Comprendre les pratiques religieuses locales en Uruguay : guide pour expatriés

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer en Uruguay, c’est entrer dans l’un des pays les plus laïcs du continent américain, tout en vivant dans un paysage culturel où les références chrétiennes, afro‑américaines et juives restent très visibles. Pour beaucoup d’expatriés, le contraste est déroutant : crucifix absents des bâtiments publics, écoles publiques sans catéchisme, “Semaine de Tourisme” à la place de la Semaine sainte… mais des processions, des tambours, des synagogues actives et des centres évangéliques très dynamiques.

Bon à savoir :

Ce guide, basé sur des données factuelles, explique le paysage religieux en Uruguay (pratique ou non-pratique d’une religion) et fournit des conseils pour adopter les comportements appropriés dans la vie quotidienne.

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Un pays extrêmement laïc… mais pas sans religion

L’Uruguay est souvent décrit comme le pays le plus sécularisé des Amériques. La séparation de l’Église et de l’État y est ancienne et profonde : elle a été inscrite dans la Constitution de 1918, après plusieurs décennies de réformes laïques commencées dès les années 1870. Les conséquences sont très concrètes pour un nouvel arrivant.

D’un côté, l’État se déclare neutre en matière de religion. Aucune confession n’a de statut officiel. La Constitution garantit la liberté de culte et interdit toute discrimination fondée sur la religion. Les groupes religieux peuvent se déclarer organisations à but non lucratif pour obtenir des avantages fiscaux, mais ne reçoivent pas de subventions directes. La loi protège en outre les lieux de culte et les objets religieux contre les actes de haine ou de vandalisme.

1909

Année depuis laquelle l’enseignement religieux est banni des écoles publiques en Uruguay, illustrant sa laïcité historique.

Pour autant, la religion n’a pas disparu. Elle a simplement changé de place, passant de la sphère étatique à la sphère privée, associative et communautaire. Comprendre ce décalage est la clé pour ne pas se tromper de lecture quand on arrive d’un pays où l’Église garde un poids politique ou, à l’inverse, d’une société beaucoup plus religieuse.

Qui croit à quoi ? Un paysage religieux très composite

Les chiffres récents montrent un pays où la foi est minoritaire, mais loin d’être anecdotique. On peut les résumer ainsi :

Catégorie (dernières enquêtes)Part approximative de la population
Catholiques (identité)37 à 45 %
Autres chrétiens (protestants, évangéliques, etc.)9 à 15 %
Autres religions (juifs, Umbanda, islam, bouddhistes, hindous, etc.)3 à 9 %
Sans affiliation religieuse (dont déistes, athées, agnostiques)37 à 47 %

Derrière ces pourcentages, trois traits importants pour un expatrié :

1. Une majorité de “distants” Beaucoup d’Uruguayens se disent catholiques mais ne pratiquent que très occasionnellement. On baptise encore largement les enfants, on se marie parfois à l’église, mais la messe dominicale régulière reste le fait d’une minorité. Déjà à la fin des années 1970, moins de 4 % de la population assistait régulièrement à la messe.

44

Plus de 44 % de la population uruguayenne se décrit aujourd’hui comme non religieuse, incluant athées, agnostiques et croyants sans religion.

3. Des minorités religieuses très diverses Aux côtés du catholicisme et des protestantismes, on rencontre une communauté juive importante pour la taille du pays, une nébuleuse de religions afro‑brésiliennes (Umbanda, Candomblé, Quimbanda), de petites communautés musulmanes, baha’ies, bouddhistes, hindoues, mormones, témoins de Jéhovah, ainsi que l’Église valdense, héritière de la tradition vaudoise européenne.

Pour un expatrié, cela signifie que parler de religion dans un dîner ne renvoie pas spontanément à une majorité pratiquante. Il est tout à fait courant de tomber sur un couple où l’un a été baptisé catholique, l’autre a fréquenté un temple évangélique dans son enfance, et où aucun des deux ne se dit pratiquant, tout en respectant certaines traditions familiales.

Le catholicisme : une présence historique, une pratique modérée

Même si l’Uruguay est laïc, le catholicisme y demeure la tradition religieuse la plus répandue, avec environ 40 % de la population qui s’y rattache encore. Pour comprendre son rôle actuel, il faut revenir un instant sur son histoire.

Des missions coloniales à la séparation de l’Église et de l’État

L’évangélisation commence avec la colonisation espagnole. Les premières implantations durables datent de 1624, et Montevideo devient vicariat apostolique en 1830, puis diocèse en 1878, avant d’être élevé au rang d’archidiocèse en 1897. Au XIXe siècle, le catholicisme est même religion d’État : la Constitution de 1830 le consacre officiellement.

Mais à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, une série de réformes réduisent progressivement la place institutionnelle de l’Église : reconnaissance du mariage civil (1837), gestion des cimetières par l’État (1861), obligation du mariage civil (1885), interdiction de l’enseignement religieux à l’école publique (1909), légalisation du divorce (1907). En 1917‑1918, la nouvelle Constitution acte la séparation totale de l’Église et de l’État. Cette trajectoire explique que l’Uruguay soit aujourd’hui bien plus laïc que d’autres pays de la région.

Une Église structurée, mais minoritaire dans l’espace public

Aujourd’hui, l’Église catholique est organisée autour de l’archidiocèse de Montevideo et de neuf diocèses couvrant l’ensemble du territoire. L’archidiocèse est dirigé par un archevêque, Daniel Sturla, qui est également le deuxième cardinal uruguayen. La patronne du pays est la Vierge des Trente‑Trois (Nuestra Señora de los Treinta y Tres), vénérée au sanctuaire de Florida.

Exemple :

Pour un expatrié, la structure d’accueil se manifeste surtout à travers un réseau très dense de paroisses, chapelles et sanctuaires. Ce réseau constitue un point d’ancrage communautaire et spirituel essentiel.

– Dans Montevideo, la cathédrale métropolitaine (Immaculée‑Conception, Saint Philippe et Saint Jacques), de nombreuses églises de quartiers, des couvents, des écoles catholiques.

– En province, des cathédrales à Canelones, Florida, Melo, Mercedes, Minas, Salto, San José, Tacuarembó, ainsi que des sanctuaires nationaux comme celui de Notre‑Dame de Verdun (Minas) ou de Notre‑Dame des Trente‑Trois (Florida).

Les congrégations religieuses sont très nombreuses : franciscains capucins, dominicains, jésuites, salésiens, carmes déchaussés, maristes, passionistes, etc. On trouve également deux Églises orientales catholiques (arménienne et maronite). Historiquement, ces ordres ont fondé les premières écoles, hôpitaux et œuvres de charité du pays.

Attention :

Malgré ses interventions publiques sur des sujets comme l’avortement ou la famille, l’opinion n’est pas massivement alignée sur les positions de l’Église. La légalisation du divorce, de l’avortement et du mariage homosexuel illustre l’autonomie du politique face au religieux.

Vie quotidienne d’une paroisse : à quoi s’attendre en tant qu’expatrié catholique

Si vous êtes catholique pratiquant, vous trouverez facilement une messe, surtout dans les grandes villes. L’archidiocèse de Montevideo recense de nombreux horaires de célébrations et les met en ligne. La cathédrale métropolitaine, située dans la Vieille Ville, propose généralement des messes en semaine à midi et en fin d’après‑midi, et plusieurs offices le dimanche.

Quelques repères pratiques :

L’entrée est libre, l’ambiance plutôt simple et peu “spectaculaire” comparée à certains pays très fervents.

– La participation est modérée, avec une assistance souvent clairsemée hors grandes fêtes.

– Le dress code est sobre : épaules et genoux couverts, pas de débardeur de plage ni de mini‑short, casquette ou chapeau retirés.

– La langue de la liturgie est l’espagnol, mais les rites sont ceux de l’Église catholique universelle. Un expatrié habitué au rite romain ne sera pas dépaysé.

Pour un non‑croyant ou un visiteur d’une autre religion, la visite des cathédrales et sanctuaires est surtout une expérience architecturale et culturelle. Il reste néanmoins important de respecter le silence, de s’abstenir de prendre des photos pendant les offices si aucune indication ne les autorise, et de garder une tenue décente.

Les minorités chrétiennes : un protestantisme discret mais actif

À côté du catholicisme, les différentes Églises protestantes et évangéliques représentent environ 10 à 15 % de la population. Elles sont souvent plus pratiquantes que la base catholique, même si leurs membres restent peu nombreux à l’échelle du pays.

Un tissu évangélique très fragmenté

Le protestantisme uruguayen est très divers : baptistes, pentecôtistes, Assemblées de Dieu, Églises de Dieu, adventistes, nazaréens, frères, Église chrétienne et missionnaire, mouvements charismatiques indépendants… Certaines familles d’Églises comptent des dizaines de congrégations, mais la plupart restent de petite taille : les estimations suggèrent que près de 75 % des assemblées évangéliques rassemblent 40 fidèles ou moins.

Bon à savoir :

Un expatrié anglophone ou francophone peut trouver à Montevideo des communautés internationales, notamment une Église interconfessionnelle et bilingue. Celle-ci propose des cultes en espagnol et en anglais, ainsi que des groupes de maison, des études bibliques, le tout dans un environnement très cosmopolite.

Une religion plus visible dans certaines couches sociales

Les Églises évangéliques sont particulièrement actives dans les quartiers populaires urbains et certaines zones rurales. Elles développent des réseaux de “discipulat”, des activités de jeunesse, des œuvres sociales, des camps et, parfois, des instituts de formation biblique. Des organisations missionnaires internationales travaillent avec des partenaires uruguayens pour implanter de nouvelles assemblées, former des pasteurs locaux ou organiser des camps d’été.

Astuce :

Pour un expatrié protestant, les Églises locales constituent un espace privilégié pour une intégration rapide, grâce à leur accueil chaleureux, leurs groupes de jeunes et leur réseau d’entraide communautaire. Il est important de noter qu’il n’existe pas de dénomination protestante unique et dominante. Il est donc courant et recommandé de visiter plusieurs communautés pour trouver celle dont le style de culte, la théologie et la taille correspondent le mieux à ses attentes et à sa foi.

Attitude générale de la société envers les évangéliques

Dans une société très laïque, les Églises évangéliques – souvent visibles par leurs locaux modestes mais nombreux, leurs affiches, leurs réunions du soir – peuvent susciter de la curiosité, parfois de la méfiance. Cependant, la garantie constitutionnelle de liberté de culte les protège, et les tensions ouvertes restent rares. En tant qu’expatrié, il est recommandé de ne pas caricaturer ces groupes, très hétérogènes, et de garder à l’esprit que pour nombre de familles modestes, la communauté évangélique offre un soutien social et matériel précieux.

La communauté juive : petite, ancienne, très intégrée

Pour un pays de 3,4 millions d’habitants, l’Uruguay accueille une communauté juive d’une taille notable à l’échelle régionale. On estime qu’entre 16 000 et 20 000 juifs vivent dans le pays, principalement à Montevideo, ce qui en fait l’une des plus importantes d’Amérique latine en proportion de la population.

Une histoire longue et un lien fort avec Israël

La présence juive remonte à l’époque coloniale, avec l’arrivée de “conversos” au XVIe siècle. Mais c’est surtout à la fin du XIXe et au XXe siècle que l’immigration juive s’accélère, venue d’Europe de l’Est, d’Europe centrale, du bassin méditerranéen ou des pays arabes. Après les pogroms, puis la Shoah, l’Uruguay accueille des réfugiés. Le pays se distingue aussi par son soutien politique au projet sioniste : il vote en faveur de la création d’un État juif en Palestine et devient le premier pays d’Amérique latine à reconnaître l’État d’Israël, avec très tôt une représentation diplomatique à Montevideo.

Aujourd’hui, la communauté est majoritairement ashkénaze, avec une composante séfarade plus réduite. Elle se caractérise par un haut degré d’intégration dans la vie économique, culturelle et académique du pays, un fort attachement identitaire à Israël et une structuration communautaire très développée (écoles, clubs, mouvements de jeunesse, œuvres sociales, musées).

Institutions, synagogues et vie communautaire

Pour un expatrié juif ou intéressé par le judaïsme, Montevideo est le principal centre de vie communautaire. On y trouve :

Des synagogues ashkénazes et séfarades, orthodoxes, massorti (conservatrices), parfois libérales.

– Un grand centre communautaire juif, des écoles confessionnelles, un club sportif juif connu et dynamique.

– Un musée de la Shoah, considéré comme l’un des plus anciens d’Amérique du Sud, et un mémorial de la Shoah sur la Rambla (promenade côtière) classé patrimoine national.

– Des restaurants ou services proposant de la nourriture casher et des services aux personnes âgées au sein de la communauté.

Bon à savoir :

Bien que l’identification culturelle soit forte, la pratique religieuse est moins répandue. De nombreux juifs uruguayens se définissent comme laïcs ou peu pratiquants. Ils participent néanmoins aux principales fêtes religieuses, comme Rosh Hashana, Yom Kippour et Pessah, ainsi qu’à des activités associatives.

Vivre le judaïsme au quotidien : sécurité, antisémitisme, dialogue

L’antisémitisme n’est pas omniprésent, mais la communauté ne l’ignore pas. Des incidents de vandalisme ont touché des synagogues ou le mémorial de la Shoah, et un meurtre à caractère antisémite a choqué le pays en 2016. Les organisations juives dialoguent régulièrement avec les autorités pour améliorer la prévention et la réponse pénale à ces actes.

Dans le même temps, l’Uruguay est réputé pour son engagement en faveur de la liberté de religion. Les autorités commémorent la Shoah, des mécanismes institutionnels existent pour signaler les actes discriminatoires, et la communauté juive participe à des initiatives de dialogue interreligieux. Pour un expatrié, il est courant de trouver, dans certains milieux urbains éduqués, une familiarité avec les thèmes de la mémoire, de la Shoah et du pluralisme religieux.

Umbanda, Candomblé et religions afro‑brésiliennes : un syncrétisme très visible

Pour beaucoup de nouveaux arrivants, la première “surprise religieuse” en Uruguay ne vient ni des églises ni des synagogues, mais d’une découverte sur la plage ou dans un parc : des offrandes composées de bougies, de fleurs, de bouteilles d’alcool, parfois de nourriture ou de animaux sacrifiés. C’est l’une des manifestations les plus visibles des religions afro‑brésiliennes, en particulier l’Umbanda et, dans une moindre mesure, le Candomblé et la Quimbanda.

Comprendre l’Umbanda : une religion syncrétique

L’Umbanda est née au Brésil au début du XXe siècle, en fusionnant plusieurs traditions : spiritisme kardéciste, cultes africains originaires notamment du Yoruba, catholicisme populaire, croyances indigènes et, plus tard, influences orientales et New Age. C’est une religion monothéiste : elle reconnaît un Dieu suprême lointain, et une hiérarchie d’esprits ou d’“orixás” qui servent de médiateurs.

Exemple :

Dans la pratique de l’Umbanda, une variété d’esprits se manifeste lors des rituels. Parmi eux, on trouve les *pretos velhos* (anciens esclaves africains), les *caboclos* (esprits indigènes), les enfants, les marins, les cow‑boys et des figures féminines comme les *pombagiras*. Ces esprits « descendent » dans les médiums lors de cérémonies organisées dans des *centros* ou *terreiros* autonomes, dirigés par un père-de-saint ou une mère-de-saint. Les rituels, accompagnés de chants, de danses et de percussions, ont pour but de permettre à ces entités de conseiller, soigner et protéger les participants.

En Uruguay, l’Umbanda ne concerne qu’une petite fraction de la population, mais son empreinte culturelle est disproportionnée par rapport à son poids statistique. On parle parfois d’un “phénomène typiquement uruguayen” pour désigner le mélange de catholicisme, de cultes afro‑brésiliens et de croyances populaires dans certains milieux.

Offrandes sur les plages et culte de Iemanjá

Le cas le plus emblématique, pour un expatrié, est le culte de Iemanjá, déesse de la mer héritée des traditions yoruba, fortement associée à l’Umbanda. Chaque année, le 2 février notamment, des milliers de fidèles se retrouvent sur les plages pour déposer des offrandes dans de petites embarcations ou directement dans les vagues : fleurs, parfums, bijoux fantaisie, boissons, parfois animaux sacrifiés. Il n’est pas rare de voir de telles traces d’offrandes à Punta del Este, Montevideo ou Colonia, même en dehors des grandes dates.

Pour un observateur non averti, cela peut être déroutant. Quelques repères :

Bon à savoir :

Ces offrandes sont distinctes de la tradition mexicaine du Jour des morts et relèvent des rituels afro-brésiliens. La présence d’animaux sacrifiés, comme des poulets, n’est pas systématique mais peut se rencontrer, particulièrement dans les courants plus « africanisés ». Pour de nombreux pratiquants, l’objectif principal est de rechercher protection, chance ou guérison, plutôt qu’une adhésion à un système théologique élaboré.

En tant qu’expatrié, la meilleure attitude consiste à observer avec respect sans se mêler aux offrandes ni les manipuler. Photographier de loin les scènes publiques est généralement toléré, mais il est plus respectueux de demander l’autorisation si l’on s’approche des personnes présentes ou des rituels en cours.

Tensions et reconnaissance

Les religions afro‑brésiliennes restent stigmatisées dans certains milieux, où elles peuvent être associées, à tort, à de la “sorcellerie” ou au “mal”. Des pratiquants ont signalé des interventions de fonctionnaires ou de policiers interrompant des rituels, notamment lorsqu’il y a usage de tambours ou de sacrifices d’animaux. Dans un pays qui se veut protecteur de la liberté de culte, ces tensions nourrissent des plaintes et des débats publics.

Pour autant, l’Umbanda et les cultes apparentés font partie du panorama religieux uruguayen et sont de plus en plus étudiés comme patrimoine culturel immatériel. Pour un expatrié intéressé par l’anthropologie ou l’histoire des religions, c’est un domaine riche, mais qui exige tact et écoute s’il envisage d’assister à un rituel : mieux vaut être invité par un pratiquant que de “s’inviter” soi‑même.

Les musulmans, baha’is, bouddhistes, hindous… et les autres

Au‑delà des grands ensembles déjà décrits, l’Uruguay abrite une mosaïque de petites communautés religieuses. Leur visibilité immédiate est faible, mais elles structurent pourtant le quotidien de plusieurs milliers de personnes.

On trouve ainsi :

1000

La communauté musulmane en Uruguay compte moins de 1 000 personnes, principalement concentrée dans quelques villes.

Pour un expatrié appartenant à l’une de ces minorités, l’accès à un lieu de culte spécifique peut exiger des déplacements, voire des arrangements en ligne pour suivre des offices à distance. Le cadre juridique, lui, est globalement favorable : l’inscription en association cultuelle, l’exonération de certains impôts pour les lieux de culte et la liberté d’organiser des cérémonies privées facilitent la pratique, même en petit nombre.

Fêtes religieuses, noms laïques et vie quotidienne

L’un des points les plus déroutants pour un expatrié est le calendrier des jours fériés. L’Uruguay a conservé plusieurs fêtes chrétiennes en tant que jours chômés, mais en leur donnant des appellations neutres.

Voici quelques exemples utiles à connaître :

Fête religieuse d’origineNom officiel en UruguayNature de la célébration dans la pratique
NoëlDía de la Familia (Jour de la famille)Réunion familiale, parfois messe, mais discours centré sur la famille plutôt que sur la Nativité
Semaine sainte (Pâques chrétienne)Semana de Turismo (Semaine de tourisme)Vacances, déplacements, festivals gauchos ; minorité pratiquante suit les offices
ÉpiphanieDía de los Niños (Jour des enfants)Distribution de cadeaux aux enfants, peu de connotation liturgique
Toussaint / Jour des mortsDía de los Difuntos (Jour des défunts)Visites au cimetière, fleurs sur les tombes, ambiance plus sobre que festive

En pratique, cela signifie que : les actions entreprises doivent être mesurables et ajustables en fonction des résultats obtenus.

Astuce :

Les écoles publiques ferment pour les jours fériés, bien que ceux-ci n’aient pas de référence religieuse explicite. Les familles croyantes célèbrent ces fêtes selon leurs traditions (comme la messe de minuit ou l’office du Vendredi saint), tandis que les non‑pratiquants en profitent souvent pour voyager ou se réunir en famille. Durant la Semaine de tourisme, il est à noter que les grandes villes se vident partiellement, les prix augmentent dans les destinations touristiques et certains services peuvent être réduits.

Pour les expatriés, quelques conseils :

Anticiper les déplacements et réservations pendant Carnaval et la Semaine de tourisme, deux pics de mobilité interne.

– Ne pas s’étonner d’entendre parler de “Semaine de tourisme” plutôt que de “Semaine sainte” : ce vocabulaire reflète la laïcité institutionnelle, pas une hostilité à la religion.

– Dans le milieu professionnel, éviter de supposer que tous les collègues “fêtent Noël à l’église”. Pour beaucoup, il s’agit surtout d’un moment familial sans dimension liturgique forte.

Visiter une église, une synagogue, un centre Umbanda : codes vestimentaires et comportements

Même dans un pays laïc, les lieux de culte restent régis par des codes implicites de respect. Ils ne sont ni plus laxistes ni plus rigides qu’ailleurs, mais l’absence de religiosité “ambiante” peut parfois faire oublier ces règles élémentaires aux nouveaux venus.

Tenue vestimentaire : sobre, pas ostentatoire

Quel que soit le lieu de culte (église, synagogue, mosquée de passage, centre afro‑brésilien), l’idée générale est la même : éviter les vêtements trop courts, trop moulants ou trop transparents, les slogans offensants ou les symboles politiques visibles.

Lignes directrices utiles :

Astuce :

Pour visiter les églises et synagogues, il est recommandé de porter une tenue respectueuse. Couvrez vos épaules et vos genoux. Évitez les débardeurs, les maillots de bain et les vêtements de plage, même à proximité de la mer. Privilégiez des couleurs sobres, car les habits trop voyants, bien que non interdits, peuvent détonner. À l’intérieur des églises, retirez casquettes et chapeaux. Dans les synagogues, les hommes doivent généralement couvrir leur tête ; une kippa est souvent fournie sur place.

Dans certains lieux (principalement mosquées, temples orientaux ou centres très traditionnels), il peut être demandé aux femmes de couvrir leurs cheveux ou aux visiteurs d’ôter leurs chaussures avant d’entrer dans l’espace sacré proprement dit. Ce n’est pas systématique en Uruguay, mais rester attentif aux panneaux ou aux indications des responsables du lieu est essentiel.

Attitude et usage du téléphone

Les règles de base sont celles du bon sens :

Attention :

Pour respecter la sacralité des lieux et la dévotion des fidèles, il est essentiel de baisser la voix ou de garder le silence pendant les offices, de couper le son de son téléphone et d’éviter les photos avec flash. Il ne faut pas traverser devant l’autel ou l’estrade pendant la célébration sans y être invité. Enfin, il est impératif de demander l’autorisation avant de photographier des fidèles en prière ou des rituels en cours, notamment dans des contextes spécifiques comme les centres Umbanda ou les événements communautaires juifs.

Dans les églises touristiques de Montevideo, les visiteurs sont habituels, mais les horaires de messe restent des moments de recueillement. Dans les synagogues, les mesures de sécurité peuvent être strictes : accès contrôlé, inscription préalable, parfois interdiction de téléphone à l’intérieur. Il est important de se plier sans discussion à ces protocoles, qui s’inscrivent dans une culture de prévention des menaces.

Parler (ou pas) de religion : codes sociaux uruguayens

Au‑delà des pratiques rituelles, l’intégration comme expatrié passe aussi par la compréhension des sujets sensibles. La religion, en Uruguay, n’est ni taboue ni centrale, mais elle n’est pas un petit‑déjeuner banal non plus.

Quelques repères :

Astuce :

Dans les conversations informelles en France, les sujets comme le football, la politique ou la culture sont bien plus courants que la foi personnelle. Un prosélytisme agressif (invitations insistantes à des cultes, jugements sur la non-croyance) est très mal perçu, notamment dans un contexte où près de la moitié de la population se déclare sans religion. À l’inverse, une curiosité sincère et respectueuse envers les traditions religieuses locales (catholicisme, judaïsme, umbanda, etc.) est généralement bien accueillie.

Dans le milieu professionnel, la religion reste en arrière‑plan. On évite de demander à un collègue s’il croit en Dieu lors d’un premier entretien, mais on peut évoquer un jour férié ou une fête en restant sur le terrain culturel (“Comment ta famille fête le Día de la Familia ?”, plutôt que “Tu vas à la messe ?”).

Liberté de culte, discriminations et recours possibles

La Constitution uruguayenne, via son article 5, garantit la liberté de religion et interdit toute discrimination basée sur la croyance. Des mécanismes existent pour faire valoir ces droits, y compris pour un étranger résidant légalement dans le pays.

Les points à retenir :

Bon à savoir :

Les groupes religieux peuvent porter plainte en cas de refus injustifié d’accès à un cimetière public, à un créneau d’examen ou à un congé pour fête religieuse. Le Code pénal réprime les actes de haine, les insultes envers ces groupes et les profanations de lieux de culte. Le pays obtient régulièrement la note maximale en matière de liberté religieuse, bien que des défis persistent, comme les stéréotypes contre les Afro‑umbandistes, les incidents antisémites en ligne et les incompréhensions autour du port du voile musulman.

Pour un expatrié, cela signifie que la pratique d’un culte minoritaire est possible et légalement protégée. En cas de conflit dans une entreprise ou une école concernant un accommodement religieux (port d’un signe, absence pour une fête importante), la voie du dialogue prime, mais il existe des organismes de recours si nécessaire.

Comment s’intégrer dans ce paysage religieux en tant qu’expatrié

Face à ce tableau complexe – pays très laïc, catholicisme culturel, minorités actives, religions afro‑brésiliennes visibles – il peut être difficile de trouver sa place. Quelques pistes concrètes :

Se repérer grâce aux institutions

Les grandes villes, surtout Montevideo, concentrent les principales institutions religieuses. On peut, selon ses besoins et convictions :

Astuce :

Pour trouver une communauté religieuse à São Paulo : contactez l’archidiocèse ou un diocèse pour localiser les paroisses proches, leurs horaires de messe et les groupes (jeunes, couples). Si vous cherchez un culte en anglais ou en espagnol avec traduction, rapprochez-vous d’une Église protestante ou évangélique bilingue. Pour participer à des événements publics (conférences, commémorations, expositions), prenez contact avec des organisations juives ou des centres culturels. Enfin, pour mieux comprendre les rituels Umbanda ou Candomblé, renseignez-vous auprès d’associations afro-brésiliennes ou de maisons de la culture plutôt que de vous y rendre au hasard.

Garder en tête la diversité des “sans religion”

Ne pas interpréter l’absence d’appartenance religieuse comme un rejet militant ou une indifférence totale. Beaucoup d’Uruguayens qui se disent “sans religion” continuent à accorder de l’importance à certains rites de passage (baptême culturel, obsèques religieuses, bénédiction d’un mariage), ou à des valeurs héritées du christianisme, tout en se défiant des institutions ecclésiales.

Pour un expatrié croyant, cela signifie qu’il est possible de parler de foi personnelle, mais qu’il est prudent de le faire sur un mode dialogique, en acceptant l’idée qu’un ami ou un collègue puisse valoriser hautement la laïcité et la critique des institutions religieuses.

Accompagner ses enfants : écoles laïques, écoles confessionnelles

L’école publique uruguayenne est laïque par principe : aucun enseignement religieux n’y est prévu, même si les élèves peuvent être dispensés de cours pour célébrer une fête religieuse familiale. Les fêtes chrétiennes sont intégrées au calendrier sous leurs noms laïques, et les références religieuses explicites sont évitées dans le cadre scolaire.

Bon à savoir :

Les écoles privées confessionnelles (catholiques, juives, protestantes) proposent un enseignement religieux et observent les fêtes de leur tradition. Elles bénéficient d’exemptions fiscales en tant qu’établissements privés à but non lucratif, mais ne reçoivent pas de subventions directes de l’État.

Pour un expatrié :

Inscrire ses enfants à l’école publique revient à les placer dans un cadre laïque très net, où la socialisation religieuse se fera principalement via la famille.

Choisir une école confessionnelle offre un environnement plus aligné sur certaines convictions, mais en assumant qu’il s’agit d’un choix minoritaire dans un paysage sociétal laïc.

En résumé : vivre sa foi – ou son absence de foi – en Uruguay

L’Uruguay offre un terrain paradoxalement confortable pour des profils très différents :

Exemple :

Le Brésil illustre un modèle de coexistence religieuse dans un cadre laïc. Pour les croyants, la liberté de conscience et l’absence de religion d’État, protégées par la loi, permettent une pratique sans pression. Pour les non-croyants, la religion étant largement cantonnée à la sphère privée et la non-affiliation étant majoritaire, la vie quotidienne est simple, sans injonction sociale. Pour les curieux de spiritualité, le pays offre un laboratoire de pluralisme discret, alliant catholicisme historique, protestantismes dynamiques, judaïsme structuré, syncrétismes afro-brésiliens et petites communautés orientales, le tout dans un cadre laïc affirmé.

La clé, pour un expatrié, consiste à intégrer quelques réflexes : respecter les codes de tenue et de comportement dans les lieux de culte, ne pas présumer de la religiosité (ou de l’irréligion) d’un interlocuteur, aborder les sujets de foi avec délicatesse, et, surtout, prendre le temps d’observer comment les Uruguayens eux‑mêmes articulent traditions religieuses et identité laïque. C’est à cette condition que la dimension spirituelle – ou sa mise à distance – de la vie uruguayenne devient compréhensible et, souvent, passionnante à vivre de l’intérieur.

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Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer en Uruguay, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Uruguay, Portugal, Grèce, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler l’Uruguay pour son régime d’exonération temporaire des revenus de source étrangère, sa fiscalité modérée, sa stabilité politique et juridique, ainsi que la qualité de vie à Montevideo et Punta del Este. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence fiscale et du permis de résident permanent, couverture santé locale en complément de la CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, fiscaliste, agents immobiliers) et intégration patrimoniale internationale (analyse et restructuration si nécessaire).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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