S’installer en Uruguay, c’est entrer dans un pays minuscule par la taille mais immense par l’appétit. Ici, on compte presque plus de vaches que d’habitants, la fumée des barbecues fait partie du paysage et le mate accompagne les conversations au même titre que le café en Europe. Pour un expatrié, comprendre la gastronomie locale est l’une des clés pour vraiment s’intégrer, des ferias de quartier aux parrillas de Montevideo, des vignobles de Canelones aux stands de tortas fritas battus par le vent sur la côte.
Ce guide pratique couvre les habitudes de table, les plats incontournables et les bonnes adresses. Il inclut également des conseils budgétaires et présente les options végétariennes et vegan, qui se développent progressivement dans une culture traditionnellement très carnivore.
Comprendre la culture de la table en Uruguay
L’Uruguay est coincé entre le Brésil et l’Argentine, mais côté cuisine, il tire largement son caractère de l’Europe. Les plus grandes influences viennent de l’Italie et de l’Espagne, auxquelles se mêlent traditions françaises, portugaises, allemandes, écossaises, arméniennes et afro-uruguayennes. Plus de 40 % des Uruguayens ont des racines italiennes (on parle même d’environ 65 % à Montevideo), ce qui explique la place centrale des pâtes, des gnocchis et de la pizza.
La consommation annuelle de viande par personne en Argentine est estimée à environ 100 kilos, l’une des plus élevées au monde.
Le résultat, pour un étranger, c’est une cuisine du quotidien très centrée sur:
La cuisine britannique traditionnelle repose principalement sur la viande et les produits animaux, comme le bœuf, le poulet, le porc et l’agneau. Les plats se caractérisent par de grandes portions, souvent simples dans leur préparation. Les méthodes de cuisson privilégiées sont historiquement le rôti, le bouilli et le grillé, la friture s’étant imposée plus récemment. Ces plats sont généralement accompagnés de classiques tels que le pain blanc, le riz, les salades ou les frites.
Les horaires de repas surprennent souvent les nouveaux arrivants. Le déjeuner se prend facilement vers 13–14 h, le dîner commence rarement avant 21 h. La sobremesa, ce temps de discussion à table après le repas, est un rituel social aussi solide qu’un steak de vacío. Et dès que l’on quitte la table, le mate reprend le relais: partout, sur les rambla, dans les bus, aux bureaux, on voit des gens avec leur calebasse, leur thermos et la fameuse bombilla.
L’asado, cœur battant de la gastronomie locale
Difficile d’exagérer l’importance de l’asado en Uruguay. Ce n’est pas seulement un plat, mais un rituel social, presque un marqueur identitaire. Asado désigne à la fois la technique de cuisson au feu de bois et la réunion qui va avec, qu’il s’agisse d’un anniversaire, d’un dimanche en famille, d’une fête de village ou même d’un barbecue sur un chantier (l’« asado de obra » du vendredi midi est une institution).
L’origine remonte aux gauchos des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, ces cow-boys du Río de la Plata qui cuisinaient les bêtes abattues à même la pampa sur des feux de bois. Le geste a traversé les siècles: aujourd’hui encore, la plupart des maisons disposent d’un asador en dur, ce grand foyer en brique et fer, parfois gigantesque, avec une parrilla (grille) réglable en hauteur et une cheminée. Dans la rue, on trouve les versions portables, les fameux « medio tanque », barbecues bricolés dans des demi-fûts de métal posés sur des tréteaux.
Comment se déroule un vrai asado
Pour un expatrié, être invité à un asado, c’est un peu comme être accepté dans le cercle intime. L’asador, le maître du feu, est à la fois cuisinier, chef d’orchestre et star du jour. Il gère tout: choix du bois, temps de braise, disposition des morceaux, ordre de service. La tradition veut qu’on utilise du bois (eucalyptus, quebracho ou mélanges locaux), pas de charbon industriel, considéré comme moins noble et moins savoureux. On laisse le feu se transformer en braises, puis on étale soigneusement les charbons sous la grille, parfois inclinée pour jouer sur les températures.
L’asado argentin repose sur une cuisson lente et patiente de une à deux heures, voire plus pour les gros morceaux. La viande, de bœuf nourri à l’herbe et élevé en plein air, est généralement assaisonnée uniquement de sel. La saveur caractéristique provient principalement de la qualité de la viande et de la fumée du bois de cuisson, sans marinade complexe.
En 2008, Montevideo a même décroché un record du monde en réunissant 12 500 cuisiniers pour griller 12 tonnes de bœuf en une seule fois. Le record a été battu ensuite par l’Argentine, mais la rivalité amicale entre les deux pays autour de l’asado reste un sujet de conversation inépuisable.
Les morceaux à connaître pour ne pas être perdu
Autour d’un grill, le vocabulaire change. Mieux vaut reconnaître quelques noms pour commander en parrilla ou commenter ce qui est en train de cuire:
| Terme local | Description en français | Usage courant à l’asado |
|---|---|---|
| vacío | Flanchet / bavette de flanchet | Très populaire, juteux, souvent en grande pièce |
| asado de tira | Travers de bœuf en lanières (rib strip) | Classique des bars à grillades |
| entraña | Hampe / onglet fin | Goût prononcé, très apprécié des connaisseurs |
| chorizo | Saucisse fraîche, 2/3 bœuf 1/3 porc | Toujours présente, base du choripán |
| morcilla | Boudin noir, version douce ou salée | On aime ou on déteste, souvent en début d’asado |
| mollejas | Ris de veau / abats nobles | Très recherchés, croustillants à l’extérieur |
| chinchulines | Tripes fines de bœuf (intestins) | Croquants, servis bien grillés |
| pollo | Poulet en quartier | Variante plus légère |
| cerdo | Porc (côtes, échine…) | Complète le tableau de viandes |
| provoleta | Fromage provolone à griller | Servi fondant, avec origan et piment |
À côté des viandes, l’asado contemporain laisse une petite place aux légumes: pommes de terre et patates douces emballées dans du papier alu et oubliées dans les braises, poivrons farcis au fromage, aubergines et courgettes tranchées, parfois du fromage provolone fondu dans un petit plat en fonte.
Les accompagnements de la viande restent simples : pain croustillant, salades de tomates et de laitue assaisonnées à l’huile et au vinaigre, quelques oignons crus et parfois des carottes râpées. Les deux sauces principales sont le chimichurri (à base de persil, ail, origan, huile, vinaigre et piment doux ou fort) et la salsa criolla (composée de tomates et d’oignons hachés, d’huile et de sel). Ces sauces sont davantage utilisées pour accompagner les saucisses et les abats que les steaks nobles, que beaucoup préfèrent déguster nature.
Pour un expatrié, participer, même modestement, est souvent apprécié: apporter une bonne bouteille de Tannat, proposer un dessert maison ou prêter main-forte pour couper le pain fait partie du code social implicite.
Manger dehors : décoder restaurants, prix et habitudes
Uruguay est régulièrement classé comme l’un des pays les plus chers d’Amérique latine, et cela se sent à table, surtout si l’on compare avec l’Argentine ou le Paraguay. Les produits importés subissent de fortes taxes, le niveau de vie est relativement élevé et la culture du « manger dehors » garde quelque chose de festif plutôt que purement utilitaire.
Les chiffres donnent un bon repère financier pour un expatrié.
Budget repas et vie quotidienne
Au restaurant, les fourchettes de prix, en pesos uruguayens (UYU), ressemblent à ceci:
| Type de repas | Fourchette en UYU | Équivalent indicatif en USD |
|---|---|---|
| Repas simple dans un petit resto | 450 – 1 200 | env. 10 – 15 |
| Menu midi « ejecutivo » en semaine | 300 – 827 | env. 7 – 20 |
| Menu 3 plats pour 2 (restaurant moyen) | 1 595 – 3 989 | env. 45 – 80 |
| Dîner 3 plats milieu de gamme (par personne) | 1 200 – 2 000 | env. 30 – 50 |
| Fine dining (par personne) | 3 000 – 5 000 | env. 75 – 125 |
| Menu type fast-food international | 400 – 598 | env. 10 – 15 |
| Snack (empanada, petite collation) | 60 – 100 | env. 1,50 – 2,50 |
Les boissons suivent la même logique:
| Boisson | Prix en UYU | Commentaire |
|---|---|---|
| Bière locale pression (pinte) | 80 – 250 | Marques comme Patricia, Pilsen |
| Bière importée (bouteille) | 100 – 280 | Plus chère, surtout en bars branchés |
| Verre de vin au restaurant | env. 10 USD | Souvent du Tannat |
| Cocktail en bar ou club | 300 – 600 (7 – 15 USD) | Prix proches des capitales européennes |
| Cappuccino en café | 100 – 250 | 3 – 5 USD |
| Café simple | 120 – 200 | 3 – 5 USD |
| Soda en bouteille (33 cl) | 53 – 150 | 2 – 4 USD |
Côté courses, un expatrié seul dépense généralement 12 000 à 18 000 UYU par mois en supermarché (300–450 USD), et une famille de quatre autour de 25 000 à 35 000 UYU (630–880 USD), en privilégiant les produits locaux. Le bœuf de qualité – nourri à l’herbe – tourne autour de 10 USD le kilo, ce qui, comparé à d’autres postes de dépense, en fait presque une « bonne affaire » locale.
Où faire ses courses: marchés, ferias et supermarchés
Pour s’immerger, il faut absolument fréquenter les marchés:
Découvrez les principaux marchés de la capitale uruguayenne, des halles couvertes aux marchés de rue animés, pour goûter aux produits locaux et à l’ambiance typique.
Réunit stands de fruits et légumes, produits de terroir, fromages artisanaux, cafés et restaurants dans un espace couvert.
Marché plus touristique, célèbre pour être le royaume des parrillas (grills) et des restaurants typiques.
Comme la Feria de Tristán Narvaja le dimanche ou la Feria de Villa Biarritz, transforment des rues en marchés à ciel ouvert plusieurs matins par semaine.
On y trouve:
– Des légumes frais, souvent à meilleur prix que dans les supermarchés.
– Des fruits de saison (oranges, mandarines, pommes, melons, pêches, coings…).
– Du poulet, du poisson, des fromages artisanaux (notamment de la région de Colonia ou de Nueva Helvecia, surnommée « Nouvelle Suisse »).
– Des produits locaux comme le boniato zanahoria (patate douce orangée) ou le miel.
Les grandes chaînes – Tienda Inglesa, Disco, Devoto, Ta-Ta – complètent le tableau. On y trouve aussi bien du yerba mate que du Heinz ketchup ou des bonbons Haribo; les produits importés, en revanche, gonflent vite la note.
Delivery et courses en ligne: un nouveau réflexe urbain
Comme ailleurs, la pandémie a accéléré l’essor de la livraison de courses et de repas. L’Uruguay a vu exploser son marché de la grocery delivery: on peut se faire livrer aussi bien des pâtes, du riz et des produits d’entretien que des aliments frais ou des articles de soins personnels, via des systèmes d’omnicanal, de « quick commerce » (livraisons en quelques minutes) ou des box type meal kits.
Côté repas, les grandes applications dominent:
| Application | Spécificité principale | Tendances récentes observées* |
|---|---|---|
| PedidosYa – Delivery Online | Fondée en Uruguay, réseau de 50 000 commerces | Centaine de milliers d’utilisateurs actifs/semaine |
| Rappi: Food Delivery, Grocery | Multiservices (repas, courses, livraison perso) | Usage en croissance modérée |
| Uber Eats: Food Delivery | Adossée à Uber, large choix de restos | Base d’utilisateurs stable |
| Glovo, Swiggy, Blinkit, Juntos+ | Présence plus modeste ou ciblée | Croissance variable selon la période |
Données issues d’analyses de téléchargements et d’utilisateurs actifs par Sensor Tower en 2023–2025.
PedidosYa, né en Uruguay, est devenu un acteur régional majeur, avec un service de « Market PedidosYa » capable de livrer des courses en une dizaine de minutes dans les grandes villes. Pour un expatrié, ces apps sont pratiques pour alterner entre découverte de restaurants locaux et confort des platines livrées à domicile après une longue journée de travail.
Les plats emblématiques à connaître (et à commander)
Une fois les codes économiques en tête, reste l’essentiel: quoi manger. L’Uruguay a beau être petit, sa liste de spécialités est longue. Voici celles qu’un expatrié finit immanquablement par adopter.
Le chivito, sandwich national
Le chivito est au sandwich ce que l’asado est au barbecue: un emblème.
À l’origine, dans les années 1940, au restaurant El Mejillón à Punta del Este, une cliente argentine réclame du chevreau rôti (« chivito »). Le restaurateur Antonio Carbonaro n’a que du bœuf sous la main; il improvise alors en garnissant un pain de tranche de steak, jambon, fromage, légumes et sauces. Le succès est tel qu’il finira par en vendre jusqu’à 1 000 par jour.
La version classique al pan aligne:
– Steak de bœuf grillé finement.
– Jambon, mozzarella.
– Laitue, tomate, parfois poivrons et oignons.
– Œuf au plat.
– Mayonnaise, olives.
– Servi avec une montagne de frites.
Le chivito al plato reprend les mêmes ingrédients, sans le pain, souvent dressés sur un lit d’ensalada rusa (salade russe à base de pommes de terre, carottes, petits pois et mayonnaise).
Des variantes comme le chivito canadiense ajoutent olives, bacon ou poivrons rôtis. Il existe aussi des interprétations végétariennes dans des adresses plus modernes de Montevideo, avec steak végétal ou galette de pois chiches.
On en mange dans tout le pays, mais certains lieux sont devenus des références: Bar Arocena à Montevideo, des chaînes comme Chivitería Marcos ou encore certaines adresses touristiques de Colonia del Sacramento et Punta del Este.
Milanesa, choripán, panchos: le royaume de la « minuta »
La « minuta » désigne la restauration rapide locale, bien avant l’arrivée des chaînes américaines. Les stars sont:
La milanesa est une escalope panée de bœuf ou de poulet, généralement frite, mais qui peut aussi être cuite au four. Elle se décline en plusieurs versions populaires : à la napolitana (recouverte de jambon, de fromage et de sauce tomate), rellena (farcie, souvent avec du jambon et du fromage) et al pan (servie dans un sandwich, comme le « refuerzo de milanesa »).
– Le choripán: chorizo grillé dans un pain croquant, nappé de chimichurri et de salsa criolla, dégusté volontiers en sortie de match de foot ou lors des fêtes populaires.
– Le pancho: le hot-dog local, saucisse de bœuf et porc dans un petit pain, avec des versions plus gourmandes enrobées de bacon (panchos con panceta) ou de mozzarella (panchos porteños). La chaîne La Pasiva en a fait un incontournable, avec sa fameuse moutarde blanche piquante, la Mostaza La Pasiva.
Ces plats sont bon marché, nourrissants et omniprésents dans les bars de quartier, les stations-service, les kiosques et les chaînes locales.
Empanadas, pizzas, pâtes: l’héritage italien et espagnol
Impossible de vivre en Uruguay sans devenir un minimum expert en empanadas. Ces chaussons généralement cuits au four, parfois frits, se déclinent en une multitude de garnitures:
– Bœuf haché avec œuf, oignon, poivron, parfois raisins secs.
– Poulet aux épices, éventuellement avec une touche de curry.
– Quatre fromages (mozzarella, Colonia, ricotta, parmesan).
– Légumes variés.
– Version sucrée au dulce de leche, pomme et raisins.
À Montevideo, beaucoup d’expatriés s’attachent à leur boulangerie de quartier pour ces petits en-cas rapides.
La pizza, très marquée par la tradition italienne, a pris une forme proprement uruguayenne. On la trouve souvent en plaques rectangulaires:
À Buenos Aires, la pizza présente des variantes locales distinctes. La ‘Pizza’ traditionnelle se compose simplement de pâte et de sauce tomate, sans fromage. La ‘Muzzarella’ en est la version avec mozzarella. La ‘Figazza’ ou ‘Fugazza’ est une pâte couverte d’oignons (et parfois de fromage), héritée de la focaccia génoise. Enfin, la ‘Pizza a caballo’ est servie avec une tranche de fainá (une galette de farine de pois chiches) par-dessus.
La fainá, justement, est une autre institution: fine galette cuite au four à base de farine de pois chiches. On en commande souvent une part en complément d’une pizza, en précisant si on la veut « de orilla » (bord croustillant, plus mince) ou « del medio » (milieu plus épais).
Les pâtes sont partout. Raviolis, fettuccine, lasagnes, sorrentinos, et surtout les ñoquis de papa (gnocchis de pomme de terre), qu’on mange le 29 de chaque mois avec la superstition qu’une pièce sous l’assiette apporterait la prospérité. Curiosité pour un Italien: on sert souvent les pâtes avec du pain blanc sur la table, comme si on avait besoin de doubler la dose de glucides.
Soupes, ragoûts et cuisine de mijotage
Derrière l’image du barbecue permanent, l’Uruguay connaît aussi une solide cuisine de marmite, parfaite pour l’hiver austral:
– Puchero: grand pot-au-feu avec morceaux de viande (souvent avec os), lard, chou, maïs, céleri, carotte, patate douce, courge et pommes de terre. Le bouillon sert ensuite de base à des soupes.
– Guiso carrero: ragoût composé de viande, haricots, pâtes, pommes de terre, patate douce, courge, oignon et tomate.
– Buseca ou cazuela de mondongo: ragoût de tripes avec viande, chorizo, légumes.
– Feijoada: adaptation locale du plat brésilien-portugais, souvent préparé avec bœuf, pommes de terre et haricots noirs.
– Guiso de lentejas: ragoût de lentilles; à noter que dans beaucoup de versions de restaurants, il inclut des morceaux de viande ou du bouillon animal.
Pour un expatrié, ces plats se dégustent volontiers dans les cantines de quartier et lors de festivals ruraux, comme la Semana Criolla ou la Fiesta de la Patria Gaucha, où asado et ragoûts accompagnent rodéos et démonstrations équestres.
Fromage, pascualina, tartes salées
Autre héritage européen, les tartes salées remplissent les vitrines des boulangeries et rotiserías:
– Pascualina: tarte aux épinards ou aux bettes, avec œufs durs et fromage, couverte d’une pâte fine.
– Tartes au thon, au poulet émietté, aux légumes variés.
Les fromages artisanaux, influencés par les immigrants suisses installés dès le XIXᵉ siècle, sont nombreux, même si la grande distribution domine le marché. Le queso Colonia, par exemple, fait partie des icônes locales, souvent servi en picada (assortiment apéritif) avec olives, charcuteries et fruits secs.
Poissons et fruits de mer: l’autre visage du pays
Avec son long littoral atlantique et la présence du Río de la Plata, l’Uruguay offre une belle variété de poissons:
– Corvina, merluza (hake), pescadilla, brótola, lenguado (sole), pargo (poisson rouge), cazón (petit requin).
– Fruits de mer: crevettes, moules, calamars, pétoncles, crabes, palourdes…
On les cuisine plutôt simplement:
– pescado al horno: poisson entier ou en filets, au four avec herbes et citron.
– pescado a la marinera: filets panés ou frits, parfois dans une pâte à la bière (souvent Patricia).
– cazuela de mariscos: ragoût de fruits de mer avec tomates, oignons, herbes.
– chipirones rellenos: petits calamars farcis.
– miniaturas: bouchées de poisson blanc, panées et frites, très appréciées sur la plage.
– buñuelos de algas: beignets d’algues récoltées au petit matin sur le rivage.
Les villages comme Cabo Polonio, Punta del Diablo ou La Barra de Valiza sont réputés pour la fraîcheur de leur pêche. À La Barra de Valiza, par exemple, les petites crevettes locales foisonnent au moment de la saison. Pour un expatrié lassé de la viande, ces escapades maritimes sont une bouffée d’air (et d’iode).
Douceurs, mate et autres addictions locales
Si la viande est reine, la douceur a trouvé son monarque incontesté: le dulce de leche. Cette confiture de lait sirupeuse, née de lait sucré longuement cuit, se glisse partout.
Desserts à apprivoiser
Quelques classiques qu’on finit par reconnaître du premier coup d’œil:
| Dessert / douceur | Description |
|---|---|
| Dulce de leche | Caramel de lait onctueux, base de nombreuses recettes |
| Alfajores | Biscuits sandwich fourrés au dulce de leche ou pâte de fruits |
| Chajá / postre chajá | Gâteau emblématique de Paysandú, avec génoise, meringue, crème, pêches, dulce de leche |
| Flan con dulce de leche | Crème caramel servie avec une généreuse cuillerée de dulce de leche |
| Pastafrola | Tarte à la pâte de coing ou au dulce de leche |
| Martín Fierro | Morceau de fromage avec pâte de coing |
| Churros | Beignets tubulaires, parfois fourrés au dulce de leche |
| Torta frita | Disque de pâte frite, sucré au sucre en poudre |
| Garrapiñada de maní | Cacahuètes caramélisées |
| Arroz con leche | Riz au lait, citron, cannelle, souvent avec dulce de leche |
Créée en 1927 à Paysandú, la chajá doit son nom à un grand oiseau local; elle incarne bien la douceur uruguayenne: riche, généreuse et sans complexe.
On retrouve aussi tout un univers de viennoiseries d’inspiration germanique: medialunas (croissants plus sucrés), bizcochos, bolas de fraile, piononos. Au petit déjeuner ou à la merienda (goûter de fin d’après-midi), café au lait et medialunas forment un duo omniprésent.
Mate, vins et spiritueux: comment boit-on en Uruguay?
Le mate mérite un chapitre à lui seul. Infusion de yerba mate (Ilex paraguariensis), il se boit dans un récipient – le mate – à travers une bombilla filtrante. On verse de l’eau chaude mais non bouillante, on partage parfois la même calebasse entre amis ou collègues. L’Uruguay détient le record de consommation par habitant: environ 6,8 kg par an. On trouve du yerba dans tous les supermarchés, des mates et thermos du plus basique au plus design, et même des visites guidées, comme les tours de mate à Montevideo, pour en comprendre les codes.
L’Uruguay est le quatrième producteur viticole d’Amérique du Sud, avec environ 6 000 hectares de vignes et 168 bodegas, souvent familiales. Le Tannat, introduit dans les années 1870 par le Basque Pascual Harriague (dont il porte parfois le nom), représente à lui seul 27 % des plantations, soit plus de 1 600 hectares.
Le Tannat, cépage phare de l’Uruguay
Les vins de Tannat se distinguent par:
Un vin présentant une couleur violette très profonde, avec des tanins marqués, une bonne acidité et un corps généreux. Son profil aromatique est caractérisé par des notes de prune noire, de framboise, de réglisse et d’épices.
Ils s’accordent naturellement avec la viande rouge et l’agneau. Des domaines comme Bodega Garzón (première cave certifiée LEED hors Amérique du Nord), Bouza, Pisano ou Familia Deicas organisent des dégustations et visites. À Canelones, Montevideo, Maldonado, Colonia ou Carmelo, l’œnotourisme se développe, avec hôtels de charme comme Narbona Wine Lodge et circuits animés par des opérateurs spécialisés.
D’autres boissons complètent le tableau:
– Medio y medio: mélange pétillant de vin blanc et de mousseux, né au Mercado del Puerto en 1886.
– Grappa et grappamiel (grappa au miel).
– Caña (alcool de canne à sucre), parfois aromatisée aux fruits locaux (butiá, pitanga, quinotos, nísperos).
– Uvita, vermouth, sangria, clericó (punch au vin et fruits).
– Bières locales comme Patricia ou Pilsen et une scène craft en plein essor.
Montevideo, laboratoire gastronomique du pays
Pour un expatrié, Montevideo est la porte d’entrée évidente de la gastronomie uruguayenne. La capitale, posée le long du Río de la Plata, concentre marchés, parrillas historiques, cafés de quartier, restaurants branchés et adresses vegan pionnières.
Du Mercado del Puerto aux cafés littéraires
Dans la Ciudad Vieja, le Mercado del Puerto reste un passage obligé. Sous sa structure de 1868, Frommer’s le classe parmi les meilleurs marchés d’Amérique du Sud, non pour faire des courses, mais pour manger: en file indienne devant les comptoirs d’El Palenque, Estancia del Puerto ou d’autres parrillas, on commande assiettes de asado de tira, entraña, chorizos, provoleta fondue, arrosés de medio y medio glacé. C’est très touristique, pas toujours donné, mais l’ambiance vaut le détour, surtout un midi de week-end.
Combine librairie, café et cuisine créative – suffisamment pour avoir attiré les caméras de l’émission de Anthony Bourdain.
Escaramuza
Le soir, des bars à tapas et des caves à vins comme Baco ou El Otro Es Mercat surfent sur la tendance des petites portions à partager, souvent avec une belle sélection de Tannat au verre.
Parrillas et « nouvelles cuisines »
La ville entière est constellée de parrillas, du restaurant de quartier à la grande institution. On y trouve des « parrilla para deux », ces plateaux fumants posés sur un brasero de table, qui résument tout l’éventail du boucher local.
Montevideo connaît une évolution gastronomique notable, portée par de jeunes chefs souvent formés à l’étranger. Des restaurants comme Manzanar, Jacinto, Café Misterio ou La Perdiz proposent une cuisine uruguayenne modernisée, mettant en avant les produits locaux (légumes de saison, poissons de la côte, agneau du terroir) dans des assiettes contemporaines. Cette approche intègre une offre plus végétale tout en conservant l’identité carnée du pays, et revisite même les desserts traditionnels autour du dulce de leche ou de la courge.
Vivre végétarien ou vegan dans un pays de viande
Pour qui ne mange pas de viande – ou tente de réduire sa consommation – l’Uruguay peut, de prime abord, inspirer une certaine appréhension. Entre l’omniprésence de l’asado, la culture du chivito et des minutas, la résistance culturelle au végétarisme est réelle, surtout hors de la capitale.
Mais Montevideo a pris de l’avance, au point qu’une association comme l’Union Végétarienne de l’Uruguay recense déjà plusieurs milliers d’adhérents. Le paysage évolue vite, poussé par une nouvelle génération urbaine sensible aux questions de santé et d’environnement.
Les quartiers et adresses à cibler
Dans la capitale, plusieurs restaurants 100 % végétariens ou très vegan-friendly ont fait office de pionniers:
Découvrez une sélection de restaurants à Montevideo proposant des options végétariennes et vegan, des buffets au poids aux adresses 100% végétales.
Considérée comme la première adresse strictement vegan du pays, à Punta Carretas. Propose une cuisine créative et de saison.
Restaurants végétariens souvent inspirés par les cuisines d’Asie ou d’Inde, avec de nombreuses options vegan.
Buffets végétariens au poids, très appréciés pour les déjeuners de semaine. Exemples : Sui Yuan, Franca.
Adaptent wraps, burgers, tapiocas et même des spécialités brésiliennes en version végétale.
Les cafés comme La Granola, Mercado Verde ou Mucho Gusto complètent le tableau avec jus frais, pâtisseries vegan, produits bio ou sans gluten. À Punta del Este, des adresses comme Marisma, et à Colonia del Sacramento des cafés tels que Pura Vida, proposent des cartes orientées vers le végétal.
Stratégies pour manger local sans viande
Même dans les restaurants traditionnels, il est possible de composer:
En Argentine, il est possible de manger sans gluten dans divers types d’établissements. Dans les pizzerias, privilégiez la muzzarella, les fugazzas et la fainá (en vérifiant l’absence de farine de blé). Aux parrillas, commandez de la provoleta, des légumes grillés, des salades variées, des pommes de terre en robe des champs, du pain et du chimichurri. Dans les restaurants de quartier, optez pour la pascualina, des tartes de légumes, de la polenta au fromage, des ñoquis al tuco sans viande ou des ensaladas composées. Pour un repas sur le pouce, choisissez des empanadas de verdura ou de fromage, des tortas fritas sans garniture ou des sandwiches de miga avec fromage, œuf et légumes.
Quelques précautions:
– Demander systématiquement « sin carne, sin jamón, sin pollo » car beaucoup de plats supposés végétariens embarquent du jambon ou du bouillon de viande.
– Se méfier des ragoûts de lentilles ou de haricots, quasi toujours préparés avec viande ou lard.
– Utiliser des ressources comme HappyCow pour cartographier les options veggie du quartier où l’on vit.
Enfin, la disponibilité de produits bruts – haricots secs de multiples variétés, lentilles, quinoa, farines de riz, de manioc, de pois chiches, noix, graines de tournesol ou de sésame – facilite la cuisine végétale à domicile. Beaucoup de supermarchés proposent aujourd’hui des rayons sans gluten ou bio, même si les produits importés restent onéreux.
Explorer le pays par la gastronomie
Vivre en Uruguay ne se résume pas à Montevideo. Chaque région offre une porte d’entrée culinaire différente.
Colonia, Carmelo et les fromages de « Nouvelle Suisse »
Colonia del Sacramento séduit d’abord par son centre historique classé à l’UNESCO, mais ses marchés et chiviterías en font aussi une belle étape gourmande. Dans la région, la petite ville de Nueva Helvecia (« Nouvelle Suisse ») doit son nom aux immigrés suisses du XIXᵉ siècle, qui ont laissé une forte tradition fromagère. Sur les stands des ferias ou dans les boutiques spécialisées, on retrouve fromages de vache et de chèvre artisanaux, parfaits pour composer des picadas généreuses.
La ville de Carmelo, située plus au nord, est réputée pour ses vignobles et ses vins. Ces vins sont souvent dégustés en accord avec des plateaux composés de fromages, de charcuteries et de pains faits maison, illustrant une tradition locale de gastronomie et de terroir.
Punta del Este, José Ignacio et la côte atlantique
À Punta del Este, station balnéaire très prisée des Brésiliens et Argentins aisés, la scène gastronomique mélange parillas de plage, restos chics, sushis et bistrots de cuisine du monde. José Ignacio, plus bohème et exclusif, abrite La Huella, restaurant de plage plusieurs fois célébré par la presse internationale pour ses poissons grillés, cuissons au bois et ambiance décontractée mais raffinée.
Dans les environs, Puerto Luna à Balneario Buenos Aires est réputé pour son poisson ultra-frais et ses miniaturas servies en bord de mer. Plus loin, vers Cabo Polonio ou Punta del Diablo, de petits établissements rustiques, parfois sans électricité, proposent les meilleurs poissons du jour, ainsi que des spécialités comme des beignets d’algues ou des cazuelas de mariscos.
Intérieur du pays, estancias et fêtes rurales
L’intérieur – le « campo » – reste le royaume des bovins et des asados géants. Lors de la Fiesta de la Patria Gaucha à Tacuarembó ou de la Semana Criolla à Montevideo, les stands d’asado con cuero, de puchero et d’empanadas côtoient les rodéos et concours de dressage. On y retrouve la cuisine authentique des gauchos, robustes ragoûts, tripes (buseca), plats de haricots et, pour les plus téméraires, quelques viandes plus « exotiques » comme le carpincho (capybara).
De nombreuses estancias ouvertes au tourisme – comme Estancia La Mansedumbre ou Aguila Blanca – proposent des séjours avec repas inclus: asado sous les étoiles, petit-déjeuner de pain maison, confitures, fromages locaux, légumes du potager.
Repères pratiques pour bien s’intégrer à table
Au-delà des plats, quelques codes sociaux et astuces facilitent grandement la vie gastronomique d’un expatrié.
Au restaurant, il est courant et chaleureux de souhaiter « ¡Buen provecho! » aux voisins de table ou à la famille avant de commencer. Attendre que l’hôte commence à manger est un geste apprécié. Après le repas, la sobremesa (moment passé à discuter) est importante ; partir immédiatement après le café peut être perçu comme brusque. Le pourboire est d’environ 10 %, généralement laissé en espèces. Dans les taxis, arrondir le montant est bien vu, mais un pourboire n’est pas systématique. De nombreux petits restaurants ferment le lundi ou en milieu d’après-midi ; vérifiez les horaires et réservez pour les adresses populaires. Toutes les cartes bancaires ne sont pas acceptées partout ; certains établissements n’acceptent que Visa ou des cartes locales. Il est prudent de demander « ¿Aceptan tarjeta? ¿Cuál? » et d’avoir du liquide, notamment pour les marchés. La cuisine uruguayenne est très peu épicée ; si vous aimez le piquant, prévoyez parfois votre propre sauce ou cherchez les rares restaurants qui en proposent.
Comprendre quelques mots de vocabulaire aide aussi: refuerzo pour « sandwich », boniato pour patate douce, ómnibus pour bus, championes pour baskets, gurí pour « gamin ». Côté séduction, un « gustó tuyo » bien placé a sa réputation; côté service, le fameux « a las órdenes » signifie littéralement « à vos ordres », mais s’entend comme « n’hésitez pas si vous avez besoin de quelque chose ».
Conclusion : faire de la gastronomie un raccourci d’intégration
Apprendre à aimer la gastronomie locale en Uruguay ne se résume pas à multiplier les photos de steaks XXL sur Instagram. C’est comprendre comment l’histoire de l’immigration italienne et espagnole s’est mêlée à la culture gaucho, comment un pays de trois millions d’habitants en est venu à élever plus de vaches que de citoyens, pourquoi le mate passe de main en main et comment un sandwich inventé par hasard à Punta del Este est devenu plat national.
Pour un expatrié, partager un repas est un moyen efficace de se faire des amis, de comprendre les codes sociaux, de pratiquer la langue et de découvrir le pays authentiquement. L’Uruguay offre une scène culinaire variée, des traditionnelles parrillas carnivores aux nouvelles adresses végétariennes, adaptée à tous les goûts.
La meilleure façon de l’aborder consiste à alterner: un asado chez des collègues à Montevideo, un déjeuner de poisson sur la plage à Punta del Diablo, une dégustation de Tannat dans les collines de Maldonado, une pizza-fainá dans une pizzeria de quartier, un mate partagé sur la rambla avec un paquet de garrapiñadas encore tièdes. Peu à peu, le vocabulaire, les goûts et les rituels deviennent familiers – et c’est souvent à ce moment-là que l’on réalise que, quelque part entre deux choripanes et un verre de Tannat, on a commencé à se sentir vraiment chez soi en Uruguay.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’expatrier en Uruguay, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Uruguay, Portugal, Espagne, Maurice), la stratégie retenue a été de cibler l’Uruguay, pays stable, à fiscalité de type territoriale (imposition principalement sur les revenus de source locale, avec régimes d’exonération ou de taux réduits pour certains revenus étrangers), sans impôt sur la fortune et avec un coût de vie inférieur à la France (Montevideo ~30% moins cher que Paris). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions FR–UY), obtention de la résidence permanente (procédure migratoire, justificatifs de revenus), adaptation de la couverture santé, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (séjour >183 jours/an en Uruguay, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocats, fiscalistes, agents immobiliers) et intégration patrimoniale internationale (analyse, éventuelle restructuration des portefeuilles).
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