une TVA au sens classique. On y trouve plutôt :
– Une taxe sur les ventes (avec des taux différents en gros et au détail)
– Une taxe sur les services
– Des contributions territoriales (1 % de la valeur ajoutée locale, dans certains cas)
– Des droits de douane pour les marchandises importées hors régimes préférentiels
Les coentreprises bénéficient généralement de remises d’au moins 50 % sur ces taxes pendant les premières années.
Main‑d’œuvre, droit du travail et recrutement
Pour un expatrié, le fonctionnement du marché du travail cubain peut sembler déroutant. Les règles d’embauche, de rémunération et de relations avec les salariés passent par des structures spécifiques.
Recruter du personnel cubain : passage quasi obligatoire par une entité d’emploi
La règle générale veut que les entreprises à capitaux étrangers recrutent leurs employés cubains et les étrangers résidents via une entité d’emploi d’État. Cette agence, autorisée par le ministère du Travail et proposée par MINCEX, agit comme intermédiaire :
– L’investisseur paie à l’agence les salaires et charges convenus
– L’agence reverse ensuite au salarié sa rémunération en CUP, souvent à un niveau inférieur au montant initial, ce qui crée une marge pour l’État
Pour des postes de direction ou de haute technicité, il est possible de négocier un recrutement direct pour des profils étrangers non-résidents. De plus, des primes en devises, financées par un fonds d’incitation économique alimenté par les profits, peuvent être mises en place pour mieux rémunérer certains cadres ou techniciens.
Conditions de travail et coûts salariaux
La semaine de travail standard tourne autour de 40–44 heures, avec une journée ordinaire de 8 heures. Les heures supplémentaires sont limitées et surtaxées (coefficient de 1,5 minimum) et le travail les jours fériés implique un doublement de la rémunération.
Les salaires officiels restent très faibles en CUP au regard des standards internationaux, même si les chiffres bruts peuvent paraître élevés au taux de change officiel. À titre d’illustration, dans le secteur privé, on trouve des grilles de salaires comme :
| Poste (référence en CUP) | Salaire mensuel approximatif |
|---|---|
| Assistant comptable | ~11 600 CUP |
| Analyste financier | ~26 600 CUP |
| Directeur général | ~38 100 CUP |
Mais le pouvoir d’achat réel dépend du taux de change effectif auquel le salarié peut convertir ses CUP en devises (officiellement ou sur le marché informel), et de l’accès qu’il a à des revenus complémentaires (pourboires en devises, activités indépendantes, remises de la diaspora).
La contribution patronale à la sécurité sociale en Indonésie, qui finance pensions et autres prestations, varie autour de ce pourcentage.
La législation cubaine interdit la discrimination fondée sur le sexe, l’âge, la race, la religion, la nationalité, le handicap, l’orientation sexuelle et la couleur de peau. Tous les travailleurs ont théoriquement le droit de se syndiquer, même si la centrale syndicale est étroitement liée au pouvoir.
Le droit de grève n’est pas reconnu comme dans les économies libérales ; les conflits se règlent via la médiation interne, les syndicats et les tribunaux du travail. Les inspections du ministère du Travail peuvent sanctionner sévèrement les violations du droit du travail ou les atteintes à la santé et à la sécurité.
Pour un expatrié dirigeant, il est donc crucial d’intégrer rapidement les dimensions sociales et politiques des relations de travail, au‑delà des seules considérations de coût.
Résidence, visas et long séjour pour entrepreneurs
Monter une activité à Cuba ne se résume pas à une simple entrée avec un visa touristique. La loi prévoit plusieurs statuts de séjour de longue durée, plus ou moins adaptés aux entrepreneurs.
Visas de court séjour pour affaires
Pour des missions ponctuelles (négociations, conférences, visites de sites), il existe le visa d’affaires (Visa de Negocios). Il se distingue de la carte touristique classique et nécessite :
Liste des pièces justificatives nécessaires pour constituer un dossier de demande de visa d’affaires à destination de Cuba.
Passeport en cours de validité, avec une durée de validité d’au moins 6 mois après la date prévue de retour.
Formulaire officiel de demande de visa dûment complété et signé.
Deux photographies biométriques récentes, conformes aux normes internationales.
Une attestation d’assurance santé internationale offrant une couverture médicale valable pour la durée du séjour à Cuba.
Une lettre officielle d’invitation d’un partenaire cubain, mentionnant les coordonnées des entreprises et détaillant l’objet précis de la visite professionnelle.
Preuves de ressources financières suffisantes, réservation d’hébergement et billets d’avion aller-retour.
La durée typique est de 30 jours sur une validité générale de 90 jours, souvent à entrée unique. La demande se fait auprès du consulat cubain compétent ou via des agences agréées (en dehors des États‑Unis, où le régime de sanctions complique la procédure).
Résidence temporaire et permanente
Pour un projet entrepreneurial durable, il faut envisager un statut de résidence. Cuba propose différents canaux :
Différents parcours pour obtenir un titre de séjour légal à Cuba, chacun avec ses propres conditions et exigences spécifiques.
Contrat d’emploi avec une entité cubaine, inscription aux systèmes social et fiscal.
Apport d’un capital dans un projet approuvé, avec preuve du transfert des fonds et du démarrage effectif de l’activité.
Pour les conjoints, enfants mineurs ou parents dépendants de citoyens ou résidents permanents cubains.
Via une inscription dans une institution d’enseignement reconnue à Cuba.
Une catégorie de résidence « non lucrative » existe pour les personnes disposant de revenus étrangers stables, mais elle n’autorise pas un emploi local. La durée de validité tourne souvent autour de 1–2 ans renouvelables, avec un accent croissant sur la continuité de présence (les longues absences peuvent briser la « résidence continue »).
À terme, une résidence permanente peut être envisagée pour les étrangers investissant de manière structurée et démontrant une intégration durable, mais ces parcours restent encadrés et en partie discrétionnaires.
Banque, devises et paiements : un casse‑tête pour les expats
Le volet financier est l’un des plus sensibles pour un entrepreneur étranger à Cuba. Entre sanctions américaines, restrictions internes, pénurie de devises et complexité monétaire, il impose une préparation minutieuse.
Accès au système bancaire cubain
Les personnes physiques étrangères non résidentes ont beaucoup de mal à ouvrir un compte bancaire local. Pour les résidents, les conditions varient selon les banques et les périodes, mais impliquent souvent :
– Une résidence permanente ou un statut de séjour de long terme
– Des justificatifs de revenus ou d’activité
– Parfois, un dépôt initial conséquent ou des preuves de patrimoine
Les entreprises à capitaux étrangers, une fois autorisées, peuvent en revanche ouvrir des comptes professionnels dans le système bancaire cubain, à la fois en CUP et en devises. Elles peuvent également, avec l’autorisation de la Banque centrale, détenir des comptes en devises à l’étranger pour faciliter certaines opérations internationales.
Cartes bancaires, retraits et commissions
Le parc d’ATM s’est développé à La Havane et dans les grandes villes, avec un fonctionnement globalement correct. Les cartes Visa et Mastercard non émises par des banques américaines sont souvent acceptées, mais des frais de 3 % environ s’appliquent côté cubain, auxquels s’ajoutent ceux de la banque d’origine.
Les cartes de paiement américaines (comme American Express ou celles liées à des institutions financières des États-Unis) sont systématiquement bloquées en raison des sanctions en vigueur. De plus, certaines banques européennes qui sont des filiales de groupes bancaires américains peuvent également voir leurs cartes refusées.
Les paiements par carte restent limités à certains hôtels, restaurants haut de gamme ou magasins en MLC ; pour la vie courante, le cash reste roi.
Gestion du cash et change
L’entrepreneur étranger doit compter sur : une bonne connaissance du marché local, un réseau de contacts solide, une compréhension des réglementations et des lois en vigueur, ainsi que des ressources adéquates pour financer son projet.
– Des apports significatifs en devises (EUR, CAD, GBP, etc.) à l’entrée
– Le change dans les maisons officielles (CADECA), banques ou grands hôtels, avec un taux plus proche de l’officiel
– Le recours, avec prudence, au marché informel pour obtenir des CUP à un taux plus réaliste, largement supérieur au taux officiel
Il faut :
– Vérifier la qualité des billets (les billets endommagés sont parfois refusés)
– Compter soigneusement la monnaie reçue
– Demander autant que possible des petites coupures
Les comptes en Monnaie Librement Convertible (MLC) offrent l’avantage de permettre des achats dans des magasins généralement mieux approvisionnés. Pour les utiliser, il est nécessaire de les alimenter, le plus souvent par des dépôts en devises étrangères ou via des transferts provenant de l’étranger.
Particularités pour les personnes ou entreprises américaines
Les États‑Unis maintiennent un ensemble complexe de sanctions (OFAC). Pour les US persons (citoyens, résidents, entreprises, voire personnes se trouvant physiquement aux États‑Unis), toute interaction financière avec Cuba doit respecter ces règles :
– Voyage strictement limité à 12 catégories (visites familiales, activités journalistiques, projets de soutien à la population, etc.), le tourisme étant interdit par la loi américaine
– Interdiction des transactions directes avec certaines entités cubaines listées comme liées aux services militaires, de renseignement ou de sécurité
– Obligation de conserver pendant 5 ans la trace de toutes les dépenses effectuées à Cuba pour prouver la conformité
– Interdiction d’importer à des fins commerciales des marchandises cubaines, sauf exceptions pour les produits de certains entrepreneurs indépendants
OFAC autorise néanmoins l’ouverture de comptes aux États‑Unis par certains entrepreneurs cubains indépendants pour recevoir des paiements sur des activités licites. Mais cela ne simplifie pas directement l’accès aux services financiers sur l’île pour les expats américains.
Environnement opérationnel : infrastructures, sécurité, logistique
Au‑delà du juridique et du financier, il faut intégrer les réalités quotidiennes : coupures de courant, pénurie de carburant, routes dégradées, connectivité limitée.
Énergie, eau et infrastructures
Cuba souffre d’un système électrique obsolète, ce qui se traduit par :
– Des coupures de courant quotidiennes dans certaines zones, parfois jusqu’à 12 heures, y compris à La Havane
– Des coupures encore plus longues dans les provinces
– Une disponibilité très irrigulière du carburant pour les générateurs
L’eau du robinet n’est généralement pas potable. L’eau en bouteille peut être difficile à trouver, et la glace est souvent fabriquée à partir d’eau du robinet. Toute entreprise de restauration, d’hôtellerie ou de transformation doit prévoir des systèmes de filtration ou d’approvisionnement autonomes.
Les routes principales sont plutôt correctes, mais les axes secondaires peuvent être fortement dégradés, avec des nids‑de‑poule et un éclairage insuffisant, ce qui rend la conduite de nuit dangereuse. Les accidents de la route constituent une cause majeure de mortalité, et les peines de prison peuvent être lourdes en cas de responsabilité avérée dans un accident grave.
Transport, logistique et douanes
Les bus publics locaux sont bondés et peu fiables. Les taxis informels – voitures anciennes, tuk‑tuks (« cocos »), motos – sont souvent en mauvais état et dépourvus de ceintures de sécurité. L’importation de véhicules et pièces détachées est très réglementée et soumise à des droits de douane élevés.
Les importations commerciales à Cuba sont réservées aux sociétés cubaines autorisées. Un investisseur étranger ne peut pas importer et distribuer lui-même des marchandises sans passer par un importateur cubain agréé, sauf s’il opère dans le cadre spécifique d’une coentreprise ou d’une zone de développement spéciale.
Pour les bagages personnels, les règles sont strictes : au‑delà de certains plafonds de poids et de valeur, des droits sont exigibles. De nombreux produits (équipements de télécommunication, appareils électriques de forte puissance, armes, substances contrôlées, certains animaux et végétaux) sont interdits ou nécessitent des autorisations préalables.
Sécurité, criminalité et technologies
La dégradation économique a entraîné une hausse des délits opportunistes (pickpockets, vols à l’arraché) et des crimes violents (vols à main armée, agressions). Les escroqueries sentimentales ou financières en ligne sont fréquentes. L’État conserve cependant un contrôle sécuritaire serré, notamment sur les activités jugées politiques.
Sur le plan numérique, l’accès à Internet s’est nettement amélioré depuis l’arrivée de la 3G/4G et l’installation de câbles sous‑marins. Mais :
– La vitesse moyenne reste très basse (de l’ordre de 2–3 Mbps pour le fixe)
– Les coupures sont fréquentes, et les black‑outs électriques interrompent les communications
– À peine un peu plus de 70 % de la population est connectée
– ETECSA, opérateur unique, contrôle l’ensemble des réseaux et applique une surveillance et une censure étendues
De nombreux sites d’information indépendants ou services financiers étrangers sont bloqués, et des coupures ciblées d’Internet ont été observées lors de manifestations. Pour un entrepreneur, cela impose :
– De travailler avec des outils tolérants à la faible bande passante
– D’utiliser des VPN réputés (si disponibles) pour sécuriser les échanges et contourner certains blocages, tout en restant conscient du risque réglementaire
– De prévoir des solutions de travail hors‑ligne lorsque la connexion saute
Opportunités sectorielles pour un entrepreneur étranger
Malgré ces contraintes, certains domaines offrent un potentiel réel, à condition d’adapter le modèle économique au contexte cubain.
Tourisme et hospitalité élargie
Le tourisme reste un pilier de l’économie cubaine : plages, architecture coloniale, patrimoine culturel et musical, nature… Avant la pandémie, l’île accueillait jusqu’à 5 millions de visiteurs par an. Même si la fréquentation n’a pas retrouvé ce niveau, le potentiel de rebond est bien présent.
Pour un expat, les options ne se limitent pas à la gestion d’hôtels (souvent en partenariat avec de grands groupes et des sociétés d’État) :
– Développement de complexes touristico‑immobiliers dans des zones déterminées
– Offre de loisirs structurés : golfs, marinas, centres de plongée, spas, parcs aquatiques
– Tourisme de santé (à travers des partenariats avec des entités d’État)
– Création de circuits thématiques (culturels, écotouristiques, gastronomiques) en coopération avec des MIPYMES et des coopératives locales
Énergies renouvelables et efficacité énergétique
Cuba s’est fixé comme objectif de transformer son mix énergétique, fortement dépendant des énergies fossiles, vers des sources renouvelables. Cela ouvre des perspectives pour :
Principaux secteurs et technologies pour la production d’énergie durable et la réduction de la consommation.
Installations dédiées à la production d’électricité à partir de l’énergie solaire et de la force du vent.
Notamment celles valorisant les résidus de la canne à sucre pour produire de l’énergie.
Optimisations pour réduire la consommation dans l’industrie, le tourisme et les bâtiments publics.
Dans ces domaines, l’investissement étranger est volontiers accueilli, avec des incitations fiscales, l’accès à des concessions et la possibilité de s’implanter dans des zones de développement spéciales.
Agro‑industrie, transformation alimentaire et logistique du froid
Les pénuries alimentaires récurrentes montrent à quel point la production nationale ne suffit pas et souffre d’un manque d’intrants, de technologie, d’irrigation et de logistique. Des opportunités existent pour :
Initiatives clés pour valoriser la production agricole locale, améliorer la conservation et répondre à la demande des marchés.
Transformation agro-industrielle des fruits, légumes, viandes et produits laitiers pour créer de la valeur ajoutée.
Mise en place d’infrastructures de conservation : entrepôts frigorifiques et moyens de transport réfrigéré.
Production de denrées alimentaires destinées à la fois au marché local et au secteur touristique.
Il s’agit toutefois d’un secteur politiquement sensible, qui exige des partenariats resserrés avec les autorités et les coopératives agricoles.
Biotechnologies, santé, services informatiques
Cuba a développé un pôle de biotechnologie et de pharmacie reconnu, avec des centres de recherche et des produits exportés (vaccins, médicaments). Des associations sont possibles pour la production ou la commercialisation conjointe sur des marchés tiers.
Côté numérique, malgré les limites d’infrastructure, le pays compte de nombreux développeurs, ingénieurs et créatifs. Un investisseur peut envisager des collaborations dans :
– Le développement logiciel orienté export
– Les services de support IT externalisés
– La création de contenus numériques pour des marchés étrangers
Ces activités doivent toutefois tenir compte des restrictions de connectivité, de l’encadrement étatique du secteur et, pour les acteurs américains, des règles de sanctions.
Bilan : pour quels profils d’expatriés Cuba peut‑elle être une destination d’affaires viable ?
Créer son entreprise à Cuba n’a rien d’un projet « plug and play ». Le pays se prête davantage à des stratégies de moyen‑long terme, portées par des investisseurs :
– Capables de mobiliser des capitaux significatifs
– Habitués à naviguer dans des environnements très réglementés
– Prêts à co‑construire avec des partenaires publics
– Dotés d’une forte tolérance à la complexité administrative, à l’incertitude et aux délais
Pour un entrepreneur individuel ou une petite structure classique, l’implantation directe sous forme de société à capital étranger est souvent trop lourde. D’autres pistes peuvent alors être plus réalistes :
Pour développer une activité à l’étranger, plusieurs stratégies sont envisageables. Il est possible de travailler en tant que fournisseur de technologie, de savoir‑faire, de design ou de contenus en contractualisant directement avec des MIPYMES et des entreprises publiques locales. Une autre approche consiste à monter des projets pilotes ou expérimentaux dans le cadre de partenariats limités dans le temps, permettant de tester un marché. Enfin, se positionner sur des niches de services à valeur ajoutée, notamment celles tournées vers le tourisme international et la diaspora, peut être porteur, à condition de s’assurer systématiquement de la conformité juridique des opérations.
Pour ceux qui envisagent une installation sur place, l’obtention d’une résidence (par investissement ou travail) est une étape indispensable. Elle ouvre la porte à des droits plus étendus – et éventuellement à la participation directe dans certaines structures privées – mais au prix d’un processus long, fortement contrôlé et parfois opaque.
Cuba présente des opportunités dans le tourisme, l’énergie, l’agro-industrie et la technologie, mais exige une préparation juridique et financière rigoureuse, une compréhension des risques politiques et opérationnels, et la construction de relations de confiance avec des partenaires locaux, le tout dans un cadre étatique strict et une économie en crise.
Un retraité de 62 ans, disposant de plus d’un million d’euros de patrimoine financier bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers Cuba afin d’optimiser sa fiscalité, diversifier ses investissements internationaux et conserver un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités d’expatriation, structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, République dominicaine, Mexique, Uruguay), la stratégie a ciblé Cuba pour son coût de vie nettement inférieur à la France, son régime d’accueil spécifique pour les investisseurs étrangers (zones touristiques et immobilières), et la possibilité de structurer ses revenus via des sociétés étrangères tout en bénéficiant des conventions internationales. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, report d’imposition), obtention d’un statut de résident à Cuba avec acquisition ou location longue durée, organisation de la couverture santé internationale, transfert de la résidence bancaire et plan de rupture des liens fiscaux français, plus mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, notaire) pour sécuriser les économies fiscales et la transmission dans une stratégie globale de diversification.
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