Poser ses valises à Cuba, ce n’est pas seulement changer de pays : c’est accepter un quotidien sous haute intensité, fait de pénuries, de lenteurs administratives, de cartes de connexion et de coupures de courant… mais aussi de musique dans la rue, de voisins présents, de mer à perte de vue et d’une culture unique au monde. Pour un expatrié, le pays peut être à la fois fascinant et déroutant. Ce guide propose un tour d’horizon concret, nourri de faits, pour préparer une installation durable.
Comprendre le contexte cubain avant de partir
Avant toute décision, il est crucial de saisir la singularité du pays. Cuba est la plus grande île des Caraïbes, peuplée d’environ 11 millions d’habitants, avec une capitale, La Havane, qui rassemble près de 2,5 millions de personnes. Le pays est officiellement un État socialiste à parti unique, issu de la révolution de la fin des années 1950. Cette organisation politique explique en partie le contrôle étroit de l’économie, d’internet, des médias et des flux de personnes et de capitaux.
L’embargo prolongé des États-Unis entraîne des pénuries régulières, des difficultés pour importer médicaments et équipements, le blocage des cartes bancaires américaines et des circuits financiers complexes. L’économie cubaine subit une inflation massive (jusqu’à 500-1000% pour le peso depuis 2019), aggravée par la fin des subsides soviétiques, la crise post-pandémie et les réformes internes.
Pour autant, le niveau de développement humain est élevé : l’espérance de vie avoisine 79–80 ans, le taux d’alphabétisation des adultes frôle les 100 %, et l’État consacre plus de 11 % de son PIB à la santé et plus de 14 % des dépenses publiques à l’éducation. La société reste très instruite, politisée et dotée d’une forte identité culturelle, mêlant héritages européens, africains, latino-américains, nord-américains et ex-soviétiques.
L’État est laïc et la religion dominante est la Santería, un syncrétisme entre catholicisme et croyances africaines. Un nouveau code de la famille a renforcé le cadre juridique protecteur pour la communauté LGBTQ+ en interdisant la discrimination et en ouvrant le mariage aux couples de même sexe, bien que l’évolution des mentalités reste inégale selon les régions.
Où vivre à La Havane quand on est expatrié
La Havane est une mosaïque de quartiers très contrastés, autant sur le plan social qu’urbanistique. Pour un expatrié, bien choisir son secteur de vie est déterminant, d’autant que les coupures d’eau, d’électricité ou la qualité de la connexion peuvent varier d’une rue à l’autre.
Habane Vieja, Centro Habana, Vedado : le triangle urbain de base
Habana Vieja, le centre historique, est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sur à peine 4 km², elle concentre près de 100 000 résidents, plus de 900 bâtiments historiques, des ruelles pavées, des places coloniales et un flux constant de touristes. L’ambiance y est vibrante, bruyante, très fréquentée, mais paradoxalement, l’alimentation en eau et en électricité y serait souvent plus fiable que dans d’autres zones. Les loyers pour des logements modestes restent parfois abordables, mais il faut accepter la foule et les nuisances sonores.
À l’ouest de La Havane, Centro Habana est une zone résidentielle dense caractérisée par des immeubles coloniaux délabrés, des rues étroites et peu de touristes. Perçu comme authentique et populaire, ce quartier généralement sûr offre une immersion dans le quotidien cubain, où la vie sociale se déroule souvent sur le pas de la porte. Il est bordé au nord par le front de mer du Malecón. Les prix, y compris sur le marché noir, y sont inférieurs à ceux de la Vieille Havane, en faisant un bon compromis pour les visiteurs au budget limité.
Vedado, souvent vu comme le cœur culturel et d’affaires contemporain, mélange architectures coloniales tardives, immeubles inspirés des États-Unis, tours soviétiques et villas élégantes. On y trouve l’Université de La Havane, la Plaza de la Revolución, le célèbre Hotel Nacional, le centre culturel Fábrica de Arte Cubano, des cinémas, des clubs de jazz et des cafés offrant du Wi-Fi. Ses grandes avenues arborées et ses espaces verts séduisent de nombreux expatriés. Les loyers, en particulier dans les rues proches du Malecón, restent relativement accessibles par rapport aux standards occidentaux.
Miramar et Playa : le « quartier des ambassades » et des villas
Miramar, dans la municipalité de Playa, est un quartier résidentiel huppé, aux larges avenues bordées de villas construites par les élites pré-révolution. On y trouve de nombreuses ambassades, des bureaux d’entreprises d’État, des hôtels modernes, des restaurants privés (paladares) de haut niveau et surtout une atmosphère plus calme, mieux sécurisée. C’est également là que se situe la Clinique Cira García, principale référence médicale pour les étrangers.
Le quartier de Miramar est moins central pour les activités touristiques ou certains services, ce qui implique des déplacements en taxi ou en voiture pour rejoindre le centre historique. En contrepartie, il offre aux expatriés une plus grande tranquillité, une meilleure qualité des logements et une concentration de services internationaux.
Quartiers périphériques, plages et options « résidentielles »
Plus à l’est, Habana del Este et la zone des Playas del Este attirent moins d’étrangers mais offrent une vie plus locale, des loyers plus bas et un accès direct aux plages. Guanabo, village balnéaire à environ 25 minutes du centre, donne l’impression d’une grande bourgade de pêcheurs avec une multitude de casas particulares. C’est un bon choix si l’on accepte un confort plus basique en échange de la mer à pied et d’un coût réduit.
D’autres quartiers, comme 10 de Octubre (avec Santo Suárez ou La Víbora), Cerro, Marianao ou les zones de Santa Fe et Siboney, proposent des environnements plus résidentiels, parfois avec de grandes maisons et jardins, adaptés aux séjours de longue durée. Les prix y sont en général inférieurs à ceux de Vedado ou Habana Vieja, mais les services (supermarchés, restaurants, Wi-Fi) peuvent être plus dispersés.
Pour se repérer, on peut résumer très grossièrement les positions de quelques quartiers typiques :
| Quartier | Profil dominant | Avantages clés | Inconvénients majeurs |
|---|---|---|---|
| Habana Vieja | Touristique / historique | Patrimoine, ambiance, services touristiques | Bruit, foule, logements parfois vétustes |
| Centro Habana | Populaire résidentiel | Prix bas, « vie de rue » | Bâtiments dégradés, moins de confort |
| Vedado | Culturel / affaires | Wi-Fi cafés, université, nightlife | Trafic, certains loyers en hausse |
| Miramar (Playa) | Diplomatique / haut de gamme | Villas, tranquillité, clinique Cira García | Plus excentré, besoin de taxis |
| Guanabo / Playas del Este | Plage / village | Mer, coût de vie plus bas | Moins de services, transports moins pratiques |
Coût de la vie : chiffres, réalités et pièges
La première chose qui frappe un expatrié : l’écart énorme entre les salaires locaux et les coûts supportés par un étranger. Un employé cubain gagne en moyenne environ 30 USD par mois dans le secteur public, quand un expatrié a besoin d’un budget proche de 1 000 USD minimum pour vivre de manière relativement confortable à La Havane (loyer, alimentation, transport, télécommunications).
Les études de coût de la vie donnent des ordres de grandeur contradictoires, mais elles convergent sur l’idée que La Havane est parmi les villes les moins chères pour un résident local, mais plus coûteuse qu’elle n’y paraît pour un étranger devant payer tout au prix « de marché ».
Logement : fourchette très large selon le niveau de confort
Les loyers varient fortement selon la zone, la surface et le niveau d’équipement. Les appartements à louer légalement aux étrangers sont souvent proposés en devises, via des plateformes ou en direct.
Quelques repères tirés des données disponibles pour mieux comprendre le sujet.
Analyse des chiffres et statistiques principales issues des sources disponibles.
Identification des évolutions et patterns récurrents dans les informations.
Mise en perspective des données avec des références ou périodes antérieures.
Cadrage des informations dans leur environnement global pour une meilleure interprétation.
| Type de logement | Emplacement | Loyer mensuel estimé (USD) |
|---|---|---|
| Studio 45 m² meublé (zone « normale ») | Hors centre, Cuba | ~350 CUC |
| 1 chambre en centre-ville | Centre de La Havane | 225 à 637 |
| 1 chambre hors centre | Périphérie La Havane | 83 à 499 |
| 3 chambres en centre | Centre de La Havane | 409 à 1 325 |
| 3 chambres hors centre | Zones résidentielles | 537 à 769 |
| Appartement de luxe | Quartiers haut de gamme | 1 500 à 3 000 |
| Chambre en colocation | Divers quartiers | 200 à 400 par personne |
À côté de ces baux mensuels, les casas particulares facturent à la nuit : entre 20 et 60 USD en moyenne, bien davantage dans certains secteurs de La Havane ou de Varadero (jusqu’à 150 USD par nuit et par chambre pour les hébergements les plus touristiques).
Seuls les citoyens cubains et les résidents permanents ont le droit d’acheter ou de vendre un bien immobilier à Cuba.
Alimentation, transports, services : un budget à ne pas sous-estimer
Les prix à la consommation montrent un visage paradoxal. D’un côté, on trouve des repas bon marché dans des petits restaurants ou cantines, de l’autre, certains produits importés atteignent des montants élevés compte tenu des salaires locaux.
Quelques exemples de prix courants à La Havane :
| Produit / service | Prix typique (USD) |
|---|---|
| Repas simple dans un restaurant bon marché | 4 à 7 |
| Menu pour deux dans un restaurant moyen | 25 à 35 |
| Bière locale au bar (0,5 L) | 1 à 3,3 |
| Cappuccino | 1 à 2,2 |
| Bouteille d’eau (0,33 L) | 0,5 à 1,4 |
| Douzaine d’œufs | 1,4 à 11 |
| 1 kg de blanc de poulet | 5,5 à 9 |
| Ticket bus urbain | Quelques centimes (très faible) |
| Trajet taxi urbain (environ 8 km) | 6,6 à 10,4 |
| Abonnement mensuel transport public | 6,5 à 25+ |
| Internet à domicile (forfait illimité) | 68 à plus de 150 par mois |
| Forfait mobile 10 Go+ | ~35 à 40 |
Dans la pratique, un expatrié dépend peu des magasins subventionnés en monnaie nationale et se fournit surtout dans les magasins en monnaie librement convertible (MLC), qui exigent des cartes bancaires internationales (hors cartes américaines), ou sur le marché noir où les prix sont souvent très élevés. Les pénuries de produits de base obligent à multiplier les déplacements, à stocker dès que l’on trouve un article convoité et à s’appuyer sur des réseaux informels (voisins, amis, groupes WhatsApp, etc.).
La monnaie officielle est le peso cubain (CUP). L’ancien peso convertible (CUC) a été supprimé lors de l’unification monétaire, mais l’économie reste de fait multi-devises, avec des taux de change officiels, bancaires, hôteliers et informels très différents.
Des repères indicatifs montrent le décalage entre circuits formels et informels :
| Taux et circuits (valeurs indicatives) | Taux approximatif pour 1 USD |
|---|---|
| Taux officiel | ~25 CUP |
| Taux bancaire pour certaines opérations | ~125 CUP |
| Taux « forcé » de certains hôtels | 100–125 CUP |
| Taux informel de rue | ~250 CUP |
Pour un expatrié, ces écarts changent totalement la donne : payer au taux officiel revient à voir son pouvoir d’achat divisé par rapport à l’usage du taux informel. Changer au noir comporte évidemment des risques juridiques et pratiques, mais c’est ce qui permet à beaucoup de résidents de maintenir un niveau de vie convenable.
L’ouverture d’un compte bancaire local pour un étranger à Cuba est complexe. Les banques n’offrent pas de comptes spécifiques pour expatriés et exigent généralement la résidence permanente ou un statut particulier (résident temporaire, diplomate, entrepreneur enregistré). Le processus nécessite de fournir de nombreux documents (passeport, casier judiciaire, références bancaires étrangères, traductions légalisées). Un dépôt minimum pouvant atteindre 5 000 CUC est requis pour un compte ouvert depuis l’étranger.
En pratique, la plupart des expatriés conservent leurs comptes à l’étranger et utilisent des cartes Visa, Mastercard ou des retraits d’espèces. Les cartes American Express et beaucoup de cartes liées à des banques américaines sont bloquées. Des comptes en devises librement convertibles (MLC) peuvent être ouverts pour les résidents afin de dépenser dans les magasins dits « en dollars ». Des frais d’environ 3 % sont appliqués sur les paiements par carte et retraits, sans compter les frais de la banque d’origine.
Il est recommandé d’arriver avec des liquidités (euros ou dollars en billets propres). Changez une partie dans des bureaux officiels (Cadeca, banques, grands hôtels) pour les dépenses formelles. Pour le reste, vous pouvez utiliser le marché informel avec prudence, en gardant à l’esprit les risques associés.
Visas, résidence et cadre légal pour rester à long terme
S’installer durablement à Cuba ne peut se faire sur la seule base du visa touristique. La Direction de l’Identification, de l’Immigration et des Étrangers (DIIE) encadre strictement les statuts de séjour et de résidence.
Le visa touristique : une porte d’entrée, pas un statut de vie
Le visa touristique (souvent appelé carte touristique) permet en principe un séjour de 30 jours, mais il existe des variantes : les Canadiens, par exemple, obtiennent d’emblée 90 jours. Dans la pratique, la carte touristique standard est valable 90 jours et peut être prolongée une fois pour atteindre 180 jours (6 mois) au total. Après cette durée, il faut quitter le pays puis revenir avec une nouvelle carte.
La carte de tourisme pour Cuba existe en deux couleurs selon le point de départ : verte pour la plupart des pays, rose pour les vols directs depuis les États-Unis. Certaines nationalités (ex. : Russie, Malaisie) en sont exemptées pour des séjours limités (90 jours), tandis que d’autres doivent obtenir un visa classique. Dans tous les cas, il est obligatoire de disposer d’un passeport valide, d’une assurance santé couvrant Cuba, d’un billet retour et d’une adresse d’hébergement.
Visas étudiants, travail et séjours temporaires
Pour rester plus longtemps avec un cadre légal, plusieurs types de visas existent :
– Le visa étudiant s’adresse aux personnes admises dans une université ou un institut cubain accrédité. Il est d’abord délivré pour 30 jours, puis renouvelé pour couvrir toute la durée des études. Il nécessite une lettre d’admission, la preuve de moyens financiers, un hébergement identifié (résidence universitaire, casa particular autorisée, hôtel) et une assurance santé. Les étudiants boursiers doivent, en plus, se soumettre à un test VIH.
– Les visas de résident temporaire (catégories D1, D2, D3, etc.) couvrent des profils variés : travailleurs qualifiés, chercheurs, artistes, sportifs, journalistes, hommes d’affaires, religieux, etc. Ils sont généralement valables 1 à 2 ans, renouvelables, et exigent un contrat de travail cubain, un projet d’investissement ou un mandat précis. Les titulaires doivent résider dans des logements officiellement loués aux étrangers.
Obtenir un emploi local est très compliqué pour un non-Cubain, les travailleurs nationaux étant prioritaires. Vivre uniquement avec un salaire cubain est pratiquement impossible sans les carnets de rationnement. Beaucoup d’expatriés s’installent donc avec un emploi pour une entreprise étrangère, une mission diplomatique, ou en tant que nomades numériques, malgré les limites posées par l’internet local.
Résidence permanente : surtout via la famille
La résidence permanente, appelée « residencia permanente », est très difficile à obtenir pour un étranger sans liens familiaux directs. Elle concerne surtout les conjoints ou proches parents de citoyens cubains ou de résidents permanents. Les candidats doivent fournir une série de documents : acte de naissance, lettre motivant la demande, preuve de domicile (bail ou propriété reconnue par l’État), preuve de ressources financières, certificats médicaux (tests VIH, radiographie pulmonaire, analyses sérologiques), et, dans le cas d’un mariage, certificat de mariage et carte d’identité du conjoint cubain.
Historiquement, un dépôt de 5 000 CUC était exigé. Désormais, la démonstration d’une capacité financière suffisante (revenu stable, investissement, soutien familial) le remplace. Le processus, géré par la DIIE, dure de 2 à 6 mois. La carte de résident permanent, valable initialement 5 ans, est progressivement étendue à 10 ans.
Deux catégories de visas de résidence permanente sont mentionnées : le visa E‑1, destiné aux parents, enfants ou conjoints de Cubains, et le visa E‑2, accordé à ceux bénéficiant d’une autorisation spéciale de l’administration.
Cas particuliers des ressortissants américains
Les citoyens des États-Unis restent soumis à un cadre spécifique : ils ne peuvent se rendre à Cuba que sous l’un des 12 motifs autorisés (voyages éducatifs, soutien au peuple cubain, projets humanitaires, etc.), gérés par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC). Les cartes bancaires américaines ne fonctionnent pas sur l’île, les transferts de fonds sont limités et le rapatriement de produits cubains (cigares, alcool) vers les États-Unis est encore largement interdit.
Les citoyens américains nés à Cuba et ayant conservé leur résidence cubaine sont considérés comme Cubains par les autorités locales : ils doivent entrer et sortir avec un passeport cubain, ce qui complique leurs démarches.
Internet et télécommunications : vivre avec une connectivité sous contrôle
Pour un expatrié ou un nomade numérique, la question de la connexion est centrale. Le fournisseur unique est ETECSA, entreprise d’État qui contrôle l’ensemble des télécommunications, y compris le réseau mobile CUBACEL. L’histoire du réseau cubain explique son état actuel : première connexion en 1996 via satellite, câble sous-marin ALBA‑1 avec le Venezuela mis en service pour le public en 2013, introduction des hotspots Wi‑Fi publics vers 2015, lancement de la 3G en 2018, légalisation du Wi‑Fi privé à domicile en 2019, puis déploiement limité de la 4G. Un nouveau câble sous-marin ARIMAO, construit avec Orange, a touché la Martinique en 2023, augmentant potentiellement la capacité.
Malgré ces progrès, l’accès reste lent, cher pour les habitants et très encadré. On estime qu’en 2022, environ 68 % de la population avait accès à internet, mais avec de grandes disparités entre La Havane et le reste du pays. Le réseau souffre d’innombrables coupures, de limites de débit, et certaines plateformes ou services (sites financiers comme PayPal ou Wise, contenus politiques, etc.) peuvent être bloqués. La Freedom House classe l’internet cubain « non libre », et Reporters sans frontières qualifie l’île « d’ennemie d’internet ».
Freedom House et Reporters sans frontières
Pour un expatrié, plusieurs options existent :
– S’appuyer sur le Wi‑Fi fourni par son logement : la plupart des hôtels, casas et appartements destinés aux étrangers offrent un accès, parfois via un mot de passe, parfois via un compte NAUTA (cartes prépayées).
Le coût en CUP d’un forfait 3 Go, soit environ 9 USD, ce qui dépasse un salaire mensuel minimum à Cuba.
– Utiliser le roaming de son opérateur étranger : possible mais prohibitif (2–3 USD la minute d’appel, 0,50 USD le SMS).
– Acheter des cartes NAUTA (1 h, 5 h, etc.) auprès des bureaux ETECSA ou d’hôtels, pour se connecter aux hotspots publics.
Les prix illustrent le caractère onéreux de la donnée mobile pour un résident local :
| Service internet / mobile | Tarif indicatif |
|---|---|
| 3 Go de données mobiles | 3 360 CUP (~9 USD) |
| Carte NAUTA 1 h (office ETECSA) | 25 CUP |
| Carte NAUTA 5 h (office ETECSA) | 125 CUP |
| Forfait fixe illimité (50–60 Mbps) | 68 à plus de 150 USD/mois |
Il est fortement recommandé d’installer un VPN avant l’arrivée, pour sécuriser ses connexions, contourner certains blocages et accéder à ses applications bancaires. Par ailleurs, le réflexe d’anticiper le travail hors-ligne (télécharger cartes, documents, séries, etc.) reste crucial, tout comme l’habitude de vivre avec des interruptions fréquentes.
Santé : système performant mais sous tension, et règles strictes pour les étrangers
Cuba dispose d’un système de santé universel très structuré, entièrement public, réputé pour son maillage territorial et ses indicateurs (mortalité infantile faible, nombre élevé de médecins par habitant). Mais cette réalité coexiste avec une autre : pénuries chroniques de médicaments, d’équipements, de lits, infrastructures vieillissantes et recours massif des praticiens aux missions internationales.
Les citoyens et résidents permanents bénéficient de la prise en charge gratuite. Les étrangers, eux, relèvent d’un circuit séparé, dans des cliniques internationales dont les tarifs restent modestes par rapport aux standards occidentaux, mais élevés pour l’économie locale.
La clinique de référence pour les expatriés à La Havane est la Cira García, située dans le quartier de Miramar. D’autres hôpitaux comme Hermanos Ameijeiras, CIMEQ ou l’hôpital Camilo Cienfuegos accueillent également des patients étrangers. Dans les principales zones touristiques, telles que Varadero et Santa Lucía, des cliniques internationales sont aussi disponibles.
Depuis 2010, une assurance santé est légalement obligatoire pour tous les visiteurs et résidents non cubains. Elle doit couvrir a minima les soins d’urgence, l’hospitalisation, les soins dentaires d’urgence et surtout l’évacuation sanitaire – une évacuation aérienne pouvant dépasser 50 000 USD. Ceux qui arrivent sans couverture peuvent acheter une police locale à l’aéroport, mais il est vivement conseillé de souscrire avant le départ une assurance internationale explicite sur la couverture de Cuba et reconnue par les autorités. Les assurances de compagnies comme Allianz International sont acceptées, avec un seuil recommandé d’au moins 25 000 USD de plafond.
Coût approximatif en dollars d’une opération de hernie discale à la clinique Cira García à Cuba.
Les pharmacies, en revanche, sont souvent presque vides. Il est indispensable de venir avec ses traitements habituels en quantité suffisante, dans leur emballage d’origine, accompagnés d’une ordonnance et d’une lettre du médecin. Les risques sanitaires à surveiller incluent la dengue, le Zika, le chikungunya (transmis par les moustiques), ainsi que les diarrhées du voyageur et l’hépatite A. La vaccination pour les vaccins de base (ROR, diphtérie, tétanos, polio) et les vaccins pour l’hépatite A et la typhoïde est recommandée avant le départ.
Éducation des enfants d’expatriés : public cubain ou écoles internationales
Le système scolaire cubain est massivement public, gratuit à tous les niveaux, avec une scolarité obligatoire de 6 à 15 ans. Les écoles primaires, secondaires, les filières pré-universitaires et techniques sont bien structurées et fortement standardisées. Le niveau général, notamment en mathématiques et en sciences, est reconnu. L’enseignement des langues étrangères, en particulier l’anglais, est introduit tôt, même si la pratique reste variable.
Un enfant expatrié peut intégrer gratuitement une école publique cubaine si la famille est en règle (documents de séjour, acte de naissance, carnet de vaccination, preuve d’adresse). L’enseignement est entièrement en espagnol et les contenus sont fortement imprégnés de la vision politique nationale, ce qui en fait une option très immersive mais radicale.
Pour ceux qui souhaitent une scolarité internationale, trois grandes écoles se partagent l’essentiel de l’offre à La Havane :
Les frais de scolarité annuels à l’International School of Havana varient entre environ 7 000 et plus de 17 000 USD, selon le niveau d’étude.
– Le Centro Educativo Español de la Habana, basé à Siboney, suit le programme espagnol jusqu’au Bachillerato, pour les enfants de citoyens espagnols et les familles hispanophones.
– Le Lycée Français de La Havane Alejo Carpentier suit le programme français jusqu’au baccalauréat, sous l’égide de l’AEFE, avec recourse pour le lycée aux enseignements à distance du CNED.
En complément, certains parents combinent scolarité locale et cours en ligne, ou optent pour l’école à distance intégrale. L’offre de plateformes internationales d’enseignement en ligne (curriculum américain, britannique, etc.) s’adapte bien à une connectivité irrégulière si l’on anticipe les téléchargements et prévoit des sessions hors-ligne.
Travailler, entreprendre ou vivre de revenus extérieurs
Trouver un poste salarié local sans être cubain est rare. Les autorités privilégient les nationaux pour l’emploi, surtout dans le secteur public. Les salaires en pesos ne permettent de toute façon pas de couvrir un mode de vie « expat » sans aides ou revenus extérieurs. Les étrangers qui vivent à Cuba travaillent généralement pour des organisations internationales, des ambassades, des ONG, des entreprises étrangères autorisées, ou conservent un emploi à distance dans un autre pays.
Ces dernières années, le secteur privé à Cuba s’est élargi avec la multiplication de petites entreprises (MIPYMES) comme les restaurants privés (paladares), les hébergements, les boutiques et divers services. Une partie de ces entreprises est financée ou soutenue par la diaspora cubaine, qui envoie des capitaux et des équipements, ou gère des plateformes de commerce électronique (comme Supermarket23, Katupulk, Mall Habana, Tuambia) permettant d’acheter des produits pour livraison à Cuba.
Pour un expatrié non cubain, l’investissement dans ces structures reste juridiquement et pratiquement complexe, soumis à des autorisations spécifiques et au risque d’une réglementation mouvante. En revanche, il est courant que des conjoints, beaux-frères ou amis cubains portent juridiquement l’entreprise, tandis que les capitaux proviennent de l’étranger.
Le télétravail vers l’international est une solution de plus en plus répandue, mais fortement limitée par la qualité du réseau : impossibilité de visioconférences stables à certaines heures, coupures d’électricité prolongées, coûts élevés de la donnée pour un usage intensif. Un mode de vie semi-offline (travail asynchrone, envoi de gros fichiers à des heures creuses, recours à des cafés Wi‑Fi bien identifiés à Vedado) devient la norme.
Vie quotidienne : pénuries, « no es fácil » et résilience
Une phrase revient sans cesse sur l’île : « No es fácil ». Vivre à Cuba implique d’accepter une somme de contraintes matérielles et d’aléas qui déstabilisent les nouveaux arrivants.
Cuba fait face à des pénuries sévères touchant la nourriture, l’eau potable, l’énergie (gaz/électricité), les médicaments et les pièces détachées. L’approvisionnement nécessite des efforts considérables (multiples magasins, réseaux d’entraide, achats en stock). Les coupures d’électricité peuvent durer jusqu’à 12 heures par jour, même à La Havane, et l’accès à l’eau courante n’est pas continu, y compris dans les logements pour étrangers.
La ponctualité est une notion flexible : les bus n’ont pas d’horaires fiables, les files d’attente sont omniprésentes, les formalités prennent du temps. La patience devient un atout majeur. En contrepartie, la vie sociale se déploie largement dans l’espace public. Le Malecón sert de salon à ciel ouvert, les enfants jouent dans la rue, les voisins se rendent visite sans prévenir, les musiciens improvisent des concerts. Les Cubains sont décrits comme chaleureux, bavards, prêts à aider, même s’il peut être plus long de construire des amitiés vraiment désintéressées, les étrangers étant parfois perçus avant tout comme une opportunité économique.
La sécurité personnelle est globalement correcte comparée à d’autres pays de la région. Cependant, la détérioration des conditions économiques a provoqué une augmentation des vols à la tire, des arnaques et des petits délits. Il est essentiel de rester vigilant, en particulier dans les zones touristiques et les transports en commun bondés.
Famille, diaspora et liens transnationaux
Cuba connaît un exode important depuis la révolution : près de 2,9 millions de personnes auraient quitté l’île entre 1959 et 2023, auxquelles s’ajoutent leurs descendants. On estime à environ 2,5 millions le nombre de Cubains et de leurs descendants vivant à l’étranger, dont près de 90 % en Floride. Les États-Unis abritent environ 2 millions de personnes d’origine cubaine, suivis de l’Espagne et du Venezuela.
Les autorités cubaines adoptent désormais une attitude pragmatique envers leur diaspora, la considérant comme une ressource économique. Le ministère des Affaires étrangères, via la DACCRE, cherche à institutionnaliser ces liens par des événements tels que le congrès « Nation et Émigration » et des forums d’affaires dédiés.
Les remises de fonds constituent une source majeure de devises : certaines estimations évoquent près de 3,7 milliards de dollars en 2019, en argent et en biens. Après des restrictions imposées sous l’administration Trump (plafond de 1 000 USD par trimestre vers la famille), l’administration Biden a assoupli certaines règles, et Western Union a repris ses opérations avec Cuba en 2023, via l’entreprise cubaine Orbit S.A.
Pour un expatrié installé à Cuba, ces flux ont un impact direct sur les inégalités locales : ceux qui reçoivent des remises peuvent accéder plus facilement aux marchés parallèles, acheter en devises, financer des petits commerces, alors que ceux qui vivent uniquement de pesos voient leur pouvoir d’achat s’effondrer. S’intégrer dans cette société, c’est donc aussi comprendre ces clivages invisibles.
Formalités d’entrée : douanes, D’Viajeros et restrictions
Tout voyageur doit remplir en ligne, 48 à 72 heures avant l’arrivée, le formulaire D’Viajeros. Ce document regroupe les informations personnelles, d’immigration, de santé et de douane, et génère un QR code à présenter à l’arrivée. Il s’ajoute aux autres requis : passeport valable au moins six mois, visa ou carte touristique, preuve d’assurance médicale valable à Cuba, billet retour et adresse d’hébergement.
À l’arrivée, les passagers empruntent le canal vert (rien à déclarer) ou rouge (biens à déclarer). Les effets personnels usuels sont exemptés de droits. Pour les autres biens, la franchise est de 1 000 USD par voyageur, avec une exonération des 50 premiers dollars.
Certaines catégories bénéficient, jusqu’à une date butoir fixée par les autorités, d’une exonération temporaire de droits : alimentation, produits d’hygiène, médicaments, dans la limite de 20 kg et d’un certain montant, pour répondre aux pénuries aggravées par la pandémie. D’autres biens sont au contraire strictement interdits (armes, explosifs, drogues, certains équipements électriques puissants, plantes, nourriture animale non autorisée, matériel de communication spécifique, etc.). L’importation de médicaments est limitée à 10 kg, avec des ordonnances détaillées pour les substances contrôlées.
À l’export, les œuvres d’art, les cigares en quantité, les produits culturels ou certains biens patrimoniaux nécessitent des certificats spécifiques, notamment délivrés par le Fonds des biens culturels. Pour les voyages vers les États-Unis, il est strictement interdit de ramener de l’alcool ou du tabac d’origine cubaine.
Santé mentale, adaptation et stratégie personnelle
Au-delà des chiffres et des règles, s’installer à Cuba en tant qu’expatrié suppose une importante préparation psychologique. Le contraste entre l’image de carte postale – plages, cigares, salsa – et la réalité quotidienne – pénuries, coupures, lenteurs, surveillance numérique – peut être déstabilisant. Beaucoup de résidents étrangers décrivent leur expérience comme des montagnes russes, alternant moments d’euphorie et de découragement.
Pour mieux vivre la transition lors d’une expatriation, plusieurs actions sont essentielles : apprendre l’espagnol au moins à un niveau fonctionnel, développer un réseau local (voisins, collègues, commerçants, autres expatriés), accepter de renoncer à certains conforts matériels, et conserver des activités qui maintiennent un lien avec l’extérieur (travail en ligne, projets créatifs, échanges réguliers avec la famille restée au pays). Le sentiment d’appartenance à une communauté soudée, où les gens se connaissent et s’entraident, compense souvent les frustrations liées à la bureaucratie ou aux manques matériels.
Pour un projet d’installation réussi, il est judicieux de procéder par étapes : un ou deux séjours longs avec visa touristique maximal et logement en casa particular pour tester différents quartiers et modes de vie ; une étude sérieuse du cadre légal correspondant à sa situation (conjoint cubain, étudiant, salarié d’une organisation, nomade numérique, retraité) ; la constitution d’un coussin financier pour parer aux imprévus (évacuation médicale, retour anticipé, inflation forte) ; et une réflexion lucide sur ce que l’on vient chercher à Cuba et ce qu’on est prêt à accepter en échange.
S’installer sur l’île, c’est entrer dans un système qui ne fonctionne ni comme l’Amérique latine voisine, ni comme l’Europe ou l’Amérique du Nord. Ceux qui y trouvent leur place sont généralement ceux qui parviennent à conjuguer patience, réseau, flexibilité et curiosité, en sachant qu’à Cuba plus qu’ailleurs, la plus grande constante est l’imprévu.
Conseil pour s’installer à Cuba
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’expatrier à Cuba, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, République dominicaine, Panama, Uruguay), la stratégie retenue a consisté à cibler Cuba pour son coût de vie nettement inférieur à la France, un environnement fiscal favorable aux revenus de source étrangère via des montages conformes (non-résidence fiscale française, convention, sociétés intermédiaires) et la possibilité d’y séjourner durablement avec un statut de résident. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention d’un titre de séjour à Cuba avec location ou achat de résidence, détachement CNAS/CPAM, transfert de banques et diversification hors UE, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, interlocuteurs francophones/anglophones) et optimisation patrimoniale internationale.
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